Finlande
en finnois Suomi
Nom officiel : République de Finlande




État d'Europe du Nord baigné au sud et à l'ouest par la mer Baltique, la Finlande est limitée au nord-ouest par la Suède, au nord par la Norvège et à l'est par la Russie.
- Superficie : 338 000 km2
- Nombre d'habitants : 5 385 000 (estimation pour 2011)
- Nom des habitants : Finlandais
- Capitale : Helsinki
- Langues : finnois et suédois
- Monnaie : euro
- Chef de l'État : Sauli Niinistö
- Chef du gouvernement : Jyrki Katainen
- Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
- Constitution :
- Adoption : 11 juin 1999
- Entrée en vigueur : 1er mars 2000
GÉOGRAPHIE
La Finlande est le pays le plus septentrional de l'Europe puisque le quart de son territoire se trouve au-delà du cercle polaire ; la rigueur des conditions physiques en fait une frange pionnière à la limite de l'écoumène entre la nature dominée et la nature sauvage. D'ailleurs, la vie humaine s'est surtout localisée dans la zone littorale et dans le sud-ouest du pays. Entre les golfes de Botnie et de Finlande, le débouché maritime est la mer Baltique, qui explique l'ancienneté et la permanence de l'influence suédoise.
Le cadre naturel

Le soubassement est formé par les roches cristallines du bouclier scandinave, aplanies à maintes reprises et affectées par quelques mouvements de dislocation responsables des plus hauts sommets, situés à proximité de la chaîne des Scandes. Partout ailleurs, le relief de détail, ne dépassant guère 200 m d'altitude, est dû à l'énorme emprise des glaciers scandinaves, qui avaient, semble-t-il, leur maximum d'épaisseur (3 500 m) au nord du golfe de Botnie. Les bosses rocheuses ont été rabotées tandis que les dépôts morainiques s'accumulaient dans les creux ou le long des chenaux sous-glaciaires. Les ôs (harjus), alignements de dépôts fluvio-morainiques, forment des buttes de plusieurs dizaines de mètres qui s'allongent sur quelques centaines de kilomètres.
L'eau de fonte des glaciers a laissé un sol mal drainé, marécageux, parsemé de lacs peu profonds mais représentant 10 % de la surface du pays. L'insuffisance du drainage explique la médiocrité du réseau hydrogaphique, qui, de plus, est dissymétrique ; la pente générale de la Finlande intérieure et des lacs dirige les eaux plutôt vers le golfe de Finlande, ce qui est une orientation récente (moins de 2 000 ans), en liaison avec le relèvement isostatique du continent, plus accentué au niveau du golfe de Botnie. Ce soulèvement varie entre 0,3 et 1 m par siècle, si bien que la mer s'éloigne des ports et qu'en moyenne la Finlande gagne 1 000 km2 par siècle, véritables polders naturels en formation.
Un climat rigoureux
La latitude élevée confère un caractère subarctique au climat : température moyenne de janvier − 7 °C, juillet 17 °C. La brièveté de l'été implique une période végétative courte avec des possibilités de gel jusqu'en juin et à partir de la fin du mois d'août. Le maximum de précipitations a lieu pendant l'été, ce qui favorise la croissance des plantes, tandis que de novembre jusqu'à fin avril le manteau neigeux est continu, les lacs et les rivières sont gelés.
Ce climat subarctique n'est pas sans nuances car le pays s'étend sur 10° de latitude ; la moyenne des jours ayant une température égale ou supérieure à 5 °C est de 110 en Laponie, elle est de 130 dans le Centre et de 180 dans le Sud-Ouest ; les précipitations s'élèvent à 700 mm par an au sud, à 350 au nord. D'autre part, le caractère nordique du climat est altéré par les influences alternantes de l'océan et du continent eurasiatique, si bien que la Finlande peut aussi bien être balayée par le passage des perturbations océaniques qui progressent vers l'est en suivant la mer Baltique, qu'être sous l'influence de hautes pressions continentales dirigeant de l'air sec, froid l'hiver et chaud l'été.
La population

La Finlande est l'un des pays les moins peuplés d'Europe (15 habitants par km2). Inégalement répartie, la population se concentre pour les deux tiers dans le Sud, moins hostile, sur les côtes des golfes de Botnie et de Finlande. Elle est aux deux tiers urbaine, et les deux langues officielles sont le finnois (93 %) et le suédois (6 %). La minorité suédoise, en diminution, dispose d'un parti politique, d'écoles et d'institutions particulières. Le Grand Nord est habité par 6 500 Lapons, dont environ 2 500 sont sédentaires. La plupart vivent dans les régions bordant la Suède, la Norvège et la Russie. L'élevage du renne – qui constitue, pour 40 % des Lapons, la source de revenus la plus importante –, la pêche, la chasse, l'artisanat et le tourisme sont leurs principales ressources.
