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chamois

Chamois
Chamois

D'origine asiatique par ses ancêtres, le chamois a laissé des fossiles dans presque toute l'Europe. Ce n'est qu'après la dernière glaciation que ces « chèvres des montagnes », aux cornes crochues et au poil clair marqué d'une raie brune sur l'échine, se cantonnèrent dans les régions élevées où on les rencontre encore aujourd'hui, escaladant avec agilité les rochers.

Introduction

Bien qu'appartenant à la famille des bovidés, le chamois est plus proche de la chèvre que du mouton ou que de la vache. On classe ce petit ruminant, qui se plaît sur les pentes abruptes des montagnes, dans la sous-famille des caprinés et dans le genre Rupicapra (de rupes, « rocher » et de capra, « chèvre »). On sait peu de choses sur les origines du chamois. En Eurasie, les plus anciens bovidés remontent au miocène inférieur, l'Eotragus étant le premier d'entre eux à posséder des cornes. À mesure qu'ils colonisaient tous les milieux, des toundras arctiques aux forêts tropicales, ces bovidés se sont différenciés en sous-familles, dont les caprinés, apparus à l'ère tertiaire.

L'un des représentants des caprinés, l'Oioceros de Chine, du Kenya et des Balkans , était de la même taille que le goral d'aujourd'hui, possédait des cornes spiralées et se plaisait dans les terrains accidentés. On admet généralement que les rupicaprini correspondent aux formes ancestrales des caprini, autre tribu des caprinés qui comprend les chèvres, les mouflons, le thar et le bharal. Rupicaprini et caprini commencèrent à évoluer séparément pendant le miocène.

D'origine asiatique, les ancêtres du chamois auraient peu à peu colonisé, les hautes montagnes d'Europe. Parmi ces rupicaprini, on connaît Procamptoceras brivatense, chamois ressemblant à une chèvre. Mais l'évolution du genre Rupicapra reste un mystère car les ossements les plus anciens qu'on ait retrouvés datent seulement de la fin du pléistocène en Europe, c'est-à-dire il y a 30 000 à 40 000 ans. C'est alors que le déplacement des glaciers du nord de l'Europe et des Alpes obligea les chamois à fuir les sommets pour gagner des territoires moins élevés, les zones de moyenne et de basse altitudes, au climat moins rude. Cela explique qu'on ait retrouvé des fossiles de chamois dans presque tous les pays d'Europe, notamment en France, dans les départements voisins des Alpes, des Vosges, du Massif central et des Pyrénées, où il porte aujourd'hui le nom d'isard.

Ce n'est qu'après la dernière glaciation – celle de Würm –, plusieurs milliers d'années après, que les chamois colonisèrent à nouveau les forêts et les rochers des régions plus élevées où ils sont restés jusqu'à ce jour.

La vie du chamois

Regroupés en hardes, ils escaladent la montagne

Le chamois, particulièrement celui des Pyrénées (l'isard), est un animal grégaire qui vit en hardes. Une harde se compose de chèvres et de chevreaux de moins de 1 an, de quelques jeunes de plus de 1 an, appelés « éterles » (les femelles) et « éterlous » (les mâles), et de 1 ou 2 mâles adultes.

En fait, la taille et la composition de la harde se modifient sans cesse, singulièrement, d'une saison à l'autre : au printemps et en été, elle compte parfois moins de 4 animaux, en automne et au début de l'hiver, au moment du rut, elle peut en rassembler jusqu'à 60 et plus.

À partir de 5 ans, notamment en été, les boucs se plaisent sur les sommets, dans des zones abruptes peu accessibles. Ils ne rejoignent les femelles qu'à la saison des amours.

Tandis que les vieux mâles s'isolent en basse altitude, les femelles stériles continuent généralement à faire partie d'une harde. Il arrive aussi qu'elles dirigent un groupe d'éterlous.

Seuls la chèvre et son chevreau sont très proches l'un de l'autre au sein de la harde, les autres membres n'entretenant pas de relations étroites individuellement. En général, les chamois les plus âgés dominent les plus jeunes et les femelles suitées celles qui ne le sont pas. Le petit d'une femelle dominante a toutes les chances de devenir lui-même dominant. Mais aucun individu en particulier n'est tenu d'assurer la surveillance du groupe, cette tâche incombant à chacun.

Une adresse remarquable pour gravir les pentes

Si la densité moyenne est de 4 à 8 chamois pour 100 hectares, elle peut se réduire à un seul chamois ou atteindre une vingtaine d'animaux selon les régions.

Le domaine vital comprend généralement une zone d'estive située en altitude et une zone forestière moins élevée, où la harde se réfugie en hiver.

Le groupe de chamois se déplace verticalement sur un même versant, dans un sens ou dans l'autre, suivant les saisons. En principe, il est conduit par une chèvre assez âgée, suivie de son chevreau. Les petits sont acceptés dans le groupe, tandis que les mâles se tiennent à l'arrière ou à distance.

En terrain plat, les chamois ont parfois l'air malhabile. Mais quel plaisir de les voir gravir l'un derrière l'autre une pente escarpée ou franchir d'un bond une crevasse. De temps en temps, au passage d'une harde en fuite, de petits rochers se détachent sous le poids d'un chamois. Mais, sans perdre l'équilibre, celui-ci a déjà bondi. Le suivant, rapide, évite l'éboulis. Seule la glace les prend parfois au dépourvu, occasionnant leur chute et, plus rarement, le déclenchement d'une avalanche dans laquelle certains périssent.

Des empreintes caractéristiques

Des empreintes caractéristiques



Les sabots du chamois, du fait de leurs bords tranchants, impriment des marques très nettes. Ces bords sont à peu près parallèles, avec une extrémité étroite et pointue qui correspond à la pince du sabot. Les empreintes des pattes antérieures sont encore plus marquées et légèrement resserrées en leur milieu ; celles des pattes postérieures sont plus ovales. Chacune mesure environ 6 cm de long et 3,5 cm de large.

