IVe s. avant J.-C.-IVe s. après J.-C. : unifiée entre le IVe et le IIe s. avant J.-C. par Rome, qui s'impose sur les autres peuples de la péninsule au premier rang desquels les Étrusques, l'Italie se fragmente après la chute de l'Empire sous l'effet des invasions étrangères.
Ve-XIIe s. : Ostrogoths, Byzantins, Lombards, Francs s'imposent successivement entre la fin du Ve s. et le IXe s. après J.-C., tandis que les Sarrasins puis les Normands s'installent en Sicile et dans le Sud entre le IXe s. et le XIIe s. Au centre du pays, la papauté tente aussi de s'imposer comme pouvoir temporel et doit affronter, à partir du Xe s., le Saint Empire romain germanique, cette opposition s'étendant, au XIIIe -XIVe s., à travers la lutte entre guelfes (favorables au pape) et gibelins (partisans de l'empereur), à la plupart des villes italiennes dont les ambitions territoriales conduisent à des conflits armés entre États princiers, ces derniers atteignant leur apogée à la Renaissance.
XIIIe-XIXe s. : disputée par les puissances européennes dès le XIIIe s. et surtout à partir du XVIe s., l'Italie passe sous la domination de l'Espagne et de l'Autriche avant son Risorgimento au XIXe s., dans le sillage de la Révolution française, qui conduit à son unification sous la bannière du royaume de Piémont-Sardaigne et de son président du Conseil, Cavour. L'unité du pays est ainsi obtenue en 1861 : il reste alors à construire un État national et à intégrer des populations dans une société toujours très fragmentée.
XXe-XXIe s. : la mobilisation sociale culmine après la Première Guerre mondiale et débouche sur la dictature fasciste qui s'impose aisément sur un État libéral inachevé. Les défaites militaires conduisent à la déposition de Mussolini en 1943 et la République est instituée en 1946 mais le système parlementaire, fondé sur l'hégémonie de la Démocratie chrétienne, évolue progressivement vers une « partitocratie » qui entre en crise au début des années 1990.
Au néolithique, dans le Sud, se répand le courant cardial, alors que dans le Nord se développe (vers 2800 avant J.-C. la culture de Lagozza. La présence d'askos atteste aussi des contacts avec les Balkans et l'Anatolie. Avec les cultures de Gaudo et de Rinaldone, le chalcolithique succède à la civilisation mégalithique. L'âge du bronze est marqué au Nord par l'influence d'Únětice puis par le courant campaniforme avec Remedello, alors que dans le Sud, en Sardaigne, se répandent les nuraghi. La culture de l'Apennin se poursuit dans le Nord au bronze final, cependant que le long des côtes les palafittes (dits terramare) sont influencés par l'Égée et Mycènes. À la fin du bronze, en Italie centrale, vers 1200 avant J.-C., apparaît le nouveau rite de l'incinération, associé au développement de la métallurgie ; ce sont les Protovillanoviens et la population de Villanova qui occupent le futur territoire étrusque, et au VIIIe s. avant J.-C. dans la plaine du Pô, les gens de la culture d'Este. Inhumations et incinérations vont se côtoyer et se succéder sans qu'il y ait de véritables modifications du peuplement, et l'on pense à des pénétrations successives d'Indo-Européens plutôt qu'à de grandes vagues d'envahisseurs.
Les Villanoviens sont arrêtés en Campanie et surtout devant le Picenum, où ils se heurtent à la résistance des Picéniens, dont sont peut-être issus les Sabelliens d'Italie centrale, groupés soit le long de la côte adriatique (Marrucins et Frentans), soit dans l'Apennin (Vestins et Péligniens de la vallée de l'Aternus ; Marses du lac Fucin ; Sabins du haut Anio ; Samnites, Lucaniens du Basilicate, Bruttiens de Calabre). Enfin, les Èques, les Herniques, et peut-être même les Volsques, présentent des caractères de parenté à la fois avec les Ombriens et les Sabelliens, sans qu'on puisse les rattacher avec certitude à l'un de ces deux groupes. Également porteurs du fer et connus comme eux sous le nom général d'« Italiotes », ces peuples s'opposent pourtant aux Villanoviens.
D'autre part, d'importantes migrations illyriennes peuplent les côtes de l'Adriatique : Messapiens, lapyges de l'Apulie (Dauniens, Peucetiens et Salentins), Liburnes et Vénètes. Ainsi s'achève pratiquement le peuplement de l'Italie, que viennent compléter les Grecs, qui occupent progressivement, à partir du début du VIIIe s. avant J.-C. (fondation de Cumes), les côtes sud-orientales de l'Italie, du golfe de Tarente à la Campanie, et les Étrusques (apparition au VIIIe s. avant J.-C., apogée aux VIe-Ve s. avant J.-C.).
Pour en savoir plus, voir l'article Grande-Grèce.
À plusieurs reprises, les rivalités existant entre ces populations de cultures différentes se cristallisent en conflits armés. Les premiers connus opposent les Grecs et les Étrusques. Ces derniers, menacés par la poussée phocéenne, s'allient à Carthage et, après avoir détruit la flotte de Massalia à Alalia (en Corse, vers 540-535 avant J.-C.), laissent les Puniques contrôler la Sicile et la Sardaigne, tandis qu'eux-mêmes s'installent en Corse et font de l'Italie leur chasse gardée.
Depuis la fin du VIIe s. avant J.-C., ils dominent l'essentiel du Latium et occupent Rome où règnent successivement trois rois étrusques : Tarquin l'Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe.
Malgré leur extension en Campanie, où ils fondent comme dans leurs autres territoires une « dodécapole », leur progression en direction du Sud est arrêtée devant la cité grecque de Cumes (524 avant J.-C.). Dans le nord, où ils étaient parvenus à s'implanter dans la plaine du Pô à la fin du VIe s., les Étrusques sont repoussés progressivement par les Celtes dès la fin du Ve s. avant J.-C..
Profitant de l'affaiblissement général des Étrusques, les Romains, qui avaient repris le contrôle de Rome à la fin du VIe s.avant J.-C. et fondé la République (509), entreprennent dès lors la conquête progressive de la péninsule (IVe s.-IIes.avant J.-C.). Après la prise de Véies (395) et celle de Tarquinia (308), la dernière cité étrusque, Volsinii, tombe en 264. Les Romains repoussent également les Gaulois après le sac de Rome (390). Parallèlement, ils soumettent le Latium puis, de 340 à 290, la Campanie, les Pouilles et la Lucanie. Enfin, le contrôle du Sud est achevé avec la victoire sur Pyrrhos (Pyrrhus), roi d'Épire (prise de Tarente en 272) et après celui de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse à l'issue de la première guerre punique (264-241 avant J.-C.), l'assujettissement de l'Italie septentrionale est effectif au début du IIe s. avant J.-C..
Dans un territoire relativement restreint, où se juxtaposent de nombreux peuples, elle impose alors une unité que favorise la diversité des statuts juridiques accordés aux vaincus. Le latin, langue du vainqueur, s'affirme peu à peu comme moyen unique d'expression de la pensée.
Longtemps, pourtant, les particularismes locaux subsistent, s'affirment avec plus de vigueur au moment de la deuxième guerre punique, quand les populations italiote et grecque font preuve d'une neutralité au moins douteuse à l'égard de Rome. Plus grave encore est le mécontentement suscité chez les Italiens par les confiscations massives de terres auxquelles Rome procède aux dépens de ses alliés en vue de la constitution d'un vaste ager publicus. La double déception provoquée par l'assassinat de Caius Gracchus (121 avant J.-C.) et par celui du tribun Livius Drusus, qui leur a, à son tour, promis l'octroi du droit de cité (91 avant J.-C.), provoque la révolte générale des Italiens : la guerre italique, ou guerre sociale (91-89 avant J.-C.), contraint Rome à conférer aux cités latines et aux alliés italiques le droit de cité complet, et à l'octroyer à titre individuel à ceux qui le solliciteraient. Les Gaulois de la Transpadane accèdent, grâce à César, à la citoyenneté complète en 49 avant J.-C. Au lendemain de la bataille de Philippes (42 avant J.-C.), Octave incorpore la Gaule Cisalpine à l'Italie, dont la frontière se trouve reportée du Rubicon à l'Arsa et au faîte des Alpes italiennes.
Auguste (nouveau nom d'Octave devenu empereur en 27 avant J.-C.) s'efforce, dès lors, d'effacer les traces des guerres civiles, restaurant la sécurité et le réseau routier, agrandissant et embellissant les villes. En revanche, sur le plan économique, la dégradation des terres, commencée dès le lendemain des grandes conquêtes, s'accélère par suite de l'afflux des blés étrangers, qui provoque la ruine des petits propriétaires fonciers, déjà fortement endettés par suite de la longueur du service militaire. À la culture, devenue non rentable, des céréales se substituent celles de la vigne et de l'olivier, et surtout une extension considérable, en Italie centrale et méridionale, des pâturages à moutons et des friches, dans le cadre des latifundia constitués au profit des grands propriétaires romains.
D'autre part, l'extension de l'Empire provoque un déplacement des axes commerciaux, qui se situent désormais le long du limes, et l'Italie, malgré un gros effort d'équipement portuaire, n'est plus le centre des affaires au moment même où se prépare la provincialisation de la péninsule. La mainmise gouvernementale complète sur la péninsule est accélérée par Hadrien, par Marc Aurèle et par les empereurs du IIIe s.. Ne fournissant plus le personnel gouvernemental ni le personnel militaire, l'Italie est finalement divisée par Dioclétien en huit circonscriptions, groupées en un diocèse, que Constantin divisera en deux : l'Italie annonaire, soumise à l'impôt (Milan), et l'Italie suburbicaire (Rome, le sud de la péninsule et les îles). Dans cette Italie épuisée économiquement et isolée politiquement, les tenants de la romanité païenne mènent, à propos du culte de Rome et d'Auguste et de l'autel de la Victoire, un ultime et inefficace combat contre le christianisme, qui, longtemps persécuté, triomphe au IVe s. à Rome, siège de la papauté, et à Milan, où saint Ambroise peut dicter ses volontés à l'empereur Théodose.
Pour en savoir plus, voir l'article Rome.
À la mort de Théodose (395), l'Empire d'Occident passe à son fils Honorius, alors âgé de onze ans, qui est placé sous la protection du maître des milices Stilicon. Envahi par les Barbares, l'Empire d'Occident se réduit à l'Italie. En 410, celle-ci subit à son tour l'attaque des Goths d'Alaric, qui prennent Rome. En 452, les Huns, conduits par Attila, envahissent l'Italie, qu'ils n'évacuent que sur la promesse d'un tribut, et, en 455, les Vandales de Geiséric pillent Rome. Au cours des dernières années de l'Empire, une série d'empereurs se succèdent sans exercer le pouvoir réel, qui est, en fait, aux mains du chef de l'armée Ricimer, de 456 à 472. En 475, Oreste, ancien secrétaire d'Attila, installe sur le trône son fils Romulus Augustule. Un des chefs de l'armée, Odoacre, soulève les troupes et fait tuer Oreste (476), qui n'est pas remplacé comme empereur d'Occident.
En 489, le roi des Ostrogoths, Théodoric, obtient de l'empereur d'Orient, Zénon, le gouvernement de l'Italie, dont il devient le maître absolu après avoir fait tuer Odoacre (493). Théodoric entreprend d'établir l'équilibre entre les Goths, installés sur les riches terres du Nord, et une civilisation romaine à laquelle il s'efforce de rendre vie, en maintenant les institutions impériales et en conservant les cadres anciens (cités, provinces). Cependant, un mouvement vers la centralisation se fait sentir. Les successeurs de Théodoric ne peuvent empêcher la reconquête byzantine (535-553) ; entreprise par Bélisaire, général de Justinien, celle-ci se heurte néanmoins à des chefs goths énergiques (Totila). L'Italie redevient province de l'Empire comme préfecture romaine gouvernée par Constantinople.
Mais, en 568, les Lombards, venus des rives de l'Elbe et que les Byzantins affaiblis ne peuvent repousser, s'installent en Italie du Nord puis du Centre (duché de Spolète) et du Sud (duché de Bénévent) brisant ainsi l'unité de la péninsule. Après une période de lutte intestine, ils restaurent la monarchie à la fin du VIe s. Dès le VIIe s., ils se convertissent au catholicisme. Le basileus byzantin, représenté en Italie par des ducs placés sous l'autorité de l'exarque de Ravenne, conserve une certaine souveraineté sur des territoires situés dans le nord entre les territoires lombards (exarchat et Pentapole italienne regroupant les évêchés de Rimini, Pesaro, Fano, Senigallia et Ancône) et dans le sud (Naples, Sicile, Calabre, Pouilles).
Mais les querelles religieuses « byzantines » ainsi que des révoltes affaiblissent l'exarchat de Ravenne. En 751, le roi lombard Aistolf s'empare sans difficultés de Ravenne, puis réclame un tribut aux habitants de Rome. Le pape Étienne II fait alors appel aux Francs et demande l'aide de Pépin le Bref (753), qui oblige Aistolf à lui rendre l'exarchat, dont il fait don au pape (756). Ce don constituera le noyau des États de l'Église, qui occuperont le centre de la péninsule jusqu'à la seconde moitié du XIXe s. Menacé par Didier (756-774), successeur d'Aistolf, le pape Adrien Ier fait alors appel à Charlemagne (773).
Vainqueur de Didier, Charlemagne se proclame roi des Lombards et se fait couronner à Rome par le pape Léon III en 800. Il attribue à son fils Pépin le titre de roi d'Italie. Dans l'administration du royaume, les influences orientales sont plus fortes que celles des Francs. Le commerce avec l'Orient se poursuit, tandis que Venise centralise les produits orientaux et que la vie urbaine persiste en Italie. Après le partage de l'Empire de Charlemagne (843), l'Italie fait partie de l'État de Lothaire Ier, puis de celui de Louis II. La féodalité naissante et le morcellement politique qui la caractérise anéantissent les pouvoirs traditionnels. À Rome, les nobles contrôlent en fait le pouvoir pontifical. La couronne royale d'Italie et le titre impérial sont disputés entre des seigneurs incapables de repousser les Sarrasins (arabes et berbères menés par des chefs aghlabides originaires de Kairouan) ou les Hongrois. Au sud, le duché de Bénévent s'est morcelé en principautés rivales dont les titulaires n'hésitent pas à s'allier aux musulmans. Quant aux Byzantins, malgré la perte de la Sicile, ils gardent de solides appuis à l'extrémité de la péninsule.
