En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

ours brun

Ours brun
Ours brun

Malgré sa réputation de fauve violent, l'ours brun a plutôt pour habitude d'éviter l'homme autant qu'il le peut. Les seuls individus susceptibles d'attaquer sont généralement des animaux blessés, surpris, dérangés durant leur hivernation, ou des femelles défendant leurs oursons. Solitaire et insociable par nature, l'ours se tient même à distance de ses congénères.

Introduction

L'origine de sa famille – les ursidés –, qui rassemble les ours ainsi que le grand et le petit panda, remonte à quelque 30 millions d'années. La lignée des ours eux-mêmes, la sous-famille des ursinés (les pandas forment celle des ailurinés), a dû apparaître durant le miocène, voici 10 ou 15 millions d'années. À la fin du pliocène, il y a environ 2 millions d'années, cohabitent en Europe plusieurs ours : l'ours étrusque, ancêtre probable de l'ours brun, et les ours du quaternaire dont l'ours des cavernes.

L'ours des cavernes (Ursus spelaeus) est un très gros ours, assez proche morphologiquement de l'ours brun mais beaucoup plus végétarien que lui. Cet énorme animal disparaît sans descendance, il y a environ 12 000 ans, à la fin de la dernière glaciation, sans que l'on comprenne pourquoi.

L'ours étrusque (Ursus etruscus) occupe l'Eurasie à la fin du tertiaire. Sa taille est voisine de celle de l'ours brun actuel, et on pense d'ailleurs qu'il en est l'ancêtre.

L'ours brun (Ursus arctos) fait son apparition en Eurasie il y a environ 700 000 ans. Sa présence en Amérique est récente ; il y occupe encore le nord-ouest. Elle l'est encore plus en Afrique, où il n'a fait qu'une brève apparition.

Lors de la dernière glaciation quaternaire, voici quelque 20 000 ans, trois espèces d'ours vivent sur le territoire de la France : l'énorme ours des cavernes, l'ours blanc qui hante les côtes en hiver, venant du nord avec la banquise, et l'ours brun.

De 1758 à 1947, environ 275 races d'ours bruns ont été décrites. Aucune autre espèce de mammifères n'a eu ce privilège. Pourtant, la plupart de ces formes ne sont pas des sous-espèces, mais des variations régionales ou de simples lignées locales. L'ours est en effet une espèce extrêmement polymorphe, tout comme l'est le loup. Lorsque l'animal était répandu sur l'ensemble de la zone couvrant l'Amérique du Nord, l'Eurasie du Nord et l'Afrique du Nord, il suffisait donc de parcourir son aire de distribution pour passer insensiblement d'une forme à une autre. Aujourd'hui, les systématiciens ne reconnaissent plus qu'une vingtaine de sous-espèces (leur nombre exact est encore discuté), fondées essentiellement sur la taille des individus, la couleur de leur pelage et leur répartition.

La vie de l'ours brun

En hiver, l'ours ne dort que d'un œil

L'ours est un ermite qui se retire dans sa retraite chaque année, tant que la neige qui recouvre le sol l'empêche d'accéder à ses ressources naturelles.

À l'automne, l'ours prépare avec soin sa tanière. Si la place manque, ou si sa tanière de l'année précédente est encombrée de débris divers, il se contente d'agrandir un peu l'espace. Le site choisi peut être un enchevêtrement d'arbres abattus, un gros arbre creux (il n'y en a plus guère en Europe de l'Ouest), un abri sous une roche, une poche de décalcification ou le trou laissé par les racines d'un arbre renversé. L'ours élimine les pierres de l'abri et y installe souvent une litière de branchettes et de mousse. L'entrée peut être sommairement obstruée à l'aide de terre et de branches, ou même de neige dans les contrées où l'hiver est rude.

Mais l'ours n'hiberne pas à la façon des marmottes qui dorment inertes et profondément refroidies. Il dort à l'abri des frimas, claquemuré dans l'antre qu'il s'est aménagé : il hiverne. Pendant cette période, il est dans un état physiologique assez semblable à celui d'un humain profondément endormi sous l'effet d'une drogue. Sa circulation sanguine et sa respiration se ralentissent jusqu'à leur minimum physiologique, mais sa température interne ne baisse que très légèrement, de quelques degrés seulement (au contraire de la marmotte, par exemple, chez qui elle peut baisser de 30 °C). Son rythme cardiaque, au cours des premières semaines d'hivernage, est cinq fois plus lent que celui de l'animal actif (8 battements à la minute contre 40).

La durée de l'hivernation varie selon les régions. Dans les pays les plus froids, elle peut commencer en octobre et se poursuivre jusqu'en mai, à la fonte des neiges. En Europe occidentale, elle débute en décembre, en janvier ou en février. Parfois, dans les régions les plus méridionales (Pyrénées, Abruzzes, Iran, Caucase, Chine...), elle n'a pas lieu du tout, ou de façon épisodique.

Jusqu'à six mois sans nourriture

L'ours est bien adapté à son jeûne hivernal. De la fin de l'été jusqu'à la fin de l'automne, il amasse de la graisse : cette graisse lui fait gagner 15 cm autour des reins et elle peut atteindre 40 % du poids total de l'animal. De la sorte, l'ours peut passer la saison des neiges dans une totale inactivité, en utilisant les calories qu'il a emmagasinées.

Un jeûne précède l'entrée en hivernage. L'ours cessant de s'alimenter, son tube digestif se vide. Au début de son hivernage, il sort encore de temps en temps pour achever de vider ses intestins. Puis, quand son tube digestif est totalement vide, un bouchon rectal de méconium se forme (comme chez les nouveau-nés), qui sera expulsé au printemps.

