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Les invasions germaniques et scandinaves dans les îles Britanniques

histoire de la Grande-Bretagne

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Grande-Bretagne : histoire

Celtes, Romains, Saxons… : Peuplées dès la préhistoire, les îles Britanniques sont occupées par les Celtes à partir du VIIIes. avant J.-C., puis conquises par les Romains au Ier s. avant J.-C. Après le départ de ces derniers, cinq siècles plus tard, elles voient les Saxons et les Angles, puis les Scandinaves s'établir sur leurs terres.
XIe-XIIIe siècles : Après la conquête par les Normands : À l'issue de la bataille d'Hastings (1066), les Normands s'emparent d'une Angleterre morcelée en petits royaumes et lui imposent une structure féodale hiérarchique qui s'étend jusqu'au pays de Galles et à des provinces françaises sur le continent. Face à la contestation des barons en 1215, le roi Jean sans Terre accepte une Grande Charte qui institue un Parlement.
XIVe-XVIe siècles : L'essor d'une nation et d'un pouvoir central : La guerre de Cent Ans qui s'engage au XIV es. contre le roi de France voit finalement les Anglais chassés de leurs possessions continentales et est suivie d'un conflit interne, dite guerre des Deux-Roses, pour la succession au trône, qui décime la noblesse du pays. Restaurée par l'avènement des Tudor (fin du XVes.), la monarchie anglaise rompt le lien qui l'unissait à Rome lorsque Henri VIII prend les rênes de l'Église du pays (1534), instituant un compromis entre le catholicisme et le protestantisme, l'anglicanisme.
XVIIe siècle : Une monarchie contestée mais puissante : Le règne d'Élisabeth Ire (1558-1603) jette un peu plus les bases d'une puissance émergente, économiquement et militairement. À sa mort, puisqu'elle n'a pas d'enfant, c'est le roi d'Écosse Jacques VI, qui lui succède sur le trône d'Angleterre sous le nom de Jacques Ier. La Grande-Bretagne naît de l'union des deux couronnes.
   Mais la contestation religieuse et la résistance de nombreux protestants stricts au virage absolutiste pris par la monarchie aboutit à la première révolution (1642), suivie de la décapitation du roi Charles Ier (1649) et de l'instauration d'une république dirigée par Oliver Cromwell.
   La restauration des rois Stuart à partir de 1660 n'éteint cependant pas les sources du conflit, et une seconde révolution éclate en 1688, évinçant du pouvoir Jacques II, pour le remplacer par la famille protestante d'Orange, ce qui fonde les bases d'une monarchie constitutionnelle.
XVIIIe-XIXe siècles : L'hégémonie anglaise : Désormais politiquement stable, la Grande-Bretagne s'engage un peu plus sur la voie du développement colonial, agricole et économique. Par ailleurs, l'union de l'Angleterre et de l'Écosse, d'abord personnelle, est devenue celle des deux royaumes en 1707. Un siècle plus tard, c'est l'Irlande qui est officiellement unie à la Grande-Bretagne (→ Acte de 1800).
   Malgré la perte de ses colonies américaines en 1783, elle connaît une prospérité sans précédent. L'industrialisation accélérée du pays contribue à accentuer les divisions sociales mais aussi à étendre sa domination à toute la planète au XIX esiècle.
Du début du XXe siècle à nos jours : De fait, après cette ère de puissance quasi incontestée, le Royaume-Uni doit faire face à de nouveaux concurrents, notamment à l'essor spectaculaire des anciens sujets américains avec lesquels il s'enorgueillit désormais de nouer une « relation spéciale ». Il voit sa prééminence s'affaiblir : il est privé de la plus grande partie de son extension irlandaise dès 1921, affecté par la grande dépression des années 1930, saigné par son engagement contre les Empires centraux et les pays fascistes dans les guerres mondiales. Perdant par la suite l'ensemble de son Empire colonial, celui qui fait longtemps figure d'« homme malade » de l'Europe, rejoint néanmoins la Communauté économique européenne en 1973.
   Avec l'arrivée de Margaret Thatcher à sa tête (1979) et la révolution conservatrice qu'elle engage jusqu'en 1990, démantelant une partie de l'édifice de l'État providence mis en place à partir de 1945, la Grande-Bretagne fait office, avec les États-Unis de Ronald Reagan, de laboratoire d'un néo-libéralisme triomphant. Une option que ne semblent pas renier complètement les Premiers ministres qui se sont succédé depuis. Et ce, malgré la grande récession qui, à partir de 2008, paraît pourtant mettre en cause ses excès et conduire durablement le royaume et ses sujets vers des années difficiles.

1. Le peuplement de la Grande-Bretagne

IIIe millénaire avant J.-C. : les peuples qui occupent les îles Britanniques à l'époque préhistorique s'individualisent. L'un, venu de la péninsule Ibérique, a laissé sur les côtes sud et ouest des mégalithes.

2400 avant J.-C. : d'autres peuples, les Campaniformes (Beaker Folk), arrivent en deux vagues principales ; ils se distinguent par des coupes qui ornent leurs sépultures (→ campaniforme).

À partir du

VIIIe s. avant J.-C. : invasions celtes, avec des temps forts vers 400 avant J.-C. (culture caractéristique du La Tène moyen), et, au Ier s. avant J.-C., l'installation de populations gauloises et belges ; la langue celtique s'impose sous ses deux formes différentes : le brittonique et le gaélique. Les Pictes de Calédonie (Écosse) sont, quant à eux, plus proches des populations protoceltes.

Ier s. avant J.-C. : la conquête et l'occupation romaines transforment la structure du pays par l'établissement de villes et de routes, mais elles ne modifient guère la composition ethnique de la population.

407 après J.-C. : départ des dernières troupes romaines (ni l'Irlande ni l'Écosse n'ont été occupées), laissant les populations celtiques à elles-mêmes. Mais les régions les mieux romanisées sont déjà chrétiennes et participent à la vie de la chrétienté (Pélage, l'adversaire de saint Augustin, est un Breton) ; de jeunes Bretons, formés en Gaule ou à Rome, évangélisent l'Irlande (saint Patrick), l'Écosse (saint Ninian) et le pays de Galles (saint Illtud).

Ve s. : l'absence d'autorité politique provoque le désordre ; c'est l'âge d'or de la piraterie irlandaise, et, à l'intérieur même de l'île de Bretagne, les luttes des chefs favorisent la venue de mercenaires germaniques dès le milieu du Ve s. Saxons, Jutes et Angles s'installent d'abord sur les côtes, mais peu à peu repoussent les Celtes vers l'intérieur.

VIe-VIIe s. : les Saxons ont pris l'habitude de mener sur les côtes anglaises des raids de pillage ; mais l'abandon des troupes romaines et la montée persistante du niveau des eaux sur les côtes frisonnes où ils vivaient les poussent à s'installer dans l'île de Bretagne. Malgré une résistance, dont la légende arthurienne peut être l'écho (→ Arthur), les Celtes sont rejetés dans des réduits défensifs : les Cornouailles, le pays de Galles, le Cumberland et le Galloway ; certains colonisent l'Armorique (dès lors devenue Bretagne) ; d'autres passent en Irlande. Les Pictes, de leur côté, sont attaqués à la fois par les Angles, qui s'installent dans les Lowlands, et par des Irlandais, les Scots, qui occupent la côte ouest et vont donner leur nom à l'Écosse.

VIe s. :

germaniques, les nouveaux occupants sont aussi païens ; leur conversion, longue et difficile, est menée à la fois par des Irlandais et des missionnaires envoyés de Rome (saint Augustin, installé à Canterbury en 597), qui se livrent une âpre concurrence : la tendance romaine l'emporte alors, et l'Angleterre anglo-saxonne devient ainsi un grand centre de civilisation et de christianisme (Bède, Alcuin, saint Boniface), mais, au lieu d'être un ferment d'unité, cette évangélisation accentue encore la coupure entre les peuples britanniques, les Celtes d'un côté, les Germaniques de l'autre.

IXe s. :

les Scandinaves s'installent dans les îles, sur les côtes de l'Irlande et de l'Écosse du Nord, et surtout dans le Danelaw, au nord d'une ligne allant de l'embouchure de la Tamise à celle de la Dee. Le roi danois Sven et son fils Knud finissent même par conquérir l'Angleterre, sur laquelle leur dynastie règne jusqu'en 1042. Car, malgré une brillante civilisation, les Anglo-Saxons n'ont pas réussi à édifier une structure politique solide et ont créé des royaumes jaloux de leurs particularismes. Si les souverains de Wessex ont, avec Alfred (871-899), établi une hégémonie que les Danois seuls remettront en cause, l'Angleterre reste diverse : ce manque de cohérence est à l'origine de la défaite infligée au dernier roi anglo-saxon, Harold, par son compétiteur normand.

1066 :

conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie.

Pour en savoir plus, voir les articles Celtes, Grandes invasions.

2. La formation de la Grande-Bretagne

2.1. Les conséquences de la conquête

L'hétérogénéité ethnique de l'Angleterre est renforcée par la conquête normande, car avec le duc normand arrive une aristocratie francophone qui va s'assurer le gouvernement du pays. Inconnu des élites, l'anglo-saxon cesse d'être écrit. Les structures féodales, fondées sur les liens d'homme à homme, sont imposées d'en haut par le souverain avec une rigueur et une régularité inconnues sur le continent.

   

Ces structures féodales permettent aux rois normands et angevins de constituer de véritables empires personnels, qui comprennent, outre l'Angleterre, d'énormes domaines continentaux (Normandie, Maine, auxquels Henri II ajoute la Touraine et l'Anjou, puis, après son mariage avec Aliénor, l'Aquitaine et le Poitou) et des principautés clientes (Bretagne, Écosse).

