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renard roux

Renard roux
Renard roux

Convoité pour sa fourrure, piégé pour ses rapines, pourchassé pour le sport, le renard paie en outre, depuis quelques décennies, un lourd tribut à la lutte antirabique. Il reste, cependant, l'un des mammifères sauvages les plus répandus. Cet animal, réputé pour sa ruse, est doté d'une extraordinaire faculté d'adaptation qui lui permet d'assurer sa pérennité dans les pires conditions.

Introduction

Le plus lointain ancêtre connu des renards communs d'Eurasie et d'Amérique du Nord (Vulpes) et des renards polaires (Alopex) est Vulpes alopecoides, datant de 400 000 à 650 000 années. Assez fréquent dans les gisements du quaternaire européen, ce renard roux fossile est, malgré sa forte taille, proche du renard actuel. Comme tous les carnivores, le renard descend d'une souche commune d'insectivores à tendance carnassière établie au début de l'ère tertiaire. Le règne des dinosauriens s'achevait. À la disparition de ces géants, les insectivores devinrent de plus en plus nombreux. Certains se spécialisèrent dans la prédation.

Les créodontes, première ébauche de carnivores, firent leur apparition au cours du paléocène et de l'éocène, c'est-à-dire il y a de 50 à 65 millions d'années. Ils possédaient déjà de grandes canines en forme de crocs, des dents acérées (carnassières) pour taillader la chair et des griffes développées. Tout pour saisir et dévorer les animaux qu'ils approchaient. Mais, durant l'éocène, les ongulés, qui constituaient l'essentiel de leurs proies, se firent plus rapides. Les animaux primitifs lourds et bas sur pattes qu'étaient les créodontes furent bientôt incapables de les rattraper à la course. Progressivement, ils s'éteignirent, laissant la place aux miacoïdes, les premiers vrais carnivores terrestres (fissipèdes). Ceux-ci se différencièrent en félidés et en canidés, dont fait partie le renard roux.

La morphologie des canidés évolua pour leur permettre de poursuivre leurs proies sur de longues distances. Simultanément, leur régime devint moins exclusivement carnivore que celui des félidés. Leur appareil masticateur s'enrichit de quelques dents supplémentaires, d'où l'allongement de leur museau. L'adaptation fut réussie, puisque le renard est l'un des mammifères sauvages dont l'aire de répartition est la plus vaste. L'animal à la longue queue touffue, aux oreilles triangulaires et au museau pointu habite aussi bien l'Amérique, l'Europe et l'Asie que l'Afrique, la toundra arctique que le centre des villes. Le plus commun, le renard roux (Vulpes vulpes), s'est même acclimaté en Australie, où les Européens l'ont introduit au xixe siècle pour ne pas se priver du plaisir de la chasse au renard.

La vie du renard roux

Une vie de couple aménageable

Le renard roux vit habituellement en couple avec les jeunes nés dans l'année. Mais son mode de vie n'est pas le même durant toute son existence, et l'on rencontre des renards solitaires ou des petits groupes de 4 ou 6 adultes. Sa vie sociale dépend de la saison, de l'habitat et de la nourriture disponible.

Au centre des États-Unis et au Canada, dans des régions où les ressources alimentaires sont peu abondantes, on a observé des renards qui vivent en couple avec des portées de 5 à 7 jeunes sur des territoires de 300 à 600 ha. En Hollande ou en Grande-Bretagne, au contraire, là où la nourriture est abondante, il existe des « groupes spatiaux » de plusieurs animaux exploitant un même espace vital de 100 à 200 ha. Il s'agit en général d'un couple et de ses petits auxquels se joignent 2 ou 3 femelles soumises. En Suède, on a observé un couple accueillant une femelle. Mais cette hospitalité cesse souvent après la belle saison.

La situation des renards solitaires, adulte ayant perdu son compagnon ou jeune pas encore apparié, est moins claire. Les parties frontalières de leurs territoires semblent communes à plusieurs individus.

Le territoire du renard roux a souvent la forme d'un polygone et n'est pas fixe. Son étendue varie de quelques dizaines d'hectares en zone urbanisée à plus de 1 600 ha dans les régions pauvres en nourriture. L'animal met à profit les obstacles naturels, tels que voies de chemins de fer ou routes, pour le délimiter.

Marques odorantes et signaux visuels

Tous les animaux du groupe prospectent le territoire, mais le marquage systématique est plutôt l'affaire du mâle, qui le parcourt régulièrement. S'il flaire le passage d'un congénère, il efface les traces de celui-ci en remettant sa marque par-dessus. Lorsque les petits sont jeunes, la femelle fait parfois de même pour mieux les protéger. À l'automne, les jeunes partent en quête d'un nouvel espace vital. Les femelles restent assez près, mais les mâles peuvent s'éloigner de plusieurs dizaines de kilomètres. Dans le Wisconsin (États-Unis), l'un d'eux est allé jusqu'à 394 km.

Les renards communiquent par les sons, les odeurs et les signaux visuels, qu'ils utilisent séparément ou en les associant. Les sécrétions odorantes avec lesquelles ils marquent leur territoire proviennent de leurs deux glandes anales (situées des deux côtés de l'anus), de leur glande violette, ou glande supra-caudale, et des glandes qu'ils possèdent entre les doigts des pattes antérieures. À l'odeur, un renard peut reconnaître le sexe, la position hiérarchique, et la localisation de celui qui a laissé sa marque. De plus, des émissions d'urine (quelques gouttes tous les 100 mètres pour marquer le domaine) et des fèces déposées bien en vue sur des emplacements surélevés constituent un marquage à la fois olfactif et visuel.

Quand deux renards se rencontrent, ils testent leurs positions hiérarchiques respectives en tournant en rond à la manière des chiens ou en se dressant sur leurs pattes arrière et en ouvrant la gueule. Les signaux visuels sont alors très importants. Le port de la tête, la position du cou et celle des oreilles traduisent la menace, la tolérance ou la soumission. Les marques colorées du pelage (extrémité de la queue, oreilles, ventre, tour de la bouche et des yeux) renforcent la signification des attitudes corporelles.

