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Rome antique (des origines à 264 avant J.-C.)

La Louve du Capitole
La Louve du Capitole

Histoire de la Rome primitive, des origines à la conquête de l'Italie (jusqu'en 264 avant J.-C.).

Pour en savoir plus, voir également les articles Rome antique (264-27 avant J.-C.), Rome : l'Empire romain (27 avant J.-C.-476 après J.-C.).

Parmi la poussière de cités et de petits États de l'Italie primitive, un village de pasteurs du Latium, Rome, prend un départ modeste au viiie siècle avant J.-C., jusqu’à l’arrivée de rois étrusques qui la transforment au vie siècle en une cité-État. Après s’être transformée en république au début du ve siècle, celle-ci développe sa domination sur les territoires avoisinants, jusqu’à contrôler toute l’Italie antique en 264 avant J.-C.

1. Les origines de Rome

1.1. La légende des origines

Une tradition discutée

Pendant deux millénaires, les historiens ont répété la même histoire : celle d'une ville fondée par Romulus et Remus, jumeaux fils d'une vestale et du dieu Mars, allaités par une louve, et d'une lointaine origine troyenne par Énée, venu en Italie après la ruine de Troie. Mais la conviction des auteurs n'était pas absolue sur ces traditions. Déjà Tite-Live (59 avant J.-C.-17 après J.-C.) reconnaissait dans son Histoire romaine que certains récits ne lui paraissaient être que des racontars.

Il fallut attendre le xxe siècle pour repousser résolument ces légendes, puis pour revenir sur cette position et reconnaître qu'elles n'étaient pas entièrement dénuées de fondement.

La formation d'une légende

On s'est aperçu que la légende des origines troyennes remontait à une haute époque, le vie siècle avant J.-C. Énée était alors connu en Étrurie. Un temple qui lui était consacré a été retrouvé dans la banlieue romaine. Des rapprochements entre l'organisation classique en Troade (pays de Troie, dans l’actuelle Turquie) et celle des bords du Tibre ont été faits. On peut penser que soient restées dans les mœurs comme dans les souvenirs les traces d'une immigration d'origine orientale à une date reculée – immigration à rapprocher de celle qui est supposée avoir été accomplie par les Étrusques.

L'histoire de Romulus et Remus, elle, a pris forme au plus tôt au ive siècle avant J.-C. Un auteur grec faisait de Romulus le fils d'Énée. Mais son nom relève de l'onomastique étrusque. Le héros aurait tracé à la charrue les limites de la fondation de Rome sur le Palatin, l'une des « sept » collines : c'était la Roma quadrata. Les calculs des anciens les amenèrent à déterminer la date de cette fondation. D'hypothèse en hypothèse, celle de 753 avant J.-C. reçut la consécration de l'usage.

1.2. Les apports de l'archéologie

Des débuts modestes

Les fouilles du xxe siècle ont permis de préciser la chronologie des premiers temps de Rome sans anéantir totalement les données de la tradition. La datation de l'occupation des collines correspond sommairement à la chronologie traditionnelle, si l'on veut bien s'en tenir à des époques et non à des dates précises. Certes, il existe des vestiges bien plus anciens, qui remontent au IIe millénaire avant J.-C. Mais, sur le Palatin, des traces de cabanes, aux poteaux enfoncés dans le rocher, sont restées visibles : au viiie siècle avant J.-C., deux villages existaient du côté de l'emplacement plausible de la fondation légendaire. Les bas des collines étaient occupés, ici et là, par des nécropoles, dont certaines urnes reproduisent la forme des cabanes.

Un groupe de villages

Les villages du Palatin pourraient s'être réunis en une seule agglomération vers le viie siècle. Les populations étaient latines, ni plus ni moins que dans la cité voisine d'Albe, sans qu'on puisse affirmer l'antériorité ou la domination d'Albe sur Rome, pas plus que l'inverse. On sait peu de choses des autres collines, connues surtout par les nécropoles qui les flanquaient. Il semble ainsi qu'il y ait eu un village sur le Caelius, moins sûrement sur le Quirinal. Le Capitole ne fut pas occupé avant le vie siècle avant J.-C. L'Esquilin, lui, fut habité par une population différente, guerrière et pastorale. Ces données nous éloignent apparemment de la Rome unique de la légende.

