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phoque moine

Phoque moine
Phoque moine

Contrairement à ses cousins polaires, le phoque moine préfère jouer et s'ébattre dans les eaux chaudes, voire tropicales, du globe. Ce phoque doit peut-être son surnom de « moine » à son allure tout en rondeur, ou à ses replis de peau, au niveau de la nuque, imitant un capuchon.

Introduction

L'origine des pinnipèdes (phoques, otaries, morses) a été longtemps discutée. Certains scientifiques avaient ainsi avancé que les otaries et les phoques n'avaient pas d'ancêtres communs mais étaient issus de deux rameaux différents des carnivores terrestres. Ainsi, les otaries étaient rapprochées des ursidés (ours) et les phoques, des mustélidés (loutres et belettes). Aujourd'hui, les paléontologistes reviennent à une théorie ancienne qui attribue une origine unique à tous les pinnipèdes l'un des trois groupes primitifs, avec les ursidés et les mustéloidés, issus d'Arctoidea.

La lignée des phoques semble plus ancienne que celle des otaries et date du début du miocène, il y a 20 millions d'années. Les plus anciens restes identifiés sont vieux de 14 millions d'années. À cette époque, on distinguait déjà deux sous-familles : les phocinés et les monachinés. Le plus ancien monachiné connu, Monotherium wymani, remonte à 10 millions d'années environ. Il a été découvert dans le Maryland et en Virginie (côte est des États-Unis). Aujourd'hui, la spécificité du sous-groupe est contestée par les études génétiques et la division entre sous-familles est abandonnée.

Le genre Monachus est donc apparu dans l'Atlantique nord avant de s'installer en Antarctique. Le genre Monotherium aurait donné naissance aux phoques moines des Caraïbes et de Hawaii, vers l'ouest, et au phoque moine de Méditerranée, vers l'est. De l'Atlantique, les ancêtres du phoque moine hawaiien auraient pu passer vers le Pacifique à travers l'isthme de Panamá, peut-être immergé il y a près de 15 millions d'années, ce qui fait de lui une espèce réellement très ancienne. Quant aux ancêtres de l'espèce méditerranéenne, ils ont probablement traversé l'Atlantique vers l'est pour donner, il y a 7 millions d'années, les genres Pristiphoca et Pliophoca. Le phoque moine de Méditerranée a occupé cette mer à sa réouverture sur l'Atlantique et a atteint la mer Noire il y a seulement 1,5 million d'années.

Aujourd'hui, les trois espèces de phoques moines ont, ou auraient, des aires de répartition bien distinctes. Le phoque moine d'Hawaii, Monachus schauinslandi, ne vit que le long de cet archipel du Pacifique, surtout vers les îles Sous-le-Vent. Le phoque moine des Caraïbes, Monachus tropicalis, qui n'a pas été vu depuis 1952 et qui est donc considéré comme éteint, peuplait le golfe du Mexique et les Antilles. Le phoque de Méditerranée, Monachus monachus, se rencontre du cap Blanc (Mauritanie, côte atlantique du Sahara) à la mer Noire, à travers toute la Méditerranée.

La vie du phoque moine

Un instinct grégaire peu développé

Le nombre relativement faible des phoques moines ne facilite pas l'étude de leur biologie. En effet, l'homme les ayant chassés massivement, il est possible que les phoques aient adopté un nouveau mode de vie, différent de celui auquel ils adhéraient lorsqu'ils étaient plus nombreux.

Des comportements encore mystérieux

Contrairement aux otaries et aux morses, les phoques moines sont peu grégaires. Même lorsque les animaux sont regroupés, ils conservent des attitudes individualistes.

Le choix des plages qu'ils fréquentent ne semble pas répondre à des critères précis, mais plutôt être le fruit du hasard. Certains phoques, cependant, montrent une préférence pour un site particulier, mais ne défendent pas de territoire pour autant.

Sur l'île de Lisianski, le chercheur T. C. Johanos a étudié les regroupements des phoques. Afin d'exclure les associations dues au hasard, il n'a tenu compte que des rapprochements à moins de un mètre de distance. Il a ainsi constaté que, dans la majorité des cas (31 %), un mâle était approché par une femelle adulte, alors qu'un jeune ne se rapproche du même mâle que dans 2,2 % des cas. Cette étude prouve qu'il existe sûrement chez les phoques une hiérarchie qui reste à mettre en évidence.

Les recherches menées sur les phoques sont d'autant plus difficiles que ces animaux ne quittent pratiquement pas le milieu aquatique. Sur l'île de Laysan, on a observé que les mâles ne restent à terre que pendant 30 % de leur temps, les femelles adultes 40 % et les jeunes mâles 51 %.

Des déplacements inexpliqués

Les phoques moines sont relativement sédentaires et passent une grande partie de leur vie à proximité des rivages où ils ont vu le jour. S'il n'existe pas de migrations à proprement parler, on a néanmoins observé que certains phoques voyageaient. Dans ce cas, ils sont capables de parcourir de longues distances, franchissant les bras de mer qui séparent les atolls. On a noté, chez quelques phoques marqués, des déplacements de l'ordre de 1 000 km. Il arrive également que des animaux disparaissent de leur site habituel pour reparaître plus tard, sans que l'on sache où ils sont allés entre-temps.

