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Kurdes

Réfugiés kurdes
Réfugiés kurdes

Peuple d'Asie occidentale parlant une langue iranienne et comptant environ 25 millions d'individus, aujourd'hui répartis entre la Turquie (40 à 50 %), l'Iran (environ 20 %), l'Iraq (environ 20 %), la Syrie (environ 9 %), la Transcaucasie et le Liban. À ces populations, il faut ajouter l’importante diaspora en Europe (Allemagne et France notamment) et en Amérique du Nord.

Le mode de vie traditionnel des Kurdes était celui de montagnards transhumants et ils étaient divisés en groupes tribaux et en confréries soufies. Ils ont fourni des soldats réputés, parfois fondateurs de dynasties, aux grands empires musulmans. Aujourd'hui, les Kurdes sont majoritairement musulmans sunnites (avec des groupes chiites, yazidis, chrétiens).

HISTOIRE

N'ayant pas réussi à se poser en acteurs politiques autonomes, les Kurdes ont été les principales victimes de la recomposition politique du Moyen-Orient dans les années 1920 (traités de Sèvres et de Lausanne). Dès lors, ils vont se révolter périodiquement contre les nouvelles constructions étatiques qui rejettent leurs revendications. Dans un premier temps en Turquie, contre la république laïque et nationaliste turque de Mustafa Kemal, puis en Iran lors de l'occupation soviétique de 1945-1946 (République de Mahabad), et surtout en Iraq à partir de 1958, date du retour d'exil de Mulla Mustafa Barzani, héros du nationalisme kurde et leader du parti démocrate du Kurdistan (PDK).

1. Le mouvement nationaliste kurde en Iraq

À la suite de rivalités internes, une scission intervient au sein du PDK entre partisans de Mulla Mustafa Barzani et partisans de son jeune disciple, Djalal Talabani ; ces derniers commettent l'erreur de s'allier, de 1966 à 1970, au gouvernement irakien et deviennent alors l'armée auxiliaire de Bagdad. Le 11 mars 1970, Mulla Mustafa Barzani parvient à arracher à Saddam Husayn un accord promettant l'autonomie du Kurdistan irakien, dont la capitale est Sulaimaniya. Mais, en 1975, privé du soutien de l'Iran, le mouvement kurde s'effondre et Barzani dépose les armes. Refusant la défaite, D. Talabani parvient à bloquer l'avance des troupes irakiennes. Fort de ce succès, il fonde alors l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) le 1er juin 1975.

Pendant le conflit Iran-Iraq (1980-1988), chacun des deux belligérants utilise son influence sur les Kurdes de l'autre pays pour faire pression sur son adversaire. De surcroît, la lutte fratricide entre PDK et UPK se radicalise avec Masud Barzani, fils de Mustafa et héritier du parti. Elle ne s'interrompt qu'en 1987-1988, lorsque la rébellion kurde est férocement réprimée par l'armée de Saddam Husayn. En quelques mois, plus de 700 villages sont rasés et plusieurs milliers de Kurdes sont gazés à Halabja.

Placés sous protection internationale au lendemain de la guerre du Golfe (1991) les Kurdes parviennent à reprendre le contrôle de la plus grande partie de leur territoire, et y proclament un « État fédéré kurde d'Iraq du Nord » (1992). Mais, de 1994 à 1997, la guerre reprend entre l'UPK, alliée à l'Iran et le PDK des Barzani.

Si, en 2002, le Parlement kurde approuve à l'unanimité l'accord de paix signé en 1998 à Washington par les chefs des deux partis qui se disputent le territoire, ce sont l'intervention américano-britannique en Iraq en 2003, la chute du régime de Saddam Husayn puis les élections irakiennes de janvier 2005, qui poussent les Kurdes à oublier leurs différends et à faire cause commune, en février, pour mieux peser sur les futures institutions irakiennes. Les prémices de cette volonté d'unification datent de l'accord électoral du 1er décembre 2004 conclu entre les dirigeants du PDK et de l'UPK ; selon cet accord, Djalal Talabani occuperait un poste clé dans le gouvernement central de Bagdad alors que Masud Barzani prendrait la présidence du Kurdistan.

1.1. Le Kurdistan autonome

Ayant abandonné l'objectif de leur indépendance, les Kurdes exigent une Constitution fédérale garantissant leur autonomie. Ils entendent conserver leurs forces armées, les peshmerga et revendiquent, pour des raisons à la fois stratégiques, historiques et culturelles, la ville de Kirkuk, assise sur un « trésor » pétrolier estimé à dix milliards de barils, et où une majorité de Kurdes côtoie des Arabes sunnites, une minorité turkmène et des chrétiens.