1.3. La dualité Sabins-Romains

La légende fait aussi état de l'enlèvement des Sabines par les Romains jusque-là dépourvus de compagnes, d'une guerre qui s'ensuivit et d'une fusion des peuples sabin et romain. Les Sabins de Rome demeurent une énigme. Selon la tradition, ils auraient occupé le Capitole et le Quirinal, face aux Romains du Palatin, de l'Esquilin et de leurs abords. Mais on pourrait aussi les assimiler aux guerriers de l'Esquilin. En tout cas, Rome apparaît alors comme une agglomération double, composée d'au moins deux éléments ethniques.

En fait, les choses ne sont pas si simples, car ni les Latins ni les Sabins ne semblent avoir formé des groupes homogènes. Cela rejoint fort bien la description traditionnelle d'un ramassis de brigands amenés là par Romulus. Une chose semble à peu près sûre : la population a dû s'accroître rapidement : les cabanes se répandent au pied des collines, comme à l'emplacement du futur Forum, où, vers 650 avant J.-C., elles succédent aux tombes.

2. La Rome royale (viiie-ve siècle avant J.-C.)

2.1. La royauté avant les Étrusques

Pour les Anciens, la Rome primitive était gouvernée par des rois. Les premiers d'entre eux, Romulus, Numa Pompilius, Tullus Hostilius et Ancus Martius, paraissent entièrement légendaires. Les historiens latins eux-mêmes reconnaissent combien la tradition paraît ici fantaisiste. Elle n'est pourtant pas dénuée de sens.

Les premiers rois de la légende

Romulus dote Rome d'un sénat, divise la population en trente curies, lui donne des institutions, une organisation militaire, avant de disparaître mystérieusement et d'être honoré par assimilation au dieu Quirinus. C'est un Sabin, Numa Pompilius (vers 715-vers 672 avant J.-C.), qui lui succéde ; roi pacifique, pieux et législateur, conseillé par la nymphe Égérie, il donne à Rome son organisation religieuse. Vient ensuite Tullus Hostilius (vers 673-640 avant J.-C.), roi guerrier qui dote Rome de son organisation militaire ; il lutte contre Véies et, après avoir conquis et détruit Albe la Longue (épisode du combat des Horaces et des Curiaces), transfère sa population à Rome. Enfin, toujours selon la tradition légendaire, le Sabin Ancus Martius (640-616 avant J.-C.) agrandit Rome : il fait jeter sur le Tibre, en face du mont Janicule, le premier pont de la ville, le pont Sublicius, bâtit l'aqueduc de l'Aqua Martia, et fait creuser, sous le Capitole, la première prison de Rome. Enfin, il fonde le port d'Ostie, à l'embouchure du Tibre.

Quelques certitudes historiques

Les rois semblent avoir été imaginés, Romulus comme les autres, assez tardivement. Dans leur histoire et dans leur rôle, l’historien Georges Dumézil voit les manifestations d'une mythologie primitive. Mythologie ou pas, rien ne semble les rattacher à des faits réels. Leur légende paraît plutôt s'être constituée et enrichie à partir de sites familiers : la cabane de Romulus, le figuier sacré sous lequel il fut allaité, etc. Les événements d'époque dont l'existence paraît admissible sont limités : ce sont la colonisation de la campagne romaine et la destruction de la ville d'Albe. Là apparaissent les liens entre Rome et une ligue latine à laquelle elle appartenait, ce qui exclut qu'elle ait été une bourgade différente des autres. Cette ligue, unie par un lien religieux, passe de la direction albaine à celle de Rome.

2.2. Pouvoir et société

Des familles aux tribus

La famille, sous l'autorité absolue du paterfamilias, faisait partie du groupement plus vaste de la gens, qui réunissait toutes les familles apparentées et reliées par une communauté de nom propre, ou « gentilice ». La gens, était le cadre de cultes privés comme de liens de dépendance, un peu analogues à ceux de la vassalité, entre un patron et des clients ; ceux-ci, protégés, portaient eux-mêmes le nom de la gens, et pouvaient être des colons ou des soldats du patron. L'ensemble du peuple se groupait en trois tribus qu'on a crues longtemps être trois groupes ethniques, où G. Dumézil voit trois fonctions sociales et dont le caractère territorial est peut-être prédominant.

