
Chef de l'État : Ali Abdallah al-Salih
Chef du gouvernement : Ali Muhammad Mujawar
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Adoption : 15 mai 1991
Révision : septembre 1994
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Chambre des représentants
Le Yémen réunifié se compose de quatre ensembles principaux : sur son pourtour maritime, une plaine côtière, le massif granitique du Nord et du Centre, les hauts plateaux désertiques, qui vont se fondre dans le Rub al-Khali, au nord-est, et la vallée de l'Hadramaout, au sud-est. Ces ensembles, à la fois disparates et imbriqués, donnent au Yémen la variété de ses climats et de sa végétation. À l'est de la plaine de la Tihama, qui longe la mer Rouge sur quelques dizaines de kilomètres, se dressent des escarpements montagneux qui culminent à plus de 3 700 m d'altitude, à l'extrême ouest du plateau d'Arabie. Celui-ci s'abaisse doucement vers l'est, jusqu'à atteindre 300 m d'altitude à l'extrémité orientale du pays. La capitale, Sanaa, est située à 2 200 m d'altitude, sur un haut plateau entouré de montagnes.
Les versants ouest et sud de ces montagnes prennent de plein fouet les pluies de la mousson d'été, ce qui favorise une abondante végétation. Traditionnellement, la population montagnarde du Yémen s'est établie sur les versants intérieurs et arides ; elle a prospéré grâce à une agriculture irriguée, fondée sur des cultures en terrasses. La culture du caféier, qui prospère entre 1 200 et 2 000 m d'altitude sur les versants humides des hautes terres, bénéficie de pluies abondantes et de l'absence de gelées. Le café a longtemps fait la réputation du Yémen et la richesse des ports de Moka et de Hodeïda, d'où il était exporté vers l'Europe et l'Asie, constituant alors la principale source de devises du Yémen. Sa culture régresse actuellement, en partie à cause de la concurrence des cafés d'Afrique et d'Amérique latine, mais surtout parce que la culture du qat est beaucoup plus rentable pour les cultivateurs yéménites. Plante euphorisante assimilée à une drogue, le qat est un arbuste qui nécessite les mêmes conditions climatiques que le caféier. La consommation de ses feuilles est un rite social central dans la vie yéménite, et, selon différentes estimations, la culture du qat représente près du quart du revenu national du Yémen.
Depuis 3 000 ans, le Yémen est connu dans tout l'Orient pour les caravanes qui en partaient chargées d'encens, de myrrhe et d'épices. Le Yémen moderne demeure un pays fondamentalement agricole, dont la population est aux trois quarts rurale : près de 55 % de la population active est employée dans le secteur agricole.
Outre le café et le qat, le climat tempéré qui prévaut dans le haut Yémen permet la culture du sorgho et du millet ainsi que des fruits et légumes. Dans la Tihama, le climat tropical favorise la culture du coton, du tabac et des dattes. Si l'importante pluviométrie favorise l'irrigation des hauts plateaux, tel n'est pas le cas dans la Tihama, où des projets, partiellement financés par l'Union européenne et les Nations unies, sont en cours de réalisation pour développer l'irrigation de la plaine. Avec l'aide financière d'Abu Dhabi, le gouvernement du Yémen du Nord a fait construire, au milieu des années 1980, un barrage à Marib sur le site de l'ancien barrage édifié en 500 avant J.-C. et détruit vers l'an 570 de notre ère et destiné à faciliter la culture du blé et du sorgho. La première phase, achevée en 1986, permet une irrigation permanente de 6 000 hectares et, intermittente, de 5 000 hectares supplémentaires. La seconde phase, en cours de réalisation, devrait permettre l'irrigation de 7 000 autres hectares.
Les pêcheries sont l'une des principales ressources du Yémen. Elles sont, pour l'essentiel, situées sur la mer d'Arabie, dans l'ancien Yémen du Sud, qui était en revanche défavorisé sur le plan agricole.
