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Arabie

en arabe Djazīrat al-‘Arab

L'Arabie islamique
L'Arabie islamique

Péninsule du sud-ouest de l'Asie, entre la mer Rouge et le golfe Persique.

  • Superficie : 3 millions km2
  • Population : 73 084 000 hab. (estimation pour 2013)

L'Arabie est partagée entre l'Arabie saoudite (qui en occupe la majeure partie), le Yémen, le sultanat d'Oman, la fédération des Émirats arabes unis et les principautés de Qatar, Bahreïn, Koweït.

GÉOGRAPHIE

La plaine désertique de la Tihama (sur la mer Rouge) est dominée par un bourrelet montagneux continu. Le socle s'abaisse beaucoup plus doucement vers la mer d'Oman et le golfe Persique, localement recouvert de sédiments : immenses ergs de Rub al-Khali et du Nufud, plateaux du Nord-Est recelant les accumulations pétrolifères.

La péninsule, traversée par le tropique et prolongeant le Sahara, a un climat de désert chaud, altéré toutefois par l'altitude et l'exposition qui valorisent (par un accroissement des précipitations) certaines régions (reliefs du Yémen, du Dhofar et de l'Oman, voire l'Asir). C'est ainsi que l'on a pu opposer une Arabie méridionale, l'« Arabie heureuse » à la population sédentaire (agricole ou citadine), et une Arabie centrale et septentrionale, véritablement désertique, domaine du traditionnel nomadisme pastoral et parsemée de quelques oasis, dont les villes saintes islamiques du Hedjaz (La Mecque et Médine). Le nomadisme a reculé avec les retombées de l'exploitation pétrolière, bouleversant localement l'économie, sinon la structure sociale et religieuse de la péninsule, en faisant un enjeu stratégique.

HISTOIRE

1. L'Arabie préislamique

1.1. La civilisation du Golfe

Les habitants de la péninsule, qui ont été affectés par la grande sécheresse qui marqua la fin de la préhistoire, entrent en contact au VIe millénaire avec les marins d'Our, qui seraient venus chercher des perles sur la côte du Golfe. Vers le xxive siècle avant J.-C., le développement du commerce entre la vallée de l'Indus (→ civilisation de l'Indus) et Sumer suscite une civilisation du Golfe sur le littoral oriental de l'Arabie (→ Dilmoun, Magan).

Après la disparition de la vie urbaine en Iran et dans la vallée de l'Indus (xviiie siècle avant J.-C., la civilisation du Golfe n'est plus représentée qu'à Dilmoun, qui garde des rapports avec la Mésopotamie jusqu'au vie siècle avant J.-C. Mais déjà la péninsule a commencé à nouer, avec le reste de l'Orient, d'autres contacts qui révèlent l'existence des Arabes.

1.2. Des cités-États au débouché des routes caravanières

Durant les siècles qui précèdent l'ère chrétienne, des États se constituent en Arabie, ne représentant d'ailleurs que des îlots au milieu d'un pays inorganisé. Les royaumes des Sabéens (ou de Saba) et d'Hadramaout (capitale Chabwa) sont en relations commerciales actives avec la côte orientale d'Afrique et l'Abyssinie, avec l'Inde, avec l'Égypte et avec l'Occident grec et perse. Des caravanes parcourent la péninsule du nord au sud, où l'art gréco-romain a fait sentir son influence. La découverte de temples de divinités païennes aux ruines étendues d'inscriptions d'écriture thamudique (du nom d'une ancienne tribu d'Egra, les Thamud) a obligé à réviser et à compléter le tableau classique de l'Arabie antéislamique, pays de pasteurs nomades, aux tribus querelleuses, mais sans grande histoire.

La province romaine d'Arabie

Au nord, les Nabatéens, population arabe de Pétra, actifs et riches commerçants, font sentir leur influence sur la Syrie. Mais ils deviennent vassaux de Rome dès 60 avant J.-C. Aelius Gallus, préfet d'Égypte, fait avec leur concours une expédition peu fructueuse en direction de Saba (24 avant J.-C.). À la suite de la conquête de l'Arabie nabatéenne en 105-106 par le légat A. Cornelius Palma, est créée la province romaine d'Arabie. Le commerce maritime, par Ayla, est encouragé, et un limes protège le pays des incursions des Bédouins.

