
Chef de l'État : Michael Daniel Higgins
Chef du gouvernement : Enda Kenny
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Adoption : 1er janvier 1937
Entrée en vigueur : 29 décembre 1937
Exécutif
Chef de l'État : président de la RépubliqueLégislatif
Le Parlement national se compose de la Chambre des représentants et du Sénat.L'Irlande est presque entièrement constituée de roches anciennes. Deux plissements primaires ont mis en place les principaux volumes du relief : à l'ouest, au nord et à l'est, un plissement calédonien dont les directions N.-E./S.-O. prolongent celles de l'Écosse (massif des Ox, des Sperrin, des Wicklow) ; au sud, un plissement hercynien de direction ouest-est donne des crêtes de roches dures (Carrantuohill, 1 041 m, point culminant du pays) et de longues dépressions en roches tendres. Le centre du pays, peu affecté par les plissements, forme une plaine basse, parfois karstique (Burren). La glaciation quaternaire a intensément sculpté le relief (cirques, vallées en auge) et répandu dans les plaines d'énormes volumes de moraines tantôt moulées en collines arrondies (drumlins), tantôt allongées en remblais sinueux (eskers).
En bordure de l'Atlantique, dans le lit des grands vents d'ouest, l'Irlande a un climat hyperocéanique : des précipitations abondantes (plus de 1 000 mm par an dans la moitié ouest du pays) et bien réparties (plus de 200 jours par an) ; des hivers très doux (7°C en janvier sur la côte sud), des étés sans chaleur (15°C en juillet), une forte nébulosité, des vents violents sur les sommets et les côtes exposées. Les rivières, bien alimentées par des pluies surabondantes et des sols gorgés d'eau, ont un écoulement lent, gêné par la faible pente de la plaine et les nombreux obstacles morainiques. Le Shannon lui-même n'est qu'une succession de lacs aux bords indécis. La forêt pousse avec vigueur dans les endroits abrités. Mais la violence du vent et l'excès d'humidité favorisent la lande et la tourbière (celle-ci couvre 20 % de la surface de l'île et on l'exploite pour les centrales thermiques). L'Éire entreprend de vastes reboisements (monts Wicklow).
Les 26 comtés de l'actuelle République d'Irlande, qui rassemblaient près de 7 millions d'habitants en 1841, n'en comptaient plus que 2,8 millions en 1968 : la baisse de la population a été en effet continue depuis la famine de 1846 (1 million de morts) jusqu'en 1961. En un siècle, près de 3 millions d'Irlandais ont fui la misère et le chômage, et pris le chemin de l'Angleterre, des États-Unis ou encore de l'Australie. L'amélioration de la situation économique et le développement industriel ont stoppé les flux massifs d'émigration au début des années 1970 (ceux-ci connaîtront, toutefois, une reprise ponctuelle durant la crise des années 1980), puis, au milieu des années 1990, ont même entraîné un renversement des flux migratoires, lié au retour des rapatriés d'Angleterre (et du reste du monde…) et à l'arrivée d'immigrés, nouveaux venus sur l'île, dont le nombre dépasse aujourd'hui celui des émigrants, le solde migratoire étant désormais positif.
La population augmente donc à nouveau. Le taux de natalité, encore très élevé jusque dans les années 1980 (supérieur à 20 ‰), diminue rapidement et se situe désormais autour de 15 ‰. La fécondité suit une évolution similaire : elle est en effet passée de 3 à 2 enfants par femme et se rapproche ainsi de la moyenne européenne. Le taux de mortalité baisse plus lentement (7,6 ‰), dégageant un accroissement naturel de 1,8 % par an. Longtemps caractérisée par une natalité et une fécondité importantes (liées à l'influence du catholicisme dont se réclament 95 % de la population), l'exception démographique irlandaise, au sein de l'Union européenne, prend donc fin. Ses effets sont cependant durables, comme le montre la forte proportion des moins de 15 ans, qui représentent encore 20 % de la population.