Depuis le milieu des années 1980, c'est le pétrole qui constitue la richesse la plus prometteuse du pays. En 1984, la compagnie américaine Hunt a annoncé la découverte d'un gisement dans la région de Marib. L'exploitation a commencé en 1986, et les exportations, en 1987. D'autres découvertes sont intervenues au cours des années suivantes. Dans le Yémen du Sud, où la compagnie italienne Agip a découvert du pétrole en 1983, le premier puits a été inauguré en 1987. En 1988, les deux Yémens ont convenu d'explorer et de développer en commun une partie de la zone frontalière riche en hydrocarbures, dans les régions de Marib, al-Djawf et Chabwa. Lors de son unification, en 1990, le Yémen possédait des réserves prouvées évaluées à 4,5 milliards de barils. La prospection est toutefois gelée dans la zone frontalière avec l'Arabie saoudite, depuis qu'en mars 1992 Riyad a sommé plusieurs compagnies pétrolières étrangères de cesser les forages dans cette région qu'elle conteste au Yémen. Le pays dispose aussi d'importantes réserves de gaz naturel (480 milliards de m3) qui ne sont pas encore mises en valeur. Il en va de même de l'énorme potentiel en ressources minières (or, zinc) que recèle son sous-sol.
Les industries du Yémen comptent pour 40 % du produit intérieur brut (P.I.B.). Elles se concentrent dans le domaine de l'alimentation (boissons gazeuses) et de la construction (cimenteries). Lors de l'unification, Aden, l'ancienne capitale du Yémen du Sud, avait vocation à devenir la capitale économique du Yémen réunifié. Mais la zone franche d'Aden, inaugurée en 1991, n'a pas tenu ses promesses, en raison, principalement, de la concurrence que lui font désormais les ports du golfe Persique, comme Dubai ou Bahreïn.
Depuis 1995, le Yémen applique, à la demande du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, un programme d'ajustement structurel qui représente un effort considérable pour les habitants de ce pays, considéré comme l'un des plus pauvres de la planète. Le Yémen est d'ailleurs traditionnellement un pays d'émigration : trop nombreux pour une terre qui ne parvenait pas à les nourrir, beaucoup de Yéménites ont préféré émigrer en Afrique orientale, en Asie du Sud et même en Europe. Cependant, une part importante de l'émigration yéménite est, depuis le boom pétrolier des années 1970, concentrée dans la péninsule arabique. En 1990, lors de l'unification, tandis que le Yémen du Sud (2,5 millions d'habitants environ) et le Yémen du Nord (10 à 11 millions) formaient un ensemble de 12 à 14 millions d'habitants, on estimait à 2,5 millions le nombre des Yéménites vivant à l'étranger, pour la plupart en Arabie saoudite. Les transferts des émigrés représentaient près de 40 % du P.I.B. dans les années 1980. C'est pourquoi l'expulsion brutale de près de 900 000 Yéménites par l'Arabie saoudite, lors de la guerre du Golfe, a été un rude choc pour l'économie du pays : non seulement ces émigrés n'avaient plus d'argent à envoyer à leur famille, mais, revenant sans emploi, ils risquaient d'être un fardeau supplémentaire pour la nation. En réalité, de retour au Yémen, ils ont investi leurs économies et ont souvent créé leur entreprise, ce qui a considérablement amorti le choc anticipé.
À l'époque antique, quatre royaumes se partageaient le territoire de l'actuel Yémen : le royaume de Saba au centre, celui de Main au nord, celui de Qataban, au sud-ouest et celui de l'Hadramaout au sud. Leur prospérité, acquise grâce au trafic des caravanes qui assuraient le commerce de l'encens et des épices entre l'Orient et l'Occident, leur a valu, de la part des Romains, le surnom d'« Arabie heureuse » (Arabia felix). Ces royaumes caravaniers ne se sont pas succédé à proprement parler, mais ont été pratiquement contemporains les uns des autres. Ensemble, ils représentent ce qu'on a appelé la civilisation sud-arabique préislamique, qui s'est épanouie pendant près de quatorze siècles, de l'an 800 avant notre ère jusqu'au VIIe s. Le royaume de Saba, qui domine la période pendant près d'un millénaire, a Marib pour capitale. La digue de cette ville – alimentant un ingénieux système d'irrigation et permettant une activité agricole étonnante pour la région –, qui a résisté plus de mille ans, est le symbole des réussites architecturales du royaume de Saba. La Bible et le Coran font tous les deux allusion à la visite que fit Balkis – nom rapporté par le Coran –, la reine de Saba, au roi Salomon, vers le Xe s. avant J.-C.