Les premières institutions

Chaque tribu se divisait en dix curies, dont l'assemblée, ou comices, avait un rôle politique incertain. Elle était en fait dépendante du sénat, composé de chefs de famille, en nombre très limité, désignés sans doute par les comices, puis plus tard par le roi. Face au roi, les pouvoirs du sénat sont, eux aussi, difficiles à estimer : tout-puissant selon certains historiens ou simple conseiller d'un monarque absolu, à n'en juger que par l'étendue de ses attributions religieuses.

Le pouvoir royal, l'imperium, était d'essence religieuse : sa force divine était vérifiée par le cérémonial d'investiture, et c'est elle qui valait au candidat, nullement héréditaire, d'être reconnu. En fait, le roi n'était pas élu, mais recherché comme susceptible d'être agréé par Jupiter. Il annonçait au peuple les jours du calendrier, ceux qui étaient fastes ou néfastes, ceux qui étaient fériés ou non. La justice s'adaptait à cette conception : religieuse elle-même, elle était rendue par le roi les jours fastes. Mais l'étendue du pouvoir juridique royal, qui rencontrait celui des gentes, est inconnue.

2.3. Les rois étrusques (vie-ve avant J.-C.)

Une historicité plus assurée

On s'accorde aujourd'hui à considérer que, vers 575 avant J.-C., Rome tomba sous la domination des Étrusques : événement longtemps occulté tant l'historiographie antique se refusait à avouer cette honteuse sujétion. Le fait coïncide avec une évolution de la monarchie : aux sages législateurs succéderaient des rois violents et tyranniques, qui négligent les avis du sénat. Le calendrier est remanié par incorporation de fêtes étrusques, et le caractère sacré du roi s'amplifie, allant jusqu'à l'assimilation de celui-ci à Jupiter. Les attributs classiques du roi sont d'origine étrusque : licteurs qui l'escortent , armés de faisceaux (verges) et d'une hache, chaise curule aux pieds en X, vêtement bariolé (peint ou brodé), sceptre et couronne. La tradition ne connaît que trois rois, Tarquin l'Ancien (616-579 avant J.-C., Servius Tullius (578-535) et Tarquin le Superbe (vers 535-vers 509). Cette chronologie des anciens a été décalée par les historiens de 35 à 40 ans vers le présent. L'enchaînement réel des règnes est inconnu, bien que ces souverains paraissent avoir eu une existence historique.

Portée symbolique des règnes

Tout semble se présenter comme si la dynastie des Tarquins, originaire de la cité étrusque de Tarquinia, avait été un moment interrompue par la venue d'un aventurier arrivé de Vulci, Servius Tullus, qui aurait pratiqué une politique différente, laissé en suspens les grands travaux des Tarquins (assainissement du Forum par drainage, temple du Capitole) pour se consacrer à des questions d'ordre militaire : construction du rempart, réorganisation de l'armée des citoyens. La constitution servienne distribue les droits politiques et les rôles militaires en fonction du capital (cens) possédé par les intéressés ; cette évolution, qui fait songer à l'œuvre des législateurs grecs contemporains, répond aux aspirations des patriciens, représentants des familles les plus influentes et débouche sur une armée bien équipée, composée de la légion des fantassins et d'une cavalerie de recrutement aristocratique. En cela, Servius Tullius agit différemment des Tarquins, qui, eux, s'appuient sur la plèbe.

2.4. Aspects de la Rome royale

Des villages rudimentaires

Les cabanes primitives, de forme ronde ou ovale, puis de plus en plus, rectangulaire et au toit conique, s'appuyaient sur des pieux fichés en terre. Les parois combinaient le jonc ou la paille et l'argile. La porte était pourvue d'une grosse serrure. Le mobilier se réduisait à l'époque la plus reculée à une céramique noire de fabrication locale, à quelques outils de bronze et à quelques objets d'importation. À cela s'ajoutent ensuite des fourneaux de terre cuite, des meules à bras, des vases d'origine grecque et des instruments de fer. Dès le viie siècle avant J.-C., on utilise l'écriture, dont des reliques en caractères grecs nous ont conservé les mots latins les plus archaïques. Les agglomérations s'entourent de ce qui est plus une clôture qu'un rempart.