Au IXe s., les Sarrasins qui avaient déjà fait plusieurs incursions au VIIIe s., chassent les Byzantins de Sicile (prise de Palerme en 831) puis, outre plusieurs razzias dans les Pouilles et en Calabre, s'installent en plusieurs points sur les côtes et pillent Rome en 846. Succédant aux Aghlabides en 909, lesFatimides poursuivent cette implantation jusqu'à ce que les Normands les en expulsent au XIe s.. Ces derniers, apparus pour la première fois au IXe s. mais sans laisser de traces, s'installent durablement dans le sud de l'Italie à partir du début du XIe s. avec les premières incursions, autour de 1035, de Tancrède de Hauteville et de ses fils dont Roger et Robert Guiscard, expéditions qui conduisent à la fin de la domination byzantine dans le sud de la péninsule puis de la présence arabe en Sicile qui restera sous domination normande (création du royaume de Sicile en 1130 attribué à Roger II) jusqu'à l'avènement de l'empereur Henri VI de Hohenstaufen (1190).
Le roi de Germanie Otton Ier détrône Bérenger II, marquis d'Ivrée, et se fait couronner empereur à Rome par le pape Jean XII (962). Ainsi naît le Saint Empire romain germanique, qui unit le sort de l'Italie à celui des rois de Germanie. Si Otton Ier laisse le régime seigneurial s'étendre, il établit sa tutelle sur l'Église romaine, déposant et choisissant les papes, confiant les charges séculières aux évêques. En revanche, il doit renoncer à chasser les Grecs d'Italie. À partir d'Otton Ier, la plupart des rois de Germanie sont hantés par le voyage d'Italie, qui leur permet de se faire sacrer empereurs. La papauté passe sans cesse du joug impérial à celui de l'aristocratie romaine. Or, l'élite de la chrétienté, attachée à la lutte contre la simonie et le nicolaïsme, veut pouvoir compter sur une papauté indépendante. Soutenu par le marquis de Toscane et par le Normand Robert Guiscard, dont il accepte la vassalité pour les Pouilles et la Calabre (1059), le pape Nicolas II supprime le contrôle du roi de Germanie sur l'élection pontificale. À la mort de Henri II (1024), la dynastie franconienne (ou salienne) succède aux Ottoniens.
La tentative réformiste du pape Grégoire VII se heurte à la politique d'Henri IV, désireux de remettre la main sur la papauté, et déclenche la querelle des Investitures (1075-1122). Après Canossa (1077), Henri IV, de nouveau excommunié, fait élire un anti-pape, Clément III (1080), et s'empare de Rome (1084), d'où Grégoire VII peut s'enfuir grâce à l'intervention de son vassal Robert Guiscard. Lorsque la querelle prend fin sous Henri V (1106-1125), Calixte II, pape de 1119 à 1124, signe à Worms avec l'empereur Henri V un concordat qui entérine la renonciation par l'empereur à l'investiture par la crosse et l'anneau (1122). Peu après, le premier concile du Latran (1123) consacre la victoire de la papauté sur l'Empire. Le pape n'est pas pour autant le maître dans son État : les Romains se soulèvent à plusieurs reprises.
Après les désordres du Xe s., les séjours des empereurs ont rendu un peu de tranquillité à la péninsule. Pise et Gênes chassent les Sarrasins de la mer Tyrrhénienne et profitent des croisades pour s'assurer l'exclusivité du commerce entre l'Orient musulman et l'Occident, rivalisant avec Venise, qui garde le monopole des rapports avec Constantinople. Les villes de l'intérieur, Trévise, Brescia, Crémone, Pavie, bénéficient de la renaissance du grand commerce, dont elles tiennent les routes terrestres. L'industrie apparaît un peu partout (la soie à Lucques, la laine à Milan). La banque devient une spécialité des Lombards (Asti, Chieri, Novare, Plaisance) ou des habitants de Sienne, qui gèrent les finances du Saint-Siège. Pour mieux conduire leurs affaires, les villes secouent le joug des autorités féodales et se donnent des institutions communales.
Dès le XIe s., la classe des marchands lutte contre l'évêque seigneur de la ville et annule son pouvoir : elle a trouvé l'appui des petits nobles qui veulent se libérer de l'arbitraire des grands seigneurs, et celui du parti populaire des patarins. La cité est dès lors administrée par un collège annuel de consuls recrutés chez les petits nobles et les négociants. Seule Venise voit le triomphe d'une aristocratie qui se ferme aux parvenus. Dans la moitié sud de la péninsule, Roger II, qui s'est proclamé roi de Sicile (1130), a unifié les États normands : c'est une monarchie absolue, bureaucratique, où des villes comme Amalfi perdent leur autonomie et leur activité commerciale. Au contraire, l'île de Sicile devient la principale escale de la navigation en Méditerranée.
Pour en savoir plus, voir l'article Sicile.
L'élection de Frédéric Barberousse (1152-1190) relance en Italie la lutte entre le Sacerdoce et l'Empire. Frédéric veut faire valoir ses droits sur Rome et les États du pape et tente d'unifier l'Italie en conquérant le royaume normand de Sicile, allié indispensable du Saint-Siège. Le pape Alexandre III soutient la Ligue lombarde (regroupant les principales villes d'Italie du Nord), qui réussit à vaincre Barberousse (Legnano, 1176). Aux accords de Venise (1177) et de Constance (1183), l'empereur semble abandonner les droits régaliens, mais sa politique, qui vise désormais à utiliser les querelles locales, à créer un parti impérial, ne fait plus l'unanimité contre elle. Le fils de Barberousse, Henri VI (1190-1197), qui a épousé Constance de Sicile (fille de Roger II), réussit à mettre la main sur le royaume normand (1194). Mais sa mort prématurée ne laisse à son fils Frédéric II que le royaume de Sicile sous la tutelle du pape Innocent III, qui veut rompre l'encerclement de ses États par les impériaux. Le pape donne la couronne impériale à Otton IV – également prétendant au titre d'empereur – qui s'empresse alors d'attaquer la Sicile et d'empiéter sur l'État de l'Église. Innocent III doit finalement accorder la couronne impériale au jeune Frédéric II, qui s'engage à séparer ses États dès qu'il aura un héritier (1212). La guerre civile s'installe dans la majeure partie de l'Italie, car Frédéric II poursuit la politique de ses prédécesseurs.
À l'intérieur de chaque ville, les gibelins, partisans de l'empereur, s'opposent aux guelfes, partisans du pape. Frédéric II, qui est avant tout italien, se consacre au gouvernement de son royaume de Sicile et à l'unification de l'Italie, mais il échouera devant l'hostilité du pape. Son bâtard, Manfred, garde le royaume (1258-1266) et, en s'appuyant sur le parti gibelin, prend pied dans le reste de l'Italie (Montaperti, 1260). Appelé par la papauté, qui espère trouver en lui un vassal dévoué, Charles d'Anjou bat et tue successivement Manfred (à la bataille de Bénévent en 1266) et le prétendant gibelin Conradin (1268), qui est fait prisonnier puis décapité. Le nouveau roi de Sicile, et le parti guelfe, dominent dès lors Rome et la majeure partie de l'Italie.
Les communes et les villes consolident leur indépendance au XIIIe s. et deviennent des foyers de la culture et de l'économie européennes. Les grands ports de la péninsule sont le siège d'une intense activité marchande. La création de colonies vénitiennes et génoises dans l'ancien Empire grec permet l'accumulation de richesses à Gênes, Florence, Venise et Milan. Les luttes politiques entre l'Empire et la papauté ont attisé les rivalités entre, d'un côté, les grands marchands, les maîtres des principaux métiers et, de l'autre, le « peuple », en fait les maîtres des métiers secondaires, qui réclament des places dans les conseils. Ces luttes aboutissent au remplacement du collège des consuls par un podestat qui devient souvent « seigneur » de la ville. Lorsque les podestats arrivent à se constituer une armée de métier, devenant ainsi des condottieri, ils peuvent fonder une véritable dynastie.
Charles d'Anjou, qui veut soumettre la péninsule, mécontente les populations du sud de l'Italie. La désagrégation du parti guelfe et la révolte des Vêpres siciliennes (1282) permettent au roi d'Aragon d'éliminer les Angevins, qui se contentent du seul royaume de Naples. Le roi d'Aragon devient, en 1302, maître de la Sicile et de la Sardaigne. Le roi de Naples, Robert d'Anjou (1309-1343) reçoit de la papauté la souveraineté sur la Toscane, mais ne peut conquérir la Sicile (1325).
L'épisode angevin inaugure pour l'Italie les interventions françaises et l'ingérence ibérique, prélude à la prépondérance espagnole du XVIe s. La papauté perd son influence : cardinaux français et italiens rivalisent et, de 1309 à 1376, le pape s'installe à Avignon. Le Grand schisme d'Occident (1378-1417), amenuisant encore l'influence papale, rend plus sensible le morcellement de l'Italie.
Tandis que les Aragonnais se maintiennent en Sicile et en Sardaigne, le royaume de Naples, après la mort de Robert d'Anjou (1343), connaît une histoire mouvementée. La succession de Jeanne II (1414-1435), notamment, provoque une guerre entre Aragon et Anjou. Les Aragonais triomphent et réunissent Sicile et Naples en un royaume des Deux-Siciles (1442). Les deux royaumes sont de nouveau séparés à la mort d'Alphonse V le Grand (1458) : la Sicile reste au roi d'Aragon, et Naples à un bâtard d'Alphonse V, Ferdinand Ier ou Ferrante (1458-1494). Sous les Aragonais se perpétue dans le royaume des Deux-Siciles un féodalisme et une économie archaïques qui contrastent avec le dynamisme des cités et des seigneuries du nord de la péninsule.
Au XIVe s., chaque cité cherche à agrandir son territoire au détriment de ses voisines et des guerres opposent Pise et Florence, Milan et une ligue de plusieurs cités de Toscane alliées au pape, Gênes et Venise. À la fin du XIVe s., le morcellement politique tend à s'atténuer, mais le particularisme est déjà trop affirmé. L'unification politique s'arrête à mi-chemin, laissant subsister côte à côte des États minuscules (Saint-Marin), de grandes villes et des duchés. La Savoie, qui accroît ses possessions piémontaises, devient aussi un duché sous Amédée VIII, en 1416. À la fin du XIVe s., Venise conquiert les villes voisines dont les seigneuries la menaçaient (Padoue, Trévise, Vérone). Le Milanais (depuis 1277 sous la domination des Visconti qui ont reçu le titre ducal) passe sous celle du condottiere Francesco Sforza (1450-1466), qui fonde à son tour une dynastie. À Florence, la famille des Médicis accède à la tête de la seigneurie en 1434.
Pour en savoir plus, voir l'article États de la maison de Savoie.
À partir des premières décennies du XIVe s., la phase ascendante de l'économie européenne connaît un ralentissement, puis une régression, jusqu'au XVe s. Milan et la haute Italie sont relativement épargnés, mais Florence est gravement frappée. Cependant, grâce au commerce méditerranéen et à l'accumulation de richesses, l'Italie, moins touchée que les autres pays européens, surmonte rapidement la crise. Ainsi Florence, qui a absorbé sa rivale Pise, se lance dans une intense activité en Méditerranée de l'Ouest.
Cette atmosphère de relative prospérité favorise l'essor de l'humanisme et de l'art, riches bourgeois et princes se comportant en mécènes généreux. Les papes du XVe s. (Martin V, Nicolas V, Sixte IV) sont également des amateurs éclairés d'art et de belles-lettres. C'est l'heure de la Renaissance.
Par ailleurs, très tôt, l'Italie a été traversée par de nouveaux courants de pensée ; ce pays riche est hanté par la pauvreté évangélique et, à côté des disciples de saint François d'Assise, pullulent les hétérodoxes, les sectaires, qui rompent avec l'Église officielle : spirituels que défend Joachim de Flore, cathares et vaudois. Ces courants subsistent jusqu'à la fin du XVe s.
Pour en savoir plus, voir l'article Renaissance.
Mais l'Italie, malgré sa richesse, repose sur des bases politiques fragiles ; des ligues se forment et se détruisent, la papauté abandonne sa politique globale en Italie et le Sud reste aux mains de dynasties étrangères. Dans le Nord, la paix de Lodi en 1454 introduit la notion d'équilibre entre puissances voisines et préfigure une possible « unité italienne ». Cependant, elle ne met pas fin aux luttes entre cités oligarchiques et princes. L'habitude de faire appel à l'étranger va bientôt livrer la péninsule aux ambitions de la France, de l'Espagne et de l'Autriche. Le danger ottoman se précise : les Turcs ravagent le Frioul et occupent Otrante (1480). Venise recule devant eux en Méditerranée, mais l'installation des Turcs permet la pénétration d'une culture héritée de l'Antiquité par l'intermédiaire des émigrés byzantins en Italie.
Pour en savoir plus, voir l'article Empire ottoman.
Le morcellement, la faiblesse politique ainsi que le prestige de la civilisation italienne provoquent des guerres au cours desquelles les pays européens se disputent l'Italie. Au cours des guerres d'Italie (1459-1559), la péninsule devient le champ de bataille où s'affrontent Français d'un côté, Espagols et « Impériaux » de l'autre (sous l'autorité de Maxilimien Ier de Habsbourg, puis Charles Quint et Philippe II d'Espagne.
Pour en savoir plus, voir l'article guerres d'Italie.
Après la paix du Cateau-Cambrésis (1559), la France ne parvient plus à contester la domination espagnole, qui dure plus d'un siècle. En dépit des guerres, l'Italie, au début du XVIe s., continue d'être le foyer d'une intense activité artistique (Michel-Ange) et intellectuelle (Machiavel).
Les Habsbourg d'Espagne sont présents directement en Sicile, à Naples, en Sardaigne et à Milan et exercent leur influence sur les États pontificaux, Lucques en Toscane et sur la République de Gênes. Seuls échappent à cette domination Venise, en déclin, et le duché de Savoie, qui, sous la direction d'Emmanuel Philibert, amorce son expansion et centralise ses institutions.
Pour en savoir plus, voir l'article États de la maison de Savoie.
