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Arctique ou régions arctiques

Sissimiut
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Ensemble formé par l'océan Arctique et la région continentale et insulaire (terres arctiques) située à l'intérieur du cercle polaire arctique. Les terres continentales englobent le nord de l'Amérique, de l'Europe et de la Sibérie. Les régions insulaires sont : l'archipel canadien ; le Groenland (Danemark) ; le Svalbard (Norvège) ; la Novaïa Zemlia (Nouvelle-Zemble), la terre François-Joseph, la Severnaïa Zemlia (Terre du Nord) et les îles de Nouvelle-Sibérie (Russie).

Le climat, très froid, permet cependant, localement, l'existence d'une maigre végétation (toundra) et d'une faune terrestre et marine. Les groupes humains (Inuits, Lapons, Samoyèdes) sont très dispersés et vivent surtout de la chasse, de la pêche et de l'élevage.
Aujourd'hui, la fonte rapide de la banquise, liée au changement climatique, modifie la zone dans cette zone stratégique : les perspectives d'exploitation de ressources minérales et stratégiques potentiellement importantes et d'ouverture de nouvelles routes maritimes attisent le compétition entre États de la région.

1. Le cadre physique

Contrairement à l'Antarctique, l'Arctique est composé d'un océan limité de terres continentales, mais le froid – moins intense, toutefois, qu'au pôle Sud – joue un rôle tout aussi déterminant sur le milieu. La glace est présente sous deux formes : la glace d'eau douce des glaciers continentaux et la glace de mer de la banquise, formée d'eau salée. On peut estimer la superficie totale à environ 18 millions de kilomètres carrés pour un rayon de 2 400 km.

Le mot Arctique, du grec arktos (« ours »), fait référence à la constellation de la Grande Ourse, très visible dans le ciel arctique.

1.1. Les terres fermes

L'Arctique englobe presque tout le Groenland, la plus grande île du monde après l'Australie, et les parties septentrionales de la Russie, du Canada, des États-Unis (Alaska), de la Finlande, de la Norvège et de la Suède. Les plus grandes îles sont canadiennes : les îles de Baffin, de Banks, du Prince-de-Galles et Victoria, ainsi que celles de l'archipel de la Reine-Élisabeth, qui abrite le pôle nord magnétique et comprend les îles Melville, Devon, Axel Heiberg et l'île Ellesmere, pour les principales. Au nord-est du Groenland, l'archipel de Svalbard, qui comprend le Spitzberg, est une dépendance du royaume de Norvège. Les archipels François-Joseph, à l'est du Spitzberg, de la Novaïa Zemlia (Nouvelle-Zemble), celui de la Nouvelle-Sibérie et l'île Vrangel appartiennent à la Russie. Bien que l'on considère le cercle polaire arctique comme limite de la zone arctique, certains proposent l'isotherme + 10 °C en juillet : cet isotherme se calque sur le cercle polaire en Eurasie, mais descend plus au sud en Amérique.

Si les îles portent un grand nombre de grands glaciers, le seul inlandsis – ou calotte glaciaire – de la zone arctique est celui du Groenland. Le volume de glace que porte cette vaste coupole (1 850 000 km3) est cependant onze fois moins important que celui de l'inlandsis antarctique. La plupart de ces glaciers, qui se terminent par des langues étroites et épaisses, déversent dans la mer de gigantesques pans de glace, dont la hauteur varie entre 2 m et 50 m : c'est de là que se détachent les icebergs.

1.2. L'océan Arctique

L'océan Arctique, le plus petit du monde, occupe un bassin subcirculaire couvrant environ 12 millions de kilomètres carrés. Il est limité par l'Eurasie, l'Amérique du Nord et le Groenland. Le détroit de Béring le relie à l'océan Pacifique et la mer du Groenland à l'océan Atlantique. La majeure partie de l'océan Arctique est recouverte de glaces : la banquise. Celle-ci n'est pas une masse immobile : une partie est attachée à la côte, alors que le pack mobile – dont l'épaisseur moyenne est de 1,50 m – dérive lentement sous l'action des vents et des courants. Durant les longs hivers, une couche de glace, d'une épaisseur de 5 à 7 m, dérive dans la partie centrale. En empêchant l'eau de mer de se solidifier, elle joue le rôle d'un isolant. Quelles que soient les conditions ambiantes, l'épaisseur de la banquise reste donc limitée.