Les jeux : une étape fondamentale ?

Le jeu a une grande importance chez les jeunes animaux, et l'on remarque souvent que les phoques récemment sevrés se regroupent par deux. Ils explorent ensemble leur domaine marin, jouent avec une algue ou un poisson, roulent dans les vagues ou pêchent de conserve. Ce regroupement augmente leurs chances de survie, à une période critique de leur existence. En effet, les jeunes sont très curieux et s'approchent de tout objet insolite. Il arrive qu'ils jouent avec un câble sous-marin, ce qui peut leur être fatal. Cette phase grégaire ne dure que quelques mois, après quoi ils adoptent les attitudes individualistes des adultes.

Cent kilomètres pour se nourrir

Le phoque moine tire l'essentiel de son alimentation de la mer. C'est un carnivore, qui se nourrit de poissons et de céphalopodes (calmars et pieuvres). Dans les atolls du Pacifique, les poissons de récif, les anguilles, les pieuvres et quelques langoustes semblent être ses proies favorites. Cependant, on connaît encore très mal le détail de ses repas.

Des poissons, mais lesquels ?

L'observation directe d'un phoque en train de se nourrir est très aléatoire. La recherche des ossements de poisson dans ses excréments est peu efficace, car ceux-ci sont déposés en mer. S'il arrive parfois qu'un phoque vomisse son repas sur la plage, il est possible d'en identifier le contenu, mais la prudence est alors de mise dans l'interprétation des faits : qui sait si ce rejet n'est justement pas la conséquence de l'ingestion d'une proie peu ou pas comestible ?

On sait cependant que la quantité de nourriture ingérée quotidiennement par un phoque correspond à 10 % du poids de l'animal. Le phoque n'avale donc pas l'équivalent de son poids en poissons, comme le croient trop souvent les pêcheurs.

On ignore la façon dont le phoque choisit ses proies : consomme-t-il toutes les espèces de poisson ou bien concentre-t-il son intérêt sur certaines espèces ? De même, ces animaux sélectionnent-ils leurs proies en fonction de leur taille, ou ce critère n'a-t-il aucune importance ? La réponse à ces questions permettra d'apprécier l'impact du phoque sur les proies et sur les activités de pêche : les griefs formulés à son encontre sont peut-être sans fondement.

Des plongées peu profondes

Les phoques se nourrissent sur des sites d'alimentation bien précis. Ainsi, autour de chaque atoll, les terrains de chasse des animaux occupent certains lieux déterminés : le récif de Maro, situé à 100 km de l'île de Laysan, attire régulièrement des phoques, qui ne font ce trajet que pour se nourrir. Les récifs immergés, avec leurs grottes, sont souvent riches en proies dont ils sont friands. Cela explique pourquoi certains phoques, très gourmands, n'hésitent pas à nager si loin pour se régaler.

Selon leur âge, les phoques ne pêchent pas dans les mêmes eaux. Après le sevrage, les jeunes phoques apprennent à chasser dans les eaux peu profondes des lagons. Les adultes semblent s'aventurer un peu plus loin, mais tout reste relatif. En effet, lors d'une étude menée sur l'île de Lisianski, six phoques furent équipés de profondimètres. 4 817 plongées furent enregistrées, c'est-à-dire environ 51 plongées par jour et par animal. Ces travaux mirent en évidence le peu de profondeur des terrains de chasse des phoques : 75 % des plongées ne dépassent pas 22 m, et 25 % vont un peu au-delà. Un seul animal plongea 13 fois entre 66 et 96 m, ce qui amena les chercheurs à émettre l'hypothèse selon laquelle certains animaux se spécialiseraient dans des plongées plus profondes que celles de leurs congénères.

Un sevrage brutal à quelques semaines

Le phoque moine ne connaît pas de période de reproduction très marquée. Cela est peut-être dû à l'environnement tropical, qui n'a pas de saisons nettement délimitées et qui offre des ressources alimentaires suffisantes toute l'année. On peut donc observer des accouplements dès le mois de février, jusqu'au mois de novembre.

Des préludes sommaires

Les comportements reproducteurs des adultes sont loin d'être aussi spectaculaires que ceux des otaries ou des éléphants de mer. Le mâle ne forme pas de harem et ne défend pas de territoire, se contentant de rechercher de plage en plage les femelles réceptives. Lorsqu'il en repère une, il sort de l'eau et se rapproche d'elle. Le prétendant émet alors des vocalises et se roule sur le sable dans le but d'attirer la femelle dans l'eau, où les accouplements ont lieu. Après quoi, les deux animaux remontent se reposer sur la plage. Les femelles semblent n'accepter qu'un seul mâle par saison, mais le mâle n'hésite pas à avoir plusieurs partenaires.

La gestation dure dix mois et demi et les naissances ont lieu de février à septembre, avec un maximum au mois d'avril.

