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Drapeau du Pérou

Pérou

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Carton de situation

Pérou
en espagnol Perú
Nom officiel : République du Pérou

État d'Amérique du Sud, le Pérou est longé à l'ouest par le Pacifique, et bordé au nord par l'Équateur et la Colombie, à l'est par le Brésil et la Bolivie, au sud par le Chili.

Superficie : 1 285 000 km2
Nombre d'habitants : 29 165 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Péruviens
Capitale : Lima
Langues : espagnol et quechua
Monnaie : sol

Chef de l'État : Alan García Pérez

Chef du gouvernement : Javier Velásquez Quesquén

Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel

Constitution :

 Adoption : 31 octobre 1993

 Entrée en vigueur : 29 décembre 1993

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : Président du Conseil des ministres

Législatif

 Congrès

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Peu de pays ont des paysages aussi contrastés. Tropical par sa latitude (de l'équateur au 18e degré de latitude sud), le Pérou voit ses données climatiques modifiées par la masse des Andes et l'influence froide du courant côtier de Humboldt (ou du Pérou). Trois régions s'opposent : la côte (costa), les Andes (sierra) et la forêt amazonienne (montaña ou selva).

   Sur 2 000 km, la côte comporte une étroite plaine littorale coupée par des éperons rocheux, des glacis désertiques, des champs de dunes et les cônes de déjection des rivières venues des Andes, qui créent autant d'oasis dans ce désert littoral. Le climat est frais pour la latitude (la température moyenne annuelle à Lima est de 18 °C, avec une faible amplitude thermique). Les précipitations sont rares (moins de 100 mm), mais l'humidité est forte, sous la forme de brouillards (neblina, garua) qui font reverdir le désert (végétation de lomas).

   Les Andes se divisent en deux cordillères enserrant de hauts bassins et, dans le Sud, un vaste plateau, l'Altiplano. Les vallées, en particulier celles du réseau amazonien, constituent des entailles très accentuées. La Cordillère orientale est la plus haute (Huascarán, Huandoy, Salcantay, Ausangate). Celle de l'ouest porte de hauts volcans au sud ; les cols y sont élevés : 4 800 m au Ticlio, sur la route Lima-Huancayo. La sismicité est forte. Le climat est tropical avec deux saisons pluviométriques bien marquées.

   En fonction de l'altitude, on distingue plusieurs étages écologiques : yunga, jusqu'à 2 500 m, désertique, avec des épineux, des acacias ; quechua, entre 2 500 et 3 400 m, étage tempéré, avec le maïs, divers arbustes et aujourd'hui l'eucalyptus ; l'étage suni, jusqu'à 3 900 m, avec la pomme de terre, divers tubercules et la quinoa ; au-dessus, c'est la puna, steppe d'économie surtout pastorale, puis, après les éboulis, la janca, étage nival au-dessus de 5 000-5 300 m.

   La forêt recouvre le versant amazonien (ceja de montaña), atrophiée par les brouillards au sommet, haute et dense en bas et trouée de plantations (coca, café, cacao, thé ou palmier à huile). La montaña couvre la moitié du pays. À un piémont accidenté succède une ample plaine drainée par les cours sinueux de l'Amazone (Marañón) et de ses affluents (Huallaga, Ucayali, Madre de Dios). Le climat est chaud et humide avec une forêt dense, toujours verte, où l'on a extrait le caoutchouc au XIXe s.

   Le Pérou est régulièrement touché par le phénomène climatique nommé El Niño, déclenché par un réchauffement anormal de l'océan, dans l'est du Pacifique, à la latitude des côtes péruviennes. De périodicité variable, El Niño entraîne, dans la région, un dérèglement des courants océaniques (disparition du courant froid de Humboldt) et, surtout, un dérèglement climatique (pluies diluviennes), aux conséquences souvent catastrophiques (inondations dramatiques, érosion accélérée, chute de la productivité des pêches au large du Pérou…).

La population

Évolutions démographiques

Après plusieurs décennies de croissance accélérée, le Pérou a vu son taux d'accroissement naturel se stabiliser autour de 1,8 % par an dans les années 1990, avec un indice de fécondité de 3 enfants par femme ; au début des années 2000, la tendance reste à la baisse, avec un taux d'accroissement naturel de 1,6 % par an et un indice de fécondité de 2,6. Estimée à 26,1 millions d'habitants en 2001, la population péruvienne est très jeune (33 % des Péruviens ont moins de 15 ans, 4 % seulement ont plus de 65 ans). Le taux de natalité, voisin de 25 ‰, a fortement diminué (il était encore de 31 ‰ en 1991). L'espérance de vie est passée, entre le début et la fin des années 1990, de 65 à 68 ans (71 ans pour les femmes, 66 ans pour les hommes). Les progrès réalisés dans le domaine de la santé, notamment grâce à un meilleur accès aux soins, ont permis la diminution de la mortalité, tombée au-dessous de 7 ‰, et, surtout, de la mortalité infantile (109 ‰ en 1972, 37 ‰ en 2000-2005).

Un peuplement discontinu

La faible densité moyenne (20 hab./km2) ne reflète pas la répartition très ponctuelle de la population. Les oasis de la côte pacifique, certains bassins andins, ainsi que les rives du lac Titicaca apparaissent souvent surpeuplés et contrastent avec les espaces vides de la forêt amazonienne (à l'exception des fronts pionniers) ou de certains déserts de la sierra. Depuis un demi-siècle environ, les migrations se sont intensifiées depuis les hauts plateaux des Andes vers le piémont amazonien et, plus particulièrement, vers la côte, qui regroupe aujourd'hui près de 60 % de la population (contre 30 % en 1940). La colonisation de la forêt dense progresse le long des vallées et autour des villes d'Iquitos (port fluvial sur l'Amazone), de Pucallpa ou de Puerto Maldonado. Parallèlement, des millions de Péruviens, réfugiés de la violence, ont fui les villages andins menacés par le Sentier lumineux et ont émigré massivement vers les villes du littoral (Lima, Trujillo), à la recherche de meilleures conditions de vie. La normalisation qui suivit l'arrestation des chefs du mouvement terroriste, en 1992, a toutefois favorisé le retour de plusieurs milliers de familles dans leurs foyers. L'urbanisation du pays se poursuit : 72 % des habitants vivent aujourd'hui dans les villes, contre 70 % en 1991. On observe, avec Lima, un phénomène accentué de macrocéphalie urbaine : l'agglomération formée par la capitale péruvienne et son port, El Callao, abrite en effet plus du quart de la population du pays et concentre 85 % des administrations, 75 % du grand négoce, ainsi que 85 % de la production industrielle. Viennent ensuite Arequipa puis les métropoles de la côte septentrionale, Trujillo, Chiclayo, Piura et même la récente Chimbote, qui dépassent désormais les anciennes grandes cités andines (Cuzco, Huancayo, Puno, Juliaca). Créées par les Espagnols, ces villes voient leur vieux centre colonial s'entourer de lotissements et de quartiers d'habitat pauvre caractéristiques d'une urbanisation spontanée. Le niveau de vie reste bas, avec de fortes inégalités sociales.

