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Marmotte
Marmotte

Depuis l'ère quaternaire, la marmotte anime de ses sifflements et de ses jeux les vallées des Alpes pendant toute la belle saison. À l'arrivée de l'hiver, elle hiberne au fond d'un terrier avec sa famille. Son long « sommeil » dure de six à huit mois en fonction du climat.

1. La vie de la marmotte

1.1. Herbes et graines à satiété pendant six mois

Rongeur herbivore, la marmotte ne se nourrit pratiquement que de végétaux, sans aucune modération. Comme elle hiberne au moins six mois par an, elle doit se constituer des réserves de graisse pendant la belle saison pour ne pas dépérir lors de sa longue retraite hivernale.

La marmotte n'est pas difficile ; elle dédaigne peu de plantes, ce qui ne l'empêche pas d'avoir certaines préférences. Au printemps, elle consomme souvent des graminées lorsque celles-ci sont encore riches en protéines et pauvres en cellulose et en silice ; elle apprécie tout particulièrement fétuque et pâturin. Quand la pelouse alpine se couvre de fleurs, son menu s'enrichit de trèfle des Alpes, du lotier corniculé, de sainfoin, de luzerne (toutes légumineuses), mais aussi d'ombellifères, de composées ou de polygonacées comme l'oseille. L'abondance environnante lui permet alors de choisir le meilleur, et elle ne cueille que fleurs et boutons floraux. En été, elle agrémente souvent son repas de fruits ou de baies. En lisière de forêt ou près des torrents qui charrient des troncs, elle s'attaque même à l'écorce ou à des morceaux de bois, autant pour se nourrir que pour user ses puissantes incisives à croissance continue. À l'occasion, elle creuse le sol de la prairie et déterre bulbes et racines, qu'elle saisit avec ses pattes antérieures griffues et puissantes pour les porter à sa bouche.

La marmotte fait de temps en temps des entorses à son régime végétal : vers, larves d'insectes ou sauterelles qu'elle croise sur son chemin ne sont pas négligés. On l'a vue retourner des bouses de vache sur un alpage pour goûter à un coléoptère ou à d'autres petites proies. Les années de printemps tardif, la marmotte, sortie de son long « sommeil » avant la renaissance de la végétation, n'hésitera pas à consommer une charogne. Aux États-Unis, ce comportement a été observé chez Marmota olympus, que la neige encore abondante empêchait de consommer des végétaux. Cette réaction, peut-être commune à toutes les marmottes, souligne leur bonne adaptation à leur environnement.

La marmotte boit peu et l'eau n'est pas nécessaire pour motiver son choix d'un territoire, ce qui explique la présence de nombreuses marmottes sur des pentes assez sèches. Elle se contente souvent, pour se désaltérer, de la rosée matinale, de l'eau contenue dans les plantes dont elle se nourrit, ou, au printemps, de la neige.

Pendant toute la belle saison, la marmotte fait essentiellement deux repas par jour : le matin et le soir. Au début du printemps et à la fin de l'été, ou lorsque les conditions météorologiques ne sont pas très clémentes, elle ne sort de son terrier qu'en milieu de journée. En six mois, elle double son poids, consommant de 400 à 500 g à chaque repas. Ainsi enrobée, elle pourra sans crainte hiberner et vivre sur ses réserves pendant tout l'hiver. À ce moment, la physiologie de la marmotte va totalement se transformer puisque son énergie ne sera plus fournie par les glucides et protéines de son alimentation, mais uniquement par ses propres lipides.

Toujours en alerte

La marmotte adulte à la recherche de nourriture prend beaucoup de précautions, car c'est un des seuls moments où elle doit s'aventurer loin de son terrier. Elle évite d'ailleurs toujours les prairies, où la végétation trop épaisse l'empêcherait d'apercevoir l'arrivée d'un prédateur. Elle prend généralement ses repas en compagnie. Les petits groupes de marmottes de tous âges qui se retrouvent ensemble sur les mêmes pâturages réunissent des animaux souvent proches parents. Toutes mangent et surveillent en même temps les alentours, ce qui augmente la sécurité de la communauté. Extrêmement vigilante, la marmotte est toujours sur le qui-vive ; son excellente vue lui permet de détecter un mouvement anormal, même éloigné. Elle prévient alors les autres d'un bref sifflement et, immédiatement en alerte, tout le monde s'arrête de manger. Toutes les marmottes se précipitent vers le terrier le plus proche si le danger se confirme.

1.2. Vie de famille

Tolérantes et peu agressives, les marmottes vivent en familles, ou colonies, chacune composée généralement d'un couple reproducteur et des deux dernières portées. Mais, à la différence du castor, fidèle et constant, les marmottes mâles peuvent être polygames et vivre avec deux ou trois femelles. Quelquefois, un deuxième mâle, plus jeune, cohabite avec eux. Les animaux solitaires restent une exception.