La mise bas a lieu à terre. Pour mettre son petit au monde, la femelle s'isole sur une plage où règne le plus grand calme possible, et où l'eau peu profonde protégera son petit des prédateurs. Dérangée par une quelconque présence, elle s'enfuit pour s'installer sur un site moins propice (côte, grotte) où son petit risque d'être beaucoup plus menacé. Ces moments sont donc très critiques, c'est pour cela que les mises-bas ont, semble-t-il, lieu de nuit. Le plus souvent, le jeune est unique, il mesure 1 m à sa naissance et pèse en moyenne de 10 à 11 kg. Son tour de taille est de 46 à 47 cm, son pelage est plus foncé que celui de l'adulte.

Apprendre à chasser seul !

La femelle allaite son petit pendant quatre à six semaines. Durant toute la lactation, elle ne quitte pratiquement jamais son jeune, vivant sur ses propres réserves tout en alimentant le nouveau-né. La croissance du jeune est très rapide. Au moment du sevrage, si sa taille n'est que de 1,30 m, son poids a été multiplié de quatre à dix fois.

Le sevrage intervient brusquement : un jour, la mère quitte son petit pour ne plus revenir. Dès lors, les petits phoques moines perdent 40 % de leur poids, car ils doivent apprendre seuls à chasser pour se nourrir. Les jeunes femelles atteignent la maturité sexuelle vers cinq ans, les jeunes mâles vers sept ans.

Sur les îles du Pacifique, les phoques moines pratiquent quelquefois l'adoption : lorsqu'une femelle perd son jeune très tôt, avant le sevrage, elle cherche à allaiter un autre petit phoque. Celui-ci peut être un jeune tout juste sevré, abandonné par sa propre mère. Ces animaux, nourris longtemps, deviennent presque aussi ronds que longs, et pèsent de 90 à 100 kilos.

Pour tout savoir sur le phoque moine

Phoque moine de Hawaii (Monachus schauinslandi)

Morphologiquement, le phoque moine de Hawaii ressemble aux autres phoques, avec sa silhouette allongée et toute ronde. Certains adultes peuvent approcher 3 m de long et peser 300 kg. Les femelles sont plus massives que les mâles, mais seule l'observation de l'abdomen permet de distinguer avec certitude le sexe de l'animal. Les mâles possèdent parfois un repli de peau sur la nuque, mais celui-ci n'est pas toujours apparent.

Les phoques ont une constitution bien adaptée à la nage, mais aux dépens de la locomotion terrestre. Leurs pattes palmées constituent des nageoires efficaces, mais sont peu utilisables à terre. Les nageoires avant servent uniquement de gouvernail, car, pour nager, le phoque fait onduler tout son corps.

La tête du phoque moine paraît vraiment ronde et large. Les grands yeux sont adaptés à voir aussi bien dans l'air que sous l'eau. Cependant, à l'air, le phoque voit probablement mieux en pleine lumière que dans la pénombre, car un phénomène d'astigmatisme l'empêche de bien percevoir les formes. Sous l'eau, en revanche, son astigmatisme est corrigé, car sa cornée a le même indice de réfraction que celui de l'eau ; le phoque y voit donc bien, même si la mer est sombre.

Les oreilles du phoque moine ne possèdent pas de pavillon auditif externe. L'ouïe n'en est pas moins efficace : dans l'air, les capacités auditives du phoque sont aussi bonnes que celles de l'homme, et, dans l'eau, bien meilleures, surtout dans les hautes fréquences.

L'odorat tient certainement une place importante, car la mère flaire beaucoup son petit, et les phoques en rut se reniflent souvent.

Les vibrisses dont est garni le museau permettent de localiser les proies.

Toutes les dents ont une forme simple et se ressemblent beaucoup, trahissant un chasseur de proies glissantes. Les jeunes naissent sans dents de lait. En fait, celles-ci sont tombées avant la naissance. Lorsque le petit naît, ses gencives sont nues, puis les dents définitives ne tardent pas à apparaître. Leur croissance est rapide : sur un animal particulièrement étudié, la dentition était complète à 46 jours.

Les phoques moines émettent des sons variés, depuis le bêlement du jeune jusqu'aux cris des adultes. Ces sons sont émis lors des interactions entre individus, sur les plages, bouche fermée ou gueule grande ouverte, selon le contexte.

On distingue plusieurs classes d'âge. Les plus petits sont les jeunes de l'année, sous la mère puis sevrés. Les juvéniles ont entre un et trois ans. Ils sont souvent plus légers en poids que les jeunes, mais peuvent mesurer de 1,30 à 1,60 m de long. Les subadultes, âgés de quatre ans, sont proches des adultes par la taille : de 1,60 à 1,90 m, mais sont plus légers. Enfin, en âge de se reproduire, les animaux ont atteint la taille et le poids des adultes : 2 m de long pour 175 à 275 kilos.