Composition ethnique

La population est en grande majorité indienne (54 %) ou métissée. Les Blancs, minoritaires, descendent pour la plupart d'immigrants espagnols. Parmi les ethnies indiennes vivant au Pérou, les Quechuas sont de loin les plus nombreux (47 % de la population totale). Ils se concentrent en majorité sur les hauts plateaux andins, bien qu'un certain nombre d'entre eux aient fui vers la côte à l'époque des agressions terroristes. Viennent ensuite les Aymaras (5 %), qui vivent, pour l'essentiel, autour du lac Titicaca. Les autres groupes, principalement des Indiens de la forêt (2 %), n'ont que très peu de contact avec le reste du pays, même si l'on suppose que les Ashaninkas (groupe comprenant de 80 000 à 100 000 individus) ont pu servir de guides aux guérilleros vers la fin des années 1980. L'une des difficultés de ce pays fortement compartimenté est l'intégration des trois sous-ensembles (côte, sierra, forêt) sur un même territoire national. Chaque ensemble régional conserve, en effet, une identité très affirmée, renforcée par les dominantes ethniques et les structures locales (droits coutumiers). De plus, l'accès à l'enseignement dans les campagnes a longtemps été rendu difficile par la guérilla et le manque d'infrastructures. Le manque de moyens est considérable : 13 % des enfants entre 6 et 11 ans ne sont pas scolarisés, et, selon le recensement de 1993, 11 % de la population âgée de plus de 15 ans est illettrée (30 % dans les campagnes, 7 % dans les villes).

L'économie péruvienne

La dépendance vis-à-vis des intérêts et des capitaux anglais puis nord-américains, au XXe s., a privilégié le développement de la côte et de la capitale, Lima, marginalisant la sierra, la plus peuplée à l'époque précolombienne. En 1968, le gouvernement militaire du général Juan Velasco Alvarado entreprend une politique nationaliste et réformiste (nationalisations des banques et des compagnies minières et pétrolières, réforme agraire, politique de substitution d'importations). Mais le pays, très endetté, doit accepter, avec le retour des civils, en 1980, une politique économique néolibérale imposée par le F.M.I. (compressions des salaires et des dépenses publiques, hausse des impôts, production à nouveau tournée vers les exportations). La décennie démocratique qui a suivi la longue période de dictature militaire n'est toutefois pas venue à bout des difficultés économiques qui frappent le Pérou, dont la dette extérieure avoisinait 31 milliards de dollars en 1995. Les tentatives de libéralisation des années 1980 se sont avérées infructueuses, en raison de l'importance de la dette et du moratoire obtenu par le pays. En 1990, l'inflation avoisinait 40 % par mois. Lors de son premier mandat (1990-1995), A. Fujimori prend des mesures drastiques pour enrayer l'hyperinflation (retombée à 11,5 % en 1996) et libéralisa ensuite le marché en harmonisant les taux de change et en abolissant les restrictions sur les flux de capitaux. Le secteur tertiaire, qui a connu une forte expansion, réalise aujourd'hui 56 % du P.I.B., contre 7 % pour l'agriculture et 37 % pour l'industrie. La croissance annuelle reste faible (0,3 % en 1998) et les déficits de la balance commerciale et de la balance des paiements ne permettent pas de réduire la dette extérieure ni d'améliorer le niveau de vie d'une population frappée par un taux de chômage élevé.

Agriculture et pêche

Durant la période de réformisme des années 1960-1970, le gouvernement militaire procéda à une redistribution des terres au profit des petits exploitants dans le but d'augmenter la production agricole. Avant la réforme agraire de 1969, les grands domaines des oasis côtières (environ 10 000 haciendas d'une superficie supérieure à 1 000 ha, soit 0,2 % des exploitations), aux mains de l'oligarchie, accaparaient 70 % des terres agricoles. La majeure partie de la population rurale se partageait le reste (près de 90 % des exploitations avaient alors moins de 5 ha), dans la sierra principalement. La réforme agraire a limité la propriété à 150 ha de terres irriguées sur la côte, entre 30 et 55 ha dans la sierra, et créé divers organismes associatifs. La campagne péruvienne est aujourd'hui composée d'unités de production en propriété collective, d'exploitations privées et de petites parcelles paysannes. Mais les circuits de commercialisation, peu favorables aux producteurs, n'ont pas été améliorés.

   L'agriculture péruvienne, qui emploie plus d'un quart de la population active, demeure peu productive et axée sur les cultures vivrières. L'essentiel du revenu des agriculteurs moyens provient en effet de la culture du maïs. Toutefois, pour déborder le marché interne, ceux-ci ont de plus en plus recours à l'exportation de produits non traditionnels (asperges, cacao, cochon de lait et fruits). De même, pour rester concurrentiels, ils s'adaptent aux nouvelles technologies, notamment en matière d'irrigation. L'agriculture péruvienne présente de forts contrastes entre la plaine côtière, où les oasis irriguées produisent coton, canne à sucre, riz, café, agrumes et céréales, et la montagne andine, où les zones d'élevage extensif (ovins, bovins, alpagas) sont entrecoupées de cultures vivrières (pommes de terre, céréales). Il existe également une culture traditionnelle de la coca, dont une partie de la production est acheminée vers la Colombie, spécialisée dans la commercialisation de la drogue. La production alimentaire demeure insuffisante en raison de l'essor des villes et de la mutation des modèles de consommation qui privilégient l'usage des farines importées. Le lait, la viande et les oléagineux sont ainsi déficitaires, d'autant plus que les récoltes de l'année 1997 ont été gravement affectées par le phénomène climatique El Niño.

   En 1970, le Pérou occupait le 1er rang mondial dans le secteur de la pêche (avec un total de prises de 12 millions de tonnes), et l'industrie de la farine de poisson animait de nombreux ports, notamment Chimbote et El Callao. Mais la surexploitation entraîna l'épuisement des ressources. L'industrie de la pêche fut nationalisée en 1973, mais, peu à peu, la part des investisseurs privés s'est accrue au point de contrôler, au début des années 1990, plus de la moitié de la production. Les investissements réalisés durant la dernière décennie ont permis de relancer cette activité : en 1996, le Pérou était redevenu le 2e producteur mondial, avec un volume de prises de 9,6 millions de tonnes. Mais ce domaine est particulièrement sensible aux variations climatiques, et, à nouveau, El Niño a fait chuter le tonnage en 1997 et 1998. Toutefois, les périodes qui suivent son passage sont généralement très favorables à la pêche (1993 et 1994).

Mines et industrie

Le Pérou possède d'importantes ressources minières. Il extrait du cuivre (6e rang mondial en 1999), de l'argent (3e rang), de l'étain (3e rang), du plomb (4e rang), du zinc (4e rang), du fer et du pétrole (ce dernier, exploité dans le Nord et dans la plaine amazonienne, est transporté par pipeline jusqu'à la côte). Les produits miniers constituent, traditionnellement, une importante source de revenus (45 % des exportations en 1996). Au milieu des années 1990, les investisseurs internationaux ont afflué, à la suite de la libéralisation du marché et de la privatisation des compagnies minières, achetées par des entreprises étrangères (Afrique du Sud, États-Unis, Canada, Chine), ce qui a permis, notamment, une modernisation des techniques d'extraction. Dans le nord du département de Cajamarca, à Yanacocha, une joint-venture entre une compagnie nord-américaine et le groupe minier péruvien Buenaventura est, depuis 1993, leader sur le marché de l'or en Amérique latine et l'un des producteurs les plus compétitifs du monde.

