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Ravenne

en italien Ravenna

Ravenne, le mausolée de Théodoric Ier l'Amale
Ravenne, le mausolée de Théodoric Ier l'Amale

Ville d'Italie, en Émilie, chef-lieu de province, près de l'Adriatique.

  • Population : 155 373 hab. (recensement de 2011)

Archevêché. Riches musées (National, de l'Archevêché, de l'Académie). La ville a perdu de son importance à cause de son éloignement de la mer. Raffinerie de pétrole et industries chimiques (engrais).

Aux environs, Marina di Ravenna, station balnéaire.

L'HISTOIRE DE RAVENNE

Fondée par les Ombriens sur la route littorale qui unit Ariminum (aujourd'hui Rimini) à la plaine du Pô, Ravenne s'allie à Rome au iiie s. avant J.-C. Quartier général de César avant le franchissement du Rubicon (53-50 avant J.-C., dotée d'un avant-port, Classis (Fossa Augusta), où stationne la flotte impériale de l'Adriatique, la ville devient tour à tour la capitale de la Flaminie au iie s. après J.-C., celle de l'Émilie au ive s. après J.-C. et enfin celle de l'Empire romain d'Occident au ve s. après J.-C., lorsque, fuyant les hordes wisigothiques d'Alaric Ier, l'empereur Honorius (395-423) s'y réfugie en 402, tandis que Stilicon (vers 360-408) se charge de repousser les envahisseurs.

La cité, qui est dépourvue d'eau, mais qui est bien située entre les marais et la côte, est à la fois difficilement vulnérable à une invasion terrestre et proche de l'Orient par la mer. Aussi supplante-t-elle très rapidement Milan et Rome, trop exposées aux invasions.

Siège de la Cour impériale, Ravenne est témoin de nombreuses révolutions de palais : exécutions de Stilicon le 22 août 408, de Turpilion et de Vigilance, les chefs de l'armée romaine, en mars 409 sur l'ordre d'Honorius, toujours prompt à s'incliner devant les exigences des soldats révoltés ; élévation à la pourpre du « primicier des notaires » Jean en 423, du généralissime Majorien le 1er avril 457, du comte des domestiques Glycère le 5 mars 473, de Romulus Augustule le 29 octobre 475. Mais, de 456 à 472, le vrai chef de l'Italie est le prince souabe Ricimer. En septembre 476, Ravenne passe définitivement sous l'autorité d'un autre prince barbare, le Skire Odoacre (vers 434-493), qui y dépose le dernier empereur romain d'Occident.

Après un siège de plus de deux ans, Odoacre capitule entre les mains du roi des Ostrogoths Théodoric Ier le 25 février 493, et, le 15 mars, il est assassiné par son vainqueur, qui établit à son tour sa résidence à Ravenne et implante autour de la ville une grande partie de son peuple.

La reconquête justinienne, marquée par la prise de la ville par Bélisaire en mai 540, relègue celle-ci au rang d'une métropole régionale, simple siège de la préfecture du prétoire d'Italie. Pourtant, les empereurs byzantins parent Ravenne de nouvelles églises : San Vitale et Sant'Apollinare in Classe, consacrées en 547 et en 549.

Témoin en Occident des splendeurs de l'art byzantin adaptées aux influences locales, assurant par ailleurs, dans une certaine mesure, l'héritage intellectuel de l'Antiquité classique, Ravenne est aussi la tête de pont autour de laquelle l'Empire romain d'Orient organise la défense de ses possessions italiennes face aux Lombards, qui occupent à deux reprises le port de Classis – d'abord entre 579 et 589 puis en 716 – et qui finissent par s'emparer de Ravenne elle-même – d'abord temporairement en 732 ou 733, puis définitivement en 751.

Pour faire face à ce danger pressant, l'empereur en fait à partir de 584 la résidence permanente de l'exarque. Ce dernier s'efforce de défendre la ville en maintenant ouverte la route militaire de Rome et en s'assurant une alliance de revers : celle des Francs, qui, sous le règne de Pépin le Bref, joue finalement au bénéfice du pape. En vertu de l'entrevue de Ponthion le 6 janvier 754 et de l'accord de Quierzy du 14 avril de la même année, c'est en effet à ce dernier que le roi des Lombards Aistolf (749-756) se trouve contraint de céder Ravenne et l'exarchat aux termes des sièges de Pavie (754 et 756). En 773-774, Didier (756-774) provoque l'intervention de Charlemagne, qui met alors fin à l'indépendance lombarde.

La ville, incorporée au « patrimoine de Saint-Pierre », devient partie intégrante du royaume d'Italie en 889, et est revendiquée en vain par l'empereur Nicéphore II Phokas en 966 ; elle est le siège de l'entrevue entre le pape Sylvestre II, l'empereur Otton III en avril 1101 et la délégation envoyée par Étienne de Hongrie, elle est dès lors surtout un centre d'études juridiques (droit romain) et de renouveau de la vie religieuse, où s'établissent au xe s. des moines d'observance clunisienne ainsi que des colonies mixtes de moines et d'ermites.