Communications sonores

Communications sonores



Les renards ont chacun une voix qui leur est propre et peuvent communiquer par, au moins, 46 sons différents pour avertir d'un danger, marquer leur territoire ou entrer en contact avec leurs congénères. La base de l'aboiement est un simple « wouwou ». Mais ces deux sons sont déclinés selon des intensités, des timbres et des rythmes différents. Outre l'aboiement, les chercheurs décrivent le jappement que le mâle en rut emploie pour maintenir ses rivaux à distance, le glapissement qui sert à la mère pour avertir ses petits de rentrer au terrier, le cri, le hurlement, le grognement, le gémissement, la plainte, le halètement, le hoquet, le crachement et le caquètement.

Un chasseur patient, rapide et habile

La base du régime alimentaire du renard est le lapin (lapin de garenne, sylvilagus en Amérique du Nord ou autre lagomorphe), comme le révèlent les analyses de contenus stomacaux d'animaux morts faites aussi bien en Scandinavie, en Écosse ou en France qu'à Gibraltar ou aux États-Unis. Les petits mammifères, surtout les petits rongeurs, représentent, en quantité et en fréquence, sa seconde source alimentaire, avec une nette prédilection pour les campagnols. Cette préférence est sans doute motivée par leur goût, mais aussi par leur valeur énergétique et la facilité de leur capture. Viennent ensuite les mulots. En revanche, les chercheurs russes ont observé que le renard ne mange des taupes qu'en dernier recours. L'Anglais Mac Donald et le Japonais Yoneda ont remarqué le même comportement vis-à-vis des musaraignes. La forte odeur émise par les glandes sudoripares de ces animaux semble agir comme un facteur répulsif vis-à-vis de leurs prédateurs.

Selon les occasions, d'autres aliments complètent ce régime : des oiseaux, comme les petits passereaux nichant au sol, des canards, des faisans ou des perdrix, des œufs, des insectes et des lombrics, ces vers de terre que les renards semblent fort apprécier. À la belle saison, l'éventail alimentaire s'élargit encore avec les larves d'insectes, les coléoptères, les sauterelles, les papillons, les fruits, les baies et même les céréales. Cassis, raisin, pomme, cynorhodons (baies d'églantier), myrtilles, mûres peuvent  suffire pour nourrir un renard. Les charognes sont souvent aussi une ressource importante. Dans les régions alpines et nordiques, où les hivers rudes entraînent une forte mortalité chez les ongulés, la dépouille d'un cerf, d'un élan ou d'un chamois peut assurer la subsistance d'un renard durant plusieurs semaines.

Quand le renard vit dans un pays où une de ses proies abonde, il adapte son régime en conséquence ; ainsi en Australie se nourrit-il beaucoup de kangourous roux. Il peut même inscrire des petits poissons à son menu ; en Camargue, par exemple, il avance dans les marais, de l'eau jusqu'à mi-corps, guettant les poissons proches de la surface.

En principe, de 300 à 600 g de nourriture suffisent à assurer la ration quotidienne d'un renard adulte. Une femelle qui allaite exige davantage : 700 g par jour. Si la nourriture abonde, le renard cache les proies qu'il apprécie le moins en prévision des temps plus rudes.

Affût et mulotage

Le renard est un chasseur nocturne qui emploie des méthodes différentes selon la nature des proies. Lorsqu'il s'agit de capturer de petits rongeurs, le renard mulote. À pas souples et légers, il s'avance silencieusement au milieu des herbes, attentif au moindre bruit. Lorsqu'il sent la proie proche, il bondit à un mètre du sol, le corps en extension, les pattes avant légèrement repliées vers le corps, la queue tendue. Puis il retombe avec une extraordinaire précision sur le rongeur. Si, plus rapide que lui, l'animal convoité disparaît sous terre, le renard creuse pour le rattraper. Le taux de réussite du mulotage dépend du talent du renard et de la promptitude de sa proie. Au pays de Galles, on a vu un renard capturer de la sorte 17 petits rongeurs en 45 minutes.

Le renard pratique aussi l'affût. C'est ainsi qu'il surprend les lapins qui sortent sans méfiance de leur terrier. Pour trouver des vers de terre, il sillonne de long en large les terrains propices quand les nuits sont douces et humides et que les vers ont tendance à sortir de leur trou. Explorant lentement chaque mètre carré, il plonge son museau dans l'herbe dès qu'il repère un lombric et le tire doucement après un temps de pause, comme le font les pêcheurs qui cherchent des appâts.

Lapins et campagnols : nourriture de base des renards

Lapins et campagnols : nourriture de base des renards



Les études menées dans différents pays et notamment en Suède par von Schantz montrent que les lapins constituent les trois quarts de la nourriture des renards de ce pays. Mais, si, par suite d'une épidémie de myxomatose (comme c'était le cas dans l'est de la France lors de l'étude d'Artois et de Stahl), les lapins de garenne sont rares, le renard se rabat sur les campagnols. Le terme de campagnol recouvre ici plusieurs genres : les Microtus, comme le campagnol des champs, sont les plus appréciés. Puis viennent les campagnols roussâtres du genre Clethrionomys et les rats taupiers du genre Arvicola. Des études sont faites au Canada, en Suède et en Pologne pour déterminer l'influence de la présence du renard sur les populations de lièvres.

Cinq semaines sans sortir du terrier

La reproduction chez le renard est une activité saisonnière directement influencée par la durée de l'éclairement journalier. Dès que les jours diminuent, la sécrétion d'hormones sexuelles s'accroît, stimulant l'activité testiculaire chez le mâle et ovarienne chez la femelle. La période de fécondité dure de 1 à 6 jours par an, pendant lesquels la renarde s'accouple à plusieurs reprises avec son partenaire. Dans le cas des groupes, rassemblant plusieurs femelles, le mâle ne féconde en général que la renarde dominante. Après une gestation de 51 à 53 jours environ, la renarde donne naissance à 3 à 12 renardeaux (en moyenne 5). Pour mettre bas, elle utilise un terrier souvent creusé par un blaireau, une marmotte, un lapin, un autre renard, ou même un trou préparé par un oiseau comme le tadorne de Belon. Dans son choix, elle tient compte de la richesse alimentaire du site, de la proximité de l'eau, de l'orientation (sud-ouest, sud, sud-est), de la facilité de surveillance des abords (terrains découverts, sous-bois clairs, lisières...). Si le terrier est suffisamment vaste, le renard peut cohabiter avec une autre espèce, comme le blaireau, chacun conservant ses distances.