PHOQUE MOINE DE HAWAII

Nom (genre, espèce) :

Monachus schauinslandi

Famille :

Phocidés

Sous-ordre

Caniformes (anciennement pinnipèdes)

Ordre :

Carnivores

Classe :

Mammifères

Identification :

Grand phoque dont la silhouette ronde est très hydrodynamique ; pelage brun avec ventre clair (adulte), poils noirs et laineux à la naissance ; rampe au sol ; nage en ondulant ; pattes courtes

Taille :

De 2,1 à 3 m de long, femelles un peu plus grandes que les mâles

Poids :

De 175 à 275 kg

Répartition :

Nord-ouest de l'archipel d'Hawaii, dans le Pacifique

Habitat :

Lagons et eaux peu profondes autour des atolls et des récifs

Régime alimentaire :

Poissons, céphalopodes et crustacés

Structure sociale :

Très lâche, mal connue

Saison de reproduction :

De février à novembre. L'accouplement a lieu sur le fond sablonneux des mers coralliennes

Durée de gestation :

Dix mois et demi

Poids à la naissance :

De 10 à 20 kg

Nombre de jeunes par naissance :

1 ;  naissances gémellaires rares

Longévité :

30 ans

Effectifs et tendance :

Environ 1 012 ; tendance de la population inconnue

Statut, protection :

En danger critique d'extinction depuis 2008 malgré un programme efficace de protection

 

Signes particuliers

Pelage

Le pelage des phoques moines change de couleur avec l'âge : de noir à la naissance, il devient gris sur le dos et blanc crème sur le ventre au sevrage. Lors de la première mue, les poils fins du nouveau-né, noirs et presque laineux, tombent indépendamment les uns des autres et sont remplacés par les poils juvéniles argentés et d'aspect huileux. Ensuite, lors des mues annuelles successives, les poils partent en plaques avec l'épiderme. La mue commence aux extrémités et se termine sur le dos. Sous l'épiderme apparaît le nouveau poil, argenté ; il prendra ensuite des reflets bruns. Les femelles muent habituellement d'avril à juin et les mâles en août. Pendant les 9 jours que dure la mue, les animaux sont très irritables. À terre le plus souvent, ils se nourrissent peu et cherchent à se frotter sur des supports.

Tête

La tête du phoque moine est large et arrondie, peut-être plus encore que chez d'autres espèces de phocidés. Cette apparence est due à l'aplatissement du museau et des lèvres supérieures. De profil, on remarque un décrochement nettement marqué entre le museau et le crâne. Les moustaches, ou vibrisses, sont longues, lisses et de section ovale ; elles sont souples, contrairement aux vibrisses des autres phoques. Les narines dessinent deux fentes parallèles, que l'animal referme au cours de la plongée. Les orbites oculaires sont très grandes. L'œil est doté d'une troisième paupière, appelée la membrane nictitante. Les orifices auditifs ont un méat qui ne mesure que 1 mm et est en partie caché sous les poils. Enfin, les adultes possèdent 32 dents, soit, par demi-mâchoire : 2 incisives, 1 canine, 5 molaires et pas de prémolaire.

Pattes

Les pattes des phoques servent peu à la nage : contrairement aux otaries, qui nagent en se propulsant à l'aide de leurs pattes antérieures, les phoques nagent en ondulant le corps, les pattes collées contre les flancs. De plus, celles-ci sont beaucoup moins mobiles que celles des otaries et ne peuvent se tourner vers l'avant, ce qui oblige les phoques à ramper sur le sol. Les pattes courtes se terminent par 5 griffes rudimentaires. Les pieds sont rapprochés et plus longs que les mains ; leurs doigts 1 et 5 sont plus longs que les autres.

Face ventrale

Plus claire que le dos, la face ventrale permet peut-être à l'animal de refroidir son corps grâce à la réflexion des rayons solaires. La base de l'abdomen permet de distinguer les mâles des femelles. Chez le mâle, l'orifice anal est situé vers la base de la courte queue, alors que l'orifice génital est situé bien plus haut, vers l'ombilic. Chez la femelle, l'orifice anal et l'orifice génital se réunissent en une fente située près de la base de la queue. Les mamelles sont des fentes longitudinales, au nombre de 4 chez le phoque moine.

Les autres phoques moines

Le phoque moine de Hawaii n'est pas le seul phoque des régions tropicales et subtropicales. Il possédait jusqu'à une période récente deux cousins : le phoque moine de Méditerranée, Monachus monachus, et le phoque moine des Caraïbes, Monachus tropicalis. Mais ce dernier est considéré aujourd'hui comme éteint. Chaque espèce occupe une aire de répartition distincte de celles des deux autres. Tandis que le phoque de Hawaii ne se rencontre que le long de cet archipel, les deux autres fréquentent chacun une rive de l'Atlantique. À l'ouest, le phoque des Caraïbes habitait les Antilles et les côtes d'Amérique centrale ; à l'est, le phoque de Méditerranée est présent sur les côtes sahariennes et en Méditerranée. Outre leur amour commun du soleil et du poisson, les phoques moines sont particulièrement sensibles aux intrusions humaines, surtout pendant la période de reproduction. Cette sensibilité exacerbée fait que les deux espèces encore existantes connaissent de grandes difficultés pour survivre dans leurs milieux de plus en plus fréquentés.

Phoque moine des Caraïbes (Monachus tropicalis)

Identification : entre 2 m et 2,40 m de long ; pas de données précises de poids. Le pelage était gris-brun foncé sur le dos et jaunâtre sur le ventre.