L'ours brun dort d'un sommeil prolongé, mais fréquemment entrecoupé de réveils. Sa vigilance n'est guère amoindrie. Si l'on marche sur sa tanière, il en a parfaitement conscience, mais il ne bronche pas tant que l'on n'essaie pas de pénétrer dans son abri. Il est toujours prêt à réagir en cas de danger. Un ours dérangé pendant son hivernage ne revient pas dans sa tanière, il ira en occuper une autre, probablement plus sommaire et très éloignée de la première. S'il est dérangé trop souvent, il s'en va définitivement.

Pendant son hivernation, l'ours perd jusqu'à 1/5 ou 1/4 de son poids automnal, un amaigrissement essentiellement imputable à ses réveils hivernaux. Lorsqu'il sort au printemps, amaigri, il paraît un peu efflanqué.

Un promeneur qui laisse ses traces

Un promeneur qui laisse ses traces



L'ours est un animal discret que l'on approche difficilement. Pourtant, lors de ses promenades quotidiennes, il laisse derrière lui nombre de marques qui signalent sa présence.

Les reposées, utilisées pendant environ 60 % du temps de l'ours, sont de petites dépressions qui se reconnaissent aux poils et aux crottes abandonnés par leur dernier occupant.

Ailleurs, avec ses crocs et ses griffes, il dénude des arbres pour en consommer l'aubier : ce sont les écorçages.

Les crottes permettent de connaître avec une grande précision la nature des repas de l'ours. Un adulte peut en laisser sept par jour.

Au début de l'été, époque de la mue, les poils égarés jalonnent les chemins qu'il emprunte.

Un omnivore à dominante herbivore

L'ours brun est un omnivore dont l'alimentation varie selon les saisons. Charognard à la fin de l'hiver, il devient chasseur au printemps, cueilleur en été et à l'automne. Opportuniste et adepte de la loi du moindre effort, il prend tout ce qui passe à portée de sa gueule, en s'adaptant intégralement aux conditions offertes par son milieu. La majorité de ses repas est d'origine végétale : fruits et baies (myrtilles, fraises, framboises, sorbes), tubercules, graminées, glands, faines, scolopendres, etc. En une année, la viande ne représente jamais plus de 25 % de sa nourriture. L'ours brun mange beaucoup, de 10 à 20 kg par jour.

Selon des analyses réalisées sur des excréments d'ours des Pyrénées, le régime de l'espèce  serait constitué de 75 % de végétaux, de 15,6 % de mammifères et de 9,4 % d'insectes. Certains éléments constitutifs des crottes sont faciles à reconnaître, comme le crâne des micromammifères, les élytres des insectes, les graines, les végétaux. Mais d'autres ne laissent aucune trace ; c'est le cas du miel, dont il raffole.

Au printemps, alors qu'il sort affamé du long jeûne de l'hivernation, il ne recommence que lentement à s'alimenter. Entre avril et juin, le monde végétal ne peut guère lui offrir que des jeunes pousses, des bourgeons, quelques bulbes et rhizomes. L'ours est alors très carnassier, recherchant insectes, vers, larves, poissons, gibier, bétail.

Peu à peu, avec l'été, l'ours revient à son régime majoritairement végétal. De la fin de l'été à la fin de l'automne, il mange énormément, pour accumuler la graisse dont il a besoin lors de son sommeil hivernal. Dans les climats tempérés et froids, c'est la saison où la nature fait mûrir en abondance fruits sucrés, graines huileuses, champignons, racines féculentes ou gorgées de miel, qu'il ramasse en se servant de ses griffes comme d'un peigne. Les fourmilières pleines d'insectes ne manquent pas, les jeunes rongeurs ni les grenouilles non plus. Aussi délaisse-t-il les proies qu'il chassait au printemps.

Furetant nuit et jour, très calme et très actif à la fois, l'ours met à profit la finesse de son odorat pour piller les réserves aménagées par d'autres animaux, en particulier l'écureuil, le geai, le renard et le blaireau. Les traces de son passage sont visibles : troncs émiettés, sol labouré, écorces arrachées...

Carnivore un peu, beaucoup…

Si elle est principalement végétarienne, l'alimentation des ours bruns varie néanmoins selon les régions du monde. Dans les Rocheuses canadiennes, le grizzli chasse l'élan et le wapiti, l'écureuil terrestre et la marmotte, les chèvres de montagne et autres mouflons. Il peut même se nourrir de son cousin, l'ours noir ou baribal. En Scandinavie et dans la chaîne himalayenne, il se montre également particulièrement carnivore. Au contraire, dans le parc national du mont McKinley, en Alaska, l'ours brun semble vivre essentiellement de végétaux et de charognes. C'est un chasseur occasionnel, lorsqu'il croise des rennes. Pendant l'été, il complète son régime en pêchant les saumons qui remontent les rivières.

Le régime alimentaire de l'ours des Pyrénées

Le régime alimentaire de l'ours des Pyrénées



Si l'ours des Pyrénées mange beaucoup, c'est parce que les végétaux qui constituent, avec les fruits et les baies, l'essentiel de son alimentation sont peu nourrissants. La viande ne dépasse jamais plus de 25 % de son alimentation : chaque ours des Pyrénées ne tue pas plus de 4 brebis par an. Les mammifères sauvages consommés incluent les petits rongeurs et les poissons. Le miel des abeilles sauvages est pour lui un régal.