La maîtrise progressive des mers par les Romains, au début de notre ère, fait concurrence aux caravanes. Désormais, le commerce emprunte également les routes maritimes : les États yéménites ne sont plus le passage obligé entre la Méditerranée, l'Inde et la Chine. Pour les États de l'Arabie du Sud, qui vivent des droits de passage prélevés sur les caravanes, c'est le début du déclin. Le royaume de Qataban périclite et est absorbé par celui de Saba. Mais certaines tribus de Qataban fondent un nouveau royaume, celui de Himyar, qui prend pour capitale Zabid et ne tarde pas, à son tour, à défier la puissance de Saba. La guerre que se livrent les deux royaumes, entre 281 et 295, marque la fin de la domination sabéenne et le début de l'ère himyarite (IVe-VIe s. après J.-C.). C'est alors, sous l'impulsion de leur dernier roi, Dhu Nuwas, que les Himyarites se convertissent massivement au judaïsme, affirmant ainsi une identité propre face à l'Éthiopie chrétienne. Cependant, les persécutions qu'ils font subir aux chrétiens de Nadjran provoquent, vers 520, une invasion des Éthiopiens, qui dominent quelque temps le pays. Faute d'entretien, la digue de Marib s'effondre en 570, laissant les terres agricoles à la merci de l'avancée du désert. Les incessantes luttes tribales ouvrent la voie aux interventions étrangères : les Perses envahissent à leur tour l'Arabie du Sud, en 575, et érigent le Yémen en satrapie. Les centres de peuplement sont peu à peu abandonnés par leurs habitants, qui retournent à la vie nomade, tandis que les bédouins arabes prennent le contrôle des territoires. C'est la fin de la civilisation sud-arabique.
La propagation de la langue arabe va de pair avec celle de l'islam, du vivant du Prophète et dans les années qui suivent sa mort (632). Elle accompagne généralement la progression vers le sud des tribus arabes. Selon la Tradition, en 628, le satrape perse aurait répondu à l'invitation de Mahomet d'embrasser l'islam, et les 14 000 membres de la tribu des Hamdan, mère des actuelles confédérations tribales des Hachid et des Bakil, auraient été massivement convertis par Ali, le gendre du Prophète, en un seul jour. En réalité, l'islamisation de l'Arabie du Sud s'est faite de manière progressive. Elle est en outre marquée par l'épisode de l'apostasie : des tribus, récemment converties à l'islam, ayant abjuré leur nouvelle religion, une répression féroce, menée par les musulmans du Nord, permet l'assimilation définitive de l'Arabie du Sud au jeune État musulman. La bataille pour la succession du Prophète ayant tourné à l'avantage des sunnites, au détriment des chiites – partisans d'Ali –, les Omeyyades règnent sur le monde musulman de 661 à 749. Depuis Damas, leur capitale, ils n'attachent pas d'intérêt particulier au Yémen. Les Abbassides, qui leur succèdent en 749 – ils établissent leur capitale à Bagdad – ne semblent pas s'intéresser davantage au pays, en dehors de la collecte d'impôt. Cette relative indifférence favorise les velléités autonomistes d'un gouverneur local, ibn Ziyad, qui, en 822, se révolte contre le calife, réunit sous son autorité la plus grande partie de l'ancien royaume de Himyar et gouverne le nouvel État à partir de Zabid. Peu à peu, d'autres chefs de guerre locaux conquièrent leur indépendance. En 898, un dirigeant de la secte chiite des zaydites, Yahya ibn Husayn, s'installe dans la localité de Sada, à 250 km au nord de Sanaa, prend le titre d'imam et gouverne, jusqu'en 911, sous le nom d'al-Hadi, selon les principes zaydites, qui veulent que l'État soit dirigé par un imam choisi parmi les descendants d'Ali, distingué par sa piété et ses compétences : l'imam doit être un savant et un guerrier. Il ne s'agit donc pas d'un système de gouvernement à proprement parler héréditaire, mais d'une monarchie théocratique, fondée sur le charisme du souverain. L'imam al-Hadi étend rapidement son influence sur la région de Nadjran. Les hautes terres yéménites deviennent ainsi le berceau et le bastion de l'imamat zaydite.