La faible densité moyenne (51 hab./km2) cache une grande diversité régionale : le Centre et l'Ouest, notamment le Connemara, dans le nord-ouest, sont des espaces vides, bien que certains comtés ruraux des côtes du Nord-Ouest soient très peuplés (100 hab./km2), en dépit de leur faible développement et d'un exode continu. Le centre de gravité de la République a basculé à l'est : l'agglomération de Dublin (1 million d'habitants) concentre plus du tiers de la population, 40 % des emplois industriels et plus de la moitié des revenus du pays. La deuxième ville, Cork, ne compte que 120 000 habitants. Le taux de population urbaine (près de 60 % de citadins), en augmentation constante, est encore nettement inférieur à celui des autres pays de l'Union européenne. Le gouvernement s'efforce d'atténuer le poids de la capitale et de sa région en favorisant les implantations industrielles dans tout le pays, notamment dans l'Ouest, plus rural et moins développé.
Si, en 1926, l'agriculture concentrait 65 % des emplois, contre 10 % à l'industrie et 25 % aux services, la République s'est modernisée rapidement à partir de 1958. Le secteur primaire occupe aujourd'hui 6 % de la population active, le secondaire, 28 %, et le tertiaire, 66 %. Depuis 1958, la croissance moyenne annuelle avoisine 5 % par an ; elle a dépassé 7 % par an entre 1995 et 2000, au point que l'Irlande fait figure aujourd'hui de nouveau pays industriel (N.P.I.), sur le modèle des « dragons » de l'Asie du Sud-Est (Taïwan, Singapour). L'économie, dopée par les investissements étrangers et l'essor des exportations (+10 % par an), crée 50 000 emplois chaque année. De fait, le chômage endémique, qui culminait à 20 % de la population active dans les années 1980, est retombé à près de 4,5 % en 2004, l'inflation a été jugulée, les déficits budgétaires ont laissé place à des excédents, et le poids de la dette publique, très lourd, a pu être réduit (60 % du produit intérieur brut) : situation impensable à la fin des années 1980, l'Irlande remplit les critères du traité de Maastricht et figure dans la première vague de participation à la monnaie unique européenne. Bien plus, le produit national brut (P.N.B.) par habitant en parité de pouvoir d'achat, qui était de moitié inférieur à celui de la Grande-Bretagne au début des années 1970, et qui n'en représentait encore que les deux tiers en 1990, est désormais sensiblement supérieur.
Si la part de l'agriculture dans le P.I.B. comme dans la population active s'est réduite, elle fait toujours vivre 130 000 personnes. Le pays compte 270 000 exploitations agricoles d'une superficie moyenne de 22 hectares. La modernisation entamée dans les années 1960 s'est accélérée après l'entrée de la République dans la Communauté économique européenne (C.E.E.), en 1973, qui a surtout bénéficié aux plus grandes exploitations. L'élevage (moutons, bovins) assure 80 % du revenu agricole. L'Ouest produit du bétail qui est ensuite engraissé dans les plaines de l'Est. Au sud et à l'est, l'orge, la betterave à sucre et le houblon ont remplacé le seigle, l'avoine et les pommes de terre, dont la culture est devenue marginale. Le maraîchage domine autour de Dublin. La pêche, l'élevage piscicole et ostréicole sont en expansion. La filière agroalimentaire fournit 7 % du P.I.B. et près de 20 % des exportations, ces dernières n'alimentant plus seulement l'important et traditionnel marché anglais, mais aussi le continent.
La République, qui dispose de peu de matières premières minérales, est contrainte d'en importer, notamment du charbon, du fer et du pétrole (raffiné à Cork). Elle a su, toutefois, tirer parti de certaines ressources comme la tourbe, abondante, qui sert au chauffage domestique ainsi qu'aux centrales thermiques. La production d'électricité, dont près de 10 % est d'origine hydraulique (aménagement du Shannon), a été multipliée par 20 entre 1946 et 1990. Les reliefs anciens recèlent des minerais : ainsi extrait-on du cuivre à Avoca, à 60 km au sud de Dublin, dans l'une des plus importantes mines d'Europe, mais aussi du plomb (baie de Sligo, 12e rang mondial) ou encore du zinc (8e rang).