Une éducation stricte pour oursons turbulents

Les ourses sont en chaleur entre avril et août. L'ourse réceptive se laisse fréquenter par le ou les mâles du voisinage. Après quelques jours de randonnées et de caresses, elle est saillie au cours d'un accouplement discret, mais étonnamment long.

Après la fécondation, l'œuf formé ne s'implante pas tout de suite dans la paroi de l'utérus ; il entre en sommeil jusqu'à l'automne. Vers la mi-novembre, il s'implante, reprend ses divisions et se met à grossir. La gestation ne dure que 2 mois environ, mais il s'écoule donc de 6 à 8 mois entre l'accouplement et la mise bas. Dans sa tanière soigneusement aménagée, l'ourse va donner naissance au cœur de l'hiver, en général en janvier, à une ou plusieurs « larves » grisâtres et glapissantes.

Ce géant qu'est l'ours brun a en effet des nouveau-nés incroyablement petits et fragiles. À peine recouverts d'un vague duvet frisé, aveugles et sourds, seulement pourvus de griffes, ils ne savent que gémir d'une voix aiguë quand ils ont froid ou faim. Ils ressemblent à des chiots sans queue. Le plus souvent, les oursons sont deux, chacun pesant de 300 à 400 g, soit 1/500 du poids de leur mère, mais une ourse peut mettre bas jusqu'à quatre petits par portée. En revanche, elle n'est pas forcément féconde chaque année.

Les premiers mois dans l'obscurité de la tanière

L'ourse est toute tendresse pour ses nouveau-nés : elle les prend dans ses paumes pour mieux les lécher, les porte jusqu'à ses mamelles et les soutient d'une patte contre sa poitrine quand ils sommeillent. Ils passent les premiers mois de leur existence dans l'obscurité de la tanière maternelle, confortablement nichés dans l'épaisse fourrure de leur mère. Ils tètent fréquemment quand elle dort, mais elle se réveille souvent pour prendre soin d'eux. Elle se met tantôt sur le dos, tantôt sur le flanc pour qu'ils atteignent plus facilement ses mamelles. C'est un miracle que l'ourse n'écrase pas sa minuscule progéniture. Cette mère énorme  fait preuve dans ce cas de trésors de délicatesse.

Son lait est peu abondant, mais très riche. Le prélèvement des oursons sur les réserves de leur mère est insignifiant. La croissance des petits dans la tanière est assez lente : 3 ou 4 mois après leur naissance, ils ne pèsent que quelques kilos. Durant cette première saison, ils sont couverts d'une fourrure dense, d'une tonalité souvent assez sombre, avec un V clair dessiné sur la poitrine.

Au cours de ses premières sorties printanières, l'ourse laisse ses petits dans la tanière. C'est dans ces moments-là qu'ils sont peut-être le plus exposés aux prédateurs. Il est en effet facile à un loup ou à une panthère de tuer la portée momentanément seule.

Espiègleries et gifles

Très vite, entre avril et mai, ils ont l'autorisation de sortir et l'allaitement cesse alors (il aura duré 4 mois environ). Les petits se mettent à suivre le régime alimentaire de leur mère. Pendant leurs premiers mois à l'extérieur, les oursons n'ont pas le droit de s'éloigner de l'ourse, encore moins de marcher devant elle. Leur mère est d'une vigilance extrême à leur égard, devant mater en permanence les velléités d'indépendance des oursons qui font preuve d'une insatiable curiosité. Quand ils sont trop loin, l'ourse lance de brefs grognements ; si l'admonestation ne suffit pas, elle va les chercher et les ramène dans sa gueule, délicatement ou à coups de pattes. Les corrections sont infligées sans mollir : . Gifles et fessées inculquent les principes de la prudence vitale.

Avec l'été, la croissance des oursons s'accélère. Grâce à une nourriture abondante, ils atteignent entre 10 et 20 kg à la fin de leur premier automne. Ils s'enhardissent et leur mère les laisse de plus en plus libres, sans toutefois leur permettre de trop s'exposer au danger. Les oursons abordent la deuxième phase dangereuse de leur existence, ils peuvent rester de longs moments seuls, faire de mauvaises rencontres ou se mettre dans des situations périlleuses. Apeurés, ils grognent et glapissent, ce qui fait accourir l'ourse. Elle les décroche, les décoince ou les repêche en les giflant sans ménagement. Si un prédateur – ou un humain – les effraie, elle menace l'indésirable, et charge furieusement pour protéger la fuite des petits. Son courage n'a pas de limites quand elle estime sa progéniture en danger.

Souvent, les oursons restent 18 mois en compagnie de leur mère. Ils passent leur premier hiver avec elle. Cette année-là, elle ne se reproduit pas. Mais c'est un autre moment critique dans l'existence des oursons : ils risquent de mourir si l'hiver est précoce et froid. Ils quittent leur mère au cours de leur deuxième été.

La tanière des oursons pendant leur premier hiver

La tanière des oursons pendant leur premier hiver



Les tanières des ours bruns d'Alaska, ou kodiaks, comportent toutes une entrée étroite et une chambre. Pour la moitié des tanières observées, un tunnel sépare la chambre de l'entrée. Aux alentours de la tanière d'un groupe familial (une ourse et deux jeunes nés l'année précédente), des reposées forment des dépressions dans le sol ou la neige. Elles sont creusées par les animaux lorsqu'ils sortent pour la première fois à la fin de l'hiver. Les ours les utilisent jusqu'à ce qu'ils quittent le site.