Au cours du siècle suivant, les souverains fatimides, qui gouvernent l'Égypte, tentent à plusieurs reprises de prendre le contrôle du Yémen, mais sans succès. En 1037, cependant, Ali al-Sulayhi, un chef local, conquiert la plus grande partie de l'ancien royaume himyarite et, gouvernant depuis Sanaa au nom des Fatimides, part en guerre contre l'imam zaydite, qui sera tué en 1052 au cours d'une bataille. L'État sulayhide, qui s'étend jusqu'au Hedjaz, est marqué par un siècle d'unité, de stabilité et de prospérité sur l'ancien territoire himyarite. En 1174, le grand Saladin (Salah al-Din Yusuf), au pouvoir depuis peu au Caire, envoie son frère Turanchah mettre de l'ordre au Yémen. L'armée de Turanchah parvient rapidement à faire tomber Sanaa, Zabid et Aden, et celui-ci choisit d'établir sa capitale à Taizz, en raison de son climat et de ses ressources en eau. Sous la poigne de fer de la dynastie ayyubide, l'État yéménite est à nouveau unifié. Seules échappent à son influence les tribus de l'Hadramaout, au sud, et des hauts plateaux du nord, restées fidèles à l'imamat zaydite. À la mort du dernier souverain ayyubide, en 1229, un administrateur d'origine turkmène, Umar ibn al-Rasul, prend le pouvoir, affirmant son indépendance vis-à-vis du Caire et étendant la domination de son État sur la quasi-totalité du Yémen. Sous le règne éclairé des Rasulides, qui succèdent à la dictature ayyubide, Taizz devient un pôle culturel et religieux : des écoles coraniques et de nombreuses mosquées sont ouvertes. Le nouvel État entretient des relations diplomatiques avec la Chine, l'Inde et la Perse. Mais la vie facile et la corruption qui règnent à la cour des Rasulides affaiblissent l'État, qui, désagrégé, n'est plus en mesure de résister aux attaques des tribus zaydites des hauts plateaux. À nouveau divisé, le Yémen passe sous la coupe des Zaydites dans sa partie nord, tandis que le Sud est dirigé par l'ancien gouverneur d'Aden, qui s'est emparé du pouvoir.
En 1503, puis en 1513, les Portugais font le siège d'Aden, qui résiste. Devant la menace portugaise, les Turcs décident de reprendre le contrôle du Yémen. Pour la première fois, le bruit des armes à feu retentit alors au Yémen, et les soldats turcs font tomber Zabid et Sanaa, en 1548. Mais les tribus zaydites harcèlent les occupants turcs depuis les montagnes du Nord, les contraignant à se replier sur Zabid en 1568. Cependant, dès l'année suivante, l'Empire ottoman envoie des renforts : Sanaa est reprise en 1570. Les tribus nordistes se fédèrent alors sous la conduite de l'imam Mansur al-Qasim, qui réussit à chasser les Turcs de toutes leurs places fortes : Zabid tombe à son tour en 1636. Les successeurs de Mansur al-Qasim parviennent à unifier sous leur autorité l'ensemble de l'Arabie du Sud, y compris le Dhofar et l'Asir. Mais, au cours des deux siècles suivants, l'unité du Yémen est en permanence remise en cause par les velléités autonomistes de chefs tribaux. Les Ottomans mettent à profit ces divisions pour charger le pacha d'Égypte, Méhémet-Ali, de pacifier à nouveau le Yémen. Cependant, les Turcs ne parviendront jamais à contrôler les hauts plateaux yéménites, où s'organise la résistance. Ainsi Sanaa, conquise en 1849, puis rapidement perdue, ne sera reprise qu'en 1871.
