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Équateur

en espagnol Ecuador

Nom officiel : République de l'Équateur

Carton de situation - Équateur
Drapeau de l'Équateur
Drapeau de l'Équateur

État d'Amérique du Sud baigné à l'ouest par l'océan Pacifique, l'Équateur est limité au sud et à l'est par le Pérou, au nord par la Colombie.
L'Équateur est membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (O.P.E.P.).

  • Superficie : 270 670 km2
  • Nombre d'habitants : 15 738 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Équatoriens
  • Capitale : Quito
  • Langue : espagnol
  • Monnaie : dollar des États-Unis
  • Chef de l'État : Rafael Correa Delgado
  • Chef du gouvernement : Rafael Correa Delgado
  • Nature de l'État : république à régime présidentiel
  • Constitution :
    • Entrée en vigueur : 20 octobre 2008
    • Révision : septembre 2008
Pour en savoir plus : institutions de l'Équateur

GÉOGRAPHIE

Les Andes forment de hauts plateaux dominés par des volcans et séparent la plaine côtière, plus large et plus humide au nord, de la région orientale, amazonienne, recouverte par la forêt dense. La population, augmentant rapidement et urbanisée environ aux deux tiers, est composée pour 80 % de métis et d'Amérindiens. Le riz et le maïs sont les principales cultures vivrières ; le cacao, le café et, surtout, la banane représentent les plus importantes cultures commerciales. Mais le pétrole est devenu la ressource essentielle et constitue la base des exportations.

1. Le milieu naturel

Trois régions très différenciées s'opposent par leur altitude et leur climat.

Au centre se situe la région andine, ou Sierra. Les Andes se divisent en deux cordillères encadrant des bassins élevés. La Cordillère occidentale (6 272 m au Chimborazo) est la plus aisément franchissable et se prolonge vers la côte par des chaînons et des collines entaillées de nombreuses vallées. La Cordillère orientale, plus massive, rend difficiles les communications avec l'Oriente. Le volcanisme est partout très actif avec les puissants édifices du Chimborazo, du Cotopaxi, du Sangay. Les bassins, situés entre 2 200 et 2 800 m d'altitude, se sont formés à la fin du tertiaire et ont été comblés par des dépôts volcaniques. En position d'abri, la sécheresse y est importante, en particulier au sud et au centre. L'étagement de la végétation fait se succéder, sur les versants, la forêt tropicale décidue jusqu'à 2 000 m, puis plus dégradée jusqu'à 3 200 m avec des bambous. L'étage froid, au-dessus de 3 200 m, comporte une steppe à graminées au sud et une prairie humide au nord. Les cultures sont surtout dans l'étage tempéré des bassins.

La région littorale s'élargit du sud au nord et change de paysage en fonction de la latitude. Au sud, elle subit encore les influences sèches du courant du Pérou avec une brousse arbustive. Au centre, le bassin du Guayas, formé du Daule, du Vinces, du Babahoyo, est une plaine inondable, jadis malarienne, avec un delta couvert de mangrove. Le peuplement lui a longtemps préféré les collines de grès et d'argiles du Manabí, avec des sols plus légers et mieux drainés et une savane à kapokiers. Le Nord, très humide, est couvert par la forêt dense. Au large, les Galápagos, îlots volcaniques, abritent une faune variée de « fossiles vivants » (faune relicte).

On retrouve la forêt dense dans l'Oriente, partie de la plaine amazonienne, chaude et humide, à laquelle on accède par les vallées étroites du Napo, du Pastaza, du Zamora.

2. Une population indienne

L'Équateur, avec une population estimée à 13,6 millions d'habitants en 2009, possède la plus forte densité de peuplement de d’Amérique du Sud (45 habitants par km2). Il comprend une importante population de souche indienne qui demeure, généralement, en marge de la communauté nationale. En 1998, 63 % des Équatoriens vivaient en milieu urbain, notamment dans les principales villes, Quito, Guayaquil et Cuenca. Au milieu des années 1990, 25 % de la population urbaine et 47 % la population rurale étaient considérés comme pauvres, 10 % des citadins et 22 % des ruraux vivant en dessous du seuil de pauvreté. La croissance de la population, estimée à 1,7 % par an pour la période 2000-2005, est en baisse. La Colombie accuse une diminution du taux de natalité, passé de 42,8 ‰ (1965-1970) à 25,6 ‰ (1995-2000). La mortalité infantile est passée de 106,8 ‰ (1965-1970) à 32 ‰ (2000-2005). La population est jeune (34 % des habitants sont âgés de moins de 15 ans) et l'espérance de vie est de 70 ans.