Les pêches au saumon des grizzlis

Les ours bruns se regroupent parfois au bord des torrents, bien qu'ils vivent souvent seuls. Lorsque la nourriture est concentrée, on assiste à des rassemblements d'animaux exceptionnels. Ainsi, en Amérique du Nord, lorsque les saumons remontent les rivières à la saison du frai, on peut voir plusieurs grizzlis péchant côte à côte. En fait, une tolérance considérable règne à l'intérieur de ces groupes régis par une hiérarchie stricte. Les animaux de plus haut rang sont les grands mâles adultes, que tous les autres ours tentent d'éviter. Les animaux les plus agressifs sont les femelles accompagnées de leurs petits, car elles ne supportent pas que les autres ours s'approchent. Les femelles seules, les jeunes mâles et les adolescents sont, en ordre décroissant, les moins agressifs. Les bancs de poissons qui migrent constituent une ressource abondante pour les ours bruns, car ils leur apportent plus de protéines et de calories que leur régime habituel.

Pour tout savoir sur l'ours brun

Ours brun (Ursus arctos)

L'ours brun (Ursus arctos) est l'un des plus grands carnivores actuels. Seul l'ours blanc le dépasse par la taille et le poids (encore que le kodiak, sa sous-espèce d'Alaska, rivalise avec ce dernier). C'est un gros et fort animal, un quadrupède arrondi et ramassé, aux extrémités courtes et larges, presque dépourvu de queue, couvert d'une épaisse fourrure. Sa grande taille le protégeant du froid, il consomme moins d'énergie. C'est pourquoi il n'a pas toujours besoin d'aliments riches d'origine animale et peut profiter de l'abondance et de la diversité des végétaux.

Sa denture est adaptée à son régime omnivore : fortes canines de carnivore, molaires importantes et broyeuses de végétarien et prémolaires en nombre variable selon les animaux.

Ce plantigrade est doté de membres antérieures courts et larges, terminés par des griffes, dont il se sert tantôt comme d'un outil, tantôt comme d'une arme dissuasive. Il est bâti tout en puissance. Les muscles adducteurs qui permettent les mouvements « de gifle » sont les plus développés.

L'ours est un animal polyvalent, qui court, grimpe, nage, creuse. Il peut sauter, mais sa masse lui interdit les exploits. Bien qu'il se dresse souvent sur ses pattes arrière, il ne se déplace qu'à quatre pattes. Il est capable d'accélérations fulgurantes approchant les 50 km/h. Son cœur, relativement gros (1/20 de son poids total), lui permet une grande résistance.

Il n'a pas une très bonne vue mais, en compensation, il peut compter sur un bon odorat et une ouïe fine. Il est en effet capable d'entendre des bruits faibles à plusieurs centaines de mètres et de repérer une femelle en chaleur à plusieurs kilomètres.

Pendant l'hiver, lorsque la nourriture est rare et le froid plus intense, l'ours brun hiverne d'un « sommeil » léger au fond d'une tanière, son organisme se nourrissant des réserves de graisse faites à l'automne. C'est aussi à cette époque que les petits oursons naissent, bien au chaud au fond de la tanière, et sont nourris du lait très riche de leur mère. Très vite, durant leur premier été, les petits, curieux et fureteurs, découvrent la nature qui les entoure.

L'ours est un animal intelligent qui met à profit ses expériences passées. Doué d'une grande force, c'est un solitaire qui évite soigneusement ses congénères. Peut-être est-ce la raison pour laquelle sa face et son regard sont inexpressifs (les expressions faciales, chez les mammifères, servant à la communication entre individus). Le territoire d'un ours brun mâle recouvre celui de plusieurs femelles, mais il ne déborde guère sur celui d'un autre mâle. L'ours brun attaque immédiatement l'intrus qui pénètre sur son territoire.

Les sous-espèces

Les systématiciens ont déterminé une vingtaine de sous-espèces ou races géographiques de l'ours brun. Les huit plus remarquables sont :

Ours de l'Europe et de la Sibérie occidentale, Ursus arctos arctos. Petit ours de 400 kg (femelle 250 kg), assez foncé, souvent flammé de fauve ou de gris. Variation individuelle très grande. En France, les individus sont plus petits.

Ours marsicain des Abruzzes, Ursus arctos marsicanus. Italie (Abruzzes et Trentin). Petit ours dont le mâle ne dépasse généralement pas 200 kg (femelle 150 kg), assez foncé. Très menacé.

Ours brun de Syrie, Ursus arctos syriacus. Le plus méridional de tous les ours. Petit, très clair. Pelage blond avec plus ou moins de brun-roux. On le rencontrait autrefois en Israël et en Jordanie, aujourd'hui la sous-espèce est complètement morcelée géographiquement et très menacée...

Ours de l'Atlas, Ursus arctos crowtheri. Pratiquement inconnue, cette sous-espèce, à peine mentionnée dans les derniers siècles, a dû disparaître complètement au début du xixe siècle.

Ours bleu du Tibet, Ursus arctos pruinosus. Beau pelage très sombre flammé d'argent. Très menacé.

Grizzli, Ursus arctos horribilis. Se rencontre au Canada et aux États-Unis, dans les montagnes Rocheuses. Très menacé.

Grizzli du Mexique, Ursus arctos nelsoni. Éteint depuis le milieu des années 1980.

Ours du Kamtchatka, Ursus arctos beringianus. Grand ours, les mâles atteignant 500 kg. Il vit encore aujourd'hui au Kamtchatka et dans toute l'Eurasie.

Kodiak, Ursus arctos middendorffi. Le plus grand de tous les ours bruns ; les mâles pèsent 600 kg et plus. Il vit sur l'île Kodiak, en Alaska.