   Les entreprises industrielles sont concentrées surtout à Lima, malgré les efforts de décentralisation (vers Arequipa et Trujillo). L'agroalimentaire, le textile, la chimie, la métallurgie, la sidérurgie, la construction mécanique et électrique constituent les principales branches d'activités et sont destinées en partie à l'exportation.

   Jusqu'en 1990, le secteur industriel faisait l'objet de mesures de protection contre les produits étrangers afin de favoriser la consommation des produits nationaux et l'exportation. Certains abus ont toutefois conduit le nouveau gouvernement à abroger les mesures protectionnistes. Le résultat fut désastreux pour les fabricants de produits manufacturés : en effet, l'ouverture du marché à la concurrence internationale les obligeait à investir dans de nouvelles technologies pour rester concurrentiels, et beaucoup d'entre eux furent contraints de déposer leur bilan. D'autres ont fusionné, à l'image du groupe Cervecerías Unidas Backus y Johnston, leader sur le marché péruvien de la bière depuis 1996. Les exportations de textile, handicapées par la pauvreté des infrastructures de transport et par la surévaluation des taux de change, ont subi une grave récession en 1996, avant de renouer avec la croissance dès l'année suivante (+ 25 %).

Commerce et échanges

Les produits traditionnels (minerais, huile, poissons, café, sucre et coton) représentent 70 % des exportations. Les ventes de produits non traditionnels, tels le textile, les fruits, les poissons congelés ou l'acier, ont augmenté de 29 % en 1997 après une chute à 10 % en 1996. Les importations, quant à elles, ont été relancées par la politique d'ouverture du président Fujimori. Le principal partenaire commercial du Pérou demeure les États-Unis (un quart des exportations, un tiers des importations). Le Pérou est, d'autre part, membre de l'ALADI (Asociación Latinoamericana de Integración), créée en 1980 par le traité de Montevideo. Cette association régionale s'est donné pour objectif la levée des restrictions économiques sur les produits circulant entre les pays membres. Depuis le début de la décennie 1990, les échanges régionaux ont repris avec vigueur, puisque l'on notait une croissance de plus de 20 % en 1994. En revanche, le pacte andin (organisation formée en 1969 par le traité de Cartagena), qui crée une zone de libre-échange entre la Bolivie, l'Équateur, la Colombie, le Venezuela (intégré en 1973) et le Pérou, demeure peu actif et très formel.

HISTOIRE

Les premières civilisations

Le pays présente trois régions bien différenciées : la côte, les hautes terres et la forêt. Les mieux connues, du point de vue archéologique, sont les deux premières, plus favorables, grâce aux conditions climatiques, à la conservation des vestiges. La côte et les hautes terres se divisent en trois secteurs : nord, centre et sud.

   Les plus anciennes datations remontent à 22 000 ans et correspondent aux sites de la région d'Ayacucho, Toquepala et Lauricocha, dans les hautes terres, où d'autres sites se situent aux environs de 7 500 ans avant notre ère. Ce sont surtout des grottes et des abris, où on a trouvé des peintures rupestres et un outillage en os et en pierre, attribué à des chasseurs. Sur la côte, habitée par des pêcheurs sédentaires, apparaissent, entre 5000 et 4000 avant notre ère, des plantes cultivées : haricot, courge et coton. Dans les hautes terres, à la même époque, on cultive la quinoa (graminée comestible) et des cucurbitacées et on élève des animaux comme le cochon d'Inde et peut-être le lama. Cependant, la chasse, la pêche et la cueillette constituent encore des activités importantes.

   Vers 1800 avant J.-C. débute, dans les Andes centrales, la période formative (1800-200 avant J.-C.), et sur la côte centrale ainsi qu'à Kotosh apparaît la céramique ; dans les autres régions du Pérou, elle est plus tardive. Le tissage sur métier date de la même époque, caractérisée aussi par la construction de centres cérémoniels.

   

Au Xe s. avant notre ère s'épanouit la culture Chavin, probablement associée à un culte du félin. Le style de Chavin se diffuse rapidement sur un vaste territoire, influençant des manifestations locales, comme celles de Paracas, sur la côte sud.

   Vers 200 avant J.-C., au début de la première période intermédiaire (200 avant J.-C. 600 après J.-C.), l'influence unificatrice de Chavin s'estompe, et des cultures locales se développent : Moche (côte nord), Nazca (côte sud), Lima (côte centrale), Recuay (côte et hautes terres du nord). L'artisanat atteint alors un grand développement artistique et technique, surtout la poterie et le tissage. La guerre permet aux différents États de gagner de nouvelles terres cultivables, nécessaires pour nourrir une population de plus en plus nombreuse.

   Vers les années 600 ou 700 de notre ère, selon les régions, les cultures régionales disparaissent et commence l'expansion Huari-Tiahuanaco. Les influences de cette civilisation vont s'étendre sur la plus grande partie de la côte et des hautes terres du Pérou, ainsi qu'au nord du Chili et au nord-ouest de l'Argentine. C'est une époque de grand développement urbain, comme en témoignent les villes de Huari (Pérou) et de Tiahuanaco (Bolivie). Elles existaient déjà à la période précédente, mais sans atteindre une dimension aussi considérable. Vers l'an 1000, l'influence Huari-Tiahuanaco disparaît et, entre 1200 et 1400, s'épanouissent des États régionaux, toujours désireux d'expansion, comme le royaume chimú (côte nord) ou celui de Chincha (côte sud) ; la culture Chancay (côte centrale) date de la même époque. Des styles locaux fleurissent, mais ils n'ont pas la même qualité que ceux de la première période intermédiaire ; la poterie, en particulier, est fabriquée massivement dans des ateliers. L'orfèvrerie, par contre, est remarquable, comme l'atteste la célébrité des orfèvres chimús auprès des Incas.

   L'expansion des Incas commence en 1438 avec Pachacutec, qui entreprend la conquête de vastes territoires. En 1490, l'empire s'étend depuis la frontière entre l'Équateur et la Colombie jusqu'au fleuve Maule, au Chili ; les hauts plateaux boliviens et le nord-ouest de l'Argentine lui sont également rattachés. Mais la conquête espagnole va mettre fin au premier grand empire de l'Amérique préhispanique.

La conquête espagnole

À la mort de Huayana Cápac (vers 1525), qui a divisé ses États entre ses deux fils, Atahualpa (Quito) et Huáscar (Cuzco), la guerre civile ravage l'Empire inca. Depuis Balboa, les Espagnols de Panamá connaissent l'existence d'un pays riche en or, situé plus au sud, et certains vont explorer le littoral.