Des villages à la ville

Sous la domination étrusque, les choses changent : d'une agglomération de hameaux, Rome se transforme en une ville. Les vallons sont réellement occupés. L'assèchement, puis le pavage du Forum donnent déjà à celui-ci son aspect de place publique. On bâtit des maisons de pierre avec des toits de tuile, un cirque (le Circus Maximus), les boutiques du Forum, des temples ornés de terres cuites à la mode étrusque, dont celui de la Fortune, retrouvé au Forum boarium (« marché aux bœufs »), et celui de Jupiter, Junon et Minerve, au Capitole. Cette apparence urbaine est accentuée par l'afflux de population d'origine étrusque : commerçants, techniciens, qui participent à ces grands travaux. Une petite rue, le Vicus tuscus, garde dans son nom le souvenir de ces Toscans, dont la venue, si elle contribua à l'alphabétisation de Rome, ne détrôna pas la langue latine.

Pour en savoir plus, voir l'article latin.

3. Les débuts de la République

3.1. Fondation de la République

À la date traditionnelle de 509 avant J.-C., les Romains chassent les rois et fondent leur république. Derrière cette donnée apparemment simple se cachent divers bouleversements dont la coïncidence chronologique n'est pas évidente.

La fin de la royauté

Il apparaît que la fin de la domination étrusque se situerait plutôt vers 475 avant J.-C. Cela n'empêcherait pas la monarchie d'avoir été, éventuellement, renversée plus tôt au profit de magistrats élus : un certain nombre des plus anciens consuls portent des noms étrusques. Sur la révolte même, on en est réduit à des hypothèses : révolte latine, où Rome aurait pris une part modeste ; intervention de montagnards sabins ; révolte des autres Latins, qui auraient subi jusqu'alors la domination de la Rome étrusque. Les traces archéologiques de la culture étrusque à Rome disparaissent vers 480-460 avant J.-C., mais c'est là peut-être un indice de déclin et non de départ des maîtres étrusques. L'annalistique romaine aurait conservé la date de 509 avant J.-C. parce que c'était celle de la dédicace du temple du Capitole et qu'il fallait le désolidariser du souvenir de la présence étrusque.

Les premiers magistrats

L'origine des magistratures romaines est très floue. Il semble que certaines d'entre elles aient préexisté à la disparition de la monarchie. Le pouvoir aurait été aux mains d'un préteur suprême, assisté d'un collège de préteurs. Puis une mutation leur substitue deux consuls, égaux en pouvoir et ne pouvant rien faire l'un sans l'autre. La présence de ce double pouvoir laisse soupçonner des factions ou des groupes antagonistes, équilibrés en force.

Pour en savoir plus, voir les articles consulat, magistrat.

3.2. Patriciens et plébéiens

Deux forces mal identifiées

Patriciens et plébéiens, qui apparaissent sans cesse dans l'histoire ancienne de la République, semblent représenter les querelles intérieures. Il serait facile de dire que le patriciat englobait les vieilles familles, mais il est prouvé que des familles plébéiennes sont aussi anciennes. Les patriciens peuvent être les descendants des premiers sénateurs, qui se sont constitués en un cercle fermé à l'époque de la chute des rois. La distinction entre patriciens et plébéiens peut être également religieuse – les patriciens auraient été, à l'origine, seuls à détenir le droit aux auspices – ou encore militaire : les patriciens seraient issus de la noblesse à cheval du temps des rois. La plèbe, elle, serait constituée de ces gens infiltrés à Rome sous la domination étrusque, occasionnellement étrusques eux-mêmes et surtout citadins. Elle pourrait encore être constituée par une ethnie locale très ancienne.

Deux forces antagonistes

L'antagonisme entre patriciens et plébéiens est un fait tardif, qui prend naissance après la chute de la royauté. Parmi les premiers consuls, certains sont plébéiens. Puis les consuls deviennent tous patriciens, comme si la caste monopolisait le pouvoir pendant quelques années. Les plébéiens, pour leur part, se retirent à deux reprises sur le mont Aventin, en armes et avec tous les éléments d'un État : leur assemblée (concilium plebis), leurs magistrats (tribuns de la plèbe et édiles), leurs dieux (Cérès, Liber et Libera), dont le temple est établi au pied de l'Aventin. Les magistrats plébéiens bénéficient d'une inviolabilité d'origine à la fois religieuse et guerrière. Ils vont toutefois, par la suite, s'insérer dans les rouages constitutionnels et perdre leur caractère insurrectionnel.