OIIRÇ RRHM

OURS BRUN

Nom (genre, espèce) :

Ursus arctos

Ordre :

Carnivore

Famille :

Ursidés

Identification :

Grand plantigrade massif, queue petite. Fortes canines, molaires broyeuses, prémolaires en nombre inconstant tombant tout au long de l'existence de l'animal

Poids :

Mâles : de 80 à 800 kg, femelles : de 60 à 350 kg

Taille :

De 1,80 à 2 m de long : hauteur au garrot : de 1 à 1,50 m ; de 1,50 à 3,80 m debout

Pelage :

Épais, hirsute et soyeux, de couleur variable allant du blond et du cannelle au presque noir ou gris

Régime alimentaire :

Omnivore

Durée de vie :

De 25 à 30 ans dans la nature ; 50 ans en captivité

Maturité sexuelle :

Mâles : 4 ou 5 ans ; femelles : 3 ou 3 ans et demi

Signes particuliers

Dents adaptées

Ses mâchoires solides de carnivore, mues par des muscles énormes, sont armées de fortes canines. En revanche, ses molaires ne sont pas faites pour trancher, mais pour broyer des aliments variés, abondants et coriaces. Les puissants muscles masticateurs, qui servent aussi bien à harponner les aliments avec les canines qu'à les mastiquer longuement avec les molaires, lui donnent une tête arrondie.

Regard inexpressif

L'ours brun a une mauvaise vue et son regard est peu expressif. Il est pourtant très intelligent, ce qui est assez étonnant pour un animal si peu sociable. L'œil, petit et noir, roule dans l'orbite.

Plantigrade solide

Comme l'homme sur ses pieds, l'ours marche en s'appuyant sur toute la surface palmaire ou plantaire de ses pattes. Celles-ci sont très larges, ce qui est nécessaire pour soutenir un tel poids. Son pied mesure en moyenne de 15 à 35 cm de long et de 8 à 18 cm de large. Sa main est moins longue et plus large.

Longues griffes

La main de l'ours, composée de 5 doigts assez déliés, est presque ronde tant elle est large. Chaque doigt est terminé par une longue et forte griffe. Les griffes, qui touchent le sol, s'usent à leur extrémité. Les griffes des pattes avant atteignent de 5 à 7 cm, celles des pattes arrière seulement de 3 à 4 cm.

Les autres ours

Le genre Ursus, les ours, comprend sept espèces, avec l'ours brun. On en a recensé une dans les régions arctiques, trois sous les tropiques et trois dans les zones tempérées et boréales. Un seul continent n'a jamais connu d'ours, l'Australie. Le grand panda (Ailuropoda melanoleuca), qui appartient lui aussi à la famille des ursidés, n'est pas un ours au sens strict.

Ours blanc (Ursus maritimus)

On le nomme encore ours polaire.

Le plus grand des carnivores, avec le kodiak (sous-espèce de l'ours brun). Le plus carnassier des ours, c'est aussi le plus aquatique et le plus septentrional.

Habitat : océan Arctique et ses côtes ; ne s'éloigne jamais beaucoup de la banquise et ne semble pas descendre plus au sud que la côte nord de Terre-Neuve.

Alimentation : carnivore.

Effectifs, statut : entre 20 000 et 25 000. Effectifs en baisse, espèce vulnérable.

Ours noir d'Asie (Ursus thibetanus)

Aussi appelé ours du Tibet ou ours à collier.

Grandes oreilles arrondies. Pelage long et noir à reflets pourpres, tache en V blanche ou crème sur la poitrine, d'où son nom.

Habitat : massifs forestiers montagneux, de l'Iran au Japon.

Effectifs, statut : effectifs en baisse, non estimés avec précision. Espèce vulnérable.

L'ours brun du Pakistan, sa sous-espèce du Baloutchistan, est proche de l'extinction.

Ours baribal (Ursus americanus)

Appelé aussi ours noir d'Amérique.

Plus petit que le grizzli, il a de plus grandes oreilles, et son pelage est plus ras. Sa couleur noire est très variable d'une région à l'autre, s'éclaircissant en bleu, blanc ou cannelle.

Habitat : toute l'Amérique du Nord, un peu plus au sud et nettement plus à l'est que le grizzli.

Effectifs, statut : effectifs en hausse ; entre 850 000 et 950 000 individus. Préoccupation mineure.

La forme d'Alaska (quelques centaines d'individus) est très menacée.

Ours malais (Helarctos malayanus)

Aussi appelé ours des cocotiers.

Très arboricole, c'est le plus petit des ours (70 kg est un maximum pour les mâles, 20 kg un minimum pour les femelles).

Pelage très ras, noirâtre ; tache pectorale jaunâtre.

Habitat : Asie, depuis la Birmanie, jusqu'à Bornéo et Sumatra.

Alimentation : très frugivore.

Effectifs, statut : effectifs en baisse, non connus avec précision. Espèce vulnérable.

Ours lippu (Melursus ursinus)

Aussi appelé ours à longues lèvres.

Ours nocturne et forestier, plutôt petit et très particulier. Truffe proéminente, lèvres allongées très mobiles, épaisse fourrure hirsute et noire, très longues griffes.

Habitat : Bhoutan, Népal, Inde et Sri Lanka.

Alimentation : spécialisée, surtout termites, fourmis et fruits.

Effectifs, statut : effectifs en baisse, non connus avec précision (les estimations varient de moins de 10 000 à plus de 20 000 individus). Espèce vulnérable.

Ours à lunettes (Tremarctos ornatus)

Petit ours primitif arboricole. Pelage noirâtre, tête ornée de deux cercles clairs, d'où son nom. Difficile à rencontrer.