Sauve qui peut !

En cas d'alerte, les chamois s'enfuient tous en bondissant. Mais, si un seul détecte un bruit ou une présence insolite, il se tient la tête haute, poils de la croupe hérissés, et lance un sifflement d'alarme. Parfois il piaffe et esquisse un mouvement de fuite. Dès qu'il détale, le troupeau entier en fait autant pour se cacher dans la forêt ou derrière un rocher. Quand les chamois se sont suffisamment éloignés, ils se perchent de nouveau sur un surplomb pour tâcher de repérer l'ennemi, avant de disparaître à l'horizon.

Une préférence marquée pour les herbes tendres nappées de rosée

Le régime alimentaire du chamois est strictement herbivore. Mais son menu varie, en fonction de la végétation disponible, d'une saison, d'une année ou même d'un individu à l'autre. Quand il le peut, ses choix se portent sur les herbacées, de préférence, les graminées et les légumineuses. Selon R. Pflieger, il évite soigneusement les herbes plus grossières, comme le carex, et les plantes aromatiques, comme la menthe.

Il n'arrache pas la végétation, mais la saisit délicatement entre ses lèvres, contrairement au mouton, qui tond les plantes à la base. Lui, n'en prélève que la partie supérieure ; à juste titre, car elle est plus tendre et plus savoureuse.

À la recherche de la nourriture

Le chamois vit en moyenne montagne, de préférence entre 1 800 et 2 000 m, à cheval sur deux milieux : la forêt et la prairie d'altitude. Ses variations d'altitude dépendent des saisons.

C'est au printemps qu'il descend le plus bas, car il est affamé après les restrictions de l'hiver, au cours duquel il peut perdre de 25 à 40 % de son poids. On le rencontre parfois jusqu'au fond des vallées, entre 600 et 800 m, broutant les herbes nouvelles, les jeunes pousses et les bourgeons. Selon le naturaliste et dessinateur animalier suisse Hainard, il adore manger les crocus.

Au fur et à mesure que les jours rallongent et se réchauffent, il remonte vers les sommets. En été, il cherche sa nourriture jusqu'à 3 000 m, choisissant, pour ce faire, les heures fraîches de la journée (matin et soir) et se reposant au soleil de midi. Les graminées constituent alors la base de son alimentation. Il apprécie aussi le plantain et le trèfle, sans dédaigner les feuilles des framboisiers et des groseilliers sauvages, les baies ou les champignons (bolets et lactaires). R. Pflieger l'a vu brouter des rameaux arbustifs, et même du houx.

En hiver, lorsque les abondantes chutes de neige masquent l'herbe des pâturages, il descend dans la forêt où il commence à manger plus tard le matin, et principalement à midi, quand il fait moins froid. Il se contente alors des herbes sèches, des mousses, des lichens, voire de la bruyère et de tout ce qu'il trouve en grattant la terre. Bien qu'il préfère les feuillus aux résineux et qu'il savoure, dès qu'il en trouve, les rameaux des sorbiers, des hêtres, des cornouillers et des bouleaux, il sait se contenter du feuillage des conifères. Même l'if, toxique pour les autres ruminants, lui convient.

Pour satisfaire son besoin de sels minéraux, en particulier au printemps lorsque son pelage se renouvelle, il lèche les suintements salés des rochers ou, mieux, les pierres à sel que les bergers disposent à l'intention des moutons. Parfois aussi, il mange un peu de sable.

Il trouve la majeure partie de l'eau qui lui est nécessaire dans les végétaux qu'il consomme. En été, il commence à se nourrir avant l'aube, profitant ainsi de la rosée déposée sur les feuilles. Sauf en période de sécheresse, on voit rarement un chamois en train de s'abreuver dans un torrent ou un lac. Le Dr Couturier en a observé mangeant de la neige sur un névé, un jour de grand soleil.

La saison des amours... et des combats

Chez les chamois, la période des amours s'étend du début de novembre à la mi-décembre. Les mâles adultes qui, le plus souvent, ont passé l'été seuls, rejoignent les troupeaux de femelles pour se reproduire. Très excités, ils défendent leur territoire avec acharnement. Leur forte odeur musquée provient de sécrétions grasses et gluantes élaborées par les deux glandes sébacées qu'ils ont derrière les cornes : les glandes rétrocornales.

Pour marquer son territoire et séduire les femelles, le bouc imprègne les branches d'arbre de son odeur, en y frottant ces glandes. Celles-ci gonflent beaucoup pendant le rut. De plus, les longs poils entourant la verge sont agglutinés par des écoulements d'origine sexuelle autant que par l'urine. En s'ébrouant, le mâle asperge à la fois ses propres flancs et le sol qui, ainsi marqué, sera bientôt flairé par ses rivaux.

De violents combats, à l'automne, établissent la hiérarchie entre mâles. Ils commencent par une sorte de rituel au cours duquel les deux rivaux tournent l'un autour de l'autre, à quelque distance. Les pattes raides, les poils dorsaux dressés, ils se mesurent du regard. Le premier à être toisé s'enfuit, aussitôt pourchassé par son adversaire. Il cherche à remonter en altitude, afin de gagner de la hauteur et de pouvoir se jeter de tout son poids sur son adversaire, lequel devient alors le fuyard. La situation s'inverse ainsi sans cesse. Entre deux courses, ils foncent l'un sur l'autre, cornes contre cornes. Ces luttes sont rarement mortelles, mais parfois un des chamois est éventré ou bascule dans un précipice ! D'après R. Hainard, le vainqueur est toujours le plus lourd. Ce qui explique que les jeunes mâles d'un an et demi, pourtant aptes physiologiquement à se reproduire, n'aient pratiquement jamais l'occasion de s'accoupler.

