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latin

Langue indo-européenne du groupe italique, parlée dans l'Antiquité par les Romains et qui est l'ancêtre des langues romanes modernes.

Une fibule d'or trouvée à Préneste et porteuse d'une inscription en caractères grecs l'atteste dans le Latium dès 600 avant J.-C. Petit à petit, avec les victoires des armées romaines, le latin devient la langue de l'Italie (prise de Tarente en 272 avant J.-C.), puis s'étend à l'ensemble du bassin méditerranéen (victoire de Zama en 202 avant J.-C.) et à une partie de l'Europe (siège d'Alésia en 52 avant J.-C.), où il laissera ensuite la place aux langues romanes. Le latin littéraire apparaît au iiie s. avant J.-C. On peut distinguer dans son évolution différentes périodes : le latin préclassique ou archaïque, le latin cicéronien ou républicain, le latin impérial – jusqu'à Tacite, avec qui se termine la grande tradition romaine –, et enfin le latin chrétien et le latin tardif. La période classique est pour la prose la période cicéronienne, pour la poésie la période augustéenne. Les spécialistes fixent la disparition du latin en tant que langue parlée tantôt au vie s. – considérant que l'Historia Francorum de Grégoire de Tours (538-594) est écrite dans un latin déjà corrompu –, tantôt juste avant la dernière partie du viiie s. : plutôt qu'une précipitation des changements linguistiques, la Renaissance carolingienne (768- 804) aurait permis la prise de conscience que la langue parlée n'était plus du latin. Il est certain qu'à l'époque du concile de Tours (813), le peuple ne comprenait plus depuis un certain temps déjà le latin des sermons, puisque ce concile exige des prêtres qu'ils les traduisent en « langue rustique, ou en langue germanique, afin que tous puissent comprendre plus facilement ce qui est dit », formule dans laquelle Charles Bruneau a pu voir « en quelque sorte, l'acte de baptême de la langue française ».

Le fonctionnement de la langue latine

Le latin se fixa un peu avant la période républicaine. C'est une langue qui possède une très grande mobilité de l'ordre des mots, grâce à son système flexionnel de six cas (nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif, ablatif), qui permet de déterminer la fonction grammaticale de chaque mot dans la phrase sans avoir à tenir compte de sa place. Ce système flexionnel n'exclut pas l'existence de prépositions, qui sont toutefois peu utilisées. En outre, le latin n'a pas d'articles. Ces caractéristiques en font une langue hautement synthétique. Le latin possède un ensemble de mécanismes (modes, conjonctions, etc.) qui lui permettent d'enchâsser plusieurs propositions subordonnées à l'intérieur d'une phrase principale. Il utilise trois genres (masculin, féminin et neutre) et deux nombres (singulier et pluriel).

L'alphabet latin

Il se compose de 23 lettres, les mêmes que celles de l'alphabet français, moins le w, qui a été emprunté aux langues germaniques, et les lettres ramistes j et v, inventées au xvie s. par l'humaniste Petrus Ramus, pour noter la prononciation consonantique des lettres latines I et u. C'est une des formes occidentales de l'alphabet grec, arrivé en Italie par les Étrusques, comme le prouvent notamment la variation entre K et C, la disparition de Γ et sa recréation romaine sous la forme de G à partir de C.

La syntaxe

Le latin n'a, parmi les déterminants nominaux, ni article ni possessif  ; ce que les grammaires latines appellent couramment adjectifs possessifs comme meus ou tuus sont des adjectifs épithètes comparables à « mien » ou « tien » en français et non des déterminants comme « mon » ou « ton ».

Les fonctions nominales

Elles sont marquées par des cas, ceux-ci n'étant toutefois quasiment jamais spécialisés dans une seule et même fonction syntaxique. Le morphème de sujet, qui a normalement le nominatif comme signifiant, présente en effet une variante à l'accusatif dans les subordonnées infinitives ou à l'ablatif dans les subordonnées participales dites à l'ablatif absolu. De même, le morphème de complément de verbe, qui a souvent comme signifiant l'accusatif, présente, après certaines classes de verbes, une variante à l'ablatif, au datif ou au génitif.

