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Paris

Paris

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Paris

Capitale de la France, chef-lieu de la Région Île-de-France, sur la Seine, à 25 m d'altitude.

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la France.

Population (population sans doubles comptes) : 2 211 297 hab. (recensement de 2008)
Nom des habitants : Parisiens
Population pour l'agglomération : 10 485 000 hab. (estimation pour 2010)

GÉOGRAPHIE

Capitale politique et intellectuelle de la France, Paris est le siège du gouvernement et des grandes administrations, d'une zone de défense, d'un archevêché, d'une cour d'appel, de nombreux établissements universitaires et culturels. Principal port fluvial, Paris est encore le premier centre financier, commercial, industriel et touristique de la France, grâce à l'abondance de la main-d'œuvre, à l'importance du marché de consommation, à la convergence des voies de communication et à la concentration des capitaux.

Paris et l'agglomération parisienne

La ville, qui couvre 105 km2, constitue aussi un département (code postal 75), divisé en 20 cantons correspondant aux 20 arrondissements traditionnels. Il est impossible, aux points de vue démographique et économique, de dissocier la ville et sa proche banlieue, celle-ci regroupant près de 80 % des habitants de l'agglomération. L'ensemble Paris et banlieue parisienne constitue une agglomération approchant les 2 000 km2 et les 10 millions d'habitants, soit 15 % de la population française sur moins de 0,4 % du territoire national. Ce pourcentage, élevé, est toutefois aujourd'hui stationnaire après une très longue croissance. La densité moyenne y est de l'ordre de 4 800 hab./km2, près de 45 fois la moyenne nationale. L'urbanisation est presque continue (coupée toutefois de massifs forestiers protégés) à l'intérieur d'un polygone Pontoise-Roissy-Corbeil-Essonnes-Trappes, mais va au-delà, notamment en bordure des voies ferrées et autoroutes aboutissant à Paris.

Naissance et croissance de l'agglomération

Paris a longtemps été une ville moyenne : la ville aurait compté 50 000 habitants à la fin du XIIe s. ; mais, dans toute l'Île-de-France, on estime que la densité atteignait déjà quatre fois la moyenne française avec plus de 100 habitants au km2 ; et que, déjà, existait une « banlieue » composée des faubourgs, au-delà de l'enceinte dite de Philippe Auguste.

   

Vers le milieu du XVIe s., Paris devait atteindre quelque 220 000 habitants, et au XVIIe s. fleurissent, tout autour, les châteaux, les églises et les couvents, qui vont occuper une place considérable, surtout dans les banlieues ouest et sud.

   

À la veille de la Révolution française (1789), la véritable banlieue s'installe parce que Paris se gonfle d'immigrants. Les petites villes voisines, Saint-Denis, Meulan, Melun, Corbeil, s'étiolent et le rayonnement administratif et culturel de la capitale se manifeste avec une éclosion urbanistique majestueuse qui se traduit par un pôle annexe : la ville de Versailles, créée de toutes pièces depuis la fin du XVIIe s. Dès le milieu du XIXe s., la région parisienne se développe : le nombre des Parisiens hors Paris croît de moins de 100 000 à près de deux millions en 1910, car le pourtour de la ville s'est fortement industralisé ; la région offre un carrefour naturel de premier ordre vers lequel converge, notamment, le réseau ferré national. Paris est de loin le principal réceptacle de l'exode rural français. En un peu plus d'un siècle, de 1870 à 1980, la population de l'agglomération a triplé.

   La banlieue est constituée par un tissu urbain plus ou moins discontinu qui s'est déployé à la fois en « tache d'huile » et en « doigts de gant », selon les orientations des vallées, qui convergent toutes sur la cuvette parisienne. La banlieue commence sa grande phase d'expansion démographique et spatiale à partir de la fin du XIXe s. L'industrialisation de Paris et de sa banlieue proche est rapide entre 1880 et 1920 ; cette banlieue est le berceau mondial de l'automobile et de l'aviation, un puissant centre de fabrication de machines, le principal fournisseur de la confection et un grand centre d'imprimerie. Les usines se multiplient à la limite des fortifications et dans Paris (quartiers de Grenelle et de la Glacière), mais aussi à Boulogne-Billancourt, Suresnes, Puteaux, Courbevoie, Saint-Denis, Argenteuil, La Courneuve, etc. Une couronne d'usines entoure les anciens faubourgs, intégrés à la ville en 1860. Mais les logements sont de plus en plus chers et rares pour les ouvriers, au centre de Paris. Il en résulte un exode de la masse des actifs de Paris dans la banlieue proche, qui se couvre de petits pavillons sans aucun souci urbanistique et même de véritables bidonvilles (la « zone » près des fortifications, désaffectées après 1870). La banlieue devient informe : de véritables villes-champignons naissent, à proximité des gares du réseau électrifié de banlieue. Après 1950, l'afflux des immigrants provinciaux issus de l'exode rural se double de celui des étrangers embauchés en masse par les grandes usines de cette banlieue. On construit alors d'urgence de grands ensembles d'habitation pour loger la population de travailleurs qui ne trouvent pas de logement dans la capitale. Durant la période 1950-1975, la population parisienne s'est accrue six fois plus vite que celle de la province alors que, dès 1947, J.-F. Gravier décrivait Paris et le désert français (titre d'un livre).

L'évolution récente

Paris intra-muros

Entre 1910 et 1954, la ville de Paris, au contraire, connaît une grande stabilité démographique. Entre 1954 (2 850 000 habitants) et 1999, la ville elle-même a perdu environ 750 000 habitants, le quart de sa population. Cette diminution de la population résidente de la ville résulte de trois causes essentielles : le desserrement de la population du centre parisien vers la « grande banlieue » (les Yvelines et le Val-de-Marne ont recueilli l'essentiel de cet exode citadin) ; la désindustrialisation de Paris (les usines ont été incitées à quitter Paris soit pour la province, soit pour les zones d'activité créées à la fois dans les villes nouvelles [Cergy-Pontoise, Saint-Quentin-en-Yvelines, Évry, Marne-la-Vallée, Sénart] et dans presque toutes les communes de la grande banlieue) ; de profondes mutations sociologiques et socioprofessionnelles aux dépens des jeunes ménages avec enfants (la part des Parisiens de moins de 20 ans diminue).

   Ce vieillissement de la population de Paris est en rapport avec le vaste mouvement de désindustrialisation et de rénovation des quartiers anciens et la transformation du parc immobilier en îlots de rénovation ou de réhabilitation luxueux (comme le Front de Seine, l'Opération Italie, le Marais, etc.). Cependant, Paris concentre une forte proportion d'habitants âgés de 20 à 59 ans, c'est-à-dire en âge d'être actifs. En particulier, la capitale est toujours la première destination pour les jeunes actifs. Aujourd'hui, la capitale connaît de nouveau une – légère – croissance de sa population.

La Petite Couronne

En banlieue, en revanche, du début du XXe s. aux années 1960, la croissance est très forte dans les départements limitrophes, dits de la Petite Couronne : Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne. Après une diminution dans la période 1968-1982, par suite des effets de la décentralisation industrielle vers les villes de province et les villes moyennes du Bassin parisien, la population de cette proche banlieue augmente de nouveau aujourd'hui. Un certain vieillissement plus relatif est apparu, mais il est aussi de plus en plus difficile de trouver un logement dans cette proche banlieue, tous les terrains disponibles étant utilisés. En outre, les unités de production industrielle ont fait place de plus en plus à des bureaux et des entrepôts. Les services, et notamment les services de transport à courte et longue distance occupent de vastes espaces : de grandes gares routières à proximité des autoroutes sont apparues (Garonor et Rungis). Les halles de Paris ont été transférées, au sud, près de l'aéroport d'Orly, à Rungis. De grands centres commerciaux régionaux ont été construits, qui ont enlevé au centre de Paris une clientèle importante (création des centres de Belle-Épine, de Parly II, de Vélizy II, des Quatre-Temps dans le quartier de la Défense).

La Grande Couronne

Les départements dits de la Grande Couronne (Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne et Val-d'Oise) ont, plus récemment, bénéficié du desserrement démographique et industriel de Paris, puis de sa proche banlieue. La croissance y prend un tour spectaculaire à partir de 1960, à la faveur de la politique des villes nouvelles et des « points d'appui urbains » destinés à servir de tamis, de filtre, pour les nouveaux immigrants. En pourcentage de la population régionale, en 2004, la ville de Paris ne représente plus que 19 %, la Petite Couronne, 37 % et la Grande Couronne 44 %. Cette évolution tend à s'accroître encore au profit de la Grande Couronne, en raison du désir d'un grand nombre d'employés, d'ouvriers et de cadres d'acquérir une maison individuelle et d'abandonner les grands ensembles, sous l'influence aussi des tendances écologiques et du développement du parc automobile.

   La grande banlieue tend à son tour à stagner, les villes nouvelles et les pôles urbains nouveaux se peuplant difficilement. L'accroissement naturel est devenu la cause unique du croît démographique, et l'on enregistre un important mouvement de départ de jeunes et de ménages vers la province. Le dynamisme démographique maximal se rencontre en Grande Couronne, alors que la population parisienne, en majorité bourgeoise, a considérablement vieilli. Les départs d'actifs de l'agglomération deviennent plus nombreux que les départs traditionnels de retraités. L'expansion de la banlieue vers la Grande Couronne s'est traduite par de puissants mouvements pendulaires quotidiens. L'augmentation des distances entre l'habitat et l'emploi n'a cessé de s'accroître en moyenne pour les habitants de Paris et de la banlieue : les autoroutes et les « périphériques » sont chaque jour encombrés dans les deux sens et, pour ces relations de grande ampleur, la S.N.C.F. et la R.A.T.P. ont mis en place un réseau express régional (R.E.R.) qui relie à travers Paris de l'ouest à l'est et du nord au sud les principaux pôles urbains de la banlieue.

Les villes nouvelles

Sur le modèle du Grand Londres, à la période de forte croissance démographique et économique, la création de villes nouvelles est apparue comme le remède idéal pour étaler dans l'espace le développement de l'agglomération, et ainsi « décongestionner » le centre. Cinq villes nouvelles ont été progressivement aménagées (à 25-30 km du centre de la capitale), au nord-ouest (Cergy), à l'est (Marne-la-Vallée), au sud enfin (Melun-Sénart, Évry et Saint-Quentin-en-Yvelines). Ces villes ont été dotées de liaisons rapides (ferroviaires et routières) avec la capitale. Des services y ont été décentralisés. Des implantations spectaculaires y ont été réalisées (comme le parc de loisirs Disneyland Resort Paris à Marne-la-Vallée). L'architecture urbaine y présente un aspect futuriste au goût parfois discutable.

   Cependant, des difficultés sont apparues. Des communes pressenties pour être (au moins partiellement) intégrées dans les villes nouvelles se sont désistées. Aujourd'hui, ces cinq villes ne disposent plus d'un statut particulier et ne sont donc plus, au sens administratif, des « villes nouvelles ». Les créations d'emplois (dans un contexte économique plus difficile) n'ont pas toujours suivi les constructions de logements, et les mouvements pendulaires sont toujours importants et, pour une bonne part, dirigés dans le même sens que dans les banlieues « banales ». Le même phénomène pourrait d'ailleurs être observé dans les autres villes nouvelles de l'Hexagone, où les aménagements effectifs sont loin d'être au niveau des ambitions initialement affichées.