La loi des Douze Tables (vers 449 avant J.-C.)

Au milieu du ve siècle avant J.-C., la liste des consuls, les fastes consulaires, s'interrompt pour laisser place pendant deux ans à un groupe de dix hommes, les décemvirs investis du pouvoir consulaire et chargés, en outre, de rédiger des lois. Avant de sombrer dans la tyrannie et d'être renversés, ceux-ci accomplissent la mémorable œuvre législative connue sous le nom de loi des Douze Tables, dont il ne reste que quelques fragments. C'est une législation débarrassée de ses éléments religieux et influencée par la Grèce. Elle met fin à des traditions coutumières dont la connaissance était peut-être un privilège. Elle est censée assurer l'égalité entre patriciens et plébéiens, mais interdit toutefois les mariages mixtes. Elle pourrait bien avoir été remaniée au ive siècle ou au iiie siècle avant J.-C.

L'ascension de la plèbe

La plèbe ne s'en trouve pas moins confrontée au problème de la conquête ou de la reconquête de sa part de pouvoir effectif. Le droit de veto dont disposent ses tribuns lui permet d'enrayer la machine politique et d'arracher peu à peu des lois favorables. Les lois dites « liciniennes » (367 avant J.-C.), allégeant les dettes, réglementant l'utilisation des terres appartenant à la collectivité (ager publicus), rétablissant le consulat – disparu quelque temps –, à condition qu'un des consuls soit plébéien, témoignent à la fois des troubles du moment et de la victoire de la plèbe (367 avant J.-C.). L'ascension des leaders plébéiens comme l'effondrement de la résistance patricienne donnent naissance à une classe dirigeante commune, une noblesse (nobilitas) où le jeu de rivalités embrouillées entre familles va devenir la règle. Après le consulat, les autres magistratures deviennent accessibles à tous, du moins à tous ceux qui ont la fortune et l'influence, c'est-à-dire, à un nombre très restreint.

3.3. L'aménagement des institutions

Les comices

L'ensemble du peuple dispose des assemblées que sont les comices : comices curiates, remontant à l'époque royale, mais vite dépourvus de pouvoir effectif ; comices centuriates, représentant le peuple dans son organisation militaire, élisant les magistrats, votant les lois et jugeant en appel ; comices tributes (→  comices), enfin, inspirés ou émanés du concilium plebis, dont le rôle politique va croissant, aux dépens des précédents, et dont l'organisation se fonde sur la répartition territoriale entre tribus urbaines et rustiques.

Les magistrats

Limités à un pouvoir annuel, les deux consuls exercent leur pouvoir à tour de rôle, l'un à Rome, et l'autre au loin. Héritiers du pouvoir des rois, ils en ont la marque juridique et vaguement religieuse, l'imperium. Les préteurs, réapparus en 367 avant J.-C., aux attributions judiciaires, sont également pourvus de l'imperium. Un autre pouvoir, la potestas, est le propre des autres magistrats. Les deux censeurs, qui recensent les citoyens et les classent selon leur fortune, sont élus pour dix-huit mois tous les cinq ans. Les tribuns de la plèbe, dont le nombre se stabilisera à dix, défenseurs sacro-saints de la plèbe (potestas sacro sancta), possèdent de vastes droits de veto politique et de protection ; leurs fonctions s'alignent peu à peu sur celles des magistratures. Les édiles de la plèbe et les édiles curules se consacrent à l'administration quotidienne de la ville, et les vingt questeurs sont des trésoriers.

Le sénat

Ancien conseil du roi, le sénat, conservé, finit, lui aussi, par ouvrir ses portes à la plèbe, car son recrutement est assuré parmi les anciens magistrats. Ses membres, les pères conscrits (patres conscripti), sont les dignes représentants de cette oligarchie républicaine. Sans pouvoir officiel, le sénat aura cependant durant des siècles une immense influence et représentera, face au défilé des consuls, l'élément stable du gouvernement.

4. Rome face à l'Italie

L'histoire de Rome est une histoire de conquêtes défensives puis offensives. Elle commence par des querelles de voisinage.