Habitat : Amérique du Sud, du Venezuela et de la Colombie au Pérou et à la Bolivie, hautes Andes, forêts humides tropicales de haute montagne.

Alimentation : omnivore.

Effectifs, statut : effectifs en baisse, non connus avec précision (les estimations varient de moins de 5 000 à 30 000 individus). Espèce vulnérable.

Milieu naturel et écologie

L'habitat naturel de l'ours brun est la forêt de feuillus ou de conifères des régions montagneuses ou des plaines de taïga. L'été, pour échapper aux chaleurs, l'ours peut monter jusqu'à 3 000 m d'altitude. On ne le rencontre plus de nos jours que dans les montagnes et les contrées nordiques, où l'homme le confine et où il s'est bien adapté, puisqu'il ne craint pas l'hiver.

Tous les ours bruns, qui peuplent l'Amérique et l'Eurasie (environ 200 000 individus en tout à la fin des années 2000), appartiennent à la même espèce. Les plus petits d'entre eux étaient autrefois présents en Afrique du Nord (c'est l'ours de l'Atlas, aujourd'hui éteint) ; les plus grands sont les kodiaks d'Alaska, qui peuvent peser 600 kg, voire 800 kg au moment où ils se gavent de nourriture avant d'hiverner. Les ours méridionaux ont dans l'ensemble tendance à être plus petits que les ours septentrionaux. En Eurasie, leur taille augmente régulièrement d'ouest en est, tandis que c'est l'inverse en Amérique du Nord. Les ours d'Europe occidentale atteignent 300 kg – un poids respectable – et ils mesurent 2 m quand ils se dressent sur leurs pattes arrière. Les ourses sont nettement plus petites.

Dans une même région, la taille des ours se révèle très variable en fonction des lignées et de l'âge des individus. L'ours brun est en effet doué d'un polymorphisme extraordinaire qui lui a permis de s'adapter aux régions si diverses dans lesquelles il est réparti.

Il module ses activités en fonction des terrains qu'il rencontre : dans les zones accidentées, qui ne favorisent pas les déplacements, il se montre plus sédentaire, alors qu'il se déplacera plus volontiers dans les plaines ou sur les plateaux. Le grizzli, en Amérique du Nord, est un plus grand voyageur que l'ours brun d'Eurasie.

La majorité de l'espèce se trouve actuellement dans les régions forestières et boréales. Les populations d'ours ont, dans la plupart des régions, été repoussés vers des régions encore peu exploitées par l'homme, de la toundra forestière au bush de saules et d'aulnes, et de la forêt de conifères aux pelouses d'altitude des Rocheuses. C'est en effet aux États-Unis et au Canada que les ours bruns occupent encore les zones les plus conformes à leur habitat préféré. Au début du xxe siècle, ils vivaient également dans la Grande Prairie, à l'est des Rocheuses, mais l'aire de répartition nord-américaine demeure étendue aujourd'hui.

En Asie, près des 4/5 de la population restante d'ours ont été refoulés vers le nord et occupent les forêts boréales. Condamnés à s'établir dans des régions inhabitées, les ours ont su s'adapter aux steppes et au désert du Tibet, aux marais ou à la toundra arctique. C'est dans les territoires les plus hostiles qu'ils ont besoin des espaces les plus étendus. Sur des surfaces de plusieurs milliers de kilomètres carrés, ils sont sans cesse à la recherche de leur nourriture.

L'ours brun vit en faible densité dans toute son aire de répartition. En Europe, les quelques milliers de survivants occupent un habitat très fragmenté, derniers vestiges de l'environnement naturel de l'ours brun, qui ne subsiste plus qu'à l'Est, tandis que quelques noyaux tentent de résister à l'Ouest. Les populations les plus menacées se trouvent dans les Pyrénées (françaises et espagnoles), dans les Alpes du Trentin et dans les Abruzzes (Italie), dans les monts Cantabriques (Espagne) et en Grèce.

Peu d'ennemis notables

Avide de tranquillité, l'ours brun, par sa présence, est un bon indicateur de l'équilibre des forêts, face aux déprédations de l'homme. L'ours n'a pas d'ennemi notable, sinon le lion, le tigre ou l'ours blanc, mais de telles rencontres sont rares. Au Kamtchatka, les ours ne sont, dit-on, que très rarement attaqués par des loups. En revanche, les oursons sont beaucoup plus vulnérables, en dépit de la surveillance sourcilleuse de leur mère : lions et tigres autrefois, loups, coyotes, pumas, panthères, lynx, gloutons, selon les régions où ils se trouvent, guettent ces proies faciles. Il arrive en outre que certains ours soient tués par leurs congénères, surtout au moment de la dispersion des jeunes.

L'ours brun ne peut être considéré comme un prédateur d'ongulés, à l'exception des moutons domestiques. C'est ainsi que dans les Abruzzes, selon Franco Zunino, il ne manifeste aucune agressivité vis-à-vis des autres animaux (cerf, chamois, sanglier). Aussi les chamois, qui partagent avec les ours les mêmes zones de refuge, vont-ils parfois jusqu'à utiliser leur couche.

Vagabond omnivore, l'ours n'effectue qu'un prélèvement limité sur tous les aliments qu'il consomme tour à tour. Il agit comme un prédateur modéré, tout en favorisant la dispersion des graines. C'est le cas des baies, des myrtilles ou des framboises dont il se gave et dont les graines sont déplacées par endozoochorie, c'est-à-dire transportées à l'intérieur : elles seront en effet rejetées dans les crottes. Dans les Pyrénées, l'animal exploite, quand il n'est pas dérangé, tous les étages de la végétation, depuis les collines de basse altitude peuplées de noisetiers, de chênes, de buis, de fougères, en passant par des montagnes de 800 à 1 800 m, où se trouvent le sapin et le hêtre, jusqu'à l'étage subalpin, où poussent les graminées, les rhododendrons, le sorbier et les myrtilles.