   Le but principal des cinq villes nouvelles était de rapprocher le plus possible l'habitat de l'emploi. Pour cela des efforts importants ont été consacrés à l'achèvement de ces villes nouvelles, avec la création de « parcs industriels » et de zones de bureaux. De grandes entreprises y ont déménagé leurs services centraux. Beaucoup d'industries légères à technologie avancée se sont redéployées au sud de Paris, sur le plateau scientifique de Saclay. Évry est le principal biopôle français, avec de nombreux laboratoires de recherche ; c'est aussi l'un des plus grands centres français pour les industries électroniques et de haute précision.

Les « paysages » parisiens

Paris-Centre

Entre Paris et ses banlieues les rapports ont considérablement évolué. « Paris-Centre », le Paris monumental et touristique, correspond approximativement aux arrondissements I à VIII. Les berges de la Seine comprises entre Notre-Dame et la tour Eiffel, en incluant les grandes places et percées dues à Hausmann, sont inscrites sur la liste du patrimoine de l'Unesco depuis 1991. Ce Paris central, avec le musée du Louvre et la tour Eiffel, compte parmi les grands sites touristiques mondiaux. Il a retrouvé, surtout grâce au R.E.R., une part de sa centralité commerciale avec le développement du Centre commercial des Halles, à proximité du Centre culturel Georges-Pompidou. Les deux axes du R.E.R. se croisent à cet endroit, à la station Châtelet-les Halles.

Proche banlieue

Mais la vie de l'agglomération est devenue vraiment polycentrique.

   Le nouveau Paris des affaires est au nord-ouest, encastré dans cet arc industrialisé de la boucle de la Seine, de Suresnes à Saint-Denis. Le quartier des gratte-ciel de la Défense « lance un défi à Paris » (en fait, il s'agit d'un axe Neuilly-la Défense-Nanterre). Un nouveau pôle tertiaire s'est développé dans le quartier de la Plaine-Saint-Denis, à Saint-Denis, à l'emplacement d'anciennes friches industrielles, et attire de nombreux sièges sociaux.

   La proche banlieue demeure étroitement liée à Paris avec tout un système de petites ou moyennes entreprises et de sous-traitance, dépendant du pôle d'affaires parisien (la plupart de ces établissements ont émigré des quartiers centraux de Paris vers la périphérie proche), mais ce tissu se détend. Au milieu des ruines industrielles, on a tenté récemment quelques opérations urbanistiques d'envergure (à Bobigny, Bagnolet).

   La proche banlieue, au sud et au sud-ouest, connaît aussi une forte désindustrialisation : Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux développent les activités tertiaires avec des transferts de sièges sociaux d'entreprises. Dans cette banlieue, les centres commerciaux (Belle-Épine au sud), les terrains de sport, les lieux de distraction collective, les plans d'eau, les hôpitaux (C.H.U. Henri-Mondor à Créteil) appartiennent aussi bien aux Parisiens qu'aux habitants de la Petite Couronne, d'autant plus facilement que la plupart des terminus des lignes de métro ont été reportés des portes de Paris vers les centres de ces communes de la Petite Couronne, tout autour de Paris. Les déplacements domicile-travail s'effectuant de plus en plus de banlieue à banlieue, il est nécessaire d'accroître l'offre de transports en commun. Celle-ci passe par la création d'une double de ceinture de tramway autour de Paris, d'une part le long des boulevards des Maréchaux, avec la première tranche inaugurée en 2006, d'autre part à quelques kilomètres de Paris, où les tronçons, déjà existants, entre Issy-les-Moulineaux et La Défense et entre Saint-Denis et Bobigny devraient être reliés à terme.

Grande banlieue

La grande banlieue (Grande Couronne) se caractérise par plus d'indépendance. C'est avant tout un univers pavillonnaire entre des zones d'activité, des autoroutes, des voies ferrées, à proximité d'aéroports. La conquête urbaine s'y est parcellarisée, englobant les anciens villages et les villes moyennes, qui conservent leur vie propre et même leurs traditions folkloriques, leurs foires, qui continuent à attirer des ruraux. Les lotissements ont occupé de vastes parcelles. Des quartiers nouveaux de pavillons, des rangées de villas poussent autour des noyaux anciens, avec çà et là encore des champs de cultures légumières et fruitières, des champs de blé, de maïs et de betteraves. Les fermes disparaissent, car le prix de la terre n'a cessé d'augmenter.

   Les paysages de la grande banlieue sont cependant dominés par un étalement urbain le long des vallées et des grands axes de circulation avec des rebords de plateaux encore boisés. La banlieue reste subdivisée surtout au sud et au sud-ouest en secteurs bâtis et en secteurs protégés : des « coulées vertes » ont été aménagées ou maintenues grâce à des P.A.Z. (plan d'aménagement de zones).

   Les prolongements continus de la banlieue atteignent 18 à 22 km à l'est de Paris, 20 à 25 au nors-ouest, et près de 50 km au sud et à l'ouest. Aux limites de cette Grande Couronne, de petites villes continuent à jouir d'un rythme de vie quasi provincial, comme Pontoise, Mantes-la-Jolie, Rambouillet, Étampes, Fontainebleau, Nemours, Melun, Corbeil-Essonnes, Montereau, Provins, Coulommiers, Meaux. Mais jusqu'où la banlieue peut-elle s'étendre ? Il semble bien qu'un frein considérable ait été mis à l'expansion parisienne : les plans d'occupation des sols sont de plus en plus contraignants (on ne bâtit plus n'importe comment et n'importe où, et des espaces verts sont protégés, avec des « parcs régionaux »), les créations d'emplois plus rares en grande banlieue, les coûts de transport quotidien de plus en plus élevés, avec l'augmentation continue des dépenses pour l'automobile.

Le poids de Paris

Le poids de Paris dans l'agglomération a sensiblement diminué : la capitale ne concentre plus que 31 % des emplois, contre 35 % dans la Petite Couronne et 34 % dans la Grande Couronne. La part des emplois industriels n'a cessé de baisser. L'industrie n'occupait plus que 580 000 actifs dans l'agglomération en 2003. Sidérurgie mise à part, toutes les grandes branches restent toutefois représentées, dominées aujourd'hui par les constructions mécaniques et électriques (construction automobile et aéronautique, informatique, etc.). La part des services n'a cessé d'augmenter, en raison du rôle de centre politique et administratif, commercial et financier, touristique, culturel et universitaire, qui ne s'est pas affaibli (la décentralisation industrielle s'est opérée au niveau des établissements, puis à celui des sièges sociaux). La banlieue est peuplée de plus en plus d'employés et de cadres moyens et supérieurs, mais la séparation spatiale des catégories sociales dans l'agglomération est beaucoup plus marquée aujourd'hui qu'à la fin du XIXe s.

   Malgré le fort ralentissement de la croissance de Paris (banlieues incluses), le poids de la capitale reste exceptionnel, en Europe occidentale au moins. Cette situation est naturellement la résultante de l'histoire (sous pratiquement tous les régimes), de la structure « jacobine » de la France, que la récente régionalisation n'a que modestement changée. Paris domine l'armature urbaine de la France où Lyon et Marseille constituent des relais trop éloignés, moins par la géographie que par l'importance et la diversité de leur fonction. Même Londres n'exerce pas une telle primauté et l'on est naturellement bien loin de situations observées chez nos autres principaux partenaires de la Communauté européenne. On connaît le bicéphalisme de l'Italie (Rome, capitale politique, et Milan, capitale économique) et de l'Espagne (Madrid et Barcelone se partagent respectivement, plus ou moins, les mêmes fonctions que Rome et Milan). Le partage des fonctions est encore plus large en Allemagne (pays, il est vrai, où le fédéralisme, héritier lui aussi de l'histoire, est développé, avec des pouvoirs de décision importants accordés à chaque Land).

   Le poids de l'agglomération, même si sa croissance est ralentie, pose plusieurs problèmes, celui des transports notamment (accru par le desserrement spatial évoqué), plus localement celui de l'insertion de la population immigrée (près de 15 % de la population de l'agglomération, 37 % de la population immigrée de la France) et celui de la sécurité, retrouvé dans toutes les grandes agglomérations.

HISTOIRE DE PARIS

Introduction

Paris naît de l'installation de la tribu celtique des Parisii dans une île de la Seine, qui permet à la fois le franchissement du fleuve et la protection contre les autres tribus, plus importantes, qui se partagent alors le centre du Bassin parisien. Entouré de forêts et de marécages, ce village, Lutèce, tombe en 52 avant J.-C. aux mains des Romains. Il s'étend sur la rive gauche et prend l'aspect d'une ville gallo-romaine. Le christianisme apparaît vers le milieu du IIIe s. (saint Denis, décapité en 258). À la suite des invasions germaniques, la Cité sert de refuge, derrière un rempart construit avec les pierres de monuments de la rive gauche, qui est réoccupée dès le IVe s. Julien séjourne à Lutèce (356) où il est proclamé auguste par ses troupes (360). Lors de l'invasion des Huns d'Attila, la population veut fuir, mais sainte Geneviève l'en empêche. Lutèce s'appelle alors Paris.

Paris au haut Moyen Âge

La paix revenue, Clovis fait de Paris sa capitale, qui connaît alors un intense rayonnement religieux, autour du noyau de la Cité, où Childebert Ier fait construire la cathédrale Saint-Étienne. Sur la rive droite s'élèvent des prieurés et des abbayes qui colonisent le Marais (Saint-Gervais-Saint Protais, Saint-Merri, Saint-Martin-des-Champs). Sur la rive gauche, Childebert Ier fonde Sainte-Croix-Saint-Vincent, la future abbaye Saint-Germain-des-Prés. Cependant, le partage de la succession de Clovis réduit Paris au rôle de capitale partielle.

   Sous la conduite du comte Eudes, ancêtre des Capétiens, et de l'évêque Gozlin, les Parisiens résistent aux Normands qui les assiègent (885-886). Délivré de la menace extérieure, Paris s'étend dans la campagne avoisinante. Autour des abbayes, les champs sont défrichés ; des bourgs peuplés d'artisans et de commerçants se développent sous la protection de leur clocher.

Le Paris des Capétiens

Par ses comtes, devenus ducs, Paris fournit à la France la dynastie capétienne. Désormais, la ville devient sans conteste la capitale du royaume et grandit en même temps que le pouvoir royal. Si, par la présence de la Cour, par l'attrait qu'elle exerce sur le royaume, la royauté capétienne enrichit la bourgeoisie parisienne, elle n'en garde pas moins en main l'administration de sa capitale (Paris n'aura jamais de charte communale) par l'intermédiaire du prévôt royal, ou prévôt de Paris, qui, sous Saint Louis, devient un simple fonctionnaire royal. À cette même époque apparaît une administration municipale distincte, issue du Parloir aux bourgeois, sous la direction d'un prévôt des marchands. Saint Louis charge le prévôt royal Étienne Boileau de réunir et codifier les règlements qui régissent les diverses communautés de métiers (Livre des métiers, 1268). Sous Charles V, la ville est divisée en 16 quartiers, administrés par un quartenier, élu par 4 cinquanteniers et 16 dizeniers ; les 16 quarteniers élisent le prévôt des marchands.

   L'élément religieux joue un rôle essentiel dans le développement topographique de Paris, les monastères donnant naissance à des bourgs ensuite intégrés dans le réseau des voies : bourgs Saint-Germain-des-Prés, Sainte-Geneviève, Saint-Victor et Saint-Marcel, Saint-Germain-l'Auxerrois et du Temple. Le centre religieux reste cependant l'île de la Cité, avec la cathédrale Notre-Dame, reconstruite à partir de 1163, et une quinzaine de paroisses.