4.1. Des adversaires multiples (499-341 avant J.-C.)

Les Latins

Il existe une confédération de trente cités latines, qui déborde d'ailleurs du Latium. En son sein, les cités se disputent, et il ne faut pas s'étonner si, selon les moments, Rome est alliée aux Latins ou s'oppose à eux. Les premières colonies mentionnées (Norba, Cora) sont l'œuvre des Latins ; Ostie, la première colonie romaine, est créée seulement vers 335 avant J.-C. Les chefs militaires de la confédération (ou ligue) sont des dictateurs, occasionnellement romains – ce qui permettra aux historiens anciens de faire état d'une hégémonie romaine. Les Latins se serrent les coudes contre les descentes des peuples montagnards et pasteurs de l'Apennin (→  Sabelliens). Mais ils se retournent aussi contre Rome, à la suite de l'expulsion des Tarquins, en tentant de restaurer ceux-ci. Rome l'emporte à la bataille du lac Régille (entre 499 et 496 avant J.-C.) et conclut une alliance qui lui donne une position supérieure à celle de simple État confédéré.

Véies

La voisine étrusque qu'est Véies est longtemps l'objet d'une hostilité tenace. Les deux villes se querellent à propos des salines côtières, des bois, des points de passage du Tibre. Maints combats ont été enjolivés par les annalistes, qui leur ont donné un air d'épopée. Véies serait tombée au bout d'un siège de dix ans, en 396 avant J.-C. après avoir été l'occasion des prouesses des 306 Fabii et du dictateur Camille (M. Furius Camillus). Celui-ci va se distinguer de nouveau lors de l'invasion gauloise.

L'invasion des Celtes

Les Celtes, venus des régions danubiennes et déjà installés dans la plaine du Pô, descendent dans la péninsule, rencontrent les Romains à la bataille de l'Allia, tout près de Rome, les battent, et occupent presque toute la ville vers 390-386 avant J.-C. Le soutien accordé à Rome par Caere (→  Cerveteri), qui fait un massacre de Gaulois, vaut aux Caerites des privilèges juridiques.

4.2. L'extension de la puissance romaine

Une cité désormais fameuse

Rome doit ensuite se consacrer à sa reconstruction. À la panique de la guerre a succédé une période de troubles intérieurs dont la plèbe sait tirer parti. En ce ive siècle avant J.-C., Rome fait figure de grande ville auprès des cités étrusques, déjà décadentes. Sa puissance maritime commence à se manifester : des traités d'alliance ont été conclus avec l'autre puissance en Méditerranée occidentale, Carthage, à une époque ancienne, en 348 avant J.-C., ou peut-être même beaucoup plus tôt, dès 509.

Pour en savoir plus, voir l'article Rome.

L'armée romaine

La légion romaine primitive a quadruplé au cours du ive siècle avant J.-C. Toujours constituée comme une milice de soldats-citoyens, elle reflète les distinctions sociales : les hastati, les principes et les triarii forment les trois rangs successifs de l'ordre de combat, inégalement équipés. Les hommes sont groupés en unités appelées centuries et manipules. Les armes offensives sont le javelot, la lance et l'épée. Les conflits italiques permettent de faire de cette armée, dont la conception est influencée par l'expérience grecque, un instrument efficace. La guerre est alors impitoyable, sans merci : le vaincu est souvent réduit en esclavage, exposé avec le butin dans ce cérémonial plus guerrier que religieux dont est honoré le général vainqueur : le triomphe.

4.3. La conquête de l'Italie

C'est un enchaînement de fatalités qui fait de Rome, presque malgré elle, une grande conquérante. Les hasards des querelles italiques l'entraînent d'une guerre vers une autre. La conception romaine de l'alliance sur un pied inégal avec les autres villes fait entrer ses alliés dans l'orbite de sa domination presque aussi sûrement que la victoire militaire. Après quoi, Rome se trouve amenée à épouser les problèmes politiques des pays qui sont sous sa tutelle, et ce d'autant mieux que ces pays sont de plus en plus représentés à Rome même, où Campaniens et Sabelliens s'infiltrent dans les rangs de l'aristocratie. L'histoire du ive siècle avant J.-C. est aussi ponctuée d'apparitions des Gaulois dans la péninsule. Ceux-ci paralysent souvent les Étrusques et facilitent ainsi les progrès de Rome. Celle-ci s'accorde avec certains peuples et se brouille avec d'autres.