L'économie
L'État finlandais, comme ses voisins scandinaves, gère le secteur social à l'aide d'une fiscalité parfois assez lourde ; mais, contrairement aux pays scandinaves, l'orientation vers le libéralisme économique est moins nette, et l'État possède une part importante des moyens de production.
Agriculture, pêche, sylviculture

Le secteur primaire a plus de poids en Finlande que dans la plupart des pays d'Europe du Nord. L'agriculture y occupe une place restreinte, mais les productions céréalières, les produits d'élevage et la pêche permettent de couvrir 95 % de la consommation intérieure. Quant à la sylviculture, elle produit 22 % des biens industriels (bois, pâte à papier), dont 90 % sont exportés.
Les surfaces cultivées se concentrent dans les régions côtières fertiles et ne représentent que 8 % de la superficie totale du pays. La majorité des exploitations font moins de 20 hectares. L'élevage (porcs, moutons, bovins) constitue la principale activité agricole, si bien qu'une part importante des récoltes est destinée à l'alimentation du bétail. Les céréales et la betterave à sucre sont cultivées dans les grandes plaines du Sud-Ouest, les pommes, les concombres et les oignons poussent dans les îles Ahvenanmaa (ou Åland). Produits laitiers, œufs et viande – dont la viande fumée de renne, spécialité finlandaise – sont exportés (les produits fermiers représentent près de 2 % du total des exportations). Quant à la pêche, elle est importante pour la consommation nationale mais contribue peu au commerce extérieur.
L'entrée du pays dans l'Union européenne a contraint l'agriculture finlandaise à se plier – non sans difficultés – à la politique agricole commune, entraînant une chute des prix et des salaires. L'exploitation forestière, souvent associée à l'agriculture et plus lucrative, fournit aux exploitants agricoles un complément de revenus d'autant plus appréciable. La forêt finlandaise, qui couvre les deux tiers du pays, est à plus de 60 % propriété privée. Elle est à l'origine de l'industrialisation du pays et représente une importante richesse naturelle. La plupart des industries de transformation du bois, qui dominent le secteur manufacturier, sont concentrées autour des golfes de Botnie et de Finlande. La filière bois multiplie ses liens de coopération avec l'ingénierie, l'industrie chimique, la recherche et le développement. Un système de canaux – 6 600 km de voies navigables – assure un transport efficace et peu coûteux. La Finlande est le deuxième exportateur mondial de papier.
La faiblesse des ressources minières et la dépendance énergétique
La Finlande est grande consommatrice d'énergie, en raison de la rigueur de son climat et de l'importance de l'industrie du bois. Plus des trois quarts de l'énergie consommée sont importés (pétrole, charbon, gaz naturel, électricité). Jusqu'en 1991, l'URSS était le principal fournisseur du pays. La Finlande possède un vaste potentiel hydroélectrique, mais celui-ci est handicapé par la faible pente et l'englacement des rivières. La moitié de l'énergie hydraulique provient des barrages du Kemi, dans le Grand Nord, du bassin de l'Oulu, et du Vironkoski, dans le Sud-Ouest. L'énergie nucléaire, développée dans les années 1970 avec la construction de deux centrales près d'Helsinki, couvre le quart de la production totale d'électricité.
La Finlande est pauvre en ressources minières, et l'industrie extractive est récente. En 1990, elle représentait 1 % de la valeur de la production industrielle. Le zinc est le minerai le plus abondant, mais sa production reste trop modeste pour permettre au pays de se distinguer au niveau mondial. Le cuivre – surtout à Outokumpu et à Pyhäsalmi – vient en deuxième position. Des mines de fer ont été découvertes sous la mer, à proximité des côtes, au sud de Jussarö et des îles Ahvenanmaa. À Tornio, chrome et nickel sont extraits et transformés en acier allié.
L'industrie et les échanges

L'industrialisation de la Finlande a été tardive, mais très rapide. En incluant le secteur du bâtiment, l'industrie représente 29 % des emplois. Helsinki, Turku, Tampere et Oulu sont les principaux pôles de croissance. La majorité des activités est concentrée autour d'Helsinki, capitale et plus important centre intellectuel, industriel et commercial du pays. Les industries d'ingénierie y produisent des machines agricoles, des moteurs électriques et des bateaux. La ville abrite également des entreprises agroalimentaires, chimiques et des imprimeries. Tampere constitue le second pôle industriel et urbain, tandis qu'à Turku, grand port du Sud-Ouest, siège un tiers de l'ingénierie du pays et les principaux chantiers navals.