Adultes en quelques mois

À la naissance, les renardeaux pèsent entre 85 et 125 g. Ils n'ouvrent les yeux qu'au bout d'une douzaine de jours et ne peuvent se tenir debout que plus tard encore. Leur mère les allaite et ne les quitte pas durant les deux premières semaines. C'est le mâle qui la nourrit. Au bout de ce laps de temps, les renardeaux percent leurs premières dents de lait, et, au lait maternel, se substitue une nourriture plus carnée sous forme de viande prédigérée que régurgite la femelle, puis de petites proies que les adultes déposent aux abords du terrier.

Lorsqu'ils sortent pour la première fois, à quatre ou cinq semaines, ils sont patauds et mal assurés. Leurs yeux sont encore gris-bleu, leur pelage laineux gris sombre.

Très joueurs, ils passent bientôt leur temps à courir, à escalader, à se mordiller, à explorer les environs du terrier. Si la renarde ne les surveille pas toujours de près, elle les avertit par un glapissement dès qu'elle pressent un danger. Avec le temps, les jeux s'organisent, le jeune renard devient plus réservé et scrute avec attention le monde qui l'entoure. Son pelage cède la place à une fourrure plus sèche, roux pâle, sa queue s'allonge et devient touffue. Sa dentition définitive se met en place entre la onzième et la vingt-cinquième semaine. En fin de croissance, il lui faut quelque 900 g de nourriture par jour. Aux proies que ses parents lui rapportent s'ajoutent maintenant les fruits de sa propre chasse. À l'automne, il sera autonome et quittera sa famille.

Le terrier

Le terrier



Utilisé pour l'élevage des petits, le terrier sert aussi d'abri en cas d'intempéries ou quand l'animal est pourchassé. Lorsqu'il construit lui-même son gîte, le renard se contente de creuser une galerie et une chambre. Mais, quand il s'installe dans un terrier déjà existant, il profite de tous les aménagements. Souvent dissimulée, l'entrée, ou « gueule », ne fait parfois que 25 à 30 cm de diamètre. Suit une galerie ramifiée d'une dizaine de mètres et débouchant par une étroite entrée sur les chambres, ou maires, de bonnes dimensions. Les acculs sont des galeries en cul-de-sac où le renard se tient quand il est pourchassé.

Pour tout savoir sur le renard roux

Renard roux (Vulpes vulpes)

Carnivore de la famille des canidés, le renard roux commun est le plus grand des 12 renards du genre Vulpes. C'est aussi le plus répandu. Sa silhouette est svelte, son crâne aplati, son museau pointu, ses oreilles triangulaires et sa queue touffue. L'aspect du mâle diffère peu de celui de la femelle.

Sa fourrure le fait paraître plus grand qu'il ne l'est en réalité, surtout en hiver, car elle est alors plus fournie. La coloration de son pelage, souvent rousse, d'où son nom, varie du jaune au brun selon les individus et les régions. La gorge, le dessous du corps et le bout de la queue sont blancs. Les extrémités des pattes et des oreilles sont marron foncé. Certains animaux possèdent un pelage beaucoup plus sombre : ainsi les renards charbonniers des régions nord-américaines, qui n'ont souvent aucune trace de blanc. Entre ces deux extrêmes, il existe un type intermédiaire, le renard croisé, qui se caractérise par des bandes noires le long du dos et en travers des épaules. Ces différences de coloration sont déterminées génétiquement, comme l'est la coloration des yeux chez les humains, les formes sombres pouvant être dues, selon l'Américain Robinson, à deux gènes récessifs différents, l'un dit « Alaska » et l'autre dit « standard ». Autre type de renard commun, le renard argenté a une fourrure noire sur laquelle se détachent de longs poils blancs.

Animal discret, éclectique, de mœurs crépusculaires ou nocturnes, excepté lors de la saison de reproduction, où les adultes se déplacent davantage le jour, le renard roux a un très large biotope, puisqu'on le trouve dans presque tout l'hémisphère Nord, aussi bien dans des paysages sauvages qu'au cœur de certaines villes. Sa limite sud naturelle se trouve au Soudan, mais il a été introduit en Australie au xixe siècle. Son alimentation très variée et opportuniste s'adapte à la diversité de son habitat. Dans les régions septentrionales, le renard roux exige plus de calories que le renard polaire et doit donc absorber une plus grande quantité de nourriture.

Dans ses déplacements, le renard est silencieux. Le plus souvent, il trottine pour arpenter son domaine. À cette vitesse de croisière, il peut parcourir, au besoin, jusqu'à dix kilomètres en une nuit. Son endurance lui permet de courir sur de longues distances s'il doit échapper à des poursuivants déterminés. Il dort fréquemment en plein air et recherche l'abri d'un terrier pour élever ses petits.

La vie sociale du renard roux est bien développée, les communications entre individus se faisant à partir de signaux sonores, visuels, tactiles et olfactifs. Comme le putois, le renard est un animal aux odeurs très fortes. Elles sont surtout émises par ses deux glandes anales qui sécrètent une substance de couleur jaune, composée d'acides gras, qui joue un rôle important pour le marquage du territoire. Une glande sébacée, appelée glande violette, située à la naissance de la queue dégage elle aussi, et en permanence, une forte odeur musquée. Sa fonction, mal connue (elle permettrait d'identifier chaque animal individuellement), joue sans doute un rôle à l'époque du rut.

Les sous-espèces du genre Vulpes sont très nombreuses : on en a répertorié, selon les auteurs, de 45 à 70 environ (63 selon l'Integrated Taxonomic Information System). Le pelage, mais aussi la taille de l'animal sont des critères qui interviennent dans la détermination de ces sous-espèces.