1.3. Le climat polaire

Aux hivers arctiques longs et froids s'opposent les étés courts et frais. Cette région reçoit, en effet, peu de rayonnement solaire en raison de son inclinaison par rapport à la zone intertropicale (où le soleil est au zénith). En hiver, le soleil n'apparaît jamais (au pôle Nord, cette saison dure théoriquement six mois). Les températures sont le plus souvent inférieures à − 10 °C, et n'approchent 0 °C au pôle Nord qu'en juillet et août.

Le froid qui sévit pendant le long et rigoureux hiver (moyennes mensuelles souvent inférieures à − 10 °C ou même − 20 °C) conditionne toute la vie. Il explique : la présence d'un sol gelé jusqu'à une grande profondeur, même sous les fonds marins ; la durée du manteau nival ; l'importance d'une banquise (palustre, lacustre, fluviale et côtière) interdisant l'écoulement superficiel pendant près de 200 jours par an ; la persistance d'inlandsis (au Groenland) et de calottes insulaires (Spitzberg, île de Baffin, etc.) dont les émissaires donnent naissance à des icebergs de petites dimensions.

Le cœur de l'Arctique est le siège d'un anticyclone qui confère une certaine aridité à cette région. Véritable désert froid, elle ne reçoit – sauf exceptions localisées – que 250 mm de précipitations annuelles en moyenne, le plus souvent sous forme de neige. Cependant, des perturbations atlantiques remontent les côtes toute l'année en apportant vents, brouillards et neiges. La présence de l'inlandsis du Groenland et l'important volume de glaces océaniques contribuent à maintenir des températures froides tout au long de l'année, bien que les franges côtières se réchauffent quelque peu durant le court été.

Des températures minimales atteignant − 70 °C ont été enregistrées au Groenland et à Verkhoïansk, en Sibérie. Bien que les vents arctiques soient moins fréquents et moins puissants qu'au pôle Sud, les zones côtières peuvent être balayées par des tempêtes.

La nuit polaire dure environ cinq mois, puis vient une période de un mois où le jour et la nuit sont en alternance. Au début, les jours sont très courts, puis ils s'allongent progressivement pour durer 24 heures : c'est alors que commence le jour polaire, qui dure environ cinq mois. Ce schéma est totalement inversé en Antarctique, l'autre terre polaire.

1.4. L'hydrologie

En été, les eaux de fonte des neiges, des glaces et des sols, sont grossies par les crues brutales des fleuves venant du sud. Pendant la débâcle de juin, l'Ienisseï débite à Igarka 78 500 m3s, moins de 8 semaines après les maigres qui n'ont transporté que 4 000 m3s sous la glace. Plaines fluviales et maritimes sont alors transformées en un immense champ de boue semé de marais et de lacs, où divaguent des fleuves larges comme des bras de mer (l'Ob et l'Ienisseï inondent leurs vallées sur une largeur de 40 à 50 km). Les embouchures, héritées de la transgression flandrienne, ont des dimensions impressionnantes et des contours incertains, semés de lagunes et de hauts fonds. L'Ob possède le plus long estuaire du monde (800 km), encombré de deltas et de barres instables ; ses eaux sont soumises à de fortes variations de vitesse et de niveau occasionnées par les sautes de vent et le renversement de la marée. Le delta de la Lena est parcouru par une multitude de bras divagants.

1.5. Le monde vivant

Seuls de rares arbres, de petite taille, peuvent résister au gel et à la débâcle. Les plantes arctiques possèdent de courtes racines en raison du permagel. Une flore éphémère, dont la durée de vie ne dépasse pas un mois, apparaît lors du bref été. Les variétés génétiques sont rares, en raison de l'imperméabilité du sous-sol et de l'intensité de la cryoturbation. La reproduction est le plus souvent asexuée et l'autopollinisation prédominante.

Le monde animal est représenté, notamment, par l'ours polaire, le caribou, le renne et le bœuf musqué. La plupart de ces espèces migrent en vastes troupeaux à travers la toundra à la recherche de leur nourriture. Parmi les petits mammifères terrestres, on note la présence d'animaux tels que le rat d'eau, le lemming, la belette, l'hermine, la martre, la zibeline, le renard, l'écureuil et le lièvre.

