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Aceh ou Atjeh

Région administrative spéciale d'Indonésie, dans le nord de Sumatra.

  • Superficie : 55 392 km2
  • Population : 4 486 570 hab. (recensement de 2010)
  • Chef-lieu : Banda Aceh

1. Une province rurale au sous-sol riche

Aceh est la division administrative la plus occidentale et la plus septentrionale de l'archipel indonésien. Sa population, d'une densité légèrement inférieure à la moyenne nationale, est fort inégalement répartie : les basses plaines rizicoles (dont le delta du fleuve Aceh) sont bien plus peuplées que les savanes des collines où poussent le soja et le patchouli, ou que le haut pays culminant au mont Leuser (3 380 m). D'autres productions importantes relèvent de l'agriculture des plantations, ici essentiellement propriétés paysannes : noix de coco (coprah), huile de palme, café, caoutchouc, et plus traditionnellement épices (poivre, clous de girofle, noix muscade…). Dans cette région avant tout rurale, les villes sont modestes, y compris le chef-lieu et premier port d'exportation, Banda Aceh. La principale base industrielle est le grand complexe pétrochimique de Lhokseumawe, sur la côte est, qui tire parti de certains des plus importants gisements de pétrole et de gaz d'Indonésie. Le 26 décembre 2004, un séisme de magnitude 9 enregistré à 250 km au sud-est de Banda Aceh, suivi de plusieurs tsunamis, dévaste la province, faisant plus de 126 000 victimes.

2. Du sultanat aux combats pour l'indépendance

Les Achinais (Atchinais) sont fiers de leur histoire. Ayant leur propre langue (du groupe malais), premiers de l'archipel à être islamisés (xiiie siècle) et demeurés très pratiquants, ils connaissent un temps de splendeur sous leur sultan Iskandar Muda (1607-1636), qui développe massivement la culture du précieux poivre que les Anglais viennent chercher, court-circuitant le réseau commercial des Pays-Bas. Ceux-ci occupent Aceh en 1873, mais se heurtent ensuite – trois décennies durant – à une forte résistance des campagnes, encadrées par leurs ulémas. Des femmes jouent un rôle de premier plan dans cette lutte, telle Cut Nhia Dien. La domination coloniale est d'autant plus brève que les Achinais sont parmi les premiers à prendre les armes contre le retour des Néerlandais, fin 1945. (→ Empire colonial néerlandais.)

Dès lors, la tentation de recouvrer leur indépendance le dispute à l'allégeance à Jakarta. Une première révolte, dirigée par Teungku Daud Beureu'eh, éclate en 1953 contre la République qui donne priorité à la neutralité religieuse afin de maintenir l'unité nationale. Elle s'allie plus tard au Darul Islam qui se bat à Java pour un État islamique.

Le Mouvement Aceh libre (GAM) et la guerre civile

Vaincue mais non écrasée, et pouvant compter sur quelques soutiens en Malaisie voisine, elle reprend de plus belle en 1976 sous la direction d'Hasan di Tiro et de son Mouvement Aceh libre (Gerakan Aceh Merdeka ou GAM) ; les incidents se multiplient depuis le début des années 1990. Si les faibles retombées locales de l'exploitation du gaz naturel ainsi que la lutte de l'État contre les cultures de marihuana ravivent le mécontentement des Achinais, la violence de la répression menée par l'armée indonésienne contre les civils (5 500 morts en une décennie) renforce l'irrédentisme. La chute du président Suharto, en 1998, n'arrête pas les affrontements malgré plusieurs trêves, et la découverte de charniers, la même année, contraint le chef des armées à présenter des excuses.