Le royaume arabe de Palmyre, autre foyer de commerce caravanier, est conquis en 272 par l'empereur Aurélien, au temps de la reine Zénobie.

Le royaume de Saba, héritier des Minéens, au sud, dans le Yémen, est gouverné par des grands prêtres dénommés mukarrib, puis par des rois. Ce royaume commence à décliner à l'époque de la prospérité de Pétra, en raison de la concurrence croissante des marins occidentaux qui, désormais, savent utiliser le phénomène de la mousson pour naviguer vers les Indes.

La pénétration du christianisme

Le royaume de Himyar supplante celui de Saba. Sa situation géographique lui permet d'échapper à la domination romaine, mais il est impliqué par la suite dans les querelles entre Perses et Byzantins. Le judaïsme et le christianisme y fleurissent, et la communauté chrétienne de Nadjran subsiste au moins jusqu'au calife Umar. Dans l'ensemble, le christianisme a connu un certain succès en Arabie, surtout sous les formes nestorienne et monophysite → nestorianisme, monophysisme). Un prince himyarite de religion juive persécutait les chrétiens du Yémen : ce fut l'occasion pour les rois chrétiens d'Abyssinie d'intervenir et d'occuper le pays (début du vie siècle). À leur tour, à la fin du vie siècle, les Sassanides s'y établirent.

Les tribus bédouines : nomadisme, polythéisme

À l'époque de la décadence de Rome, au Bas-Empire (ive-ve siècles), la civilisation urbaine et commerciale décline et le nomadisme pastoral reprend de l'extension. Il est le seul mode d'exploitation de l'intérieur de la péninsule arabe. Les Bédouins sont organisés en tribus, sous l'autorité de cheikhs. Chaque groupe a ses dieux et ses fétiches, tels les bétyles, pierres singulières autour desquelles la tribu vient se réunir périodiquement. Dans ce panthéon, un dieu supérieur, Allah, se distingue déjà, bien avant Mahomet.

Byzance et les Ghassanides

Les Sassanides et les empereurs byzantins cherchent également à protéger leurs territoires des incursions des Bédouins nomades. Leur politique consiste à s'assurer le concours de certains d'entre eux. Ils favorisent ainsi les petits États tampons des Arabes Ghassanides, sur la frontière syrienne (capitale Bosra) et des Lakhmides (capitale al-Hira) du côté de la Perse. Un roi de Ghassan, Arétas (al-Harith), est fait phylarque (magistrat) et patrice par Justinien. Mais l'obéissance de ces Arabes à Byzance ne dure pas ; chrétiens monophysites, les Ghassanides participent parfois violemment aux querelles religieuses de l'Empire d'Orient.

L'émergence de La Mecque

Imru' al-Qays, un Lakhmide, se dit « roi de tous les Arabes ». La capitale des Lakhmides est une ville prospère, dans une contrée irriguée et fertile. Le Hedjaz, en revanche, est une région relativement isolée, très aride. Sa capitale, La Mecque, surtout gîte d'étape, caravansérail, commence à acquérir de l'importance au viie siècle, quand le commerce en Arabie du Nord périclite en raison des guerres incessantes entre Perses et Byzantins. La vie religieuse s'y concentre autour du sanctuaire de la Kaba, où l'on conserve la Pierre noire, apportée, disait-on, par l'ange Gabriel, et gardée par les Quraychites. C'est déjà un lieu de pèlerinage fréquenté. C'est là que naît v. 570 Mahomet, le Prophète. En 612, il commence à présenter son message aux Mecquois, qui montrent peu d'enthousiasme, tandis que la première communauté musulmane doit émigrer à Yathrib, au nord de La Mecque. Avec cette migration débute l'hégire(622).