Les guerres samnites (343-290 avant J.-C.)

En 343 avant J.-C., les habitants de Capoue en Campanie appellent Rome à l'aide contre les montagnards samnites. Elle intervient, puis, à l'instigation du parti samnite dans la ville, change d'alliance et se tourne, avec les Samnites, contre les Latins et les Campaniens. Chacune des cités du Latium est traitée séparément, tantôt recevant le droit de cité romaine sans droit de vote, tantôt seulement une alliance. Il en résulte que les Latins vont grossir l'effectif des légions. Le sort fait à Capoue, dont une partie des terres est confisquée, mais dont les chevaliers deviennent citoyens romains, permet de supposer une entente entre aristocratie romaine et aristocratie capouane contre les progrès de la plèbe. Rome poursuit sa colonisation, fondant Antium (Anzio) et Anxur (Terracina). Au cours d'une deuxième guerre samnite (326-304 avant J.-C.), l'armée romaine est écrasée dans le ravin des fourches Caudines (321avant J.-C.) : les soldats vaincus doivent se prêter au cérémonial humiliant du défilé sous le joug. Lors de la troisième guerre (298-290 avant J.-C.), les Romains triomphent enfin à Sentinum (vers 295 avant J.-C.) d'une coalition de Gaulois, de Samnites, d'Ombriens et d'Étrusques, financée par Tarente. Entre-temps, Rome a soumis divers peuples montagnards et envahi l'Étrurie.

La guerre contre Tarente (282-272 avant J.-C.)

Maîtresse de l'Italie centrale et parée d'une gloire générale à la suite de Sentinum, Rome est appelée à l'aide par la cité grecque de Thourioi, pressée par les montagnards lucaniens. C'est l'occasion d'établir quelques garnisons en Italie du Sud, au-delà de la ligne de démarcation fixée avec Tarente en 302 avant J.-C. Un incident provoque la guerre avec cette dernière, qui fait appel à un capitaine célèbre, Pyrrhos, roi d'Épire, en Grèce du Nord-Ouest. Après quelques victoires, Pyrrhos est battu à Bénévent (275 avant J.-C.), et Tarente tombe (272 avant J.-C.). Les Grecs de tout le monde hellénistique prennent alors conscience de la puissance romaine.

L'organisation de la conquête

La possession de la péninsule par un maître unique résout une partie des problèmes agraires existants, au moins au profit des Romains. La colonisation donne à ceux-ci de nouvelles terres, assure leur domination, sans négliger la surveillance des côtes (colonies maritimes). Les montagnards, désireux de ravager les terres des agriculteurs de la plaine, doivent se limiter aux parcours coutumiers. Le sort des villes demeure varié, car Rome, malgré sa domination, respecte les institutions originales des cités, même si leur pouvoir est désormais nul. Rome demande des hommes et de l'argent, selon des modalités diverses : service des citoyens ou des contingents alliés, tribut (impôt direct des citoyens), vectigal (impôt sur certaines terres), prestations en nature, douanes. En revanche, les effets du régime romain vont assurer le loyalisme d'une grande partie de l'Italie – la paix sociale, la paix entre les peuples, la paix sur mer, une condition politique et juridique souvent avantageuse – et fournir des instruments économiques : les premières artères du réseau des voies romaines.

5. La civilisation au début du iiie siècle avant J.-C., entre tradition et évolution

5.1. L'environnement matériel

Un quotidien rudimentaire

Les mœurs des Romains évoluent lentement. Il reste encore à ceux-ci encore l'essentiel de leur rusticité ancestrale : nourriture sobre de lait et de galettes, usage de vases grossiers, habillement constitué de la toge – qui n'est qu'un grand drap de laine incommodément drapé –, mentalité de paysans rudes et avaricieux.