   Trois Espagnols, Francisco Pizarro, Diego de Almagro et Hernando de Luque, s'associent à Panamá pour tenter l'aventure. Après une première tentative infructueuse où ils touchent à Guayaquil, ils reviennent avec la nomination par Charles Quint, en 1529, de Pizarro comme gouverneur et capitaine général d'une Nouvelle-Castille qui reste à cerner et à conquérir. Ils y débarquent en 1531 avec 180 hommes et 27 chevaux, et, le 15 novembre 1532, après une longue marche, arrivent à Cajamarca, où Atahualpa, pris par la guerre civile contre son frère et entouré d'une armée de 40 000 hommes, laisse venir cette poignée d'inconnus. L'Inca est fait prisonnier dans un coup d'audace par Pizarro, qui entre peu après à Cuzco. Dans la guerre civile inca, Pizarro s'allie aux partisans de Huáscar, qui vient d'être exécuté sur ordre de son frère ; les ethnies du Sud, récemment conquises – les Kañaris surtout –, se joignent à lui contre les Incas, et la promesse de leur libération provoque le soulèvement des serfs, ou yanaconas. L'exécution d'Atahualpa par Pizarro (août 1533), malgré le versement d'une rançon fabuleuse et son baptême, scelle l'union de Pizarro et de ses alliés indigènes.

   Pizarro exerce alors le pouvoir à travers un groupe d'Incas fantoches et commence à organiser la présence espagnole avec la fondation des villes, dont Lima – la « cité des rois » –, créée en 1535, dont il fait la capitale. Les rivalités entre conquistadores pour le partage du butin commencent et seul le départ d'Almagro pour le Sud et pour le Chili empêche le conflit. La révolte indienne éclate en 1533 : l'Inca Manco Cápac II réussit à s'évader et revient avec une énorme armée, levée dans le Yucay, assiéger Cuzco, où 200 Espagnols résistent pendant plusieurs mois à 50 000 Indiens. Le retour d'Almagro en 1537 sauve les Espagnols, et Manco doit se retirer aux lointaines Andes de Vilcabamba, où il reconstitue un État néo-inca à Vitcos, dont la résistance ne finit qu'avec la capture et l'exécution de l'Inca Túpac Amaru Ier (1572).

   La victoire de 1537 et la déception face à un Chili pauvre et difficile ouvre le cycle des guerres civiles entre les conquistadores du Pérou, où périssent Almagro et Pizarro, les chefs des deux partis opposés, qui s'affrontent dans une série de guerres où interviennent aussi les Incas (1537-1544).

   La promulgation en 1542 des « Nouvelles Lois » par Charles Quint, pour protéger les Indiens des excès des conquistadores, va de pair avec la nomination d'un vice-roi, Nuñez de Vela, pour imposer l'autorité royale. La tentative de faire appliquer ces lois au Pérou provoque la révolte des Espagnols. La guerre dure dix ans (1544-1554) et connaît des épisodes multiples, depuis la mort du vice-roi sur le champ de bataille d'Añaquito (1542) jusqu'à la sécession de Gonzalo Pizarro, qui se déclare indépendant de l'Espagne, et qui n'est vaincu et exécuté qu'en 1548 par le vice-roi Pedro de La Gasca. Ce n'est qu'avec la défaite du dernier pizarriste, Hernández de Girón, en 1554, et l'arrivée à Lima comme vice-roi d'Andrés Hurtado de Mendoza, marquis de Cañete, en 1555, que finit la grande période de troubles.

L'époque coloniale

Le système colonial, élaboré par le marquis de Cañete (1556-1561), est organisé par le vice-roi Francisco de Toledo (1569-1581), qui copie l'organisation inca ; les Indiens restent groupés en communautés agricoles ; les unes sont placées sous la tutelle (encomienda) du conquérant qui les exploite ; les autres s'acquittent envers l'autorité publique du tribut et de la mita (corvée instituée par les Incas), bien que celle-ci fasse fuir de nombreux habitants vers Lima ou la plaine côtière. La noblesse inca s'intègre, en gardant une certaine spécificité, à l'aristocratie coloniale, et maints chefs inférieurs, les caciques, servent d'intermédiaires entre les communautés indigènes et l'administration espagnole. Il faudra un long effort des religieux pour rattacher les Indiens à la culture chrétienne. Les colons espagnols introduisent sur les premiers plateaux des Andes l'olivier, le blé et la vigne, font venir des esclaves pour les plantations de canne à sucre fondées sur la côte ; enfin, ils achètent des produits tinctoriaux, des meubles, des ornements ecclésiastiques, des textiles mexicains, etc. Mais la grande richesse du Pérou provient de son sous-sol. La mine de mercure de Huancavelica permet l'amalgame de l'argent au Mexique (1567), puis au Pérou lui-même (peut-être dès 1572, au plus tard en 1585). Le gisement d'argent de Potosí, découvert en 1545, domine la production mondiale jusqu'au XVIIIe s., et alimente pour une très large part les courants commerciaux qui, depuis El Callao, se dirigent vers les isthmes de Panamá (route principale) et de Tehuantepec (ports de Huatulco, puis, après le milieu du XVIe s., de Navidad) et vers le Río de la Plata. Cet argent, qui à la fois soutient et perturbe l'économie de la métropole et de l'Europe entière, enrichit la société coloniale. Mais, après avoir atteint son apogée entre 1610 et 1630, la production d'argent de Potosí s'effondre rapidement du fait de l'épuisement des filons les plus accessibles, de l'inadaptation technique de l'exploitation et de la fuite de la population indienne vers la côte, les plantations et les villes (surtout Lima), où la mita n'existe pas ; l'apparition d'un salariat n'enraye pas ce processus, la population diminuant d'ailleurs globalement jusqu'à la fin du XVIIe s., après la période catastrophique de 1525 à 1600, qui voit passer la population d'environ 10 millions d'habitants à 1 million.

   Quand la reprise démographique se fait sentir au XVIIIe s., Potosí ne se réveille pas, d'autant moins qu'entre-temps les relations avec la métropole par le Pacifique et l'isthme de Panamá se sont interrompues et que le seul lien subsistant avec l'Espagne est la longue et dangereuse route de Buenos Aires. Isolée de l'Europe, l'immense vice-royauté du Pérou, qui s'étend en fait sur toute l'Amérique du Sud et est divisée en sept audiencias (Panamá, Santa Fe de Bogotá, Quito, Lima, Charcas, Chili et Buenos Aires), se réduit peu à peu au territoire actuel : la vice-royauté de Terre-Ferme ou de Nouvelle-Grenade (1718), définitivement organisée en 1740, lui enlève le Venezuela, la Colombie et l'Équateur actuels ; en 1776, la création de la vice-royauté de La Plata (Argentine, Uruguay, Paraguay) lui ôte même l'audiencia de Charcas (haut Pérou, l'actuelle Bolivie). Enfin, la capitainerie générale du Chili, créée en 1778, a une certaine autonomie à l'égard de Lima, alors que la proclamation de la liberté du commerce (1778) ébranle les frontières espagnoles et prépare déjà l'indépendance. Les discriminations de la société coloniale, la modernisation de sa fiscalité et les excès de maints corregidors provoquent en 1780 la révolte de José Gabriel Condorcanqui, qui prend le nom de Túpac Amaru II et soulève les masses indiennes. Il est vaincu et exécuté en 1781.