L'influence de la France est plus importante au siècle de Louis XIV, les princes italiens cherchant à secouer la tutelle étroite de l'Espagne. Turin, capitale des ducs de Savoie, est alors dans l'orbite de Versailles, mais Victor-Amédée II se rebelle et entre en guerre contre la France en 1690 une première fois, puis en 1703.
Dans l'ensemble, l'Italie surmonte difficilement la crise européenne de la fin du XVIe s. Les grandes découvertes ont amené un changement des voies commerciales, ce qui a conduit au déclin de Venise et de Gênes, tandis que Florence a perdu son premier rôle en Europe comme place bancaire. La Lombardie, lourdement taxée, souffre particulièrement de la présence espagnole. La vie sociale se replie sur elle-même, la population italienne chute de 12 millions, vers 1500, à 11,5 millions en 1700 alors que le pays est touché par deux terribles épidémies de peste (1630 et 1656). Le pouvoir espagnol provoque également une régression sur le plan culturel ; un coup d'arrêt est donné à la Renaissance par le rétablissement de l'Inquisition et le triomphe de la Contre-Réforme. Les lourds impôts et la misère provoquent des révoltes comme celle qui est dirigée par Masaniello à Naples (1647) ou la révolte de Messine, en Sicile (1674-1678).
La monarchie espagnole, affaiblie à la mort de Charles II, perd ses possessions italiennes au cours de la guerre de la Succession d'Espagne (1701-1713). Les traités d'Utrecht et de Rastatt attribuent à l'empereur Charles VI de Habsbourg le Milanais, Naples, la Sardaigne et Mantoue. Le duc de Savoie reçoit la Sicile (avec le titre royal), qui sera échangée en 1718-1720 contre la Sardaigne.
Jusqu'en 1748, l'Italie est intéressée par les derniers épisodes de la lutte entre les Bourbons et les Habsbourg. Après le mariage de Philippe V d'Espagne (petit-fils de Louis XIV et fondateur de la dynastie espagnole des Bourbons) avec la Parmesane Élisabeth Farnèse, l'Espagne tente de réviser le traité d'Utrecht. Le fils aîné d'Élisabeth, le futur Charles III d'Espagne, obtient la succession de Parme, Plaisance et Naples. Mais l'Espagne est trop faible pour pouvoir intervenir dans ses nouvelles possessions. Si la Savoie parvient à accroître ses territoires aux dépens du Milanais, les Autrichiens renforcent leur domination. À l'extinction des Médicis, la Toscane est ainsi attribuée à l'époux de Marie-Thérèse de Habsbourg (fille de l'empereur Charles VI), François III de Lorraine, qui la fait passer sous l'influence de l'Autriche (branche des Habsbourg-Lorraine).
Le XVIIIe s. italien est cependant une période de calme relatif, où la politique intérieure des États passe au premier plan. Un éveil national se prépare notamment par l'introduction de réformes par les princes « éclairés ». La maison de Savoie est à la tête de ce mouvement, qui est cependant abandonné par Charles-Emmanuel III, faisant du Piémont un « État caserne ». Des réformes sont également réalisées en Toscane et dans le Milanais. À Naples, Tanucci, ministre de Charles VII deBourbon et de son fils Ferdinand IV, est également un représentant du despotisme éclairé. Les grands propriétaires fonciers, bourgeoisie du Centre et du Nord et aristocratie latifundiaire du Mezzogiorno, développent leur puissance, marquant ainsi les limites des réformes. Le désir de changement ressenti par une élite libérale est exprimé par le poète Vittorio Alfieri.
Le siècle des Lumières en Italie voit l'apparition d'un renouveau culturel avec Goldoni pour le théâtre, Scarlatti, Pergolèse, Cimarosa pour la musique et Canaletto, Tiepolo et Guardi pour la peinture.
La Révolution française est bien accueillie en Italie par une minorité intellectuelle et provoque des troubles dans plusieurs villes, puis une réaction des classes dirigeantes. En Toscane, Buonarroti tente d'organiser une agitation révolutionnaire, mais il est arrêté et exilé. À Naples, une société patriotique est constituée. En 1791, la Constituante annexe l'enclave pontificale du Comtat Venaissin. Et, en 1792, la Savoie et le comté de Nice sont envahis et rattachés à la France. En 1793, la Sardaigne, Naples et les petits États italiens rentrent dans la coalition contre la France, tandis que la répression s'abat sur les « jacobins » italiens. Dès 1794, les Français occupent une partie de la Riviera de Gênes.
En mars 1796, le général Bonaparte est nommé au commandement de l'armée d'Italie et se lance immédiatement dans une série de campagnes victorieuses. Battu, le roi de Sardaigne se retire de la coalition (avril 1796), et la Lombardie est occupée. De septembre 1796 à janvier 1797, une série de batailles autour de Mantoue (campagne d'Italie) oblige l'armée autrichienne à se retirer d'Italie. L'Autriche doit accepter un armistice (Leoben, avril 1797). Le Directoire, enlevant à l'empereur les Pays-Bas et la rive gauche du Rhin, compte lui restituer la Lombardie, mais Bonaparte tient à sa conquête, qu'il a organisée en une République Cisalpine en juin 1797. Pour désintéresser l'Autriche, il livre la majeure partie du territoire de la République vénitienne aux Habsbourg, puis instaure également une République ligurienne à Gênes avec l'aide de patriotes italiens. La République Cispadane, formée par Reggio, Modène et Bologne, est réunie en juillet 1797 à la République Cisalpine. Le 18 octobre, l'Autriche signe le traité de Campoformio, qui confirme les annexions de Bonaparte et laisse aux Habsbourg la Vénétie. Dans toute l'Italie, l'Ancien Régime s'effondre et la féodalité est abolie. En février 1798, les Français, qui occupent Rome, proclament la République romaine et, le 23 janvier 1799, la République parthénopéenne sur les États continentaux du roi de Naples, qui se réfugie en Sicile. En décembre, le Piémont est annexé à la France après référendum. Mais l'Italie jacobine s'effondre devant l'offensive austro-russe de mars à août 1799, marquant les débuts d'une sévère réaction.
Bonaparte, de retour d'Égypte et devenu Premier consul, redresse la situation grâce à une campagne de reconquête marquée par la victoire de Marengo sur les Autrichiens (14 juin 1800).
Pour en savoir plus, voir l'article campagne d'Italie.
La France récupère le Piémont, la Ligurie et la Lombardie. En Italie centrale, les Napolitains sont battus. Le 9 février 1801, l'Autriche doit conclure avec la France le traité de Lunéville, qui replace l'Italie dans l'orbite de la France. Bonaparte rétablit la République Cisalpine dans le Nord.
L'évolution des institutions italiennes suit alors les changements affectant la politique française de Bonaparte. En janvier 1802, la République Cisalpine est transformée en République italienne avec, comme président, Bonaparte. En 1805, la République italienne devient le royaume d'Italie, dont Napoléon ceint la couronne et que dirige Eugène de Beauharnais comme vice-roi. Après Austerlitz (1805), le royaume est agrandi avec l'annexion de la Vénétie. Les Provinces Illyriennes passent sous la dépendance directe de l'Empereur, et Gênes est annexée à la France. Le royaume de Naples, après une facile occupation, est attribué à Joseph Bonaparte (1806), puis à Murat (1808). Le pape Pie VII, qui a pu se réinstaller à Rome après Marengo, signe, en juillet 1801, un concordat avec Napoléon, mettant un terme aux luttes religieuses de la péninsule. Mais son refus d'appliquer le Blocus continental, commencé en 1807, amène Napoléon à annexer Rome. Pie VII est exilé à Savone (1809). Élisa Bonaparte se voit, en 1809, attribuer l'Étrurie, qui redevient le grand-duché de Toscane.
Napoléon peut poursuivre désormais sans entraves sa politique d'unification et de réformes : abolition du régime féodal et du servage, vente des biens de l'Église et introduction d'un Code civil. L'Italie du Nord et du Centre est divisée en départements. Seules échappent au contrôle français la Sardaigne et la Sicile. La mise en valeur économique de la péninsule est également stimulée. Mais le Blocus continental a amené la fermeture du continent au commerce anglais, principal fournisseur de l'Italie d'avant 1796.
En 1814, la chute de Napoléon entraîne l'effondrement du régime français en Italie. Eugène de Beauharnais doit se retirer et Murat, qui s'était joint aux Alliés, en 1813, doit abdiquer après Waterloo. À la suite d'une tentative de débarquement dans son ancien royaume, Murat est fusillé et le royaume de Naples est rendu à Ferdinand de Bourbon.
Pour en savoir plus, voir l'article Napoléon Ier.
Le congrès de Vienne consacre la restructuration des anciennes monarchies, effectuée dès 1814, au profit en fait de l'Autriche, pour qui, selon Metternich, « l'Italie n'est qu'une simple expression géographique ». L'Autriche gouverne directement le Royaume lombard-vénitien et, par l'intermédiaire de la dynastie, la Toscane, Modène et Parme. Trois États sont indépendants, mais la présence de Vienne se fait sentir : royaume des Deux-Siciles reconstitué en 1816, États du Saint-Siège et royaume de Piémont-Sardaigne. Le Trentin, l'Istrie, Trieste et la Vénétie Julienne sont annexés par l'Autriche.
Cependant, malgré la présence de l'armée et de la police autrichiennes dans de nombreux États, une opposition libérale composée de bourgeois et d'anciens officiers, souvent affiliés à la franc-maçonnerie ou au carbonarisme, se constitue en développant un idéal romantique (→ Risorgimento). Sans organisation précise, elle provoque des conspirations ou des séditions militaires vite réprimées. Malgré le conservatisme étroit de Victor-Emmanuel Ier, le Piémont devient très rapidement le foyer du libéralisme italien.
En 1820, à l'instigation des carbonari, une révolution libérale éclate à Naples, où le roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles a supprimé la Constitution de 1812. En Sicile, des soulèvements populaires se produisent. Metternich réunit à Laibach (aujourd'hui Ljubljana), en janvier 1821, un congrès qui décide d'envoyer à Naples une armée autrichienne.
Vainqueurs faciles des libéraux, les Autrichiens rentrent à Naples le 21 mars. Le 10 mars, une insurrection analogue se déroule au Piémont, d'abord dans la garnison d'Alexandrie, puis à Turin. Victor-Emmanuel Ier abdique en faveur de son frère Charles-Félix et confie la régence à Charles-Albert, qui fait appel aux Autrichiens. Le 8 avril, les insurgés sont écrasés.
La répression s'abat alors sur toute l'Italie, principalement à Modène et en Lombardie ; des milliers de libéraux sont obligés de s'exiler, tandis que l'armée, l'administration et le clergé sont épurés. À Naples, la situation économique devient difficile, en raison de la présence des Autrichiens, qui se prolonge jusqu'en 1827.
La révolution de juillet 1830 en France et la mort de Pie VIII provoquent par contrecoup l'insurrection de la Romagne, des Marches, d'une partie de l'Ombrie ; il en est de même à Modène et à Parme, que doivent fuir leurs souverains le duc François IV et la duchesse Marie-Louise. Le 26 février 1831, des représentants des provinces de l'État pontifical qui se sont insurgées constituent ces provinces en fédération. Mais le mouvement est vite réprimé, les Autrichiens font rentrer le 9 mars le duc de Modène et le 13 prennent Parme. En Romagne, le gouvernement provisoire constitué doit capituler après l'entrée des troupes autrichiennes.
L'échec de la révolution de 1831 sanctionne la faillite du carbonarisme, qui ne fait plus que survivre en Romagne et dans les Marches. Elle est remplacée par une société secrète, Jeune-Italie, créée par Giuseppe Mazzini, qui lui donne un programme et un but précis : l'unité italienne. Mazzini compte sur Charles-Albert pour faire triompher son idéal d'indépendance. Mais aucun acte du nouveau souverain ne répond à cette attente. En 1833, après la découverte des activités révolutionnaires par l'armée et douze exécutions à mort, Mazzini et ses partisans organisent une insurrection en Savoie, qui échoue en février 1834.
À la tendance révolutionnaire de la Jeune-Italie succède une doctrine plus réformiste, le néoguelfisme, développée par Vincenzo Gioberti en 1843. Elle préconise la création d'une fédération italienne sous la direction du souverain pontife. En 1846, un nouveau pape, Pie IX, de renommée libérale, succède au conservateur Grégoire XVI. Il entreprend des réformes qui le rendent très populaire. Au Piémont, Charles-Albert évolue vers le libéralisme. De nombreux patriotes se rallient à la solution proposée par Massimo d'Azeglio d'un regroupement autour du Piémont.
La crise économique de 1846-1847 provoque une agitation populaire et libérale. Durement réprimée par Ferdinand II à Naples, elle incite le grand-duc Léopold de Toscane à faire des concessions, et Charles-Albert à ébaucher une union douanière entre Turin, Florence et Rome. Dès janvier 1848, une sanglante émeute anti-autrichienne éclate à Milan. En Sicile, Palerme se soulève contre Ferdinand, qui doit accorder une Constitution le 10 février, après des manifestations à Naples. Dans ce climat, la révolution parisienne de février et celle de Vienne en mars déclenchent en Italie une véritable révolution nationale.
En mars, les insurrections de Milan et de Venise obligent les troupes autrichiennes à se retirer dans les quatre places fortes, le « quadrilatère » (Mantoue, Peschiera, Legnago et Vérone). À Venise, un gouvernement provisoire est constitué sous la présidence de Daniele Manin, ainsi qu'à Parme, Modène, Reggio et Plaisance. Au Piémont, le roi, après de longs atermoiements et sous la pression des libéraux, accorde un statut constitutionnel calqué sur la charte française de 1830, tandis qu'à Rome Pie IX introduit des laïques dans son ministère. Le 24 mars, Charles-Albert, répondant à l'appel des Lombards, annonce la guerre de libération par les Italiens (« Italia farà da se »). L'armée piémontaise, renforcée de volontaires d'autres États, pénètre en Lombardie. Mais Charles-Albert se trouve rapidement isolé en l'absence de l'aide escomptée de la France, des hésitations du pape, puis du retrait d'une partie des troupes napolitaines. Le général autrichien Radetzky peut reprendre l'offensive et écrase, le 29 mai, les volontaires toscans, puis Charles-Albert à Custoza (23-25 juillet). Milan doit capituler (5 août) et, le 9 août, est signé un armistice qui engage le Piémont à abandonner les duchés et Venise.