Le bouc repère une femelle en chaleur à l'odeur de son urine. Il s'en approche alors, tête haute, en poussant des chevrotements pour attirer son attention et en frappant le sol de ses antérieurs.

Les chamois mâles sont polygames. La chèvre en chaleur peut être saillie plusieurs fois et par des boucs différents. Les mâles sont reproducteurs jusqu'à l'âge de 12 ans et les femelles jusqu'à 15. Les chèvres qui n'ont pas été fécondées lors de leur première période de chaleurs redeviennent réceptives 3 semaines plus tard. Mâles et femelles se séparent après la saison des amours.

La communication entre individus

La communication entre individus



Les chamois communiquent par leurs attitudes ou leurs manifestations vocales, plus que par des mimiques faciales. En posture d'intimidation, l'animal se tient figé, l'air fier et présentant ses flancs à l'adversaire. Sa crinière est hérissée. C'est seulement au moment de combattre qu'il fait face, baissant les cornes, oreilles couchées et bougeant sa tête de haut en bas en piaffant des antérieurs. Un jeune mâle qui rencontre un individu dominant l'approche de côté, en fléchissant les jambes et en tendant le museau à l'horizontale, pour montrer sa soumission.

Mère et petit : un an de vie commune

La femelle du chamois met au monde un seul petit, en mai-juin, après 23 à 25 semaines de gestation. Quelques jours avant la mise-bas, elle commence par chasser sans ménagement le jeune de l'année précédente, qui va rejoindre la joyeuse bande des chamois de son âge. Puis elle cherche un abri discret : trou de rocher dans la forêt, buisson épais...

Le nouveau-né a de grands yeux, un poil laineux encore humide et de longues jambes disproportionnées. Sa mère le lèche pour le nettoyer et s'imprégner de son odeur. Au bout de quelques minutes, il peut déjà se lever et commence à marcher prudemment. Deux heures plus tard, il suit sa mère ! Il la tète avec avidité plusieurs fois dans la journée, soit par le flanc, soit par derrière.

Les premiers jours, la mère maintient son petit à l'écart du groupe. Elle ne le quitte pas, sachant qu'il serait la proie idéale d'un aigle, par exemple. En cas d'attaque, elle le protège de son corps en essayant d'atteindre l'oiseau avec ses cornes. Ce n'est qu'au bout d'une semaine qu'elle rejoint avec lui les autres chèvres de la harde. Le petit de l'année précédente est de nouveau admis. Toutefois, si c'est un mâle (éterlou), il reste distant.

Le nouveau-né commence à grignoter des brins d'herbe dès le dixième jour ; tout en continuant à téter, peu à peu il consomme de plus en plus de végétaux. En automne, lui qui pesait 2 kg à sa naissance atteint les 10 ou 12 kg !

Les cornes du chamois

Les cornes du chamois



Les cornes poussent surtout les trois premières années et apparaissent à 3 ou 4 mois. Leur croissance cesse en hiver. Il est possible de déterminer l'âge d'un chamois à la hauteur de ses cornes. Au premier automne, elles lui arrivent à mi-oreilles, à l'automne suivant, elles sont presque aussi grandes que celles-ci et, au printemps d'après, elles les dépassent.

Des orphelins condamnés à mourir

Le tout-petit ne s'éloigne guère de sa mère, qui, durant plusieurs semaines, reste très protectrice envers lui. De même qu'elle repousserait tout chevreau étranger voulant s'approcher d'elle, elle sait que le sien n'a rien à attendre des autres chèvres. Si, par hasard, il s'est perdu et se met à bêler de peur, elle est la seule à voler à son secours. Pflieger affirme qu'un jeune chamois orphelin est condamné à mourir, aucune femelle n'acceptant de l'adopter. Si, malgré tout, il parvient à échapper aux rigueurs hivernales, il ne s'intégrera jamais vraiment à la harde et ses comportements seront anormaux vis-à-vis de ses congénères.

Une autre catégorie de petits a bien du mal à venir à maturité : les chamois nés d'amours tardives, c'est-à-dire d'une femelle qui n'a pas été fécondée lors de sa première période de chaleurs, mais seulement au 2e ou 3e rut. Venant au monde en juillet-août, parfois même en septembre, ils ne jouissent pas de l'été des températures clémentes et de l'abondance de nourriture qui permet à leur mère de produire un lait de bonne qualité ; leur croissance s'en trouve ralentie, et ils sont encore trop faibles pour affronter les grands froids et les privations de la mauvaise saison. Souvent, ils meurent avant le retour du printemps.

Ce phénomène d'autorégulation de la population s'observe lorsque les femelles sont trop nombreuses dans une région.

Dans les populations de chamois, de 30 à 70 % des femelles mettent bas chaque année. Mais, entre 10 et 30 % des nouveau-nés succombent à cause des prédateurs, des maladies ou du froid. Le taux de mortalité est plus élevé si l'hiver est rigoureux. Les études de Pflieger montrent que la population de chamois augmente pourtant de 10 à 20 % par an.

Pour tout savoir sur le chamois

Chamois (Rupicapra rupicapra)

Le corps du chamois est en tout point adapté à la montagne. Ses pattes solides et musclées lui permettent de bondir avec une facilité remarquable sur les parois les plus escarpées. Ses enjambées sont d'autant plus longues qu'il ne possède pas de clavicule. De plus, comme l'a remarqué le Dr Couturier, la conformation particulière de ses membres et la disposition en oblique de ses omoplates, qui forment un angle fermé avec l'humérus, lui assurent une détente sans entrave. Il en va de même pour l'angle formé par l'os de sa hanche avec le fémur ; d'où, quand il saute, un effet « ressort » bien plus important que chez le mouton, par exemple. Enfin, la longueur singulière de l'olécrane (apophyse située à l'extrémité du cubitus) et du calcanéum (os du tarse, au talon) accroît, par un effet de levier, sa puissance de traction musculaire.