Répartition : golfe du Mexique et mer des Caraïbes, de la côte d'Amérique centrale aux Antilles.

Comportement : sa biologie devait être comparable à celle des deux autres phoques moines, avec des naissances aux environs du mois de décembre.

Statut : la dernière observation sûre date de 1952, sur le banc de Seranilla, entre la Jamaïque et le Honduras. Pourtant, lorsque les Européens découvrirent le Nouveau Monde, l'espèce était présente sur de nombreuses îles des Antilles et sur les côtes de l'Amérique centrale et du Yucatán, au Mexique. Des missions de recherche eurent lieu en 1973 et 1986, sans succès, et le phoque moine des Caraïbes a été officiellement classé par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) parmi les espèces éteintes en 2008.

Phoque moine de Méditerranée (Monachus monachus)

Identification : le plus grand des trois phoques moines. Longueur : 3 m, poids : de 250 à 300 kg, exceptionnellement 400 kg. Dos foncé et ventre clair avec, chez certains individus, une tache ventrale blanche très nette. Poids du jeune : 20 kg, pelage sombre avec tache ventrale blanche (chez les phoques polaires, le pelage des jeunes est blanc).

Répartition : autrefois, l'espèce était présente sur tout le pourtour méditerranéen et autour de l'archipel de Madère, des Canaries, de la côte atlantique du Sahara (côte des Phoques) et de la mer Noire. Aujourd'hui, sa présence est limitée à Madère, la côte des Phoques, les îles grecques et la côte turque. Elle est incertaine sur les côtes du Maghreb, de la Cyrénaïque (Libye) et de la Roumanie. Enfin, le phoque a disparu d'Espagne, de France, d'Italie (et de la Sardaigne) et sans doute de la côte dalmate et de la mer Noire.

Comportement : l'espèce la mieux connue des trois, car elle vit dans une mer fréquentée depuis longtemps par l'homme. À l'époque des amours, les mâles se déplacent de grotte en grotte à la recherche des femelles. La gestation dure 11 mois, les naissances peuvent avoir lieu de mai à novembre, avec un maximum en septembre-octobre.

Alimentation : le phoque de Méditerranée se nourrit de poissons de roche, de mulets sur les côtes sahariennes. Les animaux plongent rarement à plus de 30 m, mais peuvent atteindre 75 m.

Effectifs et Statut : avec une population estimée à 350 - 450 individus, dont 250 à 300 en Méditerranée orientale (150 à 200 en Grèce et environ 100 en Turquie), en « danger critique d'extinction » et inscrit à l'annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction), le phoque moine de la Méditerranée est le pinnipède le plus menacé dans le monde et le mammifère d'Europe le plus en danger. La fréquentation des plages interdit aux phoques de s'y reposer et d'y mettre bas, c'est pourquoi ceux-ci recherchent maintenant les grottes, ce qui réduit les sites propices à leur présence.

Milieu naturel et écologie

Point de neige ni de glace pour le phoque moine de Hawaii, mais du sable et du soleil. Le phoque moine occupe la partie nord-ouest de l'archipel de Hawaii, dans le Pacifique. Cet archipel est orienté sud-est/nord-ouest et mesure plus de 2 200 km de long. Il y a longtemps que le phoque ne se reproduit plus sur les îles habitées, au sud-est, même s'il peut quelquefois y faire des incursions. Sa présence est encore régulière entre les atolls de Kure et de Nihoa, soit sur une longueur de 1 840 km. Malgré l'étendue de ce secteur, seuls 8 îles ou groupes d'îles hébergent des animaux reproducteurs. On les trouve tout au nord-ouest sur l'atoll de Kure ; autour des îles Midway, à 90 km au sud-est de Kure, qui sont constituées par un récif corallien frangeant avec des îlots sablonneux. Ils se regroupent également aux environs du récif de Pearl et Hermes, qui entoure un vaste lagon ponctué de plusieurs îlots ; plus au sud-est sur l'île sablonneuse et plate de Lisianski ainsi qu'à Laysan, corallienne et sablonneuse, au centre de laquelle se trouve l'atoll corallien de French Frigate Shoals, ouvert à l'ouest. Enfin, ils fréquentent aussi l'île de Necker, rocheuse et en forme de J, et Nihoa, qui est l'île le plus à l'ouest et la plus méridionale où l'espèce se reproduise.

Plusieurs moyens pour lutter contre la chaleur

Les températures moyennes mensuelles des îles et îlots habités par le phoque d'Hawaii varient de 21 à 26 °C, avec, certaines années, des extrêmes de 17 à 30 °C. Dans ces cas-là, la couche de graisse sous-cutanée des phoques constitue un véritable handicap pour eux.

Les animaux adaptent leur attitude à la température ambiante. Si le ciel est couvert ou si la saison est fraîche (février et mars), les animaux se reposent à découvert sur la plage. Si le soleil chauffe, ils peuvent s'abriter sous la maigre végétation de buissons qui borde les plages. Sinon, ils se reposent près de l'eau, où les embruns et les vagues les rafraîchissent, ou encore ils se recouvrent de sable avec leurs pattes, recherchant l'humidité qui règne sous la surface de la plage. De même, ils exposent volontiers leur ventre clair : la couleur blanche réfléchissant la lumière et la chaleur, ils absorbent ainsi moins cette dernière que s'ils tournaient leur dos foncé au soleil. Le même comportement a été observé chez le phoque moine de Méditerranée. Enfin, les animaux s'abstiennent de tout mouvement inutile pendant leur sieste au soleil.