   Les bastions celtiques résistent mal au dynamisme de cette féodalité conquérante : les barons normands s'implantent dans les Marches de Galles, grignotant les principautés galloises, et s'installent dans l'est de l'Irlande autour de Dublin. Paradoxalement, cette hétérogénéité de l'empire va donner à l'Angleterre son homogénéité. Conquise, elle a reçu de la monarchie des institutions uniformes qui réduisent les diversités régionales : partout a cours le droit des tribunaux royaux, la Common Law. Ensuite, l'exploitation forcenée des ressources du pays à laquelle les entreprises continentales des rois conduisent a le double effet de doter l'Angleterre de structures politiques et administratives très avancées, et de susciter une résistance qui donne vie et cohésion à la société politique.

   Pour en savoir plus, voir l'article féodalité.

2.2. Les XIIIe et XIVe s.

Les révoltes des barons (Magna Carta ou Grande Charte, 1215) préludent à l'essor du Parlement. L'échec final des Plantagenêts en France laisse apparaître une Angleterre bien individualisée.

   La guerre de Cent Ans, malgré des succès passagers, se termine par la défaite du roi d'Angleterre, qui perd ses dernières possessions en France (Calais excepté) et doit renoncer à la couronne de France ; mais le cordon ombilical avec la France est coupé : l'anglais devient de nouveau la langue de l'élite.

   En Écosse, la féodalisation a permis l'unification du pays sous l'égide de la monarchie, et la nation écossaise se forge dans l'épreuve que lui imposent les prétentions du roi d'Angleterre Édouard Ier de 1292 à 1307. La nouvelle monarchie qu'édifie Robert Bruce à partir de 1306 est nationale, et la déclaration d'Arbroath de 1320 est sans doute la première affirmation moderne du principe national en Europe.

2.3. Du XVe au XVIIe s.

L'anglais devient la langue du gouvernement et de l'Administration, tandis que les Anglais prennent conscience du fait qu'ils sont une nation (XVe s.). L'absence de féodalisation interdit aux principautés d'Irlande et du pays de Galles de surmonter leurs divisions : le pays de Galles a été conquis à la fin du XIIIe s. par Édouard Ier ; l'Irlande est un peu protégée par l'engagement anglais pendant la guerre de Cent ans et les luttes internes de la guerre des Deux-Roses (1450-1485), mais, dès le XVIe s., son sort est scellé.

   

Henri VIII se proclame roi d'Irlande en 1541 et restaure l'autorité anglaise, tandis que Marie Tudor et Élisabeth, organisant les « plantations », ouvrent l'ère de la colonisation de l'île.

   D'abord fournisseurs privilégiés de la draperie flamande, les Anglais se mettent à produire eux-mêmes les draps à partir du XIVe s., grâce aux avantages que leur confèrent les tarifs douaniers d'Édouard III. Aussi l'élevage du mouton se développe-t-il, poussant la gentry (ensemble des nobles ayant droit à des armoiries) à enclore les communaux (→ mouvement des enclosures). Sous Henri VIII et Élisabeth Ire, les profits considérables ainsi accumulés vont permettre, une fois que la marine a brisé le monopole hispano-portugais sur les océans, l'essor de la colonisation anglaise.

   

L'essor économique de l'Angleterre, la puissance de sa monarchie restaurée après la guerre des Deux-Roses par Henri VII et Henri VIII assurent l'hégémonie anglaise dans les îles Britanniques. En fondant l'Église anglicane et en adoptant la voie d'un protestantisme modéré, Henri VIII a, de plus, permis aux protestants écossais de regarder vers l'Angleterre d'un œil nouveau. Aussi l'Écosse ne s'oppose-t-elle guère à l'union lorsque son souverain, Jacques VI, devient en1603 roi d'Angleterre (sous le nom de Jacques Ier), Élisabeth Ire n'ayant pas d'enfant : la Grande-Bretagne naît de cette union des deux Couronnes, union qui n'est encore que personnelle et qui ne sera achevée qu'en 1707.

   Pour en savoir plus, voir les articles Angleterre, colonisation, Compagnie anglaise des Indes orientales.

3. Les puritains contre la monarchie

3.1. Le règne de Jacques Ier Stuart (1603-1625)

1604 :

à l'assemblée de Hampton Court, Jacques Ier Stuart, dont l'origine écossaise a éveillé l'espoir du clergé presbytérien, prend nettement parti pour la Haute Église, s'alignant ainsi sur la politique d'Élisabeth. La même année, le traité de Londres met la Grande-Bretagne en paix avec l'Espagne tout en lui permettant d'aider les Provinces-Unies.

1605 : découverte d'un complot catholique mené par Guy Fawkes et Robert Catesby, qui avaient projeté de faire sauter le roi et le Parlement le 5 novembre (→ Conspiration des poudres).

1612 : le gouvernement du roi et de ses favoris. Le favori en titre est alors Robert Carr (Ker), nommé vicomte de Rochester en 1611 et comte de Somerset en 1613.

1614 : convocation d'un Parlement, immédiatement dissous (comme le sera celui de 1621). Les difficultés financières du roi amènent celui-ci à concéder des monopoles commerciaux, dont certains se révèlent très nuisibles à l'économie.

1616 : le scandale du meurtre d'Overbury par la comtesse de Somerset fait beaucoup de tort au roi lui-même. George Villiers (1592-1628), bientôt duc de Buckingham, remplace Somerset et devient alors le personnage le plus puissant, assisté de sir Francis Bacon et de Lionel Cranfield (1575-1645).

1616-1623 : les Angais, à partir de l'Inde, où Thomas Roe a obtenu la permission de s'établir, sont très actifs dans l'océan Pacifique. Mais leurs commerçants ayant été massacrés par les Hollandais, ils concentrent leurs efforts sur l'Inde.

1618-1624 : début de la guerre de Trente Ans. Au grand mécontentement de l'opinion publique, Jacques Ier ne rompt pas avec l'Espagne. Buckingham impose une optique anti-espagnole à la diplomatie anglaise. C'est à lui que revient à partir de 1624 la réalité du pouvoir.

Pour en savoir plus, voir l'article Stuart.

3.2. Le règne de Charles Ier (1625-1649)

1625 :

mariage du roi avec Henriette-Marie, fille du roi de France Henri IV. Dissolution du Parlement. Expédition de Cadix, lamentable échec de la flotte anglaise.

1626 : le deuxième Parlement marque sa méfiance envers Buckingham. Le roi doit le dissoudre et se trouve dans une difficile situation financière.

1626-1627 : rupture avec la France. Charles a renvoyé l'entourage de son épouse, Henriette-Marie, parce que catholique. Les Français ayant manifesté leur mécontentement, il décide alors de voler au secours des protestants français, retranchés à La Rochelle. L'expédition de l'île de Ré, menée par Buckingham, est un fiasco.

1628 : assassinat de Buckingham.

1628-1629 : le troisième Parlement convoqué par le roi manifeste une violente opposition à la politique royale. Mené par John Eliot, Edward Coke, John Pym et John Selden, il adopte la Pétition de droit (Petition of Right), que le roi, pressé par ses besoins d'argent, est forcé d'accepter. Mais il voulait aussi que le roi arrêtât de lever les taxes dites Tonnage and Poundage, ce qu'il faisait sans son autorisation. Le roi fait dissoudre le Parlement et essaie dès lors de gouverner seul, entouré de William Laud (archevêque de Canterbury en 1633), du lord trésorier Richard Weston (comte de Portland en 1634) et de Thomas Wentworth (comte de Strafford en 1640), à qui est confiée l'Irlande.

1629 : paix avec la France.

1630 : paix avec l'Espagne.

1634 : institution du ship money, que paient d'abord les comtés maritimes, puis les comtés de l'intérieur, pour permettre au roi d'équiper sa marine. La résistance est grande contre cet impôt impopulaire.

1637-1640 : le nouveau livre de prières (Prayer Book), préparé par Laud, entre en vigueur (1637). Très hostile aux puritains, Laud a renforcé délibérément les aspects proches du catholicisme qui pouvaient subsister dans l'anglicanisme. Une véritable atmosphère de persécution religieuse se développe. Chassés par l'épiscopalisme, les puritains s'installent, de 1628 à 1638, en de nombreux points de l'Amérique du Nord, rejoints en 1634 par quelques catholiques. Épiscopaliste zélé, Charles veut appliquer les mesures de Laud à l'Écosse, tout entière presbytérienne. Une armée de 20 000 hommes ne peut venir à bout des Écossais, menés par Argyll, Montrose et Leslie (première « guerre des évêques », à laquelle met fin le traité de Berwick en 1639). Ne voulant pas renoncer, Charles fait venir Strafford d'Irlande et engage immédiatement la seconde « guerre des évêques ». Cette fois-ci, son armée est battue à Newburn (août 1640) ; il faut décidément de l'argent au roi, et, pour cela, il n'y a qu'un moyen : convoquer le Parlement.

1640-1642 : le Long Parlement, réuni en novembre 1640, compte une grande majorité de membres hostiles au roi. Il commence par envoyer Laud à la Tour de Londres (où étaient emprisonnés les prisonniers politiques) et Strafford à l'échafaud (mai 1641). Le roi y consent. Le ship money, les tribunaux d'exception sont abolis. Les excès des parlementaires finissent par constituer un puissant parti autour du roi, surtout composé d'anglicans modérés. Mais le roi décourage ses partisans par de grosses fautes politiques, par exemple en négociant secrètement avec les catholiques irlandais révoltés.

juin 1642 : le Parlement soumet au roi les Dix-Neuf Propositions, véritable ultimatum qui lui ôte tout pouvoir réel. Il refuse : la guerre civile s'ouvre.

1643 : les forces royalistes ont l'avantage, mais ne peuvent opérer leur jonction, car elles sont retenues par le siège des trois villes de Gloucester, Hull et Plymouth. Les 20 et 21 septembre, la bataille de Newbury est une victoire des parlementaires, qui, après la bataille de Winceby, peuvent conquérir le Lincolnshire. Les chances des royalistes d'obtenir une victoire rapide s'estompent : tandis qu'ils resserrent leurs liens avec les Irlandais, les parlementaires concluent un covenant (une association) avec les Écossais, se rangeant ainsi sous l'égide du presbytérianisme.