Un cœur volumineux (350 g chez le chamois mâle adulte contre 280 g chez l'homme) pour un poids corporel moyen inférieur le rend très résistant en altitude. Ses 12 millions de globules rouges par mm3 de sang (contre 4 millions et demi chez l'homme), lui permettent d'emmagasiner beaucoup plus d'oxygène pendant l'effort.

Le chamois ne craint pas le froid grâce à son abondant pelage composé de trois sortes de poils : un jarre long, raide et pointu ; un jarre court, ondulant et renflé à son extrémité ; un duvet, ou bourre, compact, qui, dissimulé sous le poil de jarre, constitue la couche profonde du pelage. Le canal central de chaque poil a une structure aérée qui assure l'isolation thermique de la peau.

Le chamois renouvelle tous ses poils deux fois par an, au cours des mues. Lors de la mue de printemps (mai-juin), le poil tombe par plaques, dégarnissant l'encolure, puis la poitrine, les épaules et le ventre, enfin le dos et les flancs. L'animal accélère le processus en se frottant aux arbres et aux rochers. Le poil d'été repousse vite, mais ne dure que trois à quatre mois. Au début du mois de juin, le chamois retrouve une silhouette normale. Il varie du fauve clair au gris-roux, avec les pattes brunes et des parties jaunâtres sur la tête. Après la mue d'hiver (de la fin d'août à octobre), le poil repousse plus foncé, sauf aux endroits clairs des joues. Il est aussi plus serré et planté plus profond dans l'épiderme. Plus l'hiver est rigoureux, plus les poils sont longs. Le poil d'hiver restera environ huit mois.

Un mâle adulte pèse, en moyenne, de 35 à 40 kg, et parfois 50 kg. La chèvre est plus petite. L'isard est aussi plus petit (69 cm) et moins lourd (de 20 à 40 kg) que le chamois alpin. C'est à la fin de l'été que les chamois sont le plus gras, et à la fin de l'hiver qu'ils sont le plus maigres, surtout les mâles, affaiblis par le rut. Ceux des forêts sont plus gros que ceux des régions rocailleuses, contraints à plus d'exercice pour se nourrir.

Deux espèces et dix sous-espèces

L'isard est considéré comme une espèce méridionale distincte de chamois par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) et le S.I.T.I. (Système d'information taxonomique intégré) sous le nom de Rupicapra pyrenaica.

 Le chamois septentrional Rupicapra rupicapra comprend 7 sous-espèces :

chamois des Alpes, Rupicapra rupicapra rupicapra, arc alpin : France, Bavière, Italie, Autriche, Allemagne et Suisse ; sous-espèce la plus commune, non menacée ;  

chamois de Chartreuse, Rupicapra r. cartusiana, France (massif de la Chartreuse) ; classée dans la catégorie « en danger critique d'extinction » par l'U.I.C.N. dans les années 1990 ;

chamois des Tatras, Rupicapra r. tatrica, Slovaquie, Pologne ; moins de 25 individus ; en « danger critique d'extinction » depuis 2000 ;

chamois des Balkans, Rupicapra r. balkanica, chaîne des Balkans, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie, Bulgarie ;

chamois du Caucase, Rupicapra r. caucasica, Azerbaïdjan, Géorgie, Russie ; 15 000 individus au début des années 1990 ; sous-espèce « vulnérable » (1996) ;

chamois des Carpates, Rupicapra r. carpatica, Roumanie ;

chamois d'Asie, Rupicapra r. asiatica, chaîne Pontique et Anti-Taurus, Turquie (nord-est) ; sous-espèce mal connue.

Le chamois des Abruzzes (Italie), Rupicapra pyrenaïca ornata, est considéré comme une sous-espèce de l'isard. Il est classé dans la catégorie « en danger » par l'U.I.C.N. L'existence de la sous-espèce, Rupicapra pyrenaïca parva, dans les monts Cantabriques (Espagne) a été confirmée par des études génétiques (Heredity, 2007, 99).

CHAMOIS

CHAMOIS

Nom (genre, espèce:

Rupicapra rupicapra

Famille :

Bovidés

Ordre :

Artiodactyles

Classe :

Mammifères

Identification :

Petit ruminant dont l'extrémité des cornes est repliée en crochet

Taille :

De 70 à 85 cm

Poids :

Mâles : de 35 à 50 kg ; femelles : de 25 à 40 kg

Répartition :

Presque tous les massifs montagneux européens, du nord de l'Espagne (Rupicapra pyrenaica) jusqu'au Caucase

Habitat :

Animal de moyenne montagne : vit surtout de 800 à 2 300 m d'altitude

Régime alimentaire :

Végétarien strict

Structure sociale :

Groupe de femelles et de petits ; groupe de jeunes animaux ; mâles solitaires

Maturité sexuelle :

De 1,5 à 2 ans

Saison de reproduction :

Début novembre à mi-décembre

Durée de gestation :

De 23 à 25 semaines

Nombre de jeunes par portée :

1 tous les ans

Poids à la naissance :

De 2 à 2,5 kg

Longévité :

10 ans en moyenne. Jusqu'à 22 ans à l'état sauvage, et 24-25 ans en captivité

Statut et effectifs:

Espèce protégée (Annexe III de la Cites [Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction]). Certaines sous-espèces très menacées.84 600 individus enFrance dont 56 000 dans les Alpes, 2 300 dans le Jura, 900 dans les Vosges, 400 dans le Massif central et 25 000 dans les Pyrénées (2006)

Remarque :

L'isard (Rupicapra pyrenaica), plus petit et moins lourd, est une espèce distincte

                                                          

Signes particuliers

Cornes

Mâles et femelles portent des cornes visibles à partir de 3 ou 4 mois et qui ne tombent jamais. La corne, élaborée par une couche de cellules de la peau, forme un étui qui coiffe la cheville osseuse qui la supporte. Cette cheville est séparée de l'os du crâne par une structure alvéolaire chargée d'amortir les chocs lors des combats et d'éviter les traumatismes crâniens. Il est possible de déterminer l'âge d'un chamois à la hauteur de ses cornes. Chaque sillon est la marque extérieure et visible du cornet en kératine poussé en une année, et délimite les segments de croissance. La cheville osseuse est génératrice des cornets futurs.