Les mammifères marins comme le narval, le morse, le phoque, l'otarie et le lion de mer effectuent également d'importantes migrations. En revanche, des poissons tels que la morue, le saumon et l'omble peuvent vivre toute l'année sous la banquise arctique, où ils trouvent une riche faune benthique. Des insectes pullulent et possèdent la particularité de pouvoir se congeler à tout moment en attendant de meilleures conditions climatiques. En l'absence de prédateurs, en particulier de reptiles, l'abondance des insectes en hiver fait de la toundra un milieu très favorable à la nidation au sol des oiseaux. Parmi ces derniers, bécasses, pluviers, lagopèdes, grues, hiboux, alouettes, pinsons et quelques faucons sont les plus représentés.

À l'approche de l'hiver, la plupart des mammifères emmagasinent des réserves de graisse (la couche de graisse du caribou peut, par exemple, atteindre un sixième de son poids). Accumulateur d'énergie, la graisse constitue également une excellente isolation. Si le phoque poilu et le morse ne sont pas enveloppés d'une épaisse fourrure, ils sont protégés, comme les cétacés, par une épaisse couche de graisse.

La couleur blanche est une dominante de la plupart des animaux arctiques. Certains gardent leur pelage ou leur plumage blanc toute l'année, comme l'ours polaire et le hibou des neiges, tandis que d'autres, tel le renard arctique, en changent avec l'été.

En été, le renouveau de la végétation est suffisant pour produire la reprise des migrations animales : de la taïga montent les bœufs musqués et les caribous vers le Grand Nord canadien ; les oies et les canards viennent, avec les moustiques, peupler les lagunes et les lacs de la plaine sibérienne. Dans les eaux marines dégagées des glaçons et enrichies par les crues, le jour quasi continu entretient une intense floraison planctonique qui profite aux poissons et aux animaux supérieurs (phoques, morses et diverses espèces de baleines). C'est la période d'une brève pêche côtière, traditionnelle ou industrielle.

2. Les hommes et les activités

Ces ressources rudimentaires furent exploitées par les peuples hyperboréens dès que le retrait des glaces permit leur installation. L'Arctique accueille de longue date des hommes, dont les Esquimaux (ou Inuit), peuple d'origine mongole, qui ont développé la plus fameuse civilisation. Ils ont colonisé l'Arctique depuis l'Asie, il y a 10 000 ans. Leur vie fut longtemps dépendante de la pêche et de la chasse aux phoques, morses, baleines et caribous. Les formes traditionnelles de l'élevage, de la chasse et de la pêche ont subi de profonds bouleversements et ne se maintiennent en l'état qu'en quelques secteurs reculés.

Les Lapons, peuple d'origine finno-ougrienne, sont présents dans le nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, et dans le nord-ouest de la Russie (ces différents territoires constituant la Laponie). Principalement chasseurs de rennes à terre et pêcheurs le long des côtes, les Lapons ont développé ces dernières années des activités sédentaires, comme l'élevage du renne.

Les zones arctiques de la Russie sont occupées par de nombreux groupes ethniques, dont un petit groupe d'Esquimaux (en Sibérie orientale), de Samoyèdes et de Iakoutes.

La plupart de ces groupes ont été sédentarisés en de gros villages, comme sur les côtes du Groenland et de l'Alaska. D'autres ont été contraints de s'embaucher dans les divers centres où la vie industrielle et commerciale est parvenue à se développer en dépit des conditions hostiles. Ils y côtoient de riches travailleurs, employés dans les bases militaires ou minières, ce qui les incite à adopter leur mode de vie. Des centres miniers ont été établis sur les gisements de charbon (Vorkouta et Kolyma en Russie ; Spitzberg), d'hydrocarbures (bassin de la Petchora ; Prudhoe Bay), de minerais rares (Grand Nord canadien, Groenland), de fer (Labrador). Des villes ont été créées autour des anciens postes coloniaux ou des villages de pêcheurs égrenés le long des grandes voies navigables. Des stations jalonnent les axes de pénétration routière (route de l'Alaska) ou ferroviaire (Russie, Labrador). Des ports de commerce ont été établis principalement en Russie le long de la route maritime du Nord-Est où, pendant le bref été, une circulation se fait en convois précédés de brise-glace à propulsion nucléaire. Des aéroports et bases militaires ont été créés, enfin, en raison de l'importance stratégique des régions arctiques.

3. L'exploration de l'Arctique

Les dates clés de la découverte et de l'exploration de l'Arctique

DATES CLÉS DE LA DÉCOUVERTE ET DE L'EXPLORATION DE L'ARCTIQUE



1553 : l'Anglais Richard Chancellor atteint la mer Blanche.

1556 : l'Anglais Stephen Borough touche la Nouvelle-Zemble.