3. L'économie modernisée, mais sous-développée

L'Équateur, qui fut longtemps un grand producteur mondial de cacao, a vu son économie transformée, dans les années 1970, par la découverte et l'exploitation d'importantes réserves pétrolières. Devenu membre de l'O.P.E.P., il est alors le deuxième exportateur de pétrole de l'Amérique latine. À partir des années 1980, la baisse des cours pétroliers sur le marché mondial entraîne une grave crise économique, alliée à l'augmentation de la dette extérieure, que le tremblement de terre de 1987 ne fait qu'accroître. Le pays cesse ses exportations d'hydrocarbures pendant six mois tandis que les taux d'inflation et de chômage connaissent une forte progression. À partir des années 1990, son économie retrouve un nouvel élan, grâce notamment aux exportations agricoles. Il quitte l'O.P.E.P. en 1992 et procède à des privatisations et à une libéralisation de ses échanges. L'essor pétrolier a modernisé le pays, sans pour autant le sortir de son sous-développement. L'Équateur redevient membre de l'O.P.E.P. en 2007.

3.1. Un pays à deux « capitales »

Traversé du nord au sud par la cordillère des Andes, l'Équateur possède trois régions bien distinctes : la côte pacifique, les Andes et l'Oriente. C'est sur les Andes, région de polyculture vivrière, que se trouve Quito, la capitale, qui a largement profité de la rente pétrolière. Dans le Sud, sur la côte pacifique, se situe Guayaquil, ville dont l'importance est égale, voire supérieure, à celle de la capitale. C'est la région de l'agriculture commerciale, fondée sur de grandes propriétés foncières. L'axe Quito-Guayaquil, dyarchie métropolitaine unique en Amérique latine, représente le centre économique du pays. Autour de ce centre, des espaces périphériques (les Andes autour de Cuenca, de Loja et de Tulcán) comportent quelques-unes des plus importantes poches de grande pauvreté rurale au sein du pays. L'Oriente et le Nord côtier constituent le domaine forestier. Région de colonisation (fronts pionniers), ces espaces en marge sont encore faiblement desservis par les réseaux nationaux.

À 500 milles de la côte se trouve l'archipel des îles Galápagos, qui abrite une importante industrie touristique.

3.2. Agriculture, mines et industrie

Le secteur de l'agriculture, de la pêche et des produits forestiers représentait, en 1998, 13 % du P.I.B. Les principales cultures commerciales sont la banane (2e rang mondial) et le café (15e rang). La production destinée au marché intérieur se fait sur des microfundia qui ne présentent qu'un faible degré de mécanisation et qui souffrent d'une insuffisance des infrastructures.

Le secteur mines et industrie constitue, pour sa part, 35 % du P.I.B. et 22 % des exportations. Dans les années 1970, l'essor pétrolier a permis un programme d'industrialisation dans le cadre d'une politique de substitution des importations. La fin des mesures protectionnistes et la libéralisation des échanges dans les années 1990 exposent désormais ce secteur à la concurrence des produits importés. N'étant plus compétitif sur le marché intérieur, celui-ci se tourne dès lors vers l'exportation. Les principales branches industrielles restent l'agroalimentaire (boissons, notamment), le pétrole (les hydrocarbures et les produits dérivés représentent 14 % du P.I.B.) et le tabac, mais les exportations se développent, aujourd'hui, dans d'autres secteurs (chimie, minerai, papeterie). Les entreprises industrielles se localisent essentiellement autour de Quito et de Guayaquil. L'exploitation et l'activité pétrolières se concentrent dans l'Oriente et dans le bassin amazonien tandis que les principales raffineries se situent dans la région côtière (Esmeraldas au nord, La Libertad au sud).

3.3. Commerce et échanges

Les principaux partenaires commerciaux sont les États-Unis (38 % des exportations, 31,5 % des importations), suivis des membres du Pacte andin (Chili, Pérou, Bolivie, Colombie), auquel le pays appartient depuis 1969.