RENARD ROUX

RENARD ROUX

Nom (genre, espèce) :

Vulpes vulpes

Famille :

Canidés

Ordre :

Carnivores

Classe :

Mammifères

Identification :

Silhouette svelte, museau pointu et fin, oreilles dressées, queue touffue, pattes plutôt courtes. Mœurs nocturnes

Taille :

Longueur totale : 1,25 m dont queue : 45 cm environ ; hauteur au garrot : de 35 cm à 40 cm

Poids :

6/7 kg en moyenne ; jusqu'à 13 kg

Répartition :

Amérique du Nord ; Europe (sauf Islande et Crète) ; Afrique du Nord ; Moyen-Orient ; Asie Mineure, Asie centrale, Sibérie, Japon, Chine, nord de l'Inde et de l'Indochine ; Australie

Habitat :

Semi-déserts, côtes, forêts, champs, prairies, toundras, montagnes, villes

Régime alimentaire :

Omnivore

Structure sociale :

Familiale, en principe basée sur le couple. Mais un mâle peut aussi vivre avec plusieurs femelles

Maturité semelle :

Vers 10 mois

Saison de reproduction :

Varie en fonction de la latitude, plus précoce au sud qu'au nord. En Europe : janvier, février

Durée de gestation :

De 51 à 53 jours

Nombre de jeunes par portée :

5 en moyenne ; jusqu'à 12

Poids à la naissance :

De 85 à 125 g

Longévité :

9 ans à l'état sauvage ; de 3 à 4 ans en moyenne

Effectifs :

Inconnus

Remarques :

Sensible à la rage

 

Signes particuliers

Oreilles

L'ouïe est particulièrement développée chez le renard. Les oreilles sont triangulaires, bordées de chaque côté par une rangée de poils. Leur extrémité est plus sombre. Grâce à leur extrême mobilité, le renard localise parfaitement l'origine d'un son et apprécie, à un degré près, la direction d'un bruit dont la fréquence est comprise entre 700 et 3 000 Hz. Son odorat lui sert surtout au moment précis de la capture. Sa vue est peu affinée ; il identifie mal les formes immobiles.

Empreintes

Pourvu de 5 doigts aux pieds avant et de 4 aux pieds arrière, le renard laisse toujours une empreinte à quatre doigts. L'ensemble des traces mises bout à bout forment une voie étroite, rectiligne, surtout quand l'animal va au pas. 25 centimètres environ séparent alors chaque trace. Au trot, le pied arrière et le pied avant se retrouvent côte à côte. Les groupes de traces peuvent alors être espacés d'une cinquantaine de centimètres. Au galop, la voie se rassemble encore plus et les quatre pattes marquent au même endroit.

Queue

Longue de 45 cm en moyenne, soit les 2/3 du corps du renard, la queue forme un beau panache de poils ébouriffés, de même couleur que le pelage du corps, mais plus longs et bien répartis. Le pinceau terminal est blanc. La queue concourt au bon équilibre du renard lors de ses mouvements brusques : tendue dans le prolongement du corps, elle joue le rôle d'un balancier lorsqu'il bondit.

Les autres renards

La classification des renards est complexe et a déjà été modifiée plusieurs fois. Actuellement, il est admis que les « vrais renards » appartiennent au genre Vulpes, qui comprend douze espèces, dont le renard roux. La classification présentée ci-dessous tient compte du travail des systématiciens Clutton-Brock, Corbet et Hills qui, en 1976, ont inclus dans le genre Vulpes le renard gris d'Amérique et le fennec, auparavant considérés comme deux genres à part et de celui de Wilson et Reeder (1993) qui ont requalifié notamment le genre sud-américain. À côté des renards du genre Vulpes figurent des « cousins », le renard polaire du genre Alopex, l'Otocyion, qui ne se rencontre qu'en Afrique, et les renards d'Amérique du Sud, des genres Atelocynus et Pseudalopex (anciennement Dusicyon). Dotés d'une morphologie intermédiaire entre Vulpes et Canis, ces derniers seraient issus de canidés primitifs passés d'Amérique du Nord en Amérique du Sud à la fin du tertiaire. Plus évolués, ils auraient conquis le territoire de la plupart des marsupiaux carnivores en les éliminant et en prenant leur place.

Les « vrais renards »

Fennec (Vulpes zerda)

Le plus petit des renards, 1,5 kg pour 50 cm. Immenses oreilles caractéristiques (jusqu'à 15 cm). Pupilles rondes. Pelage long et laineux, de couleur crème, avec des rayures brunes sur la face. Queue touffue rousse avec le bout noir.

Animal nocturne, qui vit en groupes d'une dizaine d'individus dans des terriers creusés dans le sable. Des poils sous les pattes lui permettent d'avancer sur les dunes sans s'enfoncer. Il peut se passer d'eau pendant de nombreux jours mais boit abondamment dès que possible.

Habitat : déserts sablonneux d'Afrique du Nord, d'Arabie et du Sinaï.

Alimentation : insectes, rongeurs, lézards.

Statut : espèce insuffisamment connue, probablement en déclin, inscrite à l'annexe II de  la Convention de Washington

Renard famélique ou renard de Rüppell (Vulpes rüpelli)

Ressemble à un grand fennec : 3 kg pour 80 à 90 cm. Pelage clair, queue longue avec une extrémité blanche.

Vit en groupes de 3 à 5 individus.

Habitat : déserts pierreux d'Afrique du Nord, du Moyen-Orient, d'Iran et d'Afghanistan.

Alimentation : surtout des insectes.

Renard pâle (Vulpes pallida)

Poids : environ 3 kg. Oreilles petites et arrondies, blanches à l'intérieur. Pelage fauve pâle, queue teintée de noir. Vit en groupes familiaux avec un comportement grégaire. Creuse de très longues galeries.

Habitat : zones sahéliennes d'Afrique depuis les côtes ouest jusqu'au Soudan.  Ce renard est l'une des espèces les moins bien connues.

Renard du Cap (Vulpes chama)

Petit avec de grandes oreilles pointues et un museau court. Pelage argenté. Animal nocturne et très prudent, il vit seul ou en couple.

Habitat : Afrique australe.

Alimentation : omnivore.

Renard des steppes ou corsac (Vulpes corsac)

Taille moyenne. Pelage doux et fin, gris-roux clair à brun argenté. Grimpe aux arbres.

Habitat : steppes et régions semi-désertiques ; également prairies et forêts tempérées ; Asie centrale, Sibérie occidentale, Mandchourie, Caucase, Mongolie,  jusqu'au plateau tibétain.

Peut nomadiser et migrer vers le sud lorsque la neige est trop épaisse. Très sociable (plusieurs congénères partagent un même terrier).

Alimentation : omnivore.

Statut : espèce très recherchée pour sa fourrure ; protégé dans des parcs nationaux en Chine, en Russie, au Turkménistan, en Ouzbékistan et en Mongolie. La population peut brutalement fluctuer selon les événements climatiques..

Renard du Tibet (Vulpes ferrilata)

Taille moyenne. Pelage gris pâle ou couleur sable. Fait son terrier dans les rochers.

Habitat : hauts plateaux jusqu'à 4 000 m d'altitude ; Tibet, Népal et centre de la Chine.

