Le mode de vie traditionnel des Kurdes était celui de montagnards transhumants et ils étaient divisés en groupes tribaux et en confréries soufies. Ils ont fourni des soldats réputés, parfois fondateurs de dynasties, aux grands empires musulmans. Aujourd'hui, les Kurdes sont majoritairement musulmans sunnites (avec des groupes chiites, yazidis, chrétiens).
N'ayant pas réussi à se poser en acteurs politiques autonomes, les Kurdes ont été les principales victimes de la recomposition politique du Moyen-Orient dans les années 1920 (traités de Sèvres et de Lausanne). Dès lors, ils vont se révolter périodiquement contre les nouvelles constructions étatiques qui rejettent leurs revendications. Dans un premier temps en Turquie, contre la république laïque et nationaliste turque de Mustafa Kemal, puis en Iran lors de l'occupation soviétique de 1945-1946 (République de Mahabad), et surtout en Iraq à partir de 1958, date du retour d'exil de Mulla Mustafa Barzani, héros du nationalisme kurde et leader du parti démocrate du Kurdistan (P.D.K.).
À la suite de rivalités internes, une scission intervient au sein du P.D.K. entre partisans de M. M. Barzani et partisans de son jeune disciple, Djalal Talabani ; ces derniers commettent l'erreur de s'allier, de 1966 à 1970, au gouvernement irakien et deviennent alors l'armée auxiliaire de Bagdad. Le 11 mars 1970, Mulla Mustafa al-Barzani parvient à arracher à Saddam Husayn un accord promettant l'autonomie du Kurdistan irakien, dont la capitale est Sulaimaniya. Mais, en 1975, privé du soutien de l'Iran, le mouvement kurde s'effondre et Barzani dépose les armes. Refusant la défaite, D. Talabani parvient à bloquer l'avance des troupes irakiennes. Fort de ce succès, il fonde alors l'Union patriotique du Kurdistan (U.P.K.) le 1er juin 1975.
Pendant le conflit Iran-Iraq (1980-1988), chacun des deux belligérants utilise son influence sur les Kurdes de l'autre pays pour faire pression sur l'autre. De surcroît, la lutte fratricide entre P.D.K. et U.P.K. se radicalise avec Masud Barzani, fils de Mustafa et héritier du parti. Elle ne s'interrompt qu'en 1987-1988, lorsque la rébellion kurde est férocement réprimée par l'armée de S. Husayn. En quelques mois, plus de 700 villages sont rasés et plusieurs milliers de Kurdes sont gazés à Halabja. Placés sous protection internationale au lendemain de la guerre du Golfe (1991) les Kurdes parviennent à reprendre le contrôle de la plus grande partie de leur territoire, et y proclament un « État fédéré kurde d'Iraq du Nord » (1992). Mais, de 1994 à 1997, la guerre reprend entre l'U.P.K., alliée à l'Iran et le P.D.K. des Barzani.
Si, en 2002, le Parlement kurde approuve à l'unanimité l'accord de paix signé en 1998 à Washington par les chefs des deux partis qui se disputent le territoire, c'est l'intervention américaine en Iraq en 2003, la chute du régime de S. Husayn puis les élections irakiennes de janvier 2005, qui poussent les Kurdes à oublier leurs différends et à faire cause commune, en février, pour mieux peser sur les futures institutions irakiennes. Les prémices de cette volonté d'unification datent de l'accord électoral du 1er décembre 2004 conclu entre les dirigeants du P.D.K. et de l'U.P.K. ; selon cet accord, D. Talabani occuperait un poste clé dans le gouvernement central de Bagdad alors que M. Barzani prendrait la présidence du Kurdistan.
Ayant abandonné l'objectif de leur indépendance, les Kurdes exigent une Constitution fédérale garantissant leur autonomie. Ils entendent conserver leurs forces armées, les peshmerga et revendiquent, pour des raisons à la fois stratégiques, historiques et culturelles, la ville de Kirkuk, assise sur un « trésor » pétrolier estimé à dix milliards de barils et où une majorité de Kurdes côtoie des Arabes sunnites, une minorité turkmène et des chrétiens. Selon l'article 140 de la Constitution irakienne de 2005, un référendum doit être organisé pour décider du sort de la ville, mais sa tenue a été plusieurs fois reportée. Le 6 avril 2005, pour la première fois dans l'histoire de l'Iraq, un Kurde accède à la magistrature suprême : D. Talabani, leader historique et secrétaire général de l'U.P.K., est élu à la présidence de la République. En juillet 2009, M. Barzani est réélu (pour la première fois au suffrage universel) à la présidence de la région autonome kurde d'Iraq.
En Turquie, la révolte lancée dans les années 1990 par le parti des Travailleurs du Kurdistan (P.K.K.) s'essouffle sous les coups d'une terrible répression menée par l'armée turque. Après la capture et l'incarcération, en 1999, de son leader Abdullah Öcalan, le P.K.K., inscrit sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis, l'Union européenne et la Turquie, déclare renoncer à la lutte armée en 2000. Rebaptisé Kadek (Congrès pour la liberté et la démocratie au Kurdistan) en 2002, puis Kongra-Gel (Congrès du peuple du Kurdistan) en 2003, avant de reprendre son nom d'origine en 2005, il renonce au séparatisme et appelle le gouvernement turc au dialogue. Cependant, des troupes du P.K.K., ayant trouvé refuge à Qandil, le long de la frontière septentrionale de l'Iraq avec la Turquie et l'Iran, poursuivent leur guérilla. Depuis la trêve avec la Turquie, décrétée unilatéralement par le P.K.K. le 1er octobre 2006, celle-ci s'est concentrée sur le front Est, en Iran.
En raison des guerres successives et de l'exode rural, une bonne partie de la population a émigré vers les grands centres urbains (en particulier en Turquie), et les Kurdes forment une part importante de la population immigrée dite « turque » en Europe de l'Ouest.