1594-1597 : le Hollandais Willem Barents relève les côtes de la Nouvelle-Zemble. Premier hivernage effectué par des Européens dans l'Arctique.

1728 : au service du tsar Pierre le Grand, le Danois Vitus Jonassen Bering découvre le détroit qui porte son nom.

1741 : Bering atteint les îles Aléoutiennes.

1827 : l'Anglais William Edward Parry atteint la latitude 82°, au Nord du Spitzberg.

1875-1879 : le Suédois Adolf Erik Nordenskjöld ouvre le passage du Nord-Est.

1895 : le Norvégien Fridtjof Nansen dépasse la latitude de 86°.

1897 : échec de l'aéronaute suédois Salomon August Andrée, qui atterrit à 800 km du pôle.

1903-1906 : le Norvégien Roald Amundsen ouvre le passage du Nord-Ouest.

1909 : l'Américain Robert Edwin Peary atteint le pôle Nord.

1926 : l'Américain Richard Evelyn Byrd survole le pôle Nord.

1968 : la première expédition motorisée atteint le pôle Nord.

1977 : le brise-glace soviétique Arctika atteint le pôle Nord.

1986 : le français Jean-Louis Étienne est le premier homme à atteindre le pôle Nord à pied et en solitaire.

2010 : le français Jean-Louis Étienne réussit la première traversée de l'Arctique en avion, en survolant le pôle Nord.

Situés à proximité des bases de départ de grands navigateurs, les Vikings, les parages des régions arctiques ont été atteints très tôt : dès 982, Erik Thorvaldsson, dit Erik le Rouge, exilé d'Islande, aborde la côte sud-ouest du Groenland et entreprend peu après la colonisation d'un secteur littoral de cette terre, sans doute un peu moins froide qu'aujourd'hui. Mais, après le déclin et l'oubli de cette mise en valeur, il faudra attendre l'ère des grandes découvertes et de puissants impératifs commerciaux pour que l'Arctique soit abordé dans l'optique de la recherche géographique.

Si, pour les régions australes, la géographie ancienne a longtemps nourri le mythe d'un continent s'étendant jusqu'aux latitudes moyennes, pour l'Arctique, en revanche, on a plutôt espéré que la terre ferme était éloignée du pôle. Ceci pour résoudre à bon compte le grand problème de la navigation à l'aube des temps modernes qui était la recherche d'une voie rapide vers l'Orient fabuleux. La découverte de l'Arctique a donc été liée d'abord à la reconnaissance des deux « passages » maritimes vers l'Asie, au nord-ouest et au nord-est de l'Europe occidentale.

La découverte de l'Arctique a procédé de deux modalités : par la terre, avec l'avancée des Russes en Sibérie et des découvreurs dans le grand Nord canadien et l'Alaska ; par la mer, avec la recherche de deux grands passages, le Nord-Ouest et le Nord-Est, qui devaient ouvrir aux navires d'Europe des voies nouvelles, raccourcies, vers l'Asie. L'exploit sportif de Peary couronnera le tout avec la conquête du pôle proprement dit.

3.1. La Sibérie arctique

À partir de la fin du xvie s., les Cosaques, refoulés de Russie, s'avancent dans les immensités sibériennes, plaçant sous leur servitude les rares populations qu'ils rencontrent. Avec Semen Ivanovitch Dejnev (vers 1605-vers 1672), ils explorent dès 1648 les rives du détroit de Béring. Le Kamtchatka est conquis en 1697. Enfin, juste avant sa mort, Pierre le Grand organise une expédition de découverte, la plus importante de son temps. Il en confie la direction au Danois Vitus Bering (ou Behring) [1681-1741]. L'avant-garde part de Saint-Pétersbourg en 1725 ; le dernier échelon ne sera de retour qu'en 1733. L'essentiel des efforts est consacré au littoral de la Sibérie. Semen Ivanovitch Tcheliouskine, en particulier, atteint en traîneau la pointe nord du continent, formée par le cap auquel sera donné son nom (1742). Au même moment, Dmitri Iakovlevitch Laptev cartographie le littoral dans la région de l'embouchure de la Iana. Par la suite, les recherches ne reprennent activement qu'au xixe s. En 1821, 1822 et 1823, Ferdinand Petrovitch Wrangel (ou Vrangel) [1797-1870] effectue trois pointes vers le nord, sur la banquise bordant la Sibérie orientale : il dépasse 72° de latitude. En 1843, Aleksandr Fedorovitch Middendorf (1815-1894) explore la péninsule de Taïmyr ; de 1868 à 1870, Maysel reconnaît le bassin de la Kolyma ; en 1891, enfin, Ivan Dementevitch Tcherski (1845-1892) visite les régions drainées par la Iana, l'Indiguirka et la Kolyma.

