En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

phoque

Phoque crabier
Phoque crabier

Recherché et tué, jadis, pour sa fourrure, le phoque est aimé aujourd'hui par ceux qui l'ont sauvé. Les bébés phoques n'ont plus rien à craindre des cruels chasseurs. Photographiés et filmés pour les écrans du monde entier, les innocents blanchons peuvent enfin grandir en paix sur leurs glaces flottantes.

1. La vie du phoque

1.1. Des journées entières dans l'eau glacée

Excellent nageur, le phoque du Groenland passe l'essentiel de son temps dans l'eau. Il y chasse, y voyage, s'y repose. Lorsque le ciel est dégagé, les femelles aiment, certes, monter sur la glace et prendre un bain de soleil. Mais, dès qu'arrivent le vent, le brouillard ou la neige, elles se réfugient aussitôt dans la mer.

Un nageur rapide

Tout dans la morphologie du phoque du Groenland indique une bonne adaptation à la vie aquatique : la ligne fusiforme du corps, l'extrémité pointue du museau et l'absence d'appendices externes – le phoque n'a pas de pavillon auriculaire et ses organes génitaux sont internes. Sa vitesse à la nage atteint 20 km/h.

Si ses membres antérieurs et postérieurs sont transformés en nageoires, le phoque a un train arrière qui rappelle son appartenance aux pinnipèdes, animaux amphibies. Cette classification est désormais obsolète mais certains auteurs conservent le nom de pinnipèdes pour désigner une super famille spécifique. Les phocidés sont ainsi classés dans le sous-ordre des caniformes et dans l'ordre des carnivores au même titre que neuf autres familles, dont les otaridés mais également les ursidés et les canidés. Dans l'eau, le phoque se propulse grâce aux mouvements coordonnés de ses nageoires postérieures et aux ondulations latérales de son corps. Ses nageoires antérieures lui servent, elles, surtout pour changer de direction. Lorsqu'il se repose dans l'eau, il adopte soit la position dite « en chandelle », soit celle horizontale dite « du crocodile » : les nageoires écartées assurent un équilibre stable, le museau, le dos et la queue affleurant à la surface.

Un train arrière mal adapté à la vie sur la terre ferme

Un train arrière mal adapté à la vie sur la terre ferme



Les phoques sont des mammifères amphibies au même titre que les otaries. La principale différence entre les deux réside dans la forme de leur train arrière. Les otaries ont gardé la possibilité de se déplacer « à 4 pattes » en se servant de leurs nageoires postérieures, qu'elles peuvent replier sous leur corps. Les phoques, beaucoup plus adaptés au milieu aquatique, ne se servent de leurs nageoires postérieures que pour nager. Celles-ci restent dans le prolongement du corps et ils doivent ramper quand ils se déplacent sur terre.

Un jeûne de 65 jours

Très actif, le phoque du Groenland consacre une partie importante de ses journées à chasser. Son régime alimentaire se compose essentiellement de poissons de surface (capelans, harengs), de céphalopodes (calmars), de crustacés (crevettes, crabes, homards) et accessoirement de poissons de fond (carrelets et morues). Mais ce régime varie beaucoup selon les saisons, les disponibilités locales, l'âge et le sexe de l'animal. C'est ainsi que les jeunes phoques juste sevrés et encore malhabiles dans l'eau restent en surface et se nourrissent, à la façon des baleines, de crustacés planctoniques ou de petits poissons comme les morues polaires. En outre, les quantités absorbées se réduisent considérablement lors des migrations de printemps et d'automne, ainsi que pendant la mue. Pour les femelles, la nourriture diminue durant la mise bas et l'allaitement. Plusieurs biologistes nord-américains, comme K. Ronald et D. Sergeant, ont estimé que, par an, un phoque consommait 800 kg de nourriture (presque 2 % de son poids par jour) et jeûnait environ 65 jours.

Les petites proies sont attrapées et avalées par succion ; les gros poissons sont ramenés à la surface, découpés en bouchées et avalés. Les phoques ne mâchent pas !

1.2. Des amours brèves mais tumultueuses

Arrivant du Nord après une migration de plusieurs milliers de kilomètres, les femelles reviennent à proximité des glaces flottantes où elles sont nées cinq ou six ans auparavant. Elles ont atteint l'âge de la maturité sexuelle (5 ans et demi en moyenne). C'est le mois de février, et bon nombre d'entre elles attendent un petit qui naîtra quelques jours après leur arrivée.

Elles s'installent massivement (leur nombre peut atteindre 3 000) sur des glaces flottantes assez épaisses – au minimum 25 cm d'épaisseur –, non loin de chenaux qui leur assurent un accès rapide à la pleine mer, en cas de danger. Si les icebergs ont tendance à fusionner, elles creusent ce qu'on appelle des « trous de respiration » en donnant de grands coups de tête dans la glace nouvellement formée. Ces orifices mesurent en général, à la surface, entre 80 et 90 cm de diamètre et s'élargissent en profondeur. Les phoques s'en servent tantôt pour se rendre à la mer, tantôt, lorsqu'ils sont dans l'eau, pour y respirer. Contrairement à ce qui se passe chez les phoques de l'Antarctique, plus de 40 animaux peuvent partager le même trou...

La biologie du phoque du Groenland est aujourd'hui bien connue grâce aux travaux menés depuis les années 70 par le biologiste canadien K. Ronald, professeur à l'université de Guelph, au Canada. Selon ces études, la femelle a un seul œstrus par an. Lorsqu'elle est déjà mère, celui-ci se produit 2 semaines après la mise bas et coïncide avec la fin de l'allaitement. L'accouplement a le plus souvent lieu quelques jours après le sevrage du jeune, soit 2 à 3 semaines après sa naissance.

Les mâles se rassemblent avant l'accouplement

Début mars est la grande période du rut, et les mâles – sexuellement mûrs dès l'âge de 4 ans, même s'ils attendent généralement d'avoir 7 ans pour s'accoupler – acquièrent alors une forte odeur musquée. Toutefois, dès avril, leurs glandes reproductrices régressent ; leur activité sexuelle ne dure que 4 à 8 semaines par an, d'où la brève saison des amours.