1644 : les parlementaires remportent une victoire décisive dans le Nord, à Marston Moor (2 juillet), où Cromwell joue un rôle déterminant. Seule l'incurie du général parlementaire, le comte de Manchester, sauve Charles Ier d'une défaite définitive à la seconde bataille de Newbury.

1645 : Cromwell a réorganisé l'armée parlementaire, qui est victorieuse à la bataille de Naseby (14 juin). En septembre, Montrose, qui a pris le parti du roi en Écosse et qui semblait devoir l'emporter, est écrasé par Leslie (bataille de Philiphaugh).

mai 1646 : Charles se rend aux Écossais de Leslie, qui l'abandonnent aux Anglais.

1647 : l'armée s'empare du roi, puis entre dans Londres (août) : fort de son succès, Cromwell peut alors épurer l'armée. Mais il ne réussit pas mieux que les presbytériens à s'entendre avec le roi, qui entame alors des négociations avec les Écossais.

juillet-août 1648 : l'armée de Cromwell et de Fairfax taille en pièces les troupes des presbytériens anglais et écossais (bataille de Preston).

septembre 1648 : Cromwell règle la situation en Écosse.

octobre 1648 : la majorité presbytérienne du Parlement penchant pour une reprise des négociations, Cromwell fait interdire l'entrée de la salle des réunions aux presbytériens ; seule subsiste la minorité parlementaire, le Parlement croupion (Rump Parliament).

décembre 1648 : un tribunal est constitué pour juger Charles Ier.

1649 : le 30 janvier, Charles Ier est exécuté.

Pour en savoir plus, voir les articles anglicanisme, presbytérianisme.

3.3. La période républicaine

1649-1651 :

Cromwell commence par pacifier l'Irlande. Dès mai 1650, il juge suffisants les résultats qu'il a obtenus (par des méthodes sanglantes) et il rentre en Angleterre. Les Écossais se sont en effet ralliés à Charles II, le fils de Charles Ier, mais Cromwell écrase leurs troupes à la bataille de Worcester (septembre 1651). Charles II ne s'échappe que de justesse.

1653 : Cromwell dissout le Long Parlement. Il le remplace par le « Parlement nommé », que ses opinions religieuses l'obligent à dissoudre également. Le 16 décembre, l'Instrument of Government (la première Constitution écrite qu'ait eue l'Angleterre) établit le Protectorat (Régence), sous lequel l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande se trouvent unies et sont représentées par le même Parlement. Cromwell commence par réorganiser l'Église, l'ouvrant à plusieurs tendances (presbytériens, « indépendants », baptistes), n'en excluant que les anglicans épiscopaliens et les catholiques.

1654 : fin de la guerre contre les Provinces-Unies. Celles-ci reconnaissent la validité de l'Acte de navigation, qui, depuis 1651, interdit aux navires étrangers de commercer avec les colonies anglaises. La politique mercantiliste prévaut alors. Le Parlement voulant remettre en question l'Instrument of Government, Cromwell le dissout.

1655 : les Anglais s'emparent de la Jamaïque.

1656-1657 : le second Parlement réuni par Cromwell ne réussit pas mieux que le premier. Le Protecteur (Régent) devra le dissoudre en février 1658.

1657-1658 : la guerre contre l'Espagne est facilitée par l'alliance avec la France. Tandis que l'amiral Blake écrase la flotte espagnole à Santa Cruz de Tenerife (1657), les Français remportent la victoire des Dunes (1658). L'Angleterre y gagne Dunkerque.

1658-1659 : le 3 septembre, mort de Cromwell. Son fils Richard le remplace, mais il abandonne ses fonctions le 25 mai 1659. Les dissensions entre les chefs de l'armée créent un véritable vide du pouvoir, qui va faciliter la Restauration.

1659-1660 : le général George Monk, qui occupe l'Écosse, descend sur Londres, où il évince son plus dangereux rival, le général John Lambert. Il convoque un Parlement et entame aussitôt des négociations avec Charles II, réfugié en Hollande. Sur les conseils d'Edward Hyde (comte de Clarendon en 1661), Charles II publie la déclaration de Breda, qui promet une amnistie générale, le paiement des troupes de Monk, la liberté religieuse et la reconnaissance des prérogatives parlementaires ; le Parlement accepte la déclaration et, en mai 1660, Charles II est de retour à Londres.

4. Vers un nouvel équilibre (1660-1714)

4.1. Le règne de Charles II (1660-1685)

1661 :

élection d'un Parlement dont la majorité épiscopalienne empêche le roi d'appliquer ses principes de tolérance.

1662 : l'Acte d'uniformité rend obligatoire le livre de prières de Laud, amendé. Les prêtres qui refusent de s'y conformer rejoignent les presbytériens en dehors de l'Église d'Angleterre. La Déclaration d'indulgence que propose le roi est refusée.

1663 : le Staple Act oblige tous les produits coloniaux à transiter par la Grande-Bretagne, ruinant ainsi le commerce intercolonial.

1665 : la grande peste.

1666 : l'incendie de Londres.

1665-1667 : la rivalité commerciale qui oppose l'Angleterre et les Provinces-Unies se transforme en guerre. Après une série de batailles navales, plutôt favorables aux Anglais, ceux-ci laissent brûler leurs vaisseaux par une flotte hollandaise à Chatham. Ils doivent conclure la paix de Breda (31 juillet 1667).

1667-1674 : le gouvernement de Charles II et de la « Cabal », qui regroupe les conseillers du roi, se distingue par une remarquable incohérence. Charles II en est en grande partie responsable, puisque, à la diplomatie officielle de son gouvernement, fondée sur une Triple-Alliance protestante (avec la Suède et les Provinces-Unies), il surimpose une diplomatie secrète, axée sur l'alliance avec la France et l'hostilité aux Provinces-Unies. Dans ces conditions, les Anglais échouent lors de la seconde guerre contre les Provinces-Unies (1672-1674) ; le traité de Westminster qui y met fin ne fait que ramener au statu quo (19 février 1674).

1674-1685 : le Parlement reprend une place prépondérante dans la vie politique. Danby, qui a d'abord la confiance du roi, dirige le parti tory, et Shaftesbury le parti whig (les termes n'apparaissent qu'en 1679). Le premier est le « parti de la Cour », et fonde son programme sur le renforcement de l'autorité royale, le second est le Country Party, qui insiste, en principe, sur la prérogative parlementaire. Danby est vite en difficulté, en raison de la duplicité de la diplomatie de Charles II, qui l'oblige à conclure un traité secret avec la France catholique, alors qu'officiellement l'Angleterre se rapproche des Provinces-Unies protestantes (mariage de Marie d'York, nièce de Charles II, avec Guillaume d'Orange). Or, dans le pays, se développe une véritable « psychose » du complot catholique (Popish Plot), qui culmine en 1678 avec la découverte d'un prétendu complot par Titus Oates. Le futur Jacques II doit s'exiler.

4.2. Le règne de Jacques II (1685-1688)

1685-1687 : Jacques II, fort d'une spectaculaire remontée du torysme, peut sans mal écraser deux soulèvements qui n'obtiennent l'appui que d'une petite partie des whigs et des protestants, celui d'Archibald Campbell, 9e comte d'Argyll, en Écosse, et celui du duc de Monmouth, l'un des bâtards de Charles II, dans l'ouest de l'Angleterre. La répression est sévère.

1687-1688 : Jacques II veut obtenir la suppression des mesures de discrimination prises sous Charles II à l'encontre des catholiques, mais ne peut vaincre l'obstination du Parlement. Il dissout celui-ci, et, dès lors, les catholiques reparaissent dans l'Administration, dans l'armée et jusqu'au sein du gouvernement. Les tories commencent à abandonner le roi, qui cherche, sans grand succès, des alliés parmi les protestants dissidents par ses « Déclarations d'indulgence » (1687 et 1688). La Déclaration de 1688 doit être lue dans les églises : sept évêques s'y opposent. Jacques II les fait jeter en prison. Le jour même où ces évêques sont triomphalement acquittés, sept puissants personnages (dont le chef des whigs, Cavendish, 1er duc de Devonshire, et celui des tories, Danby) demandent à Guillaume d'Orange de venir sauver l'Angleterre du catholicisme et de l'arbitraire royal (30 juin 1688).

1688 : Guillaume d'Orange, débarqué au début de novembre, ne se heurte à aucune résistance sérieuse. Le mois suivant, Jacques II s'enfuit en France.

4.3. Guillaume III, Marie II et Anne (1689-1714)

1688-1689 : une fois Guillaume d'Orange entré à Londres, la Convention (il ne peut s'agir d'un Parlement puisqu'elle n'a pas été convoquée par le roi) décide, par la Déclaration des droits (Bill of Rights), que Jacques II a renoncé de lui-même à la couronne et qu'elle passe donc à Marie et à son époux, Guillaume. Ceux-ci règnent conjointement sous le nom de Marie II et Guillaume III, la réalité du pouvoir revenant, en fait, à Guillaume. L'Acte de tolérance (Toleration Act), dans le domaine religieux, la Déclaration des droits dans le domaine politique, lui fournissent des bases solides. Mais les difficultés ne se font pas attendre : en Écosse, où la révolte menée par John Graham of Claverhouse, vicomte de Dundee, échoue, malgré la victoire de Killiecrankie (juillet 1689) ; en Irlande, où le gouverneur Richard Talbot, duc de Tyrconnel, mis en place par Jacques II, cherche à susciter parmi les catholiques irlandais un mouvement de soutien à Jacques II. Catholiques irlandais et protestants « orangistes » – les colons anglais – s'affrontent en une véritable guerre civile, sans que l'on se soucie de Jacques II. Ce dernier débarque bien avec des renforts français, mais sa défaite sur la Boyne (juillet 1690) sonne le glas des espoirs irlandais.