HISTOIRE

1. De l'Empire inca à la République

Le territoire de l'actuel Équateur est, au xe s., peuplé par des tribus formant de petits royaumes indépendants. Vers la fin du xve s., l'Inca Túpac Yupanqui annexe le pays, qui constitue, avec les territoires occupés aujourd'hui par le Pérou, la Bolivie et le nord du Chili, l'Empire inca « des quatre points cardinaux » (Tahuantinsuyu).

1.1. La période coloniale

En 1525, Huayna Capac ayant partagé ses États entre ses deux fils, Atahualpa et Huáscar, une guerre fratricide affaiblit l'Empire inca, au moment même où Pizarro commence sa conquête (1532). L'Équateur, appelé alors le royaume de Quito, voit la défaite du dernier général d'Atahualpa, Rumiñahui, battu en 1534 par Belalcázar, qui prend la même année Quito. Il suit dès lors les destinées du Pérou ; il devient en 1563 l'audienca de Quito, qui dépend d'abord du vice-roi du Pérou, puis du vice-roi de la Nouvelle-Grenade (1717) ; de nouveau sous l'autorité de Lima en 1723, il est finalement restitué à la Nouvelle-Grenade de 1739 jusqu'à la proclamation de la république. Dès cette époque se dessine la dualité de l'Équateur moderne : la côte, c'est-à-dire la vallée du Guayas, qui vit de l'agriculture moderne (au xviiie s.), la culture du cacaoyer, avec une main-d'œuvre d'esclaves noirs), s'oppose à la Sierra, hauts plateaux isolés avec leurs haciendas et leur agriculture traditionnelle, dirigée par l'aristocratie foncière et politique de Quito.

1.2. L'indépendance

L'influence des encyclopédistes français se fait sentir en Équateur grâce à la mission géodésique venue pour mesurer l'arc de méridien, et qui comprend La Condamine et Bouguer. À la fin du xviiie s., le mécontentement créole se manifeste surtout dans l'élite intellectuelle de Quito, réunie autour de Santa Cruz y Espejo. Une conspiration proclame l'indépendance le 10 août 1809, mais celle-ci est éphémère. Il faut attendre 1820, avec l'arrivée des troupes de Bolívar, l'insurrection de Guayaquil et la victoire du général Sucre sur les pentes du Pichincha (24 mai 1822), pour voir la victoire des « patriotes ». Le pays fait alors partie de la Fédération de Colombie, fondée par Bolívar. Toutefois, celle-ci ne survit pas aux guerres avec le Pérou. En 1830, suivant l'exemple du Venezuela, Quito se déclare indépendante sous le nom de República del Ecuador.

2. La République de l'Équateur

2.1. Entre libéraux et conservateurs

La vie politique de la jeune République, aux mains de militaires, héros des batailles de l'indépendance, est marquée par la rivalité entre les propriétaires fonciers de la côte, partisans du parti libéral, et ceux des Andes, militants du parti conservateur. Le général Juan José Flores (1830-1834) devient le premier président de la République. Représentant de l'oligarchie de Quito, il est renversé en 1835 par le chef de l'opposition armée de Guayaquil, Vicente Rocafuerte. Cette rivalité et les coups de force de ces caudillos perdurent durant tout le xixe s. L'État reste décentralisé jusqu'à ce que le chef des conservateurs catholiques, Gabriel García Moreno, accède à la présidence. Sous son gouvernement (1861-1865 et 1869-1875), une nouvelle Constitution (la septième depuis l'indépendance) établit le suffrage universel. Moreno fait consacrer la République au Sacré-Cœur, confie la totalité de l'enseignement à l'Église et centralise l'administration publique et les impôts. Après son assassinat, en 1875, le pouvoir reste aux mains des conservateurs jusqu'à la révolution de 1895, qui permet le retour des libéraux et la laïcisation de la société, sous la présidence d'Eloy Alfaro (1895-1912).