Chaque famille possède un territoire, le même chaque année, dont la superficie varie de 2 000 à 20 000 m2, selon l'exposition et la richesse du milieu. Les marmottes s'installent de préférence dans les vallées alpines, sur des surfaces dégagées qu'il sera facile de surveiller, bien pourvues en herbe et en fleurs, et surtout exposées aux chauds rayons du soleil, dont elles vont largement profiter pendant l'été. Le territoire de la marmotte est facilement reconnaissable : les diverses entrées de terriers ou les chemins qu'elles empruntent souvent constituent autant de repères visuels, qui, avec certains points topographiques, suffisent à l'animal pour savoir chez qui il est. Il ne semble pas en effet que la marmotte balise son territoire de marques olfactives spécifiques, telles que sécrétions de glandes ou urine. Les vallées sont ainsi peuplées de familles dont les territoires ne se recouvrent pas. Le mâle y veille et s'il se montre tolérant avec les femelles et ses jeunes voisins, il est plus intransigeant lorsqu'un autre mâle adulte s'approche de trop près. Pour défendre son domaine, il lui arrive d'ailleurs de joindre le geste au sifflement.

Quartiers d'été et quartiers d'hiver

La marmotte utilise un terrier différent selon la saison. Le terrier d'été, sur les prairies alpines, est moins profond que celui d'hiver, creusé dans la vallée, sans doute pour mieux préserver du froid. Pour en améliorer le confort, la marmotte tapisse le fond de la chambre d'herbes coupées et séchées au soleil de septembre. De 2 à 12 kg de litière peuvent être ainsi amassés.

Lorsque les jours raccourcissent, que la température est moins clémente et surtout lorsque la nourriture se fait plus rare, les marmottes savent qu'il est temps d'aller hiberner. Selon les vallées et l'année, toute la famille s'installe dans la chambre, tout au fond du terrier, entre le 25 septembre et le 15 octobre. Le mâle adulte, qui ferme la marche, obture le canal d'accès avec un bouchon de terre.

Un phénomène remarquable

Véritable stratégie d'économie d'énergie face à des conditions d'alimentation difficiles, l'hibernation constitue un remarquable phénomène physiologique. Tout d'abord, les tissus de la marmotte se chargent de gaz carbonique, qui sera chassé au réveil par une augmentation des mouvements respiratoires. Ensuite, la température interne, proche de 36 °C en été, descend à 8 ou 10 °C ; elle se stabilise en fait à 2 ou 3 °C au-dessus de la température du terrier. Le choix de l'emplacement du terrier est donc vital : la marmotte ne survivrait pas à des températures trop basses. La consommation d'oxygène est diminuée de 30 à 40 fois. Les mouvements respiratoires passent de 16 par minute à l'éveil à 2 ou 3 seulement et les battements cardiaques de 220 par minute à 30.

Mais la marmotte ne reste pas dans cette état de léthargie de façon continue pendant tout l'hiver : elle se « réveille » régulièrement, environ toutes les trois semaines, pendant en moyenne de 12 à 30 heures. Ces « réveils » hivernaux, pour éliminer les déchets accumulés pendant son jeûne, ou si la température s'approche des 0 °C, sont de grands consommateurs de ses réserves de graisse, ce qui peut lui être fatal si l'hiver est trop long. Il semble en effet qu'environ 90 % de l'énergie dépensée pendant l'hiver le soit pendant les courts moments de sortie d'hibernation.

Dormir comme une marmotte

Dormir comme une marmotte



En 1896, le physiologiste français Dubois décrit, le premier, le phénomène d'hibernation des marmottes. Ce sont les plus gros « hibernants profonds ». En effet, ni l'ours ni le blaireau ne s'endorment aussi complètement et leur température ne descend jamais aussi bas que celle de la marmotte. Chez cette dernière, toutes les fonctions physiologiques ralentissent et prennent souvent un rythme irrégulier (plusieurs mouvements respiratoires vont par exemple succéder à une longue période d'apnée). Ainsi, en dépit de l'expression « dormir comme une marmotte », l'hibernation n'est pas un sommeil mais bien une « vie ralentie ». D'ailleurs, la marmotte utilise aussi les interruptions de l'hibernation, toutes les deux à trois semaines, pour… dormir ! Il semble ainsi que l'action réparatrice du véritable sommeil soit unique et indispensable.

1.3. Luttes et combats pour rire

Au printemps et au début de l'été surtout, les marmottes débordent de vitalité et s'affrontent souvent dans des combats « pour rire ». Debout, bien campées sur leurs pattes postérieures, s'empoignant au niveau des épaules avec leurs courtes pattes de devant, elles se dressent l'une contre l'autre et s'amusent à se battre, tentant de faire rouler l'adversaire sur le côté, et souvent tombant avec lui. Cette attitude d'empoignade est assez rituelle et chacun dans la colonie y participe. Les marmottons passent une bonne partie de leur temps à jouer ainsi, et les adultes ne sont pas en reste : que ce soit lors des parades amoureuses, au cours desquelles le couple reproducteur se pousse, la tête renversée en arrière, ou lors des luttes un peu plus sérieuses opposant des mâles adultes, pour la conquête d'une femelle, afin de défendre leur territoire ou de mesurer leur force, tout simplement.

Lorsque les marmottes se battent vraiment, leurs combats n'obéissent pas à un rituel précis et sont moins « élégants ». Mais ils sont rares chez la marmotte des Alpes. Celle-ci est en effet très tolérante ; elle se rapproche en cela de la marmotte des montagnes Rocheuses ou de celle du Kamtchatka.

Après ces luttes et combats debout, les marmottes marquent les pierres voisines avec les glandes de leurs joues (jugales) : plus qu'un véritable marquage du territoire, ce geste correspond en fait à un état de grande excitation.