1689-1694 : les Anglais, qui ont rejoint la coalition contre la France, essuient d'abord de sévères défaites (victoire française de Tourville au large de Beachy Head, 10 juillet 1690). Il faut attendre 1692 pour que la chance tourne sur mer (victoire anglo-hollandaise de la Hougue, 1692) et 1695 pour que Guillaume d'Orange remporte un succès sur terre (prise de Namur). Le traité de Ryswick (1697) ne fait qu'entériner les conquêtes anglaises depuis 1678. Il est vrai que Guillaume III est enfin reconnu comme roi d'Angleterre par la France.

1694 : création de la Banque d'Angleterre.

1701 : l'Acte d'établissement (Act of Settlement) prévoit qu'après la mort d'Anne, dernière fille de Jacques II, la couronne passera à Sophie, l'Électrice de Hanovre, petite-fille de Jacques Ier, au détriment des Stuarts catholiques réfugiés en France. Les excès des tories permettent le retour en force des whigs au Parlement, peu avant la mort de Guillaume.

1702-1714 :

Anne est dominée au début de son règne par le duc de Marlborough, qui est tory. Le grand dessein de celui-ci est d'engager à fond l'Angleterre contre la France dans la guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714). Aidé par lord Godolphin, Marlborough réussit, mais doit pour cela passer au parti whig. Malgré de brillants succès (Blenheim, 1704 ; Ramillies, 1706 ; Audenarde, 1708 ; Malplaquet, 1709), les sacrifices qu'impose la guerre permettent la remontée des tories, qui l'emportent en octobre 1710. La guerre rapporte pourtant beaucoup, ouvrant au commerce anglais le Portugal et ses colonies (traité de Methuen, 1703, et donnant à l'Angleterre (paix d'Utrecht, 1713) Terre-Neuve, l'Acadie, les territoires de la baie d'Hudson, Gibraltar (conquise en 1704) et Minorque, tandis que le privilège de l'asiento (fourniture des esclaves noirs aux colonies espagnoles) et la pratique du vaisseau de permission lui ouvrent les colonies espagnoles.

1707 : Acte d'union, qui unit les royaumes d'Angleterre et d'Écosse.

1713 : les whigs essaient de faire venir à Londres George, l'Électeur de Hanovre, tandis que les tories, menés par Bolingbroke, complotent en faveur de Jacques Édouard Stuart. Mais le complot échoue, le parti tory, compromis avec le catholicisme et les impopulaires Stuarts, est ruiné, et ses chefs sont exilés (Bolingbroke) ou emprisonnés.

1714 : la couronne passe aux Hanovre.

5. Le temps des whigs (1714-1760)

5.1. Le règne de George Ier (1714-1727)

1714-1717 : le roi étant plus allemand qu'anglais, les responsabilités du gouvernement sont partagées entre Charles Townshend, James Stanhope (Affaires étrangères), Robert Walpole et Charles Sunderland.

1715-1716 : les jacobites paraissent avoir une chance en Écosse, où ils peuvent compter sur tous les tories et sur ceux des whigs qui n'ont pas accepté l'Acte d'union en 1707 ainsi que, dans les Highlands, sur les ennemis des Campbell. Mais la révolte jacobite échoue et le prétendant Stuart, qui a débarqué en Écosse en décembre 1715, doit retourner en France.

1716 : le Parlement voit sa durée portée à sept ans (Septennial Act) ; il dépend, dès lors, surtout des grandes familles whigs.

1716-1718 : à la faveur des rivalités entre la France et l'Espagne, l'Angleterre se rapproche de la France. Stanhope négocie d'abord une Triple-Alliance avec la France et les Pays-Bas (1717), puis une Quadruple-Alliance, où l'Empire rejoint les trois puissances (1718). La seule contribution notable des Anglais est la victoire du cap Passero (1718), où la flotte de l'amiral George Byng (1663-1733), vicomte Torrington, détruit la flotte espagnole. En 1717, un schisme s'est produit entre les whigs. Les uns (Towshend, Walpole), trouvant la politique étrangère plus inspirée par les intérêts du Hanovre que par ceux de l'Angleterre, quittent le gouvernement, tandis que les autres se regroupent autour de Sunderland et de Stanhope.

1721 :

Walpole devient Premier lord de la Trésorerie et chancelier de l'Échiquier. Il cherche à mener une politique conciliante.

1723 : retour en Angleterre de Bolingbroke, qui s'attache à ressusciter un torysme entièrement dégagé de toute compromission avec les Stuarts.

1727 : à la mort de George Ier, George II monte sur le trône. Son épouse, Caroline Wilhelmine, sera le meilleur soutien de Walpole.

5.2. Le règne de George II (1727-1760)

1730 : John Carteret (1690-1763), comte Granville, rompt avec Walpole, dont l'isolement politique va grandissant.

1737 : l'opposition à Walpole (whigs dissidents et « new tories ») se regroupe autour de Frederick Louis (1707-1751), prince de Galles, à Leicester House. De violentes émeutes éclatent à Édimbourg.

1738-1740 : à Oxford, John Wesley prononce son premier sermon. À partir de 1740, la prédication méthodiste se répand dans toute l'Angleterre.

1741-1742 : les élections (1741) sont perdues par Walpole, qui doit abandonner le pouvoir (1742).

1742-1744 : ministère whig, dirigé par Carteret, Newcastle et Henry Pelham, deux alliés de Walpole.

1744 : chute du ministère Carteret. Pelham restera le pivot du gouvernement whig jusqu'en 1754. L'Angleterre joue un rôle de plus en plus important dans la guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748), surtout après l'entrée de William Pitt au ministère.

1745 : les Anglais sont battus par le maréchal Maurice de Saxe à Fontenoy (→ bataille de Fontenoy).

1745-1746 : le prétendant Stuart, Charles Édouard, débarque en juillet 1745 en Écosse ; il est écrasé à la bataille de Culloden (16 avril 1746) : une violente répression ainsi que des réformes profondes, destinées à favoriser l'assimilation de l'Écosse à l'Angleterre, sapent les derniers restes d'influence jacobite en Écosse.

1754-1756 : à la mort de Pelham, Thomas Pelham-Holles, duc de Newcastle, prend la tête du Cabinet.

1757 :

une coalition Pitt-Newcastle dirige le Cabinet. Mais c'est Pitt qui s'occupe de toutes les affaires importantes, et surtout de la guerre.

1756-1763 : guerre de Sept Ans, qui est l'aboutissement d'une longue rivalité entre la France et l'Angleterre pour la constitution de leurs empires respectifs. Le traité de Paris, signé en 1763, accorde à l'Angleterre le Canada, la Floride (en échange de Cuba et de Manille, rendues à l'Espagne), toute une série des petites Antilles (Montserrat, Saint-Vincent, la Grenade) – mais non la Guadeloupe et la Martinique (les « îles à sucre ») –, le Sénégal et tous les territoires que la France possédait à l'est du Mississippi (sauf La Nouvelle-Orléans). L'Angleterre domine le monde sans rivale.

Pour en savoir plus, voir l'article méthodisme.

6. Le règne de George III (1760-1820)

1760-1762 :

influencé par son conseiller, John Stuart, comte de Bute, un des chefs du nouveau torysme, George III se débarrasse des whigs. Pitt abandonne le pouvoir en 1761, et Newcastle en 1762.

1762-1763 : ministère tory de Bute.

1763-1765 : ministère Grenville, appuyé sur la faction whig hostile à Pitt ; mais George Grenville provoque l'affaire Wilkes. Ce député, ayant attaqué le roi dans un article, est poursuivi pour injure au roi : bien que la justice ait tranché en sa faveur, il est obligé de s'exiler.

1765-1766 : ministère de Rockingham.

1766-1768 : ministère Pitt.

1770-1782 : ministère de Frederick North, qui se maintient contre les whigs de Pitt et les « nouveaux whigs » menés par Edmund Burke et Charles James Fox.

1773 :

les incidents de Boston montrent l'indignation des Américains devant la politique de taxation entreprise par l'Angleterre, qui estiment qu'un Parlement où ils ne sont pas représentés ne saurait leur imposer de payer des taxes.

1775-1783 : guerre de l'Indépendance des colonies américaines (Déclaration d'indépendance américaine, 1776). La reddition d'une armée britannique à Saratoga (1777) décide la France (1778), l'Espagne (1779) et la Hollande (1780) à soutenir les colons.

1782 : la victoire navale de l'amiral Rodney à la Dominique sauve les Antilles anglaises. Cependant, North doit se retirer, et George III faire appel aux whigs (cabinet Rockingham [1782] et celui du comte de Shelburne [1782-1783]).

1783 : l'Angleterre, au traité de Versailles, reconnaît l'indépendance des colonies américaines, devenues les États-Unis d'Amérique. Elle cède à la France Tobago, le Sénégal et Saint-Pierre-et-Miquelon, et à l'Espagne Minorque et la Floride.

1783-1784 :

pendant un temps, une coalition hétéroclite de whigs (Fox) et de tories (North) gouverne. Le roi, excédé par la domination des factions, fait appel (décembre 1783) à William Pitt (dit le Second Pitt), qui finit par s'assurer le soutien des tories et de quelques whigs. Les élections de 1784 assurent une majorité triomphale au roi et au ministre qu'il s'est choisi et qui sera au pouvoir durant 19 ans.

1784 : Bill sur l'Inde, qui fait passer au Parlement le contrôle de l'activité politique de la Compagnie des Indes orientales.

1786 : traité de commerce avec la France.

1788 : premier accès de folie du roi George III.

1789 : dès les débuts de l'agitation en France, on assiste à un renouveau du radicalisme (Thomas Paine, William Godwin).

1793 : à la suite de l'exécution de Louis XVI, la guerre éclate entre la France et l'Angleterre.