Alimentation : rongeurs, oiseaux, lapins.

Renard de Blanford (Vulpes cana)

Petit : moins de 50 cm de long, sans la queue. Fourrure noire très douce ; queue très touffue grise et blanche.

Habitat : steppes montagneuses ; Iran, Pakistan et Afghanistan ; Égypte (Sinaï), Israël, Jordanie, Péninsule arabique.

Alimentation : beaucoup de fruits.

Statut : espèce vulnérable, inscrite à l'annexe II de la Convention de Washington.

Renard du Bengale (Vulpes bengalensis)

Petit : moins de 3 kg. Pelage gris jaunâtre à gris argenté.

Habitat : milieux ouverts ; Pakistan, Inde, Bangladesh et Népal.

Alimentation : petits vertébrés, insectes et fruits.

Renard véloce (Vulpes velox)

Moins de 3 kg. Corps svelte et allongé. Pelage gris, bas du corps plus clair. Animal nocturne.

Habitat : prairies à herbe rase ; États-Unis, du sud de l'Alaska et du nord du Dakota jusqu'au nord du Texas.

Alimentation : lapins, petits rongeurs, lézards, oiseaux, insectes.

Statut :  population plus ou moins stable et vulnérable selon les États. Réintroduit dans le Dakota du sud et au Canada.

Renard à grandes oreilles ou kit-fox (Vulpes macrotis)

Très semblable au renard véloce ; oreilles plus grandes, queue plus longue, museau plus pointu. Animal nocturne.

Habitat : steppes et déserts ; sud-ouest des États-Unis et nord-ouest du Mexique.

Alimentation : rats-kangourous et lapins.

Statut : en régression.

Renard gris d'Amérique (Vulpes cinereoargenteus)

Parfois appelé renard des arbres.

Plus petit que le renard roux : 6 kg. Pelage gris. Animal crépusculaire et nocturne, bon grimpeur.

Habitat : lisières de forêts d'Amérique du Nord ;  régions montagneuses du nord de l'Amérique du Sud.

Alimentation : omnivore.

Une espèce insulaire : Vulpes littoralis dans les îles au large de la Californie.

Les autres genres de renards

Renard polaire ou isatis (Alopex lagopus)

Plus petit que le renard roux. Courtes oreilles arrondies, longs poils entre les coussinets des pattes. Pelage très épais : blanc l'hiver, marron clair l'été chez les renards blancs ; gris, bleu foncé ou noir chez les renards bleus.

Vit en bandes. Très endurant, il supporte le grand froid.

Répartition : circumboréale. Canada, Finlande, Groenland, Islande, Suède, Fédération de Russie, Alaska.

Alimentation : souffre du manque de nourriture en hiver : carcasses laissées par les ours blancs ; lemmings et oiseaux marins au printemps.

Otocyon (Otocyon megalotis)

Se distingue par sa dentition adaptée à la mastication des insectes chitineux. Pelage fauve argenté. Oreilles ovales très développées (jusqu'à 12 cm).

Animal nocturne. Vit en groupe de quelques individus ou en couple.

Habitat : savanes et grandes plaines ; sud et est de l'Afrique.

Alimentation : insectes (termites, coléoptères...), scorpions, oisillons ou petits reptiles.

Renard crabier (Cerdocyon thous)

Le plus proche des « vrais renards ». Pelage gris, noir au milieu du dos.

Habitat : régions boisées et savanes ; Colombie, Venezuela, sud du Brésil, Guyane, Bolivie, Paraguay, Uruguay et Argentine.

Statut : inscrit à l'annexe II de la Convention de Washington

Renard à petites oreilles (Atelocynus microtis)

Très petites oreilles arrondies. Pelage court et sombre.

Habitat : forêts tropicales d'Amazonie.

Statut : espèce très menacée au Brésil et en Colombie.

Renard du Brésil (Pseudalopex vetulus)

Museau court et petites dents. Pelage court, gris avec certaines parties plus jaunes.

Habitat : savanes et collines herbeuses du Brésil.

Culpeau (Pseudalopex culpæus)

Ressemble à un petit coyote, mais la dentition est celle d'un renard. Pelage fourni, sous-poil développé, gris avec des nuances brun-ocre. Animal nocturne.

Habitat : Andes, régions sèches et zones montagneuses (plus de 4 500 m) jusqu'à la Terre de feu. Argentine, Bolivie, Chili, Équateur, Pérou.

Alimentation : omnivore.

Statut : espèce protégée en Argentine et inscrite à l'annexe II de la Convention de Washington.

Renard gris d'Amérique du Sud (Pseudalopex griseus)

Semblable à l'espèce précédente mais plus petit. Pelage gris pâle moucheté.

Habitat : plaines et montagnes des deux côtés argentin et chilien des Andes jusqu'à la Terre de Feu mais à des altitudes moindres que le renard des Andes.

Renard de la pampa (Pseudalopex gymnocercus)

Semblable aux deux espèces précédentes. Pelage poivre et sel.

Habitat : plaines steppiques, collines et forêts claires ; Cône sud de l'Amérique latine : du Brésil au Rio Negro (Argentine), de la Bolivie orientale, au Paraguay occidental (Chaco) jusqu'à la côte atlantique argentine.

Statut : inscrit à l'annexe II de la Convention de Washington. Population stable.

Renard du désert austral (Pseudalopex sechuræ)

Ressemble aux trois espèces précédentes en plus petit. 4,5 kg pour 55 cm.

Habitat : déserts sablonneux ; sud de l'Équateur et nord du Pérou.

Une autre espèce, le loup des Falklands (Dusicyon australis), fut exterminée dans les années 1870.

Milieu naturel et écologie

Du fait de sa très grande capacité d'adaptation, le renard roux n'a pas d'habitat spécifique : on le trouve aussi bien en montagne, sur le littoral ou en forêt que dans des milieux plus ouverts comme les plaines ou les champs cultivés, ou encore la toundra ou les déserts pierreux. Il semble néanmoins avoir une préférence pour les milieux mixtes, c'est-à-dire ceux où il peut trouver à la fois de l'eau pour boire, de la végétation pour se cacher et des espaces découverts pour chasser. Toutes les zones intermédiaires lui conviennent à merveille : lisières de forêts, haies, bosquets, landes. Au Canada, par exemple, il affectionne les champs de pommes de terre, les forêts de feuillus et les bords des cours d'eau.