La monnaie, indice d'évolution

Le monnayage romain commence seulement au début du iiie siècle avant J.-C. À l'origine, la tête de bétail tenait lieu d'unité de valeur : les amendes se formulaient en bœufs et en moutons. Puis vient le lingot de bronze : les lois du ve siècle avant J.-C. fixent des équivalences entre animaux et métal. Le lingot marqué d'un taureau évoque cette relation. Enfin, la guerre en Italie du Sud nécessite le monnayage d'argent : didrachme frappé pour Rome en Campanie. La monnaie de bronze, initialement lourde, est l'as, qui pèse une livre, en attendant les dévaluations qui vont l'amener au sixième de livre. L'apparition de la monnaie est le produit tout à la fois d'une ouverture économique et des problèmes financiers provoqués par les guerres.

5.2. La religion

Un socle primitif

La religion a encore tout son caractère primitif, dépendant d'une mentalité prélogique, attachée aux tabous, aux totems et aux fétiches, encore que certains cultes primitifs aient disparu à l'époque historique (→  Cacus, Pomone). Des dieux président à tous les moments de la vie, à tous les phénomènes ou objets de la nature. Ils sont des forces invisibles (numina) dont on sent particulièrement la présence dans les bois sacrés. Jupiter, dieu de la Foudre, est adoré sous la forme d'une pierre ou d'un arbre. Les serpents sont des gardiens domestiques, et les oiseaux des messagers divins. Le culte des morts s'ajoute à celui des protecteurs du foyer (lares et pénates). Le culte, qui est l'affaire de tous, des pères de famille comme des magistrats, et pas seulement des flamines, des augures, des pontifes et des vestales, ajoute aux sacrifices et aux rites agraires (danses et courses purificatoires) la pratique de la divination, surtout appliquée aux oiseaux (auspices) et dont l'influence étrusque accroît l'importance. Les prodiges (pluies de sang, bœufs sur le toit d'un temple, etc.) sont des présages dont on tient le plus grand compte.

Pour en savoir plus, voir l'article mythologie romaine.

L'ouverture aux influences extérieures

L'influence grecque – en partie par l'intermédiaire des Étrusques – est importante. La fusion des divinités romaines et des dieux grecs a été facilitée par des racines indo-européennes communes. La religion n'est pas fermée aux courants extérieurs : en cas de nécessité pressante, surtout, on n'hésite pas à faire appel à la puissance d'un dieu étranger. De là l'importation solennelle et officielle de nouveaux cultes, les quindécemvirs ayant pour tâche d'héberger ces dieux nouveaux venus. De là, aussi, la tolérance vis-à-vis des diverses divinités exotiques amenées par des immigrants ou honorées peut-être pour des raisons sociales, parce qu'elles ne sont pas des dieux du patriciat. Le temple de Cérès (de 499 avant J.-C.) est un lieu de ralliement populaire, et les progrès du culte de Cérès sont parallèles à ceux de la plèbe.

Pour en savoir plus, voir l'article mythologie grecque.

Au moment d’entrer en guerre contre Carthage, en 264 av. J.-C., Rome a atteint un point d’équilibre incontestable dans tous les domaines : son autorité est acquise sur toute l’Italie péninsulaire, ses institutions fonctionnent bien, ses valeurs sont respectées, et ses antagonismes sociaux ont été momentanément surmontés. Ses interventions de plus en plus lointaines dans le bassin méditerranéen vont révéler le caractère précaire de cette harmonie momentanée et déboucher sur la crise de la République.

Quelques repères chronologiques de l'histoire de la Rome antique

QUELQUES REPÈRES CHRONOLOGIQUES DE L'HISTOIRE DE LA ROME ANTIQUE

753 avant J.-C.

Date traditionnelle de la fondation de Rome

509 avant J.-C.

Date traditionnelle de la chute de la royauté

vers 494 avant J.-C.

Retraite de la plèbe sur l'Aventin ; tribunat de la plèbe

vers 450 avant J.-C.

Loi des XII Tables

396 avant J.-C.

Prise de Véies

vers 387 avant J.-C.

Principale invasion gauloise

343 (ou 341)-290 avant J.-C.

Guerres samnites

vers 335 avant J.-C.

Mainmise sur le Latium. Fondation d'Ostie

321 avant J.-C.

Les fourches Caudines

295 avant J.-C.

Victoire de Sentinum

282 avant J.-C.

Conquête de l'Italie centrale

272 avant J.-C.

Conquête de l'Italie du Sud : prise de Tarente

264-241 avant J.-C.

Première guerre punique