2.2. De l'instabilité populiste à la modernisation autoritaire

À la mort d'Eloy Alfaro, en 1912, l'Équateur sombre à nouveau dans une instabilité politique chronique, aggravée par la crise économique mondiale de 1929. Devenu le premier exportateur mondial de cacao, le pays est victime de la monoculture et de la baisse des cours de ce produit. Jusqu'en 1948, le pays voit se succéder vingt-et-un gouvernements, dont neuf seulement vont au terme de leur mandat. Le personnage central de cette période est José María Velasco Ibarra, chef charismatique qui domine la vie politique de l'Équateur pendant une trentaine d'années. Il accède au pouvoir pour la première fois lors de l'élection présidentielle de 1934, mais il est renversé dès 1935. Après le conflit avec le Pérou (1941-1942), à la suite duquel l'Équateur perd ses provinces amazoniennes, une junte militaire le porte à nouveau au pouvoir en 1944. Renversé en 1947, J. M. Velasco Ibarra, dont le populisme s'inspire du péronisme argentin, est réélu président en 1952, et parvient à se maintenir au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat. En 1960, candidat du Front national et comptant avec l'appui des communistes, il accède, pour la quatrième fois, à la fonction présidentielle. Sa politique nationaliste provoque le mécontentement du secteur des exportations agroalimentaires, et le conflit avec son vice-président, Carlos Julio Arosamena, précipite sa chute. Il est renversé pour la troisième fois en 1961 par une junte militaire, qui place le libéral C. J. Arosamena au poste présidentiel.

L'influence de la révolution cubaine (1959) coïncide avec la montée des revendications sociales en Équateur. Les militaires, qui accusent C. J. Arosamena de favoriser le régime de Cuba, le déposent et prennent le pouvoir en 1963 pour trois ans. Renversée sans effusion de sang, la junte laisse place à un gouvernement civil provisoire, et une Assemblée est chargée de rédiger une nouvelle Constitution, la seizième depuis l'indépendance. Lors de l'élection présidentielle de 1968, J. M. Velasco Ibarra accède pour la cinquième fois au pouvoir, à l'âge de 75 ans. Aux prises avec une crise économique profonde, le vieux caudillo, menacé par un coup d'État, dispose en 1970 de pouvoirs dictatoriaux. Mais, deux ans plus tard, les chefs militaires le déposent, et le général Guillermo Rodríguez Lara prend le pouvoir. En 1976, ce dernier doit céder sa place à un Conseil suprême de gouvernement composé des chefs d'état-major des trois armées.

Au cours des années 1970, l'exploitation intensive des hydrocarbures (découverts en 1973) conduit à un changement significatif du pays. La rente pétrolière permet en effet un développement économique ainsi que l'émergence de nouvelles élites et l'essor d'une classe moyenne urbaine. À l'instar des autres pays latino-américains producteurs de pétrole (Venezuela, Mexique), l'État équatorien se consolide dans son rôle de promoteur d'une modernisation sociale, économique et politique. Mais le miracle pétrolier laisse à l'écart presque la moitié de la population, en particulier les paysans, généralement amérindiens, aux très faibles revenus.

2.3. La consolidation démocratique

Une nouvelle Constitution, accordant des droits sociaux et le droit de vote aux analphabètes, est proposée par la junte militaire (au pouvoir depuis 1976) dirigée par l'amiral Alfredo Poveda. Elle est approuvée par référendum le 15 janvier 1978. Les élections de 1979 marquent le retour des civils au pouvoir grâce à la victoire du candidat du parti populiste Concentration de forces populaires (CFP), Jaime Roldós Aguilera. Mais le gouvernement est confronté, à partir des années 1980, à la baisse des cours mondiaux des hydrocarbures qui entraîne un tassement des ressources nationales et un accroissement de la dette extérieure. Le nationalisme se présente alors comme une porte de sortie à la crise gouvernementale : en janvier 1981, un affrontement armé éclate avec le Pérou. L'Équateur, en effet, n'a jamais renoncé à ses provinces perdues en 1942, d'autant plus qu'elles renferment de riches gisements de pétrole. À la suite du décès de J. Roldós Aguilera lors d'un accident d'avion (24 mai 1981), le vice-président Osvaldo Hurtado Larrea, leader du parti Démocratie populaire, assume le pouvoir.

L'aggravation des difficultés économiques, due à la baisse des cours de certains produits agricoles (café, cacao), oblige le gouvernement Hurtado Larrea à négocier avec le Fonds monétaire international (FMI). La mise en œuvre de politiques d'austérité accentue les tensions sociales et conduit à la victoire, lors de l'élection présidentielle de 1984, du candidat de droite du parti social chrétien (PSC), León Febres Cordero. Ce dernier, développant à la fois un discours qui attire certaines couches défavorisées et une politique de libéralisme économique qui favorise les entrepreneurs et les rentiers, ne parvient pas à mettre fin à la crise. Partisan d'une démocratie musclée, il entre en conflit avec le Parlement, et recourt fréquemment à des décrets-lois. Malgré le cortège de mécontentements, la tentative de coup d'État du général Franck Vargas, en mars 1986, est un échec. Le rejet de l'autoritarisme de droite et l'intensification des difficultés économiques permettent le succès de la Gauche démocratique à l'élection présidentielle de 1988.