L'internationalisation de l'industrie remonte aux années 1980. La métallurgie et l'ingénierie représentent 42 % des exportations industrielles, contre 19 % en 1970, la chimie (fibres synthétiques, plastique, engrais, pharmacie, cosmétique) contribuant, quant à elle, à hauteur de 10 %. Ces différentes branches ont permis de réduire la trop grande dépendance du pays vis-à-vis de la sylviculture. Le ralentissement du commerce avec l'ex-URSS a surtout porté préjudice aux industries traditionnelles (textile, construction navale). Ces activités ont été rejointes récemment par des industries à forte valeur ajoutée (matériel de télécommunication, etc.).
La Finlande est fortement dépendante de la conjoncture internationale : les exportations représentent plus du quart du produit intérieur brut. Depuis son entrée dans l'Union européenne, la Finlande a accru ses échanges avec les autres pays membres (80 % des importations et des exportations). L'Allemagne est son principal partenaire commercial : elle absorbe 11 % de ses exportations et fournit 14,5 % de ses importations. Les relations commerciales avec les pays de l'ex-URSS, notamment la Russie et l'Estonie, ont été renouées.
Les divisions régionales
Une première division oppose la Finlande subarctique, marginale, sauvage, à la Finlande domestiquée ; la Carélie et la Laponie sont surtout des terres de légendes et d'aventures, malgré l'exploitation du bois et de l'hydroélectricité.
La Finlande intérieure du plateau et des lacs est le domaine de la forêt, qui occupe 80 % du territoire. Les villes sont des centres touristiques et commerciaux comme Kuopio ou des centres de l'industrie du bois comme Lahti et Jyväskylä. La région d'Imatra a profité des chutes pour installer une grande centrale hydroélectrique, fournissant l'énergie nécessaire pour traiter le cuivre d'Outokumpu.
L'Ostrobotnie est située à l'ouest de la grande ligne de partage des eaux (la Suomenselkä). La vie humaine se concentre dans les ports installés au débouché des rivières, dont les fonds de vallées correspondent à des lignes de villages. Ces ports expédiaient le goudron végétal extrait de la forêt ; ils ont maintenant diversifié leur production industrielle, mais restent handicapés par l'englacement hivernal. Oulu et Vaasa sont les principaux centres urbains de la côte, mais Kemi et Kokkola sont de grands centres industriels. L'Ostrobotnie a toujours été une terre de départ pour l'émigration temporaire vers la Suède ou la Laponie, définitive vers l'Amérique du Nord.
La Finlande « métropolitaine » est concentrée dans la plaine côtière du Sud-Ouest, recouverte par les argiles fertiles dues aux transgressions postglaciaires et limitée au nord par le bourrelet de moraine terminale (la Salpausselkä). L'été est chaud, les conditions sont donc favorables à l'agriculture intensive et mécanisée. C'est aussi à l'intérieur de ce périmètre que la densité de population est la plus forte, concentrée dans des agglomérations détenant une grosse puissance industrielle. Tampere, Turku, Helsinki, Pori et Rauma sont des ports ou cités marquant l'extension vers le nord de cette zone métropolitaine.
En avant de la Finlande s'étend toute une ceinture d'îles, d'îlots, d'écueils, due à la fracturation extrême de la pénéplaine fondamentale. Ces îles minuscules vivent de cultures maraîchères installées sur les alluvions récentes à la faveur du climat maritime plus doux, de la pêche et de l'élevage. Beaucoup de ces îles ne sont peuplées que par des moutons que l'on déplace par bateau d'île en île. Maarianhamina est la ville la plus importante de cette zone insulaire.
HISTOIRE
Les premiers habitants de la Finlande, apparus à la fin de la période glaciaire, semblent avoir été des Lapons. Au cours du IIe millénaire avant J.-C., des peuples agriculteurs venus d'Europe centrale se fixent dans la région du Sud-Ouest, mais disparaissent à l'approche de l'ère chrétienne. Les forêts désertes de la Finlande deviennent bientôt une intéressante source de revenus pour les Finnois de Lituanie et d'Estonie ; ceux-ci (Varsinaiset, Suomalaiset, Hämäläiset), pour répondre aux besoins de fourrure de leurs voisins germaniques, se font trappeurs et, à la fin du ier s. de notre ère, s'établissent dans le sud-ouest du pays, en dehors des régions côtières du golfe de Finlande, où les Estes conservent leurs droits de chasse et de pêche. Ils forment une société composée de trois classes : une aristocratie de chefs, des paysans libres et des serfs. Au xie s., les Finnois se heurtent aux Vikings du Roslag (Ros, Ruotsi), qui accaparent le commerce du golfe de Finlande. À partir de 1050, la pénétration des marchands de Gotland ouvre une nouvelle ère de prospérité, au cours de laquelle le christianisme fait son apparition.