Son aire de répartition recouvre, dans plusieurs régions du monde, celles d'autres renards. C'est le cas en Amérique du Nord avec le renard véloce et le renard gris d'Amérique ; en Afrique du Nord avec le fennec ; au Moyen-Orient et en Asie Mineure avec le renard famélique ; en Inde avec le renard du Bengale ; en Asie avec le renard de Blanford ; au nord de l'Amérique, de l'Europe et de l'Asie avec le renard polaire. Mais, généralement, le renard roux n'entre pas directement en compétition avec ces autres espèces, souvent hautement spécialisées. Alors que le fennec subsiste dans les régions les plus arides en tirant parti du moindre insecte et en se passant de boire pendant plusieurs jours, le renard roux est obligé de rester en bordure des zones désertiques. Alors que le renard polaire supporte facilement des températures de – 50 °C sans modification de son métabolisme, le renard roux doit, pour résister au froid, adapter son alimentation pour en augmenter l'apport énergétique dès que la température baisse au-dessous de 13 °C. Les différences de résistance et de régime alimentaire assurent à chaque espèce une niche écologique différente, ce qui limite la compétition alimentaire. De toute façon, dès que les conditions deviennent trop difficiles ou la concurrence trop forte, le renard roux a tendance à ne pas s'obstiner vainement et à aller chercher sa subsistance ailleurs.

Amateur de proies faciles

Se nourrissant de façon très diverse selon le milieu ou la saison, le renard a un impact très difficile à apprécier sur les populations d'animaux dont il fait ses proies. Dans le cas du renard polaire, on a pu constater une corrélation entre le pullulement de lemmings (environ tous les quatre ans) et l'accroissement des populations de renards : leur rôle de régulateur est ici manifeste. En adaptant son régime à l'abondance momentanée d'une proie (lapins, campagnols ou autres rongeurs), le renard roux contribue à la régulation des populations. Mais dans quelle proportion ? Des études faites au Japon, aux États-Unis et en Pologne, notamment, n'ont pas permis de l'établir. S'attaquant en priorité aux animaux malades ou blessés, il a également un rôle d'assainissement dans les populations. Il en est ainsi notamment pour les lapins atteints par la myxomatose. Il peut aussi, dans certains cas précis, créer un déséquilibre, quand il capture des proies faciles comme les femelles d'oiseaux marins nichant au sol ou en colonies (puffins, mouettes, goélands...) ou les femelles nicheuses de canards colverts. Il peut s'ensuivre une disparité des effectifs de femelles par rapport aux mâles ou une interruption de la reproduction. Chaque espèce se défend comme elle peut : les mouettes quittent leur site de reproduction pour aller nicher sur des falaises escarpées ou des îlots inaccessibles ; les goélands attaquent l'intrus ; les canards colverts, plus rusés, « font le mort » dès l'instant de la capture. Croyant l'animal défunt, le renard ne cherche pas à l'achever. Le canard l'éloigne ainsi de sa nichée, puis s'échappe au cours du transport. Mais, si, dans certaines zones humides des États-Unis, le renard décime des populations de canards, c'est aussi qu'il occupe des espaces autrefois réservés au coyote et au loup qui, eux, ne touchaient pas aux colverts.

Victime de la rage

Bien que la longévité du renard soit d'une douzaine d'années, il atteint rarement cet âge dans la nature : son espérance de vie n'est que de 3 à 4 ans. Pourtant, ses ennemis naturels, le loup, le lynx et l'aigle, ont presque tous disparu. Mais il reste l'homme et son goût pour les fourrures. La raréfaction de la nourriture durant les périodes de froid extrême ou d'enneigement important est également une cause de mortalité. Des maladies virales ou parasitaires (gale, leishmaniose...) peuvent aussi entraîner la mort d'un renard.

Mais c'est la rage qui arrive en première position. Trois semaines après avoir été contaminé, l'animal succombe. Au début de son extension, cette maladie décima de 50 % à 80 % des renards (surtout les plus âgés) des régions touchées. Mais la fécondité du renard est telle qu'on a pu constater un renouvellement complet des populations en quatre ans.

Maladie infectieuse extrêmement contagieuse et transmissible à l'homme, la rage a toujours une issue mortelle pour le renard. L'agent responsable est un virus qui se fixe sur l'A.R.N. (acide ribonucléique) des cellules et se transmet par la salive lors de la morsure d'un individu sain par un individu infecté. Touchant les nerfs, le virus gagne le cerveau et, de là, se répand dans les glandes salivaires. Souffrant d'atteintes graves du système nerveux, le renard contaminé a un comportement qui se modifie dans les jours qui précèdent la mort. L'animal perd alors toute méfiance et cherche désespérément à mordre les animaux ou les hommes qu'il rencontre, transmettant ainsi la maladie. Certains individus manifestent également des signes de paralysie et de prostration.

Découvert par Pasteur en 1885, le vaccin antirabique a permis de sauver un grand nombre de vies humaines. On le pratique préventivement, ou juste après une morsure dès qu'on soupçonne une contamination. C'est aujourd'hui encore le seul moyen d'enrayer la maladie.

L'importante progression de la rage vulpine en Europe a débuté à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Constatée en Pologne, puis en République fédérale d'Allemagne en 1955, en Belgique en 1966, en France en 1968, puis en Italie, la rage a progressé vers l'ouest et le sud au rythme d'une trentaine de kilomètres par an. Le dernier cas de rage du renard en France a été diagnostiqué en Moselle en 1998. Bien que l'éradication de la rage du renard en France ait été prononcée le 30 avril 2001, les territoires restent sous surveillance en raison de l'existence de certains foyers infectieux. Différents herbivores et carnivores sont sensibles à la rage. Le chien domestique notamment, ce qui rend sa vaccination obligatoire dans les régions touchées par la maladie. Mais, en raison de son extrême sensibilité au virus, le renard est considéré comme le principal vecteur de cette maladie. À ce titre, il fait l'objet d'une destruction acharnée : 180 000 renards ont ainsi été tués chaque année en Allemagne. Mais il existe désormais une méthode de vaccination orale, par l'intermédiaire d'appâts, qui donne des résultats  probants là où elle a été expérimentée, c'est-à-dire au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Le renard roux et l'homme

Un héros de légende qui a mauvaise réputation

Toujours rusé, souvent voleur de poulaillers, le renard déclenche depuis longtemps l'hostilité de l'homme. Sa fourrure a excité bien des convoitises et ses exploits en ont fait tantôt un personnage de contes et de légendes, tantôt une figure à vénérer pour son incroyable vitalité.