Crinière

Encore appelée « barbe », elle court le long de la ligne médiane du dos, de la nuque jusqu'à la queue. Plus fournie au garrot et à la croupe, elle se compose de longs poils de jarre qui commencent à pousser au mois de mai et restent en place lors de la mue d'automne, pour mesurer finalement une vingtaine de centimètres en hiver. Cette « barbe » caractérise surtout le mâle adulte (de 5 à 8 ans), qui la hérisse en cas de conflit ou de danger.

Sabots

On appelle encore « onglons » ces sabots élastiques, longs et pointus, dont la sole aux bords durs et qui dépassent légèrement à l'avant et sur les côtés évite à l'animal de déraper. Les talons des deux onglons de chaque sabot sont réunis par une palmure extensible qui joue un peu le rôle d'une raquette dans la neige poudreuse et dans la boue. Les pinces, dures et acérées, permettent au chamois de gratter la neige et la glace pour dénicher les rares brins d'herbe indispensables à sa subsistance en hiver.

Les proches parents du chamois

Le goral, le serow (espèces asiatiques) et la chèvre des montagnes Rocheuses (américaine) appartiennent, comme le chamois, à la tribu des rupicaprini, ou « chèvres-antilopes ». Tous trois ont un aspect primitif qui laisse supposer que les ancêtres des caprinés actuels ressemblaient au goral et préféraient comme lui les terrains escarpés.

Le mâle et la femelle du goral ou du serow sont de tailles presque identiques, contrairement à la chèvre des montagnes Rocheuses dont le bouc est beaucoup plus gros. Les uns comme les autres sont bien adaptés au milieu montagnard. Leur aspect est plus massif que celui du chamois et leurs pattes, encore plus robustes, en font d'incomparables escaladeurs de rochers.

Grâce à leurs sens très développés, ils sont capables de flairer l'ennemi de loin et de détecter le moindre danger.

Goral (Naemorhedus goral)

Identification : apparence d'une chèvre munie d'une grosse tête, d'un cou épais. Le pelage est hirsute avec un long sous-poil laineux en hiver. Le mâle pèse de 28 à 42 kg ; la femelle de 22 à 35 kg. Il existe selon la répartition géographique de grandes différences de taille et de couleur. Il existe trois espèces de goral : Naemorhedus goral (goral de l'Himalaya ou bouquetin du Népal) dont Naemorhedus goral goral (Bhoutan, Chine, Inde, Népal) et Naemorhedus goral bedfordi (Inde, Pakistan) ; Naemorhedus baileyi, dont Naemorhedus baileyi baileyi (goral du Tibet) et Naemorhedus baileyi cranbrooki (goral rouge, Inde et Birmanie) ; Naemorhedus caudatus (goral à longue queue) dont Naemorhedus caudatus caudatus (Chine), Naemorhedus caudatus  raddeanus (Chine, Corée, Russie), Naemorhedus caudatus evansi (Birmanie, Laos, Thaïlande) et Naemorhedus caudatus  griseus (Chine).

Répartition : régions montagneuses du nord de l'Inde et de la Birmanie jusqu'au sud-est de la Sibérie et, au sud, jusqu'en Thaïlande. Le goral préfère les versants rocheux boisés et broussailleux des montagnes. D'après le chercheur américain George Schaller, il est très répandu dans les hautes vallées Bhota Kosi et Kong Chu dans l'Himalaya, à des altitudes de 2 500 à 3 000 m (cette région comporte d'énormes falaises, des prairies et des arbres : chênes, magnolias, etc.). On le rencontre aussi souvent sur les versants recouverts de pins et sur les étendues herbeuses entrecoupées de buissons divers et de rochers.

Alimentation : le goral préfère l'herbe à toute autre nourriture, mais, en hiver et au début du printemps en Russie il broute les feuilles des arbres (chêne, frêne, noyer). Il lui arrive de manger aussi des glands. On observe que les gorals vivant en Inde ont un régime alimentaire équivalent.

Comportement : petits groupes de 2 ou 3 individus, parfois plus. Mâle plutôt solitaire, sauf pendant le rut, où il s'associe avec une femelle. Le goral est sédentaire, il reste sur le même domaine vital, quelle que soit la saison, sauf en hiver où il fréquente les zones plus basses à cause du froid. Sa taille réduite le rend plus vulnérable à la neige et il s'épuise vite : il se réfugie donc sur des rochers lors d'importantes chutes de neige. Il souffre des famines hivernales. Son comportement territorial consiste à déposer ses fèces à des endroits déterminés : saillies ou niches rocheuses. En Russie , les accouplements ont lieu de la fin de septembre à novembre. Au bout d'une gestation de 6 mois naît un seul petit, que les adultes doivent protéger des oiseaux de proie, des renards et des chacals.

Statut : toutes les espèces de goral sont plus ou moins menacées, protégées et inscrites à l'Annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction).