Alors que l'Empire ottoman affirme difficilement sa domination sur le nord du pays, c'est une puissance européenne qui s'impose dans le Sud au cours du XIXe s., entraînant la longue partition du Yémen entre Nord ottoman et Sud britannique. En 1834, en effet, le gouvernement britannique, qui veut s'assurer d'une escale sûre sur la route des Indes, charge le capitaine Haines de négocier l'achat d'Aden. Le sultan de Lahdj, craignant d'être attaqué par les soldats égyptiens, signe l'acte de vente, avant de revenir sur sa parole. C'est le prétexte qu'attendaient les Britanniques pour s'emparer sans contrepartie d'Aden, en 1839. À l'époque, la population d'Aden n'est que de quelques centaines d'habitants. Mais, en quelques années, la politique de Haines, qui fait non seulement de la ville une escale sur la route des Indes, mais aussi un comptoir desservant l'arrière-pays, porte la population d'Aden à 25 000 habitants. Haines conclut des pactes avec les tribus avoisinantes, et Aden devient, en 1850, un port libre qui bénéficie, à partir de 1869, de l'ouverture du canal de Suez. Signe de sa fonction d'étape vers l'empire des Indes, Aden dépendra, jusqu'en 1937, du gouverneur de Bombay, avant d'être directement dirigée par le Colonial Office de Londres, au même titre que les deux protectorats de l'arrière-pays. La présence britannique permettra au pays de connaître un développement industriel qui donnera naissance à une classe ouvrière, les aspirations sociales et nationalistes se rejoignant ainsi, lors du déclenchement de la grève générale et des violentes émeutes de 1947.
En 1891, les tribus zaydites élisent pour imam Muhammad Hamid al-Din, qui appelle à la lutte contre l'occupant turc. Son fils, Yahya al-Mutawakkil, qui lui succède en 1904, reprend ensuite le flambeau de la lutte nationale des yéménites. Malgré le déploiement de 100 000 soldats, les Turcs ne parviennent pas à écraser la rébellion, et, en 1911, soucieux de déployer leurs forces en Europe et en Afrique du Nord, les Ottomans reconnaissent l'autorité de l'imam Yahya sur le Yémen, celui-ci leur concédant la responsabilité de la défense et des relations extérieures. Cette tutelle, toute relative, prend fin avec le démembrement de l'Empire ottoman, à l'issue de la Première Guerre mondiale. L'imam Yahya réussit à préserver son pays de l'appétit des puissances européennes grâce à une politique intransigeante de fermeture des frontières. Cependant, comme il refuse de reconnaître la partition de facto du Yémen, issue des luttes d'influence entre Turcs et Britanniques, ses relations avec ces derniers ne tardent pas à se dégrader, alors qu'une nouvelle menace se profile au nord. Les ambitions territoriales sur le nord du Yémen d'Abd al-Aziz ibn Saud, l'unificateur de l'Arabie saoudite, conduisent en effet l'imam Yahya à faire preuve de modération vis-à-vis des Britanniques : en 1934, par le traité de Sanaa, il accepte la frontière séparant le protectorat d'Aden du reste du Yémen, telle que l'ont définie les Turcs et les Britanniques ; Londres, de son côté, reconnaît Yahya comme roi du Yémen. En avril 1934, le roi Ibn Saud envoie son fils Faysal à la conquête du Yémen. Celui-ci prend le pays en tenaille, Faysal commandant en personne une première armée qui progresse le long de la plaine côtière de la Tihama, une seconde armée pénétrant la montagne de l'Asir, vers Nadjran, et une troisième descendant sur la capitale, Sanaa. Faysal progresse rapidement et s'empare de la ville portuaire d'Hodeïda en trois semaines. Cependant, les deux autres armées rencontrent une résistance plus importante de la part des maquisards aguerris que sont les montagnards yéménites. En outre, les Britanniques, se sentant menacés par la présence saoudienne à Hodeïda, y dépêchent des bâtiments de guerre. Ibn Saud et l'imam Yahya finissent donc par négocier, et, le 21 mai 1934, un traité est signé à Taif, par lequel l'Arabie saoudite restitue à l'imam les territoires conquis, à l'exception des trois provinces de l'Asir, du Nadjran et du Djizan, incorporées au royaume saoudien.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'imam Yahya maintient son pays dans un total isolement, et la politique de fermeture des frontières est scrupuleusement maintenue. Cependant, quelques jeunes gens ont été autorisés à étudier à l'étranger. Ils en reviennent convaincus que leur pays est arriéré et moyenâgeux, fondent le mouvement des « Yéménites libres » et parviennent à assassiner l'imam Yahya en 1948. Son fils Ahmad reprend le pouvoir et transfère la capitale à Taizz. Conservant le style autocratique de son père, il échappe à de nombreux attentats et meurt finalement dans son lit, le 19 septembre 1962.