1.4. Adultes à l'âge de 2 ans

Courant avril, au printemps naissant, les marmottes émergent d'un profond sommeil de six mois. Elles ont perdu pratiquement la moitié de leur poids. Dès le réveil, ou dans les deux semaines qui suivent, avant même qu'elles n'aient pu reprendre quelques grammes, commence l'unique saison de reproduction. Il n'est même pas sûr que les femelles se reproduisent tous les ans. L'accouplement, qui a généralement lieu à l'intérieur du terrier d'hiver, est précédé de maints jeux, poursuites, reniflages des glandes des joues (jugales) et de la région génitale, et faux combats debout, que les marmottes affectionnent.

Dans la phase d'approche, le mâle frotte son museau en divers points du pelage de la femelle. Pendant l'accouplement, qui ne dure que quelques minutes, il tient dans sa bouche la fourrure du dos ou de la nuque de la femelle.

Certaines espèces vivant au nord, où la belle saison est très courte, comme la marmotte de l'Alaska ou celle du Kamtchatka, n'attendent pas la première sortie au printemps pour s'accoupler.

Des petits tendres et joueurs

Un mois plus tard, après de 32 à 34 jours de gestation, habituellement entre le 20 mai et le 10 juin, de un à six marmottons viennent au monde, dans le terrier d'été que la femelle a nettoyé les jours précédents. La moyenne des portées est plutôt située aux alentours de 3 ou 4. Aveugles, nus, les petits pèsent environ 30 g à la naissance et vont tout de suite se consacrer à leur unique activité : téter une des dix mamelles de leur mère. Un nouveau mois se passe ainsi avant qu'ils ne s'enhardissent à mettre le nez dehors. Cette première sortie correspond à peu près au début du sevrage, qui les pousse à explorer l'extérieur pour se nourrir, car les tétées sont rarement observées à partir de ce moment, même en surface. Au cours de ces sorties, les jeunes restent prudemment près de leur terrier. Il leur faut quelques semaines pour parcourir complètement le territoire de leurs parents. Peu à peu, leurs sorties sont plus longues. À deux mois, lorsqu'ils sont sevrés, les marmottons se nourrissent avec les adultes. Ils aiment frotter leur museau contre celui des adultes, acceptent les « câlins » des plus jeunes, mais semblent ne pas les apprécier de la part des aînés, âgés d'un peu plus de un an à ce moment-là.

Pendant deux étés et deux hivers, les jeunes marmottes des Alpes grandissent au sein de leur famille, hibernant dans le même terrier que leurs parents. Ce n'est qu'au cours de la troisième belle saison de leur vie, lorsqu'ils sont âgés de deux ans, que les jeunes, mâles et femelles, connaissent l'émancipation. Ils quittent alors d'eux-mêmes le giron familial pour s'installer et fonder à leur tour une famille.

Le terrier d'été, premier abri des petits

Le terrier d'été, premier abri des petits



Le terrier d'été, où les petits naissent et vivent les trois premiers mois, possède plusieurs entrées et un vaste réseau de galeries qui mène à une chambre unique. Les souterrains, de 2 à 10 m de long, sont généralement orientés parallèlement à la surface et ne dépassent pas une profondeur de 50 à 90 cm, facilitant l'accès des jeunes marmottons à l'extérieur.

1.5. Milieu naturel et écologie

La marmotte, quelle que soit son espèce, est parfaitement adaptée aux conditions rigoureuses de la montagne et sa répartition actuelle est liée au retrait des glaciers à la fin de la dernière glaciation. La marmotte des Alpes, qui doit bien évidemment son nom à la chaîne de montagnes sur laquelle elle s'est maintenue, est divisée en deux sous-espèces. Marmota marmota marmota se rencontre partout sauf dans les monts Tatras, en Europe centrale (entre la Pologne et la Slovaquie), où on trouve l'autre sous-espèce, M. m. latirostris, la marmotte des Tatras. Depuis le début du xxe siècle, les opérations de repeuplement avec des animaux originaires des diverses vallées ont permis d'accroître le nombre des marmottes européennes, qui était au plus bas à la fin du xixe siècle.

Aujourd'hui, la marmotte des Alpes est installée en Allemagne (Forêt-Noire), en France et en Suisse. Elle a été réimplantée dans les Pyrénées au cours des années 1950 et introduite dans le Massif central à partir du milieu des années 1960. Les essais de repeuplement dans les Vosges et le Jura n'ont pas abouti.

Les conditions de prédilection de la marmotte sont des aires dégagées, situées au-dessus de la limite supérieure des arbres, généralement à des altitudes comprises entre 1 400 et 2 700 m. Mais il arrive que des colonies s'installent dans des clairières plus bas (800 m) ou nettement plus haut (jusqu'à 3 200 m). L'exposition est un critère de choix très important. La marmotte aime se chauffer aux rayons du soleil et recherche donc des pentes bien orientées au sud, où, en plein été, la chaleur ne manquera pas. Essentiellement herbivore, elle affectionne les pelouses alpines, mais on peut la rencontrer également sur des zones où l'herbe alterne avec la rocaille, les buissons de rhododendrons ou de saules nains. La diversité du paysage semble lui convenir, mais elle ne s'accommode pas de n'importe quel terrain. Il faut que le sol soit meuble, facile à creuser, pas trop instable cependant. Les pierriers en bordure de prairies sont souvent habités, car les blocs forment des forteresses naturelles et les animaux peuvent y creuser la terre qui représente une réserve de nourriture.