La libération et l'indépendance politique

L'énergique vice-roi J. F. Abascal (1804-1816), qui fait du Pérou un bastion royaliste fondé sur la fidélité des Indiens et la passivité des créoles, qui les craignent, repousse l'armée des Argentins révoltés. Mais, après l'insurrection de Cadix (1820), San Martin prend l'offensive à la tête des Argentins et des Chiliens ; entré dans Lima insurgée, il impose l'indépendance au Pérou et reçoit le titre de « Protecteur » (28 juillet 1821), qu'il abandonnera en septembre 1822, après l'entrevue de Guayaquil avec Bolívar (juillet 1822). C'est l'armée de ce dernier, proclamé « Libérateur » (septembre 1823), qui achève la destruction de l'armée royaliste (Junín et Ayacucho, 1824) ; la dernière garnison coloniale, celle d'El Callao, capitule en janvier 1826. Les grands propriétaires et les caudillos militaires prennent maintenant le pouvoir à la place de l'administration espagnole, tandis que l'État se désagrège, et que la montagne indienne, délaissée, et ses communautés perdent leurs terres à la faveur de la législation libérale.

   Déjà le désordre politique s'est installé ; avant même que Bolívar abandonne le pays à son destin (septembre 1826), il y a eu deux présidents de la République en deux ans. Le Pérou va connaître une multitude de pronunciamientos et de Constitutions. Les liens traditionnels entre le bas et le haut Pérou permettent au maréchal Santa Cruz de créer une confédération péruviano-bolivienne (1836), qui est détruite par l'armée chilienne (1839). Ramón Castilla, président de la République à deux reprises (1845-1851 et 1855-1862), impose sa dictature, supprime alors le tribut des Indiens et l'esclavage des Noirs, et développe l'économie nationale ; les capitaux européens s'intéressent à l'exploitation du guano et du salpêtre, qui sont à l'origine de l'introduction d'une main-d'œuvre chinoise extrêmement maltraitée (à partir de 1849). Une affaire de créances amène la flotte espagnole à occuper les îles Chinchas, riches en guano (1864), puis à bombarder El Callao (1866) ; finalement, l'Espagne doit renoncer à ses rêves de reconquête coloniale. Le salpêtre de la province de Tarapacá est à l'origine de la guerre du Pacifique avec le Chili, qui bat la Bolivie (1879-1880) et le Pérou (1879-1883). Ce dernier cède la province de Tarapacá au Chili, qui occupera les autres provinces de Tacna et d'Arica pendant dix ans, avant qu'elles ne décident de leur sort par un plébiscite. En fait, l'affaire ne sera réglée qu'en 1929, le Chili rendant Tacna et gardant Arica. Des querelles de frontières moins graves se régleront avec le Brésil (1909), avec la Colombie (cession du trapèze de Leticia, 1934) ; en revanche, le différend avec l'Équateur (région au nord du Marañón) persiste, malgré la guerre qui a opposé les deux pays et l'accord de Rio de Janeiro (1942), qui a reconnu au Pérou la souveraineté sur la majeure partie des territoires amazoniens contestés (200 000 km2). En janvier 1981, des incidents frontaliers opposeront encore les deux pays pour la possession de cette région riche en pétrole.

L'alternance politique et la modernisation du pays

La guerre du Pacifique entraîne de profondes mutations dans l'univers politique péruvien. La figure du caudillo, fondant son pouvoir sur la légitimité populaire et apparue au moment de l'indépendance, disparaît, tandis que militaires et civils vont se succéder à la présidence de la République. Le retour des civils à la tête de l'État, avec Nicolás de Piérola, président de 1879 à 1881, puis de 1895 à 1899, s'accompagne d'un formidable essor de l'économie, grâce à l'exploitation du caoutchouc de la forêt amazonienne, et d'une modernisation de l'industrie technique.

   Sous les deux présidences d'Augusto Bernardo Leguía (1908-1912 et 1919-1930), les militaires reviennent au pouvoir et poursuivent la politique de modernisation du pays mise en place par N. de Piérola. Après l'ouverture du canal de Panamá et la Première Guerre mondiale, les productions de sucre et de coton se développent considérablement. La main-d'œuvre manquant, les planteurs font appel à des immigrés japonais ; ainsi, entre 1899 et 1923, environ 18 000 Japonais arrivent au Pérou comme ouvriers journaliers. Mais la politique d'A. Leguía n'améliore pas la situation des Indiens, qui restent les laissés-pour-compte d'un système où subsistent encore le caciquisme et le clientélisme. La pénétration de trop nombreux capitaux étrangers accroît la dette extérieure, tandis que le régime se trouve affaibli par les deux crises économiques de 1920 et 1925. De nouvelles forces politiques apparaissent, dont l'Alianza Popular Revolucionaria Americana (A.P.R.A.), fondée en 1924 par Haya de la Torre, alors en exil. Ce mouvement politique, qui se dit d'inspiration marxiste non communiste et anti-nord-américain, se prononce en faveur d'une nationalisation des terres et de l'industrie et d'une politique qui prendrait en compte les intérêts des Indiens : il va rester l'un des moteurs de la vie politique péruvienne jusqu'à la fin des années 1980. Parti de type populiste, il aura souvent la faveur du peuple et les régimes en place ne pourront éviter de compter avec lui, du fait de sa capacité à mobiliser les masses.

   En 1930, un soulèvement militaire soutenu par le peuple renverse le président Leguía. Le général Luis Sánchez Cerro est au pouvoir pendant sept mois, puis il organise des élections. Haya de la Torre, qui se présente au nom de son parti, est battu de peu par L. Sánchez Cerro lors d'élections, vraisemblablement truquées. Le président élu fait arrêter et emprisonner son adversaire et déclare l'A.P.R.A. hors la loi. En 1932, les partisans du parti de Haya de la Torre tentent un coup de force dans la ville de Trujillo afin de renverser le pouvoir. Mais la rébellion échoue et la répression est particulièrement rude et sanglante.

   Après l'assassinat, en 1933, du président Sánchez Cerro, c'est Oscar Benavides qui lui succède jusqu'en 1936, année des élections. Une fois encore, les résultats penchent en faveur de l'A.P.R.A., mais le président Benavides suspend le scrutin et interdit le parti ; Haya de la Torre est exilé. En 1939, c'est un banquier, Manuel Prado y Ugarteche qui est élu à la présidence (1939-1945) ; il poursuit la modernisation du pays et rétablit progressivement la légalité constitutionnelle.

   Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'opposition se développe et exerce des pressions importantes (grèves, mouvements étudiants et syndicaux) en faveur de la démocratisation, de l'acquisition de plus de libertés et d'une participation plus grande à la vie politique. Les syndicats se rangent du côté de l'A.P.R.A., qui, bien qu'interdite, conserve une forte influence politique. Le régime de M. Prado, comme celui de ses prédécesseurs, est principalement au service des grands producteurs et exportateurs qui constituent l'oligarchie sucrière de la côte, désireuse de se débarrasser de l'A.P.R.A., qui gêne ses intérêts financiers et politiques. La fin de la guerre coïncide avec la fin du mandat de M. Prado, qui organise en 1945 des élections libres. La victoire des troupes alliées rendant délicat le maintien dans l'illégalité de l'A.P.R.A., et la poursuite d'une politique trop autoritaire risquant de ternir les relations avec les États-Unis, important partenaire commercial, le gouvernement se voit contraint de négocier avec Haya de la Torre : en échange d'une légalisation et d'une participation au pouvoir, le parti révolutionnaire soutient le docteur José Luis Bustamante Rivero, qui est élu en juillet 1945. Pendant les deux années suivantes, l'entente, ou convivencia, avec l'A.P.R.A. se détériore, et, en 1947, le parti quitte le gouvernement pour reprendre sa place à la tête de l'opposition. L'agitation sociale se développe (grèves importantes et soulèvements étudiants). En 1948, le général Arturo Odría s'empare du pouvoir avec l'appui de l'oligarchie, mettant ainsi fin à la première expérience démocratique du Pérou.

De la dictature militaire à la transition démocratique

Les nouveaux dirigeants du pays mettent alors en œuvre une politique d'économie libérale, fondée sur la libre circulation des biens et des capitaux, après avoir dévalué la monnaie. De cette façon, le déficit budgétaire est réduit, et les prix connaissent une certaine stabilité de 1950 à 1953. L'État crée des emplois en lançant des projets de grands travaux de construction de bâtiments administratifs et de santé. De plus, l'agriculture est en phase d'expansion. Ainsi, la population, bien que toujours en marge des décisions politiques et privée d'un moyen d'expression légal, est-elle relativement satisfaite des conditions de vie, qui semblent s'améliorer. Toutefois, la réussite se limite au plan économique, car aucune majorité politique ne se dégage au sein du Parlement. En 1954, les difficultés économiques réapparaissent, et la balance commerciale commence à se dérégler.

   À l'occasion des élections prévues pour 1956, le parti de Haya de la Torre revient au centre de l'arène politique. À nouveau, l'A.P.R.A. et le gouvernement négocient dans des termes proches de ceux de 1945. Le candidat Manuel Prado y Ugarteche, qui a promis d'abroger les mesures d'interdiction pesant sur l'A.P.R.A., est alors élu. Puis en 1962, lors des élections présidentielles, Haya de la Torre est élu, contre Fernando Belaúnde Terry, candidat d'un nouveau parti, l'Action populaire, de centre droit, démocrate-chrétien ; mais l'armée fait annuler les élections. Ce coup d'État, réalisé par l'ensemble de l'armée, et non pas par un seul homme soutenu par quelques-uns, se différencie des précédents car il est considéré comme institutionnel (golpe institucional). L'armée fonde alors son pouvoir sur la théorie de la sécurité nationale suivant laquelle les militaires sont les garants de la Constitution et les protecteurs de la République ; de nouvelles élections sont organisées en 1963, et les militaires font élire Fernando Belaúnde à la présidence. Cependant, les importations continuent d'augmenter, et la dette extérieure ne cesse de s'accroître. En 1967, le président doit dévaluer le sol ; mais sa marge de manœuvre est étroite, car il ne dispose pas d'une majorité confortable au Congrès, et il est renversé en 1968 par une nouvelle intervention de l'armée, qui porte au pouvoir le général Juan Velasco Alvarado. La décennie suivante est marquée par l'action des militaires nationalistes, qui étatisent de grandes entreprises étrangères et réforment l'enseignement. La réforme agraire, entamée en 1969, ne sera officiellement achevée qu'en 1976 : elle revêt une importance particulière, puisque, en ayant pour objectif la modernisation des moyens de production, elle met un terme à l'archaïsme quasi féodal des structures agraires du Pérou.

   En 1975, la politique réformiste des militaires est en échec : la dette extérieure a triplé et la première crise pétrolière de 1973 a eu des répercussions dramatiques sur la production et sur les prix. Face au développement de l'agitation sociale, le régime se durcit. D'autre part, la crise coïncide avec des dissensions au sein de l'armée, au moment de la mort du général Velasco, en 1975. La réponse politique du gouvernement à la crise se traduit par un retour à l'orthodoxie libérale : il procède à la privatisation de plusieurs grandes entreprises et fait appel aux crédits étrangers.

   La fin des années 1970 est caractérisée par le passage à un régime démocratique. À la différence de ce qui s'était passé en 1945, la démocratie n'est pas imposée par les dirigeants, et la transition s'effectue en douceur. L'Assemblée constituante élue le 18 juin 1978 est dominée par l'A.P.R.A., et c'est Haya de la Torre qui la préside. La nouvelle Constitution, promulguée le 6 juillet 1979, peu avant la mort de Haya de la Torre (le 2 août), instaure un régime présidentiel. L'élection de F. Belaúnde à la présidence, le 18 mai 1980, avec 45 % des voix, marque le retour à un régime civil. Pour la première fois, les analphabètes ont pu voter. Mais l'ouverture sur le marché mondial, réalisée grâce à une nouvelle libéralisation des échanges, rend le pays encore plus sensible à la crise internationale ; le retour à la démocratie s'effectue donc dans des conditions économiques et sociales difficiles (inflation, baisse du pouvoir d'achat, grèves).

   Parallèlement, le mouvement de guérilla maoïste du Sentier lumineux (Sendero Luminoso), apparu en 1980, développe à partir de 1982-1983 des actions d'une violence extrême. Le régime fait appel aux forces armées pour réprimer durement la subversion. En 1984, un second groupe de guérilleros apparaît : le M.R.T.A. (Movimiento Revolucionario Tupac Amaru), d'obédience communiste.

   En 1985, le candidat de l'A.P.R.A., Alan García, accède à la présidence avec 47 % des voix lors d'une élection qui consacre la démocratisation du régime : pour la première fois en 40 ans, un candidat élu succède à un président lui-même issu du suffrage universel. En 1987, il entreprend une décentralisation administrative et nationalise les banques. Mais il ne parvient pas à enrayer la crise ni à arrêter l'action du Sentier lumineux, malgré les interventions d'une armée qui reste omniprésente. À la fin des années 1980, la situation économique, sociale et politique du Pérou est l'une des pires de tout le continent. Les partis politiques sont affaiblis, ainsi que le pouvoir judiciaire et les organisations paysannes. On parle alors de desgobierno (dysfonctionnement du gouvernement).