Un voisinage paisible

Sur les îles Sous-le-Vent, au nord-ouest d'Hawaii, les phoques moines cohabitent avec d'autres animaux, qui viennent se reposer ou se reproduire à côté d'eux sur les plages. Ainsi la tortue verte, espèce marine en voie de disparition, dont les femelles ne sortent de l'eau que pour pondre. Les phoques moines les côtoient à ces moments-là, mais les deux espèces ne se prêtent guère attention. Ces îlots abritent également de nombreux oiseaux de mer, comme les fous, l'albatros de Laysan et l'albatros à pieds noirs, ou encore des sternes et des frégates. Phoques et oiseaux semblent s'ignorer, même s'il arrive que des albatros houspillent un phoque endormi.

Un seul prédateur dangereux : le requin

De taille imposante, le phoque a peu de prédateurs. C'est en mer qu'il rencontre les animaux les plus dangereux pour lui : les requins. Il semblerait que les grands requins soient des prédateurs relativement spécialisés des pinnipèdes. Ces espèces passent régulièrement à proximité des colonies de phoques ou d'otaries lors de leur reproduction, certainement pour s'en nourrir à l'occasion. Le requin-tigre et le requin des récifs sont parmi les prédateurs les plus courants du phoque moine. Le premier, qui peut atteindre de 3 à 5 m de long, est redoutable. Même s'il n'est abondant qu'au printemps et au début de l'été, il représente un danger bien plus grand pour les phoques moines que le requin des récifs, qui vit toute l'année autour des îles à phoques. Long de 2 m, ce dernier ne semble pas les attaquer souvent. On a parfois retrouvé des restes de phoques dans les estomacs de ces animaux. Un troisième requin s'attaque aux phoques : long de 50 cm seulement, le squalelet féroce n'hésite pas à se nourrir d'animaux nettement plus gros que lui. Avec sa bouche ronde bardée de dents tranchantes, il découpe des morceaux de chair de 7 cm de diamètre sur 2 cm de profondeur. Si ces blessures sont peu dangereuses en elles-mêmes, elles peuvent néanmoins s'infecter.

Les rencontres avec les requins ne sont pas toujours mortelles pour les phoques : il n'est pas rare d'observer des animaux blessés se reposant sur le sable. Certains n'ont que des cicatrices, d'autres présentent de profondes blessures ou sont amputés d'un membre.

Très chassés au début de ce siècle, les pinnipèdes étaient alors peu nombreux, ce qui eut peut-être pour effet de réduire d'autant la population de leurs prédateurs. Protégés, phoques et otaries attirent à nouveau les requins. Globalement, l'impact de ces derniers, mal connu, doit être minime sur les effectifs de proies, sauf lorsque les espèces sont peu abondantes, comme les phoques moines.

Pour échapper aux requins, le phoque pourrait se ménager des cachettes dans des grottes sous-marines, où il viendrait respirer en cas d'attaque surprise : en 1978, deux plongeurs américains  observèrent un animal qui expirait de l'air sous l'eau, dans une grotte corallienne. L'air ainsi libéré s'accumula en une grosse bulle au plafond de la cavité. Il faut néanmoins considérer cette explication avec réserve.

Une toxine mortelle sécrétée par des algues

De mars à juillet 1978, au moins 50 phoques sont morts autour de l'île de Lisianski. Les animaux observés étaient léthargiques, s'amaigrissaient et mouraient en quelques jours. Les recherches entreprises attribuèrent ces décès à la ciguatera, une toxine sécrétée par des algues unicellulaires. Ces algues peuplent les mers de manière ponctuelle et irrégulière, et la toxine peut se trouver ou non dans leur environnement. Dans l'écosystème corallien, les poissons peuvent concentrer la ciguatera dans leurs tissus et contaminer ainsi les animaux qui les consomment. Dans ce cas, il semblerait que les anguilles, dont les phoques se nourrissent volontiers, aient joué le rôle d'agent transmetteur. L'étude révéla que la concentration de la toxine dans les phoques morts dépassait de 30 à 50 fois les taux mesurés sur des animaux sains. On ne connaît pas encore le seuil toxique et, apparemment, les phoques ne savent pas identifier les poissons dangereux.