Selon l'article 140 de la Constitution irakienne de 2005, un référendum doit être organisé pour décider du sort de la ville, mais sa tenue a été plusieurs fois reportée. Certains districts et sous-districts des provinces voisines, où vivent d’importantes communautés kurdes (gouvernorats de Ninive et Diyala) sont également revendiqués.

Le 6 avril 2005, pour la première fois dans l'histoire de l'Iraq, un Kurde accède à la magistrature suprême : Djalal Talabani, leader historique et secrétaire général de l'UPK, est élu à la présidence de la République. En juillet 2009, M. Barzani est réélu (pour la première fois au suffrage universel) à la présidence de la région autonome kurde d'Iraq (Gouvernement régional du Kurdistan, GRK). La liste « Kurdistani », rassemblant le PDK et l’UPK, conserve la majorité absolue dans l’assemblée régionale avec 59 sièges sur 111 et 57 % des suffrages face à une nouvelle formation d’opposition – Gorran (Changement) – née d’une scission de l’alliance kurde et qui, après une campagne dénonçant la corruption et le monopole exercé par les deux « clans » Barzani et Talabani, obtient plus de 20 % des suffrages.

En 2010, ce groupe (de même que deux petits partis islamiques kurdes) se sépare également de la coalition kurde dominante (43 sièges) au Parlement irakien, tandis que Djalal Talabani est reconduit à la présidence de la République irakienne après de longues tractations.

Aux élections régionales de septembre 2013, le parti Gorran de Nawshirwan Mustafa ravit la seconde place à l’UPK en remportant 24,2 % des voix et 40,8 % dans la province de Sulaimaniya.

1.2. Une émancipation croissante

Depuis son accession à l’autonomie, le Kurdistan irakien s’est considérablement développé avec une croissance économique estimée à 10 % en 2011-2012. Misant sur sa stabilité, il attire des investissements étrangers, pour la plupart dans l’exploration et l’exploitation de son pétrole dont les réserves prouvées sont d’environ 45 milliards de barils. La région a notamment modernisé ses infrastructures et se présente comme la porte d’accès la plus sûre au marché irakien.

Au cœur de ce développement, sa politique pétrolière en partie autonome – mais source d’un important litige entre Erbil et Bagdad qui attend toujours d’être réglé dans le cadre d’une nouvelle loi sur les hydrocarbures – se traduit notamment par un accord sur l’exportation directe de son brut avec la Turquie, annoncé en décembre 2013.

Outre cette amélioration des relations avec Ankara, le Kurdistan irakien prône aussi une normalisation de ses relations avec l’Iran tandis qu’à l’égard de la Syrie – dont il accueille de très nombreux réfugiés – il favorise une solution politique qui tiendrait compte des revendications des Kurdes de Syrie.

2. La rébellion kurde en Turquie

En Turquie, la révolte lancée en 1984 par le parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) s'essouffle sous les coups d'une terrible répression menée par l'armée turque. Après la capture au Kenya et l'incarcération, en 1999, de son leader Abdullah Öcalan (expulsé de Syrie en 1998 à la suite d’une amélioration des relations entre les gouvernements turc et syrien), le PKK, inscrit sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis, l'Union européenne et la Turquie, déclare renoncer à la lutte armée en 2000.

Rebaptisé Kadek (Congrès pour la liberté et la démocratie au Kurdistan) en 2002, puis Kongra-Gel (Congrès du peuple du Kurdistan) en 2003, avant de reprendre son nom d'origine en 2005, il renonce au séparatisme et appelle le gouvernement turc au dialogue. Cependant, des troupes du PKK, ayant trouvé refuge dans les monts Qandil, non loin de la frontière septentrionale de l'Iraq avec la Turquie et l'Iran, poursuivent leur guérilla.

Depuis la trêve avec la Turquie, décrétée unilatéralement par le PKK le 1er octobre 2006, la guérilla s'est concentrée sur le front Est, en Iran, conduite par le PJAK (parti pour une Vie libre au Kurdistan, branche iranienne du PKK) puis reprend sporadiquement en Turquie, tandis que l’armée turque veut en détruire les bases arrière au Kurdistan irakien par des raids aériens à la frontière entre les deux pays.

Jouant le jeu des élections, les Kurdes apportent massivement leur soutien au parti de la Société démocratique (DTP) qui, accusé d’être une vitrine politique du PKK, est dissous en 2009, puis au parti pour la Paix et la démocratie (BDP) représenté au Parlement turc par un trentaine de députés élus sous l’étiquette « indépendants » depuis 2011.