Le territoire des marmottes se localise facilement : les cônes de déblais à l'entrée des terriers sont aisément repérables sur la pelouse verte. Mais, surtout, la marmotte circule beaucoup, du terrier principal au terrier secondaire, d'un poste de repos au site d'alimentation ; les sentiers ainsi fréquemment empruntés finissent par dessiner un réseau de petits chemins très visible dans la courte végétation de l'alpage. Ces repères visuels sont importants car il ne semble pas y avoir de rituel particulier pour baliser le territoire de marques olfactives. Sur le territoire d'une famille déjà installée depuis quelque temps, il existe, à côté du terrier principal où habite la famille, des abris secondaires. Ébauches de terriers jamais terminés, anciennes galeries à moitié effondrées ou trous creusés sans raison apparente, ces terriers secondaires sont bien connus de chaque marmotte de la colonie, qui s'y précipite en cas d'alerte. Une marmotte n'hésite pas non plus à plonger dans le terrier secondaire d'une famille voisine pour échapper à un aigle qui l'a repérée. L'alerte passée, elle retourne dans son propre terrier.

Le danger vient souvent des airs

Si la marmotte doit parfois se méfier de l'homme, ainsi que des prédateurs terrestres comme le renard, le grand danger vient cependant du ciel. Car l'ennemi numéro un, c'est l'aigle, qui nourrit très régulièrement sa progéniture de viande de marmottes et de marmottons. Pour échapper aux griffes de ce terrible prédateur, sa meilleure défense est le sifflement. Elle ne l'utilise d'ailleurs pas seulement comme signal d'alarme. C'est aussi un moyen de communication, lié à certains états d'excitation ou aux jeux. On a compté ainsi 959 sifflements émis par le même animal en 32 minutes ! Les animaux réagissent rapidement au sifflet de l'un d'entre eux. Pour un aigle repéré, le cri bref, strident, envoie tout le monde au fond du terrier. Pour un quadrupède, voire un bipède, l'appel est différent et les autres marmottes vont plutôt aller voir la cause de l'alerte avant, éventuellement, de se cacher.

En Amérique du Nord et en Asie, les ours bruns sont parfois prêts à défoncer un terrier et à déblayer quelques mètres cubes de terre pour une bouchée de marmotte. Ce goût prononcé des ours pour les marmottes a été même évoqué comme un motif pour réintroduire ces rongeurs alpins dans les Pyrénées, afin d'offrir aux grands carnivores un complément protéique dans la zone protégée où ils demeurent. Mais dans les Pyrénées, les ours et les marmottes ne demeurent pas dans les mêmes zones.

2. Zoom sur... la marmotte des Alpes

2.1. Marmotte des Alpes (Marmota marmota)

Avec sa silhouette massive et arrondie, accentuée encore par un pelage relativement fourni, ses petites pattes courtes, la marmotte des Alpes ressemble beaucoup aux autres gros rongeurs terrestres.

La fourrure de la marmotte est assez caractéristique. Constituée de deux types de poils, les poils de bourre, sombres et serrés, et les poils de jarre, plus longs et moins nombreux, elle prend des reflets changeants à chaque mouvement de l'animal. En fait, chaque poil est formé de quatre segments colorés, de la base à la pointe, respectivement : noir, fauve, noir et beige. Le pelage peut être roux sur le dos, fauve sur le ventre et sombre au bout de la queue. Certains animaux sont tout noirs et d'autres tout blancs (albinos). Les jeunes ont une fourrure grise et paraissent plus foncés que les adultes. Une fois par an, au printemps ou au début de l'été, les marmottes muent, les adultes commençant cette transformation avant les jeunes. Malgré de petits yeux, la tête de la marmotte est très expressive et parfaitement adaptée à la vie souterraine dans des zones froides : les oreilles sont petites et « rien ne dépasse ».

Les incisives de la marmotte sont des instruments efficaces pour couper et déterrer la nourriture. Leur face externe se colore peu à peu en orange chez les adultes. La marmotte, comme tous les autres rongeurs, n'en possède qu'une paire par mâchoire et n'a pas de canines. Elle broie et écrase les végétaux grâce à ses prémolaires (deux paires à la mâchoire supérieure et une à la mâchoire inférieure) et à ses molaires (six par mâchoire).

Spécialiste des travaux de terrassement, la marmotte se sert de ses courtes pattes musclées pour creuser, et tout particulièrement de ses membres antérieurs, aux quatre doigts équipés de fortes griffes. Le troisième doigt est le plus développé, mais elle n'a pas de pouce ; elle se sert habilement de ses doigts et de ses cinq coussinets palmaires pour saisir les objets. Les pattes postérieures ont cinq doigts, tous munis de griffes. Le dessous du pied est nu et comporte six coussinets. Parfaitement plantigrade, la marmotte marche bien à plat sur ses mains et même sur son poignet. Ses performances physiques sont honorables. Elle est parfaitement adaptée à la vie sur les pentes alpines, galopant et sautant vivement pour escalader les promontoires rocheux en cas d'alerte.