La période suédoise (1150-1809)
En 1157, le roi de Suède, Erik IX Jedvardsson, dit Erik le Saint, organise contre les Finnois une croisade qui aboutit à la conquête de la Finlande et à l'établissement de colons suédois sur les côtes du golfe de Botnie. Au cours des xiie et xiiie s., la Finlande est l'enjeu de rivalités de la part des Russes de Novgorod, des Danois et des Suédois. Le roi de Suède Birger Jarl, sur l'incitation d'Innocent IV, pour s'opposer au harcèlement des tribus païennes, fortifie le Häme et, sur les rives désertes du golfe de Finlande, repousse les Russes d'Alexandre Nevski et fonde une nouvelle province (Nyland, aujourd'hui Uusimaa), qu'il peuple de colons suédois. La paix de Pähkinäsaari (1323) termine la grande guerre de Carélie, et les Russes reconnaissent à la Suède la possession de la Finlande (Œsterland), que le roi Magnus II élève au rang de duché (1353). Il se constitue une noblesse finlandaise, qui détient la plus grande partie des terres et résiste au pouvoir royal, affaibli par l'Union de Kalmar (réunion du Danemark, de la Suède, de la Norvège et de la Finlande). Erik XIII renforce encore le particularisme finlandais en octroyant au duché une cour suprême et une monnaie propre. Les évêques de Turku, recrutés parmi la noblesse, sont les chefs spirituels du pays ; l'un d'eux, Pietari Särkilahti, introduit la Réforme de Luther. Conformément aux décisions de la diète de Västerås (1527), Gustave Vasa s'empare des biens ecclésiastiques et des étendues désertes de la Laponie, fief des trappeurs de Porkkala. Il fonde Helsinki (1550) et donne le duché à son fils Jean, qui, devenu roi, en fait un grand-duché (1581). Les guerres avec la Russie reprennent en 1570, et la paix de Täyssinä (1595) fixe les frontières orientales de la Finlande. Cependant, après la mort du gouverneur Klas Fleming, qui avait soutenu, contre le futur Charles IX, le roi catholique Sigismond, le grand-duché est supprimé (1599) ; la noblesse perd ses privilèges nationaux. Après la paix de Stolbova (1617), qui accroît la Finlande de la province carélienne de Käkisalmi, la grande politique de Gustave-Adolphe conduit à une centralisation administrative préjudiciable à l'autonomie nationale. La Finlande fournit le tiers des effectifs de l'armée et le corps d'élite de cavaliers des hakkapelites. Les impôts ont triplé et l'État ouvre dès 1630 des rôles pour les impôts personnels et fonciers. La paysannerie est dépossédée de ses terres par la nouvelle noblesse, qui se constitue de vastes domaines dont les revenus échappent à la Couronne ; l'État doit ainsi procéder à la réduction de la totalité des terres féodales (grande réduction de 1693). De 1637 à 1648, le gouverneur Per Brahe s'efforce de relever la Finlande ; il crée un service des postes, fonde des villes et l'université de Turku, et fait exécuter les premiers levés cadastraux. L'économie s'oriente vers l'exportation du goudron et de la poix nécessaires aux puissances maritimes.
Son œuvre est compromise par les guerres de Charles X (1656-1661) et surtout par la politique imprudente de Charles XII, qui, après les années de famine de 1694-1697, livre la Finlande au pillage et aux dévastations des armées de Pierre le Grand (Isoviha, ou Grande Rage, 1710-1721). Après la paix de Nystad (1721), la Finlande est dépeuplée, épuisée, amputée de la Carélie. La faiblesse de la monarchie au xviiie s. fait naître un sentiment d'insécurité et, à la suite d'une nouvelle guerre soldée par la cession à la Russie de nouveaux territoires (paix de Turku, 1743), l'opinion commence à se tourner vers la Russie. Lorsque Gustave III attaque Catherine II (1788), un groupe d'officiers, conduits par le colonel Sprengtporten, essaie vainement de constituer une république (conjuration d'Anjala), car l'administration suédoise est souvent incompétente et l'agriculture reste à un niveau très bas, malgré la redistribution des terres de 1757 (Isojako).