Symbole de ruse dans la littérature

Dès le vie siècle avant notre ère, le renard fait son entrée dans la littérature. Il est l'acteur principal de nombreuses fables d'Ésope. Ces courts récits, où l'auteur grec met en scène des animaux pour illustrer des traits du caractère humain, sont alors très populaires. L'idée est reprise par Phèdre, fabuliste latin, puis, aux xiie-xiiie siècles, dans le Roman de Renart, œuvre anonyme composée de vingt-sept récits en octosyllabes. Renart y incarne un fourbe goupil en lutte contre son oncle Isengrin, le loup, personnage brutal et sot. Tout au long du roman, Renart démontre, par sa ruse, son habileté à manœuvrer Isengrin. Mais il devra finalement s'incliner en raison de l'infériorité de sa force physique. Initialement simple divertissement, cette parodie de la société médiévale illustre les rapports sociaux des hommes de cette époque. C'est à ce moment que le nom commun de l'animal est devenu « renart » par dérivation des mots germains reinhart et reginhart. Auparavant, le nom utilisé était « goupil » qui dérivait du bas latin vulpiculus, lui-même issu du latin vulpes.

Au fil des siècles, le succès du Roman de Renart ne s'est pas démenti et des auteurs ont continué à s'en inspirer ; Goethe en 1793 avec Renart le goupil et, plus proche de nous, Maurice Genevoix avec le Roman de Renard en 1958. Le renard apparaît aussi dans de nombreux contes et comptines, dans des chansons populaires d'Écosse, en des termes plus naturalistes dans l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien et dans les fables de La Fontaine, elles aussi inspirées d'Ésope.

La réputation de ruse du renard est même passée dans le langage courant : ne parle-t-on pas de « fin renard » ?

Plaisir de chasse

Le fox-hunting, ou chasse à courre au renard, est très prisé en Angleterre et en Irlande depuis le xviiie siècle. À tel point que les colons britanniques qui émigrèrent en Australie, au xixe siècle, emmenèrent avec eux des renards pour continuer à pratiquer leur passe-temps favori. Introduit en 1868 dans le sud-est de l'Australie, le renard roux occupe aujourd'hui, souvent au détriment de la faune indigène, la majeure partie du pays à l'exception du Nord. Toujours pour le plaisir de la chasse, les Britanniques ont implanté le renard roux dans d'autres régions du monde, notamment en Amérique du Nord, où l'espèce locale n'existait pas en quantité suffisante à leur goût.

Pratiqué avec une meute de chiens et sans arme à feu, le fox-hunting est une chasse sportive qui permet aux cavaliers de battre la campagne en poursuivant l'animal. Les chiens sélectionnés pour cette chasse sont le fox-hound et le harrier. En 2005, la Chambre des Communes a finalement interdit cette vénerie encore pratiquée en Angleterre et au Pays de Galles. Mais elle existe toujours en France, où l'on compte une soixantaine d'équipages spécialisés. Les meutes comportent dix chiens spécialement entraînés et souvent issus d'un croisement entre harriers et chiens courants français.

Les autres types de chasse au renard sont la chasse sous terre, ou déterrage, et la chasse à tir aux chiens courants. Très ancienne, la chasse sous terre consiste à introduire des petits chiens dans un terrier pour savoir s'il est occupé par un renard. Une fois l'animal repéré, les hommes creusent pour l'attraper. La race des fox-terriers a été créée spécialement pour cette chasse.

Le renard en Asie

Le renard en Asie



Le renard fait partie de la culture japonaise. Le cinéaste A. Kurosawa l'a porté à l'écran en 1990 dans un de ses Rêves. Pour les Japonais, le renard est aussi un symbole de fertilité. C'est le compagnon d'Irani, divinité shintoïste de l'Abondance. Des statues de renards, à l'entrée de ses temples, tiennent dans leur gueule, les uns la clef du grenier à riz, les autres une sphère, allégorie de la nourriture. Et de nombreux commerçants et hommes d'affaires ont chez eux un petit autel consacré au renard afin que celui-ci les protège et fasse fructifier leurs activités.

Selon les croyances, le renard passe pour être le détenteur de l'élixir de vie ou posséder des pouvoirs démoniaques.

Des fermes d'élevage

La beauté de son pelage a porté tort au renard. L'homme s'est souvent emparé de sa peau pour s'en vêtir. Longtemps, les fourrures provinrent uniquement d'animaux sauvages capturés par les trappeurs. Le premier élevage débuta  au xixe siècle au Canada. Confrontés à la difficulté de trouver des peaux de renards argentés, deux trappeurs eurent l'idée de mélanger dans un même enclos des renards noirs et des renards croisés. Le résultat dépassa toutes les espérances : les premières peaux d'animaux de captivité se vendirent plus de 1 000 dollars pièce, somme qui n'a jamais été atteinte depuis.

Le succès commercial assuré, les fermes d'élevage se multiplièrent en Amérique du Nord et dans le nord de l'Europe. La prospérité était telle qu'une ferme employait 400 personnes en permanence.

À la reproduction des renards argentés s'ajouta bientôt la sélection génétique pour améliorer la longueur des poils et pour créer des couleurs n'existant pas dans la nature : le blanc, le platine, le tacheté, ou même des variétés angoras.

Aujourd'hui, les fourreurs travaillent encore des peaux d'animaux sauvages, mais les élevages sont nombreux, situés surtout dans les pays nordiques.

Le renard argenté, qui provient toujours d'élevage, est brun-bleu ou noir avec des pointes blanches. Les animaux issus des élevages russes sont les plus chers. Le renard bleu est élevé en Pologne et dans les pays scandinaves. Sa peau fixe bien les couleurs. Le renard croisé possède entre les pattes avant une fourrure moins longue que sur le reste du corps et de couleur différente. Le renard gris, ou renard de Virginie, est argenté sur fond jaune ou roux. Le renard polaire, au poil très fourni, est complètement blanc en hiver. Le renard roux, de couleur rouge feu, est très apprécié des fourreurs. Les plus belles peaux viennent du Kamtchatka. Le renard saga provient toujours d'élevages finlandais (le nom de « saga » est un label de qualité). Le renard shadow est presque blanc avec de longs poils au centre du dos.