1795 : échec de l'expédition de Quiberon.

1796-1797 : si la flotte remporte des succès sur les Espagnols (cap Saint-Vincent, 1797) et sur les Hollandais (Camperdown, 1797), elle est désorganisée par de violentes mutineries, tandis que l'hémorragie causée par les versements au bénéfice des alliés continentaux oblige à suspendre la convertibilité en or des billets de la Banque d'Angleterre. L'Irlande catholique reste une menace constante sur les arrières anglais.

1800-1802 : Pitt réussit à obtenir l'union de l'Angleterre et de l'Irlande (1800), qui envoie siéger à Londres 100 députés aux Communes et 32 lords à la Chambre haute, le libre-échange étant établi entre les deux pays. Mais il ne peut imposer l'émancipation des catholiques, à laquelle George III s'oppose. L'échec de Bonaparte en Égypte (victoire de Nelson à Aboukir, 1798) et la lassitude des alliés continentaux de l'Angleterre, qui, après Marengo (14 juin 1800) et Hohenlinden (3 décembre 1800), recherchent la paix, amènent une accalmie. Pitt, battu sur la question irlandaise, s'étant retiré (1801), c'est son successeur, Henry Addington, vicomte Sidmouth, qui conclut avec la France le traité d'Amiens (1802).

1803 : la guerre reprend rapidement, l'Angleterre se refusant à rendre Malte, comme le traité d'Amiens l'y oblige.

1804-1806 : Pitt revient au pouvoir (1804), entouré de jeunes tories, George Canning et Spencer Perceval entre autres. Il déclare aussitôt la guerre à l'Espagne, sur la flotte de laquelle Napoléon compte pour l'aider à accomplir l'invasion de l'Angleterre, qu'il prépare au camp de Boulogne. Mais Napoléon ne réussit pas à rassembler ses vaisseaux, Nelson soumettant à une chasse impitoyable les flottes françaises : c'est contre l'Autriche qu'il utilise les troupes de Boulogne, au moment même où l'amiral Nelson détruit au cap Trafalgar les flottes française et espagnole (→ bataille de Trafalgar 21 octobre 1805). La maîtrise des mers est désormais assurée à l'Angleterre.

1806 : mort de Pitt, qui est remplacé par un cabinet de coalition, où se retrouvent whigs (Fox) et tories, sous la direction de William Wyndham Grenville. Le Blocus continental, décidé par Napoléon en 1806, interdit aux pays européens de commercer avec l'Angleterre ; mais sa flotte donne à cette dernière les moyens de riposter. Elle détruit les dernières flottes continentales qui pouvaient la gêner (bombardements de Copenhague, 1807), saisit les colonies hollandaises et espagnoles, et contrôle avec rigueur le trafic des navires neutres.

1807 : un ministère tory uni sous la direction du duc de Portland reprend le pouvoir.

1808 : profitant de l'insurrection espagnole, les Anglais débarquent au Portugal, d'où, très vite, ils obligent les Français du général Junot à se retirer.

1809 : ministère Perceval. Une tentative d'attaque des Pays-Bas échoue, alors qu'avec peu de forces Arthur Wellesley remporte la victoire de Talavera, en Espagne, et reçoit le titre de vicomte Wellington.

1810 : le roi George III succombe définitivement à la folie. Son fils (le futur George IV) devient régent en 1811.

1810-1814 :

Wellington continue avec succès ses opérations en Espagne, jusqu'à la victoire de Vitoria (juin 1813). Napoléon, écrasé par les forces de la coalition, abdique (4 avril 1814). Cependant, les tracasseries imposées par les navires anglais aux vaisseaux neutres ont provoqué une guerre entre l'Angleterre et les États-Unis (1812-1814), d'ailleurs opposés sur la délimitation de la frontière avec le Canada.

1815 :

les troupes anglaises et Wellington, à Waterloo (18 juin 1815), contraignent Napoléon à abdiquer pour la seconde fois. Au congrès de Vienne, où Castlereagh représente l'Angleterre, celle-ci garde un certain nombre de ses conquêtes : Le Cap, Sainte-Lucie, Tobago, les Seychelles, l'île de France (devenue l'île Maurice), Malte, les îles Ioniennes et Helgoland. Toutefois, elle refuse de s'associer à la Sainte-Alliance.

1815-1820 : le régent est détesté, et le gouvernement tory, dominé par Robert Stewart, vicomte Castelreagh, est incapable de répondre aux aspirations des Anglais et de maîtriser la crise économique. Au contraire, la New Corn Law (1815) provoque une formidable montée du prix du grain. Et l'agitation gagne le pays, obligeant le gouvernement à prendre des mesures répressives violentes (massacre de Peterloo à Manchester, 1819).

1820 :

mort de George III. Avènement de George IV.

7. L'hégémonie anglaise (1820-1873)

Partie la première dans la révolution industrielle, disposant d'un immense empire et dominant le commerce mondial, l'Angleterre est, à partir de 1815, la première puissance du monde.

1820 : George IV intente un scandaleux procès à son épouse, Caroline de Brunswick.

1822 : Robert Peel puis, après le suicide de Castlereagh, Canning viennent renforcer le gouvernement. Avec eux triomphe le nouveau torysme, plus libéral, plus ouvert aux nouveautés.

1824 : suppression de la loi de 1799 contre les trade unions.

1826 : suppression de l'Acte de navigation et de la réforme du Code pénal.

1827 : à Navarin, la flotte de l'amiral Edward Codrington détruit la flotte turque, aidant ainsi l'indépendance grecque. À la mort de Canning, le roi appelle Frederick John Robinson, vicomte Goderich.

1828 : ministère Peel-Wellington.

1829 : émancipation des catholiques.

1830 : Guillaume IV roi d'Angleterre. Agitation en faveur de la réforme parlementaire, dont les whigs (que l'on commence à appeler les « libéraux ») se sont faits les propagandistes. Charles Grey forme un cabinet libéral.

1831-1832 : après s'être un moment retirés, les libéraux obtiennent le vote de la réforme parlementaire. Les conditions nécessaires pour faire partie de l'électorat sont uniformisées et liées plus nettement qu'auparavant à la possession d'une certaine fortune. Ces modestes changements suffisent à amener au pouvoir le parti libéral : l'aristocratie foncière laisse la place aux classes moyennes. Toute une série de réformes va suivre, œuvre des ministères dominés par Grey, William Lamb, vicomte Melbourne, et Henry Temple, vicomte Palmerston.

1833 : réduction des revenus de l'Église irlandaise. Abolition de l'esclavage. Premières lois sur le travail des femmes et des enfants.

1834 : nouvelle loi des pauvres. Bref ministère Peel. Malgré le développement des idées socialistes, sous l'influence de Robert Owen, le premier essai syndicaliste d'envergure échoue.

1835 : ministère libéral (Melbourne). Réforme municipale.

1836 : réforme de la dîme en Angleterre. Début des grandes constructions de voies ferrées.

1837 : début de l'exploitation du télégraphe. Mort de Guillaume IV et avènement de Victoria Ire.

1838 : la rédaction par Feargus Edward O'Connor de la « Charte du peuple », qui réclame en particulier le suffrage universel, donne un regain de vigueur aux revendications ouvrières en les faisant passer sur le plan politique (→ chartisme).

1839 : dépôt de la pétition nationale des chartistes aux Communes ; bien que celle-ci ait recueilli plus d'un million de signatures, les députés n'en tiennent pas compte.

1840 : Palmerston forme la Quadruple-Alliance (avec la Russie, la Prusse et l'Autriche-Hongrie), pour contrecarrer les visées de la France et de son allié, le pacha d'Égypte, en Orient. Mariage de Victoria et d'Albert de Saxe-Cobourg-Gotha.

1841 : ministère conservateur de Peel.

1842 : traité d'Ashburton, qui règle les différends frontaliers entre le Canada et les États-Unis. Naissance du mouvement de la Jeune-Irlande. Interdiction du travail des enfants et des femmes dans les mines. Fin de la guerre de l'opium. Instauration de l'impôt sur le revenu (Income Tax).

1844 : loi de fabrique (Factory Act) pour améliorer la condition ouvrière. Arrestation du leader irlandais Daniel O'Connell.

1845-1847 : disette de la pomme de terre en Irlande. Abolition en Angleterre de la loi sur les blés (1846), réclamée à la fois par le peuple, écœuré des prix exorbitants du pain, et par les industriels favorables au libre-échange (tel Richard Cobden). Mais le parti conservateur est divisé en protectionnistes et en libre-échangistes, et le ministère Peel tombe sur la question d'Irlande. Il est remplacé par un ministère dirigé par John Russell.

1847 : loi de dix heures, qui réduit le travail ouvrier. Grave crise du commerce britannique.

1848-1849 : le chartisme s'essouffle et perd bientôt toute importance.

1850 : la hiérarchie catholique est reconstituée en Angleterre. Avec le mouvement d'Oxford (Newman, Wiseman), le catholicisme connaît une nouvelle fortune en Angleterre.

1851 : l'Amalgamated Society of Engineers marque le nouveau départ du syndicalisme en Angleterre ; il s'agit avant tout d'un syndicalisme d'ouvriers qualifiés. Chute de Palmerston, remplacé par George Leveson-Gower, comte Granville.

1852 : chute du ministère Russell. Après un essai des conservateurs (Edward Stanley, 14e comte de Derby, Benjamin Disraeli), c'est un ministère de coalition où se retrouvent les libéraux et les conservateurs libre-échangistes, les « peelites » (George Gordon, comte d'Aberdeen, Gladstone).

1853 : loi de fabrique.

1854-1856 : guerre de Crimée, qui révèle l'incurie de l'état-major britannique.

1855-1858 : Palmerston est chargé de mettre sur pied un ministère de guerre et prend des mesures énergiques pour réorganiser l'armée.

1857-1860 : guerre contre la Chine.