3.2. Le passage du Nord-Est

À l'initiative de Sébastien Cabot, qui était le gouverneur de la Société des marchands aventuriers, une expédition anglaise de trois navires prend le départ en 1553 vers le nord-est pour rechercher une liaison nouvelle vers la Chine qui permette d'échapper au contrôle du trafic par les Ibériques. Seul le navire commandé par Richard Chancellor (mort en 1556), qui atteint la mer Blanche, en réchappe, entamant le négoce avec la Moscovie. Son ancien pilote, Stephen Burrough, parvient à la Nouvelle-Zemble en 1556. Le Hollandais Willem Barents (ou Barentsz) [vers 1550-1597] poursuit la recherche et double la Nouvelle-Zemble par le nord. En 1596, il découvre le Spitzberg, qu'il prend en fait pour le Groenland, puis doit hiverner près du littoral oriental de la Nouvelle-Zemble et meurt d'épuisement sur le chemin du retour (c'était alors le premier hivernage effectué par des Européens dans l'Arctique). Au cours du xviie s., les Russes font faire des progrès décisifs à la connaissance de la Sibérie, mais la localisation de la voie maritime attendra le xviiie s.. En 1735, Mouravev et Pavlov pénètrent de nouveau dans la mer de Kara. En 1737, l'embouchure de l'Ob est atteinte par Stepan Gavrilovitch Malyguine (mort en 1764) et A. Skouratov. Ces parages ne seront de nouveau visités, par mer, que par le Norvégien Johannesen, en 1869. Adolf E. Nordenskjöld (1832-1901) gagne l'embouchure de l'Ienisseï en 1875. Il contourne le cap Tcheliouskine sur la Vega et hiverne près de l'embouchure de la Lena (1878-79). Franchissant le détroit de Béring pendant l'été de 1879, il ouvre ainsi le passage du Nord-Est. Les limites septentrionales en seront précisées par la découverte, due à Boris Andreïevitch Vilkitski (1885-1961), de l'archipel de la Terre du Nord, la Severnaïa Zemlia (1913-1914). Mais c'est seulement avec l'instauration du pouvoir soviétique que la route maritime du Nord, longue de 4 500 km, commence à jouer un rôle capital dans la mise en valeur de l'Arctique sibérien : le cabotage qu'elle connaît chaque année pendant une dizaine de semaines n'est possible que grâce à de puissants brise-glace. Le Lénine sera le premier navire de ce type à utiliser la propulsion nucléaire.

3.3. Le grand Nord américain

Dans la foulée des grandes expéditions sibériennes, les Russes sont amenés à étudier l'Alaska et les Aléoutiennes dès 1741 avec Georg Wilhelm Steller (1709-1746), un Allemand à leur service. Pendant toute la première moitié du xixe s., ils jouent le rôle essentiel dans la reconnaissance de l'intérieur de cette immense région, qui ne sera rachetée par les États-Unis qu'en 1867 et dont l'exploration méthodique ne sera menée à bien qu'avec la ruée vers l'or, dans les toutes dernières années du siècle (1896). À l'est des Rocheuses, Alexander Mackenzie (1745-1831) descend le fleuve qui portera son nom en 1789 et atteint les rives de l'océan Arctique. Les côtes qui encadrent l'embouchure de la Coppermine et celles qui s'allongent à l'ouest du Mackenzie seront explorées par John Franklin (1786-1847) en 1820-1821 et en 1825. Mais les régions des confins de l'Alaska et du Canada ne seront vraiment connues que dans la seconde moitié du xixe s.

Quant au Groenland, il n'est traversé qu'en 1888, par Fridtjof Nansen. En 1912, Knud Rasmussen (1879-1933) fait une randonnée de plus de 1 200 km dans la grande île. Le Danois Lauge Koch (1892-1964) s'illustre également par ses explorations de cette région à partir de 1913, et le grand géophysicien allemand Alfred Wegener (1880-1930), qui accompagne ce dernier en 1930, trouve la mort au cœur de l'inlandsis. Enfin, depuis 1948, les expéditions de Paul-Émile Victor ont parcouru sur la calotte glaciaire plusieurs centaines de milliers de kilomètres avec des véhicules à chenilles.