Au début de 2013, après plusieurs années de violentes tensions, des discussions s’engagent entre le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan et le chef emprisonné du PKK en vue de la cessation des combats et d’une solution politique. En novembre, lors d’une visite s’inscrivant dans la nouvelle stratégie de coopération économique entre Ankara et la région autonome d’Iraq, le président du GRK, M. Barzani, est reçu par le Premier ministre turc à Diyarbakir et appelle à la poursuite du processus de paix lors d’un meeting commun qualifié d’« historique ».

En raison des guerres successives et de l'exode rural, une bonne partie de la population a émigré vers les grands centres urbains (en particulier en Turquie), et les Kurdes forment une part importante de la population immigrée dite « turque » en Europe de l'Ouest.

3. Les Kurdes d’Iran

Habitant pour la plupart dans le nord-ouest du pays, les Kurdes d’Iran sont depuis longtemps les victimes de discriminations, d’atteintes aux droits de l’homme et d’une longue répression qui a entraîné l’exil, l’arrestation et l’exécution de nombreux activistes. Les principaux partis nationalistes kurdes ont été progressivement isolés, perdant une partie de leurs soutiens dans la population. Le mouvement nationaliste s’est par ailleurs divisé. Certains partis ont trouvé refuge et soutien au Kurdistan irakien, à condition qu’ils n’entreprennent aucune action contre le gouvernement iranien qui entretient des relations assez étroites avec le GRK. En 2011, le PJAK, le plus engagé dans la lutte, a signé un accord de cessez-le-feu avec les autorités de Téhéran, certains de ses dirigeants prônant l’ouverture de négociations.

4. Les Kurdes syriens dans la guerre civile

Restés au début relativement à l’abri de la guerre civile qui s’installe dans le pays, les Kurdes de Syrie sont d’abord ménagés par le régime de Bachar al-Asad qui cherche ainsi les dissuader d’entrer dans l’insurrection.

Le principal parti kurde syrien est le Partiya Yekîtiya Demokrat (Parti de l’Union démocratique, PYD), à l’origine branche syrienne du PKK fondée en septembre 2003 puis réprimée à la suite de l’émeute de Kamechliyé en 2004. Il est présidé depuis 2010 par Mohammed Saleh Muslim.

Après avoir louvoyé au début de l’insurrection syrienne en mars 2011, le parti adhère à la Coordination nationale pour le changement démocratique en Syrie (opposition syrienne interne) mais reste à l’écart du Conseil national kurde (CNK) fondé par une dizaine d’autres organisations et représenté quant à lui au sein de la Coalition nationale syrienne formée en novembre 2012.

Accusé par ses adversaires arabes et kurdes de sectarisme, de collusion avec le régime syrien et/ou d’être financé par l’Iran et le gouvernement irakien, le PYD parvient grâce à ses milices armées à prendre le contrôle de plusieurs localités de la région à la faveur du retrait des forces gouvernementales durant l’été 2012. Ses « Unités de protection du peuple kurde » se heurtent dès lors violemment aux groupes islamistes radicaux liés à al-Qaida.

Sa décision, à partir de novembre 2013, de créer une administration autonome de transition dans trois « provinces » du « Kurdistan occidental » (Efrine à l’ouest, Kobani dans le centre et Kamechliyé à l’est) est vivement contestée comme une initiative antirévolutionnaire et séparatiste par la Coalition nationale. Redoutée et condamnée par la Turquie, cette proclamation est également critiquée ou jugée inopportune par certains dirigeants du CNK ainsi que par le président du Kurdistan irakien, M. Barzani.

Malgré l’existence depuis juillet 2012 d’un « Haut Comité kurde », censé en réunir les composantes, les Kurdes de Syrie sont ainsi politiquement divisés notamment lorsque s’ouvrent les discussions de « Genève II » en janvier 2014, auxquelles ne participent que certains représentants du CNK en tant que membres de la coalition de l’opposition syrienne.

5. Vers un renforcement de l’identité kurde

À la faveur des changements en cours à l’intérieur des États et dans la région, la situation des Kurdes est en train d’évoluer. Un projet de congrès national pan-kurde est lancé en juillet 2013 en vue de réunir l’ensemble de leurs représentants politiques. Faute d’un accord entre les représentants d’Iraq (PDK/M. Barzani) et de Turquie (PKK), qui se disputent l’influence sur les autres formations régionales, la conférence est toutefois ajournée.

Pour en savoir plus, voir les articles Iran : histoire, Iraq : histoire, Syrie : histoire,Turquie, histoire.