   Malgré l'existence de marchés sur l'île de la Cité et d'un « bourg du Petit Pont » sur la rive gauche, la vie économique, subissant l'attraction de l'Europe du Nord, se concentre assez vite sur la rive droite, longée par le principal courant du fleuve et pourvue d'une grève entre de solides « monceaux », Saint-Gervais et Saint-Merri. Le premier grand marché s'y installe au XIe s., et plusieurs métiers (bouchers, puis drapiers, etc.) quittent la Cité pour « l'Outre Grand Pont ». Vers 1136-1138, Louis VI déplace le marché de Grève aux Champeaux ; Philippe Auguste y transfère le marché Saint-Ladre, créant le vaste « Marché-le-Roi ». En 1183 s'y élèvent les premiers pavillons des Halles.

   La vie intellectuelle naît dans l'île de la Cité, avec l'école épiscopale de Notre-Dame. Mais, au XIIe s., les maîtres passent sur la rive gauche : Guillaume de Champeaux (installé en 1108 près de Saint-Victor), Abélard, saint Bernard. Au XIIIe s., ils forment un syndicat (Universitas), qui se donne des règles, approuvées en 1215 par le pape Innocent III. Les étudiants, affluant de tous les pays (entre 4 000 et 10 000), logent dans maisons et cloîtres ou, pour les plus pauvres, dans des collèges. En 1253, Saint Louis accorde à son confesseur, Robert de Sorbon, la fondation d'un collège, origine lointaine de la Sorbonne. Si l'on distingue habituellement la Ville, marchande, la Cité, royale, et l'Université de Paris, seule la rive gauche a une fonction bien déterminée, les éléments politiques, religieux et économiques étant moins nettement localisés.

   

Le développement considérable de la ville est bien marqué par les enceintes qui l'entourent successivement, après le rempart de la Cité au IIIe s. En 1190, Philippe Auguste décide d'enclore Paris, comme les autres villes royales. Le mur, bâti d'abord sur la rive droite, appuyé sur le nouveau château du Louvre, puis sur la rive gauche (avant 1210), englobe 253 hectares. Peu après 1364, Charles V fait reconstruire l'enceinte de la rive droite, la Seine étant barrée par des chaînes. Vers 1370, les six nouvelles portes, dont la célèbre Bastille (porte Saint-Antoine), sont achevées. Avec 438 hectares, Paris est la plus grande ville de France. Deux ponts traversent la Seine : en aval, le Pont-au-Change, ou Grand Pont, vers le Châtelet et les Halles, domaine des changeurs et orfèvres, prolongé sur le petit bras par le pont Saint-Michel ; en amont, le pont Notre-Dame et le Petit Pont, vers le Petit Châtelet et la rue Saint-Jacques. Philippe Auguste entreprend la construction de quais (des Augustins) et le pavage des voies les plus importantes. Au XIVe s., existent trois fontaines publiques et, en 1374, est créé le premier égout, à ciel ouvert.

   Le développement de la capitale, que ne ralentissent pas les guerres, joint à l'affaiblissement du pouvoir royal dû au conflit franco-anglais (guerre de Cent Ans), pousse la bourgeoisie à jouer un rôle politique. Étienne Marcel conduit la révolte contre le Dauphin (1356-1358). Aux effets de la guerre s'ajoutent les révoltes des maillotins (1382) et de la Caboche (1413). Paris appuie les Bourguignons contre les Armagnacs et le roi. L'Université reconnaît même le traité de Troyes (21 mai 1420), qui fait du roi d'Angleterre Henri V un roi de France. Le marasme économique et le sentiment national qui s'éveille font revenir la population à son roi légitime (reprise de Paris par Charles VII, 1436). Toutefois, les derniers Capétiens directs hésitent à y séjourner. Louis XI n'y vient que pour empêcher les féodaux de s'en emparer (1465).

   La paix revenue, Paris retrouve son rôle de capitale d'un royaume unifié. Les constructions reprennent. Paris, qui avait plus de 100 000 habitants au début du XIVe s., mais a subi ensuite un fort déclin, connaît alors une forte poussée démographique (200 000 habitants), qui en fait la première ville d'Europe après Constantinople. Les grandes épidémies cessent et l'attrait de la grande ville alimente un courant continu d'émigration. Le marché de consommation parisienne et les capitaux accumulés par le négoce aiguillonnent l'activité économique des campagnes. C'est l'époque du Paris grouillant de vie peint par François Villon.

Paris au XVIe s.

Paris, un temps abandonné pour les châteaux de la Loire, redevient la résidence habituelle du roi et de la Cour. Aux pouvoirs royal et municipal s'ajoute maintenant celui du parlement. La ville est en pleine extension et déborde l'enceinte, malgré les ordonnances royales consécutives aux guerres contre Espagnols et impériaux. Henri II décide la construction d'une nouvelle muraille. Seule, celle de la rive droite (dite des Fossés jaunes) est réalisée, en partie et sous Louis XIII. Un nouveau pont est établi à la pointe de la Cité, le Pont-Neuf (1578), le premier prévu sans maisons. Sa construction entraîne la création de la place Dauphine (1607) et d'un nouveau quartier sur la rive gauche. Dans cette ville, qui atteint de 300 000 à 400 000 habitants, de grands efforts sont faits pour améliorer le confort autant que l'esthétique : essais d'éclairage, nettoyage des rues, etc.

   

Paris joue un rôle important dans le développement de la Renaissance. L'imprimerie, introduite à la fin du XVe s., y prend un essor incomparable, avec Henri Estienne. François Ier accueille à sa cour savants (Ambroise Paré, Bernard Palissy), lettrés et artistes. Il confie à Guillaume Budé la Bibliothèque royale, fonde le Collège de France, tandis que les poètes se réunissent, au collège de Coqueret, autour de Dorat et Ronsard. Mais Paris subit les effets des guerres de Religion : exécution d'Étienne Dolet (1546) et d'Anne Du Bourg (1559), massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572). Paris, hostile à la Réforme, soutient la Ligue. Celle-ci, sous la bannière d'Henri de Guise et aidée par l'argent espagnol, organise une journée des Barricades (1588), qui force le roi à fuir. À l'annonce de l'assassinat d'Henri de Guise (décembre 1588), Paris se soulève. Le « conseil des Seize », formé des délégués des seize quartiers, prononce la déchéance d'Henri III, bientôt assassiné par un moine ligueur (août 1589). Contre l'hérétique Henri IV, la Ligue convoque à Paris des états généraux, afin de désigner un souverain catholique, et s'entend avec Philippe II d'Espagne. Mais l'abjuration d'Henri IV (juillet 1593 : « Paris vaut bien une messe »), la lassitude de la bourgeoisie et un sursaut national contre l'Espagne ouvrent au roi les portes de Paris.

Paris aux XVIIe s. et XVIIIe s.

Les rois successifs, et même Louis XIV, s'intéressent au développement et à l'urbanisme de leur capitale. Certains prévôts des marchands jouent un rôle influent, comme François Miron ou Michel Turgot (1729-1740), promoteur du célèbre « plan de Paris » de Bretez. En 1667 est créée la charge de lieutenant de police (La Reynie, 1667-1697).

   La ville ayant débordé l'enceinte de Charles V, l'enceinte dite « des Fossés jaunes », entreprise en 1556, est en partie construite par Louis XIII. Mais, en 1670, Paris devient une ville ouverte, les murailles laissent place à des cours plantées, avec des arcs de triomphe. En 1702, divisée en vingt quartiers, Paris voit son périmètre borné, pour des raisons fiscales (octroi). Un mur, dit « des Fermiers généraux », est élevé à partir de 1784, muni de pavillons par l'architecte Claude Nicolas Ledoux. La ville comprend alors près de 500 000 habitants.

   Les initiatives privées s'ajoutant aux « embellissements » royaux, la ville achève de s'urbaniser. Sur la rive droite, autour de la place Royale (actuelle place des Vosges, par l'architecte Louis Métezeau), se développe le quartier résidentiel du Marais. Au-delà du quartier à la fois résidentiel et commerçant du Louvre, la place des Victoires (créée par le maréchal de La Feuillade avec l'architecte Jules Hardouin-Mansart) et la place Louis-le-Grand (par Louvois, avec le même architecte) s'insèrent dans les nouveaux quartiers Richelieu et Saint-Honoré. Au-delà des Boulevards, la place Louis XV (actuelle place de la Concorde) est aménagée pour la statue du roi à partir de 1754 (architecte Jacques-Ange Gabriel). Le quartier du Roule est à la mode sous Louis XV ; celui des Porcherons sous Louis XVI (autour de la Chaussée-d'Antin, ouverte dès 1721) ; le faubourg Poissonnière se développe à la veille de la Révolution. L'île Saint-Louis, dite alors Notre-Dame, est lotie à partir de 1614, sur l'initiative de Christophe Marie. La rive gauche est un peu délaissée, mais les faubourgs se développent ; la ville s'étend vers l'ouest, avec l'installation de Marie de Médicis au Luxembourg, la vogue du faubourg Saint-Germain, la construction des Invalides et de l'École militaire.

   Certains quartiers, surpeuplés, sont dangereux et une partie de la population reste misérable, malgré des initiatives généreuses, comme celle d'un saint Vincent de Paul. Pourtant, le confort urbain s'améliore peu à peu, avec la multiplication des fontaines et la création des pompes, la réfection des égouts. Les rues, souvent pavées, éclairées et nettoyées, sont pourvues d'écriteaux aux carrefours (1728) ; le numérotage des maisons est entrepris en 1775. Des trottoirs apparaissent. Les transports en commun sont autorisés dès 1666. L'approvisionnement est amélioré, par l'aménagement de ports et le déplacement de plusieurs halles. Outre de grandes avenues-promenades, des jardins sont ouverts au public, celui des Tuileries dès le XVIe s., puis celui de l'Infante (Louvre), du Luxembourg, du Palais-Royal. Le Jardin des Plantes est créé en 1635.

   La vie de la Cour et l'essor donné aux affaires profitent à toute la population parisienne, jusqu'aux « faquins » des ports. Mais, au milieu du XVIIe s., la ville subit la conjoncture de baisse générale des prix jointe aux effets de la guerre. Mazarin est rendu responsable des taxes nouvelles levées à Paris (édit du Toisé, 1644 ; édit du Tarif et édits bursaux, 1646-1648). L'arrestation de Broussel provoque une journée des Barricades (26 août 1648). C'est la Fronde parlementaire. Mais la ville ne s'intéresse pas à la Fronde des princes qui lui succède (bataille du faubourg Saint-Antoine, 2 juillet 1652) et accueille le retour du roi. Malgré la résidence du roi à Versailles, Paris reste le théâtre de grandes fêtes royales et municipales : entrées royales (1660), réception d'ambassadeurs (de Perse, 1683), publications de paix, Te Deum et feux d'artifices pour les naissances et mariages princiers, etc. Paris, foyer de l'esprit et de l'élégance, règne sur l'Europe. Tous les grands noms du temps se retrouvent dans ses salons. On se dispute ses artistes, ses ébénistes (Boulle, Cressent), ses orfèvres, ses porcelainiers, ses glaciers de Saint-Gobain, ses philosophes et ses savants. Depuis Paris, centre du mouvement philosophique, depuis ses cafés (Procope) et ses clubs (de l'Entresol) se propagent les idées nouvelles (autour de l'Encyclopédie). Le cosmopolitisme de la capitale y assure aussi le succès des grands aventuriers (Cagliostro, Mesmer, Casanova).