La période russe (1809-1917)
Conformément aux accords de Tilsit, le tsar Alexandre Ier conquiert la Finlande (1809) et s'en assure la possession à la paix de Hamina. Il prend le titre de grand-duc de Finlande à la diète de Porvoo (1809) et promet de respecter les institutions du grand-duché. Dès lors, la Finlande s'administre elle-même avec un Sénat contrôlé par un Comité mixte des affaires finlandaises, qui garde l'usage du finnois et du suédois. En 1811, Alexandre redonne au duché ses provinces orientales, et, en 1812, la capitale est transférée à Helsinki. L'égalité des deux langues officielles, suédois et finnois, est décrétée. Sous le règne libéral d'Alexandre II (1855-1881) se développe une économie agricole qui alimente le marché national. La forêt est exploitée pour l'industrie du bois et du papier ; l'industrie textile s'installe à Tampere. Par l'ordonnance de 1869, le tsar fait de la diète un parlement qui se réunit tous les trois ans ; il accorde l'autonomie aux communes rurales et dote la Finlande d'une armée et d'une monnaie nationales. Mais les libertés finlandaises portent tort au panslavisme ; sous Alexandre III (1881-1894), la russification s'intensifie ; Nicolas II dépossède la diète de ses droits et accorde des pouvoirs dictatoriaux au gouverneur général Bobrikov (1897), qui dissout l'armée et fait appliquer des ordonnances illégales ; le russe devient la seule langue administrative. L'assassinat de Bobrikov (1904) et l'agitation révolutionnaire de 1905 amènent le tsar à faire machine arrière. La diète est remplacée par une chambre élue au suffrage universel, auquel les femmes participent pour la première fois au monde (1906). Cependant, en 1907, on revient aux mesures de russification ; la Chambre est dissoute, les opposants déportés en Sibérie, l'emploi du russe rendu obligatoire et les administrations incorporées au système russe.
La résistance passive s'organise et, dès 1914, un corps de volontaires est entraîné en Allemagne. La révolution de 1917 libère les déportés finlandais de Sibérie et rend son autonomie à la Finlande, mais les garnisons russes restent en place. Les socialistes, ralliés au bolchevisme, créent la garde rouge, tandis que les conservateurs mettent sur pied des gardes civiques.
L'indépendance
Le 3 janvier 1918, Trotski reconnaît l'indépendance de la Finlande, mais continue de fournir des armes à la garde rouge et aux garnisons russes. La révolution éclate le 27 janvier ; une commission populaire est nommée à Helsinki, les administrations sont remises à des soviets d'ouvriers. Le gouvernement, réfugié à Vaasa, confie au général Mannerheim le soin d'organiser l'armée blanche. Une courte guerre civile éclate entre garde rouge, soutenue par les bolcheviks, et garde blanche, aidée par l'Allemagne. La garde rouge est désarmée par surprise par Mannerheim. Celui-ci écrase les Rouges à Tampere le 5 avril, puis intercepte les renforts soviétiques dans le village de Rautu. Le 12 avril, un corps expéditionnaire allemand, commandé par le général von der Goltz, reprend Helsinki. À la suite de la prise de Viipuri (29 avril) par les Finlandais, le pays passe entièrement sous le contrôle du gouvernement légal. Au traité de Tartu (14 octobre 1920), les Soviétiques reconnaissent la République de Finlande, à laquelle ils cèdent le territoire de Petsamo (tout en conservant la Carélie orientale). Après une période d'agitation, le Mouvement agrarien de Lapua amorce le triomphe des conservateurs en 1930-1931 : Pehr Evind Svinhufvud, candidat des droites, est élu à la présidence en 1931. Le chômage disparaît et la loi Kallio résout la question agraire en permettant aux petits tenanciers de racheter leurs terres. Le pays devient un des principaux exportateurs de produits forestiers.
Dans le contexte d'un conflit germano-soviétique prévisible, la Finlande fait figure d'enjeu, notamment par certaines de ses positions stratégiques. En 1932, Helsinki et Moscou signent un traité de non-agression.
En 1939, l'URSS, inquiète de l'expansionnisme de l'Allemagne de Hitler, réclame à la Finlande quelques territoires stratégiques nécessaires à la défense de Leningrad, mais Helsinki refuse de les céder. L'agression soviétique de novembre 1939 surprend le pays presque désarmé et, malgré une contre-attaque victorieuse, la Finlande, faute d'appui réel des Occidentaux, est contrainte à signer la paix de Moscou (13 mars 1940), qui l'ampute de la Carélie et d'une partie de la Laponie. En 1941, Hitler force la main au président Ryti et entraîne la Finlande dans une nouvelle guerre → (campagnes de Finlande).
La neutralité finlandaise dans la guerre froide
Durant la guerre froide, la Finlande doit concilier deux intérêts contradictoires tout en conservant son indépendance. Elle souhaite maintenir ses liens traditionnels avec les pays nordiques et avec l'Europe occidentale mais cherche également à entretenir de bonnes relations avec son puissant voisin soviétique, avec lequel elle partage une frontière de plus de 1 000 km. Cette politique de « neutralité active », qui nécessite beaucoup de diplomatie, est initiée par le président Juho Kusti Paasikivi et prolongée par son successeur Urho Kaleva Kekkonen.
