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Cordoue

en espagnol Córdoba

Cordoue
Cordoue

Ville d'Espagne, en Andalousie, chef-lieu de province, sur le Guadalquivir.

  • Population : 328 326 hab. (recensement de 2011)

Jadis célèbre pour la fabrication de ses cuirs, c'est un centre administratif, commercial et surtout touristique, avec quelques industries.

L'HISTOIRE DE CORDOUE

Fondée par les Phéniciens et conquise par Claudius Marcellus en 152 avant J.-C., Cordoue (en latin Corduba) devient la capitale de l'Espagne Ultérieure, puis, sous l'Empire, de la Bétique. Elle est prise, lors de l'invasion des Goths, par Leovigild (572). Occupée par les Arabes (711), cette ancienne résidence des rois goths devient, en 756, la capitale d'un émirat indépendant, fondé par Abd al-Rahman Ier. Cette époque marque une ère de grande prospérité. Mais, reprise définitivement aux musulmans par saint Ferdinand III (1236), la ville perd, dès lors, de son importance.

CORDOUE, VILLE D'ART

Cordoue islamique

Exception faite de deux bains, sur plus de trois cents que contenait la ville, et de deux minarets annexés aux églises de San Juan de los Caballeros (930) et de Santa Clara (xe s.), il ne reste plus que la Grande Mosquée pour rappeler le souvenir d'une des plus imposantes cités de l'Islam médiéval (occupée par les Arabes en 711). Encore ce sanctuaire fut-il mutilé par l'érection en son sein d'une cathédrale, acte de vandalisme que Charles Quint, d'abord consentant, condamna par ces mots : « Ce que vous exécutez là se trouve partout, ce que vous aviez auparavant n'existe nulle part au monde. »

Témoin en Europe des influences exercées par la Syrie omeyyade et l'Iran abbasside, appelée à inspirer à son tour l'Islam maghrébin et l'Occident chrétien, la Grande Mosquée fut commencée en 785-786 par l'émir Abd al-Rahman Ier et agrandie successivement en 833 et en 961, puis en 987 par le vizir al-Mansur. Son minaret, élevé par Abd al-Rahman III (912-961), a été encastré au xviie s. dans la tour de la cathédrale. Couvrant plus de 23 000 m², la Grande Mosquée est une des plus vastes mosquées du monde. Elle est aussi une des plus belles. Mal orientée par rapport à La Mecque (qibla), elle se présente comme un long édifice un peu bas (10,50 m de hauteur environ), ponctué de contreforts et de vingt-trois portes s'ouvrant dans des niches à fond plat richement décorées. Éblouissante à l'intérieur, elle comprend dans sa partie nord une cour rectangulaire entourée de portiques (cour des Orangers) et dans sa partie sud une salle de prière à dix-neuf nefs en profondeur, faites de rangées parallèles de colonnes à chapiteaux corinthiens ou composites, jadis dorés, qui supportent un double étagement d'arcs outrepassés ou polylobés, aux claveaux alternativement de pierres claires et de briques rouges. Le décor, où le floral se mêle au géométrique, à la fois fin et solide, atteint ses plus hautes qualités dans le minbar (chaire), la maqsura (loge) et le mihrab (niche indiquant la qibla). En particulier, le mihrab, de taille inusitée et précédé d'une belle coupole sur nervures, offre un riche échantillonnage de techniques décoratives : niches, épigraphie, stucs en méplat, mosaïques à fond d'or réalisées par des artistes byzantins envoyés par l'empereur Nicéphore II Phokas, marbres sculptés, à flore abondante, où la nature est interprétée de façon purement conventionnelle (E. Kühnel s'est plu à y lire la naissance de l'arabesque).

Madinat al-Zahra

Située à quelques kilomètres de Cordoue (sur les pentes qui descendent vers le Guadalquivir), Madinat al-Zahra, la ville de la favorite Zahra, fondée en 936, fut capitale cérémonielle des Omeyyades d'Espagne. Célébrée jadis pour son ampleur et sa beauté, elle s'étageait sur trois terrasses : en haut se trouvait le palais, au milieu des jardins, en bas la mosquée et les demeures privées. Les fouilles, commencées en 1910, ont livré une multitude d'objets : panneaux décoratifs en pierre sculptée au trépan avec motifs de vigne et d'acanthe, épigraphie coufique, cuves à ablutions en marbre, verres et céramiques.

Les arts mineurs

Les céramiques de Cordoue sont à décor peint sur engobe, avec des dominantes de vert et de brun manganèse, et recouvertes de vernis ; elles ne négligent pas la figure animale. Celle-ci apparaît plus souvent encore dans les rondes-bosses en bronze, dont le style est si proche de celui des bronziers égyptiens que l'identification des œuvres est souvent difficile (cerf du musée archéologique de Cordoue, lion aquamanile et paon du musée du Louvre). Le travail de l'ivoire fut une des gloires de Cordoue sous le califat et les « rois de taïfas » qui lui firent suite. Boîtes cylindriques à couvercle arrondi et cassettes rectangulaires à couvercle plat ou taluté sont ornées de scènes à personnages et à animaux enfermés dans des médaillons polylobés ; elles sont souvent datées par une inscription courant à la base du couvercle (pyxide d'al-Murhira au Louvre, coffret de la cathédrale de Pampelune).

L'art occidental

Après la brillante période musulmane, l'art à Cordoue manque quelque peu de relief. Ayant pris la ville en 1236, les chrétiens, tout en adaptant la Grande Mosquée à leur propre culte, tentèrent également d'acclimater le style gothique, marquant ainsi leur désir de donner à la cité une allure occidentale. Il existe ainsi un groupe très homogène d'églises paroissiales du xiiie s., construites aussi bien dans l'ancienne médina que dans les faubourgs, caractérisées par un plan à trois nefs, sans transept, mais avec chevet triparti. Seules les absides et les dernières travées des nefs sont voûtées, le reste des édifices étant couvert d'une charpente dans le goût mudéjar. L'exemple le mieux conservé de ce type architectural n'est cependant pas une église paroissiale, mais l'église San Pablo de l'ancien couvent dominicain.

En 1523, l'évêque et le chapitre de Cordoue obtinrent l'autorisation de construire à l'intérieur de l'ancienne mosquée un chœur, qui est en fait une véritable cathédrale. En compensation des dommages causés au glorieux monument, du moins possédons-nous, avec la construction nouvelle, un important témoin de l'évolution des styles à Cordoue durant plus de deux siècles. L'œuvre fut commencée par l'architecte de Burgos Hernán Ruiz le Vieux (?-1558), dans un style composite qui unit les fantaisies du Moyen Âge finissant aux suggestions décoratives de l'art musulman. Dans le transept, entre 1547 et 1569, Hernán Ruiz le Jeune (?-1569), fils du précédent, introduisit le style plateresque. Enfin, la coupole et le décor en stuc des voûtes de la nef manifestent l'importance des influences italiennes à la fin du xvie et au début du xviie s.

La cathédrale de Cordoue abrite l'un des plus impressionnants chœurs de chanoines de la péninsule Ibérique. Cette œuvre fut réalisée à partir de 1748 par le sculpteur sévillan Pedro Duque Cornejo (1677-1757), qui y déploya toute la virtuosité et la délicatesse du rococo.