La production industrielle a plus que doublé en 10 ans. Les industries traditionnelles, qui emploient encore près de 20 % de la main-d'œuvre, reposent principalement sur l'agroalimentaire : conserveries, produits laitiers, minoteries, sucreries, boissons (distilleries de whisky, brasseries). Grand Metropolitan-Guinness, premier employeur du pays, est le premier exportateur mondial de bière. Cuir, chaussures et textiles (laine, lin, coton) sont en perte de vitesse, au contraire de la papeterie et de l'imprimerie.
Les industries modernes se sont développées après 1958, grâce à l'ouverture des frontières, à l'entrée de capitaux étrangers et à une politique industrielle dynamique, bientôt appuyée par les fonds structurels européens (qui ont représenté entre 3,5 et 5,5 % du P.I.B.). La première zone franche du monde a été ouverte autour de l'aéroport international de Shannon en 1959 : elle abrite à présent la technopole de Limerick-Shannon, petite Silicon Valley irlandaise. D'importants avantages fiscaux (imposition des bénéfices de 10 % jusqu'en 2010, contre 30 % en Angleterre ou en Irlande du Nord et 42 % en France) sont consentis aux entreprises. L'Agence de développement irlandaise, très agressive dans sa recherche d'investisseurs, offre des aides à l'implantation d'entreprises et à l'emploi, des terrains à bas prix, et de nombreux services. En outre, depuis la fin des années 1960, le gouvernement a mis un fort accent sur l'enseignement. La modération salariale d'un personnel anglophone jeune et qualifié, ainsi que la faiblesse syndicale (des accords tripartites entre le gouvernement, les syndicats et le patronat garantissent, tous les 3 ans, la paix sociale) expliquent aussi que la rentabilité des firmes américaines locales y soit cinq fois plus forte que dans le reste de l'Union européenne. Aussi l'Irlande reçoit-elle, par exemple, le quart des investissements extérieurs du secteur électronique américain.
Longtemps périphérique à l'échelle des îles Britanniques et de l'Europe, l'Irlande est ainsi devenue une tête de pont des entrepreneurs étrangers (américains, mais aussi japonais et coréens) pour la pénétration du marché européen. Quelque 1 200 entreprises étrangères fournissent donc du travail à 150 000 personnes, soit 45 % de l'emploi et 76 % de la production industriels du pays, assurant aussi les deux tiers de ses exportations. D'abord tournés vers le matériel agricole, les engrais, l'aluminium, puis le montage de voitures et l'électronique, les investissements se sont ensuite orientés vers les composants électroniques et l'informatique. Un tiers des ordinateurs et 60 % des logiciels vendus en Europe sont actuellement assemblés en Irlande. Tous les grands noms du secteur sont présents (IBM, Compaq, Dell, Apple), ainsi que de nombreux fabricants de logiciels, tandis que certaines P.M.E. locales, très dynamiques, connaissent un succès international (la plus connue d'entre elles est la firme Iona). Ainsi, 7 % des Irlandais travaillent à présent dans l'informatique, ce qui constitue un record mondial. La pharmacie, les instruments médicaux et les biotechnologies sont également des secteurs en plein essor.
De même, Dublin cherche à développer les nouvelles activités tertiaires. La capitale attire de multiples centres d'appels téléphoniques et de réservation de grandes sociétés internationales. Son quartier financier regroupe des services administratifs internationaux de plus de 400 banques, avec l'objectif (encore loin d'être atteint) de concurrencer Luxembourg. Le tourisme est important : plus de 6 millions de visiteurs, en majorité américains et européens, génèrent des activités qui représentent 8 % du P.I.B. et de la population active. Un Irlandais sur deux travaille pour les exportations, qui ne sont guère loin de procurer la moitié du P.I.B. La balance commerciale, positive depuis le milieu des années 1980, montre que la République n'est plus un appendice du grand voisin britannique : son commerce, longtemps dominé (à près de 75 %) par les échanges de part et d'autre du canal Saint-Georges, s'est rééquilibré. Ses importations proviennent pour 35 %, encore, de la Grande-Bretagne, pour 21 % des autres pays européens, pour 18 % des États-Unis ; mais 25 % seulement de ses exportations se dirigent vers la Grande-Bretagne, 47 % vers le reste de l'Union européenne et 8,5 % vers les États-Unis.
Pour en savoir plus, voir l'article histoire de l'Irlande.
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