3.4. Le passage du Nord-Ouest et l'archipel arctique

Dès la fin du xve s., 5 ans seulement après le voyage de Colomb, les marchands de Bristol envoient Jean Cabot vers le nord de l'Amérique (1497). En 1501 et 1502, des Portugais, les frères Corte Real, cherchent un chenal vers l'Orient en longeant le Labrador. La quête décevante se poursuivra pendant 400 ans

L'Anglais Martin Frobisher (1535-1594), le premier, reprend le chemin des Vikings, atteignant le Groenland et le Labrador (1576). Il prétend avoir trouvé le chemin de la Chine, ce qui incite ses compatriotes à monter une grande expédition – comprenant quinze navires – en 1578 ; celle-ci connaît bien des déboires, et c'est avec des moyens beaucoup plus modestes – deux petits bateaux – que John Davis (vers 1550-1605) franchit le détroit auquel sera donné son nom, entre le Groenland et la terre de Baffin (1585) ; en 1587, il dépasse la latitude de 72°. L'infortuné Henry Hudson (mort en 1611), qui sera abandonné par son équipage mutiné, fait une grande découverte, celle de l'immense baie qui limite le Labrador vers l'ouest (1610) ; mais ce n'était pas encore la voie vers l'Orient, comme l'espéraient ses commanditaires. Il faudra la rechercher plus au nord, ce à quoi s'emploient sans succès Robert Bylot et William Baffin (1584-1622), qui parviennent pourtant en 1616 à la latitude du détroit de Lancaster, sans se douter que le passage s'ouvre là. Plus de deux siècles s'écoulent avant qu'un navire s'y engage : en 1818, John Ross (1777-1856) se présente à l'entrée, mais croit que ce n'est qu'un fjord en cul de sac et ne poursuit pas ses recherches. Il sera critiqué par son second, William Edward Parry (1790-1855), qui franchit le long détroit en 1819 et dépasse la longitude de 110° O. Grand pionnier de l'exploration polaire, Parry met aussi au point l'hivernage, organisant les loisirs de la nuit polaire et établissant le régime alimentaire qui permet d'échapper au scorbut. Il ne peut dépasser les parages de l'île Melville et ne progresse guère plus à l'ouest dans son voyage de 1821-1823.

Une nouvelle tentative de John Ross (1829) est encore un échec en ce qui concerne le passage du Nord-Ouest, mais l'extrémité la plus septentrionale du continent américain est découverte avec la péninsule de Boothia. Ces échecs relatifs amènent un arrêt provisoire dans la difficile recherche de l'itinéraire vers l'Orient. Elle reprend avec John Franklin, qui part en 1845 avec l'Erebus et le Terror, emportant cinq années de vivres. Mais on a omis de prévoir des rendez-vous annuels pour donner des nouvelles, et l'on saura simplement, par des baleiniers, que l'expédition s'est bien engagée dans le détroit de Lancaster. Elle devait se diriger vers le sud, en longeant la côte occidentale de la péninsule de Boothia. Aucune nouvelle ne parvient plus à son sujet. Cette disparition mystérieuse engendre un grand nombre d'expéditions de secours, qui vont faire, elles-mêmes, progresser beaucoup la connaissance de l'Arctique. En 1850, sur l'Investigator, Robert McClure (1807-1873), parti de l'océan Pacifique, longe la mer de Beaufort, mais ne peut franchir le détroit séparant la terre Victoria de l'île de Banks. Reparti en juillet 1851, Robert McClure contourne cette dernière et doit encore hiverner sur sa côte nord. En 1852, il effectue un raid vers l'île Melville. En 1853, enfin, une expédition de secours venue de l'est le rejoint. Si l'Investigator doit être abandonné, le passage du Nord-Ouest est reconnu.

Le sort de Franklin n'en restait pas moins obscur. Il faudra attendre 1859 pour que l'expédition de Francis Leopold McClintock (1819-1907) recueille chez les Esquimaux de l'île du Roi-Guillaume quelques objets ayant appartenu à Franklin et un rapport laconique mentionnant la mort du chef de l'expédition en 1847. Pour cinquante années encore, le passage du Nord-Ouest apparaîtra comme à peu près impossible à franchir : enfin, Amundsen, sur un très petit navire, le Gjøa, réussit à joindre l'Atlantique à la mer de Beaufort, à travers le dédale de l'archipel arctique (1903-1906). En 1944, un navire canadien, le Saint-Roch, franchit le passage en une seule saison. Les possibilités économiques du passage du Nord-Ouest sont enfin révélées en 1969, par l'exploit du gigantesque pétrolier brise-glace Manhattan. Ce navire américain, long de 306 m, a été conçu pour démontrer qu'on pouvait transporter le pétrole des immenses gisements de l'Alaska septentrional vers les grands centres de consommation de l'est de l'Amérique. Recherchant systématiquement les difficultés, il emprunte les détroits de Lancaster, de Melville et du Prince-de-Galles, et joint la Pennsylvanie et la baie de Prudhoe en moins d'un mois.