Le nouveau chef de l'État, Rodrigo Borja Cevallos, se trouve confronté à un taux élevé de chômage et d'inflation, ainsi qu'à une pénurie des produits de base. Borja Cevallos reprend à son compte les orientations économiques de ses prédécesseurs et fait appel à plusieurs personnalités issues des rangs de la droite. La légitimité de cette dernière se renforce et lui permet de s'imposer sans difficulté à l'élection présidentielle de 1992, avec la victoire de Sixto Durán Ballén. Le nouveau gouvernement développe un processus de privatisation économique et réduit le taux d'inflation et le déficit public. Mais il suscite une opposition dans divers secteurs, motivée par l'accroissement de la pauvreté, et est confronté aux revendications des Amérindiens, dont le mouvement, lancé en 1990, ne cesse de s'amplifier. La corruption au sein du gouvernement conduit à une crise politique, tandis que le vieux conflit frontalier avec le Pérou dégénère, une fois de plus, en guerre ouverte entre janvier et février 1995 (la « guerre du Condor »).

Cette crise provoque un réalignement de l'électorat, notamment d'une large part des classes moyennes, qui assure la victoire, lors des élections générales de 1996, à un candidat ouvertement populiste, Abdalá Bucaram Ortiz. Ce dernier, après avoir fondé un parti « roldosiste » équatorien (du nom de l'ex-président J. Roldós Aguilera,  PRE), arrive au pouvoir grâce à un discours promettant la fin des oligarchies et la diminution de la pauvreté. Mais, au terme de six mois d'exercice, le nouveau président se montre incapable de présenter une politique de gouvernement cohérente. Après cinq semaines de mobilisation et de contestation, le Parlement destitue Bucaram Ortiz, le 6 février 1996, pour « incapacité mentale à gouverner ». Le président du Parlement, Fabian Alarcón, assure l'intérim du pouvoir jusqu'au 10 août 1998, date à laquelle Jamil Mahuad Witt, candidat de la Gauche démocratique et ancien maire de Quito, prend ses fonctions, après sa victoire à l'élection présidentielle.

Au niveau régional, après trois années de négociations intenses, qui ont débuté au lendemain de la guerre de 1995, un accord de paix (acte de Brasília) est signé par l'Équateur et le Pérou en octobre 1998 (entériné solennellement en mai 1999), mettant fin à plus d'un demi-siècle de querelles frontalières entre les deux pays. Le Pérou conserve la souveraineté sur les 200 000 km2 de l'Amazonie péruvienne, mais cède à son voisin une enclave de 1 km2 à Tiwinza, dans la cordillère du Condor.

2.4. La faillite économique et financière et ses répercussions politiques et sociales

Depuis 1998, l'Équateur est touché par une profonde récession, qui a pour origine – outre les problèmes structurels propres au pays – les effets dévastateurs d'El Niño (1997-1998), la chute du cours du pétrole et les répercussions des crises asiatique (baisse des exportations), puis brésilienne (fuite des capitaux). En 1999, la situation se détériore – dévaluation de la monnaie, inflation galopante, fermeture des banques faute de liquidités –, entraînant une dégradation du climat social – grèves générales, état d'urgence, marche des Indiens vers la capitale. En janvier 2000, en réaction à la corruption et à la politique néo-libérale du président (son projet qui vise à remplacer la monnaie nationale, le sucre, par le dollar, provoque une hausse très importante des prix), différents syndicats et mouvements politiques multiplient les mouvements de protestation et réclament la démission de Jamil Mahuad. Cette situation explosive aboutit à une grave crise politique provoquée par un nouveau soulèvement indigène : le 21, les Indiens envahissent le Congrès et destituent le président avec l'aide d'une faction de l'armée emmenée par Lucio Gutiérrez. Après quelques heures de confusion, le haut commandement de l'armée parvient à contrôler la rébellion par l'intermédiaire du général Carlos Mendoza, qui décide de faire marche arrière et impose le vice-président, Gustavo Noboa, à la tête de l'État. Celui-ci affirme aussitôt sa volonté de parachever les réformes lancées par son prédécesseur, allant à l'encontre de la principale revendication des instigateurs de la révolte. Ce coup d'État avorté contribue à une radicalisation des deux camps : alors que les autorités procèdent à une série d'arrestations parmi les officiers rebelles, les syndicalistes et les militants des mouvements de protestation, les Indiens se promettent de poursuivre la mobilisation.

