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États de l'Église ou États pontificaux

Couronnement de Charlemagne
Couronnement de Charlemagne

Noms donnés à la partie centrale de l'Italie tant qu'elle fut sous le gouvernement des papes (756-1870).

1. Les origines (jusqu'au xie siècle)

1.1. Le « Patrimoine de Saint-Pierre »

Il existait autour de Rome un patrimoine pontifical, constitué pratiquement depuis le pontificat de Grégoire Ier le Grand (590-604). Celui-ci, en raison de l'affaiblissement de la puissance byzantine en Italie, est amené à se saisir de l'administration civile de la ville et du duché de Rome. En outre, depuis Pélage Ier (556-561), la papauté entretient un trésor qui est alimenté par les propriétés de l'Église romaine situées dans le Latium, la Sabine, la Campanie.

La menace des Lombards et la donation de Pépin

Le « Patrimoine de Saint-Pierre » étant directement menacé par les Lombards, le pape Étienne II fait appel au roi des Francs, Pépin (754). Battus, les Lombards doivent « restituer à Saint-Pierre » l'exarchat de Ravenne et le duché de Rome (756).

La protection de Charlemagne

C'est l'origine des États de l'Église, qui doivent assurer l'indépendance du pape. Ils comprennent alors l'exarchat de Ravenne et la Pentapole, sur l'Adriatique, et le Patrimoine de Saint-Pierre, sur la mer Tyrrhénienne, reliés par l'étroit couloir de la vallée du Tibre. Craignant que les Lombards ne dominent la papauté, Charlemagne les bat et annexe leur royaume (774). Reprenant le titre de « patrice des Romains » donné à son père par Étienne II, il impose son protectorat à l'État pontifical ; le titre d'« empereur romain », relevé en sa faveur en 800, renforce sa domination. Dès lors, les empereurs prétendent au droit de confirmer l'élection du pape.

La féodalisation de l'État pontifical

L'Empire carolingien disparaît en 888 ; le Saint Empire romain germanique, fondé par Otton Ier (962), entend bien le continuer, mais le plus souvent les empereurs n'ont pas le loisir d'intervenir à Rome. La féodalisation a désagrégé l'État pontifical, et les nobles romains se disputent la nomination du pape.

2. Les États pontificaux au Moyen Âge (xie-xve siècles)

2.1. Les prétentions germaniques …

Au xie siècle, les promoteurs de la réforme du clergé commencent par libérer la papauté : le décret de 1059, organisant l'élection du pape par les cardinaux, exclut l'intervention des nobles romains et de l'Empereur. À la fin de la querelle des Investitures (1075-1122), l'Empereur a dû reconnaître cette liberté.

Reste le problème de l'indépendance de l'État pontifical, un des enjeux de la lutte du Sacerdoce et de l'Empire (xiie-xive siècles). Lorsque les rois de Germanie ont annexé le royaume de Sicile (1194), jusque-là vassal et allié du Saint-Siège, le pape est encerclé ; comme son domaine coupe les communications entre l'Italie du Nord, impériale, et la Sicile, il attire les empiétements des empereurs Otton IV et Frédéric II.

2.2. … françaises…

La papauté, bravée à Anagni (→ attentat d'Anagni, septembre 1303), tombe ensuite sous la protection du roi de France (→ Philippe IV le Bel), responsable de l'attentat contre Boniface VIII.

2.3. … et italiennes

D'ailleurs, le pape n'est même pas obéi dans son État. Sans parler des villes qui se veulent indépendantes et tombent sous la domination de tyrans locaux, les Romains rejettent l'autorité de leur évêque et se laissent mener par des tribuns comme Arnaud de Brescia (1145-1155), qui veut réduire l'Église à la simplicité évangélique, ou Cola di Rienzo (1347 et 1354), qui se proclame seigneur de Rome et veut détruire la féodalité.

2.4. Les papes d'Avignon (1309-1378) et le grand Schisme

Cette anarchie explique en partie la décision des papes de se fixer à Avignon (1309). Depuis 1274, ils possèdent le Comtat Venaissin, auquel s'ajoute en 1348 la ville d'Avignon, vendue par Jeanne de Naples à Clément VI, et ne cessent d'envoyer leurs légats à la reconquête des domaines italiens (→ Albornoz).

Les mystiques (→ sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne), comme les Romains, désireux de récupérer la cour pontificale qui les faisait vivre, réclament le retour du pape dans la Ville éternelle. Grégoire XI rentre en 1377, mais, après sa mort, c'est le Grand Schisme (1378-1417), et le pape de Rome s'oppose au pape d'Avignon. Le retour définitif à Rome n'a lieu qu'en 1443.