Paris révolutionnaire

Paris joue un rôle essentiel dans la révolution de 1789. Dès avant la réunion des états généraux (mai-juin 1789) éclatent des émeutes (faubourg Saint-Antoine, 28 avril), qui se multiplient avec le renvoi de Necker, au début de juillet (pillage du Garde-Meuble et des Invalides, prise de la Bastille, 13 et 14 juillet). Cependant s'est constitué un comité permanent des électeurs (des 60 districts parisiens), pour contrôler la municipalité, et qui organise une milice bourgeoise. Le 17 juillet, le roi vient à Paris et reçoit de la nouvelle municipalité la cocarde tricolore. Mais, la situation se dégradant (raréfaction des denrées, hausse des prix, chômage), un incident, le banquet des gardes du corps, provoque les journées des 5 et 6 octobre : le roi et sa famille sont ramenés à Paris. Malgré l'euphorie de la fête de la Fédération (14 juillet 1790), la fuite du roi (20-21 juin 1791) puis la fusillade du Champ-de-Mars (17 juillet) consomment la rupture entre la capitale et le roi. Désormais, face à l'Assemblée, Paris accentue le mouvement révolutionnaire. Les clubs (surtout Jacobins et Cordeliers) dominent l'Assemblée législative, tandis que les 48 sections, qui remplacent les 60 districts électoraux, pèsent sur les décisions de la municipalité.

   Peu à peu naît dans les milieux populaires un état d'esprit égalitaire, avide de réalisations immédiates, le « sans-culottisme », qui s'infiltre dans les sections (printemps de 1792) et joue un rôle impulsif et violent. Au chant du Ça ira et de la Carmagnole, les sans-culottes de Saint-Antoine et de Saint-Marceau mènent l'assaut des Tuileries (10 août). Avec l'invasion, le fossé se creuse entre la Commune jacobine et l'Assemblée girondine. Pour se venger des revers aux frontières, les sans-culottes organisent des massacres de suspects (septembre 1792), puis ils se tournent contre les brissotins de la Convention, qui veulent réduire Paris à « 1/83 d'influence ». À Isnard, qui menace d'anéantissement la capitale si l'émeute continue (« Bientôt on chercherait sur les rives de la Seine si Paris a existé »), Paris répond par la journée du 2 juin 1793, qui entraîne la chute de la Gironde et la formation d'un gouvernement révolutionnaire appuyé sur les sociétés populaires. Pourtant, après la période de terreur et de dictature de guerre, les sections, divisées, lasses et mécontentes de la condamnation des chefs cordeliers (mars-avril 1794), ne soutiennent plus Robespierre, qui est éliminé (juillet 1794 [thermidor an II]), et laissent se développer la réaction thermidorienne bourgeoise. Tandis que la dépréciation de la monnaie et la hausse vertigineuse des prix liée à la pénurie réduisent les sociétés populaires à des réactions désordonnées et vaines, qui consomment la rupture, au sein du tiers état, entre la bourgeoisie et les sans-culottes (12 germinal, 1er prairial an III), le Paris bourgeois connaît, après la tourmente, une détente brutale : modes extravagantes et mœurs légères s'étalent dans la ville, dont le cadre a peu changé pendant la Révolution. Les 48 sections sont remplacées par 12 municipalités, divisées chacune en 4 quartiers.

Paris du premier au second Empire

Napoléon Ier, reprenant la tradition de la monarchie, se préoccupe de l'embellissement de sa capitale : percement de la rue de Rivoli, avec son caractère monumental, commencement de la place du Châtelet, perspectives monumentales comme la place de l'Étoile, etc., sont à mettre à son actif. L'architecture, sous la direction de Percier et de Pierre Fontaine, porte la marque de l'antique (arcs de triomphe, façade du palais Bourbon, Madeleine, colonne Vendôme). L'Empereur s'intéresse aussi aux travaux d'utilité publique (ponts, quais, hôpitaux, halles au blé et au vin, abattoirs), soit directement, soit par l'intermédiaire des préfets de la Seine (Frochot) et de police (Dubois), dont il fait les tuteurs de la capitale (28 pluviôse an VIII, 14 février 1800). Dès 1801, Paris a dépassé 500 000 habitants (Londres : 1 million). En 1811, la ville est découpée en 12 arrondissements et 48 quartiers, issus des divisions révolutionnaires.

   De 1815 à 1848, sous l'impulsion des préfets Chabrol (1812-1830) et Rambuteau (1833-1848), naissent de nouveaux quartiers, avec leur église et, au-delà de l'enceinte des Fermiers-Généraux, croissent les villages. En 1841-1845, ils sont enfermés dans une nouvelle enceinte (dite de Thiers), mais sans faire partie de Paris. De nouvelles rues sont percées, les travaux entrepris sous l'Empire sont achevés, la place de la Concorde remaniée. Les premières gares apparaissent (Saint-Lazare, 1843). Cependant la croissance de la ville est beaucoup trop rapide (714 000 habitants en 1817, 1 million en 1846) et, tandis que la bourgeoisie, faisant entrer la ville dans l'ère industrielle, s'enrichit, le début de l'exode rural vient augmenter la masse des ouvriers, artisans et boutiquiers. Un déséquilibre se crée entre les beaux quartiers de l'ouest et les rues et maisons plus ou moins sordides de l'est, où les mauvaises communications, les conditions de logement et le manque d'hygiène entraînent des épidémies (choléra, 1832) ; la criminalité augmente, ainsi que la prostitution, les suicides (cf. les Misérables de Victor Hugo, ou les Mystères de Paris d'Eugène Sue). Paris, qui a quelque peu perdu sa prééminence politique, est secoué par les révoltes de juillet 1830, puis de février et juin 1848, qui ramènent provisoirement la conjonction de la bourgeoisie et du peuple parisien.

Paris depuis Haussmann

Sous le second Empire, Paris acquiert, pour l'essentiel, sa physionomie actuelle. Napoléon III joue un rôle prépondérant, secondé par Haussmann, qui partage ses vues : améliorer les conditions de vie dans la capitale, embellir la ville par des perspectives et l'ordonnance architecturale, créer enfin des voies dites stratégiques, facilitant le déplacement des troupes vers les frontières du nord et de l'est (rue La Fayette). Ainsi sont réalisées les grandes percées du centre, l'axe nord-sud (boulevards Saint-Michel et Sébastopol) et l'axe est-ouest (rue de Rivoli, avenue Daumesnil), les Grands Boulevards, le boulevard Saint-Germain et les boulevards extérieurs, et aménagées de grandes places autour des monuments. La ville devient une métropole moderne, avec le dégagement et l'agrandissement des gares, l'établissement de nouveaux ponts, la construction ou la réfection des abattoirs, des Halles centrales et de marchés d'arrondissement, d'hôpitaux, l'installation du chemin de fer de ceinture, la création de la Compagnie des omnibus, l'éclairage au gaz, l'amélioration de la distribution de l'eau et la multiplication des égouts (par Belgrand), et l'aménagement d'espaces verts (Buttes-Chaumont, parc de Montsouris, bois de Boulogne et de Vincennes, squares de quartiers, par Alphand). Les communes enfermées dans l'enceinte de Thiers sont annexées à la ville (janvier 1860), qui est divisée en 20 arrondissements.

   Après la chute de l'Empire (4 septembre 1870), le blocus et la capitulation de Paris (28 janvier 1871), la Commune soulève la ville (mars-mai 1871).

   La IIIe République est, pour Paris, l'ère de la prospérité économique. Tandis que l'épisode boulangiste montre un Paris devenu nationaliste (1889), les questions politiques passent au second plan, au profit d'un développement économique que jalonnent les expositions universelles : 1878, 1889 (tour Eiffel, qui marque le triomphe du fer), 1900 (« modern style » et premier métropolitain). Paris bénéficie des aménagements liés aux jeux Olympiques d'été qu'elle accueille en 1900 et en 1924. La ville profite également de l'exode rural et passe de 1 800 000 habitants en 1871 à 2 540 000 en 1896. L'urbanisme vit sur les données d'Haussmann et complète son œuvre.

   Au début de la Première Guerre mondiale, Paris, défendu par Gallieni, gouverneur militaire de la capitale, est menacé par l'aile droite allemande lors de son avance vers la Marne. Le gouvernement s'installe à Bordeaux du 2 septembre au 25 novembre. L'armée de Paris contribue avec tous ses moyens (taxis de la Marne) à la manœuvre victorieuse de Joffre. La capitale subit, surtout en 1918, de nombreux bombardements allemands, par dirigeables (zeppelin), avions (Gotha) et canons (Bertha).

   Dans l'entre-deux-guerres, Paris déborde sa dernière enceinte. Les fortifications sont démolies (1919) et remplacées par des constructions et quelques jardins. Autour de Paris croît une zone de banlieue tentaculaire, tandis que la population de la ville tend à se stabiliser. Les quartiers se spécialisent ainsi que la banlieue : le Sud (après 1928, loi Loucheur et Ribault) devient résidentiel, tandis que dans le Nord et sur la Seine s'implantent les grosses industries. La notion de « région parisienne » apparaît.

   En 1940, après le départ du gouvernement pour Tours (10 juin), Paris, déclaré « ville ouverte », n'est pas défendu ; les Allemands y font leur entrée le 14 juin. Ils y fixent le commandement militaire de la France occupée. La Gestapo exerce ses rigueurs sur la population. De nombreuses arrestations suivies de déportations sont opérées à Paris (rafle du Vél'd'Hiv en juillet 1942). D'autre part, les faubourgs, qui ont été bombardés par la Luftwaffe le 3 juin 1940, subissent de sérieux dommages du fait de l'aviation alliée (21 avril 1944). Dès le début de 1941, des groupements de résistance s'organisent dans la capitale, bientôt fédérés par le Conseil national de la Résistance, qui se réunit à Paris le 15 mars 1944. Les troupes victorieuses de Patton et de Leclerc atteignent Dreux et Chartres le 17 août ; l'insurrection éclate dans la capitale le 19, soutenue par la police municipale et, le 24, les blindés de Leclerc sont à la porte d'Italie. Le commandant allemand de Paris, von Choltitz, se rend à Leclerc le 25 août à la gare Montparnasse. Le lendemain, de Gaulle entre à Paris et y installe le gouvernement le 31 (Libération de Paris).

   Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Paris, capitale politique, a encore été le témoin sinon l'acteur d'événements importants. Ainsi, la guerre d'Algérie est à l'origine de la tragédie de la station de métro Charonne, où, le 8 février 1962, une manifestation contre l'O.A.S. est sévèrement réprimée. En mai 1968, la révolte étudiante, partie du campus de Nanterre, gagne rapidement Paris, où les manifestations connaissent leur plus grande ampleur.

LE RÉGIME ADMINISTRATIF DE PARIS

Introduction

Paris a été longtemps doté d'un régime administratif particulier, les fonctions de maire étant réparties entre le président du conseil municipal et les préfets de police et de la Seine, ce dernier devenu préfet de Paris en 1964, lors de l'éclatement des départements de la région parisienne. Depuis la loi du 31 décembre 1975, la ville de Paris est une collectivité territoriale, à la fois commune et département. Elle est administrée par le maire de Paris et le Conseil de Paris ; mais la loi du 31 décembre 1982 relative à l'organisation administrative de Paris, Lyon et Marseille a modifié les attributions du maire de Paris en décentralisant la gestion communale au profit de conseils d'arrondissement.

   Élu par le Conseil de Paris pour 6 ans, le maire de Paris prépare et exécute les décisions du Conseil, à la fois au titre de sa nature communale et de sa nature départementale (depuis la loi de décentralisation du 2 mars 1982). Il dispose à cet effet des services municipaux de la mairie de Paris et des mairies annexes. Il peut déléguer ses fonctions locales à des adjoints qui sont élus comme le maire lors de la première séance du Conseil de Paris. Il est privé du pouvoir de police administrative, traditionnellement réservé au préfet de police (maintien de l'ordre et sécurité publique), mais exerce les pouvoirs de police anciennement dévolus au préfet de la Seine et au préfet de Paris (petite voirie, entretien des édifices communaux, etc.).