Comme tout représentant de la famille des sciuridés, la marmotte possède des glandes cutanées en avant de la joue, au niveau de la commissure des lèvres. Les sécrétions produites servent essentiellement à la reconnaissance des individus au sein des colonies. Les glandes anales, trois petites papilles, une centrale et deux latérales, situées juste en avant de l'orifice anal, libèrent également, en cas d'excitation, des sécrétions dont la fonction de marquage du territoire n'est pas évidente.

La marmotte mène une vie calme et tranquille. Lorsqu'elle n'est pas au terrier (80 % du temps), elle se nourrit, assise sur son arrière-train, ou, dans une attitude de guet, dressée sur ses pattes postérieures. Elle peut aussi se reposer, allongée, les pattes écartées du corps, profitant pleinement de la chaleur du soleil.

Il n'est pas facile de surprendre une marmotte, réputée pour sa bonne vue. En fait, l'anatomie de son œil est très particulière, puisque la rétine ne comporte que des cellules en cônes, signe d'une adaptation à la vie au grand jour. La marmotte doit bien percevoir les mouvements et surtout posséder un champ visuel très large. Mais il se pourrait qu'elle ait une ouïe bien meilleure que sa vue ! Quant à son odorat, il est certainement développé puisqu'elle utilise régulièrement ses glandes anales et jugales.

C'est ainsi qu'en se servant au mieux de ses sens, la marmotte peut vivre aisément une vingtaine d'années. Passant la plus grande partie de sa vie à l'intérieur du terrier et partageant son temps, quand elle est en surface, entre les repas, l'observation du danger ou de paisibles bains de soleil, elle mène une existence tranquille.

MARMOTTE DES ALPES

MARMOTTE DES ALPES

Nom (genre, espèce) :

Marmota marmota

Famille :

Sciuridés

Ordre :

Rongeurs

Classe :

Mammifères

Identification :

Silhouette massive ; pattes courtes ; queue touffue ; pelage variable, brun, gris, fauve ou beige ; oreilles petites ; dents puissantes

Taille :

Tête et corps : de 30 à 60 cm ; queue : de 10 à 25 cm

Poids :

Environ 3 kg (réveil) ; de 5 à 7 kg (automne)

Répartition :

Alpes, Carpates, monts Tatras ; Pyrénées (réintroduite), Massif central (introduite)

Habitat :

Pelouses alpines, au-dessus de la limite des arbres ; habituellement entre 1 200 et 2 700 m d'altitude

Régime alimentaire :

Herbivore

Structure sociale :

Groupe familial avec un mâle, 1 ou 2 femelles et les portées de deux années

Maturité sexuelle :

3 ans

Saison de reproduction :

Au printemps

Durée de gestation :

De 32 à 34 jours

Nombre de jeunes par portée :

De 1 à 6-7 ; moyenne, 3 ou 4

Poids de naissance :

30 g

Durée de l'allaitement :

De 6 à 8 semaines

Longévité :

De 13 à 15 ans (moyenne) ; jusqu'à 20 ans

Effectifs, tendance :

Plusieurs centaines de milliers

Statut :

Chasse réglementée dans certains pays, dont la France

 

2.2. Signes particuliers

Dents

Les deux paires d'incisives, une supérieure et une inférieure, ne cessent de pousser. Elles sont constituées, sur l'arrière, d'une couche d'ivoire assez tendre et, à l'avant, d'émail très dur qui, chez les adultes, jaunit avec l'âge jusqu'à devenir orangé. Taillées en ciseau, elles sont très tranchantes. Les incisives supérieures possèdent quatre rainures longitudinales sur la face avant, aplatie, alors que la face arrière est semi-arrondie. Chaque dent s'use en permanence sur celle qui lui fait face. Quand les dents sont légèrement décalées, elles continuent à pousser, les inférieures en avant et vers le haut, les supérieures vers l'intérieur et repointant vers le haut. Elles empêchent l'animal de manger et peuvent lui transpercer le palais, le tuant s'il n'est pas déjà mort d'inanition.

Tête

Le profil de la marmotte marque son adaptation à la vie souterraine en zones froides. Les oreilles sont petites, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une ouïe excellente. L'œil sombre possède une rétine particulière, couverte de cellules en cônes, mais sans cellules à bâtonnets, et sans fovéa, qui permet la mise au point de la vision. Comme l'écureuil, la marmotte possède à la commissure des lèvres des glandes jugales. La fourrure de la tête est plutôt foncée, notamment le front, les oreilles et la nuque. Inversement, entre le front et le nez, il y a souvent une tache claire.

Pattes

Les pattes avant de la marmotte ont quatre doigts, dont le troisième est un peu plus grand que les autres ; le pouce a complètement disparu. Chaque doigt est muni d'une griffe longue et puissante. La paume est nue et possède cinq pelotes, trois à la base des doigts et deux plus importants situés en arrière. À la surface des pattes antérieures, la présence de coussinets de peau nue explique peut-être leur sensibilité et leur habileté à saisir des objets.