Pour en savoir plus, voir les articles papes d'Avignon.

3. De la Renaissance au Vatican

3.1. L'expansion des États pontificaux (fin xve-xviie siècles)

Les papes de la Renaissance sont avant tout des princes italiens : ils exploitent les ressources de leurs États (alun de Tolfa). Tous les moyens leur sont bons pour récupérer les villes qui avaient pu appartenir au Saint-Siège. César Borgia, pour le compte de son père Alexandre VI (1492-1503), Jules II (1503-1513) constituent l'État pontifical dans ses limites définitives : sur l'Adriatique, les Légations (→ Bologne, Romagne), la Marche (→ Ancône) ; au centre, l'Ombrie (→ Spolète, Pérouse, Orvieto), la Sabine ; sur la mer Tyrrhénienne, le Patrimoine de Saint-Pierre-en-Tuscie et la Campagne-Maritime ; enfin, Bénévent et Pontecorvo, enclavés dans le royaume de Naples, toujours vassal du Saint-Siège.

Les acquisitions ultérieures sont celles d'enclaves déjà vassalisées : Ferrare (1598), duché d'Urbino (1631), Castro (1649), Ronciglione (1649).

Les papes de la Renaissance doivent encore lutter pour leur indépendance : Jules II chasse les Français d'Italie ; Paul IV (1555-1559) tente d'expulser les Espagnols, puis c'est la politique d'équilibre entre les deux grandes puissances catholiques.

3.2. L'État pontifical détruit par la Révolution française

La Révolution française menace cet État théocratique. Après avoir perdu le Comtat, réuni à la France (1791), Pie VI doit céder au Directoire en 1797 les Légations, qui vont grossir la République Cisalpine ; il est totalement dépossédé en 1798, lorsque les Français créent l'éphémère Iere République romaine (1798-1799) : expulsé, Pie VI meurt à Valence, en France (1799).

3.3. La restauration de l'État pontifical

Pie VII (1800-1823) récupère ses États, moins les Légations ; mais Napoléon, se disant empereur romain, entend le vassaliser ; mécontent du pape, il le dépouille de ses domaines (1808-1809), incorporés au royaume d'Italie ou à l'Empire français (→ premier Empire) ; à son tour, Pie VII est exilé à Savone, puis, de 1812 à 1814, à Fontainebleau. Au congrès de Vienne (1815), le cardinal Consalvi obtient la restauration de l'État pontifical (à l'exception d'Avignon et du Comtat qui restent à la France), mais les idées de liberté, d'unité italienne font détester le médiocre gouvernement des légats.

3.4. L'État pontifical à l'épreuve de la révolution de 1848

En 1831, sous Grégoire XVI (1831-1846), les Légations et la Marche se soulèvent et proclament l'État des Provinces-Unies de l'Italie centrale ; il faut l'armée autrichienne pour les soumettre. Pie IX (1846-1878), qui a des velléités libérales, modifie légèrement les institutions, mais n'ose pas prendre la tête du mouvement national contre l'Autriche. En novembre 1848, il quitte Rome insurgée ; la IIe République romaine (février-juin 1849) est détruite par les troupes françaises. Sous leur protection, Pie IX restaure une véritable théocratie.

3.5. L'unité italienne aux dépens de l'État pontifical

Cela n'empêche pas la Romagne de se soulever, de voter sa réunion au Piémont (avril 1860). En septembre 1860, le Piémont occupe la Marche et l'Ombrie pour pouvoir atteindre le royaume de Naples et les annexe après plébiscite (novembre 1860). Le pape est réduit à la région de Rome, que Garibaldi et les autres nationalistes veulent lui ôter pour achever l'unité italienne ; il est défendu par les troupes françaises jusqu'à la chute du second Empire.

Le 11 septembre 1870, le territoire romain est envahi par les troupes italiennes, et Rome capitule le 20. Un plébiscite de réunion en fait la capitale du royaume d'Italie, qui, par la loi des Garanties (mai 1871), assure au pape les prérogatives des souverains : le droit de représentation diplomatique, la propriété du Vatican, du Latran, des Castelli Romani. Pie IX refuse tout accord et s'enferme au Vatican, où il se considère comme prisonnier.

3.6. Les accords du Latran

La « question romaine » empoisonne la vie politique italienne jusqu'aux accords du Latran (11 février 1929), signés entre Pie XI et le gouvernement de Mussolini : l'Italie reconnaît alors comme État souverain la Cité du Vatican (→ État de la Cité du Vatican).

Pour en savoir plus, voir l'article papauté.