La révolution italienne se prolonge, mais dans une situation confuse. À Rome, le pape appelle au ministère un libéral, Pellegrino Rossi, qui est assassiné le 15 novembre 1848. Le pape se réfugie alors en territoire napolitain, d'où il publie un décret annulant tous les actes accomplis à Rome depuis le 16 novembre. Le 9 février 1849, une assemblée proclame la république romaine sous la direction d'Armellini, Saffi et Mazzini et prononce la déchéance du pape. En Toscane, le grand-duc doit s'enfuir. Au Piémont, Charles-Albert appelle comme ministre Urbano Ratazzi, favorable à la reprise des hostilités contre l'Autriche. En mars 1849, Charles-Albert entre en campagne, mais son armée est écrasée le 23 mars à Novare. Il abdique alors en faveur de son fils, Victor-Emmanuel II.
La plupart des villes lombardes déposent les armes, et, dans toute la péninsule, l'ordre ancien est rétabli. Le grand-duc de Toscane rentre dans ses États, précédé par les troupes autrichiennes. Dans le royaume des Deux-Siciles, Ferdinand réoccupe la Sicile. Le 22 août, Venise doit capituler ; à Rome, l'armée française d'Oudinot occupe la ville en juillet, et le gouvernement pontifical est rétabli.
Pour en savoir plus, voir l'article révolutions européennes de 1848.
La réaction triomphe partout, mais le Piémont-Sardaigne s'affirme comme le seul État capable de cristalliser les aspirations des Italiens. Victor-Emmanuel II appelle pour présider son premier gouvernement Massimo d'Azeglio et s'engage à rester fidèle à la monarchie constitutionnelle. L'arrivée de Cavour comme président du Conseil, en novembre 1852, prouve que le Piémont s'engage dans une voie nouvelle, qui rallie les milieux d'affaires italiens. La participation du Piémont à la guerre de Crimée permet à Cavour de poser lors du congrès de Paris (1856) la question de l'Italie devant l'Europe. L'Autriche reste l'obstacle essentiel à l'unité et, pour la battre, le Piémont a besoin d'une aide étrangère. Après l'entrevue de Plombières (1858), Napoléon III s'engage à intervenir en faveur de l'unité italienne ; en échange, le Piémont lui cédera Nice et la Savoie.
La campagne d'Italie de 1859 tourne court, et l'empereur signe le 12 juillet, à l'insu de Cavour, les préliminaires de Villafranca di Verona avec François-Joseph, qui ne cède au Piémont que la Lombardie (→ guerre d'Italie). Cavour, déçu, démissionne et encourage les mouvements révolutionnaires en Italie centrale, où se forment des gouvernements provisoires. La Toscane, Modène et Parme votent leur annexion au Piémont après avoir renversé leurs souverains. En janvier 1860, Cavour revient au pouvoir et obtient l'autorisation de la France de procéder aux annexions d'Italie centrale. Au traité de Turin (mars 1860), la France reçoit Nice et la Savoie.
L'expédition des Mille, organisée par Giuseppe Garibaldi avec l'aide occulte de Cavour, permet aux volontaires sardes (les Chemises rouges) d'occuper la Sicile (mai-juillet 1860), puis de rentrer à Naples le 7 septembre, d'où le roi François II s'enfuit. Le 26 octobre, dans les environs de Teano (Campanie), Garibaldi rencontre Victor-Emmanuel auquel il fait allégeance : avec ses troupes, Victor-Emmanuel est allé à ses devants pour l'empêcher de poursuivre son expédition vers Rome. Des plébiscites sanctionnent le rattachement des Deux-Siciles, des Marches et de l'Ombrie au royaume de Piémont-Sardaigne. Après la reddition de Gaète, dernier refuge de François II, le premier Parlement italien se réunit à Turin et confère à Victor-Emmanuel et à ses successeurs le titre de roi d'Italie (17 mars 1861). Il reste à compléter l'unité par l'acquisition de Venise et de Rome, où le pape, sous la protection des troupes françaises, demeure maître.
À la mort de Cavour, le 6 juin 1861, ses successeurs de la droite historique (Ricasoli, Minghetti, La Marmora, Farini, Lanza, Sella) poursuivent sa politique et opèrent la centralisation du royaume au profit du Piémont. Le droit de vote n'est alors accordé qu'à 900 000 électeurs sur une population de 22 millions d'habitants. Pour parvenir à équilibrer leurs budgets, les gouvernements instaurent une lourde fiscalité. L'Italie, dans de nombreux secteurs économiques, reste largement tributaire de l'étranger, et l'opposition traditionnelle entre le Nord et le Sud s'accroît.
La participation des Italiens à la guerre contre l'Autriche leur permet d'annexer la Vénétie après que les Prussiens ont défait les Autrichiens à Sadowa (1866).
Pour en savoir plus, voir l'article guerre austro-prussienne.
À la suite du départ des Français, lors de la chute du second Empire, le général Cadorna prend Rome (20 septembre 1870). Un plébiscite ratifie cette nouvelle annexion, mais la papauté refuse la loi des Garanties. Cependant, Rome est proclamée capitale du royaume. Seules les provinces irredente (non délivrées ou non rachetées), Trente et Trieste, restent encore sous domination autrichienne.
La droite au pouvoir depuis 1870 se rend impopulaire, notamment par sa lutte anticléricale et sa politique fiscale. Elle est battue aux élections de 1876, et la gauche, où dominent mazziniens et garibaldiens, arrive au pouvoir. En 1878, Victor-Emmanuel II et le pape Pie IX meurent et sont remplacés par Humbert Ier et Léon XIII. Agostino Depretis, chef du gouvernement presque sans interruption de 1876 à 1887, pratique une politique de « transformisme », consistant à transformer les partis en créant des majorités en provenance de tout bord. D'importantes réformes sont cependant réalisées : l'instruction primaire est rendue obligatoire (1879) et le cens électoral est abaissé, portant le nombre d'électeurs à plus de deux millions. À l'extérieur, la gauche abandonne l'alliance traditionnelle avec la France et, après l'établissement du protectorat français sur la Tunisie (1881), Humbert Ier conclut la Triplice avec l'Autriche et l'Allemagne (mai 1882). Puis, en 1886, l'Italie dénonce le traité de commerce avec la France. Dès 1882, l'Italie oriente son expansion vers l'Afrique orientale, mais la tentative de pénétration en Éthiopie échoue en 1887. Cette politique est reprise par Francesco Crispi, qui gouverne de 1887 à 1891, puis de 1893 à 1896.
Pour en savoir plus, voir l'article Empire colonial italien.
La guerre douanière avec la France aggrave la misère paysanne dans le Sud et provoque des révoltes en Sicile (1893-1894) et des émeutes à Milan (1898), entraînant une dure répression contre les anarchistes et les socialistes qui créent leur parti en 1895, l'action des catholiques étant, quant à elle, encore très limitée par l'interdiction de participer à la vie politique ordonnée par le Vatican (Non expedit, 1868). Le 29 juillet 1900, Humbert Ier est assassiné par un anarchiste.
L'Italie, après l'avènement de Victor-Emmanuel III, retrouve son équilibre sous l'autorité pratiquement incontestée de Giovanni Giolitti pendant 14 ans. Au cours de cette période, l'économie italienne, en dépit de crises périodiques (1902, 1907), connaît une phase de prospérité. L'industrie se concentre avec le développement de nouveaux secteurs (sidérurgie, mécanique, textile, chimie) et l'électrification partielle du pays. L'agriculture se modernise avec l'introduction de la culture intensive et de productions plus spécialisées. Giolitti parvient à redresser la situation financière du royaume en rétablissant la confiance dans la lire et à dégager des excédents budgétaires. Cependant, la fermeté de la lire entraîne une forte hausse des prix à la consommation, et une agitation ouvrière se développe jusqu'à l'échec de la grève générale de 1904. Le gouvernement se lance également dans une politique de réformes en développant la législation sociale, en adoptant un statut pour les fonctionnaires (1908) et surtout en introduisant le suffrage quasi universel masculin : le droit de vote est octroyé à tous les citoyens à partir de 21 ans sachant lire et écrire ainsi qu'aux analphabètes à partir de 30 ans ou ayant accompli leur service militaire (1912). Favorisée par l'apparition d'un courant nationaliste, l'expansion coloniale est reprise. Giolitti se rapproche de la France, se détachant ainsi peu à peu de la Triplice, pourtant renouvelée en 1902. Ayant reconnu les droits de la France sur le Maroc, Giolitti engage, en 1911, la guerre avec la Turquie, ce qui lui permet d'annexer la Tripolitaine et la Cyrénaïque et d'occuper le Dodécanèse. Le 29 mars 1914, Giolitti se retire, et le libéral Antonio Salandra, qui lui succède, doit faire face à une grave crise intérieure (grève des chemins de fer et agitation en Romagne) et internationale.
Pour en savoir plus, voir l'article guerre italo-turque.
Dès le 27 juillet 1914, l'Italie se déclare neutre, mais les débats entre partisans de l'intervention contre les Empires centraux et les neutralistes sont de plus en plus vifs. Le 26 avril 1915, un traité secret est conclu avec la Triple-Entente, et le 23 mai, l'Italie déclare la guerre à l'Autriche, puis le 27 août 1916 à l'Allemagne, avec l'espoir d'obtenir le Trentin, Trieste et des avantages territoriaux sur l'Adriatique et outre-mer. Mal préparée, l'Italie mène une guerre essentiellement anti-autrichienne sans véritable liaison avec ses alliés. En juin 1915, un ministère d'union nationale avec la participation des socialistes est constitué (Boselli, 1916-1917, puis Orlando, 1917-1918). La guerre dans les Alpes s'enterre rapidement et, le 24 octobre 1917, les lignes italiennes sont enfoncées à Caporetto par les Austro-Allemands. Le nouveau généralissime italien, Armando Diaz, renforce le front avec l'aide des alliés et parvient à déclencher une offensive qui aboutit, le 4 novembre 1918, à l'armistice italo-autrichien. (→ front d'Italie)
À la conférence de la paix (1919), Orlando se heurte à Wilson, qui, au nom du principe des nationalités, défend les revendications des Slaves du Sud. Au traité de Saint-Germain-en-Laye (10 septembre 1919), l'Italie reçoit le Trentin, le Haut-Adige jusqu'au col du Brenner et, au traité de Rapallo avec la Yougoslavie, Trieste, l'Istrie, la ville dalmate de Zara (aujourd'hui Zadar) et jusqu'au Monte Nevoso, contreforts alpestres peuplés de Slaves. Cependant, malgré le coup de force de D'Annunzio et de ses arditi (12 septembre 1919), Fiume (aujourd'hui Rijeka) est érigée en ville libre, et Rome doit en expulser ses occupants (fin décembre 1920). De plus, la côte dalmate, jadis vénitienne, et les possessions allemandes ou turques d'outre-mer échappent à l'Italie. Les Italiens déçus expriment leur rancœur à l'égard des Alliés, les nationalistes dénoncent alors la « victoire mutilée ». La guerre, qui s'achève par une grave crise socio-économique, a coûté à l'Italie quelque 500 000 tués et un million de blessés.
Pour en savoir plus, voir l'article Première Guerre mondiale.
Face aux grèves qui se multiplient, les anciens partis politiques italiens sont rapidement dépassés. Le 23 mars 1919, Benito Mussolini fonde à Milan les Faisceaux italiens de combat, et aux élections de novembre 1919, le parti socialiste italien – dont certains membres se sont affiliés à l'Internationale communiste – obtient 156 sièges. Mais de son côté, le parti populaire (démocrate-chrétien), fondé par don Luigi Sturzo, est représenté par 99 députés, cette bipolarisation rendant le pays ingouvernable.
En 1921, au congrès de Livourne, Antonio Gramsci et Palmiro Togliatti fondent le parti communiste italien (PCI). L'opposition des socialistes, d'une part, et de la droite nationaliste et conservatrice, de l'autre, ne permet pas aux ministères modérés qui se succèdent de faire face à la crise : Nitti (1919-1920), Giolitti (1920-1921), Bonomi (1921-février 1922), Facta (février-octobre 1922).
Devant les occupations d'usines et la progression des communistes, les grands propriétaires et les industriels accordent des aides financières au mouvement fasciste qui reçoit par ailleurs le soutien des classes moyennes en formation, menacées également par la mobilisation ouvrière dans les campagnes et dans les villes. Aux élections de 1921, 25 fascistes, dont Mussolini, sont élus au Parlement, et, lors de la grève générale de 1922, les fascistes lancent une série d'actions violentes qui brisent le mouvement. En octobre 1922, Mussolini peut organiser la « marche sur Rome » sans être inquiété par une éventuelle répression militaire, et est chargé par Victor-Emmanuel III de former un gouvernement.
Mussolini instaure une dictature qui durera de 1925 à 1943. Aux élections de 1929, la Chambre ne compte plus que des députés favorables au nouveau régime. De nombreux opposants émigrent à l'étranger. Le fascisme parvient à régler la question romaine par les accords du Latran (1929) et mène une politique de prestige (annexion de Fiume). De 1922 à 1926, Mussolini rassure les puissances européennes en reconnaissant l'URSS et en participant à la Société des nations (SDN). La montée des ambitions nazies amène l'Italie à se rapprocher des démocraties (7 juin 1933, signature du Pacte à Quatre), et, après l'assassinat du chancelier autrichien Engelbert Dollfuss (1934), l'armée italienne est même mobilisée. Mais Mussolini finit par s'incliner devant la politique d'Anschluss (rattachement de l'Autriche à Allemagne effective en 1938) et s'engage dans la guerre d'Éthiopie en octobre 1935, une intervention condamnée par la SDN, que l'Italie décide de quitter. En décembre 1937, après s'être alliée avec Adolf Hitler (axe Rome-Berlin, 1er novembre 1936), Rome apporte son soutien militaire à Francisco Franco en Espagne et adhère au pacte Antikomintern (6 novembre 1937).
L'Italie occupe l'Albanie le 7 avril 1939 et, devant la réaction des démocraties, elle signe avec l'Allemagne le pacte d'Acier (ou traité de Berlin).
Pour en savoir plus, voir l'article fascisme.