À la mort de l'imam Ahmad, son fils Muhammad al-Badr lui succède. Bien qu'il passe pour avoir des sympathies envers Gamal Abdel Nasser, les officiers yéménites, qui préparaient un coup d'État contre son père, tentent de le renverser à son tour. Le palais de l'imam al-Badr est bombardé, sa mort annoncée à la population, la république proclamée, et le colonel Abd Allah Sallal nommé par les militaires président de la République arabe du Yémen (R.A.Y.). En réalité, l'imam al-c a pu s'échapper et, avec l'appui de l'Arabie saoudite et de la Grande-Bretagne, il organise la contre-révolution. Dans le même temps, Nasser envoie des troupes pour soutenir les républicains : le contingent atteint 65 000 hommes. Cette guerre civile, soutenue des deux côtés par une puissance étrangère, se prolonge jusqu'en 1967. Mais la défaite égyptienne face à Israël oblige Nasser à se désengager : l'armée égyptienne a perdu beaucoup de soldats, et l'Égypte, étranglée financièrement, a besoin de l'aide saoudienne. En échange du retrait égyptien, au sommet arabe de Khartoum en 1970, le roi Faysal reconnaît la République yéménite, désormais dirigée par un notable, le cadi Abd al-Rahman al-Iryani. Pour l'Arabie saoudite, cette république modérée est un moindre mal, au moment où le Yémen du Sud s'engage dans la voie du marxisme.
L'arrivée de Nasser au pouvoir en Égypte, en 1952, encourage les mouvements indépendantistes à Aden, secouée, en 1958, par de violents incidents. En octobre 1963, le Front national de libération (F.N.L.), fondé par des exilés à Sanaa, se fixe comme objectif non seulement d'expulser les Britanniques, mais de mener à bien une révolution socialiste. En avril 1964, en visite à Sanaa, Nasser jure d'expulser les Britanniques de la péninsule arabique. En 1965, devant la multiplication des attentats, le gouverneur britannique suspend les libertés constitutionnelles. En février 1966, le gouvernement britannique dirigé par Harold Wilson, en butte aux difficultés financières, affirme que la base d'Aden est désormais inutile à la Grande-Bretagne. Le F.N.L. contrôlant de plus en plus de gouvernorats, Londres accorde l'indépendance à son ancien protectorat le 29 novembre 1967, après plus d'un siècle d'occupation. Le 30 novembre, la République populaire du Yémen du Sud est proclamée. Qahtan al-Chabi, l'un des fondateurs du F.N.L., devient le premier président du nouvel État, mais il est écarté, en 1969, au profit de dirigeants influencés par la Chine et l'Union soviétique, comme Abd al-Fattah Ismaïl ou Ali Nasir Muhammad, qui procèdent à une épuration des éléments « petits bourgeois ».
Le pays devient, en 1970, la République démocratique et populaire du Yémen (R.D.P.Y.) et conclut des accords avec les pays du pacte de Varsovie. Cette orientation provoque des tensions avec le Yémen du Nord, qui dégénèrent, en février 1979, en affrontement armé. Un accord met fin au conflit, prévoyant à terme l'unification des deux Yémens. En 1980, Ali Nasir Muhammad remplace Abd al-Fattah Ismaïl à la présidence. Ali Nasir Muhammad infléchit la politique du pays dans le sens d'une détente avec les monarchies du Golfe et la République arabe du Yémen (R.A.Y.). À la fin de l'année 1985, les luttes de tendance au sein de la direction du parti socialiste yéménite (P.S.Y., parti unique) sont de plus en plus vives : en janvier 1986, Ali Nasir Muhammad tente d'éliminer physiquement ses adversaires au sein du bureau politique du P.S.Y. Cet affrontement dégénère en guerre civile : au moins 3 000 personnes meurent dans les combats en une semaine. Ali Nasir Muhammad doit s'exiler, et Ali Salem al-Baid devient le nouvel homme fort du régime.