3. Les autres espèces de marmottes

Les représentants du genre Marmota sont nombreux puisqu'on dénombre 14 espèces, toutes réparties dans les régions froides de l'hémisphère Nord, deux d'entre elles atteignant même les rives de l'océan Arctique. Leurs points communs sont si nombreux qu'il est facile de reconnaître une marmotte d'un autre rongeur. Les différences entre espèces sont surtout liées à leur origine géographique. Les femelles de la plupart des espèces possèdent 5 paires de mamelles.

3.1. Marmotte du Canada (Marmota monax)

Aussi appelée marmotte commune, siffleur ou siffleux au Canada francophone, et woodchuck en anglais.

Identification : pas très grande ; de 2,3 à 5,4 kg en moyenne ; 4 paires de mamelles chez la femelle au lieu de 5.

Habitat : clairières et zones récemment déboisées ; nord de l'Amérique du Nord.

Comportement : espèce solitaire ; territoire individuel variant de 0,4 à 3 hectares ; les jeunes ne connaissent que leur mère ; ils se dispersent à l'automne suivant leur naissance.

3.2. Marmotte du mont Olympic (Marmota olympus)

Assez proche de l'ancêtre des marmottes nord-américaines.

Identification : de 4 à 11 kg ; c'est apparemment la seule espèce qui mue deux fois, au printemps et pendant tout l'été, son pelage s'éclaircissant pour devenir jaune en août.

Habitat : pelouses alpines, généralement au-dessus de la limite des arbres, de 1 500 à 1 750 m d'altitude ; implantation limitée à 1 760 km2, dans le massif du mont Olympic (État de Washington), aux États-Unis.

Comportement : très social.

3.3. Marmotte des montagnes Rocheuses (Marmota caligata)

Une des plus lourdes de la famille.

Identification : près de 15 kg pour un mâle en automne, la moyenne se situant entre 4 et 9 kg ; couleur du pelage variée ; marques contrastées sur le museau et la tête.

Habitat : plus on monte en latitude plus la localisation baisse en altitude, s'approchant même du niveau de la mer près du détroit de Béring ; du nord-ouest des États-Unis (États de Washington, Idaho, Montana) jusqu'au Canada et en Alaska.

3.4. Marmotte de Vancouver (Marmota vancouverensis)

Identification : espèce mélanique, noir foncé au printemps et brun soyeux en été ; bout du museau jaune.

Habitat : l'île canadienne de Vancouver.

Comportement : pratique le marquage territorial.

  Statut : en danger de disparition.

Effectifs : inférieurs à 100 animaux (36 individus en liberté lors du recensement effectué en 2000, et 40 en captivité).

3.5. Marmotte de l'Alaska (Marmota broweri)

Identification : pas très grande, 3 ou 4 kg seulement.

Habitat : pentes et rivages du nord de l'Alaska.

Comportement : peut hiberner huit mois ; accouplements toujours dans le terrier, avant la sortie printanière.

3.6. Marmotte à ventre jaune (Marmota flaviventris)

Identification : en moyenne de 2 à 5 kg ; ventre jaune, dos fauve caractéristiques.

Habitat : se rencontre du nord au sud du continent américain ; Canada (Alberta, Colombie-Britannique), États-Unis (Nouveau-Mexique, Utah, Nevada, Californie).

Comportement : structure sociale en harem assez rigide ; un mâle dominant contrôle 2 ou 3 femelles. Le territoire familial, défendu, est de l'ordre de 5 000 m2. Les jeunes mâles sont généralement chassés au cours de leur deuxième été.

3.7. Marmotte à tête noire (Marmota camtschatica)

Identification : nette marque noire sur la nuque.

Habitat : depuis le nord du lac Baïkal jusqu'à l'extrême nord-est de la Sibérie et la péninsule du Kamtchatka ; rives de l'océan Arctique au nord ; bords de la mer au Kamtchatka. Sans doute pas présente partout sur cette vaste aire de répartition.

3.8. Marmotte de Sibérie (Marmota sibirica)

Aussi appelée tarbagan ou bobak de Mongolie.

Identification : pas très grande, de 2,3 à 5,4 kg en moyenne.

Habitat : pentes et éboulis, où elle peut creuser son terrier ; son aire de répartition comprend de grandes zones de permafrost où le sol ne dégèle jamais, sauf une mince couche superficielle en été ; elle se rencontre depuis le sud-ouest de la Sibérie jusqu'en Mongolie.

3.9. Marmotte grise (Marmota baïbacina)

Aussi appelée marmotte de l'Altaï.

Identification : pelage gris uniforme, parfois plus foncé sur la tête.

Habitat : steppe plus que haute montagne ; ne descend pas au-dessous de 800 m d'altitude ; Altaï, Mongolie, Chine et haut des vallées du Kazakhstan.

3.10. Marmotte de l'Himalaya (Marmota himalayana)

Identification : de 40 à 80 cm ; pelage brun clair mélangé de noir sur le dos.

Habitat : pelouses alpines, entre 4 000 et 5 500 m d'altitude ; Népal, ouest de la Chine, Inde.

3.11. Marmotte à longue queue (Marmota caudata)

Aussi appelée marmotte rouge. L'une des plus belles marmottes.

Identification : de même taille que la marmotte des Alpes ; queue de 30 cm ; pelage rouge à orange ; dos parfois très foncé, presque noir.