Serow de Sumatra, serow de Taïwan et serow du Japon (Naemorhedus sumatraensis; naemorhedus swinhoei; naemorhedus crispus)

Ces trois espèces de serow sont très proches l'une de l'autre.

Identification : longs poils raides, plus foncés chez le serow de Sumatra ; longues oreilles ; crinière blanche ou brune sur le dessus du cou. Couleur variant du rouge au noir. Plus grand que le goral.

Répartition : zones montagneuses tropicales et subtropicales d'Extrême-Orient. Même habitat que le goral, avec une préférence pour les régions humides.

Alimentation : le serow du Japon est avant tout un cueilleur de feuillage, bien que mangeant de l'herbe verte et tendre en saison. Il se montre très sélectif.

Comportement : la plupart du temps, solitaire. Mais aussi petits groupes jusqu'à 5 animaux. Femelles et jeunes restent ensemble, une fois que le mâle les a quittés, jusqu'à l'été suivant. En général, les serows ne sortent pas de leur domaine, sauf en été et en automne, aux moments où les mâles recherchent les femelles et où les jeunes quittent leur mère. Après 210 à 220 jours de gestation, la femelle met bas 1, parfois 2 petits qui restent un an avec elle.

Mâle et femelle marquent les limites de leur territoire en laissant des tas de crottes et en frottant leurs glandes sous-orbitaires contre des arbres ou des rochers. S'il est dérangé, le serow fuit en émettant un sifflement. Par temps pluvieux, il appelle ses congénères en poussant des cris aigus.

Statut : les serows de Sumatra (5 sous-espèces) sont « vulnérables » ou « en danger » et inscrits à l'Annexe I de la Cites. Le serow de Taïwan est classé dans la catégorie « vulnérable » par l'U.I.C.N. Toutes les espèces sont l'objet de mesures de conservation. La tendance des populations est mal connue.  

Chèvre des montagnes Rocheuses (Oreamnos americanus)

Identification : ressemble à une chèvre domestique trapue, au pelage blanc jaunâtre très épais et au sous-poil laineux. Longue crinière de poils raides. Épaisse « culotte » sur les membres. Cornes assez petites, mais solides et pointues. Elles sont plus longues chez le mâle (30 cm), qui est beaucoup plus grand que la femelle.

Le cuir (peau) de la chèvre des Rocheuses est particulièrement épais sur l'arrière-train (2,1 cm chez le mâle) et sur le haut des membres postérieurs (1,5 cm), alors qu'il n'est que de quelques millimètres sur les autres parties du corps. Il s'agit d'une protection naturelle contre les coups de corne de l'adversaire lors des combats entre mâles.

Répartition : régions montagneuses d'Amérique du Nord, du sud-est de l'Alaska au Montana, à l'Idaho et à l'Oregon. La chèvre des Rocheuses habite en altitude, près des glaciers et des neiges éternelles, sur des terrains escarpés bordés de falaises. Elle aime observer les alentours du haut des corniches.

Alimentation : au printemps et en été, la chèvre des Rocheuses se nourrit de pousses et d'herbes en altitude ; en hiver, elle fuit la neige pour descendre dans les prairies, en lisière des forêts, voire au fond des vallées. Elle broute les branches des conifères (sapins et épicéas), des genévriers et des trembles, mange les mousses, les lichens et les rhizomes des fougères. Elle absorbe les sels minéraux dont elle a besoin en fin d'hiver en léchant certaines roches. Ce régime éclectique lui permet de survivre malgré le froid.

Comportement : agile et prudente, la chèvre des Rocheuses gravit des parois presque verticales, jusqu'à 4 000 m d'altitude, capable de sauter avec précaution de rocher en rocher et de faire des bonds de 7 à 8 m en contrebas.

Femelles et jeunes constituent des petites hardes de 5 à 6 individus (voire 15 à 20) ; les mâles, plus solitaires, ne les rejoignant que pour le rut et défendant plutôt des femelles qu'un territoire, même si, parfois, celles-ci les chassent de leur domaine pour éviter une compétition alimentaire. La reproduction a lieu en novembre. Le mâle creuse des « fosses de rut » de 30 cm de profondeur, où il urine et défèque. Il dépose aussi ses sécrétions odorantes sur la végétation. Les combats de rut sont parfois dramatiques, les adversaires tournant l'un autour de l'autre en essayant de se perforer mutuellement avec leurs cornes. Ils peuvent se blesser gravement ou se tuer. Après une gestation de 6 mois, naît un chevreau, qui ne quitte sa mère qu'après le onzième mois.

Statut : protégée dans certains États.

Milieu naturel et écologie

Le chamois est un animal de moyenne montagne : suivant les régions, il vit entre 800 et 300 m d'altitude (jusqu'à 2 900 m), et s'aventure rarement au-delà de 3 000 m. Le chamois se déplace surtout pour se nourrir et fuir les trop grands froids. En été, les femelles se rassemblent avec leurs chevreaux sur les pâturages situés au-dessus de la limite des forêts. En cas de fortes chaleurs, elles choisissent les versants nord. Le bouc, lui, préfère la fraîcheur de la forêt.

En automne, pendant le rut, les chamois séjournent plutôt dans les pâturages et éboulis de rochers au-dessus des forêts. Dès les premières neiges, ils redescendent à l'abri des arbres qu'ils quittent au printemps, dès la fonte des neiges, remontant au fur et à mesure que la végétation repousse en altitude. Car le chamois supporte une température de – 20 °C, mais n'aime guère être mouillé.

Seuls, l'aigle qui s'empare des chevreaux éloignés de leur mère, le renard, le loup et le lynx peuvent être ses ennemis.