En septembre 2000, le dollar remplace officiellement le sucre – ultime tentative pour redresser l'économie du pays, après la chute vertigineuse du sucre en 1999 –, en dépit des réticences d'une partie de l'opinion qui considère que cette mesure revient à un abandon de souveraineté. D'autre part, cette décision fait craindre une hausse du chômage, une perte du pouvoir d'achat et surtout une aggravation des inégalités sociales.

L'élection présidentielle du 25 novembre 2002 est remportée par le colonel et ancien putschiste L. Gutiérrez, grâce au soutien du Mouvement populaire démocratique (MDP, gauche) et du Pachakutik, bras politique du mouvement indigène, à qui il propose de participer au sein d'un gouvernement de coalition. Toutefois sa politique néolibérale, sa soumission aux règles du FMI et son rapprochement avec les États-Unis provoquent le départ de deux ministres indigènes (juillet 2003) et les manifestations d'Indiens et de la gauche exigeant, dès juin 2004, sa démission. Confronté à une forte opposition parlementaire, il évince les membres les plus à gauche de son gouvernement en août 2004 et essuie un sévère échec aux élections locales d'octobre. Désireux de consolider son pouvoir, il tente en décembre de placer des fidèles à la Cour suprême, organe judiciaire normalement indépendant, mais, ce faisant, il suscite de vifs mouvements de protestation populaire qui s'amplifient en avril 2005 et aboutissent à sa destitution par le parlement. Son vice-président, Alfredo Palacio, lui succède alors, avec pour mission de terminer le mandat en cours. Il n'en propose pas moins une série de réformes institutionnelles visant à « refonder l'État », que les parlementaires, décriés dans l'opinion publique et menacés par ces projets, s'emploient à enterrer.

2.5. La présidence de Rafael Correa et le tournant à gauche (2006-)

Au second tour de l'élection présidentielle de novembre 2006, Rafael Correa, économiste de gauche (quasiment) nouveau venu en politique, l'emporte facilement (56,5 % des voix) sur son adversaire de droite, l'ultralibéral et milliardaire Álvaro Noboa. Pour mettre en application son programme d'inspiration bolivarienne, qui prévoit, outre un large volet social et la lutte contre la corruption, la renégociation de la dette, le passage à terme au socialisme, le renforcement de la souveraineté nationale et une prise de distance vis-à-vis des États-Unis, il annonce, ne disposant d'aucun député au Congrès, la tenue d'un référendum sur la création d'une Assemblée nationale constituante chargée de rédiger de nouvelles institutions.

Malgré l'opposition initiale du Parlement, la consultation populaire a lieu en avril et donne près de 82 % de « oui ». En septembre 2007, la nouvelle formation politique, l'Alliance PAÍS (« Pays » et acronyme de « Patria altiva y soberana », Patrie orgueilleuse et souveraine), qui soutient le projet du président, remporte 70 % des suffrages et une très large majorité dans l'Assemblée constituante – suspectée par certains de vouloir mettre en place un régime chaviste. Après avoir révoqué le Congrès et repris à son compte l'activité législative, cette assemblée adopte, en juillet 2008, le projet constitutionnel qui est approuvé par référendum, avec environ 64 % de votes favorables, le 28 septembre, et qui entre en vigueur le 20 octobre.

Présentée par ses plus fermes partisans comme une étape supplémentaire dans la construction du « socialisme du xxie siècle », la nouvelle loi fondamentale renforce les prérogatives financières et économiques de l'État en vue d'une politique axée sur le développement, à la fois planifié et déconcentré, au service du « bien vivre » (sumak kawsay en quechua) et dans le cadre d'une économie « sociale et solidaire ». La souveraineté nationale est également affirmée au plan international, priorité étant donnée à l'intégration de la région andine et de l'Amérique latine. Par ailleurs, parmi les innovations du texte, une « fonction de transparence et de contrôle social », confiée notamment à un « Conseil de participation citoyenne et de contrôle social » et à des « médiateurs du peuple » (defensores del Pueblo), est désormais inscrite dans la nouvelle organisation du pouvoir.