3.5. La route du pôle

Les mythes de la géographie arctique, le continent polaire ou la « mer libre de glaces », ne disparaîtront qu'avec les progrès de la course vers le pôle, entamée par Parry. Cet explorateur anglais entreprend une nouvelle expédition au-delà du Spitzberg en 1827. Utilisant des embarcations pouvant être transformées en traîneaux, il dépasse 82° de latitude, point le plus septentrional jamais atteint par un explorateur. Mais l'accès au pôle a été recherché plus à l'ouest : en 1853, un médecin américain, Elisha Kane (1820-1857), atteint la latitude de l'immense glacier de Humboldt, sur la côte nord-ouest du Groenland. Son second, Isaac Hayes (1832-1881), reconnaît la terre de Grinnell, dépasse 81° de latitude en 1861 et relance encore l'idée de la mer libre. Un journaliste américain, Charles Hall (1821-1871), qui a fait construire le Polaris, débouche en 1871 sur l'océan Arctique. Les Anglais entrent de nouveau en scène dans cette région avec Albert H. Markham (1841-1918), qui bat le record de Parry et parvient à 83° 20′ de latitude en 1876, à partir de la région située à l'ouest du Groenland. Le caractère sportif de la course vers le pôle se précise, et l'Américain James B. Lockwood (1852-1884) atteint la latitude de 83° 24′, près de l'extrémité nord du Groenland, en 1882 ; il mourra d'épuisement par la suite, au cours d'un hivernage.

3.6. L'utilisation de la dérive polaire

Cet épisode tragique contribue au développement de nouvelles techniques pour atteindre le pôle. L'Américain George W. De Long (1844-1881), commandité par le New York Herald, avait franchi en 1879 le détroit de Béring, puis avait dû abandonner son navire, la Jeannette, pris par les glaces. Revenu à pied sur la banquise, il avait péri sur la côte sibérienne. Mais les débris de son navire avaient été portés par les courants marins jusqu'au littoral oriental du Groenland (1881-1884), ce qui donna l'idée au Norvégien Fridtjof Nansen (1861-1930) d'utiliser ces derniers pour parvenir au pôle. Pris par la banquise de la mer de Kara en 1893, il se laisse dériver sur le Fram pendant seize mois, puis effectue un raid avec des traîneaux en 1895 : il atteint 86° 14′ de latitude.

Le Soviétique Ivan Dmitrievitch Papanine (1894-1986) et trois compagnons devaient également utiliser la dérive de la banquise pour étudier l'océan Arctique (1937-1938). Mais ils se retrouvèrent sur un étroit glaçon entouré d'eau libre et ne furent sauvés que de justesse.

3.7. Les dernières étapes et la conquête du pôle

La fin du xixe s. devait être marquée par la plus folle tentative pour atteindre très vite le pôle : le Suédois Salomon Andrée (1854-1897) fait construire un aérostat en France, avec l'aide de son roi. Parti du nord-ouest du Spitzberg le 11 juillet 1897, il disparaît vers le nord. Des vestiges et le carnet de l'aéronaute, retrouvé en 1930 sur le littoral de l'île Blanche, au nord-est du Spitzberg, montrent qu'Andrée et ses compagnons n'avaient pas dépassé la latitude de 82° 55′. Au ballon libre, les Italiens devaient préférer des techniques plus traditionnelles : ils furent sur le point de conquérir le pôle. L'expédition du duc des Abruzzes (1873-1933) prit comme base de départ l'île Rodolphe, terre de l'archipel François-Joseph, à l'est du Spitzberg. Mais Umberto Cagni (1863-1932) dut arrêter ses traîneaux le 25 avril 1900, par 86° 34′ de latitude, et il eut beaucoup de peine à rejoindre l'île Rodolphe.