Très courte, mais mouvementée, celle-ci commence par le rassemblement des mâles. À la surface de l'eau, tout autour des glaces flottantes sur lesquelles les femelles se sont installées, ils sautent et virevoltent, ou se lancent dans des rondes et des courses frénétiques en direction de l'élue. Toutes ces démonstrations ont le même but : attirer l'attention des femelles. Celles-ci répondent en adoptant une position particulière : elles arquent le dos, rejettent la tête en arrière et dressent en l'air leurs nageoires postérieures...

Les accouplements ont surtout lieu sous l'eau chez les phoques du Groenland qui vivent dans le golfe du Saint-Laurent, et plutôt sur la glace chez les autres groupes.

Les phoques du Groenland sont sexuellement actifs jusqu'à leur mort, vers 30 ans. Les femelles donnent naissance à un jeune par an, après une gestation apparente de 11 mois et demi, qui ne dure en fait que 7 mois et demi, grâce au phénomène de nidation différée. Après quoi, les mâles se regroupent, repartent pour le Nord en quête de nourriture, suivis par les femelles, puis par les jeunes.

La nidation différée

La nidation différée



Dans le golfe du Saint-Laurent, le biologiste canadien Stewart a étudié la gestation chez les phoques du Groenland. Après une première mise bas le 2 mars, les femelles s'accouplent vers les 12-14 mars (une fois le sevrage effectué). La fécondation est immédiate (jour 0), mais le développement de l'œuf s'interrompt 90 jours, jusqu'au début de juin. Il reprend alors, mais l'œuf ne s'implante qu'au 143e jour. La gestation active dure 265 jours. La naissance a lieu le 2 mars suivant, 355 jours après l'accouplement.

1.3. La naissance des blanchons

À la fin février, de retour sur les glaces du sud de l'Arctique, les femelles cherchent un endroit pour donner naissance à leur petit. Si les conditions climatiques sont trop mauvaises ou si la banquise n'est pas encore assez épaisse, elles peuvent, grâce à leur constitution physiologique, retarder l'accouchement. À l'approche de la mise bas, les femelles se rassemblent : des groupes allant de 5 000 à 6 000 mères peuvent se concentrer sur 2 km2 de banquise... La délivrance, qui a lieu le plus souvent la nuit ou très tôt le matin, est très rapide – certaines ne durentpas plus de 15 à 40 secondes. Le cordon ombilical se rompt de lui-même pendant, ou juste après, l'accouchement. Les enveloppes placentaires sont expulsées dans la demi-heure.

Grosse boule de poils mouillés, le nouveau-né a de grands yeux bleus qui prendront, au bout de 3 ou 4 jours, une teinte brune. Et l'éclatante blancheur de son pelage lui vaut le surnom de « blanchon ».

Un ennemi mortel : le froid

À sa naissance, le jeune phoque passe de l'utérus maternel dont la température est de 37 °C, à un milieu extérieur, dont la température varie de – 15 °C à + 5 °C. Et il lui faut affronter, en outre, des vents glacés. Dépourvu de la couche de lard qui protège les phoques plus âgés, il grelotte pendant 3 ou 4 heures, jusqu'à ce que son pelage soit sec et isolant. Ces tremblements génèrent une chaleur interne et lui permettent de se réchauffer. Malheureusement, cela s'avère insuffisant en cas de pluies diluviennes et de nombreux petits meurent alors de froid.

Dès la naissance, la maman phoque caresse du bout du nez son petit et le renifle, signe de reconnaissance. L'allaitement commence dans les deux heures qui suivent. Le lait de la mère est très riche en matières grasses (25 % au début de l'allaitement, 40 % à la fin, alors que le lait de vache, par exemple, n'en contient que 5 %). Grâce à cette nourriture particulièrement riche, le poids du blanchon augmente ainsi de 2,5 kg par jour, pendant la période de lactation – qui dure en moyenne 9 jours –, passant de 11-12 kg à la naissance à 30-40 kg au moment du sevrage. Une grande partie de ce gain de poids se retrouve sous forme d'un épais tissu graisseux sous-cutané qui offre au petit phoque une protection efficace contre le froid.

En cas de danger, le blanchon se fige sur la glace et ne bouge plus. Une immobilité qui a largement facilité le travail des chasseurs, d'autant que la mère accourt rarement à son secours si elle est elle-même menacée et se trouve dans l'eau. Quand elle est sur la glace, il lui arrive de défendre sa progéniture, mais aussi de s'enfuir ou de s'immobiliser à son tour. Au cours de sa deuxième semaine, le jeune est sevré. Brutalement abandonnés par leur mère, les blanchons se serrent alors les uns contre les autres, sur la glace, en poussant des cris semblables aux pleurs de bébés humains. Désormais, il va leur falloir se débrouiller seuls dans la vie.

Plus gras que leurs parents

Plus gras que leurs parents



La couche de lard située sous la peau du phoque peut dépasser 10 cm chez les jeunes tout juste sevrés, tandis que, chez l'adulte, le maximum – atteint à la fin de l'hiver – n'est que de 8 cm. Cette protection aide les bébés à affronter leur premier printemps, alors qu'ils sont encore trop maladroits pour chasser. Très mince à hauteur de la tête, l'épaisseur du lard est plus importante au milieu du corps que vers les nageoires, et elle varie selon les saisons.

1.4. L'apprentissage de la vie

Le petit phoque du Groenland est l'un des mammifères biologiquement les plus précoces. Dès l'âge de 10-12 jours, il doit apprendre à survivre dans un milieu extérieur parfois hostile. Après l'abandon brutal par sa mère, il commence par pleurer à sa façon pendant de longues heures, puis il se calme et passe ses journées à jouer et à dormir sous le soleil avec les autres blanchons.

La période de sevrage correspond à celle de la mue. Le bébé phoque perd ses poils par poignées. C'est ce qu'on appelle la phase « mitée », parce que, précisément, son pelage a l'air mangé par les mites. Il échange sa merveilleuse fourrure blanche, tant convoitée par les chasseurs contre des poils plus courts, de coloration gris acier, avec des taches sombres. Il muera ensuite une fois par an, et son pelage changera plusieurs fois de couleur avant de devenir semblable à celui des adultes.

Pendant toute la durée de la mue, le blanchon, privé de sa fourrure protectrice, est condamné à rester à terre, sans se nourrir. Ses 40 kg – dont 20 constitués par du lard sous-cutané – lui permettent de survivre. Mais, peu à peu, au cours de ces semaines de jeûne forcé, le tissu graisseux nourricier diminue, et certains animaux ne pèsent plus que de 22 à 27 kg lorsque la mue est terminée. C'est alors que le blanchon plonge pour s'alimenter.