   Il est agent de l'État au titre de l'état civil (compétence qu'il peut déléguer aux conseillers de chaque arrondissement) et officier de police judiciaire.

Les conseils d'arrondissement

Institués par la loi du 31 décembre 1982, les conseils d'arrondissement sont composés de conseillers municipaux et de conseillers d'arrondissement élus au suffrage universel. Ils siègent dans chaque arrondissement de Paris. Présidés par le maire d'arrondissement, élu par le conseil d'arrondissement parmi les membres du conseil municipal, les conseils d'arrondissement peuvent saisir le maire ou le conseil municipal de toute affaire intéressant l'arrondissement et émettre des vœux en la matière. Il est lui-même saisi pour avis des rapports et projets concernant en tout ou partie l'arrondissement et gère certains équipements à caractère social et éducatif.

L'ART À PARIS

Introduction

Paris résume, à maints égards, l'histoire artistique de la France. Sa position privilégiée dans un pays centralisé de longue date fait qu'il n'est pas toujours aisé de séparer l'art parisien d'un art français auquel il a souvent donné le ton, surtout depuis le XVIIe s. Cette difficulté est particulièrement sensible en ce qui concerne la peinture et la sculpture ; aussi n'en sera-t-il ici question que dans leurs rapports avec le cadre monumental.

   L'héritage du Ier millénaire est peu important. Les thermes de Cluny et les vestiges de l'amphithéâtre sont les principaux témoins d'une ville gallo-romaine qui n'eut jamais l'éclat de celles du Midi. Il ne reste guère que le souvenir des grands établissements mérovingiens de la rive gauche : l'abbaye des Saints-Apôtres (Sainte-Geneviève), fondée par Clovis, celle de Sainte-Croix-et-Saint-Vincent, fondée par Childebert et consacrée en 558. Paris fut délaissé à l'époque carolingienne, abaissé encore par les invasions normandes. Un timide réveil marque le début de l'époque romane, comme l'atteste à Saint-Germain-des-Prés l'église rebâtie de 990 à 1014 et dont subsistent, dénaturés, la nef, le transept et le clocher occidental.

Naissance et progrès de l'art gothique

La suprématie artistique de Paris ne s'est affirmée qu'avec l'essor de la monarchie capétienne, sous le signe du jeune art gothique dont les expériences ont occupé le XIIe s. et le premier tiers du XIIIe s. La croisée d'ogives apparaît vers 1135 dans le chœur de l'église bénédictine de Saint-Martin-des-Champs, vers 1150 à Saint-Pierre de Montmartre, mais l'esthétique romane y règne encore. Le triomphe du nouveau style est marqué par la construction de la cathédrale Notre-Dame, fondée en 1163 par l'évêque Maurice de Sully. Le plan comporte un transept non débordant à l'origine, des bas-côtés doubles, un double déambulatoire avec une couronne de chapelles rayonnantes. Couvert de voûtes sexpartites, le vaisseau principal offrait une ordonnance à quatre étages, dont celui des tribunes, réduite à trois étages au XIIIe s. Élevée dans la première moitié du XIIIe s., la façade accuse une influence normande avec son dessin en H, ses divisions nettes, son équilibre robuste. On remarque au portail de droite le remploi de morceaux plus anciens (vers 1170). Comme le précédent, les portails de gauche (1210-1220) et du centre (1220-1230) ont perdu les statues de leurs pieds-droits, mais conservé leurs bas-reliefs à thèmes encyclopédiques, leurs tympans représentant au centre le Jugement dernier, très mutilé, à gauche la Dormition et le Couronnement de la Vierge, un des chefs-d'œuvre de la sculpture gothique.

   À Saint-Germain-des-Près, le chœur de l'abbatiale, reconstruit à partir de 1163, a des voûtes sexpartites et trois étages d'ouvertures ; sous le clocher-porche, un portail à statues-colonnes rappelait ceux de Saint-Denis et de Chartres. Entrepris vers 1190 comme ouvrage de l'enceinte de Philippe Auguste, le château du Louvre était de plan carré, avec des tours d'angles et un énorme donjon cylindrique au milieu de la cour.

L'art gothique à l'âge de l'élégance

À partir du milieu du XIIIe s., et au cours du siècle suivant, Paris devient le foyer d'un art gothique qui évolue vers l'allégement, une certaine préciosité, parfois un luxe favorisé par l'initiative royale. Le modèle est la Sainte-Chapelle, élevée au cœur du palais capétien par Saint Louis, de 1241 à 1248, sans doute sur les plans de Pierre de Montreuil. Il s'agit de deux chapelles superposées. Le vaisseau unique de la chapelle haute ressemble à une châsse avec son armature légère enserrant des vitraux dont les médaillons aux couleurs saturées illustrent les deux Testaments. Si l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés a perdu la chapelle de la Vierge dont l'avait embellie Pierre de Montreuil, celle de Saint-Martin-des-Champs (aujourd'hui Conservatoire national des arts et métiers) montre encore son beau réfectoire à deux nefs, attribué à ce maître.

   Notre-Dame fut remaniée dans la seconde moitié du XIIIe s. par Jean de Chelles, puis Pierre de Montreuil ; dans la première moitié du XIVe s., par Pierre de Chelles, Jean Ravy et Jean Le Bouteiller. L'adjonction de chapelles entre les contreforts imposa l'allongement du transept, qu'ajoure à chaque extrémité une immense rose. Le portail nord, où subsiste une statue de la Vierge à l'Enfant, le portail sud, consacré à l'histoire de saint Étienne qu'accompagnent des scènes de la vie universitaire, la petite « porte Rouge », les bas-reliefs ornant le chevet, enfin les hauts-reliefs de la clôture du chœur, aux sujets tirés du Nouveau Testament, illustrent l'évolution de la sculpture gothique vers une élégance de plus en plus précieuse.

   Saint-Séverin et Saint-Germain-l'Auxerrois datent partiellement du milieu du XIIIe s. Il faudrait aussi tenir compte des couvents démolis : Cordeliers, Grands-Augustins, Carmes (place Maubert), etc. La croissance de l'université exigea la construction de nombreux collèges ; il n'en reste guère que la chapelle du collège de Beauvais (XIVe s.). Les bâtiments royaux témoignent de la même évolution. Le palais de la Cité (aujourd'hui Palais de justice) fut amplifié sous le règne de Philippe le Bel. La Conciergerie a gardé ses tours, ses cuisines, ses deux superbes salles basses à nefs voûtées. Du Louvre de Philippe Auguste, Charles V fit une résidence ornée avec un luxe dont témoignait aussi son hôtel Saint-Paul, au Marais ; mais il laissa le caractère d'une forteresse à la Bastille, élevée comme ouvrage de l'enceinte dont il entreprit en 1367 d'entourer les quartiers de la rive droite. La tour dite « de Jean sans Peur » et l'entrée fortifiée de l'hôtel de Clisson (Archives nationales) sont les témoins de la construction privée de cette époque.

   Le raffinement du style parisien est non moins sensible dans les rares témoignages d'une école de peinture liée au gothique international dans l'enluminure des manuscrits (Jean Pucelle) ; dans l'orfèvrerie (Vierge de Jeanne d'Évreux, musée du Louvre) ; enfin, dans la sculpture des ivoires, en ronde bosse ou en bas relief (Couronnement de la Vierge, Louvre).

   Après l'éclipse provoquée par la guerre de Cent Ans, l'activité reprit, au milieu du XVe s., sous la forme du gothique flamboyant, qui devait rester en honneur très avant dans le XVIe s., souvent plus sobre qu'ailleurs. Une élévation intérieure réduite à deux étages signale les églises construites au cours de cette période, en partie ou en totalité : Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Merri, Saint-Gervais-Saint-Protais, Saint-Nicolas-des-Champs, Saint-Séverin, plus richement orné, comme Saint-Jacques-de-la-Boucherie, dont il ne reste que le clocher, dit « tour Saint-Jacques » (située sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France, la tour Saint-Jacques est inscrite à ce titre sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1998). Il faut y ajouter des édifices entièrement disparus : Saint-Jean-en-Grève, le Saint-Sépulcre, Saint-Victor. L'architecture civile de ce temps est représentée par deux anciennes résidences de dignitaires ecclésiastiques : l'hôtel des archevêques de Sens (1474-1519) et l'hôtel des abbés de Cluny (1485-1498), où la décoration flamboyante prête son luxe à une nouvelle conception de la demeure urbaine.

La Renaissance

En décidant, dès 1527, de se fixer en Île-de-France et à Paris, François Ier y introduisait le nouveau style. La Renaissance parisienne a rarement sacrifié au style fleuri qui avait prévalu dans le Val de Loire, en dehors de l'Hôtel de Ville, commencé en 1533 (et détruit en 1871) ; elle a d'emblée connu la maturité, avec un italianisme mieux compris, une inspiration plus savante. François Ier fit d'abord bâtir et décorer par Girolamo Della Robbia, en bordure du bois de Boulogne, un château de chasse (aujourd'hui disparu) nommé Madrid en souvenir de sa captivité. En 1546, le roi chargeait Pierre Lescot de transformer le Louvre en résidence moderne. La façade sur cour de l'aile ouest, construite en premier, allie à l'équilibre des ordres superposés un faste que lui apporte sa décoration sculptée, œuvre de Jean Goujon et de son atelier, comme les caryatides de la grande salle basse et les caissons du grand escalier à l'italienne ; sous les successeurs de François Ier, l'aile sud fut élevée sur les plans de Lescot. À l'ouest du Louvre, à partir de 1564, Catherine de Médicis fit bâtir par Philibert Delorme, puis Jean Bullant le palais des Tuileries, de style plus sobre, mais plus grandiose. Souhaitant relier le Louvre aux Tuileries, la reine mère fit commencer la Petite Galerie, perpendiculaire à l'aile sud du Louvre, et planter les fondations de la Grande Galerie du Bord-de-l'Eau. Puis elle chargea Bullant de lui élever une nouvelle résidence, qui devait s'appeler plus tard hôtel de Soissons et dont subsiste (contre la Bourse de commerce, qui en occupe l'emplacement) une curieuse colonne astrologique. Quant à l'architecture privée, elle reste représentée par l'exemple presque unique de l'hôtel Carnavalet, construit vers 1545. Sa précieuse décoration sculptée est due à l'atelier de Goujon. Celui-ci a laissé son ouvrage le plus célèbre avec les bas-reliefs de la fontaine des Innocents, élevée à la même époque sur les dessins de Lescot.

   Dans l'art religieux, le répertoire des formes italianisantes s'est adapté sans peine aux structures du gothique flamboyant. Ce compromis est illustré avec éclat par la grande église Saint-Eustache, commencée en 1532 sur un plan inspiré de Notre-Dame. Le jubé hardi et léger de Saint-Étienne-du-Mont et le portail latéral de Saint-Nicolas-des-Champs sont les témoins d'un style plus avancé, comme l'était aussi le beau cloître des Célestins. La sculpture religieuse est l'un des titres de gloire de la Renaissance parisienne. Pierre Lescot et Jean Goujon avaient collaboré au jubé de Saint-Germain-l'Auxerrois, dont le musée du Louvre conserve les bas-reliefs. Germain Pilon est le grand nom de la sculpture funéraire, grâce à la statue de bronze du cardinal de Birague et au monument du cœur d'Henri II (1561), provenant du couvent des Célestins (Louvre). Enfin, Saint-Gervais, Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Étienne-du-Mont conservent des vitraux éclatants de la même période.