Parcs nationaux et réserves de chasse

Les parcs nationaux où vivent les chamois sont nombreux : ceux de la vallée d'Ordesa et de Montana da Cavadonga, en Espagne, sont les plus occidentaux. Puis viennent les parcs français du Mercantour, de la Vanoise, des Écrins et des Pyrénées occidentales ; ceux d'Engadine (Suisse), de Bavière (Allemagne) et des Hohe Tauern (Autriche), puis ceux des Abruzzes (de 400 à 500 animaux), du Grand Paradis (environ 10 000 animaux) et du Stelvio en Italie. En Europe orientale, se trouvent les parcs de Triglay (Slovénie), de Pyrin (Bulgarie), de Retezat (Roumanie) et celui des Hautes Tatras (Slovaquie et Pologne). Des chamois vivent aussi en Turquie et dans le Caucase. Les réserves nationales de faune sont chargées de sauvegarder les espèces menacées ; leur territoire est protégé ; on y capture des géniteurs pour repeupler d'autres zones, des scientifiques y font des études sur les maladies et des expérimentations de gestion des populations. Dans les nombreuses réserves de faune sauvage, les animaux peuvent aussi se reproduire en toute tranquillité. On les chasse en périphérie.

Chamois, bouquetins et mouflons

D'après P. Pfeffer et R. Settimo, qui ont étudié pendant près de sept ans mouflons, chamois et bouquetins dans le parc national du Mercantour (France), la compétition alimentaire est faible entre chamois et bouquetins, mais tout à fait réelle entre mouflons et chamois, surtout en hiver. Ces trois espèces, aux régimes alimentaires très voisins, se tolèrent souvent sur les mêmes sites, et des hardes mixtes de chamois et de mouflons paissant ensemble ne sont pas rares. Toutefois, les bouquetins restent dominants par rapport aux deux autres espèces, surtout pour lécher les pierres à sel.

D'après les travaux récents menés sur l'isard dans la réserve nationale de faune d'Orlu, en Ariège (France), seuls les animaux de 1 à 3 ans et, parfois, quelques mâles adultes paissent en été à moins de 1 600 m d'altitude avec les vaches. En revanche, moutons et isards ne se rencontrent pas, les chevrées (femelles adultes avec leurs petits) exploitant essentiellement les parties les plus hautes des pâturages, le matin et le soir, tandis que les moutons se nourrissent en fin d'après-midi sur les zones plus basses.

Le chamois et l'homme

Sauvés et protégés par les chasseurs

Autrefois responsables de la disparition progressive des chamois dans nos montagnes, les chasseurs sont devenus aujourd'hui protecteurs de ces animaux, grâce aux réserves et aux parcs nationaux. Ils sont aidés dans ce rôle de sauvegarde par les scientifiques, qui étudient l'évolution démographique des chamois et tentent d'enrayer les maladies qui menacent cette espèce.

La réintroduction du chamois

Au cours des années 30, les chamois, harcelés par les chasseurs, ont failli disparaître du territoire français. Pourtant la cohabitation entre les hommes et les chamois ne pose, en principe, pas de problèmes, sauf dans de rares forêts de basse altitude où les chamois, devenus trop nombreux, occasionnent parfois des dégâts à la végétation. Par contre les animaux sont dérangés par certaines activités humaines, telles que le ski avec ses remonte-pentes et ses téléphériques, et par le passage des randonneurs parfois accompagnés d'animaux domestiques. Dès 1946, on veilla à reconstituer les effectifs en créant des réserves et des parcs nationaux. Et des repeuplements successifs eurent lieu, à l'initiative des chasseurs eux-mêmes, afin d'augmenter ou de rétablir les populations dans certaines zones favorables en Italie (parc des Abruzzes) et en France (massif de la Chartreuse, en Savoie, en Haute-Savoie et dans les Pyrénées), par exemple. D'ordinaire, le repeuplement s'effectue à partir d'animaux prélevés dans leur montagne d'origine afin de préserver une homogénéité de la nouvelle population. Toutefois, cela ne fut pas le cas pour les chamois vosgiens, capturés en Forêt-Noire parmi des chamois provenant du Tyrol bavarois. Il y a donc eu mélange de plusieurs populations.

Les opérations de repeuplement permettent aussi d'introduire l'espèce dans des zones montagneuses où elle n'existait pas jusqu'alors. Ainsi, à partir de 1907 en Nouvelle-Zélande, ou en France dans le Cantal en 1978-1979, où 45 chamois en provenance des Vosges furent libérés sur quelque 3 000 hectares.

Des chasseurs raisonnables

Ce sont les chasseurs eux-mêmes qui ont créé des réserves de faune, afin de repeupler les territoires de chasse situés sur leur pourtour.

Mais il s'est vite avéré que les chamois restaient confinés à l'intérieur de la réserve, causant des dégâts à la végétation. Seuls les plus jeunes, à la recherche d'un nouveau domaine, s'aventuraient à la périphérie où ils tombaient sous les balles. Pendant ce temps, à l'intérieur, la moyenne d'âge de la population de chamois augmentait et les femelles étaient de plus en plus nombreuses par rapport aux mâles.

Voyant cela, les chasseurs ont commencé à gérer rationnellement cette population, diminuant la pression de chasse et n'effectuant plus que des tirs sélectifs, afin de rééquilibrer les classes d'âge et de sexe. En France, le plan de chasse au chamois et à l'isard fixe, par décision préfectorale, pour chaque département un nombre maximum d'animaux à prélever.

Les maladies du chamois

Parmi les principales maladies du chamois, il faut citer la kératoconjonctivite. Observée en France, dans les Alpes et les Pyrénées, cette inflammation de l'œil atteint aussi bien le bouquetin et le bétail domestique que le chamois. Elle peut conduire à une cécité, la plupart du temps passagère, par opacification de la cornée. Si l'animal n'est pas affaibli, il guérit. La maladie est fatale lorsqu'elle est aggravée par une pneumonie ou que les ulcères qu'elle occasionne perforent la cornée. L'animal, devenu aveugle, ne peut plus s'alimenter... ou tombe dans un précipice !