Incapable de rester immergé pendant de longues minutes, le jeune animal consomme des petits crustacés planctoniques situés à la surface de l'eau, sa mère ne lui ayant appris ni à chasser ni à se nourrir, mais seulement à découvrir l'océan et à y évoluer. Encore malhabile dans l'élément liquide, il reste à proximité de la banquise. Il lui faudra attendre l'âge de un an pour pouvoir s'aventurer plus près des fonds marins, à la recherche des capelans, mets favori des phoques.

Jusqu'à l'âge de 8 à 10 semaines, il se laisse dériver passivement dans les courants qui l'entraînent vers le sud, sans jamais s'éloigner des glaces. Ce n'est qu'après avoir récupéré des forces qu'il se met résolument à nager vers le nord, sur la trace des adultes déjà partis pour leur longue migration printanière.

Les mues et le pelage

Les mues et le pelage



À sa naissance, le jeune phoque du Groenland a une fourrure blanche et bouclée, un peu comme celle du bébé caniche. Une mue a lieu ensuite tous les ans. Elle dure entre 2 et 4 semaines, en mars et avril. Les jeunes d'un an échangent leur pelage argenté contre une fourrure tachetée, caractéristique de l'âge juvénile. Le pelage des adultes – blanc jaunâtre ou grisâtre, avec une tête noire ou brune, des taches sombres au niveau des nageoires postérieures et une sorte de lyre ou de fer à cheval sur le dos – fait penser à celui du fox-terrier. Il n'apparaît pas avant 8 ou 9 ans chez les mâles et parfois pas avant 20 ans chez les femelles.

1.5. Milieu naturel et écologie

Les phoques du Groenland vivent dans les eaux froides de l'Arctique et de l'Atlantique nord. Leur aire de répartition s'étend du Spitzberg et de Jan Mayen, au Groenland, jusqu'à Terre-Neuve, au sud, et à la baie d'Hudson, à l'est. On constate leur présence sur les côtes de trois continents : Asie, Amérique et Europe. Sur les rives européennes, toutefois, ils se font rares au-dessous de 60° de latitude nord. Dans quelques cas exceptionnels, des animaux isolés sont signalés sur les côtes de Grande-Bretagne, d'Allemagne et même de France. Vivant à proximité de la banquise arctique et dans les eaux subarctiques de l'Atlantique, tous les phoques du Groenland entreprennent de longues migrations saisonnières. Au printemps, ils se dirigent vers le nord pour la mue, au début de l'hiver suivant, ils vont vers le sud, pour leur reproduction. Il existe toutefois trois populations distinctes, possédant chacune leur zone de reproduction, l'une dans la mer du Groenland, au nord de Jan Mayen, l'autre dans la mer Blanche et la troisième dans le golfe du Saint-Laurent et sur les côtes du Labrador. Pour chacune de ces populations, le voyage est donc un peu différent. L'été, par exemple, les phoques qui vivent dans les eaux du Groenland, se trouvent à l'extrême nord de leur aire de répartition – entre le Spitzberg et le Groenland –, où des eaux très poissonneuses leur offrent une abondante subsistance. Ils repartent vers le sud dès le début de l'hiver et les femelles mettent bas à Jan Mayen, en mars. Quand les glaces commencent à fondre, c'est la remontée vers le nord, pour la mue.

La plupart des phoques rejoignent leur zone d'alimentation dès la mi-juin. Seuls les jeunes nés dans l'année émigrent plus tard. Certains resteront même tout l'hiver à proximité du Groenland.

Une mystérieuse boussole

À les voir se déplacer par bandes plus ou moins nombreuses, ces phoques font penser à des troupes de marsouins. Mais le trajet suivi est incroyablement précis, si l'on songe à la distance parcourue : certains animaux peuvent couvrir plus de 5 000 km... Comment se dirigent-ils ? Cette question n'a pas été entièrement élucidée. L'œil du phoque est sans doute attiré par la couleur bleu-vert des eaux côtières, ce qui l'empêche de se perdre en haute mer. Mais comment peut-il garder son cap ? Sur ce point le phoque du Groenland conserve encore son secret. Diverses hypothèses ont été émises : le phoque serait guidé par les changements de température dus au mouvement des glaces, ou encore par le vent (c'est l'opinion du biologiste américain Sergeant). Norris, un autre chercheur, pense, lui, que l'animal suit tout simplement son instinct : les jeunes ne trouvent-ils pas leur route sans l'aide de phoques plus âgés ? Et n'arrive-t-il pas que de vieux mâles solitaires se remettent sur le bon chemin après un accident de parcours ?

Au cours des migrations saisonnières, les mauvaises rencontres ne manquent pas. De tous les prédateurs, l'homme est toutefois le plus redoutable. Les Canadiens et les Norvégiens sont les plus grands amateurs de phoques. Les Esquimaux et autres habitants de l'Arctique consomment la viande de cet animal et se servent de sa fourrure pour confectionner des vêtements.

En pleine mer, les phoques peuvent aussi être la proie des orques, redoutables prédateurs marins. Sur terre, ils sont plus à l'abri, car ils s'isolent du continent, préférant les glaces flottantes à la banquise. Ils évitent ainsi les attaques des ours polaires, friands de jeunes phoques.

La richesse exceptionnelle des eaux froides permet à toutes les espèces animales de survivre sans conflits entre les différentes espèces de phoques, ou entre ces dernières et d'autres cétacés comme la baleine, le bélouga et le narval. Si, dans l'Antarctique, le phoque-léopard de mer est capable de dévorer d'autres pinnipèdes, dans l'Arctique on ne trouve pas ce genre de super-prédateur. À l'exception peut-être du morse, qui, de temps à autre, n'hésite pas à s'attaquer à un jeune phoque du Groenland.

Selon une étude menée au Canada, les phoques auraient besoin pour subsister de 2 millions de tonnes d'aliments par an – dont 500 000 tonnes de capelans et 20 000 tonnes de harengs. Une concurrence redoutable pour les navires-usines de Russie ou du Japon. Les pêcheurs souhaiteraient donc voir diminuer le nombre de phoques, espérant ainsi que leurs pêches augmenteront... Mais c'est oublier que le phoque du Groenland fait partie d'un vaste système écologique. Diminuer le nombre de phoques donnerait lieu à une augmentation du nombre de grandes baleines, se nourrissant elles aussi de capelans et de krill, dont elles consomment d'énormes quantités. La diminution en krill des eaux arctiques empêcherait plusieurs populations de poissons – dépendantes de cette nourriture – de se développer. On voit bien, par ce schéma rapide, que la pyramide écologique de l'Arctique est trop fragile pour être encore ébranlée par l'homme.