Une succession d'assassinats politiques marque les années 1970 en R.A.Y. : en octobre 1977, le président Ibrahim al-Hamdi, qui œuvrait à un rapprochement avec le Yémen du Sud, est assassiné. Son successeur, Ahmad al-Ghachmi, se tourne au contraire vers l'Arabie saoudite, avant d'être lui aussi assassiné, le 24 juin 1978. Le nouveau président est le colonel Ali Abdallah al-Salih – membre de la puissante confédération tribale des Hachid, il s'appuie sur ses réseaux tribaux afin de se maintenir au pouvoir. Il est confronté, au début de l'année 1979, à la guerre avec la R.D.P.Y. et à la guérilla du Front national démocratique (F.N.D.), soutenue par Aden. Au fil des années, le président al-Salih mène une diplomatie tous azimuts : à la tête d'un gouvernement traditionaliste, considéré comme pro-occidental, il signe, en 1984, un traité d'amitié avec l'Union soviétique tout en ouvrant la prospection pétrolière à la fois à l'U.R.S.S. et aux États-Unis. La R.A.Y. étant tenue à l'écart du Conseil de coopération du Golfe, que forment en 1981 les monarchies de la péninsule arabique, elle décide de former avec l'Iraq, la Jordanie et l'Égypte le Conseil de coopération arabe.
À partir de 1985, la politique suivie en Union soviétique par Mikhaïl Gorbatchev prive progressivement la R.D.P.Y. des soutiens politique, militaire et financier que Moscou lui apportait jusqu'alors. La chute des régimes communistes d'Europe de l'Est, en 1989, pousse Aden à se rapprocher de Sanaa. En novembre 1989, à la suite d'intenses négociations, la R.D.P.Y. et la R.A.Y. annoncent leur décision de s'unir en un seul pays, avec Sanaa pour capitale. Le 22 mai 1990, les deux Parlements ratifient l'unification et élisent un conseil présidentiel dirigé par Ali Abdallah al-Salih, avec Ali Salim al-Baid pour vice-président. La Constitution est ratifiée par référendum, en mai 1991. L'unification s'accompagne d'une floraison de partis politiques et de journaux et d'un renouveau du débat politique. Le partage du pouvoir entre le parti socialiste yéménite (P.S.Y.) de al-Baid et le Congrès général du peuple (C.G.P.) de al-Salih doit prendre fin à l'issue d'élections législatives, dont la préparation donne lieu à de vives tensions internes. L'assassinat de cadres du P.S.Y. fait naître des soupçons contre le président al-Salih, qui accuse les dirigeants du Sud de vouloir retarder des élections, de peur de les perdre. Le scrutin d'avril 1993 est effectivement un succès pour le C.G.P. et ses alliés islamistes. Les tensions entre le pouvoir et les anciens dirigeants du Sud deviennent alors de plus en plus vives : les deux armées n'ayant pas encore fusionné, des incidents opposent des unités sudistes à des détachements nordistes. Ces escarmouches dégénèrent en véritable guerre civile, en avril 1994. Replié à Aden, al-Baid proclame la sécession du Sud le 21 mai. Début juillet, Aden tombe aux mains des troupes gouvernementales, après un siège de plusieurs semaines. Les dirigeants du Sud qui n'ont pas été tués s'exilent alors en Arabie saoudite.
Cinq ans après ces événements se tient la première élection présidentielle au suffrage universel (septembre 1999). Soutenu notamment par les islamistes, al-Salih est réélu sans difficulté avec plus de 96 % des suffrages. Le pays, miné par une corruption endémique et un climat d'insécurité (enlèvements d'étrangers, attentats) guère favorable aux investissements, s'appauvrit constamment. En outre, les réformes préconisées par ses partenaires internationaux et qui devront être lancées tôt ou tard, risquent d'accroître encore les difficultés des Yéménites.
Le président al-Salih condamne les attentats commis le 11 septembre 2001 aux États-Unis ; cédant aux pressions de ces derniers, il ordonne la fermeture de l'université privée al-Iman, fait arrêter ou expulser des milliers d'« afghans » et accepte de rouvrir l'enquête sur l'attentat-suicide commis le 12 octobre 2000 contre l'USS Cole dans le port d'Aden. Les inquiétudes sont vives dans le pays, berceau de la famille d'Oussama ben Laden, et où la plupart des « afghans » de retour au pays en 1989 ont été intégrés dans l'armée du président al-Salih et ont joué, avec des milliers d'autres moudjahiddins financés par ben Laden, un rôle déterminant dans la guerre civile de 1994. Les sympathies pour l'intégrisme demeurent fortes dans la rue yéménite, au sein de l'armée et du Rassemblement yéménite pour la réforme, plus communément appelé al-Islah – une formation aux tendances hétéroclites (islamiste, traditionnaliste et tribale) créé en 1990 et représentant la branche yéménite des Frères musulmans.