La gale est une maladie parasitaire qui a pu être responsable de la disparition de 80 % d'une population ! L'animal, que les plaques et les croûtes démangent, se frotte contre les rochers et les arbres, aggravant ainsi ses lésions. Il finit par se mouvoir de plus en plus difficilement et par ne plus pouvoir s'alimenter. Bientôt intoxiqué par les toxines qu'émettent les parasites, il meurt. S'il survit, il est un danger pour ses congénères, qu'il contamine.

La papillomatose, maladie virale, se reconnaît aux verrues qu'elle occasionne sur l'abdomen, les sabots, les lèvres, et jusque dans la bouche de l'animal, entraînant sa mort par sous-nutrition.

Enfin, le chamois abrite souvent des parasites des voies respiratoires et digestives, qui peuvent, s'ils deviennent trop nombreux, le rendre plus vulnérable à d'autres maladies. Il lui arrive parfois de contracter la fièvre aphteuse, la tuberculose ou la brucellose au contact des animaux domestiques.

La protection scientifique du chamois

Pour maintenir les populations de chamois en bonne santé, les gardes des réserves et des parcs créent des pâturages qui leur sont favorables ou entretiennent ceux qui existent déjà. Ils veillent aussi à ce que le rapport entre les sexes ne soit pas déséquilibré. Scientifiques et chasseurs ne sont d'ailleurs pas d'accord sur ce point. Pour les chasseurs, la proportion idéale entre les sexes est de 1 mâle pour 1 femelle, tandis que, pour les scientifiques, il est de 1 mâle pour 1,3 femelle, ce qui est, d'après leurs études, le nombre idéal pour un accroissement normal de la population.

Afin de limiter la transmission d'éventuelles affections, les gardes renouvellent fréquemment les pierres à sel que lèchent les chamois et y incorporent des médicaments pour lutter contre les maladies les plus courantes. Ils désinfectent aussi les endroits les plus fréquentés. En cas d'hiver rigoureux (températures trop basses ou fonte retardée du tapis de neige), ils ajoutent du foin à la végétation naturelle trop rare. En cas d'épidémie, ils éliminent les individus malades avant qu'il ne soit trop tard, et veillent à éviter une augmentation de la densité qui semble préjudiciable à l'état sanitaire de la population.

Pour que les interventions des gardes soient adaptées, et afin d'éviter la famine ou le surpâturage dans les parcs et réserves, les scientifiques doivent effectuer des comptages et étudier sur le terrain, régulièrement et de la manière la plus exacte et la plus appropriée, l'état de ces populations : leurs effectifs, la répartition par classes d'âge, la proportion des sexes chez les adultes, l'indice de reproduction et l'extension géographique.

Pour permettre ces études, on capture des chamois soit dans des enclos-pièges appâtés avec du sel, soit dans des filets. On les examine, les mesure et on leur fixe des boucles de matière plastique numérotées aux oreilles ou des colliers de cuir autour du cou.

Il arrive aussi qu'on équipe les chamois d'un collier radioémetteur qui transmet à un récepteur tous les signaux qu'il recueille. L'observateur peut ainsi étudier les déplacements de l'animal, car il connaît à tout instant sa position dans la montagne.

Ces deux méthodes d'observation sont complémentaires. La première permet de déterminer le sexe et la classe d'âge de chaque bête marquée, et ses déplacements sur un long laps de temps et dans un lieu donné, l'intérieur d'un massif, par exemple. Elle procure aussi de précieux renseignements sur la structure sociale de la population de chamois et sur les liens qui unissent les différents individus au sein de cette population.

La deuxième méthode, dite du « radio-tracking », offre un suivi permanent de certains animaux, à tout instant du jour et de la nuit, et même en cas d'intempéries. Elle permet de déterminer avec précision les limites du domaine vital d'un chamois et ses déplacements à l'intérieur de celui-ci.

À la suite d une étude réalisée par l'Office national de la chasse dans les Vosges, F. Boillot a mis en évidence l'existence de déplacements nocturnes de plusieurs chamois (mâles ou femelles), ce qui contredit les observations de Krämer (1969) et celles de Schröder (1975), lesquels attribuaient au chamois un rythme surtout diurne. Ce changement est peut-être dû aux dérangements causés par les hommes. Le débat reste ouvert.

Talisman ou antidote : les bézoards

Il s'agit de concrétions formées de poils ou de divers débris végétaux que produisent parfois les ruminants. On en trouve aussi, mais plus rarement, chez certains psychopathes humains qui avalent des matières non digestibles.

Chez le chamois, on les appelle aussi « ægagropiles ». Ce sont de petites boules dures, lisses et brillantes, de couleur noire ou verdâtre, contenues dans le rumen (premier estomac, ou panse).

Le bézoard est une boule, souvent unique, de la taille d'une noisette ou d'une noix, quelquefois plus grosse, et très légère. Les poils et les fibres qui la constituent se sont agglutinés sous l'effet des mouvements de brassage continus de la paroi stomacale, puis ils ont été collés par la poix qu'ingère le chamois durant l'hiver en broutant les conifères. La structure du bézoard est compacte et son odeur forte et musquée. Il renferme également certains sels minéraux et de la silice.

On croyait autrefois qu'il possédait des vertus merveilleuses. Bergers et chasseurs l'utilisaient comme talisman, car il avait, disait-on, le pouvoir d'éviter le vertige, de favoriser la vue et d'augmenter les chances de succès à la chasse. On l'utilisait, en Orient surtout, comme antidote contre les poisons et les maladies infectieuses. Vendu très cher, il entrait dans la fabrication de nombreux médicaments.