2. Zoom sur... le phoque du Groenland

2.1. Phoque du Groenland (Pagophilus groenlandicus)

De tous les phocidés, le phoque du Groenland (ancien nom scientifique : Phoca groenlandica) est celui qui a été le plus étudié, en raison, sans doute, de sa valeur commerciale et de l'exploitation qui en a été faite au cours des deux derniers siècles.

Il appartient à la famille des phocidés de l'Arctique et se distingue des autres espèces par son pelage, tout blanc à la naissance et comportant chez les adultes une tache caractéristique en forme de lyre ou de fer à cheval. Légèrement plus grand que le veau marin ou que le phoque marbré, mais beaucoup plus petit que les phoques de l'Antarctique, il dépasse rarement 1,60 m à l'âge adulte, pour un poids de 150 kg.

C'est un animal grégaire – seuls les vieux mâles semblent aimer la solitude –, capable de vivre sur terre comme dans l'eau. En fait, il passe presque tout son temps dans ce second élément, où il semble plus à l'aise. C'est là qu'il trouve sa nourriture et qu'il fait preuve d'agilité, à la poursuite de ses proies – capelans, harengs et morues. Mais il peut aussi se déplacer assez rapidement sur la glace, où l'on estime qu'il serait capable d'atteindre la vitesse de 2 km/h. (Il est cependant loin des records battus par le phoque-léopard de l'Antarctique, qui est, lui, capable de glisser sur la glace à la vitesse d'un homme en train de courir.) Tantôt il rampe en prenant pour point d'appui ses longues griffes antérieures tantôt il sautille et glisse sur le ventre.

Les animaux se regroupent au moment de leurs deux migrations : celle du début de l'hiver, dirigée vers les glaces du Sud pour la reproduction ; celle du printemps, dirigée vers les eaux poissonneuses du Nord. Pendant ces déplacements, ils sont sans cesse en activité, sautant et plongeant dans l'eau ou nageant le ventre en l'air près de la surface.

Véritable mammifère bien que vivant dans l'eau, le phoque du Groenland est couvert d'une fourrure. Celle-ci se compose de deux sortes de poils – les « poils de garde », qui protègent l'épiderme contre l'abrasion, et les « sous-poils », moins longs, moins épais et de texture laineuse, qui contribuent à l'isolation thermique de l'animal. Le pelage aide à stabiliser sa température interne, grâce à l'épaisse couche de lard sous-cutané dont il est pourvu et qui peut atteindre 8 cm chez les adultes. S'il fait vraiment froid (la température ambiante peut tomber jusqu'à – 15 °C), il se réfugie dans l'eau, qui ne peut jamais descendre au-dessous de 0 °C. Mais il lui arrive aussi d'avoir trop chaud, quand il prend le soleil sur les icebergs ; il étale alors nonchalamment ses nageoires... ou plonge pour se rafraîchir.

La vue et l'ouïe sont les deux sens les plus développés chez lui. Ses yeux s'adaptent aussi bien aux rayons du soleil sur la neige qu'à l'obscurité presque complète des fonds sous-marins. Hors de l'eau, le phoque présente un léger astigmatisme et il est un peu myope. L'œil des phoques polaires est très sensible à la couleur verte, par opposition à celui des phoques vivant sous les tropiques qui réagissent plutôt à la couleur bleue.

Autre principale source d'information sensorielle chez les phoques du Groenland, l'audition joue un rôle important lorsque le phoque cherche à localiser ses proies ou ses prédateurs ou encore lorsqu'il veut communiquer avec d'autres animaux. Il paraît cependant dépourvu du subtil système de pilotage par le son dont jouissent les dauphins. L'anatomie de son oreille présente de nombreux points communs à la fois avec celle des cétacés et avec celle des mammifères terrestres. Mais le phoque du Groenland entend beaucoup mieux sous l'eau que hors de l'eau. En fait, il communique peu : sur terre, seuls les petits poussent des cris. Les adultes, eux, ne se font entendre que dans l'eau, et cela dans de rares occasions – au moment de la reproduction, par exemple.

Le goût de ces animaux est apparemment assez limité, même s'ils possèdent des papilles gustatives au niveau de la langue. Ils n'ont d'ailleurs pas le temps de goûter leurs aliments, puisqu'ils les avalent par succion, y compris lorsqu'il s'agit de gros poissons, qu'ils découpent en bouchées. La mâchoire du phoque du Groenland est munie de trois types de dents : incisives, canines et molaires, mais elle est surtout apte à saisir et à déchiqueter les proies.

Hors de l'eau, les odeurs jouent un rôle important chez les phoques. Elles leur permettent de détecter l'arrivée d'un prédateur, alors que celui-ci est à plusieurs dizaines de mètres. C'est aussi grâce à leur odorat que les mâles détectent les femelles en chaleur et que les mères retrouvent leur progéniture parmi des centaines d'autres petits, tous semblables, sur la banquise.

Quant au toucher, il est apparemment peu développé chez ce phoque, dont les vibrisses jouent cependant un rôle sensoriel non négligeable. Il a, en outre, 3 « sourcils » au-dessus de l'œil.

Plus à son aise dans l'eau que sur terre, le phoque du Groenland a une bonne maîtrise du milieu sous-marin. Il reste normalement immergé pendant une durée qui oscille entre 2 et 10 minutes, mais il peut tenir jusqu'à 18 minutes. En plongée, sans atteindre les records des éléphants de mer et du phoque de Weddell (1 250 m de profondeur), il va chercher ses proies – crustacés ou poissons – jusqu'à 300 m.