1858-1859 :

nouveau ministère Derby-Disraeli.

1859 : second ministère Palmerston ; les « peelites » sont désormais considérés comme de véritables libéraux.

1860 : les syndicats londoniens se regroupent dans le London Trade Council.

1865 : mort de Palmerston. Ministère Russell.

1866-1868 : troisième ministère Derby-Disraeli. Il fait passer au Parlement une seconde réforme électorale (1867). La répartition des sièges est une nouvelle fois modifiée. Mais, surtout, il accorde le droit de vote à tous les citoyens mâles, chefs de famille, à condition qu'ils occupent une maison entière. Près d'un million de nouveaux électeurs votent désormais ; restent exclus les ouvriers non qualifiés (mineurs, manœuvres, dockers…).

1868 :

ministère Gladstone. Premier congrès des trade unions, qui démontrent ainsi leur force.

1869 : séparation de l'Église et de l'État en Irlande.

1870 : Elementary Education Act, qui crée l'école élémentaire obligatoire. Premier Land Act en Irlande.

1871 : reconnaissance par le Trade Union Act de l'existence des syndicats. Des mesures sont toutefois prises pour s'opposer à la grève.

1873 : Judicature Act de Roundell Palmer, comte de Selborne, qui réforme le système judiciaire.

1873-1874 : malgré l'importance des réformes qu'il a réalisées, le ministère Gladstone a subi des échecs sérieux (en Irlande et dans ses relations avec les États-Unis). Les élections de 1874 donnent la majorité aux conservateurs, rompant la longue domination libérale et ouvrant l'ère de l'alternance.

Pour en savoir plus, voir l'article Victoria Ire

8. L'hégémonie contestée (1873-1914)

1874 : ministère Disraeli, où figure aussi Robert Gascoyne Cecil, marquis de Salisbury.

1875-1876 : des mesures sociales sont prises par le gouvernement conservateur.

1876 :

Victoria prend le titre d'impératrice des Indes, symbole de l'option impériale de l'Angleterre, qui est alors engagée sur tous les continents dans de nouvelles aventures coloniales (Égypte, Baloutchistan, Transvaal, Chypre, Afghanistan, etc.).

1879 : fondation par Michael Davitt de la Ligue agraire irlandaise. Charles Stewart Parnell devient le chef incontesté des nationalistes irlandais.

1880 : retour des libéraux au pouvoir ; ministère Gladstone, où figurent les « nouveaux radicaux » (→ Joseph Chamberlain).

1881 : mort de Disraeli. Deuxième loi agraire pour l'Irlande.

1884 : au Soudan, le général Charles Gordon, dit Gordon Pacha est assassiné (1885). Le mouvement socialiste connaît un regain de succès. La nouvelle réforme électorale accorde pratiquement le suffrage universel et rend, à peu de chose près, la représentation proportionnelle à la population.

1885 : gouvernement conservateur de Salisbury.

1886 : troisième ministère Gladstone ; celui-ci se décide en faveur du Home Rule en Irlande. Mais le parti libéral se scinde alors, ceux qui, avec Joseph Chamberlain, restent attachés à l'union (→ unionisme) apportant le soutien de leurs voix aux conservateurs : formation du ministère Salisbury.

1889 : la grève des dockers démontre que le syndicalisme britannique a désormais aussi une grande emprise sur les ouvriers non qualifiés.

1890 : rupture entre les membres du parti irlandais à la suite du scandale Parnell.

1891 : mort de Parnell.

1892-1894 : quatrième ministère Gladstone, qui a pour but le vote du Home Rule. Mais son projet, accepté par les Communes, est repoussé par les Lords en 1893. Déçu, Gladstone se retire ; Archibald Philip Primrose, comte de Rosebery, le remplace en 1894. En 1893, James Keir Hardie, l'un des leaders du nouveau syndicalisme, fonde l'Independent Labour Party.

1895-1900 : ministère conservateur et unioniste de lord Salisbury, où figurent en particulier Arthur James Balfour et Joseph Chamberlain. Nouvelle intensification de l'action impériale, en particulier en Afrique australe, ce qui crée de violentes tensions avec la France (→ affaire de Fachoda, 1898), tandis que sa politique méditerranéenne oppose la Grande-Bretagne à la Russie et à la Turquie.

1900 : le Labour Representation Committee regroupe des représentants de tous les mouvements ouvriers, partis ou syndicats ; il est destiné à faire élire aux Communes des députés défendant les intérêts de la classe ouvrière (le secrétaire est James Ramsay MacDonald).

1901 :

mort de Victoria. Avènement d'Édouard VII.

1902 : ministère Balfour. La paix de Vereeniging met fin à la deuxième guerre des Boers (annexion de l'Orange et du Transvaal). Le Sinn Féin est fondé en Irlande.

1903 : Chamberlain préconise la création d'un marché impérial. Début du mouvement féministe. Pour l'Irlande, vote du Land Purchase Act.

1905 : le ministère conservateur, affaibli par les prises de position protectionnistes de Chamberlain, qui l'a d'ailleurs quitté, cède la place au ministère libéral de Henry Campbell-Bannerman.

1906 : les élections confirment le renouveau libéral, tandis que le Labour Committee réussit à faire élire 29 députés. Le parti travailliste est ainsi fondé.

1908 : Herbert Henry Asquith Premier ministre.

1909 : David Lloyd George présente un budget qui institue un impôt progressif sur le revenu et taxe lourdement les profits des propriétaires qui ne participent pas à la mise en valeur de leurs biens (propriétaires absentéistes des grands domaines, propriétaires des terrains sur lesquels opèrent les compagnies minières). Les lords refusent de voter le budget.

1910 : les libéraux présentent le « Parliament Bill », qui retire aux lords tout droit de veto à un projet de loi ayant un caractère financier. La mort d'Édouard VII, remplacé par George V, retarde le vote du bill, qui n'aura lieu qu'en 1911.

1910-1913 : grande vague de grèves, malgré le vote de nouvelles mesures sociales. En 1913, le Trade Union Act autorise les syndicats à utiliser leurs fonds à des fins politiques si la majorité de leurs membres sont d'accord.

1912-1914 : la grande tâche du gouvernement Asquith est de faire enfin voter le Home Rule pour l'Irlande. Il est sur le point d'y parvenir lorsque éclate la Première Guerre mondiale. Liée à la France depuis l'Entente cordiale (1904), l'Angleterre, malgré les hésitations du gouvernement Asquith, déclare la guerre à l'Allemagne le 4 août 1914.

9. De la Première à la Seconde Guerre mondiale (1914-1945)

1915 : le gouvernement libéral d'Asquith se transforme en 1915 en un gouvernement de coalition, où figurent des conservateurs (Balfour, Andrew Bonar Law, Edward Henry Carson) et le travailliste Arthur Henderson.

1916 :

la révolte irlandaise amène le retrait d'Asquith et la formation d'un ministère Lloyd George, qui, bien que lui-même libéral, est surtout soutenu par des conservateurs. Malgré deux millions d'engagements volontaires, il faut peu à peu mettre sur pied un véritable service militaire obligatoire. Et, sur mer, ce sont les Allemands qui, grâce à leurs sous-marins, prennent un moment l'initiative. L'effort de guerre oblige l'État à intervenir dans tous les domaines.

1917 : d'énormes dettes sont contractées auprès des États-Unis, et l'on doit avoir recours au rationnement.

1918 : la division du parti libéral signe l'arrêt de mort de ce parti, comme le montrent les élections de décembre, où, pour la première fois, votent les femmes de plus de 30 ans (le suffrage universel étant accordé aux hommes sans restriction aucune). La Grande-Bretagne sort affaiblie de la guerre. Lloyd George cherche à obtenir aux négociations ouvertes en France le plus d'avantages possible : la Grande-Bretagne recueille 25 % des réparations allemandes ; la Mésopotamie et la Palestine (→ campagnes de Palestine) lui sont accordées sous mandat, et la Transjordanie est soumise à un véritable protectorat anglais. En même temps, Lloyd George refuse tout ce qui lui paraît risquer de substituer une hégémonie française en Europe à une hégémonie allemande.

1919-1923 : deux problèmes dominent : l'Irlande et la crise économique. Dès 1920, toutefois, la division de l'Irlande en deux parties (→ Ulster) puis la reconnaissance, à la fin de 1921, de l'État libre d'Irlande apportent une solution au problème. Dans le domaine économique, si le nombre des chômeurs culmine en 1921 à 2 700 000, il ne descendra jamais au-dessous du million. Dans cette conjoncture, malgré de grandes grèves (1921), les syndicats doivent peu à peu reculer, tandis que les conservateurs abandonnent Lloyd George et, après un court ministère (celui de Bonar Law, 1922), s'installent au pouvoir (ministère Stanley Baldwin, 1923).

1924 :

les conservateurs perdent la majorité absolue aux élections. Pour la première fois, les travaillistes, appuyés sur les libéraux, accèdent au pouvoir (ministère MacDonald). Quelques réformes sociales sont entreprises avant que les élections ne ramènent au pouvoir Baldwin.

1924-1929 : l'alignement de la livre sur l'étalon-or en 1925 accentue la déflation. En 1926, malgré une grève générale, les ouvriers doivent accepter les réductions de salaire, et, en 1927, le gouvernement prend des mesures pour rendre la grève illégale (Trade Disputes and Trade Unions Act).

1929-1931 : les élections de 1929 ramènent au pouvoir une seconde coalition travaillistes-libéraux. Mais celle-ci est aussitôt confrontée à la crise économique mondiale. En un an, les exportations britanniques diminuent de 50 % et le nombre des chômeurs passe à 2 500 000. MacDonald, qui est à la tête du gouvernement, accepte de prendre la tête d'un gouvernement d'union nationale (1931).

1931 : le statut de Westminster crée le British Commonwealth of Nations.