Le jeune État unifié est marqué, dès sa naissance, par des relations difficiles avec son puissant voisin saoudien, Riyad n'ayant jamais véritablement accepté l'unification du Yémen. Moins de trois mois après celle-ci, l'Iraq envahit le Koweït. Bien qu'officiellement neutre, le Yémen penche alors clairement du côté irakien, en refusant notamment de voter pour la résolution de l'O.N.U. autorisant l'intervention militaire. En représailles, l'Arabie saoudite renvoie brutalement près de 900 000 immigrés yéménites, tout en finançant les tribus du Nord qui défient le pouvoir de Sanaa. Lorsque la guerre civile éclate, en avril 1994, Riyad prend nettement parti pour les séparatistes et reconnaît implicitement leur république sécessionniste. La victoire du président al-Salih est un revers diplomatique pour l'Arabie saoudite. Le traité de Taif étant arrivé à expiration, les dirigeants yéménites revendiquent aujourd'hui à haute voix les trois provinces cédées en 1934. À la fin de 1994, la tension frontalière entre le Yémen et l'Arabie saoudite prend un tour dangereux. Finalement, après un mois de négociations, les deux États signent, en février 1995, à La Mecque, une déclaration en onze points qui reprend, pour l'essentiel, le traité de Taif : le Yémen renonce de nouveau à sa souveraineté sur les provinces en question. Les deux pays s'engagent à délimiter leurs 2 000 km de frontières communes, mais les négociations sur la question n'ont, jusqu'à présent, pas abouti.
Le différend qui opposait le Yémen à l'Érythrée au sujet de l'archipel des îles Hanich est résolu en 1998 par un jugement de la Cour internationale de justice. Le Yémen récupère l'archipel, occupé par l'Érythrée au terme d'un conflit armé en décembre 1995.
La vie politique du pays, fortement influencée par les tribus, est caractérisée par la domination du C.G.P., le parti d'al-Salih, auquel est allié, jusqu'en 1999, al-Islah. En février 2001, les premières élections locales et le référendum sur l'allongement du mandat présidentiel de 5 à 7 ans (4 à 6 ans pour les députés), sur la mise en place d'un bicaméralisme et sur le renforcement du Conseil consultatif sont marqués par des actes de violence. Environ 73 % des électeurs approuvent l'amendement constitutionnel tandis que le parti présidentiel (C.G.P.) remporte plus de 60 % des voix. Ce dernier confirme sa suprématie aux élections législatives d'avril 2003, en remportant 238 sièges sur 301 devant son ancien allié, al-Islah, qui en obtient 46, le P.S.Y., 8, les candidats indépendants, 4, l'Organisation populaire nassérienne, 3 et le parti Baath, 2. Al-Salih est, sans surprise, réélu en 2006 avec 77,1 % des suffrages devant Fayçal ben Chalmane, ancien ministre du pétrole et candidat de la coalition d'opposition (al-Islah, le P.S.Y. et le parti nassérien).
Le pouvoir est régulièrement confronté à une rébellion zaydite chiite dans la province de Saada, région montagneuse dans le nord du pays : en 2004, l'armée parvient à mater les insurgés au bout de deux mois (juin à septembre). À la suite d'une nouvelle insurrection, en 2007, un accord de cessez-le feu intervient entre le gouvernement et les insurgés zaydites, mais les combats reprennent de façon intermittente à partir de janvier 2008. Entre août et octobre 2009, de violents combats reprennent, suscitant l'inquiétude des Nations unies sur le sort des réfugiés, tandis qu'un appel à la cessation des combats et à l'ouverture de négociations est lancé par l'opposition, une proposition acceptée par le chef de la rébellion, Abdel Malek al-Houthi.