Les mâles mordeurs

Parfois, certains phoques peuvent présenter des comportements aberrants, comme en témoigne le syndrome des mâles mordeurs, observé sur l'atoll de Kure, à Lisianski et à Laysan. Autour des ces îles, les mâles sont nettement plus nombreux que les femelles, et certains d'entre eux attaquent parfois des femelles ou de jeunes animaux. Lorsque la victime est une femelle, le comportement agressif semble être une déviance du comportement reproducteur. En 1978, on observa à Laysan une femelle entourée et harcelée par 12 mâles. Pendant trois heures, ils nagèrent autour d'elle et certains tentèrent de la couvrir. Plusieurs fois mordue, elle réussit à se libérer, au prix d'une blessure de 30 cm sur 60 cm sur le dos. Dans ces conditions, la reproduction est perturbée, les femelles étant continuellement dérangées ou agressées. Leurs blessures se compliquant entraînent parfois la mort, et ne peuvent qu'accentuer le déséquilibre du rapport des sexes. Les attaques sur les jeunes sont aussi susceptibles de provoquer des blessures, voire de causer la mort, et d'aboutir à un vieillissement de la population. Les mâles mordeurs sont suivis par les biologistes en charge de l'espèce, qui n'ont trouvé qu'une solution à ce problème : injecter à ces animaux un produit chimique capable d'inhiber leur frénésie sexuelle. La population actuelle des phoques moines étant très réduite par rapport à ce qu'elle était il y a deux siècles, on ne sait si de telles aberrations sont naturelles ou liées à des déséquilibres récents dus à l'homme.

Le phoque moine et l'homme

Des relations anciennes mais toujours difficiles

Homère chanta le phoque de Méditerranée dans l'Odyssée. Christophe Colomb découvrit le phoque des Caraïbes avec les Antilles. Le phoque de Hawaii fut décrit au début du xixe siècle. La cohabitation du phoque avec l'homme a toujours été défavorable à l'animal et, aujourd'hui, le bilan est plutôt sombre.

Connu depuis le paléolithique

Au cours de l'été 1991, une grotte partiellement immergée a été découverte dans une calanque marseillaise. Sur ses parois, des peintures de l'âge de pierre représentent des phoques : vieilles de 20 000 à 16 000 ans, ce sont les plus anciennes représentations connues de cet animal, les seules pour cette époque qui a vu naître l'art. Le dessin n'est pas encore très précis, mais l'animal représenté est probablement un phoque moine.

Les relations que l'homme entretient avec l'espèce, autour de la Méditerranée, sont donc bien plus anciennes que nous ne pouvions l'imaginer. L'animal est représenté sur des pièces datant de 500 avant J.-C. Les Grecs, en effet, connaissaient le phoque moine, présent alors sur l'ensemble des côtes méditerranéennes. Homère, dans l'Odyssée, nous a laissé des témoignages de sa présence : « En troupe, autour du dieu Protée, viennent dormir les phoques de la Belle des Mers, qui sortent de l'écume, pataugeant, exhalant l'âcre odeur des grands fonds. » Plus loin, Ulysse, recouvert d'une peau de phoque fraîchement tué et mêlé à la troupe de phoques, tend une embuscade au dieu Protée. Ulysse est peu flatteur pour l'animal : « Ce fut le plus vilain moment de l'embuscade, quelle terrible gêne ! Ces phoques, nourrissons de la mer, exhalaient une mortelle odeur... »

Enfin, la Bible raconte qu'au moment du départ des Hébreux d'Égypte : « Moïse leva de nouveau son bâton, et le Pharaon, avec tous ses gens, ses chiens, ses voitures et ses chevaux, tout fut englouti par les flots. Pharaon lui-même et tous ceux de sa race furent changés en phoques, de grands phoques, tandis que ses soldats devinrent de petits phoques. »

S'il est difficile de se faire une idée de ce qu'ont pu être les relations du phoque moine et de l'homme, tout au moins peut-on affirmer qu'elles ne furent pas toujours pacifiques, tant s'en faut. Il est certain que les phoques ont été chassés pour leur viande, leur graisse et leur peau, et l'huile de phoque dut alimenter de nombreuses lampes de la Grèce antique.

Certaines parties du corps de l'animal possédaient, prétendument, des propriétés thérapeutiques ; ainsi, une patte de phoque placée sous l'oreiller protégeait des insomnies, et une ceinture en peau de phoque était le remède souverain contre le mal de reins et facilitaitl'accouchement. Les peaux de phoque étaient aussi censées protéger les hommes de la foudre.

Un inéxorable processus de destruction

Les multiples persécutions dont fut victime le phoque moine de Méditerranée l'ont amené au bord de l'extinction.

La chasse de subsistance d'autrefois est devenue, au xxe siècle, une chasse de destruction, les armes à feu étant de plus en plus précises et la pression humaine toujours plus forte. Peu à peu, l'espèce a disparu de nos rivages.

Le phoque moine a été exterminé en Espagne, en Italie et en France dans les années 1930. Il a disparu de la mer Noire dans les années 1980, du Proche-Orient et de l'Égypte, et sa situation sur les côtes libyennes est incertaine. Il a également disparu de Tunisie, de l'est de l'Algérie et du Maroc méditerranéen. En Méditerranée occidentale, il ne subsisterait plus qu'en Algérie, entre Mostaganem et la frontière marocaineet peut-être le long de la côte dalmate. En Méditerranée orientale, le dernier espoir se trouve autour des îles de la mer Égée et sur les côtes turques, qui restent à prospecter et à protéger pendant qu'il est encore temps. Dans l'océan Atlantique le phoque moine subsiste au sud de Madère, autour des îles Desertas (une vingtaine d'individus) et le long de la côte des Phoques, au nord du cap Blanc, entre Maroc et Mauritanie (environ 130 phoques).