PHOQUE DU GROENLAND

PHOQUE DU GROENLAND

Nom (genre, espèce) :

Pagophilus groenlandicus

Famille :

Phocidés

Sous-famille :

Phocinés

Ordre :

Sous-ordre :

 

Carnivores

Caniformes. Auparavant, pinnipèdes

Classe :

Mammifères

Identification :

Pelage blanc jaunâtre ou grisâtre ; tête noire ou brune ; tache en forme de lyre sur le dos ; 34 dents

Taille :

1,60 m

Poids :

150 kg

Habitat et répartition :

Banquise et glaces flottantes de l'Arctique. 3 populations séparées : mer Blanche, mer du Groenland et Atlantique nord-ouest (côtes canadiennes)

Migration vers le nord au printemps et vers le sud en fin d'hiver

Régime alimentaire :

Poissons (capelans, morues, carrelets, harengs), calmars, petits crustacés. Période de jeûne pendant la mue

Structure sociale :

Groupes de plusieurs milliers d'animaux pendant les périodes de mue et de reproduction

Maturité sexuelle :

Femelles : entre 3 et 7 ans. Mâles : entre 4 et 5 ans

Saison de reproduction :

Fin février-mars. Espèce plutôt monogame. Accouplements dans l'eau ou sur la glace

Durée de gestation :

11,5 mois dont 11 semaines de repos embryonnaire (nidation différée)

Nombre de jeunes par portée :

1

Nouveau-né :

Entièrement blanc : « blanchon » ; poids : de 8 à 12 kg ; taille : de 90 à 98 cm

Allaitement :

Entre 9 et 14 jours. Sevrage brutal

Longévité :

Supérieure à 30 ans

Effectifs :

De 2 250 000 à 3 000 000, variable en fonction des années

Statut :

Chasse autorisée, mais soumise à quotas

 

2.2. Signes particuliers

Yeux

Leur taille peut atteindre 5 cm de diamètre. Le cristallin est sphérique comme chez les poissons, l'iris très large et la pupille capable de se dilater en fonction de la lumière. En plein jour, elle s'amincit à la verticale, comme celle d'un chat ; sous l'eau, comme dans l'obscurité, elle s'élargit jusqu'à occuper presque la totalité de l'œil. D'où une grande capacité d'adaptation à la vision nocturne ou par faible luminosité. La présence de photorécepteurs permet également une vision diurne très correcte.

Oreilles

Chez tous les phoques, les oreilles sont dépourvues de pavillon externe. À la place, on trouve un simple orifice, ou « méat acoustique », mesurant au plus 10 mm de diamètre. Grâce à cette minuscule ouverture, l'animal réagit à des signaux sonores dont la fréquence peut atteindre 160 kHz dans l'eau, et 32 kHz dans l'air (alors que l'homme a un audiogramme compris entre 1 et 32 kHz). Lors de la plongée, le « méat » est obturé par un muscle qui empêche l'eau de pénétrer dans l'oreille interne.

Moustaches

Les vibrisses existent, au moins à l'état embryonnaire, chez la plupart des mammifères. Celles des phoques du Groenland sont particulières. Courtes et bouclées, chez les jeunes, les « moustaches », ou vibrisses labiales, deviennent raides chez l'adulte. Chaque phoque en possède 48, en moyenne. Il a aussi 3 sourcils au-dessus de chaque œil.

Narines

Les cavités nasales du phoque du Groenland sont particulièrement longues et se terminent par deux narines, dont chacune mesure environ 2 cm de large lorsqu'elles sont complètement dilatées. Grâce à un muscle puissant, celles-ci se rétrécissent et se ferment au moment de la plongée. Ainsi le phoque ne risque pas de se noyer en respirant dans l'eau.

Membres postérieurs

Les os de la cuisse et de la jambe sont courts et épais. Seuls les pieds sont apparents. Placés dans le prolongement du corps, de chaque côté de la courte queue, ils sont palmés et comportent 5 doigts allongés munis de griffes.

Tache en forme de lyre

Propre au phoque du Groenland adulte, elle est formée de deux bandes dorsales brunes, plus ou moins larges, qui divergent à partir des épaules et se prolongent jusqu'à la queue en prenant la forme grossière d'une lyre ou d'une harpe.

3. Les autres espèces de phoques

La famille des phocidés regroupe actuellement 13 genres et 18 espèces – parfois très différentes – de phoques : 5 vivent dans l'hémisphère Sud (dont l'éléphant de mer austral) et 13 dans l'hémisphère Nord (en incluant l'éléphant de mer boréal et les phoques-moines hawaiien et méditerranéen). Sans compter le phoque-moine des Caraïbes, qui n'est pas mentionné ici, car cette espèce est considérée comme disparue depuis 1952. Les effectifs donnés ici datent des années 1980-1990.

On observe de grandes différences de taille et de forme entre tous ces phoques, depuis le petit phoque annelé dont le poids ne dépasse par 90 kg jusqu'au géant de la famille, l'éléphant de mer, et ses 4 tonnes ! Si la plupart sont piscivores à l'âge adulte, deux espèces antarctiques font exception : le phoque crabier est planctonophage et se nourrit des minuscules crustacés composant le krill ; le phoque-léopard, redoutable chasseur, dévore aussi bien des pingouins que... d'autres phoques.

3.1. Les phoques de l'hémisphère nord

Phoque commun, ou veau marin (Phoca vitulina)

De 1,60 m à 1,90 m ; 120 kg.

Gris ou brun clair ; petites taches sur le dos et la tête, qui est ronde.

Effectifs : environ 500 000. 5 sous-espèces : P. vitulina vitulina, P. vitulina richardii, P. vitulina concolor, P. vitulina mellonae, P. vitulina stejnegeri.

Alimentation : poissons, céphalopodes, petits crustacés.

Habitat : glaces flottantes, plages sableuses, eaux côtières, baies, lacs (Ungava, Labrador). Océans et mers tempérés ou froids. Une petite colonie en France (baie de la Somme). Non migrateur.

Statut : chasse commerciale, des dizaines de milliers tués par an, surtout des jeunes pour leur peau.

Phoque annelé (Histriophoca fasciata)

1,80 m ; de 80 à 90 kg.

Pelage beige ou crème, de larges anneaux bruns foncés autour du corps.

Effectifs : 240 000.

Alimentation : crustacés, poissons, krill, céphalopodes.

Habitat : glaces flottantes, eaux polaires du Pacifique nord. Mouvements saisonniers pour suivre le recul des glaces.

Statut : chasse locale (viande, peau, huile).

Phoque Baïkal (Pusa sibirica)

1,50 m ; 65 kg.

Pelage gris acier, ventre plus clair.

Effectifs : 50 000.

Alimentation : poissons et crustacés.

Habitat : rives glacées du lac Baïkal, en Sibérie. Phoque d'eau douce. Mouvements saisonniers avec la fonte des glaces.