L'ère Fujimori

Les débuts : ultralibéralisme et autoritarisme

Lors des élections présidentielles de 1990, c'est un candidat indépendant, Alberto Fujimori, qui est élu, au second tour, face à l'écrivain Mario Vargas Llosa, vigoureux défenseur du libéralisme et leader d'une coalition conservatrice. Membre du parti Cambio 90, A. Fujimori est issu d'une minorité, celle des Péruviens d'origine japonaise. Alors que son programme, lors de la campagne présidentielle, reposait essentiellement sur la protection des droits des minorités ethniques, il applique une partie du programme ultralibéral de Vargas Llosa et prend des décisions radicales (dérégulation du marché, libéralisation des échanges, liberté des prix, élargissement des autorisations de licenciements). Cette politique d'ajustement économique (le « Fuji choc ») provoque une forte récession. Cependant, Fujimori a su se rendre populaire, notamment en se déplaçant dans les parties les plus reculées du pays. N'étant pas issu d'un parti politique traditionnel, le président trouve ses forces d'appui principales dans l'armée, dont il est le commandant en chef, et se fait doter de pouvoirs exceptionnels par le Congrès. Mais l'année 1992 marque un tournant dans le régime politique, qui prend des allures de dictature. En effet, Fujimori réalise une sorte d'auto-coup d'État (autogolpe) en dissolvant le Congrès, qui refusait d'entériner les propositions visant à donner de plus amples pouvoirs à l'armée, et en suspendant les garanties constitutionnelles. Ce « coup d'État civil » est approuvé par une large majorité de la population, mais les opposants au régime réagissent violemment ; les attentats, qui causent la mort de plusieurs dizaines de civils, et l'insécurité qui en résulte ont des répercussions importantes sur l'activité économique du pays. En juin et en septembre, deux membres fondateurs du Sentier lumineux, Abimael Guzmán et Víctor Polay, sont arrêtés à Lima. L'action du mouvement terroriste est alors considérablement ralentie.

   En 1993, une nouvelle Constitution est promulguée, octroyant davantage de prérogatives au président ainsi qu'au pouvoir exécutif et diminuant celles du Congrès – la plupart des partis de l'opposition ont au reste boycotté le vote au sein de l'Assemblée constituante. Cette politique autoritaire permet au chef de l'État de lutter avec succès contre le terrorisme et d'opérer un redressement économique notable, ce qui facilite sa réélection en 1995, avec 64 % des voix au premier tour. Le Congrès est majoritairement du côté du président (67 sièges sur 120, contre 17 pour le leader de l'opposition – Unión por el Perú, U.P.P., du centriste Javier Pérez de Cuéllar). En avril 1996, A. Fujimori renvoie la moitié des membres de son cabinet pour les remplacer par des technocrates. En décembre 1996, des membres du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (M.R.T.A., guévariste) prennent en otage plus de 400 personnes à l'ambassade du Japon, à Lima ; en avril 1997, alors que le M.R.T.A. détient toujours 71 otages, A. Fujimori ordonne l'assaut de l'ambassade par des forces spéciales militaires, au cours duquel tous les guérilleros, ainsi qu'un diplomate et deux soldats trouvent la mort. En octobre 1998, la signature d'un accord de paix entre le Pérou et l'Équateur (entériné solennellement en mai 1999) règle définitivement le différend frontalier qui les opposait depuis plus d'un demi-siècle.

La décadence : dérives et chute d'un président

La popularité du président s'effrite inexorablement, en dépit de résultats incontestables en matière de contrôle de l'inflation et de lutte contre le terrorisme. À partir de 1996, une grave récession touche de plein fouet la population (augmentation du chômage), alors que la dérive autoritaire du régime Fujimori devient de plus en plus pesante. En février 1998, la Cour suprême confirme la loi de 1996 qui, par une « interprétation authentique » de la Constitution, permet à Fujimori de se représenter pour un troisième mandat consécutif à l'élection présidentielle de mai 2000 et, malgré 1,5 million de signatures, le Congrès rejette un référendum visant à empêcher sa candidature. Celui-ci se représente donc et est réélu avec 51,2 % des voix au second tour, mais les conditions du scrutin – alors que son principal adversaire Alejandro Toledo Manrique s'est retiré de la course entre les deux tours – sont contestées par l'opposition et les observateurs internationaux, qui déplorent une fraude massive. Cependant, l'alliance de Fujimori n'obtient pas la majorité au Congrès (52 sièges sur 120, le parti de Toledo, Perú Posible, remportant 26 sièges). Au cours de l'été s'opère une série de ralliements de parlementaires de l'opposition à l'alliance de Fujimori, au moyen de pressions variées ou contre de fortes sommes d'argent. À la mi-septembre 2000, la diffusion d'une vidéo montrant le chef des services secrets et proche conseiller de Fujimori, Vladimiro Montesinos, soudoyant parlementaire de l'opposition déclenche un scandale. Éclaboussé, le président annonce des élections générales anticipées au printemps 2001, auxquelles il renonce à se présenter. Du Japon où s'est enfui (novembre), il présente par fax sa démission. Celle-ci est rejetée par le Congrès, qui le destitue, le privant ainsi de ses droits civiques. V. Montesinos en fuite depuis huit mois est arrêté en juin 2001 au Venezuela. Au mois d'août, la justice péruvienne lance un mandat d'arrêt international contre l'ex-président réfugié au Japon puis le Congrès adopte une procédure permettant l'ouverture d'une instruction judiciaire pour crimes contre l'humanité à son encontre. A. Fujimori est en effet soupçonné d'être responsable de deux massacres perpétrés pendant la « sale guerre » qu'ont livrée les autorités péruviennes contre le Sentier lumineux dans les années 1980 et 1990.

   Au niveau international, la chute de Fujimori est à l'origine d'un net refroidissement des relations avec le Japon, coupable aux yeux des Péruviens d'avoir octroyé la nationalité japonaise à l'ancien président en décembre 2000. L'aide japonaise au développement a été très importante pendant la dernière décennie pour le Pérou et pour le régime de Fujimori.

La présidence d'Alejandro Toledo

Le président du Congrès, Valentín Paniagua, de l'Action populaire, assure l'intérim jusqu'aux élections générales. Il nomme l'ancien secrétaire général des Nations unies, Javier Pérez de Cuéllar, au poste de Premier ministre. L'économiste d'origine quechua Alejandro Toledo, fondateur en 1995 du parti Perú posible (P.P.) et grande figure de l'opposition intérieure, devance l'ex-président social-démocrate Alan García, de retour après dix ans d'exil, au second tour de la présidentielle organisée en juin 2001, avec 52,7 % des voix. Succédant à A. Fujimori, il devient le premier Amérindien à être démocratiquement élu à la tête de l'État péruvien. Au congrès, le résultat médiocre du P.P. (45 sièges sur 120) amène le nouveau chef de l'État à former des alliances pour constituer une majorité. Mais avec une opposition forte et décidée (principalement constituée de l'A.P.R.A. d'Alan García et de l'Unité nationale, U.N., de Lourdes Flores) à jouer pleinement son rôle, la marge s'avère étroite pour l'application de son programme (lutte contre la pauvreté et la corruption, baisse des impôts, effort en matière d'éducation et de santé, décentralisation).