L'Italie n'entre en guerre cependant contre la France que le 10 juin 1940. L'opération italienne contre la Grèce échoue en 1940. En Russie, après la bataille de Stalingrad, les contingents italiens effectuent une retraite vers la Roumanie. En juillet 1943, l'armée italienne est incapable de résister au débarquement anglo-américain en Sicile.
Mis en minorité au Grand Conseil fasciste (24-25 juillet 1943), Mussolini est arrêté sur ordre du roi, et un gouvernement dirigé par le maréchal Pietro Badoglio signe un armistice avec les Alliés. Mais les Allemands résistent et le roi doit quitter Rome avec ses ministres. Mussolini, libéré par les Allemands (12 septembre 1943), proclame à Salò (lac de Garde) la République sociale italienne, satellite de l'Allemagne qui se livre à une sanglante répression contre la Résistance. La progression des Alliés vers le nord est difficile : Naples tombe le 1er octobre 1943 et Rome le 4 juin 1944 seulement. Le 5 juin, le roi confie la lieutenance générale du royaume à son fils Humbert II, et le Comité de libération nationale, présidé par le socialiste Ivanoe Bonomi, forme alors un ministère (18 juin-10 décembre 1944) avec les chefs des six partis (libéral, démocrate-chrétien, Démocratie du travail, d'Action, socialiste et communiste).
La ligne gothique, qui coupe en deux le pays, est enfoncée en avril 1945, tandis que les partisans imposent aux Allemands une capitulation signée le 29 avril. La veille, Mussolini a été exécuté.
Pour en savoir plus, voir l'article Seconde Guerre mondiale.
Les forces politiques en présence en Italie au lendemain de la guerre ont en commun leur opposition au fascisme, mais divergent sur la mise en œuvre du système politique.
Le parti d'Action, composé d'intellectuels, est orienté vers un socialisme libéral et est hostile à la monarchie. Tandis que les libéraux sont le seul groupe dirigeant dont l'influence populaire est restreinte, les communistes, eux, apparaissent comme la force politique la mieux organisée. Les socialistes penchent à cette époque pour la formation d'un parti unique des travailleurs. Enfin, sous la direction d'Alcide De Gasperi, la Démocratie chrétienne (DC) rassemble le noyau des anciens dirigeants « populaires » et les représentants de la nouvelle génération issue de l'Action catholique. La Démocratie chrétienne s'affirme dès les lendemains de la guerre comme la principale force de gouvernement en Italie. De Gasperi, qui sera président du Conseil jusqu'en 1953, forme, en décembre 1945, un gouvernement qui comprend les six partis issus de la Résistance. Les élections constituantes de juin 1946 (au suffrage universel étendu aux femmes) confirment la prédominance de DC, du parti communiste italien (PCI) et du parti socialiste italien (PSI). Le 2 juin, les Italiens se prononcent par référendum pour la république. Enrico De Nicola est alors nommé président de la République. Luigi Einaudi lui succédera en mai 1948, après l'élection de la première législature républicaine. Dans le deuxième gouvernement De Gasperi, formé en juillet 1946, entrent les républicains à côté des trois grands partis.
Mais le mécontentement des classes moyennes s'exprime aux élections communales de l'automne par la progression de l'Uomo Qualunque (Homme de la rue), alors que la Démocratie chrétienne perd des voix à Rome et à Naples. Dans ces deux villes, communistes et socialistes présentent des listes uniques, mais un certain nombre de socialistes, sous la conduite de Giuseppe Saragat, craignant d'être subordonnés aux communistes, fondent, en 1947, le parti socialiste des Travailleurs italiens (PSLI), qui deviendra le parti social-démocrate italien (PSDI). Après cette scission, De Gasperi constitue un nouveau gouvernement qui ne fait appel qu'à des représentants des trois grandes formations. Ce gouvernement tombera en mai 1947 à la suite de l'opposition des communistes à l'aide américaine obtenue par De Gasperi. En mai 1947, les communistes et les socialistes quittent le gouvernement, qui s'élargit en décembre aux sociaux-démocrates et aux républicains, marquant ainsi les débuts d'une alliance systématique qui sera à la base du nouvel État.
La Constitution, qui entre en vigueur le 1er janvier 1948, est largement inspirée par la Démocratie chrétienne, qui y introduit sa conception de l'autonomie locale et de la décentralisation des pouvoirs.
Durement touchée par la guerre, l'Italie doit se tourner vers l'étranger pour se lancer dans une politique de reconstruction. Après la première aide fournie par le gouvernement militaire allié, De Gasperi se consacre au relèvement économique de l'Italie avec l'aide des crédits américains fournis par le plan Marshall. Parallèlement, l'Italie doit accepter en février 1947 un traité de paix aux conditions particulièrement dures : cession à la Grèce du Dodécanèse et à la Yougoslavie de Zara, de l'île de Pelagosa et de l'Istrie, sauf Trieste, confiée à l'ONU. Le Haut-Adige devient région autonome, et les frontières franco-italiennes sont rectifiées (cession de La Brigue et de Tende). L'Italie abandonne tous ses territoires d'outre-mer (Éthiopie, Érythrée, Somalie, Libye). Enfin, sur le plan militaire, l'armée est limitée à 250 000 hommes.
La Démocratie chrétienne obtient la majorité absolue aux élections législatives du 18 avril 1948 et De Gasperi peut pratiquer une politique de collaboration avec les sociaux-démocrates, les républicains et les libéraux en dépit de l'opposition du nouveau parti néofasciste, le Mouvement social italien (MSI), des communistes et des socialistes. Mais, dès 1950, les libéraux se retirent du gouvernement en raison de leur hostilité à la réforme agraire, et, en 1951, les sociaux-démocrates ne participent pas à la formation du septième gouvernement De Gasperi. Une vaste réforme agraire est lancée pour résoudre la crise structurelle du Mezzogiorno.
D'autre part, l'Italie tente de sortir de son isolement diplomatique : elle adhère dès 1949 au pacte de l'Atlantique et liquide ses litiges avec l'Autriche en octroyant la nationalité autrichienne aux habitants du Haut-Adige, et avec la Yougoslavie (accords de 1951, récupération de Trieste en 1954). En avril 1951, la naissance de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) impose à l'Italie une restructuration de sa sidérurgie. Au cours de cette période, la production industrielle progresse avec une moyenne annuelle de 10 %.
À l'intérieur, si la politique de la première législature est à l'origine du boom économique, les résultats sont bien moins importants dans la constitution du nouvel État italien : la Cour constitutionnelle et le Conseil national de l'Économie et du Travail ne sont créés qu'en 1956 ; les divers codes, avec leurs dispositions fascistes, survivent encore tandis que la loi Scelba de 1953 sur l'organisation régionale apparaît largement insuffisante.
En juillet 1948, la grève générale marque la rupture syndicale et porte à trois le nombre de centrales ouvrières : la Confederazione generale italiana del Lavoro (CGIL), [communiste], la Confederazione italiana sindacati lavoratori (CISL) [syndicalisme chrétien] et l'Unione italiana del Lavoro (UIL)[radicaux et républicains]. Dans la Démocratie chrétienne, l'apparition d'une droite interne provoque des pertes électorales graves, notamment en faveur des néofascistes (MSI) et de la droite monarchiste, aux élections municipales de 1951 et de 1952. En outre, la coalition gouvernementale apparaît de plus en plus fragile. La loi électorale majoritaire qui remplace la proportionnelle pure n'atteint pas son but de renforcer la coalition gouvernementale centriste. Et, aux élections générales de juin 1953, il manque 57 000 voix à la coalition pour atteindre la majorité absolue.
Les élections de juin 1953 marquent la fin de l'ère De Gasperi. Ce dernier forme un huitième gouvernement homogène démocrate-chrétien ; mais le cabinet tombe dès le 28 juillet. Se succèdent alors des formations diversement orientées : gouvernement démocrate-chrétien présidé par Giuseppe Pella (août 1953), puis par Amintore Fanfani (janvier 1954), retour au centrisme et au quadripartisme avec les gouvernements Mario Scelba (février 1954) et Antonio Segni (juillet 1955). Après le retrait de Giuseppe Saragat et la chute de ce dernier gouvernement, Adone Zoli forme un gouvernement homogène démocrate-chrétien, mais obtient une majorité grâce aux voix des néofascistes. Zoli se maintient cependant jusqu'aux élections générales de 1958.
En juillet 1954, De Gasperi (qui meurt le mois suivant) laisse son poste de secrétaire de la DC à Fanfani tandis qu'une nouvelle classe dirigeante accède à la tête du parti après le congrès de Naples (juin 1954). De leur côté, les socialistes de Pietro Nenni, au congrès de Turin (1955), préconisent le « dialogue avec les catholiques ». L'élection en avril 1955 d'un président démocrate-chrétien, Giovanni Gronchi, partisan de l'ouverture à gauche, illustre une première évolution de la Démocratie chrétienne.
Dans le sillage de la déstalinisation (rapport Khrouchtchev, 1956), les communistes italiens soulignent leur originalité en définissant une voie italienne au socialisme. Cependant, l'intervention soviétique en Hongrie (novembre 1956) provoque des remous à l'intérieur du PCI, qui perd 300 000 adhérents, et entraîne la rupture avec les socialistes.
Aux élections de 1958, le parti démocrate-chrétien renforce ses positions en remportant 273 sièges sur 596, et le PCI, avec 140 sièges, en perd 3. Avec 24 sièges à la Chambre et 9 au Sénat, le MSI constitue une force politique importante.
Amintore Fanfani, leader de la Démocratie chrétienne, forme alors avec le PSDI un ministère baptisé pour la première fois de « centre gauche », même si Saragat, qui accepte 4 portefeuilles pour les membres de son parti social-démocrate, refuse de rentrer dans le gouvernement. Mais l'année suivante, tandis que le PSI se détache toujours plus du PCI à l'occasion de son congrès de Naples, Fanfani doit affronter des oppositions à l'intérieur de son gouvernement mais aussi de son parti dont il démissionne du poste de secrétaire général en même temps que de celui de président du Conseil. Le courant majoritaire au sein de la DC – « Initiative démocratique » – se scinde en deux avec la dissidence des « dorotei » (« Dorothéens », du nom du couvent des sœurs de Sainte-Dorothée dans lequel les chefs de ce courant s'étaient réunis) menée notamment par Segni – qui a formé un gouvernement DC soutenu par le parti libéral – Mariano Rumor et Aldo Moro. En octobre 1959, alors que la question de l'alliance à gauche est au cœur du congrès de la DC à Florence, ce courant l'emporte sur les partisans de Fanfani qui est remplacé à la tête du parti par A. Moro. Cette mouvance modérée reste hétéroclite mais devient dès lors le nouveau ciment du parti pendant une dizaine d'années.
Sur le plan social, le gouvernement Segni doit affronter une certaine agitation syndicale et, en outre, une mobilisation de la population de souche germanique dans le Haut-Adige. En 1960, le président de la République se rend à Moscou, où il rencontre Nikita Khrouchtchev, et, dès son retour, le parti libéral retire son soutien au gouvernement, provoquant la chute de Segni. Après le gouvernement Tambroni (qui ne dure que 4 mois) Fanfani redevient président du Conseil et obtient à la Chambre une large majorité (juillet).
Fanfani et Moro, qui s'étaient affrontés lors du précédent congrès de la DC, s'entendent finalement sur la nécessité d'un rapprochement avec la gauche non communiste alors qu'en janvier 1962, la majorité de la direction du PSI décide de suivre Nenni, favorable à cette alliance avec la DC. De son côté, cette dernière officialise l'ouverture à gauche lors de son 8e congrès à Naples. Le nouveau gouvernement Fanfani, formé en février 1962, comprend des démocrates-chrétiens, des sociaux-démocrates et des républicains, et obtient la confiance du Parlement. En mai, Segni est élu de justesse président de la République devant Saragat. S'ils se sont abstenus lors du vote d'investiture, les socialistes appuient la politique réformiste de Fanfani qui se lance dans une politique d'expansion économique et de promotion sociale dans le cadre du « plan Vanoni ». En juin 1962, l'ensemble des compagnies de distribution de l'électricité est nationalisé pour former l'Ente Nazionale de Elettricità (ENI). Mais la situation sociale se dégrade. La hausse des loyers, des tarifs de chemin de fer et des impôts au début de 1963 déclenche des grèves massives.
Les élections d'avril 1963 sont marquées par une forte progression du PCI, qui gagne 26 sièges, ainsi que du parti de Saragat (33 sièges au lieu de 22). La DC perd 13 sièges, tandis que le parti libéral progresse (39 sièges au lieu de 17), profitant de la peur d'une partie de l'électorat démocrate-chrétien devant l'« ouverture à gauche ». Après l'échec de A. Moro pour former un gouvernement de centre gauche, Giovanni Leone préside un gouvernement homogène démocrate-chrétien (19 juin-5 novembre 1963). Ce n'est que le 5 décembre que A. Moro peut présenter un gouvernement de centre gauche, après le 35e congrès du PSI en octobre, qui s'est déclaré en faveur de l'entente avec la DC. Nenni devient vice-président du Conseil et Saragat ministre des Affaires étrangères. L'une des conséquences de la participation des socialistes (PSI) est la formation du parti socialiste italien d'unité prolétarienne (PSIUP), issu de l'aile gauche du parti.
Une série de mesures d'austérité est décidée pour faire face à la crise économique et financière (février 1964). Puis, le 26 juin, A. Moro démissionne à la suite de la publication d'un texte selon lequel le président du Conseil serait en désaccord avec les socialistes sur les réformes économiques. Le deuxième cabinet Moro doit adopter un plan de stabilisation. En outre, la coalition souffre de l'opposition sourde de l'aile gauche des socialistes. Après la démission de Segni, souffrant, Saragat est élu, avec difficulté, président de la République, le 28 décembre 1964. Luigi Longo devient secrétaire général du PCI après le décès de Palmiro Togliatti (23 août). Chez les démocrates-chrétiens, Mariano Rumor est élu secrétaire général. A. Moro, parvenu à surmonter une grave crise gouvernementale provoquée par la démission de Fanfani en décembre 1965 du ministère des Affaires étrangères, forme, en février 1966, son troisième gouvernement de centre gauche. Le 30 octobre 1966, la réunification du PSI et du parti social-démocrate italien donne naissance au parti socialiste unifié. Nenni est élu président de tous les socialistes. Certains membres de l'ancien parti socialiste démocratique refusent cependant d'entériner une telle décision et fondent l'Union socialiste démocratique.