Les propositions subordonnées

Le latin présente au moins deux originalités par rapport au français. Les subordonnées complétives ont très souvent comme morphème de subordination un verbe à l'infinitif, qui entraîne pour le morphème de sujet une variante à l'accusatif : Dicunt Homerum caecum fuisse (« On dit qu'Homère fut aveugle »). La seconde particularité est la possibilité de relativiser n'importe quelle structure de phrase, même des phrases à l'impératif – Hoc viderunt quod, quaeso, perspicite atque cognoscite (« Ils ont vu ce que je vous prie de remarquer et de considérer », littéralement : « ce que, remarquez, je vous prie ») – ou des phrases contenant elles-mêmes une subordonnée – Disputatio de amicitia quam legens te ipse cognosces (« Discussion sur l'amitié par la lecture de laquelle tu te reconnaîtras », littéralement : « laquelle lisant tu te reconnaîtras »).

En ce qui concerne la négation, le latin dispose de deux variantes, ne, qui n'apparaît que dans un contexte sémantique exprimant une volonté, et non : non venit (« il ne vient pas »)  ; ne veniat (« qu'il ne vienne pas »).

Pour la coordination copulative, le latin dispose de plusieurs morphèmes qui entrent dans une série d'oppositions privatives emboîtées, le morphème et signifiant simplement l'« addition », et étant non marqué par rapport à ac, qui signifie « l'addition » et « l'unité », lequel est lui-même non marqué par rapport au morphème enclitique -que, signifiant « l'addition », « l'unité » et « l'équivalence ».

L'ordre des mots

Une particularité du latin, qui n'est pas proprement syntaxique, est la liberté de l'ordre des mots. Il est en effet parfaitement possible de séparer dans la chaîne syntagmatique les constituants d'une même construction syntaxique. On a ainsi une enclave, lorsque l'un des constituants immédiats d'une construction se place syntagmatiquement à l'intérieur de l'autre comme la préposition de à l'intérieur du syntagme nominal altis montibus qu'elle régit, le prédicat verbal cadunt altis de montibus à l'intérieur du syntagme nominal sujet majores umbrae, et le connecteur que à l'intérieur de la proposition qu'il introduit, dans le vers de Virgile : Majoresque cadunt altis de montibus umbrae (« Et les ombres grandissantes tombent du haut des montagnes », littéralement : « des montagnes élevées »).

La morphologie

Le système nominal

Le latin est une langue qui se décline. Ses noms ajoutent en effet au lexème nominal, support de la signification, deux séries de désinences casuelles, dénommées traditionnellement le singulier et le pluriel, qui contiennent chacune six cas, appelés respectivement nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif et ablatif. Ces deux séries de cas connaissent cinq déclinaisons, qui déterminent cinq familles morphologiques différentes de noms.

Les adjectifs se déclinent également selon ces deux séries de six cas ; mais ils ne connaissent que deux classes morphologiques différentes, la première classe mettant en œuvre les mêmes désinences casuelles que la première et la deuxième déclinaison des noms, et la seconde classe les mêmes désinences que la troisième déclinaison.

Le système verbal

Le verbe latin, qui se conjugue, peut présenter deux séries de formes différentes que sont les voix appelées active et passive (les grammaires parlent d'une troisième voix qu'elles appellent déponente, qui s'applique aux verbes à formes passives mais à sens actif). Par exemple le lexème « aimer » fait amo (« j'aime ») à l'actif et amor (« je suis aimé ») au passif, tandis que le verbe déponent imitor (« j'imite ») n'est pas accompagné d'un actif imito.

Chaque voix possède deux séries de modes et de temps, l'infectum (« inaccompli ») et le perfectum (« achevé »). La série de l'infectum se caractérise par l'absence du morphème propre à la série du perfectum.

On admet traditionnellement l'existence de cinq sortes différentes de conjugaison pour l'infectum d'après le timbre et la quantité de la voyelle finale – amare (« aimer »)  ; monere (« avertir »)  ; legere (« lire »), à côté de lego (« je lis ») ; capere (« prendre »), à côté de capio (« je prends »)  ; audire (« entendre »).

Pour le perfectum, il y a aussi cinq conjugaisons différentes, suivant le signifiant du morphème de perfectum.