2. L'islam et l'Arabie médiévale

2.1. L'État islamique de Médine

L'œuvre unificatrice de Mahomet

Mahomet organise le premier État islamique, ayant pour capitale Yathrib qui prend le nom de « Ville du Prophète » (Madina al-Nabi, Médine). Mahomet rompt avec l'étroitesse du cadre tribal, réussit à grouper des éléments hétérogènes, nomades et sédentaires, païens et juifs. Le Coran est une révélation universelle, non limitée aux Arabes, et qui laisse de côté les privilèges de naissance et de lignage. Mais c'est aussi un signe de ralliement pour les Arabes, jusque-là éparpillés en tribus ou États de faible importance. En 630, La Mecque est prise par Mahomet, qui la débarrasse des vieilles idoles. Aussitôt (année des délégations, an 9 de l'hégire, 630-631) c'est le ralliement religieux des tribus de toute l'Arabie, devenue presque entièrement musulmane.

Les successeurs de Mahomet

Les successeurs du Prophète, les califes, se font conquérants. Abu Bakr (632-634) envoie ses troupes vers l'Oman, le Yémen, le Bahreïn, l'Hadramaout, et réalise une unification passagère de l'Arabie.

Ensuite commencent les conquêtes hors de l'Arabie : Umar Ier, deuxième calife (634-644), remporte, au détriment des Empires perse et byzantin, les victoires décisives qui assurent aux Arabes le contrôle de la Syrie et de la Palestine (Yarmouk, 636), de la Mésopotamie et de l'Iran (Qadisiyya, 637 ; Nehavend, 642), puis de l'Égypte (640-642). Il jette les bases d'un État organisé. et effectuées.

La Mecque s'enrichit du butin des conquêtes et, sous le califat d'Uthman ibn Affan (de 644 à 656), se déchaînent les rivalités entre grandes familles. Ali, qui règne de 656 à 661, s'oppose à l'« anticalife » Muawiyya, établi à Jérusalem, et sous lequel se refait l'unité un moment compromise de l'islam (→ Alides).

2.2. Querelles et divisions

Après les querelles de Yazid et d'Ibn al-Zubayr, le califat revient, avec Abd al-Malik, aux Omeyyades (685-750), qui établissent des gouverneurs à La Mecque et à Médine. Pendant cette période de paix les villes saintes accroissent leur renommée et leur prospérité matérielle.

Puis, sous les Abbassides, le califat transférant son siège à Bagdad, Bassora devient le port de la capitale, ce qui fait du golfe Persique et de sa côte arabe une zone d'actif trafic maritime. Mais progressivement la puissance de la dynastie se démembre au profit de multiples souverainetés locales. Une fraction de la secte dissidente des kharidjites (→ kharidjisme) constitue un imamat indépendant dans l'Oman. Cependant, les Alides, perpétuels prétendants au pouvoir, menacent les Abbassides. Ils trouvent des partisans dans les villes saintes, auxquelles ils donnent l'espoir de reprendre le rôle de capitale perdu au profit de villes du Nord, Damas et Bagdad.

Au Yémen, un gouverneur du nom de Muhammad fonde la dynastie des Ziyadides. L'Hadramaout se rend indépendant, sous divers seigneurs locaux. Ali ibn Muhammad, qui se dit husaynite, après avoir semé le désordre parmi les tribus nomades de l'Est, soulève les esclaves noirs (Zandj) du sud de l'Iraq. L'insurrection, prolongée (868-883), est un nouveau coup très dur pour les Abbassides.

Les Ismaïliens se manifestent sur la côte du golfe Persique et au Yémen, s'évertuant à promouvoir à la fois leurs doctrines et leurs chefs. Les Qarmates Ismaïliens constituent en Arabie orientale un puissant État, à partir de 900 environ. En 930, lors d'une insurrection à La Mecque, ils s'emparent de la Pierre noire et la gardent quelques années. Bientôt ils conquièrent l'Oman. Leur souverain al-Hasan prend Damas et s'attaque même à l'Égypte. Puis ils entrent dans une phase de décadence.

