En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques.
En savoir plus
Identifiez-vous ou Créez un compte

Nicolas II

Nicolas II et la tsarine Alexandra Fedorovna
Nicolas II et la tsarine Alexandra Fedorovna

(Tsarskoïe Selo 1868-Iekaterinbourg 1918), empereur de Russie (1894-1917).

Introduction

Fils aîné d'Alexandre III, il lui succède en 1894 et condamne dès 1895 les « rêves insensés » des délégués des zemstvos, qui demandaient la poursuite des réformes entreprises par Alexandre II. Il se déclare alors décidé à « maintenir le principe de l'autocratie de façon aussi énergique et immuable que son inoubliable père ». Ainsi, Nicolas II, que l'on a accusé d'irrésolution ou de faiblesse, défendra avec obstination ses prérogatives de tsar autocrate. Très attaché à son épouse, Alexandra Fiodorovna, avec qui il aura quatre filles et un fils, le tsarévitch Alexis (né en 1904), il vit le plus souvent à Tsarskoïe Selo, se soustrayant le plus possible à la vie publique.

Un pays en crise

Or, Nicolas II est confronté aux problèmes complexes d'un pays en pleine expansion démographique et engagé dans un processus d'industrialisation rapide. Ses ministres des Finances, Ivan Vychnegradski puis le comte Witte, négocient avec la France des emprunts d'État qui permettent de financer le développement industriel. L'industrialisation se développe aux dépens des terriens, paysans ou nobles, dont les problèmes s'aggravent. Aussi Witte obtient-il de l'empereur la réunion d'une conférence sur les besoins de la paysannerie (1902). Mécontent de la radicalisation des aspirations paysannes, Nicolas II charge Viatcheslav Plehve (1846-1904), ministre de l'Intérieur, d'étouffer l'agitation et se sépare du comte Witte (1903). La crise qui se développe à partir de 1902 atteint toutes les couches de la société : les libéraux des zemstvos et des professions libérales, les étudiants, dont l'agitation dévie vers le terrorisme, les paysans, responsables des émeutes en Ukraine et dans la moyenne Volga, et les ouvriers, dont les grèves se multiplient à partir de 1903.

Un autocrate

En janvier 1904, Nicolas II s'engage dans la guerre contre le Japon, espérant ainsi reconstituer l'unité nationale autour du trône. Or, la répression dirigée par Viatcheslav Plehve, qui est assassiné en juillet 1904, et les défaites de la guerre russo-japonaise (1904-1905) aggravent encore la crise. Nicolas II, en faisant tirer sur la manifestation ouvrière du Dimanche rouge (9 [22] janvier 1905), détruit le mythe du « tsar-père du peuple » et provoque le déclenchement de la révolution de 1905. Il est alors contraint de rappeler le comte Witte (octobre 1905-avril 1906) et d'accorder le manifeste d'octobre 1905, qui promet la réunion d'une douma d'État – que les libéraux veulent transformer en Assemblée constituante. Lorsque l'armée est revenue d'Extrême-Orient, il écrase les soviets de Saint-Pétersbourg et de Moscou (décembre 1905-janvier 1906). Afin d'empêcher la douma de se transformer en Assemblée constituante, il promulgue les lois fondamentales (mai 1906) selon lesquelles il conserve le titre d'autocrate, la direction des questions militaires, diplomatiques et religieuses et a le droit de convoquer la douma, de la dissoudre et de légiférer par décrets dans l'intervalle des sessions. Les deux premières doumas se révèlent ingouvernables et ne siègent que quelques mois. Piotr Stolypine modifie alors la loi électorale (1907). Ainsi Nicolas II refuse de transformer la Russie en une véritable monarchie constitutionnelle.

La chute du tsarisme et la fin des Romanov

Il souscrit à une alliance défensive avec l'Allemagne lors de son entrevue secrète avec Guillaume II à Björkö, en juillet 1905, mais il doit y renoncer et s'engager davantage dans l'alliance franco-russe. Il se rapproche ensuite de la Grande-Bretagne, avec laquelle un accord est signé en 1907, et adhère à la Triple-Entente. Entraîné par Aleksandr Izvolski dans une politique active dans les Balkans, qui se libèrent de la domination ottomane par les guerres de 1912-1913, Nicolas II soutient la Serbie contre la Bulgarie, alliée à l'Autriche-Hongrie. Ainsi, il doit s'engager dans la Première Guerre mondiale, qui plonge la Russie dans des difficultés insurmontables.

Après l'assassinat de Piotr Stolypine (1911), qui avait tenté de renforcer la répression contre les partis révolutionnaires et de promouvoir une réforme agraire qui libérerait les paysans des entraves du mir, l'empereur fait appel à Vladimir Kokovtsov (1911-1914), puis il s'entoure de ministres réactionnaires bornés ou incapables. L'opinion publique tient Boris Stürmer et Aleksandr Protopopov pour des créatures de Grigori Raspoutine, dont les relations avec la cour apparaissent scandaleuses. À la faveur de la guerre, Nicolas II tente de gouverner sans la douma et prend lui-même le commandement suprême des armées (septembre 1915). Isolé au quartier général de Moguilev, il laisse Alexandra Fiodorovna, soumise à l'influence de son « conseiller spirituel » Grigori Raspoutine, jouer un rôle croissant dans le gouvernement. Face à cette incurie, la société civile, les zemstvos, les associations professionnelles tentent d'organiser l'économie de guerre, ce qui permettra le bref redressement militaire de 1916. Au sein de la douma se constitue en 1915 un « bloc progressiste », qui réclame un ministère possédant la confiance du pays et envisage un complot pour destituer Nicolas II.

Mais la douma est dépassée par le soulèvement populaire de février 1917. Les difficultés économiques ont en effet engendré la crise du ravitaillement de l'hiver 1916-1917, contre laquelle s'insurge la population de Petrograd, encadrée par les sociaux-révolutionnaires (S.-R.) et les sociaux-démocrates (S.-D.). La révolution russe de 1917 triomphe. Nicolas II abdique le 2 (15) mars 1917, en faveur de son frère, le grand-duc Michel, dont la renonciation au trône marque la fin des Romanov. La douma constitue le gouvernement provisoire. Gardée à vue à Tobolsk, puis à Iekaterinbourg, la famille impériale est mise à mort dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 sur l'ordre du soviet de l'Oural, peu avant l'occupation d'Iekaterinbourg par les forces antibolcheviks. Les restes de Nicolas II et ceux de certains membres de sa famille ont été transférés à Saint-Pétersbourg en 1998. En 2000, Nicolas II, son épouse et ses enfants ont été canonisés par l'Église orthodoxe.