   À peine installé, A. Toledo annonce l'instauration d'une législation qui déclare le Pérou société multiculturelle, geste symbolique en direction du groupe ethnique le plus important du pays, qui a joué un rôle important dans sa victoire. L'introduction en juillet, à titre optionnel, des deux principales langues indiennes (quechua et aymara) dans l'enseignement concrétise cette orientation. Par ailleurs, il se lance dans une tournée planétaire pour redonner confiance aux investisseurs et obtenir un soutien (financier) susceptible de faire sortir le pays de la récession. La présence dans son premier gouvernement de deux hommes (au poste de Premier ministre et au ministère de l'Économie) appréciés des milieux financiers américains est à ce titre un signal en direction du monde des affaires. En juillet 2002, A. Toledo signe tant bien que mal un accord de gouvernabilité avec les forces politiques et les représentants de la société civile, et, malgré la succession des cabinets ministériels, poursuit une politique néolibérale d'austérité, qui permet l'assainissement de finances publiques et le retour de la croissance mais ne réduit guère le sous-emploi et la pauvreté – et par conséquent suscite bientôt un désenchantement et une impopularité qu'aggravent l'instabilité politique et la révélation de nombreux scandales. Dès juin 2002, il doit prendre des mesures d'exception pour mettre fin à la protestation contre les privatisations dans la région d'Arequipa dans le sud du pays. En mai 2003, confronté à des grèves massives d'enseignants et d'agriculteurs, il déclare temporairement l'état d'urgence et autorise les militaires à rétablir l'ordre – essentiellement dans les provinces encore dominées par le Sentier lumineux.

   À ce propos, une « commission de la vérité », destinée à faire toute la lumière sur la « guerre » menée contre ce dernier mouvement ainsi que le M.R.T.A. jusqu'au début des années 1990, est créée. Ses conclusions, rendues publiques en août 2003, estiment à 70 000 le nombre des victimes de la répression, et, malgré la persistance de difficultés à propos de la mise en œuvre de ses recommandations, ouvrent la possibilité de poursuites judiciaires. Mais le problème reste loin d'être résolu, avec la menace permanente que fait peser sur les campagnes un Sentier lumineux reconverti dans le trafic de drogue. Aussi le parti du président essuie-t-il régulièrement de multiples échecs, notamment lors des élections régionales avec la percée de l'A.P.R.A., ou au niveau local face aux conservateurs.

   Par ailleurs, A. Toledo œuvre à l'intégration régionale, en particulier andine. Champion du libéralisme, il suit les recommandations du F.M.I. et de la Banque mondiale. De fait, après avoir négocié un accord d'association avec le Mercosur en 2003, il conclut, malgré les résistances rencontrées dans son pays, un accord de libre-échange avec les États-Unis en décembre 2005. En dépit de différends et de tensions ponctuelles avec le Venezuela d'Hugo Chávez, il pratique une politique de relatif bon voisinage avec la Colombie, l'Équateur et le Brésil, ainsi que, dans une moindre mesure, avec la Bolivie et le Chili. La campagne des élections présidentielles de 2006 est tout d'abord marquée par l'ombre portée de l'ex-président A. Fujimori, arrivé au Chili le 6 novembre 2005, détenu sur place puis libéré ; mais, inéligible jusqu'en 2011, et sous le coup d'accusations de corruption et de violation des droits de l'homme, celui-ci se révèle impuissant à peser sur le cours du scrutin. Dès lors, Ollanta Humala, ancien militaire putschiste leader d'une U.P.P. centriste devenue nationaliste, porté par la récente victoire d'Evo Morales en Bolivie et soutenu par H. Chávez, arrive en tête lors du premier tour des élections du 9 avril, avec 30 % des voix, contre 24 % pour l'ancien président Alan García, de l'A.P.R.A., qui devance de justesse la candidate du parti conservateur U.N. Lourdes Flores. C'est toutefois ce dernier qui, grâce au bon report des suffrages de la droite, devient président le 4 juin (avec 52,5 % des voix).

La présidence d'Alan García

L'A.P.R.A. ne disposant pas de majorité au Parlement (36 sièges sur 120, contre 45 pour l'U.P.P.), A. García doit à son tour composer avec ses adversaires et former des coalitions susceptibles de soutenir la politique d'austérité budgétaire, de soutien aux investissements et de lutte contre la pauvreté qu'il entend mener. L'opposition de O. Humala se trouvant réduite par les poursuites dont il fait l'objet pour atteinte supposée aux droits humains durant la « sale guerre » contre le Sentier lumineux, le climat politique semble favorable au président. Mais comme son prédécesseur, celui-ci doit affronter très rapidement des mouvements sociaux et essuyer des échecs électoraux, notamment lors des scrutins locaux de novembre 2006, qui traduisent plus largement le discrédit des partis nationaux, au profit de mouvements régionaux ou indépendants. Ce découplage politique révèle en effet un sentiment généralisé d'éloignement du pouvoir central et la désapprobation, au sein de la population, des carences de l'État, que la gestion du violent tremblement de terre qui a frappé le sud du pays en août 2007 rend un peu plus flagrants. Désormais converti à l'économie de marché, A. García peut se targuer de résultats macro-économiques plutôt satisfaisants mais doit répondre à une crise sociale profonde qui se traduit notamment, en juillet 2008, par une grève des mineurs puis par une grève générale lancée par la Confédération générale des travailleurs du Pérou ainsi que par la mobilisation des agriculteurs hostiles au traité de libre-échange (T.L.C.) avec les États-Unis (qui entre finalement en vigueur en janvier 2009). Au plus bas dans les sondages, le président doit également prendre ses distances avec un scandale de corruption, dans le cadre de l'octroi de concessions pétrolières, impliquant des responsables de son parti et éclaboussant des ministres de son cabinet. En octobre 2008, après avoir accepté la démission collective de son gouvernement, il opte alors pour une ouverture à gauche en nommant au poste de Premier ministre Yehude Simon, personnalité montante de l'opposition de centre gauche, chef fondateur du parti humaniste péruvien et réputé pour sa gestion rigoureuse et transparente à la présidence de la région de Lambeyeque depuis 2003. Parallèlement, l'extradition de A. Fujimori, en septembre 2007 puis sa condamnation à 25 ans de détention pour violation des droits humains en avril 2009, confirment le choix en faveur de l'apurement du passé même si cette question demeure très controversée : les partisans de l'ancien président, menés par sa fille Keiko Sofía Fujimori (députée depuis 2006, jouissant d'une certaine popularité dans le pays) et par l'Alliance pour le futur (13 % des suffrages), n'entendent pas baisser les bras. A. García doit aussi affronter l'opposition virulente des minorités indiennes de l'Amazonie occidentale, dont 70 % de la partie péruvienne est déjà divisée en concessions pour l'exploitation des gisements de gaz et de pétrole qu'elle recèle. Ainsi, la promulgation – dans le cadre de l'application du T.L.C. – de deux décrets destinés à encourager les investissements étrangers et à faciliter les forages pétroliers dans la région provoque, à partir du mois d'avril 2009, un conflit meurtrier avec les Indiens organisés par l'Association interethnique de développement de la forêt péruvienne. Dénonçant une privatisation sans consultation de leur territoire ancestral et de ses ressources hydriques, les communautés indigènes parviennent à faire céder le gouvernement. Le Congrès abroge finalement les deux décrets contestés le 18 juin et, à la suite de nouvelles manifestations à l'appel de diverses organisations sociales et du principal syndicat du pays, le gouvernement est remanié en juillet : Javier Velásquez Quesquén (A.P.R.A.) succède à Y. Simon et sept ministres sont remplacés.

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