Statut : chasse commerciale (peau, viande), environ 5 000 tués par an.

Phoque de la mer Caspienne (Pusa caspica)

1,60 m ; 85 kg.

Pelage grisâtre ou jaunâtre, avec de larges taches sombres et ovales.

Effectifs : 600 000.

Alimentation : poissons et crustacés.

Habitat : mer Caspienne, banquise en hiver, eaux plus chaudes du Sud en été ; mouvements saisonniers.

Statut : espèce classée « vulnérable » ; chasse commerciale.

Phoque marbré (Pusa hispida)

De 1,20 m à 1,80 m (suivant les régions) ; 130 kg.

Pelage gris parsemé de nombreux petits anneaux plus foncés.

Effectifs : de 6 à 7 millions.

Alimentation : crustacés, krill, petits poissons.

Habitat : banquise ; baies, fjords. Arctique polaire et circumpolaire (peut aller jusqu'au Japon). Migration annuelle.

Statut : chasse commerciale, plusieurs dizaines de milliers d'animaux tués par an, surtout pour la fourrure. 4 sous espèces dont 2 « vulnérables » (Phoca hispida botnica, en mer de Botnie [Finlande], Pusa hispida ladogensis, du lac Ladoga [Finlande]) et 1 « en danger » Phoca hispida saimensis (du lac Saimaa, Finlande).

Phoque tacheté, ou largha (Phoca largha)

De 1,60 à 1,80 m ; 120 kg.

Ressemble au phoque commun, avec de plus grandes taches.

Effectifs : 400 000.

Alimentation : poissons, céphalopodes, crustacés.

Habitat : glaces flottantes ou côtes sableuses, mer de Béring, Pacifique nord-ouest, mer d'Okhotsk. Mouvements saisonniers avec la fonte des glaces.

Statut : chasse locale.

Phoque barbu (Erignathus barbatus)

De 2,50 m à 3 m ; jusqu'à 400 kg.

Pelage gris uniforme, longues vibrisses bouclées.

Effectifs : 500 000.

Alimentation : mollusques, bivalves, crustacés, calmars, poissons.

Habitat : glaces flottantes ou banquise, parfois terre. Espèce circumpolaire ne pénétrant pas dans les eaux polaires. Mouvements saisonniers avec le dégel. 2 sous espèces : E. barbatus barbatus et E. barbatus nauticus.

Statut : chasse locale (viande, huile).

Phoque à capuchon (Cystophora cristata)

De 3 m à 3,60 m ; 400 kg.

Pelage gris argenté et tacheté ; chez le mâle, la présence d'un diverticule nasal qui gonfle et ressemble à un gros sac rouge caractérise ce phoque.

Effectifs : 500 000.

Alimentation : poissons, calmars, mollusques, crevettes.

Habitat : glaces flottantes et haute mer. Atlantique nord. Longues migrations saisonnières ; peut descendre vers le sud jusqu'au Portugal ou en Floride.

Statut : chasse commerciale (fourrure, viande), des dizaines de milliers tués chaque année.

Phoque gris (Halichoerus grypus)

Jusqu'à 3 m ; de 250 à 280 kg.

Pelage à fond clair, tacheté, tête busquée et allongée ; existence de plis cervicaux chez le mâle.

Effectifs : 120 000 ; en augmentation.

Alimentation : poissons, céphalopodes, crustacés.

Habitat : banquise, glaces flottantes, côtes rocheuses, parfois sableuses. Mer Baltique, Atlantique nord-est et nord-ouest ; 1 petite population dans l'archipel breton de Molène, en France.

Statut : chassé par les pêcheurs, notamment sur les côtes anglaises. La  sous-population de l'Atlantique Nord est en danger depuis 2000.

3.2. Les phoques de l'Antarctique

Phoque de Weddell (Leptonychotes weddelli)

De 2,50 m à 2,70 m ; de 250 à 400 kg.

Pelage gris pâle parsemé de petites taches blanches.

Effectifs : 800 000. Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique.

Alimentation : poissons, céphalopodes, krill.

Habitat : banquise de l'Antarctique et eaux subantarctiques. Mouvements saisonniers pour suivre la banquise.

Statut : chasse commerciale (lard, peau) limitée en raison des conditions de l'Antarctique. Soumise à restriction.

Phoque de Ross (Ommatophoca rossi)

De 1,80 m à 2,30 m ; 200 kg.

Pelage gris foncé, plus clair sur le ventre.

Effectifs : 200 000.

Alimentation : poissons, céphalopodes, krill.

Habitat : glaces flottantes de l'Antarctique. Mouvements saisonniers.

Statut : chasse commerciale limitée (viande, peau) et soumise à restriction.

Phoque crabier (Lobodon carcinophagus)

De 2,80 m à 3 m ; de 250 à 300 kg.

Pelage gris argent, plus clair sur le ventre.

Effectifs : 30 millions ; en augmentation.

Alimentation : krill.

Habitat : glaces de l'Antarctique et eaux subantarctiques. Mouvements saisonniers.

Statut : chasse commerciale limitée (lard, peau).

Phoque-léopard, ou léopard de mer (Hydrurga leptonyx)

De 2,80 m à 3,20 m ; de 270 à 320 kg.

Pelage gris foncé sur le dos, gris clair sur le ventre, parsemé de petites taches sombres sur le ventre et claires sur le dos ; tête allongée et mâchoire puissante.

Effectifs : 440 000 ; en augmentation.

Alimentation : pingouins et oiseaux de mer, jeunes pinnipèdes, krill, poissons, céphalopodes.

Habitat : glaces de l'Antarctique et eaux subantarctiques. Sédentaire.

Statut : chasse commerciale limitée (lard, peau).

3.3. Les phoques-moines

Phoque-moine hawaiien (Monachus schauinslandi)

Jusqu'à 2,30 m et 280 kg.

Pelage uniforme gris acier à brun, plus clair sur le ventre.

Effectifs : 1 900 ; en augmentation depuis la mise en place du plan de conservation de 1981.

Alimentation : poissons, calmars, langoustes.

Habitat : plages de sable, archipel hawaiien. Sédentaire.

Statut : espèce classée « en danger », entièrement protégée, plan de conservation et de réhabilitation.

Phoque-moine méditerranéen (Monachus monachus)

Jusqu'à 3 m et 300 kg.