1931-1939 : le redressement économique profite surtout aux conservateurs, qui enlèvent les élections de 1931 et de 1935, MacDonald ayant été désavoué par son propre parti, dont Clement Attlee devient le leader en 1935. Dès avant les élections, Baldwin a remplacé MacDonald, et les conservateurs restent au pouvoir (ministères Baldwin [1935-1937] et Neville Chamberlain [1937-1940]). La mort de George V (1936) est suivie de l'avènement d'Édouard VIII, qui abdique presque aussitôt ; George VI devient roi. Le gouvernement de Neville Chamberlain pratique une politique de recherche de la paix qui le conduit à prendre une part déterminante dans la conclusion des accords de Munich (1938). Mais l'Angleterre et la France ont garanti les frontières de la Pologne ; la violation de celles-ci par Hitler entraîne dans la guerre (septembre 1939) un pays unanime, mais mal préparé militairement et diplomatiquement.

1939-1940 :

la Seconde Guerre mondiale. Les troupes britanniques s'enlisent d'abord sur la frontière française dans la « drôle de guerre ». La percée allemande provoque la retraite française, et les troupes anglaises doivent être rembarquées à Dunkerque (juin 1940). L'armistice conclu entre la France et l'Allemagne laisse la Grande-Bretagne seule pour supporter le poids de la guerre. Le gouvernement, dirigé par Winston Churchill (conservateur) et où figurent des libéraux et des travaillistes (Ernest Bevin, Attlee), organise l'effort de guerre. La guerre est d'abord aérienne, les Allemands organisant des bombardements incessants en vue de débarquer en Angleterre. La Royal Air Force (nom de l'aviation militaire britannique depuis 1918) gagne la bataille d'Angleterre (automne 1940).

1941 :

les Anglais cherchent alors à agir en Méditerranée (Libye, Grèce), mais ils doivent subir la contre-attaque de Rommel en Libye (avril 1941). Cependant, l'invasion de l'Union soviétique par Hitler (22 juin 1941) offre aux armées anglaises un répit. La négociation avec les États-Unis d'un Lend-Lease Act (→ loi du prêt-bail mars 1941) permet à la Grande-Bretagne d'acquérir du matériel de guerre à crédit. L'entrée en guerre des États-Unis renforce encore ses liens.

1942 : échecs britanniques surtout dans le Pacifique, mais les armées britanniques de Montgomery remportent une première grande victoire le 23 octobre 1942 en Libye, à El-Alamein, sur les troupes de Rommel.

1943-1945 : débarquement de Sicile (1943), puis, en 1944, débarquement de Normandie. En mai 1945, l'Allemagne capitule, et la guerre ne continue qu'en Extrême-Orient, où les armées britanniques sont passées à l'offensive dès 1944 en Birmanie. En août 1945, les bombes atomiques américaines mettent fin à la guerre avec le Japon (→ Hiroshima, Nagasaki). Le gouvernement d'union nationale a accompli une œuvre considérable : non seulement il a gagné la guerre, mais il a pris des mesures d'une portée importante (publication du rapport Beveridge, Social Insurance and Allied Services sur la place de l'assistance sociale sous toutes ses formes, nouvelle loi sur l'éducation, etc.). Pourtant, le parti de son chef, Winston Churchill, ne remporte pas les élections de1945, gagnées par les travaillistes.

Pour en savoir plus, voir les articles histoire de l'Irlande, Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale.

10. Le Royaume-Uni de 1945 à 1964 : repli insulaire et construction d'un monde nouveau

10.1. Les travaillistes au pouvoir (1945-1951) : reconstruction et étatisation

Pour remédier à la grave situation économique, le nouveau gouvernement, dirigé par Clement Attlee, renforce le dirigisme hérité de la guerre. Il nationalise la Banque d'Angleterre (1946) puis l'énergie, les charbonnages, l'aviation civile, les télécommunications, les transports, l'électricité, enfin la sidérurgie (1951).

   Par ailleurs, le National Insurance Act de 1946 développe le Welfare State, , (État providence) et étend à toute la population le principe de l'assurance sociale établi en 1906, en instaurant des allocations chômage, maladie, vieillesse, des prestations familiales et des pensions. Un système national de santé est mis sur pied, qui assure la gratuité des soins pour tous. L'indemnisation des accidents du travail est imposée. Priorité est aussi donnée à la construction de logements, notamment dans des villes nouvelles. Cette politique ambitieuse de redistribution des richesses est financée par un surcroît d'imposition des revenus les plus élevés ainsi que par des prêts américains, négociés par John Maynard Keynes. En contrepartie, Attlee signe les accords de Bretton Woods et s'engage à rendre la livre convertible.

   Pour faire face aux difficultés économiques (faiblesse de la monnaie, croissance insuffisante), un programme d'austérité est adopté. Mais le plan Marshall et la dévaluation de la livre en 1949, qui marque la fin de sa parité avec le dollar, relancent la croissance, dans l'inflation. En 1951, le parti conservateur, dirigé par Churchill et rallié à un interventionnisme modéré de l'État, gagne les élections.

10.2. Les conservateurs au pouvoir (1951-1964) : prospérité et prolongement de l'intervention de l'État

La sidérurgie et les transports sont rendus au secteur privé. Mais la mise en chantier de logements s'accélère, des aides à l'accession à la propriété et des allocations familiales sont instituées, les dépenses sociales augmentent. Sous les gouvernements Churchill (1951), Anthony Eden (1955), Harold Macmillan (1957) et Alec Douglas-Home (1963), le pays connaît une période de prospérité non inflationniste et de plein emploi (2,8 % de croissance par an). Les classes moyennes se développent et les Anglais goûtent à la société d'abondance, preuve pour eux du bien-fondé de la régulation de l'économie par l'État (politique de stop and go). Cependant, en 1964, le ralentissement de la croissance et l'usure du pouvoir ramènent, de justesse, les travaillistes au gouvernement.

10.3. La fin de l'Empire britannique

Les troubles en Inde ont conduit le gouvernement Attlee à envisager l'indépendance de la péninsule, puis, face à l'aggravation des tensions entre les communautés hindoue et musulmane, une partition et le retrait des troupes britanniques. En 1947, le territoire est scindé en deux États, l'Inde et le Pakistan (oriental et occidental) musulman. Le départ des Anglais s'effectue dans un climat de violences (plus de 500 000 morts, dont le Mahatma Gandhi, des millions de personnes déplacées).

   Ceylan accède à l'indépendance, ainsi que la Birmanie (1947). La Malaisie obtient une autonomie relative. Les anciennes colonies allemandes d'Afrique, reçues en mandat en 1919, sont placées sous la tutelle de l'Organisation des Nations unies (ONU). La conférence de Londres de 1949 assouplit les institutions du Commonwealth qui regroupe tout ou partie des nouveaux États, maintenant des liens politiques, économiques, financiers (zone sterling) et culturels entre ces derniers et l'ancienne métropole. Celle-ci ne s'oppose pas au départ de l'Irlande, devenue une république indépendante (1949).

   À partir de 1957, la seconde vague de décolonisation achève de démanteler l'Empire, avec, notamment, l'accession à l'indépendance des pays d'Afrique et des Caraïbes. À la suite de la condamnation de l'apartheid par Macmillan, l'Afrique du Sud se retire du Commonwealth en 1961.

   Pour en savoir plus, voir l'article décolonisation.

10.4. La question du Moyen-Orient

En Palestine, malgré la pression américaine, le gouvernement britannique pratique une politique pro-arabe et bloque l'immigration juive (→ affaire de l'Exodus, en 1947). Les attentats sionistes se multiplient. L'Angleterre confie alors ses responsabilités à l'ONU, qui vote un plan de partage du pays : l'Ouest est attribué aux Juifs, l'Est aux Arabes. L'État d'Israël, proclamé au lendemain du départ des derniers soldats britanniques (14 mai 1948), reconnu par l'URSS et les États-Unis, est aussitôt envahi par ses voisins arabes (→ guerres israélo-arabes).

   Londres participe au règlement de la question iranienne (1953), signe les accords de Bagdad en 1955 (avec la Turquie, l'Iraq, l'Iran, le Pakistan et les États-Unis), assurant ainsi le maintien de sa présence dans une région stratégique, notamment par sa richesse en pétrole. L'aventure du canal de Suez, en 1956 (réponse militaire franco-britannique et israélienne à la nationalisation du canal par Gamal Abdel Nasser), remet son influence en question. Sa victoire sur le terrain constitue en fait un grave échec diplomatique : le royaume est condamné par la communauté internationale, les Soviétiques brandissent la menace nucléaire, les Américains refusent leur soutien, la livre est attaquée, l'image du pays au Moyen-Orient arabe est sérieusement compromise. Les Anglais se replient et estiment ne plus pouvoir désormais s'engager dans une action internationale sans s'être au préalable assurés du soutien américain.

10.5. La guerre froide et la construction européenne

Après la victoire de 1945, les Britanniques se rangent aux côtés des États-Unis dès les premiers signes de la guerre froide.

   Le royaume participe à la mise sur pied des institutions internationales (Unesco) et occidentales (General Agreement on Tariffs and Trade, GATT), figure parmi les pays de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) bénéficiaires du plan Marshall, contribue au ravitaillement de Berlin lors du pont aérien de 1948 et participe à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

   Il s'engage également dans les affaires du continent européen et signe le traité de Bruxelles, en 1948, mais, rejetant toute idée supranationale, il n'adhère ni à la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) ni à la Communauté économique européenne (CEE).

   Favorable à la seule ouverture des frontières, il s'allie à l'Autriche, au Danemark, au Portugal, à la Norvège, à la Suède et à la Suisse dans l'Association européenne de libre-échange (AELE) en 1958, mais celle-ci ne forme qu'un petit marché, qui ne peut contrebalancer le poids grandissant de la CEE, avec laquelle, d'ailleurs, le pays commerce davantage. Il y présente donc une première fois sa candidature, en 1961, mais se heurte au refus du général de Gaulle.