De l'avènement d'Henri IV à la mort de Mazarin

Après les désordres des guerres de Religion, le règne d'Henri IV offre le spectacle d'une vive activité. Les travaux de l'Hôtel de Ville et du Pont-Neuf furent menés à terme. Le roi, grand bâtisseur, apporta ses soins au Louvre (construction de la Grande Galerie) et aux Tuileries. L'accroissement des palais royaux continuait l'œuvre de la Renaissance ; d'autres grands chantiers ouverts par Henri IV commencèrent à modeler le Paris moderne. En 1607 était entrepris le vaste quadrilatère de l'hôpital Saint-Louis. Des opérations d'urbanisme apportèrent un ordre qu'ignorait la topographie confuse de la ville médiévale. On leur doit principalement les deux ensembles réguliers de la place Dauphine, triangle s'ouvrant à la pointe de la Cité sur le Pont-Neuf, et de la place Royale (aujourd'hui place des Vosges), l'une et l'autre bordées d'habitations uniformes. La seconde, la mieux conservée, dessine un grand carré avec une galerie régnant au bas de ses pavillons aux toits discontinus. Elle fut terminée au début du règne de Louis XIII et reçut en son centre la statue équestre de ce roi (remplacée au XIXe s.). Le succès de la place Royale devait profiter au Marais. Ces ensembles consacraient la vogue de la construction en brique et pierre, adoptée aussi au palais abbatial de Saint-Germain-des-Prés.

   Devenue régente, Marie de Médicis fit établir par Salomon de Brosse (vers 1571-1626) les plans de son palais dit « du Luxembourg », dont la cour rectangulaire est fermée sur le devant par une aile basse au milieu de laquelle un pavillon à dôme abrite l'entrée. Pour l'une des galeries latérales, Rubens peignit, à partir de 1622, la suite fameuse des tableaux célébrant la vie de Marie de Médicis (aujourd'hui au Louvre).

   Pour Louis XIII, Jacques Lemercier entreprit en 1624 le quadruplement de l'ancienne cour Carrée du Louvre. Au nord et dans l'alignement de l'aile François-Ier, il éleva une aile d'ordonnance analogue et, pour les relier l'une à l'autre, le pavillon dit « de l'Horloge ». À peu de distance du Louvre, le même architecte édifia pour Richelieu, de 1633 à 1639, le vaste édifice appelé alors Palais-Cardinal (plus tard Palais-Royal). Il n'en reste, dans les bâtiments actuels, que la galerie dite « des Proues ». Philippe de Champaigne avait travaillé à la décoration intérieure.

   Cette époque a connu un grand essor de la construction privée. L'hôtel parisien a généralement son corps principal entre cour et jardin, la cour étant fermée sur les côtés par des ailes, sur le devant par un mur plus bas au milieu duquel s'ouvre le portail. Les pièces sont encore mal différenciées, à l'exception des galeries, dont la vogue est grande ; mais leurs lambris, leurs plafonds peints, sculptés et dorés composent souvent un décor somptueux. Beaucoup d'hôtels furent élevés dans le voisinage du Louvre et du Palais-Royal. S'il ne reste rien des hôtels de Rambouillet, de Chevreuse, rien de l'hôtel de Bullion, où Simon Vouet s'était mesuré avec Jacques Blanchard, l'hôtel de Chevry ou Tubeuf, élevé en 1633 par Pierre Le Muet, subsiste avec l'aile que Mazarin fit ajouter en 1645 par François Mansart et qui contient deux galeries superposées, peintes par Giovan Francesco Grimaldi et Gian Francesco Romanelli. Mais deux quartiers restent particulièrement riches en demeures de cette époque : le Marais et l'île Saint-Louis. Dans le Marais, il faut citer : l'hôtel de Sully, élevé à partir de 1624 par Jean Ier Androuet Du Cerceau (1585-1649), avec une opulente décoration de bas-reliefs ; l'hôtel d'Avaux (1640), œuvre de Pierre Le Muet ; l'hôtel Carnavalet, tel que le remania vers 1655 F. Mansart, qui bâtit en même temps l'hôtel de Guénégaud et acheva l'hôtel d'Aumont, commencé par Le Vau ; l'hôtel Aubert de Fontenay (1656), au magnifique escalier ; l'hôtel Amelot de Bisseuil (vers 1657) dont la galerie est peinte par Michel II ou Jean-Baptiste Corneille. Œuvre d'Antoine Lepautre, l'hôtel de Beauvais (1655) fait exception par son corps de logis sur rue et la forme mouvementée de sa cour. Dans l'île Saint-Louis, aménagée par l'entrepreneur Jean-Christophe Marie à partir de 1614, on déplore la disparition de l'hôtel de Bretonvilliers, dont la galerie était peinte par Sébastien Bourdon ; mais deux hôtels bâtis par Le Vau à partir de 1640 sont à remarquer : l'hôtel Lambert, de plan original, avec son jardin en terrasse le long de la galerie où des stucs de Gerard Van Obstal accompagnent les peintures de Le Brun ; l'hôtel de Lauzun, avec ses somptueux lambris dorés et polychromes.

   

L'art de cette époque traduit aussi un grand élan religieux. Il y eut beaucoup de fondations d'églises, de couvents, d'hôpitaux. L'architecture hésite entre la grandeur du baroque romain, l'opulence du style flamand et une sévérité plus particulièrement française. Saint-Étienne-du-Mont s'achève entre 1610 et 1626 par une façade mouvementée et pittoresque, tandis que celle de Saint-Gervais-Saint Protais, élevée de 1616 à 1621, superpose les trois ordres dans un esprit de pureté classique. On retrouve le même parti, sous une ornementation plus généreuse, à la façade des Jésuites (aujourd'hui Saint-Paul-Saint-Louis). L'austérité, par contre, caractérise Sainte-Élisabeth, Notre-Dame-des-Victoires, Saint-Jacques-du-Haut-Pas, Saint-Nicolas-du-Chardonnet, églises commencées à cette époque. Jacques Lemercier, auteur des plans de l'Oratoire et de Saint-Roch, reconstruit pour Richelieu l'église de la Sorbonne (1635), dont la coupole est habilement intégrée au dessin de la façade et qui abrite depuis 1694 le tombeau du cardinal par François Girardon. Promoteur du style classique, François Mansart dessine en 1632 le beau volume arrondi de la Visitation (temple Sainte-Marie), au Marais. Il commence en 1645 l'église du vaste monastère du Val-de-Grâce, fondation d'Anne d'Autriche : avec plus d'élancement et plus d'opulence à la fois, c'est un nouvel exemple d'intégration de la coupole à la façade. Divers architectes collaboreront à Saint-Sulpice, construite à partir de 1646 dans un genre sobre et grandiose. Enfin, Antoine Lepautre élève en 1648 le monastère parisien de Port-Royal.

   Dans ces églises, la sculpture, surtout funéraire, tient – ou tenait – une place non négligeable. Plus importante fut cependant celle de la peinture, grâce à d'innombrables tableaux d'autels, panneaux de lambris, décorations murales, souvent dispersés ou perdus depuis la Révolution et qui avaient pour auteurs Claude Vignon, Simon Vouet, Philippe de Champaigne, Laurent de La Hire, Eustache Le Sueur, Le Nain, Charles Le Brun, etc. Il faut ajouter d'autres aspects des arts de la couleur : vitraux à Saint-Eustache et à Saint-Étienne-du-Mont, tapisseries tissées par les ateliers parisiens pour Notre-Dame et pour Saint-Gervais.

Paris sous le règne personnel de Louis XIV

Malgré la prédilection du roi pour Versailles, Paris doit à son initiative, et à celle des serviteurs de la monarchie, un ensemble monumental qu'inspire le sens de la grandeur. Un nouveau Louvre prend forme. De 1645 à 1664, Le Vau achève le quadruplement de la cour Carrée. Divers projets et controverses pour la façade extérieure est aboutissent à la colonnade de Perrault. Incendiée en 1661, la Petite Galerie est refaite par Le Vau ; elle devient la galerie d'Apollon, au plafond peint sous la direction de Charles Le Brun. Mais le Louvre perdra bientôt sa fonction de résidence royale. Le palais des Tuileries est remanié en 1664 par Le Vau, en harmonie avec son jardin refait par André Le Nôtre. En exécution du testament de Mazarin, Le Vau élève face au Louvre, à partir de 1663, le collège des Quatre-Nations (aujourd'hui Institut de France), avec ses deux pavillons à ordre colossal, ses deux ailes incurvées, sa chapelle centrale à coupole où prendra place le tombeau du cardinal, sculpté par Antoine Coysevox et Jean-Baptiste Tubi.

   La gloire du règne s'exprime aussi dans de grandes entreprises publiques. L'Observatoire est commencé en 1668 sur les dessins de Claude Perrault. Le Vau et Le Muet collaborent à l'hôpital de la Salpêtrière, dont Libéral Bruant élève en 1670 la chapelle en croix grecque. Au même architecte, on doit les plans – rappelant l'Escorial par la disposition des cours – de l'hôtel royal des Invalides, bâti de 1671 à 1676 dans un genre sévère et grandiose. Des opérations d'urbanisme fixent le nouveau visage de la capitale. Face aux Tuileries, Le Nôtre trace la promenade des Champs-Élysées. Les remparts de la rive droite font place à des boulevards plantés d'arbres ; deux des anciennes portes sont reconstruites en forme d'arc de triomphe : la porte Saint-Denis (1672) par François Blondel, la porte Saint-Martin (1674) par Pierre Bullet. Servant de cadre à des effigies de Louis XIV, deux nouvelles « places royales » sont dessinées par Jules Hardoin-Mansart, qui, dans l'un et l'autre cas, surmonte d'un ordre colossal un soubassement à arcades pleines : la place des Victoires, circulaire, commencée en 1685 pour recevoir une statue en pied due à Martin Desjardins (de son vrai nom Martin Van den Bogaert) ; mieux conservée, la place Louis-le-Grand, ou Vendôme, grand carré à pans coupés, au centre duquel la statue équestre de François Girardon (1628-1715) est inaugurée en 1699. À l'œuvre des architectes et des sculpteurs, il faut ajouter la production des manufactures royales des Gobelins et de la Savonnerie : tapis, tapisseries, meubles, etc.

   Au cours de cette période, la construction privée marque une pause, et les églises commencées alors (Saint-Louis-en-l'Île, par Le Vau, en 1664, Saint-Thomas-d'Aquin, par Bullet, en 1682) sont moins nombreuses que celles dont les travaux se poursuivent ou qui reçoivent des embellissements (Pierre Mignard, ainsi, peint sa fameuse « gloire » à la coupole du Val-de-Grâce). C'est cependant à l'art sacré que Louis XIV consacrera, dans Paris, les deux grandes entreprises de la fin de son règne. J. H.-Mansart complète l'hôtel des Invalides par la construction (1680-1706) d'une seconde église, à coupole centrale (le dôme), où s'exprime tout le génie du classicisme français. Charles de La Fosse et Jouvenet sont les auteurs principaux de sa décoration peinte, terminée sous le règne de Louis XV. De 1708 à 1725, en accomplissement d'un vœu de Louis XIII, le roi fait transformer le chœur de Notre-Dame sous la direction de Robert de Cotte, de cet ensemble, il reste surtout des boiseries magnifiquement sculptées.