La stabilité gouvernementale est remise en question par les élections générales de mai 1968 : le parti socialiste unifié n'obtient que 91 sièges, l'ensemble de la droite recule, tandis que l'extrême gauche connaît un succès notable. Le refus des socialistes de participer à une coalition gouvernementale entraîne la chute du ministère Moro en juin.
Givanni Leone forme un gouvernement homogène le 24 juin 1968, tandis qu'une agitation sociale et universitaire gagne l'Italie. Au congrès socialiste d'octobre, Nenni est violemment critiqué par la gauche de son parti. Le 14 novembre, une grève touche 12 millions de travailleurs et oblige le gouvernement Leone à démissionner. Cependant, alors qu'une grève générale vient de paralyser Rome en décembre, un accord de coalition de centre gauche entre la DC, les socialistes et les républicains permet à Rumor de former un gouvernement comprenant des représentants des trois partis. Mais l'agitation sociale persiste. Au début de juillet 1969, le PSI se scinde de nouveau malgré les efforts de Nenni, ouvrant ainsi une nouvelle crise gouvernementale. Le 11 août, Rumor forme un cabinet homogène qui tient compte de tous les courants de la seule DC. Le mouvement étudiant et ouvrier qui s'est intensifié, culmine à l'automne 1969 (« l'automne chaud »), tandis que l'attentat de Piazza Fontana à Milan (12 décembre) signe le début d'un terrorisme d'extrême droite.
La DC ne pouvant durablement diriger seule, Rumor parvient, après de longues négociations, à faire investir en avril 1970 un gouvernement comprenant 17 démocrates chrétiens, 6 socialistes, 3 socialistes unitaires et 1 républicain. Après une nouvelle crise ministérielle (6 juillet-6 août 1970), Emilio Colombo forme un nouveau ministère de centre gauche. Au terme d'un long débat, la loi qui introduit le divorce dans la législation italienne est adoptée par le Parlement. Aussitôt, de nombreuses organisations catholiques signent une demande de référendum pour l'abrogation de cette loi. La crise politique latente favorise les néofascistes, qui gagnent des voix aux élections partielles de juin 1971.
En décembre 1971, Leone est élu président de la République, mais derechef des difficultés apparaissent pour former un nouveau gouvernement. Le Parlement doit être dissous en février 1972 pour procéder à de nouvelles élections générales. Un nouveau gouvernement de coalition Andreotti est formé (juin 1972-juin 1973), auquel succède un gouvernement de centre gauche Rumor (juin 1973-mars 1974). Ce dernier, réformé en mars, doit affronter une série de scandales qui éclatent dans les milieux officiels.
En novembre, A. Moro forme un ministère à majorité démocrate-chrétienne ; mais, après le retrait du soutien du PSI, il est obligé de provoquer des élections anticipées en juin 1976. Celles-ci marquent une poussée sans précédent du PCI. Andreotti forme, en juillet, un ministère démocrate-chrétien minoritaire qui obtient l'investiture grâce à l'abstention des communistes.
Devant la recrudescence des violences, Andreotti parvient à réunir les représentants des 6 grands partis, des libéraux aux communistes. Cette réunion aboutit à un accord de compromis sur les grandes questions intérieures (4 juillet 1977), marquant la participation, pour la première fois depuis 30 ans, du PCI à l'élaboration d'un programme gouvernemental (politique dite de « solidarité nationale »). Le 22 juillet, les décrets d'application de la loi régionale sont adoptés. Un plan de stabilisation économique et une loi de reconversion industrielle sont mis au point.
Cependant, la violence politique, apparue au lendemain des grandes grèves de 1969, se poursuit ; des groupes armés révolutionnaires (Brigades rouges, Noyaux armés prolétariens) et les autonomes relaient le terrorisme fasciste, dont la vague s'est achevée en 1973. Le 16 mars 1978, le président de DC, A. Moro, est enlevé, puis assassiné le 19 mai, alors que les communistes rentrent dans la majorité gouvernementale lors d'un vote de confiance. Ce terrorisme d'extrême gauche a pour résultat d'empêcher la réalisation du compromis historique entre le PCI et la DC. Le 15 juin, à la suite d'une violente campagne de presse l'accusant de corruption, Leone doit démissionner et est remplacé à la présidence de la République par Alessandro Pertini (PSI).
Le gouvernement lance un nouveau plan triennal qui vise à la création de 500 000 emplois (le pays compte 1,6 million de chômeurs). En outre, l'Italie adhère au système monétaire européen (SME). Cette dernière décision ainsi que le refus de la DC d'admettre des ministres communistes amènent le PCI à retirer son soutien au gouvernement (janvier 1979).
L'interruption de l'expérience d'unité remet en cause la stratégie des trois grands partis. Cependant, les élections générales des 3-4 juin 1979 ne modifient pas profondément les équilibres, et la DC demeure la plus importante formation politique italienne. Le 4 août, Francesco Cossiga forme un gouvernement tripartite (DC, Démocratie libérale et PSDI). Mais la situation économique se détériore, tandis que le terrorisme fait de nombreux morts. En outre, le gouvernement doit affronter une nouvelle vague de revendications syndicales dans un climat lourd de défiance à la suite de la révélation de nombreux scandales touchant les milieux officiels. Le deuxième gouvernement Cossiga, formé en mars 1980, comprend des socialistes et prend des mesures de lutte contre le terrorisme. Il doit démissionner à la suite d'un vote défavorable de la Chambre sur des mesures économiques. Le président de la DC, Arnaldo Forlani, constitue un nouveau gouvernement grâce au soutien de l'ensemble des tendances de son parti. Après un nouvel attentat de l'extrême droite en août 1980, en gare de Bologne (85 morts), un tremblement de terre fait plus de 3 000 morts et quelques 300 000 sinistrés en Italie du Sud en novembre, provoquant une crise politique.
À la suite d'un nouveau scandale (plusieurs membres du cabinet sont accusés d'appartenir à une loge maçonnique P-2 qui serait impliquée dans des activités criminelles), Forlani présente sa démission et le leader des républicains, Giovanni Spadolini, forme un ministère en juin 1981 comprenant des démocrates-chrétiens, des socialistes, des sociaux-démocrates, des républicains et un libéral. Le nouveau gouvernement lutte contre le terrorisme et mène une politique d'austérité, mais les divergences entre les ministres socialistes et démocrates-chrétiens paralysent son action. G. Spadolini démissionne en novembre 1982 ; A. Fanfani forme un gouvernement, que la défection des socialistes contraint à démissionner dès avril 1983.
Les élections anticipées de juin 1983 sont marquées par un net recul de la DC et par la progression du parti républicain (PRI) et de l'extrême droite. Bettino Craxi forme en juillet le premier gouvernement italien à direction socialiste, avec toutefois une majorité de ministres démocrates-chrétiens. Le gouvernement Craxi parvient, malgré l'opposition des communistes, à engager un certain nombre de réformes destinées à lutter contre l'inflation, notamment la suppression de l'échelle mobile des salaires. Mais si l'économie italienne connaît une certaine reprise, la balance commerciale continue à se dégrader, et la lire, à se déprécier. Depuis la signature, en février 1984, d'un nouveau concordat qui remplace les accords du Latran, le catholicisme n'est plus religion d'État.
En juillet 1985, Francesco Cossiga succède à Pertini à la présidence de la République. En avril 1987, après la démission du gouvernement Craxi (en mars), le démocrate-chrétien Fanfani est nommé président du Conseil, mais, à la suite d'un vote de défiance au gouvernement, des élections anticipées ont lieu en juin. Elles sont remportées par la DC, à qui échoit la présidence du Conseil, d'abord avec Giovanni Goria (1987-1988), ensuite avec Ciriaco De Mita (1988-1989), puis, au terme d'une nouvelle crise politique, avec Andreotti (1989-1992). En mai 1992, après la démission de Cossiga, un autre démocrate-chrétien, Oscar Luigi Scalfaro, accède à la présidence de la République.
Au début des années 1990, la scène politique italienne semble solidement contrôlée par la DC et le parti socialiste de Craxi. Mais trois facteurs vont bouleverser le paysage politique italien : l'effondrement du bloc soviétique, l'opération « mains propres » et le traité de Maastricht.
Achille Occhetto, élu secrétaire du PCI en juin 1988, décide de réformer le parti, qui devient le parti démocratique de la Gauche (PDS). Cette évolution se fait au prix de profonds déchirements internes et d'une scission de l'aile gauche, qui prend le nom de « Refondation communiste ». L'apparition sur la scène politique d'un nouveau parti, qui peut désormais légitimement faire valoir sa vocation gouvernementale, est un élément profondément perturbateur. Sans le ciment anticommuniste, les divergences profondes du monde catholique s'exacerbent et les raisons de son unité politique disparaissent. Quant au PSI, il ne peut plus revendiquer le statut de seul représentant d'une gauche démocratique.
Cette période est marquée par la crise de plus en plus profonde qui touche l'État italien. Des réformes institutionnelles s'imposent, mais les partis n'arrivent pas à se mettre d'accord pour les introduire. L'État se trouve également confronté au développement du crime organisé (à Naples, en Sicile et dans les Pouilles), qu'il ne parvient pas à enrayer. En mai et juillet 1992 sont assassinés à Palerme les juges anti-Mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Ces assassinats témoignent de l'impossibilité pour l'État de contrôler une partie du territoire national et du dysfonctionnement de l'administration publique. Dans les deux cas, la responsabilité est rejetée sur la « partitocratie », cette déviation de la démocratie par des partis politiques dont le pouvoir devient de plus en plus arrogant et incontrôlé.
Alors que les partis montrent toute leur impuissance, la magistrature occupe progressivement le devant de la scène politique. Le détonateur d'un mécontentement de plus en plus évident à l'égard des partis traditionnels est fourni par la mise au jour, à partir de février 1992, d'une corruption généralisée, érigée en véritable système de gouvernement. L'éclairage brutal de cette zone d'ombre dans la vie publique italienne et l'obstination des magistrats chargés de l'enquête « mains propres » à dénoncer tous les scandales provoquent un choc dans l'opinion publique, en faisant perdre toute légitimité à la classe dirigeante et au système politique.
L'Italie entre dans une phase de grande fragilité, dans laquelle les gouvernements se succèdent à un rythme rapide, tandis que beaucoup de dirigeants politiques et d'entrepreneurs sont accusés de corruption et emprisonnés. Parallèlement, la Ligue du Nord d'Umberto Bossi (qui développe le thème d'un fédéralisme radical frôlant l'indépendantisme) s'affirme en incarnant la révolte des secteurs les plus avancés de la société contre un pouvoir politique central inefficace et corrompu. Le système des partis axé sur l'hégémonie de la DC (le « pentapartito ») finit par disparaître pour laisser progressivement place à un système de plus en plus polarisé entre une droite et une gauche recomposées.
Le troisième facteur qui change le panorama politique italien est la signature, en 1992, du traité de Maastricht, sur la création de l'Union économique et monétaire (UEM) européenne, dont la troisième étape – la mise en place de l'euro – est prévue pour 1999. Au début des années 1990, la dette publique italienne dépasse désormais le PIB. Les gouvernements du socialiste Giuliano Amato (1992-1993) et de Carlo Azeglio Ciampi (1993-1994), ex-gouverneur de la Banque d'Italie, poursuivent une politique de rigueur.
En mars 1994 se tiennent les premières élections législatives selon un mode de scrutin qui panache les systèmes proportionnel et majoritaire, approuvé par référendum en 1993. La loi électorale prévoit que 75 % des sièges seront pourvus sur la base d'un système de scrutin majoritaire à un seul tour, et 25 % selon le système proportionnel. L'homme d'affaires Silvio Berlusconi se présente devant le pays à la tête du mouvement de centre droit qu'il vient de créer, Forza Italia ; il s'allie avec des dissidents de l'ex-DC (qui a repris, en janvier 1994, le nom de parti populaire italien) et avec Alliance nationale (issue du MSI, néofasciste). Les résultats électoraux permettent à cette coalition de centre droit de former, avec l'aide de la Ligue du Nord, un gouvernement dirigé par Berlusconi. Mais, affaiblie par des dissensions internes, cette coalition doit céder la place, en janvier 1995, à un gouvernement de transition, composé de techniciens et dirigé par le libéral modéré Lamberto Dini. Celui-ci engage un programme de réformes avant d'être bientôt contraint de démissionner, faute de pouvoir s'appuyer sur une majorité suffisante.
Les élections anticipées d'avril 1996 portent au pouvoir la coalition de centre gauche de L'Olivier, dirigée par le réformiste catholique Romano Prodi, qui devient président du Conseil. Disposant d'une majorité instable, le nouveau gouvernement a besoin des voix communistes du parti d'extrême gauche Refondation communiste. Malgré ce handicap et de nombreux obstacles, Prodi réussit à gouverner pendant plus de deux ans, avec pour objectif de permettre à l'Italie d'entrer dans l'UEM. Grâce à l'expérience de son ministre du Trésor, C. A. Ciampi, le gouvernement Prodi parvient à satisfaire à 4 des 5 critères de Maastricht en introduisant notamment, malgré les réticences de Refondation communiste, un impôt extraordinaire pour l'Europe. Le 5e critère est celui de la dette publique, qui, en dépit d'une légère réduction – suffisante pour convaincre la Commission européenne et les autres partenaires européens – représente encore environ 120 % du PIB. En octobre 1998, le gouvernement Prodi tombe après la décision d'une partie de Refondation communiste de ne pas appuyer le projet de loi de finances pour 1999.
Massimo D'Alema, dont le parti, Démocrates de gauche (DS), ex-PDS, jouit de la majorité relative, devient le premier président du Conseil ayant appartenu à l'ex-parti communiste. Cette coalition de centre gauche dépend à présent d'une formation centriste, l'Union démocratique pour la République (UDR), créée par l'ancien président de la République démocrate-chrétien Francesco Cossiga. À l'issue d'une crise politique, D'Alema, démissionnaire, forme un nouveau cabinet au sein duquel le parti récemment créé par Prodi, les Démocrates, fait son entrée, alors que la petite alliance centriste de Cossiga, à l'origine de la crise, passe dans l'opposition (décembre 1999). Cependant, l'échec des Démocrates de gauche aux élections régionales d'avril 2000 (au cours desquelles les présidents de région sont élus, pour la première fois, au suffrage universel direct) a raison du second gouvernement D'Alema. L'opposition, emmenée par Berlusconi, remporte 8 régions sur 15. Forza Italia confirme avec 25 % des suffrages sa position de premier parti politique italien (il avait retrouvé sa place de leader lors des élections européennes de juin 1999).