Commencé voici une cinquantaine d'années, ce processus de disparition se poursuit malheureusement de manière inexorable.

Le phoque moine de Méditerranée est l'un des mammifères les plus menacés de notre planète. Au premier rang des griefs qui lui sont reprochés : son régime alimentaire, source permanente de conflits avec les pêcheurs qui l'accusent de faire disparaître le poisson, ou de déchirer leurs filets. Pourtant, le rôle du phoque dans la raréfaction du poisson est nul, et il ne peut que disparaître à son tour si les poissons s'épuisent.

Mais le phoque est un bouc émissaire commode, plus facile à éliminer que les pollutions de toutes sortes et la surpêche industrielle.

L'intensification des activités de pêche est elle-même à l'origine d'une mortalité directe des animaux ; ainsi, il arrive que des phoques soient accidentellement capturés dans les filets et les chaluts.

Au large du cap Blanc, de très nombreux chalutiers ratissent les fonds riches en poissons, et certains phoques, devant la pénurie de ressources alimentaires, ont pris l'habitude de se nourrir à l'entrée même du chalut. Ils peuvent alors s'y laisser prendre et s'y noyer. Si certains équipages remettent à l'eau les survivants, on sait que d'autres, en revanche, les inscrivent à leur menu.

Un tourisme trop envahissant

L'envahissement annuel des côtes par les vacanciers contribue également à la disparition du phoque moine. La présence de millions d'estivants, à laquelle viennent s'ajouter les constructions de toutes sortes, ports de plaisance, ports de pêche, laisse peu de place aux phoques. Comment pourraient-ils se reposer sur des plages noires de monde ? Où les femelles trouveraient-elles la tranquillité nécessaire à la mise-bas, entre les nageurs, les planches à voile et les hors-bord ? La pêche sportive atteint une ampleur telle qu'elle met peut-être les phoques en péril dans certains endroits. Ainsi, même lorsqu'il n'est pas directement agressé, le phoque ne peut que disparaître. Enfin, trop souvent des phoques sont retrouvés morts, victimes de tireurs anonymes. Près du rivage, ces hommes armés cherchent des cibles pour s'exercer, et tuent les phoques. Pourtant, en Afrique du Nord, les pêcheurs respectaient le phoque moine, car une légende voulait que quiconque en maltraitât un verrait la malchance l'accabler.

La disparité des mesures de protection mises en place

Des projets de protection du phoque moine de Méditerranée existent, mais leur réalisation est encore très décevante. Depuis la première conférence internationale pour la protection du phoque moine de Méditerranée, tenue à Rhodes en 1978, d'autres ont suivi, toutes aussi riches en recommandations, propositions et programmes de recherche. Malheureusement, la sensibilisation des pays riverains, des pêcheurs et des populations concernées n'a guère produit de résultat. Pendant les années 1980, des pays tentèrent de réaliser des actions concrètes. Deux zones protégées ont été créées spécialement pour le phoque moine dans les îles Desertas (Madère), ainsi que dans les îles Sporades du Nord en Grèce.  Une conférence internationale s'est tenue à Antalya (Turquie) en 2006 pour dresser un bilan des mesures de conservation de l'espèce prises depuis les années 1990 et a émis diverses propositions, dont la création de nouvelles zones de protection avec la collaboration des communautés locales de pêcheurs. Mais toutes les actions entreprises ne suffiront probablement pas à enrayer le déclin d'une espèce qui n'est pas seulement menacée par les activités humaines mais aussi par une très faible diversité génétique. Le phoque moine de Hawaii est lui aussi l'objet de sollicitudes des biologistes. Mis en place dès 1982, le programme américain de protection et de rétablissement du National Marine Fisheries Service est un exemple de bonne gestion d'une espèce en danger. Dans les îles du nord-ouest, tous les phoques sont ainsi suivis individuellement et observés chaque année.

De 1800 à 1980, l'effectif du phoque de Hawaii avait diminué de 50 %. En 1987, cinq ans après le début du programme, l'effectif augmentait enfin de 15 %, pour atteindre 1 718 animaux. Mais, depuis 1999, la population a décliné de plus de 4 % par an. En 2007, les estimations étaient de 935 individus dans les îles du nord-ouest (dont 546 sexuellement matures) et de 77 individus de tous âges dans les îles principales de l'archipel. Les biologistes étudient les besoins de l'espèce, et les îlots vitaux pour le phoque sont interdits à l'homme. Aucune reproduction en captivité n'a lieu, mais des soins sont donnés aux orphelins, relâchés ensuite dans des sites judicieusement choisis. Si les mâles sont trop nombreux, il arrive que certains soient gardés en captivité afin d'éviter le phénomène de harcèlement des femelles. Ainsi, la reproduction est favorisée et le taux de survie des jeunes augmente. Toutefois, malgré cette surveillance, la tendance de la population est inconnue et l'espèce, « en danger »  depuis 1996, a été reclassée par l'U.I.C.N. dans la catégorie « en danger critique d'extinction » en 2008.