L'ours et l'écosystème pyrénéen

Les ours des Pyrénées (versants français et espagnol) se répartissent en trois noyaux de peuplement, respectivement dans les Pyrénées occidentales, centrales et orientales. La population pyrénéenne totale est d'une vingtaine d'individus (entre 19 et 23 animaux en 2008). Elle résulte essentiellement de réintroductions pratiquées depuis le milieu des années 1990 ; la souche pyrénéenne elle-même étant quasiment éteinte (2 mâles en 2008).

C'est durant l'hiver que les ours qui n'hivernent pas vagabondent le plus, quand la montagne est moins utilisée par l'homme. Durant l'automne aussi, dans une certaine mesure. En revanche, le printemps et l'été correspondent aux périodes où les animaux sont le plus sédentaires parce qu'ils trouvent dans leur environnement proche toutes sortes de baies.

Ainsi, les biotopes à ours semblent être ceux où les animaux sont le plus tranquilles. Les plantigrades choisissent, en la matière, plusieurs milieux privilégiés : un flanc de montagne boisé et isolé offre à l'ours couvert forestier et nourriture variée, auxquels s'ajoutent grottes et abris sous roche dans les massifs calcaires. Une zone boisée, juxtaposée à un espace ouvert sillonné de ruisseaux, lui permet de trouver fruits des bois, plantes des pelouses et des landes, pontes de batraciens. Enfin, il convient d'ajouter à ces biotopes de premier choix des « issues de secours », zones de repli ou passages offrant la possibilité d'échapper rapidement à tout intrus.

L'ours brun et l'homme

Un roi déchu presque disparu

Le pire ennemi de l'ours est l'homme, qui le traque sans cesse. Les mesures de protection mises en place, en particulier, depuis le milieu des années 1990, si elles n'ont pas eu d'effet miraculeux, ont permis de maintenir quelques populations à un niveau viable, mais pour combien de temps ?

Chassé depuis la nuit des temps

Dès la préhistoire, des représentations d'ours comme celle de la grotte des Trois-Frères, dans l'Ariège, nous montrent qu'ils étaient lapidés et criblés de flèches pour être tués. Mais les motivations de ces chasses sont difficiles à élucider. On ne sait si les ours étaient considérés comme du gibier ou s'il existait un culte de l'ours. L'un et l'autre, peut-être. De toute façon, l'ours brun a toujours été pourchassé par l'homme. C'est avec les débuts de l'agriculture que les rapports entre l'ours et l'homme se dégradent. Leurs goûts communs les mènent au conflit.

Au Moyen Âge, la dépouille de l'ours se payait un bon prix. On taillait des vêtements dans la peau (et, il y a peu encore, les chapeaux de la garde royale anglaise), la viande était très prisée. L'ours était aussi doté de vertus médicinales pour lutter contre certaines maladies : fiel (syphilis), lard (tuberculose), cervelle (épilepsie).

L'ours brun dans le monde

À partir du xe siècle, l'ours brun a été éradiqué des îles et des plaines ; il est allé se réfugier dans les montagnes et dans les contrées du Nord où il pouvait plus facilement se défendre contre l'homme. Le développement des armes à feu a largement contribué à la lente disparition de l'espèce au fil des années. Particulièrement au xixe siècle, où les derniers spécimens qui vivaient dans les massifs montagneux font l'objet d'une extermination quasi systématique dans l'ensemble de l'Europe. Dans les Pyrénées, ce fut une véritable hécatombe entre 1820 et 1860. Le coup de grâce a été porté à l'espèce sur tous les continents par l'avènement des routes carrossables et de l'automobile.

Nulle part dans le monde, l'ours n'est plus guère tranquille qu'en Sibérie. Si l'espèce ne présente pas globalement de risque d'extinction à l'échelle mondiale, elle comprend des populations ou des sous-espèces très menacées.

En Europe – hors de France –, la situation de l'ours brun est moins désespérée que dans les Pyrénées, ce qui ne signifie pas qu'elle soit forcément plus prometteuse.

En Italie, le parc national des Abruzzes abriterait une trentaine d'ours marsicains, mais l'affluence touristique provoque leur fuite hors de ce périmètre protégé. Dans les Alpes du Trentin, toujours en Italie, il en reste quelques individus à peine. Enfin, les ours bruns du Frioul-Vénétie-Julienne, sur la frontière slovène, sont entre 15 et 20.

En Espagne, les ours des Pyrénées sont les mêmes que ceux de France (une vingtaine d'individus), les différents individus se déplaçant d'un versant à l'autre. L'ours des monts Cantabriques, moins dérangé et mieux protégé que dans les Pyrénées, se répartit en deux populations séparées : un noyau occidental de 80 à 100 ours (estimations 2005), un noyau oriental de 25 à 30. Le premier connaîtrait une démographie prometteuse, bien qu'il soit encore vulnérable ; le second est plus menacé.

Dans les pays scandinaves, les ours sont sérieusement préservés. En Norvège (où ils n'étaient plus que 50 en 1965), ils font l'objet de mesures de protection depuis 1973, si bien que les effectifs ont remonté de façon importante. Il en est de même en Suède. La Scandinavie abrite aujourd'hui quelques centaines d'ours.