En prévoyant expressément la protection de la nature (la Pacha Mama ou « Terre Mère ») dans plusieurs de ses articles, la Constitution impose également des limites à l’exploitation des ressources minières du pays. Un ambitieux projet écologique voit ainsi le jour visant à préserver la réserve de biosphère Yasuní de toute extraction pétrolière contre une compensation financière apportée par la communauté internationale. Cette initiative Yasuní-ITT (pour Isphingo-Tambococha-Tiputini, la zone amazonienne où se trouve un important gisement), reçoit le soutien d’un certain nombre de pays.

La construction du nouveau régime

Un « régime de transition » est instauré avant les élections générales d'avril 2009, à l'issue desquelles R. Correa est réélu dès le premier tour avec près de 52 % des suffrages devant Lucio Gutierrez, candidat du PSP (parti Société patriotique, 28,2 % des voix) et Alvaro Noboa, du PRIAN (parti rénovateur institutionnel Action nationale, 11,4 % des suffrages). L'alliance progouvernementale PAÍS remporte près de 46 % des voix et 59 sièges sur 124 devant 17 partis et mouvements dont le PSP (19 sièges), le parti social-chrétien (11 sièges) et le PRIAN (7 sièges). Ne disposant pas d'une majorité absolue, le président – qui annonce l'adhésion de son pays à l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA) en juin – peut compter sur l'appui du Mouvement démocratique populaire (MPD, 5 sièges) et de divers petits partis également représentés à l'Assemblée nationale. Celle-ci tient sa session inaugurale le 31 juillet et élit à sa présidence Fernando Cordero, du mouvement PAÍS, avec une majorité de 74 députés. S'engageant à accélérer la « révolution citoyenne » jugée « irréversible », R. Correa est officiellement investi pour son second mandat le 10 août.

Les relations avec l’opposition et certains organes de presse se détériorent cependant rapidement. Après avoir dû faire face à la rébellion d’une partie des forces de l’ordre en septembre 2010 – déjà présentée par le pouvoir comme une tentative de déstabilisation – R. Correa affronte ouvertement les médias qu’il poursuit devant la justice et tente de réguler à l’occasion d’un référendum organisé en mai 2011 visant aussi à réformer le système judiciaire. Cette consultation, qui se transforme en affrontement entre majorité et opposition, le « oui » l’emportant avec moins de 50 % des voix, révèle les tensions entre un régime aux tendances plébiscitaires et une partie de la population alors que R. Correa doit également répondre à l’hostilité de ses alliés des communautés indiennes représentées par la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CONAIE) à plusieurs projets miniers du gouvernement dans un secteur clé de l’économie du pays.

2.6. Le troisième mandat de R. Correa

En février 2013, R. Correa est réélu dès le premier tour avec 57,17  % des suffrages devant sept autres candidats dont Guillermo Lasso, du mouvement CREO fondé en 2010, qui obtient 22,68  % des voix. Le parti présidentiel, l’alliance PAÍS, s’impose également massivement à l’Assemblée nationale avec 52,3 % des suffrages et 100 sièges sur 137. Le président peut désormais compter sur une majorité absolue et les relations avec l’opposition se détériorent encore d’un cran après l’adoption d’un projet de loi sur les médias très controversé en juin. Parmi les mesures prévues, la nouvelle répartition des fréquences entre médias audiovisuels privés, publics et communautaires au détriment des premiers et la répression du délit de « lynchage médiatique » sont les plus contestées.

La réélection de R. Correa s’explique en partie par la bonne situation économique du pays : la croissance soutenue – plus de 7 % en 2011 et 5 % en 2012 –, s’est accompagnée depuis 2007 d’une réduction notable de la pauvreté mais elle est largement due au commerce extérieur et aux exportations de pétrole. Faute d’avoir récolté les sommes espérées pour compenser le manque à gagner, le gouvernement doit ainsi abandonner le projet de sanctuarisation du parc Yasuní et ouvrir la porte à l’exploitation pétrolière (qui n’affecterait toutefois que 1 % de la réserve) dans cette région amazonienne, une décision très mal accueillie par les communautés amérindiennes et par certaines organisations écologiques qui tentent de s’y opposer et demandent un référendum.