Au traité de Paris (1947), la Finlande perd la Carélie et le district minier de Petsamo ; elle cède à l'URSS le port de Porkkala, sur la Baltique, pour cinquante ans, et s'engage à payer une forte indemnité de guerre. Mais elle est libre. Elle refuse l'aide du plan Marshall (1947), et ses nouvelles relations avec l'URSS l'obligent à légaliser le parti communiste. Un pacte d'amitié finno-soviétique est signé (1948), un traité de sécurité réciproque et un accord commercial sont conclus avec Moscou en 1950. La dette de guerre est acquittée en 1952, et, trois ans plus tard, la péninsule de Porkkala lui est restituée par l'URSS.

Urho Kaleva Kekkonen est l'homme qui façonne la politique finlandaise de l'après-guerre. Comme Premier ministre de 1950 à 1956 (avec deux brefs intervalles) puis comme président de 1956 à 1981, il mène une politique prudente propre à ménager les Soviétiques et maintient la Finlande à l'écart des conflits internationaux. Beaucoup d'observateurs occidentaux désignent cette neutralité plus ou moins contrainte par le terme de « finlandisation ».
Cependant, le pays reste orienté vers la Scandinavie et l'Occident. Ainsi, il est admis à l'ONU (1955) et au Conseil nordique (1956) et s'achemine vers le Marché commun nordique (1960). Il entend rester fidèle à la convention d'Helsinki (1962), qui scelle l'accord de coopération avec les cinq pays nordiques. Mais l'URSS veut empêcher la Finlande, son troisième partenaire commercial, en dehors du monde communiste, de se rapprocher de ses voisins scandinaves et surtout de s'unir avec les Occidentaux. Aussi, en décembre 1969, les pourparlers sur le Nordek (Union économique des pays scandinaves) échouent, et l'Europe du Nord ne peut adhérer en bloc à la Communauté économique européenne (CEE). En revanche, les liens avec l'URSS et les pays communistes se resserrent. En 1968, le président Urho Kaleva Kekkonen inaugure le canal de Saimaa, qui, traversant le territoire soviétique, permet d'accroître les échanges commerciaux entre ces deux pays. En 1969, la Finlande accorde à l'URSS sa préférence pour l'installation d'une centrale nucléaire. En 1970, les deux États signent un protocole prolongeant leur traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle jusqu'en 1990. En 1983, ce traité est de nouveau prolongé pour vingt ans. En avril 1971, le Premier ministre Karjalainen, en visite en URSS, conclut un accord de coopération économique portant sur la période 1971-1975, et, en mai 1973, la Finlande est le premier pays non communiste à signer un traité de coopération avec le Comecon. Toutefois, elle conclut aussi, la même année, un accord de libre-échange avec la CEE et établit des relations diplomatiques avec les deux Allemagnes. Son souci de neutralité est illustré en 1969 par la ratification du traité de non-prolifération des armes nucléaires, puis par des conférences tenues à Helsinki sur la limitation des armes stratégiques (SALT) ou la conférence pour la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE, 1975). En 1989, la Finlande devient membre du Conseil de l'Europe.
Les effets de la nouvelle donne géopolitique
Après l'effondrement de l'URSS, la Finlande et la Russie entreprennent de réformer leurs relations (1992). La Finlande restructure son orientation économique et noue des liens avec les anciennes républiques soviétiques. Mais elle se tourne surtout vers l'Europe, et, en mars 1992, elle présente sa candidature à une adhésion à la CEE. En mai 1994, le Parlement européen accorde l'adhésion de la Finlande à l'Union européenne (UE), qui devient effective le 1er janvier 1995. Considérée comme le plus « euro-enthousiaste » des pays d'Europe du Nord, la Finlande entend rejoindre l'Union économique et monétaire (UEM) Depuis 1994, elle participe au Partenariat pour la paix de l'OTAN.
La politique intérieure : des coalitions à géométrie variable
Entre 1917 et 2003, la Finlande connaît soixante-dix gouvernements (dont quarante depuis 1946 et dix-neuf cabinets minoritaires) avec quarante Premiers ministres. Cette instabilité gouvernementale contraste avec la forte stabilité des grands rapports de forces dans le pays au moins jusqu’à la forte perte d’audience de la gauche communiste entre la fin des années 1980 et les années 2000.