Assujettie aux rois de Germanie, commune aristocratique au xiie s., chef-ville d'une ligue des villes de Romagne et de Marche hostiles aux Hohenstaufen en 1198, occupée par Frédéric II en 1240, soumise enfin à la seigneurie des Polenta de 1275 à 1441, elle doit accepter d'abord le contrôle économique au xiiie s., puis l'occupation vénitienne de 1449 à 1509. Annexée aux États du Saint-Siège (1509-1797), pillée par les forces françaises de Gaston de Foix, victorieuses des troupes espagnoles le 11 avril 1512, dépeuplée par la malaria, elle n'est plus qu'une ville secondaire, incorporée tour à tour par les Français, à la république Cisalpine (1797), à la République italienne (1802), puis au royaume d'Italie (1805). Restituée en 1815 au Saint-Siège, contre lequel elle se révolte en juin 1859, elle vote son rattachement au Piémont en mars 1860.

RAVENNE, VILLE D'ART

Siège épiscopal à la fin du ive s., les reliques de saint Apollinaire furent transférées de Classis à Ravenne et la ville devint capitale de l'Occident en 402 et le resta jusqu'en 756. Elle vit se succéder des souverains romains, goths et byzantins, qui contribuèrent à l'embellir. De cette période glorieuse, Ravenne n'a conservé que des édifices religieux si l'on exclut le « palais de Théodoric » et son mausolée, monument de pierre qui dresse sa coupole sur un plan décagonal à deux étages et contraste avec les édifices ravennates, tous construits en brique. Tous les plans sont représentés. Les deux baptistères conservés sont des octogones : le baptistère de la cathédrale, appelé aussi baptistère des Orthodoxes, érigé vers 450 par l'évêque Ursus, décoré de reliefs en stuc et de mosaïques, et le baptistère des Ariens, construit sous le règne de Théodoric (fin ve s.), dont seul le décor de la coupole est préservé ; un bandeau circulaire portant la procession des apôtres entoure le motif central représentant le baptême du Christ. Il est intéressant de voir le même thème iconographique traité de façon différente dans deux monuments de même type. Le plan basilical, avec trois nefs terminées par une abside saillante demi-circulaire, des murs hauts à claire-voie, est le plus répandu (Saint-Jean-l'Évangéliste, Saint-Apollinaire-le-Neuf, Sainte-Agathe-Majeure, Saint-François, Saint-Apollinaire-in-Classe). Saint-Apollinaire-le-Neuf (504) fut rendu au culte orthodoxe par Justinien (561). De cette époque subsiste le décor en trois registres des murs de la nef centrale : 26 tableaux illustrant les miracles du Christ, puis 16 prophètes alternant avec les fenêtres, enfin, juste au-dessus de la colonnade, deux grandes processions partant du nord et conduisant un cortège de saintes vers la Vierge à l'Enfant, tandis qu'au sud un cortège de martyrs part du palais de Théodoric et avance vers le Christ trônant. Saint-Apollinaire-in-Classe (549) a conservé uniquement le décor de l'abside et de l'arc triomphal ; au milieu de la conque brille une immense croix latine gemmée vers laquelle regarde le saint, bras levé, escorté de douze brebis, dans un décor paradisiaque où domine le vert. Deux monuments sont de plan cruciforme : l'église Sainte-Croix et le petit mausolée construit (vers 425) par Galla Placidia, juste à côté, qui présente, sur la calotte sphérique placée à la croisée, une croix scintillant au milieu d'un ciel étoilé ; c'est dans une des lunettes de ce monument qu'on peut admirer la mosaïque du Christ Bon Pasteur. Enfin, seul de son genre : Saint-Vital (vers 531-547), grand martyrium de plan octogonal, où l'on perçoit la forte influence constantinopolitaine, souvent comparé à Sts-Serge-et-Bacchus.

La somptuosité des éléments décoratifs (mosaïques à rehauts d'or, placage et chapiteaux en marbre de Proconnès) associée à une certaine austérité architecturale, due au matériau, est l'une des caractéristiques essentielles de tous ces monuments.

La ville compte plusieurs musées : Musée national (œuvres romaines, byzantines, romanes, etc.), Pinacothèque municipale (peinture italienne du xive au xxe s.), Musée archiépiscopal.

L'ÉGLISE SAINT-VITAL

Construite à la demande de l'évêque Ecclesius (vers 531) grâce aux dons du banquier Julianus, cette célèbre église de Ravenne, au plan centré, a été consacrée par Maximien en 547. Elle se présente comme un octogone couronné par une coupole posée sur un haut tambour entouré par un large déambulatoire à deux niveaux s'ouvrant sur l'espace central par 7 exèdres séparées les unes des autres par de gros massifs de maçonnerie recouverts de placage de marbre et reliées par trois arcs posés sur des colonnes monolithiques de marbre veiné. Cet ensemble est flanqué, à l'ouest, par un long narthex légèrement désaxé vers le sud, et à l'est par une abside polygonale et deux pièces circulaires. Outre les éléments de marbre (colonnes, chapiteaux, placages) qui sont d'origine, le monument a conservé son riche décor de mosaïque (sur le mur de l'abside), célèbre par la représentation de Justinien et de l'impératrice Théodora et de leur suite. La richesse du décor intérieur contraste avec l'austérité de la maçonnerie de brique et la massivité du monument, dont les proportions intérieures sont très élancées. L'attribution de l'église au culte du martyr Vital est encore controversée : la présence des portraits impériaux et la proximité du palais impérial ont pendant longtemps valu au monument d'être considéré comme l'église palatine de Ravenne.