À La Mecque s'établissent, au xe siècle, les chérifs (maison de Muhanna). Au xie siècle, les Turcs Seldjoukides apparaissent en Arabie. L'un d'eux, Qara Arslan Qawurd, occupe l'Oman. Ils s'installent à Bagdad et sont à l'apogée de leur puissance sous Malik Chah.

Durant les xie et xiie siècles, diverses dynasties locales s'établissent, tels les Zurayides à Aden ou les Nadjahides au Yémen.

Quand les Ayyubides succèdent aux Fatimides d'Égypte (1171), le sunnisme triomphe sur le chiisme, en Arabie comme en Égypte. Saladin est reconnu comme souverain à La Mecque, et la région du Hedjaz demeure longtemps dans la suzeraineté de l'Égypte. Le Yémen est au pouvoir d'une branche collatérale de la dynastie, et passera, au xiiie siècle, aux mains des Rasulides. L'Hadramaout est conquis.

C'est l'époque des croisades. Renaud de Châtillon envoie des navires dans la mer Rouge, et songe même à attaquer La Mecque. En 1258, le dernier Abbasside ayant été exécuté à Bagdad par le Mongol Hulagu, Yusuf, souverain du Yémen, prend le titre de calife de l'islam, désormais vacant. Le Yémen des Rasulides connaît une période de prospérité. Des ambassades y viennent de pays éloignés. Après avoir occupé les côtes de la mer Rouge, jusqu'au Haly (début du xve siècle), les Yéménites concurrencent les Égyptiens dans le commerce par mer.

3. La création de l'Arabie moderne

3.1. La domination ottomane

Dès le xvie siècle, Vasco de Gama ayant montré la route du cap de Bonne-Espérance, les commerçants européens apparaissent dans les mers qui bordent l'Arabie. Les Portugais occupent quelques ports du golfe d'Oman. Alfonso de Albuquerque projette de prendre La Mecque. La lutte se déroule entre les Turcs et les Portugais sur les zones littorales, tandis que Soliman le Magnifique étend son pouvoir sur toute l'Arabie. C'est au xvie siècle encore que le café est introduit, venant d'Abyssinie et que se répand l'usage du tabac. Mais la rupture des routes commerciales de terre entre l'Inde et l'Occident entraîne l'affaiblissement économique du nord de la péninsule. Les Turcs sont aux prises avec leurs ennemis d'Europe et avec les Perses. À dater de Soliman, ils entrent dans une période de lent déclin.

Au xviie siècle, les commerçants anglais de la Compagnie des Indes et les Hollandais succèdent aux Portugais. L'Arabie orientale tombe au pouvoir de tribus bédouines, à dater de 1663, quand le chef des Al Humayd renverse le gouverneur ottoman d'al-Hasa.

3.2. L'essor du wahhabisme et de la dynastie saoudienne

Un réformateur religieux du Nadjd, Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1792), s'allie aux Saoudites pour regrouper les Arabes autour d'un idéal religieux, le wahhabisme (→ Wahhabites). Saud le Grand (de 1803 à 1814) achève la conquête de l'Arabie. Les Ottomans envoient Méhémet-Ali, vice-roi d'Égypte, écraser son royaume (1811-1819) et rétablir leur autorité, tandis que les Britanniques installent leurs protectorats sur les côtes du golfe Persique et de l'océan Indien (Aden, Oman, Trucial States, Bahreïn).

Mais le wahhabisme a éveillé le nationalisme arabe : allié aux Anglais durant la Première Guerre mondiale, Abd al-Aziz III ibn Saud conquiert sur les Ottomans et sur les Hachémites les régions de la future Arabie saoudite (fondée en 1932). Les autres pays constituant la péninsule arabique (Yémen, Trucial States, Oman, Koweït, Qatar, Bahreïn, etc.) se libèrent les uns après les autres de la tutelle britannique et forment les États indépendants de l'Arabie contemporaine.

Pour en savoir plus, voir l'article Arabie saoudite.