Peu après son arrivée au pouvoir, le président Abdurrahman Wahid annonce l'ouverture de négociations sur le statut de la province et obtient des indépendantistes une « pause humanitaire » entrée en vigueur en juin 2000 avant d'être prolongée en janvier 2001 par un « moratoire des attaques ». En janvier 2002, une loi crée la région spéciale d'Aceh, dotée d'une autonomie spéciale : de nombreux pouvoirs sont transférés au gouvernement provincial, ainsi que 80 % des revenus du gaz et du pétrole ; la charia y est appliquée. En décembre 2002, un accord de paix est signé, sous forte pression américaine, entre le GAM et le gouvernement indonésien : il prévoit l'arrêt immédiat des hostilités, la remise par le GAM de ses armes et munitions, la tenue d'élections en 2004 dans le cadre du statut d'autonomie spéciale octroyé par Jakarta. Toutefois, l'importance des intérêts en jeu dans le conflit (l'armée et le GAM se disputent sur le terrain les trafics de drogue et de bois) obère le rétablissement durable de la paix dans la province, qui est, à la suite d'incidents survenus en mars 2003, placée sous la loi martiale en mai. Cette dernière est levée lors de la préparation de l'élection présidentielle, en juillet 2004, et remplacée par l'état d'urgence.

Vers la paix

Le tremblement de terre suivi d'un tsunami le 26 décembre 2004 (169 000 morts et disparus, 573 000 personnes déplacées, 600 000 sans revenus) est un choc terrible. L'arrivée massive de l'aide internationale et des ONG est accueillie avec une grande réticence par l'armée indonésienne, qui renforce sa présence dans la province, où elle entend contrôler les populations et empêcher le GAM de se consolider. Mais la médiatisation mondiale inattendue du conflit d'Aceh entraîne l'ouverture de négociations entre le gouvernement indonésien et le GAM. Un cessez-le-feu est conclu en février 2005 et des pourparlers se déroulent en Finlande, aboutissant à un accord signé le 15 août 2005 à Helsinki : le GAM renonce à exiger l'indépendance, mais trente ans de conflit ont fait quelque 15 000 morts.

Sous la surveillance de l'Union européenne et de l'ASEAN, les rebelles finissent de rendre leurs armes en décembre puis dissolvent leur armée tandis que Jakarta retire ses troupes « en surplus ». L'amnistie a été accordée aux membres du GAM et aux prisonniers politiques. En 2006, après la promulgation de la loi sur le gouvernement d'Aceh (11 juillet), la mission de surveillance de l'Union européenne prend fin en décembre. À l'issue des premières élections régionales libres organisées le 8 février 2007, Yusuf Irwandi (GAM) accède au poste de gouverneur. Plusieurs attentats perpétrés début 2009 contre des locaux du parti Aceh (PA), héritier du GAM et grand vainqueur des élections d'avril, jettent une ombre sur le processus de paix mais l'issue des élections générales d’avril et de juillet 2009, semble lui être plutôt favorable. Si le PA s’impose au scrutin provincial, le résultat (46,9 % des voix et 33 sièges sur 69 au Conseil législatif d’Aceh) reste inférieur aux attentes du parti et sa victoire n’est vraiment massive que dans ses bastions du Nord et de l’Uuest de la province. Arrivé à la deuxième place avec 10,8 % des suffrages et 10 sièges, le parti démocrate du président S. B. Yudhoyono (SBY) obtient de bons résultats dans plusieurs districts et dans la capitale, Banda Aceh, où il dépasse le PA tandis qu’il vient largement en tête des élections législatives (auxquelles seuls les partis nationaux peuvent se présenter) avec 37 %-38 % des suffrages (contre environ 20 % au niveau national). Ce succès est confirmé lors de l’élection présidentielle, SBY obtenant plus de 93 % des voix, score le plus élevé parmi toutes les provinces d’Indonésie.

En avril 2012, des élections ont lieu pour renouveler le poste de gouverneur ainsi que les directions de treize régences et trois municipalités. Considéré comme un test pour mesurer la maturité de la transition démocratique et pacifique de la province, ce scrutin, marqué par d'assez vives tensions et des violences post-électorales, se déroule dans un calme relatif. Candidat du parti Aceh (PA), Zaini Abdullah, ancien responsable des affaires étrangères du GAM et principal négociateur des accords d’Helsinki, l’emporte dès le premier tour avec près de 56 % des suffrages devant le gouverneur sortant Y. Irwandi. Ce dernier, désavoué par la vieille garde du parti, avait dû se présenter comme indépendant et obtient moins de 30 % des voix. Sa requête déposée pour fraude et intimidations, est rejetée par la Cour constitutionnelle. Favorable à une application plus stricte de la charia, un thème mis en avant pendant sa campagne, le nouveau gouverneur doit surtout apporter des solutions à la détérioration de la situation économique et sociale.