La confection d'un manteau exige de 7 à 14 peaux, celle d'une veste, de 4 à 8. Mais les peaux sont aussi utilisées pour la confection de garnitures.

Le marché de la fourrure de renard évolue sans cesse. Il est fonction des modes, des conditions économiques et des quantités de peaux disponibles. Après une période faste pendant l'entre-deux-guerres, le marché déclina à partir de 1945. Une peau de renard qui se vendait 240 dollars environ vers 1920 n'atteignait plus que 17 dollars dans les années 70. Les années 80 virent s'accentuer ce mouvement. Les campagnes organisées en faveur de la protection des animaux se firent de plus en plus nombreuses. La Fédération française de la fourrure est membre de l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) depuis 1985 et reconnaît l'interdiction du commerce des espèces menacées de disparition (Convention de Washington) tandis que les fermes sont soumises aux législations nationales et internationales dont la Convention européenne sur la protection des animaux dans les élevages de 1978 ainsi que la  recommandation sur les animaux à fourrure adoptée en 1999. .

L'observation des renards est difficile à réaliser

Pour mieux connaître les mœurs du renard, des chercheurs ont suivi ses empreintes laissées dans la neige ou sur la terre. La méthode a fait ses preuves, mais elle reste limitée. Une autre technique consiste à disposer des appâts renfermant un marquage coloré : brins de laine ou petits morceaux de plastique, par exemple, placés au milieu de morceaux de viande. On reconnaît ensuite les excréments aux marqueurs colorés, qui ne sont pas digestibles. C'est une bonne manière d'étudier les territoires, leurs limites, leurs formes. Le radiopistage est le mode de filature le plus perfectionné, mais il suppose de capturer au préalable les renards que l'on veut étudier pour placer sur eux un dispositif émetteur permanent (alimenté par batterie). Cette méthode est utilisée, notamment, pour préciser la façon dont le renard recherche ses proies ou pour mesurer l'importance de ses déplacements. Reste l'observation directe ; l'affût au terrier durant la saison de reproduction permet de très intéressantes observations sans perturber l'animal.

Renards des champs et renards des villes

Des renards en plein centre de Londres, dans le métro ! Ce n'est pas le thème d'un film de science-fiction, mais la réalité. Les plus grandes agglomérations de la planète comptent à leurs portes des populations de renards : Londres, New York, Paris, Toronto, Amsterdam... On en rencontre en France dans la plupart des grandes villes et des villes moyennes.

La présence de renards roux dans le paysage urbain a été constatée pour la première fois en Angleterre avant la Seconde Guerre mondiale. Puis on s'est aperçu que d'autres grandes villes, comme Berlin ou Hambourg, en hébergeaient elles aussi. Mais c'est à Londres, au début des années 70, que le phénomène a pris véritablement son ampleur lorsqu'on découvrit des renards à Trafalgar Square.

Sa capacité de colonisation et son opportunisme ont conduit le renard roux à vivre de plus en plus près des hommes. De rural, l'animal est devenu urbain par nécessité. La progression de l'urbanisation ayant entraîné un afflux d'êtres humains dans des espaces jusque-là occupés par des renards et d'autres animaux, il leur fallut s'adapter ou disparaître. Le renard a choisi la première solution, et l'homme l'a un peu aidé en mettant involontairement à sa disposition les décharges, sources de nourriture faciles d'accès.

Le renard urbain habite le plus souvent les espaces délaissés par les hommes, comme les terrains vagues, les friches. Ses origines campagnardes lui font préférer les cités verdoyantes, faiblement urbanisées, au sein desquelles il bénéficie d'une certaine tranquillité. Souvent, il loge dans un parc public, un campus universitaire, un cimetière, un jardin de banlieue. Mais il peut aussi aménager son terrier dans le sous-sol d'une habitation. Les zones favorables à l'installation des populations de renards étant plus réduites en ville qu'ailleurs, l'animal doit s'accommoder d'un territoire plus petit que dans la campagne. Son régime alimentaire dépend des opportunités ; il exploite les ordures ménagères, mais consomme également des oiseaux, des vers, des rongeurs, des fruits. Les jeunes sont souvent victimes d'accidents de la circulation.

La destruction systématique des renards

Parce que le renard vole parfois ses volailles ou s'attaque au même gibier que lui, l'homme l'a souvent considéré comme un rival et il s'est efforcé de limiter ses effectifs sinon de le faire disparaître. Depuis l'apparition de la rage et son extension, la destruction des renards s'est amplifiée et organisée. Des battues dites « administratives » se pratiquent en France en dehors de la période d'ouverture de la chasse. Elles doivent être autorisées par la Direction départementale de l'agriculture, qui est ensuite informée du nombre de renards abattus. Un lieutenant de louveterie, nommé par le préfet, dirige les opérations. Chargé de la destruction des loups depuis Charlemagne (799), il est assermenté et dispose d'une meute personnelle.

Les autres moyens fréquemment employés pour détruire les renards sont le piégeage, l'empoisonnement, le gazage et le tir de nuit. Parmi les nombreux types de pièges existants, les boîtes qui se referment sur l'animal venu attraper l'appât ont pour avantage de permettre la capture d'animaux vivants. L'inconvénient est que d'autres animaux risquent de s'y faire prendre. Les collets et les lacets forment une sorte de nœud coulant métallique qui se resserre sur la patte ou sur le cou de l'animal lors de son passage.

Les pièges à mâchoires sont des pièges métalliques disposés au sol à proximité d'un appât. Attiré par celui-ci, le renard s'approche et les mâchoires se referment sur sa tête, son cou, son corps ou un de ses membres. Ce piégeage est particulièrement cruel, car il occasionne d'importantes blessures.

L'empoisonnement se pratique en plaçant des substances toxiques dans des charniers où l'animal est susceptible de s'alimenter. Cette méthode n'est pas sélective et provoque une mort lente. Le gazage consiste à enfumer le terrier avec un gaz asphyxiant après en avoir obstrué toutes les issues. Il est utilisé lors de la saison de reproduction. Ce procédé entraîne la mort d'autres espèces, comme le blaireau. Le tir de nuit se pratique en Australie et en Europe. Le renard, repéré à l'aide d'un faisceau lumineux, est abattu avec une carabine à lunette. Cette méthode exige de bons tireurs mais n'est pas traumatisante pour l'animal.