En dix-huit mois d'exercice du pouvoir, D'Alema a démontré que l'Italie était non seulement un allié fiable – en participant directement aux frappes aériennes de l'OTAN en République fédérale de Yougoslavie (mars-juin 1999) puis en engageant ses troupes dans la Kfor –, mais qu'elle était aussi un partenaire solide pour ses voisins européens, en poursuivant l'œuvre d'assainissement de son économie, depuis son entrée dans la zone euro. La nomination de l'ex-président du Conseil, Prodi, à la présidence de la Commission européenne souligne l'importance que revêt désormais la place de l'Italie au sein de l'Union européenne et du rôle grandissant qu'elle est appelée à y jouer. D'Alema n'est pas parvenu à associer l'opposition à l'ambitieuse réforme institutionnelle lancée en 1998, qui doit octroyer des pouvoirs accrus aux régions et doter à terme l'Italie d'une structure fédérative.
En mai 1999, O. L. Scalfaro est remplacé à la présidence de la République par Carlo Azeglio Ciampi, élu dès le premier tour.
Un gouvernement de centre gauche est constitué en mai 2000 par Amato, déjà président du Conseil en 1992-1993. Mais, cette fragile coalition doit aussitôt faire face aux attaques répétées de l'opposition, qui réclame des élections anticipées. Ainsi, quelques semaines après son arrivée au pouvoir, Amato est affaibli par l'échec du scrutin référendaire (annulé pour cause de participation insuffisante), qui devait entériner divers projets de réforme, dont le changement de loi électorale.
Bénéficiant du retour de la croissance et d'une embellie économique, le président du Conseil ramasse les dividendes de cinq années d'austérité et de rigueur budgétaire, imposées par la majorité de centre gauche et peut proposer une loi de finances pour 2001 plus attrayante que les précédentes (réduction d'impôts, mesures de relance de la consommation et créations d'emplois). Mais, divisé et incapable de se renouveler, le centre gauche assiste avec impuissance au retour de Berlusconi et de son Pôle des libertés. En prévision des législatives de 2001, la majorité au pouvoir préfère Francesco Rutelli, le maire de Rome, à Amato, pour tenter de contrer le retour annoncé de Berlusconi.
Ce dernier a entamé sa reconquête du pouvoir dès le milieu des années 1990, après son premier et bref passage à la tête du gouvernement (avril-décembre 1994), conclu par une sortie peu glorieuse sous la pression des enquêtes judiciaires. Pendant quatre années, le magnat de la communication s'est employé à transformer son mouvement Forza Italia en un véritable parti. Désormais chef de file de l'opposition, il Cavaliere (nom donné au chevalier de l'ordre du Travail) constitue, au sein du Pôle des libertés (devenu en 2000, la Maison des libertés), une alliance regroupant, outre Forza Italia, l'Alliance nationale de G. Fini, mais également la Ligue du Nord d'Umberto Bossi, élément très controversé en raison de ses positions xénophobes et sécessionnistes. Bien que U. Bossi soit responsable de la chute de son gouvernement en décembre 1994, Berlusconi a signé avec ce partenaire – indocile mais nécessaire – un accord sur l'immigration et la dévolution de pouvoirs aux régions.
La Maison des libertés remporte les élections législatives de mai 2001, s'assurant la majorité absolue tant à la Chambre des députés (368 sièges sur 630) qu'au Sénat (177 sur 315). Toutefois, en nombre de voix, sa victoire est courte sur le centre gauche qui, affaibli par ses divisions (Refondation communiste reste en dehors de L'Olivier, mené par Rutelli) et ses querelles internes, n'est pas parvenu à convaincre. Ces élections font apparaître une bipolarisation de la scène politique italienne, les grands partis se consolidant au sein des deux coalitions, au détriment des petits partis charnières, dont le pouvoir de faire ou de défaire les majorités commence à faiblir.
Formé en juin 2001 après de longues tractations, le gouvernement Berlusconi est, à l'image de sa coalition, l'un des plus à droite que la péninsule ait connus depuis l'avènement de la République en 1946. Gianfranco Fini (Alliance nationale) est nommé vice-président du Conseil, U. Bossi (Ligue du Nord) devient ministre des Réformes et de la Décentralisation. Seule la nomination au sein de ce gouvernement majoritairement eurosceptique de Renato Ruggiero, européen convaincu, aux Affaires étrangères, rassure la communauté internationale. Sous la houlette du Cavaliere, qui s'engage à « changer l'Italie », le gouvernement s'emploie avec zèle à élaborer une série de mesures, essentiellement destinées à servir les intérêts privés de Berlusconi et de ses proches : ainsi, dès 2001, sont adoptées les lois sur la garantie d'immunité aux capitaux transférés illégalement, l'abrogation de la taxe sur la succession des grandes fortunes, la dépénalisation de la plupart des crimes de falsification de bilan, la limitation de l'entraide judiciaire internationale ou le recours pour « suspicion légitime » envers les juges. Largement controversées, ces lois poussent dans la rue en septembre 2002 les girotondi (rondes citoyennes) qui dénoncent le « gouvernement de l'illégalité ». Adoptée en juillet 2002, la loi Bossi-Fini durcit les conditions d'entrée et de séjour des immigrés, facilite l'expulsion des clandestins et, paradoxalement, permet la régularisation de plus de 700 000 sans papiers. Votée en février 2003, la loi Biagi sur la réforme du droit de licenciement (du nom du professeur Marco Biagi à l'origine du texte et assassiné par les Brigades rouges le 19 mars 2002) irrite les syndicats et l'opposition qui estiment qu'elle entraîne une forte précarité chez les jeunes ; mieux accueillie par le patronat, elle déçoit néanmoins ce dernier, qui ne voit arriver aucune des réformes libérales annoncées lors de la campagne électorale. Enfin, la majorité de Berlusconi fait adopter la loi visant à redéfinir l'ensemble de l'audiovisuel italien : en élevant le plafond des concentrations autorisées, la loi Gasparri permet à Mediaset (l'empire médiatique du Cavaliere) de conserver ses 3 chaînes hertziennes (Canale 5, Italia 1 et Rete 4), alors qu'une décision de la Cour constitutionnelle l'oblige à se débarrasser de l'une d'elles avant le 31 décembre 2003. Après un premier renvoi de la part du président de la République, C. A. Ciampi, en décembre 2003, la loi sur l'audiovisuel est finalement votée en mai 2004. De la même manière, la Cour constitutionnelle invalide en janvier 2004 un projet de loi garantissant aux cinq plus hauts responsables de l'État l'immunité pendant la durée de leur mandat et, à la fin de l'année, le chef de l'État refuse de promulguer la réforme de la magistrature.
Sur le plan international, l'arrivée au pouvoir de Berlusconi se traduit par un virage eurosceptique, perceptible dans des déclarations idéologiques (sortie anticommuniste au sommet de Göteborg de juin 2001), ou manifeste lors de prises de position à contre-courant (rejet de l'avion de transport militaire européen, opposition durable à la création d'un mandat d'arrêt européen) entraînant dès 2002 la démission du ministre des Affaires étrangères Ruggiero et suscitant le trouble parmi ses partenaires de l'Union européenne, dont l'Italie assure la présidence au cours du premier semestre 2003. Dans la lutte contre le terrorisme, l'Italie, à l'instar de toute l'Union, se place aux côtés des États-Unis, mais, alors que George W. Bush tente de rallier les pays arabes modérés, le président du Conseil vante la « supériorité » de la civilisation occidentale sur l'islam devant la presse à Berlin. Au moment de l'intervention américano-britannique contre l'Iraq, il est davantage du côté de Washington que de Paris, Berlin ou Moscou, sans pour autant s'aligner pleinement sur G. W. Bush, José María Aznar ou Tony Blair, en raison de l'ampleur des manifestations pacifistes dans son pays et des pressions exercées par le Vatican.
D'incessantes polémiques agitent la coalition gouvernementale et paralysent son action. Tiraillée entre les exigences contradictoires de ses partenaires – notamment sur le projet de fédéralisme soutenu par la Ligue du Nord mais contesté par l'Alliance nationale et les centristes de l'Union des démocrates-chrétiens et du Centre (UDC, issue en février 2002 de la fusion du Centre chrétien démocrate, des Chrétiens-démocrates unis [CDU] et de Democrazia Europea) –, la majorité de Berlusconi échoue ou tarde à faire adopter les réformes promises : ainsi la réforme de la fiscalité se réduit à une baisse des impôts de 6,5 milliards d'euros pour 2005 arrachée au prix d'infinies tractations qui ont mis en péril la coalition ; l'application de la réforme du régime des retraites, vivement contestée, est différée à 2008. Les dissensions finissent par éclater en une crise ouverte en juillet 2004 avec le limogeage du ministre de l'Économie et des Finances et le départ de U. Bossi pour le Parlement européen. Après avoir essuyé une série de revers électoraux aux élections locales partielles de mai-juin 2003 puis aux élections européennes et locales de juin 2004, la coalition enregistre une cuisante défaite lors des régionales partielles d'avril 2005 : sur 13 régions soumises à un renouvellement, elle n'en conserve que 2 (Lombardie et Vénétie), le centre gauche en détenant désormais 16 sur un total de 20. Cette déroute entraîne la plus grave crise de la coalition : reprochant son immobilisme au Cavaliere, l'UDC puis le petit parti socialiste italien (autre composante de la coalition) en retirent, l'une ses 4 ministres, l'autre ses 2 représentants. Poussé à la démission (avril 2005), Berlusconi forme un nouveau gouvernement au sein duquel Forza Italia se voit renforcé. Toutefois, l'avenir du gouvernement-bis à peine formé est obscurci par une crise économique qui frappe durement l'Italie et qui constitue l'échec majeur de celui qui se voulait le « PDG de l'entreprise Italie ».
Dans la perspective des élections législatives des 9 et 10 avril 2006, Berlusconi s'autoproclame candidat unique du centre droit à sa propre succession dès juillet 2005. En décembre, il fait modifier la loi électorale – qui revient au scrutin proportionnel avec une prime accordant la majorité absolue de sièges à la coalition gagnante – et conclut, à deux mois de l'échéance, une alliance électorale avec le mouvement Alternative sociale, fondé en 2004 par la petite-fille du Duce, Alessandra Mussolini. Tout au long de sa campagne électorale, comme durant son mandat, il Cavaliere n'a de cesse d'attiser les divisions au sein de la société italienne, jouant sur les peurs multiples (précarité, délinquance, immigration, augmentation de la fiscalité) de ses concitoyens et réactivant la méfiance envers la gauche.
Évitant la déroute que lui prédisaient les sondages, sa coalition de centre droit, la Maison des Libertés, parvient au seuil de la victoire, qui lui échappe de justesse : avec 24 755 voix d'avance (soit 49,8 % contre 49,7 %), l'Union, la coalition de centre gauche rassemblée autour de L'Olivier et emmenée par Romano Prodi, obtient la prime prévue pour la coalition gagnante et dispose d'une confortable majorité à la Chambre des députés (340 sièges sur 630). Au Sénat en revanche, elle ne dispose que de 158 sièges contre 156 pour la Maison des Libertés.
Conforté par les résultats de Forza Italia, qui demeure le premier parti italien, Berlusconi refuse dans un premier temps de reconnaître sa défaite et exige un nouveau décompte des voix. Le 19 avril, la Cour de cassation confirme la victoire – aussi étroite soit-elle – de l'Union mais il Cavaliere envisage d'autres recours. Ce n'est qu'après l'élection le 29 avril de l'ancien leader syndical Franco Marini à la présidence du Sénat et celle du communiste Fausto Bertinotti à la présidence de la Chambre des députés, permettant l'installation de la nouvelle coalition de centre gauche dirigée par Prodi, que le président du Conseil sortant remet sa démission.
Après le renoncement du président C. A. Ciampi à solliciter un nouveau mandat, le sénateur de centre gauche Giorgio Napolitano est élu, le 10 mai, à la présidence de la République.
L'Union, rassemblée autour de L'Olivier de Prodi, est une coalition de 9 partis, hétéroclite et divisée, uniquement liée par la volonté d'empêcher le retour de Berlusconi. Ne disposant que d'une très étroite majorité (notamment au Sénat), elle progresse aux élections municipales partielles des 28 et 29 mai 2006 : Walter Veltroni (Démocrates de gauche) est plébiscité à Rome ; à Turin et à Naples, les maires sortants de centre gauche conservent leur siège dès le premier tour. Plus tard, les 25 et 26 juin, la coalition de Prodi sort confortée par le « non » (61,7 %) des Italiens à une refonte en profondeur de la Constitution (qui devait accorder davantage de pouvoir au président du Conseil et renforcer l'autonomie des régions) demandée par Berlusconi et la Ligue du Nord. Elle parvient à maintenir une politique budgétaire de rigueur qui satisfait aux critères européens du pacte de stabilité, à mettre en œuvre plusieurs réformes libérales et à créer, malgré l'opposition du Vatican et des centristes, les « dico » (droits et devoirs des personnes vivant ensemble).
Sur le plan extérieur, Prodi affirme vouloir replacer l'Italie au centre de l'Europe.
Conformément à ses promesses, il rapatrie les troupes italiennes envoyées en Iraq (décembre), mais, en contrepartie, décide le maintien du contingent italien en Afghanistan et l'agrandissement de la base américaine de Vicence. Cette concession faite aux États-Unis lui vaut d'être mis en minorité au Sénat par la gauche de sa coalition (communistes et Verts) : le président du Conseil remet la démission de son gouvernement (21 février 2007) avant d'être reconduit une semaine plus tard à la tête de la même coalition « ressoudée », à laquelle il impose un programme en douze points « non négociables ».