L'âge de la rocaille

Après l'embellissement intérieur apporté au Palais-Royal par le Régent, avec le concours du peintre Antoine Coypel, cette période voit l'arrêt des entreprises de la monarchie. Elle n'est pas beaucoup plus fertile en créations de l'art religieux. Le chantier principal reste celui de Saint-Sulpice : Gilles-Marie Oppenordt élève le transept et la nef, Juste Aurèle Meissonnier donne pour la façade un projet de goût rococo, auquel sera préféré, en 1733, celui de Giovanni Niccolo Servandoni, d'esprit classique.

   C'est sur l'habitation privée, reflet d'un nouveau genre de vie, que se porte principalement l'activité des architectes et de leurs auxiliaires. L'hôtel parisien tend à se réduire au corps de logis, qui reste placé de préférence entre cour et jardin ; les ailes s'abaissent des deux côtés de la cour, formant souvent un fer à cheval avec le mur où s'ouvre le portail. L'architecture extérieure garde généralement une réserve classique ; c'est à l'intérieur que les innovations se multiplient, remplaçant la solennité du siècle précédent par la commodité, le confort, l'élégance. Les appartements reçoivent des lambris sculptés, peints et dorés avec la fantaisie aimable de la rocaille. La peinture déserte les plafonds au profit des dessus de portes. Témoin d'un nouvel art de vivre, ce décor serait incomplet sans ce que lui apportent, grâce à leur habileté et leur goût, les maîtres des ateliers parisiens : menuisiers, ébénistes, ciseleurs, orfèvres…

   Déjà un peu délaissé, le Marais accueille cependant l'ensemble (aujourd'hui occupé par les Archives nationales) que constituent les hôtels de Soubise et de Rohan, élevés à partir de 1705 par Pierre Alexis Delamair dans un style majestueux et ornés extérieurement par le sculpteur Robert Le Lorrain, qui, vers 1735, se surpasse avec le bas-relief des Chevaux d'Apollon. Pour le prince et la princesse de Soubise, Germain Boffrand aménage de 1732 à 1740 de nouveaux appartements, chef-d'œuvre du décor rocaille auquel concourent les meilleurs sculpteurs et peintres du temps.

   L'activité s'exerce davantage dans les quartiers neufs. De belles demeures apparaissent au faubourg Saint-Honoré, notamment l'hôtel d'Évreux (aujourd'hui palais de l'Élysée). Mais l'ensemble le plus étendu et le plus homogène est celui du faubourg Saint-Germain, pour lequel on ne peut donner que quelques repères. Dès la fin du règne de Louis XIV, Pierre Cailleteau, dit Lassurance (?-1724), y élève l'hôtel de Rothelin ; Boffrand, les hôtels Amelot de Gournay et de Beauharnais ; de Cotte, l'hôtel d'Estrées. Au début du règne de Louis XV, la vogue du faubourg grandit, avec la construction, au bord de la Seine, des hôtels jumeaux de Bourbon et de Lassay, par Lorenzo Giardini (?-avant 1724) puis par Lassurance fils (Jean Cailleteau vers 1690-1755), Jean Aubert et Jacques V Gabriel. Ces deux derniers architectes collaborent de 1728 à 1731 à l'hôtel Pevrenc de Moras, ou de Biron (aujourd'hui musée Rodin), où l'esprit de la rocaille, par exception, marque aussi l'extérieur. La fontaine des Quatre-Saisons, rue de Grenelle, édifiée et décorée de 1739 à 1746 par Edme Bouchardon, est, en revanche, un manifeste du goût classique le plus pur.

Le renouveau classique au XVIIIe s.

Tandis que dépérit la rocaille, on assiste peu après 1750 à un réveil du sens de la grandeur, accompagnant un renouveau des entreprises royales. L'urbanisme parisien se donne un titre de gloire avec la création d'une cinquième place royale, la place Louis XV, sur la Seine, entre Tuileries et Champs-Élysées (aujourd'hui place de la Concorde). Jacques-Ange Gabriel en fait approuver le projet définitif en 1755. Sur le côté nord, seul bâti, deux palais, séparés par la perspective de la rue Royale, allient la majesté à l'élégance, non sans rappeler la colonnade du Louvre ou les ordonnances de J. Hardouin-Mansart. Des fossés isolaient le terre-plein, dont les angles sont marqués par huit petits pavillons et au centre duquel fut inaugurée en 1763 la statue équestre de Louis XV, fondue en bronze d'après le modèle de Bouchardon et abattue, comme d'autres, à la Révolution. Gabriel donne aussi les plans de l'École militaire, dont les études et travaux dureront de 1751 à 1773. Le pavillon central à dôme quadrangulaire et les portiques superposés du côté de la cour ont une noblesse exempte de sévérité. Une tendance analogue apparaît dans l'œuvre de Pierre Contant d'Ivry : chapelle de Panthémont, au faubourg Saint-Germain, élevée en rotonde de 1747 à 1756 ; projet pour l'église de la Madeleine, dont les travaux débutent en 1764 ; reconstruction du Palais-Royal de 1764 à 1770. En élevant à partir de 1756 la nouvelle église Sainte-Geneviève, avec sa coupole centrale, ses colonnes portantes, son frontispice en forme de temple, Germain Soufflot se propose d'allier la légèreté gothique à la noblesse grecque.

   Dans les dernières années du règne de Louis XV, et plus encore sous celui de Louis XVI, le mouvement du retour à l'antique se précise. Jean Chalgrin élève à partir de 1774 l'église Saint-Philippe-du-Roule, nouvelle par sa voûte en berceau sur colonnes portantes. À la Halle au blé (aujourd'hui remplacée par la Bourse de commerce), Jacques Guillaume Legrand (1743-1808) et Jacques Molinos (1743-1831) adoptent en 1765 un plan circulaire avec une coupole vitrée. Jacques Denis Antoine donne une majesté romaine à l'hôtel de la Monnaie ; après l'incendie de 1776, il reconstruit avec Pierre Desmaisons (1724-1800) la cour du Mai, qui sert d'accès au Palais de justice. Dans la cour de l'École de médecine, élevée par Jacques Gondouin à partir de 1769, une colonnade ionique forme galerie. Sur l'initiative du duc d'Orléans, le Palais-Royal fait l'objet d'une opération immobilière : de 1781 à 1784, Victor Louis encadre le jardin de bâtiments uniformes, à galerie ouverte et ordonnance colossale de pilastres. Parmi les nouveaux théâtres, on remarque surtout celui de l'Odéon, construit à partir de 1779 par Charles de Wailly et Marie-Joseph Peyre. L'ingénieur Jean Rodolphe Perronet lance en 1787 le pont Louis XVI (aujourd'hui de la Concorde). Traitées en style néo-grec par Claude Nicolas Ledoux, les nombreuses portes de l'enceinte des Fermiers-Généraux deviennent les « propylées de Paris » ; avec les rotondes de La Villette et du parc Monceau, il reste de ces portes les pavillons des barrières d'Enfer (place Denfert-Rochereau) et du Trône (place de la Nation).

   La fièvre s'empare de la construction privée. Dans le faubourg Saint-Germain, le prince de Condé agrandit le palais Bourbon, dont la cour s'ouvre sur une place régulière. On peut citer, parmi tant d'autres : l'hôtel de Fleury, élevé par Antoine (devenu École nationale des ponts et chaussées) ; l'hôtel du prince de Salm, par Rousseau (aujourd'hui palais de la Légion d'honneur), avec son hémicycle et sa colonnade ionique ; l'hôtel de Bourbon-Condé, par Alexandre Théodore Brongniart. Favorisée par la mode et par le rôle des gens de théâtre, l'urbanisation de la zone située au nord des Grands Boulevards procure un terrain d'expérience à l'architecture d'avant-garde. Il ne reste presque rien des habitations construites là, dans le goût antique, par François Joseph Bélanger et surtout par Ledoux.

   En décoration intérieure, menuisiers et ébénistes accordent leur production au dessin plus architectural des boiseries. On note un retour aux plafonds peints. Pendant ce temps, les fabriques de porcelaine se multiplient dans Paris. Mais on voit aussi le style anglais et paysager s'emparer des jardins, comme en témoignent celui de la folie Monceau (aujourd'hui parc Monceau), dessiné dès 1778 par Carmontelle pour le duc de Chartres, et celui qui entoure le pavillon de Bagatelle, élevé en 1777 par Bélanger pour le comte d'Artois.

Néoclassicisme et romantisme dans la première moitié du XIXe s.

Après les destructions révolutionnaires, l'Empire, par ses grands travaux, renoue la tradition monumentale de l'Ancien Régime, dans un style qui continue, avec plus de froideur, celui du règne de Louis XVI. Un rôle primordial revient aux architectes Pierre Fontaine et Percier, interprètes habiles des desseins de Napoléon. À partir de 1806, ils ouvrent la perspective grandiose de la rue de Rivoli. Ils remanient le Louvre pour l'installation du Muséum et, avec la construction d'une aile raccordée en équerre aux Tuileries, amorcent la liaison des deux palais par le nord. Pour masquer leur désaxement, ils élèvent en 1806 le charmant arc de triomphe du Carrousel. Un autre arc de triomphe, celui de l'Étoile, de dimensions colossales, est commencé en 1806 par Jean Chalgrin au bout de la perspective des Champs-Élysées : il sera achevé en 1836, avec ses hauts-reliefs parmi lesquels ce Départ des volontaires de 1792 que François Rude animera d'un souffle romantique. L'Empire a élevé d'autres monuments à la gloire de ses armées : la fontaine du Châtelet, la colonne de la place Vendôme, inspirée de la colonne Trajane. Au palais Bourbon, où s'installe le Corps législatif, Bernard Poyet (1742-1824) ajoute en 1803 une façade dodécastyle corinthienne. Pierre Alexandre Vignon utilise les fondations de la Madeleine pour élever, à partir de 1806, face à l'édifice précédent, un temple de la Gloire, qui sera achevé en 1842, à titre d'église, avec un décor sculpté d'inspiration typiquement néoclassique. C'est aussi la forme d'un temple à colonnes colossales que Brongniart donne à la Bourse, commencée en 1808.

   Tout en continuant les travaux de l'Empire, la Restauration refait les statues royales abattues par la Révolution. On assiste à plusieurs opérations immobilières, mais la soumission au dogme néoclassique est illustrée surtout par l'architecture religieuse. Outre la Chapelle expiatoire, commencée par Pierre Fontaine en 1816, des églises de type basilical sont édifiées, telles Notre-Dame-de-Lorette par Hippolyte Lebas (1782-1867) et Saint-Vincent-de-Paul par Jean-Baptiste Lepère (1761-1844) puis Jacques Ignace Hittorff.

   La monarchie de Juillet donne à Paris des édifices publics où le style néoclassique se colore déjà d'un certain éclectisme. La place de la Concorde est transformée de 1836 à 1846, accueillant un obélisque de Ramsès II provenant de Louqsor, des fontaines dues à Hittorff, des statues de villes de France. La colonne de Juillet, œuvre de Jean Antoine Alavoine (1776-1834), est érigée en 1840 sur la place de la Bastille. Pierre-Jean David d'Angers sculpte le fronton du Panthéon, ancienne église Sainte-Geneviève. Dessiné par l'architecte Louis Joachim Visconti, le tombeau de Napoléon prend place aux Invalides. On agrandit dans leur style original l'Hôtel de Ville ainsi que le Luxembourg, où Eugène Delacroix revient, comme au palais Bourbon et à Saint-Sulpice, à la grande tradition décorative. La peinture monumentale est pratiquée dans le même esprit par Théodore Chassériau à Saint-Merri, Saint-Roch, Saint-Philippe-du-Roule et à la Cour des comptes (détruite par la Commune). Cependant, le romantisme favorise la réhabilitation de l'art gothique, pastiché par François Chrétien Gau à Sainte-Clotilde ; des travaux de restauration sont entrepris à Notre-Dame par Eugène Viollet-le-Duc.