Le lexique

Le fonds du vocabulaire latin est constitué d'un grand nombre de mots d'origine indo-européenne, comme fero (« je porte »), fides (« confiance »), pater (« père »), pons (« pont »), qui ont leur équivalent dans les autres langues indo-européennes. À cela il faut ajouter les emprunts faits aux langues méditerranéennes comme les dialectes italiques – fovea (« fosse »), fenum (« foin ») – et surtout à la langue étrusque – littera (« lettre »), miles (« soldat »), histrio (« mime »), et les emprunts aux langues celtiques comme le gaulois – carrus (« chariot »), gaesum (« javelot »), braca (« braies »).

Les emprunts les plus anciens au grec se firent par le canal populaire de l'oral – oleum (« huile »), nauta (« matelot »), ampora, hellénisé par la suite en amphora (« amphore ») –  ; d'autres se firent par la langue écrite littéraire – comoedia (« comédie »), Musae (« muses »), philosophia (« philosophie ») –, vulgarisée par Cicéron. Le latin chrétien emprunta beaucoup au grec, surtout pour le vocabulaire des institutions ecclésiastiques, de la hiérarchie cléricale et des objets et pratiques propres au christianisme : ecclesia (« église »), apostolus (« apôtre »), baptisma (« baptême »).

La phonologie

Le système des consonnes

Il articule trois corrélations : la corrélation centrale de sonorité, qui oppose les deux séries de phonèmes les plus fournies, à savoir la série des « voisées » ou sonores (b, d, g, gw) et la série des « non voisées » ou sourdes (p, t, k, kw), la corrélation d'arrondissement, qui, opposant entre eux les deux derniers phonèmes de ces deux séries, est formée de la série des « arrondies » ou labiovélaires (kw, gw) et de celle des « non arrondies » ou vélaires (k, g), et enfin la corrélation de nasalité, qui à la série des oppositions « non nasales »/« apicodentales » (t-d) et « bilabiales » (p-b) oppose la série des « nasales » (n et m).

À ces dix phonèmes, il faut ajouter quatre phonèmes qui ne sont intégrés à aucune corrélation, à savoir la « labiodentale » f, la « sifflante » s, la « vibrante » r et la « latérale » l.

Ces phonèmes connaissent un certain nombre de règles de variation  ; ainsi, la nasale lnl reçoit une réalisation phonique vélaire [n] devant une consonne vélaire arrondie ou non arrondie (ancilla, « servante »)  ; la latérale a une réalisation phonétique normalement vélaire, dite l pinguis (« l gras ») par les grammairiens latins, comme dans Siculus (« Sicilien »), sauf quand elle se trouve devant une voyelle de timbre i, contexte où la réalisation est apicale, les grammairiens latins parlant alors de l exilis (« l grêle »), comme dans Sicilia (« Sicile »)  ; l'apicodentale t présente une réalisation sifflante [s] devant une consonne sifflante, comme dans possum (« je peux ») face à potes (« tu peux »).

Le système des voyelles

Il est constitué d'une corrélation de quantité, qui oppose une série de cinq voyelles brèves à une série de cinq voyelles longues. Les deux séries de cette corrélation, qui sont formées de trois phonèmes en opposition graduelle d'aperture, sont en outre partiellement traversées par une corrélation de vélarité, qui oppose la série des deux voyelles vélaires fermée lul et intermédiaire lol à la série des deux voyelles palatales fermée lil et intermédiaire lel. À ces dix voyelles, il faut ajouter les diphtongues ae, oe, et aw, qui sont forcément longues.

Outre les neutralisations complexes qui affectent les voyelles latines, une règle de variation attribue une réalisation totalement ou partiellement consonantique à lul et lil, qui par exemple se réalisent [w] et [j] à l'initiale devant voyelle –venire (« venir ») et jacere (« jeter ») se prononçant [weni:re] et [jakere] –, mais [uw] et [ij] dans statuo (« j'établis »), medius (« moyen »), prononcés [statuwo:] et [medijus].

L'accentuation

Si on néglige les proclitiques et les enclitiques, l'accent affecte la syllabe unique des monosyllabes, la première syllabe des disyllabes, et l'avant-dernière syllabe, si elle est longue, ou sinon, l'antépénultième des autres polysyllabes.