Pelage gris à brun foncé sur le dos, ventre clair. Espèce mal connue.

Effectifs : inférieurs à 400 ; en diminution

Alimentation : poissons, céphalopodes.

Habitat : grottes, plages. Mauritanie, îles turques et grecques. Sédentaire.

Statut : espèce classée « en danger critique d'extinction », inscrite à l'annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction).

3.4. Les éléphants de mer

Éléphant de mer boréal (Mirounga angustirostris)

De 3 m à 6,50 m ; de 1 à 4 tonnes.

Coloration brune uniforme ; nez en forme de trompe chez le mâle.

Effectifs : 20 000 ; en augmentation.

Alimentation : poissons, céphalopodes.

Habitat : plages sableuses, parfois rocheuses ; eaux de plus de 13 °C. Pacifique nord (Canada, États-Unis, Mexique). Migrations.

Éléphant de mer austral (Mirounga leonina)

Identique à l'éléphant boréal.

Effectifs : 650 000 environ.

Alimentation : poissons, céphalopodes, invertébrés.

Habitat : banquise ou terre ; de Sainte-Hélène à la banquise de l'Antarctique. Mouvements saisonniers limités. Espèce circumpolaire.

Statut : chasse soumise à restriction. Inscrit à l'annexe II de la Cites.

4. Origine et évolution du phoque

La campagne menée par les protecteurs de la nature pour faire cesser les tueries de ces attendrissants petits phoques aux yeux bruns et à la magnifique fourrure blanche a fait du phoque du Groenland l'un des animaux les plus populaires.

En l'absence de fossiles, il est difficile de déterminer exactement son origine. Selon toute probabilité, il descendrait de petits carnivores ressemblant à la belette ou au raton laveur actuels. Il aurait conquis le milieu marin à la fin de l'oligocène ou au début du miocène, il y a environ 30 millions d'années. S'il a quitté la terre pour l'océan, c'est sans doute pour échapper à certains prédateurs terrestres et pour tirer partie des ressources alimentaires apparues le long des côtes de l'Europe et de l'Amérique du Nord, avec la circulation de ce courant froid venant du fond des océans, qu'on a appelé l'« upwelling ».

Dû à un changement climatique brutal et de grande ampleur qui a eu lieu il y a 36 millions d'années, ce phénomène a provoqué un refroidissement général de la terre et des eaux océaniques et entraîné la prolifération de plancton, puis de poissons et enfin de mammifères marins – dont les phoques. On pense que ceux-ci sont originaires d'Europe, car c'est sur ce continent qu'au miocène inférieur vivait un petit carnivore mustélidé aux mœurs aquatiques, le Potamotherium. Longtemps rattaché aux loutres en raison d'une grande ressemblance morphologique avec ces mammifères, le Potamotherium n'a été considéré comme un ancêtre commun à tous les phoques que depuis les études du paléontologue américain R. Tedford.

Deux sous-familles – les phocinés et les monachinés – sont apparues, il y a environ 20 millions d'années et ont commencé leur grand voyage. Après avoir gagné l'Amérique du Nord, elles se sont dispersées, les phocinés allant vers le nord et les monachinés vers le sud. Passés dans le Pacifique avant l'émersion de l'isthme de Panamá, les monachinés gagnèrent les mers australes en longeant les côtes sud-américaines.

Les phocinés sont restés au contraire dans l'hémisphère Nord et ont donné naissance à de multiples espèces, toutes adaptées à la vie en eaux froides. Le phoque du Groenland, qui vit aujourd'hui au Canada, au Groenland, en Norvège ou en Russie est l'une des mieux connues.

5. Le phoque et l'homme

Il y a encore peu de temps, le phoque était loin d'avoir atteint la popularité des dauphins et des otaries ou même celle des grandes baleines. Longtemps seul mal-aimé parmi les mammifères marins, il est devenu aujourd'hui une vedette grâce à la campagne menée en sa faveur par les écologistes et surtout par une star internationale, Brigitte Bardot.

5.1. Des recherches internationales

Longtemps négligés par les chercheurs qui les trouvaient sans doute moins fascinants que les baleines ou que les dauphins, ces mammifères marins font aujourd'hui l'objet de nombreuses études. Des données importantes ont été accumulées au cours des années de chasse intensive. En outre, grâce à l'examen des cadavres en laboratoires, le phoque du Groenland est considéré comme l'espèce de phocidés la mieux connue du point de vue biologique : sa croissance, sa reproduction et son alimentation sont bien inventoriés. Certains chercheurs s'intéressent davantage à des espèces particulières : les éléphants de mer et les veaux marins sont étudiés à l'université de Santa Cruz, en Californiele phoque gris et le phoque commun à l'université d'Édimbourg, les phoques de l'Antarctique à Sydney, en Australie. En France, le L.E.M.M. (Laboratoire d'Étude des Mammifères Marins) d'Océanopolis-Brest mène des travaux sur la colonie de phoques gris de Bretagne et de l'archipel de Molène en particulier. Par ailleurs, le SEaOS (Southern Elephant Seals as Oceanographic Samplers) est un programme international et interdisciplinaire lancé dans le cadre de l'année polaire 2007-2008, destiné à mieux comprendre les interactions entre l'éléphant de mer austral et son environnement. Le suivi des populations à partir de balises Argos ou GPS, permet à la fois de mieux étudier le comportement de l'animal et de récolter des données océanographiques dans des zones difficiles d'accès. Les scientifiques cherchent aussi à déterminer dans quelle mesure la réduction de la banquise, due au réchauffement climatique, influe sur le mode de vie de cette espèce et pourrait être responsable du déclin actuel de ses effectifs..

5.2. Une déesse esquimaude

Pour les Esquimaux Inuit, le phoque est, depuis toujours, un animal légendaire, et sa pêche (ou plutôt sa chasse) est presque rituelle : patiemment, le chasseur esquimau reste des heures à l'affût près des trous pratiqués par ces mammifères dans la glace, et les harponne dès qu'ils font surface.

De nombreux contes esquimaux ont trait à l'origine des phoques. Ils tournent autour du personnage d'une jeune fille appelée tantôt « Nuliajuk » (prononcer Nooli Ah juk), tantôt Sedna. Les Inuit ont fait de Nuliajuk le plus puissant de tous leurs esprits, mère de tous les animaux et maîtresse de la mer et de la terre. Selon la légende, Nuliajuk était à la pêche avec son père lorsqu'une violente tempête, provoquée par des oiseaux qu'ils avaient offensés, mit leur bateau en péril. Pris de panique, le père décida d'offrir sa fille en sacrifice aux oiseaux et la jeta par-dessus bord. Quand elle voulut remonter dans la barque, son père lui trancha les doigts qui se changèrent en phoques.