Dans les années 1950 et jusqu’en 1966, la plupart des coalitions – auxquelles participent parfois le parti social-démocrate – se forment autour du parti agrarien – qui devient le parti du Centre en 1965 (KESK) – à l’instar des gouvernements dirigés par Urho Kekkonen (1950-1953 ; 1954-1956), Vieno Sukselainen (1957 ; 1959-1961) Ahti Karjalainen (1962-1963) et Johannes Virolainen (1964-1966). La politique sociale, dépendante de l'économie, pèse alors sur la politique intérieure du pays. Considérée comme un pays occidental, la Finlande a une conception nordique des rapports sociaux : elle cherche à améliorer les situations individuelles par des accords collectifs tenant compte des possibilités du marché, visant au plein emploi sans entraver le développement des entreprises privées.
L'inflation consécutive à la guerre est stoppée en 1953, mais la mévente des produits forestiers provoque la crise d'octobre 1954 (chute du cabinet Törngren), les grèves de 1957 et l'instabilité parlementaire (1958). Les problèmes sociaux, liés à la mutation économique d'un pays de plus en plus industrialisé, ont leur répercussion sur le plan politique et déterminent une instabilité ministérielle due à des conflits d'alliance entre partis social-démocrate, agrarien et communiste.
Les coalitions de centre gauche
À partir de 1966, les coalitions de centre gauche deviennent prédominantes. En mai, le cabinet dirigé par le social-démocrate Rafael Kusta Paasio s’appuie sur une large coalition puisqu’il inclut aussi bien le parti du Centre que les communistes Paasio pour la première fois depuis 1948. Les relations avec l'URSS en sont améliorées. Les gouvernements Mauno Koivisto (1968-1970 et 1979-1981), Ahti Karjalainen (1970-1971), R. K. Paasio (1972), Kalevi Sorsa (1972-1975, 1977-1979 et 1982-1987) suivent la même politique de consolidation d'un État providence dont les fonds sont abondamment entretenus par une croissance spectaculaire. Les tentatives périodiques de l'URSS d'influencer le processus électoral ont généralement des effets négatifs, comme en 1979, lorsque les conservateurs gagnent les élections aux dépens des communistes. En 1982, le social-démocrate Mauno Koivisto prend la succession de Urho Kaleva Kekkonen à la présidence de la République. Son parti améliore son score aux élections législatives de 1983. En revanche, celles de 1987 obligent les sociaux-démocrates à partager le pouvoir avec les conservateurs, qui n'ont pas participé au gouvernement depuis vingt ans. Harri Holkeri, leur chef de file, devient alors Premier ministre. En 1988, le président Koivisto est reconduit dans ses fonctions.

Dans les années 1980, la Finlande connaît un taux de croissance de 4 %, soit un des taux les plus élevés de l'Europe occidentale. Au début de la décennie suivante, la croissance ralentit. La disparition de l'URSS aggrave alors la situation commerciale du pays. En 1991, le gouvernement Holkeri est remplacé par une coalition non socialiste dirigée par le centriste Esko Aho, à la suite du départ des centristes de la coalition et du choix des sociaux-démocrates de rentrer dans l'opposition. En février 1994, le social-démocrate Martti Ahtisaari est élu président de la République, lors d'un scrutin organisé pour la première fois au suffrage universel direct.
Les coalitions « arc-en-ciel »
Aux élections législatives de mars 1995, le parti social-démocrate réalise son meilleur score depuis 1945 avec 63 des 200 sièges. Il forme un gouvernement soutenu par une coalition « arc-en-ciel », rassemblant autour du PSD, l’Alliance de gauche (communistes), les Verts, le parti de la Minorité suédoise et les conservateurs du KOK, dirigé par Paavo Lipponen.
Le grand défi politique et économique est alors de satisfaire aux critères de Maastricht pour participer, dès 1999, à l'Union économique et monétaire (UEM). Le gouvernement remplit l'objectif qu'il s'était fixé : la Finlande est un des onze pays qui participent au lancement de l'euro le 1er janvier 1999. Mais les répercussions de la crise financière internationale dans ce pays (taux de croissance en baisse et déficit structurel important), seul État membre de l'Union européenne à avoir une frontière commune avec la Russie, rendent la tâche du gouvernement difficile, malgré la relative stabilité monétaire que connaissent alors les pays de la zone euro. En mars 1999, les sociaux-démocrates conservent leur place de premier parti politique du pays en remportant les élections législatives (22,9 % des voix). Mais l'usure du pouvoir et la politique d'austérité menée depuis quelques années par le gouvernement ont entraîné une sérieuse érosion du nombre de leurs électeurs. Les conservateurs, qui participent à la coalition gouvernementale, réalisent leur meilleur score depuis 1987 avec 21 % des suffrages. Le social-démocrate Paavo Lipponen reste Premier ministre ; il forme un nouveau cabinet, composé d'un nombre égal de ministres conservateurs et sociaux-démocrates et soutenu par la même coalition « arc-en-ciel » qu'en 1995. Une nouvelle Constitution – adoptée par le Parlement le 11 juin 1999, entrée en vigueur le 1er mars 2000 – amoindrit, notamment, les pouvoirs du président : celui-ci ne choisit plus le Premier ministre, qui est élu dorénavant par le Parlement.