Mais le sursis accordé par Prodi est de courte durée. N'ayant pas obtenu la solidarité du gouvernement à son égard, le ministre de la Justice, mis en cause dans une affaire de corruption, démissionne en janvier 2008, entraînant avec lui la défection de son parti, l'Union des démocrates pour l'Europe (Udeur), allié chrétien-démocrate de la coalition au pouvoir, décisif au Sénat pour la majorité de centre gauche. Afin de clarifier la situation politique du pays et de mettre ses alliés devant leurs responsabilités, le président du Conseil décide de se présenter devant le Parlement. S'il obtient la confiance des députés par 326 voix contre 275 (et l'abstention de l'Udeur), il est mis en minorité au Sénat sur la déclaration de politique étrangère par 161 voix contre et 156 en sa faveur, entraînant finalement la dissolution des chambres et l'organisation d'élections législatives anticipées.
À l'automne 2007, tandis que le gouvernement Prodi tente de sauver sa fragile coalition, on assiste à une recomposition des forces politiques.
Au centre gauche, sous la direction de Veltroni, le maire de Rome, à la suite de la fusion des Démocrates de gauche (DS) et de La Marguerite (issue en 2002 de L'Olivier autour de Rutelli) naît le parti démocrate (PD), tandis qu'au centre droit, Berlusconi annonce la création du Peuple de la Liberté (PDL), issu du regroupement de son parti Forza Italia, d'Alliance nationale, et de divers groupes démocrates-chrétiens, libéraux et centristes, ces forces étant destinées également à se fondre dans un nouveau parti. Enfin, Refondation communiste, les Verts, le parti des Communistes italiens et la Gauche démocratique s'allient de leur côté dans La Gauche-L'Arc-en-ciel.
Malgré la rapidité de ces réalignements, les élections des 13 et 14 avril 2008 sont marquées d'emblée par une simplification des clivages politiques. Le PD veut désormais se passer de l'alliance avec la gauche communiste et les écologistes pour se présenter comme la seule alternative crédible à Berlusconi. Ce dernier s'affirme, de son côté, comme le leader apparemment incontesté d'une droite « décomplexée », même s'il doit toujours compter sur son alliance avec la Ligue du Nord, qui conserve son autonomie.
Au terme d'une campagne électorale sans éclat mais apaisée, Berlusconi et le Peuple de la Liberté l'emportent largement avec 37,3 % des voix (276 sièges à la Chambre des députés et 147 au Sénat) devant Veltroni et le PD qui en recueillent 33,1 % (217 députés et 118 sénateurs). Cette victoire sans appel est amplifiée à l'issue du second tour des élections municipales et provinciales partielles des 27 et 28 avril, avec, en particulier, l'élection retentissante à la mairie de Rome de Gianni Alemanno – candidat du Peuple de la Liberté, ancien activiste du MSI et membre de l'Alliance nationale – qui remporte 53,6 % des voix face à Rutelli.
Issu du parti communiste, Veltroni a résolument opté pour un recentrage de la gauche italienne, à l'instar de la plupart des socialistes européens, et pour la rupture avec ses alliés d'hier, mais il n'a probablement pas eu le temps nécessaire pour convaincre. L'appel au « vote utile » a été en partie entendu : des petits partis (non régionalistes), seule la liste « Italie des valeurs » conduite par Antonio Di Pietro (l'ex-juge à l'origine de l'opération « mains propres »), alliée au PD, se maintient au Parlement en obtenant, avec 4,3 % des voix, 29 députés et 14 sénateurs.
La nouveauté de ce scrutin réside ainsi dans la disparition – à la suite de ralliements ou faute d'alliance – des petits partis de gauche et dans l'échec de la coalition Arc-en-ciel. Cependant, le PD et la liste Di Pietro n'ont attiré qu'une partie de ces voix qui se sont, soit perdues dans l'abstention ou à l'extrême gauche, soit même reportées sur la Ligue du Nord. Cette dernière apparaît, dans une certaine mesure, comme le grand gagnant des élections puisqu'elle recueille 8,3 % des voix (60 sièges à la Chambre et 25 au Sénat), tandis que l'Union du Centre (UDC) de Pier Ferdinando Casini, désormais opposée à Berlusconi mais aussi à sa dissolution dans le PD, réussit à faire élire, avec 5,6 % des voix, 36 députés et 3 sénateurs.
Hormis ces deux mouvances, l'évolution du système politique italien confirme sa bipolarisation. Toutefois, dans cette lente transition vers une « IIe République » tant attendue, des questions essentielles demeurent irrésolues. Les deux camps, qui ont désormais l'ambition de se restructurer autour de deux grands partis, doivent concilier des traditions politiques et idéologiques divergentes, voire opposées – catholiques et laïques, centralisatrices et régionalistes, libérales et nationalistes. Obligation leur est faite, pour rendre cette mutation pérenne, d'imposer une discipline interne sans laquelle les factions et les querelles intestines ne peuvent que se redéployer comme semble le confirmer l'évolution politique en 2008 et 2009.
Dans les mois qui suivent sa formation, prônant une accélération et une simplification du travail législatif recourant largement à cet effet au décret-loi, le quatrième gouvernement Berlusconi prend un certain nombre de mesures d'urgence. Parmi les domaines prioritaires figurent en bonne place la sécurité publique et le contrôle de l'immigration tandis qu'au plan économique, les restrictions budgétaires s'accompagnent d'une « rationalisation » de l'administration publique (avec l'introduction de primes de productivité notamment) et d'allègements fiscaux en faveur des ménages. La réforme scolaire et universitaire vise également une réduction des dépenses et une augmentation de la « productivité » de l'enseignement mais provoque la première grande manifestation des forces de centre gauche en octobre 2008 et son application suscite de fortes résistances. Confronté à la crise financière et économique internationale, le gouvernement doit pourtant réévaluer ses dépenses à la hausse, creusant davantage le déficit budgétaire et aggravant la dette publique (plus de 105 % du PIB, la plus importante au sein de l'UE).
La médiatisation de certaines mesures – comme la mobilisation de l'armée pour résoudre la « crise des déchets » à Naples ou le relogement d'une partie des victimes du séisme à L'Aquila – contribuent à la popularité de l'« inoxydable » président du Conseil, toujours très élevée malgré les conflits d'intérêts, les déclarations intempestives à l'humour douteux ou les affres de sa vie privée qui embarrassent ses homologues à l'étranger mais laissent indifférents les Italiens dans leur grande majorité.
Face à ce champion de la politique-spectacle et au Peuple de la Liberté – qui fusionne en mars 2009 avec l'Alliance nationale du président de la Chambre Fini – l'opposition de centre gauche ne parvient toujours pas à se relever de sa défaite d'avril 2008 et de ses divisions. Après de nouveaux revers électoraux au niveau régional, dont un échec cinglant en Sardaigne, Veltroni démissionne de la direction d'un parti démocrate (PD) qui, déjà en proie aux rivalités internes, parvient à résister vaille que vaille dans ses fiefs traditionnels d'Italie centrale aux élections municipales et provinciales de juin. Toutefois, ce scrutin se caractérise davantage par un rééquilibrage en faveur de la droite que par le triomphe du PDL. Au sein de ce mouvement encore peu structuré, Fini montre son indépendance – prenant notamment ses distances avec les mesures les plus répressives à l'encontre des immigrés ou rappelant son allié au strict respect de la laïcité – tandis que sur sa droite, la Ligue du Nord, allié puissant mais encombrant, ne cesse d'exercer sa pression avec son programme fédéraliste et de plus en plus xénophobe. Par ailleurs, les deux autres partis charnière, l'UDC et Italie des valeurs, se maintiennent et recueillent même les voix des déçus des deux camps.
L'image de Berlusconi semble aussi se ternir auprès de son électorat le plus conservateur et les relations avec l'Église catholique se tendent ; un mécontentement sourd qui s'exprime dans l'abstention, plutôt défavorable au PDL. Enfin, en octobre 2009, le Conseil constitutionnel invalide son immunité pénale (votée en juillet 2008) pour le mettre à l'abri pendant la durée de son mandat des poursuites judiciaires alors en cours, une loi très contestée et désapprouvée par l'opinion publique. Mais pour déjouer un hypothétique déclin et dans l'attente des élections régionales de 2010 – prochain test électoral –, le président du Conseil use de ses armes favorites et compte sur d'indéniables atouts. Outre ses sempiternelles attaques contre la magistrature et la presse d'opposition ou ses appels au peuple contre les « comploteurs » et les « fossoyeurs » de l'Italie, le Cavaliere peut probablement miser encore sur la prégnance culturelle du « berlusconisme ».
Les 28 et 29 mars 2010, à l'issue des élections dans 13 des 20 régions du pays – marquées par une assez forte abstention (35,8 % contre 28 % en 2005) – la Ligue du Nord de Umberto Bossi, alliée au PDL sur des listes communes, fait une percée sans précédent en Vénétie – plus de 35 % contre 14,7 % en 2005 et où son candidat est élu président avec 60,1 % des voix –, en Lombardie – 26,2 % contre 15,8 % – et au Piémont, ravi au centre gauche, où elle double son audience avec 16,7 % des suffrages et dont elle obtient également la présidence. S'implantant dans des provinces piémontaises comme celles de Vercelli ou de Cuneo avec 25 % des voix, elle dépasse 30 % dans plusieurs provinces lombardes comme celles de Brescia ou de Sondrio (42 %) et établit un record dans la province de Trévise (Vénétie) avec 48,5 %. De plus, son audience augmente même dans un bastion du parti démocrate (PD) comme l'Émilie-Romagne, en passant de 4,8 % à 13,6 % des voix.
À l'échelle nationale, l'écart global entre le centre gauche et le centre droit se resserre pourtant avec près de 45 % des suffrages pour le premier contre 42 % aux élections législatives de 2008 tandis que PD et PDL restent au coude à coude avec environ 26 % des voix chacun. Conservant 7 régions sur les 13 en lice, la gauche perd cependant également le Latium où Emma Bonino (48 %) doit s'incliner face à Renata Polverini (51 %), secrétaire générale du syndicat « autonome » UGL.
Complètement remis de l'agression dont il avait été victime en décembre, S. Berlusconi peut ainsi être satisfait d'un résultat qui profite globalement au Peuple de la Liberté mais doit tenir compte davantage des revendications de son allié fédéraliste. D'autant que les relations orageuses avec son autre allié G. F. Fini conduisent finalement, en juillet 2010, à l'éclatement du PDL et à la création par le président de la Chambre d'un nouveau mouvement autonome, hors de la majorité, baptisé « Futur et liberté pour l'Italie » (FLI), dont les 4 représentants au gouvernement démissionnent. Mais ses 36 députés hésitent à passer dans l'opposition et S. Berlusconi échappe d'extrême justesse – à 3 voix près – à un vote de défiance le 14 décembre. Tandis que l'idée d'une « troisième force » fait son apparition, le projet de recomposition de la droite italienne a ainsi fait long feu ; de surcroît, le gouvernement du Cavaliere est désormais très fragilisé.
Alors que S. Berlusconi doit de nouveau affronter la justice (pour une affaire de mœurs baptisée le « Rubygate »), les élections municipales et provinciales partielles de mai 2011 – concernant environ 13 millions d'électeurs, plus de 1 000 communes et 11 provinces – constituent un sérieux revers pour le président du Conseil, tout particulièrement dans son fief de Milan, dont la mairie est ravie au Peuple de la Liberté par le candidat de la coalition de centre gauche, Giuliano Pisapia. De plus, le PDL recule fortement dans la plupart des autres chefs-lieux de province du Nord : Ravenne, Rimini, Bologne, Trieste, Pordenone, Savone, Varese, Turin, Rovigo. De son côté, la Ligue du Nord y réalise des scores supérieurs à ceux des municipales passées mais inférieurs à ses résultats régionaux de 2010 et perd plusieurs communes. Quant au centre gauche, il parvient notamment à arracher à la droite, outre Milan et d'autres villes de Lombardie, Trieste, Novare, Cagliari, les provinces de Pavie et de Macerata, tandis qu'il conserve Naples – dont la mairie revient au candidat d'« Italie des valeurs » –, Turin, Bologne ou Grosseto.
En juin, le Premier ministre est également désavoué à l'occasion de quatre référendums abrogatifs d'initiative populaire qui atteignent tous le quorum nécessaire pour être validés : près de 55 % des inscrits se rendent ainsi aux urnes – une mobilisation sans précédent pour une consultation de cette nature depuis 1995 – et rejettent massivement (plus de 90 %) plusieurs textes législatifs sur la privatisation et le tarif de l'eau, la construction de centrales nucléaires et le « légitime empêchement » permettant aux ministres de ne pas comparaître devant la justice. Reconnaissant la défaite mais rejetant avec son assurance habituelle les appels à sa démission en provenance de l'opposition, le Cavaliere semble désormais fortement déstabilisé.
Prise à son tour – après la Grèce – dans la tourmente de la crise des dettes souveraines, l'Italie, quatrième puissance économique de l'UE dont l'endettement atteint cependant 120 % du PIB – mais dont le déficit budgétaire reste inférieur à la moyenne européenne – est placée sous la pression des marchés à la suite de son déclassement par les agences de notation Moody's et Standard & Poor's, suivi d'une envolée des taux obligataires italiens.
Face à cette défiance croissante quant à la solvabilité et la gouvernabilité du pays, Silvio Berlusconi, sommé par ses partenaires européens de faire adopter de nouvelles mesures d'austérité et de relance et ne pouvant désormais plus compter sur une majorité absolue au parlement, se résigne à démissionner le 12 novembre. Peu avant, les deux chambres ont adopté une loi de stabilité financière promise à l'UE prévoyant notamment, outre de nouvelles réductions des dépenses de l'État, une augmentation de l'âge de départ à la retraite (67 ans en 2026), une libéralisation des ordres professionnels et des mesures de privatisation ou de rationalisation de divers services et biens publics.
Nommé président du Conseil, l'économiste Mario Monti, ancien commissaire européen au marché intérieur puis à la concurrence (1994-2004), forme, dès le 16 novembre, un gouvernement resserré, composé exclusivement d'experts dans leurs responsabilités ministérielles respectives, et dans lequel, le Premier ministre prend par intérim le portefeuille de l'Économie. Un nouveau ministère du Développement économique, des Infrastructures et Transports, confié au banquier Corrado Passera, est créé tandis que le ministère du Fédéralisme est remplacé par celui de la Cohésion territoriale. À l'exception des représentants de la Ligue du Nord, hostile au programme de rigueur et accusant Mario Monti et ses collaborateurs d'incarner le pouvoir des banques, les sénateurs puis les députés accordent massivement leur confiance au nouveau gouvernement.
Pour en savoir plus, voir l'article Italie.