Depuis, Sedna-Nuliajuk est la maîtresse des tempêtes et des phoques, éloignant les animaux des chasseurs quand elle est en colère. Les Esquimaux l'invoquent dans une sorte de chant magique :

« Ô Nuliajuk, déesse de la Mer, tu n'étais qu'une orpheline non désirée. Nous t'avons laissé périr.

Tu es tombée dans l'eau, et quand tu as voulu remonter dans le kayak en pleurant, nous avons coupé tes doigts. Tu as sombré dans la mer et tes doigts se sont transformés en innombrables phoques.

Toi, douce orpheline Nuliajuk, je te demande de m'envoyer un présent. Rien de la terre, mais un présent de la mer, quelque chose qui ferait une bonne soupe. Oserai-je te le dire, je voudrais un phoque ! »

5.3. Le commerce des phoques

Parmi toutes les espèces de phoques chassées pour des raisons commerciales, le phoque du Groenland a longtemps occupé la première place. Depuis 1750, il était considéré comme la base de l'industrie « phoquière » de Terre-Neuve, et exploité à la fois pour sa fourrure, pour son cuir et pour l'huile que l'on extrait de son lard. Traditionnellement, les blanchons étaient les animaux les plus rentables. Leur magnifique fourrure blanche faisait la richesse des fourreurs et leur épaisse couche de lard celle des industriels. Jusqu'en 1951, l'huile était sans doute l'élément le plus recherché. Mais, dès 1952, la peau des animaux adultes prit de la valeur, et le nombre de phoques adultes tués augmenta.

Au siècle dernier, les plus grands massacres d'animaux adultes et de blanchons eurent lieu entre 1820 et 1860, avec plus de 500 000 animaux tués par an. Ainsi, en 1831, 10 000 chasseurs sur 300 bateaux massacrèrent près de 700 000 animaux.

Avec l'apparition des énormes navires, véritables usines flottantes réfrigérées et équipées de briseurs de glaces, la pêche devint industrielle, ces navires étant souvent secondés par des hélicoptères permettant de repérer facilement les phoques. Évalué à 3 millions dans les années 1970, le nombre des phoques tomba à 1 250 000 dix ans plus tard. Pour freiner cette hécatombe, le Canada imposa des quotas de chasse (pas plus de 150 000 animaux par an) et interdit l'utilisation de gros navires et d'hélicoptères dans le golfe du Saint-Laurent.

C'est à cette époque également que l'opinion publique internationale commença à réagir aux massacres de bébés phoques. Les photos de la banquise rougie de sang et d'animaux matraqués et dépecés sur place firent le tour des magazines occidentaux. Les grandes organisations internationales pour la protection de la nature se penchèrent sur le problème. Cela se révéla d'une grande efficacité : le bébé phoque du Groenland attendrit l'opinion publique avec ses grands yeux bruns, et, à partir de 1984, la commercialisation des fourrures de blanchons fut presque totalement bannie et privée de ses débouchés. Mais la chasse au phoque du Groenland se pratique encore de façon industrielle dans la mer Blanche, sur les côtes canadiennes et en Norvège.

5.4. Des mesures de protection indispensables

Si la chasse aux blanchons et aux « dos bleus » (bébés phoques à capuchons) a été interdite par le gouvernement canadien depuis 1988, la loi autorise en revanche le massacre de jeunes déjà sevrés ainsi que des adultes. Le phoque crabier, le léopard de mer, le phoque de Weddell, le phoque à capuchon et le phoque du Groenland font toujours l'objet d'une importante commercialisation. La convention de 1972 autorise en effet la chasse de ces animaux, mais avec certaines restrictions. Des quotas ont été fixés. La chasse aux phoques de Weddell âgés de plus de un an est interdite entre le 1er septembre et le 31 janvier (c'est-à-dire pendant la saison de la reproduction). Cette mesure vise aussi l'éléphant de mer austral et le phoque de Ross. Sous la pression de  l'IFAW (International Fund for Animal Welfare), qui a invité à plusieurs reprises des journalistes et politiciens du monde entier à observer la chasse commerciale aux phoques pratiquée au Canada, la condamnation s'est faite de plus en plus forte et des mesures d'interdiction sur les produits dérivés du phoque ont été adoptées dans un certain nombre de pays, notamment en Belgique, en Italie et aux Pays-Bas. En avril 2008, l'Union européenne envisageait de généraliser cette interdiction.

Même lorsqu'ils ne sont pas la cible des pêcheurs, il arrive que ces animaux périssent par accident ou par négligence. Ainsi, les pêcheurs de saumons de l'Alaska et de Grande-Bretagne tuent (en toute légalité) les phoques communs et les phoques gris qui s'approchent trop de leurs filets. En Norvège, c'est dans des filets à morues que les phoques du Groenland meurent noyés.

Parmi les espèces de phoques encore présentes au début des années 1900, une au moins s'est déjà éteinte : le phoque-moine des Caraïbes.

Il restait à peine une centaine d'éléphants de mer boréals à la fin du xixe siècle. Mais des mesures de protection radicales ont porté la population à 120 000 unités dans les années 1980, et elle continue d'augmenter.

Le phoque-moine de Hawaii, dont il restait 1 400 spécimens au début des années 1980, est toujours une espèce menacée.

Le phoque-moine de Méditerranée est aujourd'hui en « danger critique d'extinction ». Chassé au xixesiècle, puis victime de la destruction de son habitat, de la pollution et de la pêche, ce joli phoque, autrefois retranché sur des îlots déserts de Grèce et de Turquie, ou au fin fond des grottes de Mauritanie, a dû s'éloigner des rives. , Les effectifs restants sont estimés à moins de 500 individus éparpillés sur un immense territoire, ce qui rend leur reproduction très problématique. Une conférence internationale s'est ainsi tenue à Antalya (Turquie) en 2006 pour dresser un bilan des mesures de conservation de l'espèce prises depuis les années 1990 et a émis diverses propositions, dont la création de zones de protection avec la collaboration des communautés locales de pêcheurs.