Le triomphe de l'éclectisme

Dans la seconde moitié du XIXe s., l'architecture, techniquement novatrice, trahit son impuissance à se trouver un style en exploitant ceux du passé. Il reste que le visage actuel de Paris doit beaucoup à cette période. Le second Empire donne le signal d'une activité particulièrement intense. À partir de 1852, Napoléon III fait achever par Louis Joachim Visconti, puis Hector Lefuel la liaison projetée depuis si longtemps entre le Louvre, agrandi et restauré dans un style pompeux, et les Tuileries (celles-ci incendiées en 1871, puis démolies). Plus importante encore est la modernisation de la capitale, œuvre du préfet Haussmann. Entreprise à des fins de maintien de l'ordre autant que de prestige, elle s'inspire des grandes perspectives classiques, non sans provoquer des destructions regrettables, surtout dans l'île de la Cité. Les habitations privées s'élèvent en grand nombre, parfois somptueuses, notamment dans la plaine Monceau et aux Champs-Élysées. Les édifices publics sont le plus souvent conçus pour clore des perspectives. La Renaissance inspire plusieurs églises : Saint-Augustin, de Victor Baltard ; la Trinité, de Théodore Ballu. Dans la Cité transformée, Joseph Louis Duc (1802-1879) reste néoclassique au Palais de justice, Antoine Nicolas Bailly (1810-1892) pastiche la Renaissance au tribunal du commerce. Mais l'édifice le plus représentatif est le nouvel Opéra, construit de 1862 à 1875 sur les plans de Charles Garnier ; son rôle mondain doit être souligné.

   

Le second Empire voit aussi l'essor de la construction en fer (souvent encore dissimulée par un vêtement de pierre) : bibliothèques de Henri Labrouste, Halles de Baltard (aujourd'hui détruites), gare du Nord de Hittorff. L'architecture métallique prouvera sa maturité avec la tour Eiffel et l'éphémère galerie des Machines, construites pour l'Exposition universelle de 1889. On doit d'autre part au second Empire l'aménagement en style paysager du parc des Buttes-Chaumont, des bois de Boulogne et de Vincennes.

   L'œuvre de la IIIe République commence avec la reconstruction ou la restauration des édifices incendiés durant la Commune, notamment l'Hôtel de Ville. L'éclectisme poursuit sa carrière. Après la fontaine Saint-Michel, Gabriel Davioud élève celle de l'Observatoire, avec le concours des sculpteurs Jean-Baptiste Carpeaux et Emmanuel Frémiet, ainsi que le palais du Trocadéro (1878). Paul Abadie commence en 1876 la basilique néo-byzantine du Sacré-Cœur. À tout cela s'ajoute une foule de bâtiments à tous usages : hôtels et immeubles de rapport, grands magasins, banques, théâtres, gares… Les peintres s'adonnent encore nombreux à la décoration monumentale. Puvis de Chavannes trouvant seul un style personnel (au Panthéon, à la nouvelle Sorbonne). Le Triomphe de la République, groupe de Jules Dalou érigé place de la Nation, le monument aux morts sculpté par Paul Albert Bartholomé au cimetière du Père-Lachaise échappent aussi à la médiocrité.

Les expériences du XXe s.

On peut distinguer quatre phases dans la période contemporaine. La première s'étend à peu près de la naissance du siècle à 1914. L'Art nouveau, ou « modern style », en est l'épisode essentiel, à côté des survivances de l'éclectisme. Il est assez rare que le mouvement soit suivi sans réserves par les architectes, comme l'a fait un Hector Guimard, auteur d'une synagogue rue Pavée, des portiques d'entrée du métro, d'immeubles aux structures souples et aux ornements imprévus, dépassés peut-être sur ce dernier point par ceux de Jules-Aimé Lavirotte (1864-1929). Plus souvent, le « modern style » exerce son influence, parmi d'autres, sur l'architecture et son décor. L'Exposition universelle de 1900 donne le ton ; il en reste le Grand Palais, habillage pompeux d'une structure métallique, le Petit Palais, qui lui fait face, et le pont Alexandre III, aux sculptures exubérantes.

   Comprise entre les deux conflits mondiaux, la deuxième phase amène le règne du béton armé, expérimenté dès 1894 par Anatole de Baudot à Saint-Jean-l'Évangéliste. Cette technique commence à utiliser un langage architectural qui lui est propre, sans se soustraire totalement à l'emprise des styles traditionnels : ainsi dans l'œuvre d'Auguste Perret, dont le théâtre des Champs-Élysées (1911-1913) a la valeur d'un manifeste. De l'exposition de 1937, il reste surtout la reconstruction du palais de Chaillot (ancien Trocadéro), que de nombreux peintres décorent intérieurement.

   

La troisième phase est celle que vit Paris depuis 1950 environ. La construction a totalement répudié le répertoire du passé et s'engage sur la voie du verticalisme. Parmi les créations les plus typiques figurent le palais de l'Unesco, les immeubles-tours du Front de Seine, dans le XVe arrondissement (logements), l'hétéroclite ensemble Maine-Montparnasse (bureaux et logements) et, hors des limites traditionnelles de la capitale, l'ensemble de la Défense (bureaux). À partir des années 1970-1980, l'architecture se caractérise par une offensive de la construction publique. Amorcée par Georges Pompidou et par Valéry Giscard d'Estaing (Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, par Richard Rogers et Renzo Piano), poursuivie par François Mitterrand, la politique des grands travaux ouvre une voie triomphale à une pléiade d'architectes internationaux : Cité des sciences et de l'industrie (Adrien Fainsilber), Cité de la musique (Christian de Portzamparc) et parc de la Villette (Bernard Tschumi), Institut du monde arabe (Jean Nouvel), Grande Arche de la Défense (Otto von Spreckelsen), Opéra de la Bastille (Carlos Ott), nouveau ministère des Finances de Bercy (Paul Chemetov et Huidobro), aménagement du Grand Louvre (Ieoh Ming Pei), Bibliothèque nationale de France (Dominique Perrault)…

LES FAÏENCES ET LES PORCELAINES DE PARIS

Des potiers s'établirent à Paris et dans la région parisienne dès l'époque médiévale. Aux XVIIe s. et XVIIIe s., l'activité de nombreux faïenciers est attestée par les documents, mais leur production est mal connue ; elle comprend principalement des faïences d'usage dont les décors s'inspirent de Rouen. Citons Hébert, Digne et Dubois, installés rue de la Roquette, Louis-François Ollivier, dont la production de pots de pharmacie se poursuivit jusqu'à la fin du XVIIIe s., et Adrien Pierre Mignon, qui dirigea la célèbre manufacture de faïences fines du Pont-aux-Choux. Cependant, Paris doit surtout sa renommée aux manufactures de porcelaine dure qui s'y multiplièrent à partir de 1771, lorsqu'il devint possible de se procurer le kaolin de Saint-Yrieix et de concurrencer Sèvres dont le privilège exclusif se relâchait. Parmi les principales manufactures citons celles aux enseignes de : la rue Amelot, dite manufacture du duc d'Orléans (1784), la rue de Bondy, fondée par Dihl et Guerhard (1781), la rue de Crussol, créée par l'Anglais Potter (1789), la rue de Clignancourt ou manufacture de Monsieur (1771), la rue de la Fontaine-au-Roi, dite aussi manufacture de la Courtille, dirigée par Locré (1771), la rue Popincourt, fondée par Jean Népomucène Nast (1782), la rue du Petit Carrousel (1774), le faubourg Saint-Denis ou faubourg Saint-Lazare établi par Pierre Hannong (1771), enfin la rue Thiroux, appelée manufacture de la Reine à cause du patronage de Marie-Antoinette (1776). La fabrication de la porcelaine de Paris se perpétua au XIXe s. dans les établissements dirigés par Dagoty et Honoré, Darte, Dihl et Guerhard, Jacob Petit, Nast, Schoelcher, etc.

   Les productions de ces manufactures se caractérisent par la blancheur de la pâte, l'emploi abondant de l'or pour les décors dont la plupart reflètent l'influence de la porcelaine de Sèvres.

LES MUSÉES DE PARIS

Paris est l'une des villes de musées les plus riches et les plus diverses au monde, si ce n'est la première.

   Symbole de cette richesse, le Louvre, devenu le plus grand musée du monde depuis l'ouverture de l'aile Richelieu. Consacré aux arts, des antiquités orientales et égyptiennes jusqu'au milieu du XIXe s., il est complété par le musée d'Orsay (art européen de 1848 à 1914). L'art moderne et contemporain est représenté au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou. Parmi les autres musées d'art nationaux, on citera l'Orangerie, le musée national du Moyen Âge-Thermes de Cluny, le musée des Arts et Traditions populaires (qui doit être délocalisé à Marseille), le musée des Arts asiatiques-Guimet et le musée d'Ennery, le musée des Arts d'Afrique et d'Océanie (ancien musée des Colonies), qui doit fusionner avec le musée de l'Homme pour constituer le musée des Arts et civilisations, quai Branly. Plusieurs musées nationaux sont consacrés à l'œuvre d'un artiste : musées Eugène-Delacroix, Hébert, Henner, Gustave-Moreau, Rodin, Picasso.

   Appartenant à la ville de Paris, le musée d'Art moderne (dans le palais de Tokyo), les musées Carnavalet (consacré à l'histoire de la capitale), Cernuschi (collections asiatiques), du Petit Palais, de la Mode et du Costume, Cognacq-Jay (collections du XVIIIe s.), Antoine-Bourdelle, Zadkine, ainsi que le musée de la Vie romantique-Maison Renan-Scheffer.

   Le musée des Arts décoratifs, installé dans l'aile du pavillon de Marsan, au Louvre, est géré par l'Union des Arts décoratifs, de même que les musées de la Publicité et Nissim-de-Camondo. Les musées Jacquemart-André et Marmottan dépendent de l'Institut de France.

   Paris compte également de grands musées scientifiques nationaux : le Muséum national d'histoire naturelle (et sa Galerie de l'Évolution, rénovée en 1994), le musée de l'Homme, le palais de la Découverte, le musée national des Techniques, au Conservatoire des Arts et Métiers, la Cité des sciences et de l'industrie, le musée de la Musique, dans la Cité de la musique.

   Il existe encore bien d'autres musées, consacrés à tel ou tel domaine particulier : musées de la Marine, de l'Armée, de l'Histoire de France, de la Légion d'honneur, de l'Assistance publique, musée du Cinéma-Henri Langlois, musée d'Art et d'Histoire du judaïsme…

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  • Andrault et Parat, Palais omnisports de Paris-Bercy
  • <i>Au Bon Marché,</i> à Paris
  • Carlos Ott, Opéra de la Bastille, Paris
  • Cathédrale Notre-Dame, Paris
  • Chapelle du Val-de-Grâce, Paris
  • Cité des sciences et de l'industrie, Paris
  • Musée du Louvre, Paris
  • Paris à la fin du XIVe siècle
  • Paris, l'île de la Cité
  • Paris, l'Institut de France
  • Paris, la Conciergerie
  • Paris, le canal de l'Ourcq
  • Paris, le Front de Seine
  • Paris, le plan Haussmann
  • Paris, les Champs-Élysées
  • Place du Châtelet, Paris
  • Plan de Paris au XVI<i>e</i> siècle
  • Plan de Paris en 1789
  • Pont Alexandre-III, Paris
  • Procession des partisans de la Sainte Ligue
  • Ricardo Bofill, place de Catalogne, Paris
  • Sainte-Chapelle, Paris
  • Tour Eiffel, Paris

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