La dernière étape devait être franchie par l'Américain Robert Edwin Peary (1856-1920). Adoptant les techniques des Esquimaux, il effectue de nombreux raids vers le nord, puis lance enfin une expédition visant le pôle en utilisant les services d'un navire conçu spécialement à cet effet, le Theodor-Roosevelt. Grâce à ses traîneaux tirés par des chiens, il dépasse le 87e parallèle (1906). En 1908, il prépare une base de départ au cap Columbia, extrémité nord de la terre de Grant, partie la plus septentrionale de l'archipel arctique. Son expédition, qui compte dix-neuf traîneaux, se met en route le 22 février 1909 ; elle est divisée en plusieurs groupes, dont le but est de soutenir successivement celui de Peary, qui se charge de la conquête proprement dite du pôle. Constituant une équipe avec son domestique, Matthew Henson, et quatre Esquimaux, Peary parvient enfin au but le 6 avril. Il prend possession de la région au nom des États-Unis, puis rallie sans encombre sa base de départ.

Mentionnons encore pour mémoire le raid de l'Américain Frederick Cook (1865-1940), qui, parti du Groenland un an auparavant (19 février 1908), aurait traversé la terre d'Ellesmere, puis, piquant droit vers le nord, serait parvenu au pôle le 21 avril 1908. Un retour difficile l'aurait amené aux environs de l'île Devon. Cet exploit n'a jamais été confirmé par des preuves irréfutables.

Le 19 avril 1968, le pôle Nord était atteint par la première expédition motorisée. Composée de six hommes sous la direction de Ralph Plaisted, elle avait quitté l'île Hunt (Canada arctique) le 7 mars 1968 avec des motocyclettes à neige « skidoo ». Les hommes furent rapatriés par avion.

Le 6 avril 1969, pour commémorer le soixantième anniversaire du raid de Peary, arrivait au pôle une expédition britannique de quatre hommes avec des chiens et des traîneaux. Dirigée par Wally Herbert, elle était partie de Pointe Barrow (Alaska) et avait hiverné sur une île de glace flottante. Son but était de traverser entièrement la mer Arctique avec des moyens terrestres. Cette expédition fut couronnée de succès puisqu'elle fut prise à bord de l'Endurance le 11 juin 1969, à 40 km au nord du Spitzberg.

En 1977, le brise-glace soviétique Arctika parvenait jusqu'au Pôle.

En 1986, le docteur Jean-Louis Étienne est le premier homme à atteindre le pôle Nord à pied et en solitaire, tirant lui-même son traîneau pendant 63 jours.

En 2002, il se laisse dériver volontairement plusieurs mois sur la banquise pour en étudier la régression.

En 2010, il réussit la première traversée de l'Arctique en ballon, en partant du Spitzberg, survolant le pôle Nord et atterrissant en Sibérie.

3.8. L'avion et le sous-marin

C'est à Amundsen que l'on doit la première tentative pour gagner le pôle en avion (1923). Mais c'est seulement en 1926, le 9 mai, que l'Américain Richard E. Byrd (1888-1957) survole le pôle, à bord de la Josephine-Ford. Deux jours plus tard, c'est la revanche du plus léger que l'air, qui, avec le progrès des dirigeables, apporte tant d'espoirs aux techniciens du premier tiers du xxe s. : le Norge survole le pôle, ayant à son bord Amundsen et l'Italien Umberto Nobile (1885-1978). Avec l'Italia, ce dernier tentera une réédition de son exploit, qui se terminera par la perte de l'appareil (1928).

Le pôle avait été conquis « par les glaces » et par les airs, mais il fallait encore tenter de le vaincre par les eaux, c'est-à-dire « par en dessous », et les brise-glace n'étaient pas assez puissants pour se frayer un chemin jusqu'à lui. En 1931, avec le Nautilus, le Canadien G. Hubert Wilkins, avec l'aide des Américains, essaie en vain de l'atteindre. Il leur faudra attendre jusqu'en 1958 pour parvenir au but avec un autre Nautilus, sous-marin américain à propulsion nucléaire. Entre-temps, le survol du pôle est devenu une routine quotidienne, par les lignes aériennes qui joignent le nord de l'Europe et de l'Amérique à l'Orient : dès 1933, Lindbergh préparait l'itinéraire Amérique-Europe par l'Islande et le Groenland. En juillet 1937, les Soviétiques joignent Moscou et l'Amérique par le pôle. En même temps, leurs avions installent au pôle même une station scientifique qui comptera trente personnes : le pôle arctique fait désormais partie de l'« écoumène ».