Habitat : étages alpins et subalpins, appréciant les pierriers sur sol fin, qu'elle peut creuser facilement ; monts du Pamir, Tian Shan ; steppe et semi-désert froids à l'est du Pamir ; entre 2 400 et 4 300 m d'altitude en Inde ; également présente au Cachemire et dans l'Hindu Kuch. En Inde, sa répartition est plus occidentale que celle de la marmotte de l'Himalaya.

3.12. Marmotte de Menzbier (Marmota menzbieri)

Identification : pas très grande (comme Marmota monax) ; pelage uni, brun, collerette plus claire autour des joues.

Habitat : montagne ; répartition limitée, au Kazakhstan et au Kirghizistan, autour de la région occidentale des montagnes du Tian Shan.

3.13. Marmotte bobak (Marmota bobak)

Aussi appelée marmotte de steppe.

Identification : un peu plus petite que la marmotte des Alpes ; pelage très clair, sauf le bout de la queue qui reste foncé ; certains individus presque noirs ; espèce peu prolifique vivant en colonies.

Habitat : plaines de basse altitude et terriers dans les endroits secs, bien drainés ; Europe centrale jusqu'au Kazakhstan initialement, seulement à l'est de la mer Noire actuellement.

Statut : l'espèce a aujourd'hui complètement disparu de la partie européenne de son aire de répartition (plaines de Hongrie et de Pologne et à l'ouest de la mer Noire), après la mise en culture de son habitat.

4. Origine et évolution de la marmotte

Témoins des époques froides passées, les marmottes sont de gros rongeurs bien adaptés aux conditions rigoureuses de la vie en montagne. En Europe, seul le castor dépasse la marmotte en taille et en poids. L'un et l'autre font d'ailleurs partie des sciuromorphes (littéralement, les rongeurs dont la forme est celle de l'écureuil).

Apparu certainement en Amérique du Nord à la fin du pliocène, le genre Marmota s'étend à l'Eurasie à la fin du tertiaire ; les plus anciens fossiles eurasiatiques, qui datent de cette époque, ont été retrouvés en Asie occidentale. Sur les divers continents, les ancêtres des marmottes contemporaines ont apparemment suivi, au quaternaire, les mouvements des glaciers, s'installant sur les terres abandonnées par les glaces et couvertes de végétation. Leur répartition actuelle à travers l'Amérique du Nord, l'Asie et l'Europe est liée au retrait des glaces à la fin de la dernière glaciation.

Aujourd'hui, les marmottes (14 espèces) vivent toutes dans l'hémisphère Nord, en altitude ou dans des régions subpolaires. En Europe, l'espèce Marmota primigenia, qui a sans doute disparu des Pyrénées à la fin de la dernière glaciation du quaternaire (à la fin du pléistocène), a, dans sa descendance, Marmota bobak, la marmotte des steppes arides et froides, d'Europe centrale jusqu'au Kazakhstan, et Marmota marmota, l'espèce des Alpes, qui serait apparue lors de la dernière période interglaciaire. Les filiations précises des quatorze espèces de marmottes ne sont pas bien connues, mais il semble que, au cours de leurs mouvements migratoires, certaines populations se soient retrouvées séparées les unes des autres par des plaines ou des forêts, acquérant progressivement chacune des caractères spécifiques.

Toutes les marmottes se ressemblent beaucoup ; seule diffère la couleur de leur pelage. Leur structure sociale varie selon la dureté de leurs conditions de vie : les espèces montagnardes ont adopté un mode de vie plus communautaire que leurs cousines installées dans les plaines.

Objet de curiosité et d'amusement, la marmotte des Alpes hiberne pendant six à huit mois pour pallier le manque de nourriture pendant la saison froide. Durant les autres mois, les prairies alpines retentissent de ses appels. Elle a été réimplantée dans les Pyrénées et introduite dans le Massif central.

5. La marmotte et l'homme

Animal savant, promené de foire en foire, ou sujet de laboratoires, où les scientifiques percent le secret de son hibernation, la mascotte des ramoneurs savoyards a toujours été un objet de curiosité pour les hommes.

5.1. Fausse médecine et véritables études

Si la chasse à la marmotte est aujourd'hui réglementée, cela n'a pas toujours été le cas. Chassée – et ce depuis longtemps dans les Alpes – pour sa viande, elle a aussi été convoitée pour sa peau, transformée en couvertures ou en manteaux, ou pour son cuir, travaillé en lacets ou même en fouets, ainsi que pour sa graisse, aux prétendues vertus médicinales. C'est à l'automne, quand, prête pour un long « sommeil » hivernal, elle a doublé son poids, que la marmotte était une proie de choix.

Les choses ont vraiment mal tourné pour l'espèce lorsqu'un pharmacien suisse affirma que la résistance de la marmotte aux rhumatismes, malgré l'humidité hivernale des terriers, était due à la qualité de sa graisse. Elle devait donc pouvoir guérir cette affection chez l'homme. Cette affirmation sans fondement a considérablement intensifié la chasse à la marmotte pour faire face à la demande grandissante de pommade miracle. Heureusement, des associations suisses de protection de la nature se sont émues de cette situation et ont fait pression sur le pharmacien pour qu'il abandonne son produit, dont l'efficacité n'était pas prouvée. Il était temps, car, en 1944, plus de 16 000 marmottes avaient été officiellement tuées en Suisse.