La Finlande peut se prévaloir de bonnes performances économiques et d'une intégration dans l'Union européenne réussie – elle assume pour la première fois et avec succès la présidence tournante de l'Union au second semestre 1999. En février 2000, Tarja Halonen est la première femme élue à la présidence de la République : ministre sociale-démocrate des Affaires étrangères depuis 1995, elle parvient à réunir 51,6 % des suffrages, score bien supérieur à celui de la gauche réunie aux dernières élections. La nouvelle présidente s'engage à défendre le principe d'État providence, en veillant notamment à ce que l'enrichissement du pays n'accroisse pas les inégalités.
Le recul des sociaux-démocrates
Lors des élections législatives du 16 mars 2003, l'opposition centriste l'emporte – de justesse –, avec 55 sièges, sur les sociaux-démocrates (53 sièges) ; les conservateurs sont en recul (40 sièges). Anneli Jäätteenmäki, présidente du parti du Centre, est élue Premier ministre par le Parlement (avril). Mais, accusée d'avoir utilisé, lors de la campagne électorale, des documents confidentiels liés à la crise irakienne et mettant en cause le Premier ministre sortant P. Lipponen, elle est contrainte de démissionner (juin). Matti Vanhanen, vice-président du parti du Centre, et ministre de la Défense dans le gouvernement sortant, lui succède avec le soutien du parti social-démocrate. Lors des élections européennes de juin 2004, marquées par une forte augmentation du taux de participation – contrairement à la tendance européenne –, les partis de la coalition de centre gauche au pouvoir améliorent leur score, tout en étant légèrement devancés par les conservateurs. En janvier 2006, la présidente social-démocrate T. Halonen est réélue, au second tour et à une courte majorité (51,8 %), à la tête de l'État, face au conservateur Sauli Niinistö. En mars 2007, avec 50 sièges sur 200 et 10 de plus qu'aux élections précédentes, les conservateurs de la coalition nationale (KOK) dirigée par Jyrki Katainen – un nouveau leader de 36 ans – est le grand vainqueur des élections législatives. Le parti du Centre reste le premier parti avec 23,1 % des voix et 51 sièges tandis que le parti social-démocrate recule de 8 sièges. Si M. Vanhanen est ainsi reconduit dans ses fonctions, la nouvelle coalition rassemble le centre, les conservateurs (dont le chef est nommé ministre des Finances), les Verts (15 députés) et le parti populaire suédois (9 députés).
La percée de l’euroscepticisme et du vote de protestation
À partir des élections européennes de juin 2009, on assiste à une forte progression du sentiment eurosceptique avec l’élargissement de l’audience des « Vrais Finlandais » ou « Finlandais de base » (Perussuomalaiset, PS) dont la liste commune avec le parti chrétien-démocrate obtient 14 % des suffrages et qui fait élire son chef Timo Soini. Fondé en 1995 par des militants d’un petit parti agrarien (Parti rural), le PS, « populiste » et nationaliste mais ne remettant pas pour autant en cause les principes de l’État-providence, réalise une véritable percée aux élections législatives d’avril 2011. Axant notamment sa campagne contre le plan de sauvetage européen des « mauvais élèves » trop endettés de l’UE dont le Portugal, il obtient plus de 19 % des voix et 39 sièges contre 4 % et 5 députés en 2007, devançant le parti du Centre qui perd 16 sièges après avoir été déjà ébranlé en juin 2010 par la démission du Premier ministre M. Vanhanen à la suite d’un scandale relatif au financement du parti. Si les conservateurs du KOK se maintiennent de justesse avec 20 % des suffrages environ, ils reculent également de même que les partis de gauche (sociaux-démocrates et Alliance de gauche) et les Verts. Une alliance avec les « Vrais Finlandais » ayant été écartée, après deux mois de difficiles négociations et un accord sur l’augmentation de plusieurs taxes ainsi que de l’impôt sur les plus hauts revenus et le capital, un gouvernement de large coalition « arc-en-ciel » réunissant 6 partis (KOK, PSD, Alliance de gauche, Verts, parti suédois, et Chrétiens-démocrates) autour du Premier ministre conservateur Jyrki Katainen, est finalement formé le 22 juin.