En Europe centrale et de l'Est, c'est dans les Carpates et dans la péninsule des Balkans que l'on trouve encore le plus d'ours, répartis en populations de taille variable. La Slovénie possède une population d'ours bien préservée, avec environ 500 individus, et dont les effectifs sont en augmentation.

C'est la Russie qui abrite la population la plus importante, avec 120 000 ours bruns, répartis dans les zones privilégiées non habitées et les réserves.

Sur le continent américain, les États-Unis possèdent environ 32 500 ours bruns appartenant à deux sous-espèces, le kodiak (île Kodiak du sud-ouest de l'Alaska, environ 3 000 animaux) et le grizzli (Rocheuses du Nord et parcs nationaux). Le Canada quant à lui abrite plus de 21 000 grizzlis.

L'extermination de l'ours en france

Après 1650, l'ours brun – repoussé par l'occupation humaine de ses territoires – s'est cantonné dans les Alpes, le Jura, les Vosges, le Massif central et les Pyrénées, plus inaccessibles aux hommes. D'ailleurs, cent ans plus tard, Buffon notait que l'ours n'appartenait plus, en France, à la faune habituelle. À la fin duxviiie siècle, il a disparu du Massif central et des Vosges, à la fin du xixe siècle, du Jura. La population alpine survit jusqu'à la fin des années 1930 (dernier ours vu en 1937). Les ours des Pyrénées, très menacés, sont dès lors les derniers ours français.

La population pyrénéenne a entamé son déclin au xviiie siècle, en raison de la chasse (organisation de battues) et des empoisonnements pour préserver les troupeaux de moutons. D'après l'Histoire de la chasse à la grande faune dans les Pyrénées françaises du xvie siècle au xxe siècle de J.-C. Bouchet (université de Pau, 1988), plus de 1 700 ours auraient été tués de 1515 à 1940.

Dans les Pyrénées, sur quelque 10 000 km2 de zones potentiellement favorables à leur présence, vivent dans les années 1930 environ 150 à 200 ours. Sur la même superficie, ils ne sont plus qu'environ 70 au milieu des années 1950. À partir de 1962, la chasse à l'ours est interdite partout en France, mais cela n'empêche pas les braconniers d'opérer ; de plus, les empoisonnements ne sont pas rares. Par ailleurs, les multiples routes qui quadrillent les Pyrénées pour faciliter le tourisme d'hiver et d'été sont source de dérangements incessants pour l'animal. L'ours pâtit également de sa réputation de prédateur, on l'accuse de ruiner les éleveurs de moutons. Le déclin des ours pyrénéens se poursuit jusqu'en 1995, date à laquelle il ne reste plus que 5 ours. Une action gouvernementale est alors mise en place, sous la tutelle du ministère de l'Écologie, le Programme de restauration et de conservation de l'ours dans les Pyrénées. C'est l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (OFNCFS) qui est chargé du suivi de la population ursine pyrénéenne.

Le Programme inclut notamment le renforcement de l'espèce en important des individus de Slovénie, et se poursuit toujours (5 lâchers d'ours slovènes en 2006, 1 en 2007). Les relations avec l'homme ne sont pas pour autant aisées (braconnage, empoisonnements, accidents de chasse – à l'image du décès de l'ourse Cannelle en 2004, dernière femelle de souche pyrénéenne –, on estime qu'une trentaine d'ours a été tuée depuis l'interdiction de la chasse), mais la population des ours des Pyrénées est aujourd'hui considérée comme viable, avec une vingtaine d'individus en 2008.

L'ours et les langues européennes

Le nom latin d'ursus est d'origine indo-européenne et vient du mot orksos, d'où dérivent les noms de l'ours : arktos (grec), arz (breton), arth (gallois), art (irlandais), ours (français). Une autre racine indo-européenne désignant la couleur brune (ber, bor) a donné Bär (allemand), bear (anglais), baloo (hindi, cf. le Livre de la jungle).

Des milliers de noms de lieux (toponymes), en Europe, ont trait à l'ours. Orsière, Orcière ou Oursière attestent la présence de l'ours dans les pays de langue romane, de même que Bärenberg, Bärenbach, Bernwiller dans les pays de langue germanique. Deux capitales d'Europe, Berlin (du balte Berolinan ou « lac de l'ours ») et Berne, doivent leur nom à l'ours.

Un roi détrôné par le lion

Peu d'ours sont évoqués dans l'art rupestre (17 000-10 000 avant J.-C.), mais ils figurent souvent avec des hommes, ce qui laisse entendre des relations de type totémique ou magique. Plus près de nous, dans l'Antiquité, l'ours est mentionné dans les cultures grecque et latine, mais il est surtout présent chez les peuples nordiques où il apparaît souvent comme le roi des animaux.

Pour les Européens du Moyen Âge, l'ours est le roi de la création. Il est sans rival, auréolé de crainte et de mystère. Il est ensuite évincé par le lion.

Après la Renaissance, seuls les montagnards et les peuples nordiques ou orientaux restent proches de l'ours. Sur le continent américain, il a laissé des souvenirs vivaces.

Autrefois se déroulait dans tout l'hémisphère Nord la « fête de l'ours ». Allaité par une femme, un bébé ourson recevait des cadeaux. À 4 ans, il était relâché ou sacrifié en faveur du bon voisinage des hommes et des ours.

En Europe centrale, la « danse de l'ours », exécutée par des danseurs vêtus d'une peau d'ours, était censée apporter le bonheur.

Aujourd'hui encore, alors que l'espèce vivante est menacée, la Petite et la Grande Ourse indiquent le nord céleste aux hommes, depuis que, selon la légende, Zeus a changé en constellation la nymphe Callisto transformée en ourse par Artémis.