La marmotte est un sujet d'étude dans les laboratoires, où sont  analysés les paramètres (température, rythmes cardiaque et respiratoire...) de la vie active et de la léthargie hivernale. Aux États-Unis, le woodchuck est également entré dans les laboratoires du fait de sa capacité à développer des maladies comparables à certaines hépatites virales humaines.

Dans le registre de la santé publique, les marmottes asiatiques et américaines jouent un rôle dans le cycle de la peste, car cette infection est causée par une bactérie, Yersina pestis, transmise et entretenue par les puces de certains rongeurs souterrains. Les épidémies qui se déclenchent régulièrement chez certaines populations de marmottes bobak ou de marmottes grises nécessitent, en revanche, la mise en place de campagnes de destruction massive.

Par ailleurs, il semble que la marmotte soit sensible à des germes proches de l'agent responsable de la tuberculose ; et aux États-Unis, les espèces montagnardes peuvent être atteintes d'une fièvre appelée « fièvre boutonneuse des montagnes Rocheuses », qui peut contaminer l'homme si elle lui est transmise par les tiques.

Toutes ces maladies ont des répercussions directes sur les populations de marmottes, mais concernent aussi les sociétés humaines. Un certain nombre d'études sur le terrain ou en laboratoires ont été entreprises pour tenter de déterminer précisément les moyens de soins envisageables pour ces rongeurs et les préventions possibles tant pour les marmottes que pour éviter la transmission de ces maladies à l'homme.

5.2. La chasse aux marmottes

En Europe, les deux principales méthodes pour chasser la marmotte sont le tir au fusil et le déterrement. Animal vigilant, la marmotte avait quelques chances d'échapper aux balles, la famille étant immédiatement prévenue d'une présence ennemie par le sifflement de l'un de ses membres. Les chasseurs ont contourné la difficulté en construisant des abris en pierres à bonne portée des terriers pour y guetter la sortie des animaux au lever du jour. Cette méthode, très efficace, a été largement utilisée lors de la recherche de la graisse « antirhumatismale ». Pratiquée à l'automne, juste avant les premières chutes de neige, elle permettait de capturer des colonies entières au moment où les animaux étaient les plus gras. Si cette technique a fait découvrir la taille et la configuration des terriers d'hiver, elle a surtout décimé les marmottes de certaines vallées alpines.

En France, déterrage et piégeage sont aujourd'hui interdits, de même que la capture ou le transport d'animaux vivants.

Dans d'autres régions du monde, où les ressources locales en protéines sont rares, l'homme chasse la marmotte uniquement pour se nourrir. Dans certaines hautes vallées de l'Himalaya, il existe ainsi un braconnage régulier. L'opinion générale a cependant évolué et, aujourd'hui, on songe avant tout à protéger et à favoriser ces animaux. Une protection parfois accidentelle ! Ainsi, le défrichement de la forêt d'Amérique du Nord, entre le Labrador et l'Alaska, a considérablement favorisé la marmotte, qui a pu ainsi se développer sur un territoire beaucoup plus grand. Mais ses détracteurs lui ont reproché toutes sortes de méfaits : ses terriers minent le sol, et les chevaux ou le bétail peuvent s'y casser les pattes ; ses excavations dans les prairies de fauche endommagent les lames des moissonneuses ; son appétit provoque des désastres dans les champs de céréales ou les potagers de légumes... Et les propositions de méthodes, souvent cruelles, pour limiter les populations de marmottes n'ont pas manqué : pièges, fumigènes, bisulfide de carbone...

Mais les amis de la marmotte sont nombreux et ont défendu les avantages de sa présence : les terriers creusés puis abandonnés par les marmottes servent de refuges à une foule d'espèces qui ne pourraient se maintenir dans des paysages aussi dénudés : opossums, moufettes, lapins à queue blanche, salamandres. La marmotte contribue donc à préserver une diversité importante dans la faune des grandes zones agricoles.

5.3. Une « gentille souris » de montagne

La marmotte tire probablement son nom du verbe marmotter, « parler confusément entre ses dents ». Le rapport n'est pas vraiment évident… En fait, initialement, elle était appelée Mus alpina, souris des Alpes. Une « souris » sympathique qui a très tôt amusé l'homme. Au Moyen Âge déjà, sa vivacité, son habileté et sa position dressée avaient beaucoup de succès sur les marchés et les foires. Les ramoneurs savoyards et leurs marmottes-mascottes n'ont fait que perpétuer cette tradition. Les relations du cousin américain, le fameux woodchuck, avec l'homme sont, elles aussi, anciennes. Son nom vient en fait de noms indiens, otcheck, en cree, ou otchig, en chippewa, qui se réfèrent d'ailleurs à un tout autre animal carnivore : la martre de Pennant. Inutile d'essayer de traduire « woodchuck » pour y trouver un quelconque rapport avec la marmotte.

Au Canada, une croyance relativement récente donne à la marmotte le même rôle que nous attribuons à la grenouille de la météo. Si une marmotte sort de son terrier le 2 février, son comportement laisse présager la longueur de l'hiver. Si, voyant son ombre se dessiner sur le sol, elle prend peur et repart se cacher dans son terrier, c'est que l'hiver sera long. Au contraire, si le ciel est couvert, elle reste et se promène en surface, signe que les beaux jours ne sont pas loin.