   Pour en savoir plus, voir l'article guerre froide.

11. « Économie en crise » et « société permissive » (1964-1979)

11.1. Du dirigisme au dérèglement de l'économie

L'accumulation des déficits oblige le gouvernement Harold Wilson à dévaluer la livre (1967) et à prendre des mesures de rigueur. La croissance se ralentit, la productivité chute, et l'inflation – alimentée par les hausses de salaires exigées par les syndicats et par le choc pétrolier (1973) – se développe d'une façon alarmante (25 % en 1975). La livre flotte à partir de 1972 et le pays s'enfonce dans la stagflation. L'outil industriel, peu modernisé, résiste mal à la concurrence internationale, le chômage progresse. En Europe, on parle de « mal anglais » : largement rattrapé par la RFA ou la France, le Royaume-Uni, qui était au 5e rang pour le PNB par habitant en 1951, passe à la 18e place en 1976 ; dans le même temps, sa part de la production mondiale est diminuée de plus de moitié, à moins de 10 %.

   Pour rénover l'industrie et juguler le chômage, les travaillistes – au pouvoir de 1964 à 1970, puis de 1974 à 1979 – comme les conservateurs – de 1970 à 1974 – renforcent l'interventionnisme : Harold Wilson nationalise à nouveau la sidérurgie en 1969, Edward Heath fait de même avec Rolls-Royce en 1972, puis avec l'industrie aéronautique, l'automobile, les chantiers navals… En 1977, les dépenses publiques atteignent près de la moitié du PNB. Le pays est contraint de négocier des aides auprès du Fonds monétaire international (FMI), mais ne parvient pas à faire accepter les plans d'austérité budgétaire et salariale demandés par celui-ci. Les syndicats, tout-puissants, multiplient les grèves (1970 ; hivers 1973-1974 et 1978-1979).

   Pour conserver le pouvoir, le parti travailliste doit conclure un accord avec le parti libéral en 1977. Un Front national xénophobe apparaît ; Écossais et Gallois élisent des députés nationalistes, mais, en 1979, ceux-ci rejettent par référendum un projet de dévolution des pouvoirs qui leur paraît insuffisant. À la suite de cet échec, une motion de censure est alors déposée par les conservateurs, le 28 mars 1979, et adoptée à une voix de majorité.

   Présidé par Margaret Thatcher depuis 1975, le parti conservateur obtient la majorité aux élections de 1979. Les Britanniques, bénéficiaires de l'État providence et de l'élévation continue du niveau de vie, mais las de la crise latente, ont opté pour un changement de politique.

11.2. Une société plus tolérante

Au cours des années 1960 s'opère une révolution des mœurs : culte de la jeunesse, qui impose sa propre culture, libération de la sexualité, baisse de la natalité… Les gouvernements accompagnent cette évolution : la peine de mort est suspendue en 1965, abolie en 1969. Les relations homosexuelles entre adultes consentants sont légalisées en 1967, de même que l'avortement pour raisons médicales, l'année suivante ; la majorité électorale est abaissée à 18 ans et les procédures de divorce sont simplifiées en 1969 ; la discrimination sexuelle en matière d'emploi est interdite en 1975.

   Malgré la persistance d'inégalités, la société paraît plus ouverte. Les modes de vie s'uniformisent. Les études universitaires se démocratisent. Aux postes dirigeants, les aristocrates cèdent place à des self-made-men comme les chefs du parti conservateur, E. Heath et M. Thatcher, issue de la petite classe moyenne.

11.3. Une politique extérieure recentrée vers l'Europe

En 1965, la Rhodésie rompt avec Londres, qui décrète l'embargo. Chypre et le Nigeria sont déchirés par la guerre civile. Le Commonwealth est impuissant. En proie aux difficultés budgétaires et intérieures, la métropole se désintéresse de l'outre-mer. Elle est contrainte de démanteler toutes ses bases à l'est d'Aden en 1967. La zone sterling ne survit pas au flottement de la monnaie, en 1972.

   Refusée à nouveau en 1967, l'entrée dans la CEE est conclue en 1971, effective en 1973, renégociée par les travaillistes et enfin approuvée en 1975 par référendum (le premier dans l'histoire du pays) par 67 % des électeurs. Parallèlement, les liens avec l'Amérique du Nord passent au second plan, au profit des attaches continentales.

   La question irlandaise se ravive : à partir de la fin des années 1960, les positions des protestants et des catholiques de l'Ulster se radicalisent. La province plonge bientôt dans la guerre civile, les attentats qui la ravagent s'étendent à la métropole dès 1972, les solutions politiques (accords de Sunningdale de 1973, plans de dévolution) ne dépassent guère le stade de projet.

12. Le retour au libéralisme (1979-1997)

12.1. La révolution conservatrice de Margaret Thatcher (1979-1990)

Depuis l'élection de Margaret Thatcher à la tête du parti en 1975, les conservateurs ont rompu avec le consensus dirigiste de l'après-guerre. À partir de 1979, devenue Premier ministre, celle-ci met en œuvre un programme ultralibéral et entreprend de lutter en priorité contre l'inflation, de diminuer la fiscalité, les dépenses budgétaires, le poids de l'État et des syndicats, et d'encourager les initiatives privées.

   Comme toute première conséquence de cette politique, le pays connaît de 1979 à 1982 sa plus grave récession depuis 1929. L'inflation est divisée par trois (4,6 % en 1984), mais la production industrielle plonge, les entreprises ferment ou licencient (13 % de chômage en 1982), et si la reprise s'amorce à partir de 1982, la « Dame de fer » ne doit sa survie politique, aux élections de 1983, qu'à l'impact de la victoire des Falkland (ou Malouines).

   Cependant, de 1983 à 1989, l'économie britannique croît rapidement (+4,5 % par an) : le déclin séculaire apparaît enrayé, voire inversé. La productivité augmente fortement (+7,5 %), le chômage retombe au-dessous de 7 %, le secteur de la finance se développe à vive allure et le gonflement du secteur tertiaire compense plus ou moins les pertes industrielles. La livre inspire à nouveau confiance et Londres, avec son centre financier de la City, libéralisé et informatisé (1986), redevient une place mondiale de premier plan. Ce bilan flatteur vaut à M. Thatcher d'être reconduite en 1987.

   L'État se désengage de la production : progressivement sont mises en vente les compagnies nationalisées qui ont survécu à la crise. L'énergie, les transports, l'aérospatiale, l'automobile repassent dans le secteur privé, entre les mains d'investisseurs institutionnels, de groupes étrangers, et de 11 millions de petits actionnaires. La manne des privatisations permet, non pas de réduire comme prévu les dépenses publiques, mais de les contenir tout en allégeant la fiscalité des particuliers et du capital. L'État vend également le parc immobilier des collectivités locales, avec l'objectif de faire du pays une nation de propriétaires. La sécurité sociale n'est pas démantelée, mais les principes libéraux visent à la rendre plus efficace et moins coûteuse pour les caisses publiques : ainsi la concurrence anime-t-elle les hôpitaux, le même principe s'appliquant par ailleurs au système de l'éducation.

   Le gouvernement s'attaque aussi aux syndicats : l'Employment Act de 1980 réglemente la pratique des piquets de grève et interdit les grèves de solidarité. Le monopole d'embauche que détenaient les syndicats est supprimé en 1982. L'échec de la grande grève des mineurs (mars 1984-mars 1985) et les restructurations industrielles affaiblissent plus encore les trade unions (8 millions d'adhérents, contre 12 millions en 1979). Le marché du travail est assoupli et le pays accueille de nombreux investisseurs étrangers attirés par les faibles coûts de la main-d'œuvre et la proximité du grand marché européen.

   Le gouvernement réforme également le fonctionnement des collectivités locales, jugé dispendieux, et souvent contrôlé par les travaillistes. Il supprime les échelons intermédiaires entre les municipalités et l'État (abolition du Great London Council en 1986), contribuant à centraliser davantage l'administration du pays. Un projet de réforme des impôts locaux (poll tax), fort impopulaire, entraîne une révolution de palais qui oblige M. Thatcher à céder la place à son chancelier de l'Échiquier, John Major, le 22 novembre 1990, alors que se profile une récession (inflation à 10 %, arrêt de la croissance, taux d'intérêt élevés).

   L'euphorie des années 1980 a été sélective : les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 80 %, les classes moyennes se sont étoffées, mais la précarité du travail et la pauvreté se sont aggravées. Face à une Angleterre du Sud prospère, verte et tertiaire, les pays noirs du Nord se sont enfoncés dans la crise, voire la violence. Des émeutes ponctuelles (Liverpool en 1981, Birmingham en 1985), la montée du hooliganisme (stade du Heysel en 1985) témoignent de la misère d'une large fraction de la population, étendue à des régions entières.

12.2. Une diplomatie énergique

Margaret Thatcher s'emploie à rendre au pays un rôle diplomatique important. Partageant l'antisoviétisme de Ronald Reagan, elle renforce les relations avec les États-Unis, tandis que s'améliorent les rapports avec Moscou, après l'arrivée au Kremlin de Mikhaïl Gorbatchev.

   Le 2 avril 1982, les Argentins envahissent les îles Malouines dont ils revendiquent la souveraineté ; ils sont condamnés par l'ONU. L'Angleterre envoie un corps expéditionnaire (20 000 hommes, 113 navires) et, en l'espace de deux mois, reconquiert l'île.

   La conférence de Londres de 1979 parvient à un accord à propos de l'émancipation de la majorité noire en Rhodésie du Sud, qui, à l'issue des élections de 1980, devient le Zimbabwe. Cependant, contre l'avis d'un grand nombre de pays du Commonwealth, M. Thatcher refuse de prendre des mesures trop sévères contre l'Afrique du Sud. Elle négocie en outre, en 1984, des aménagements à la rétrocession de Hongkong à la Chine populaire, prévue pour 1997.

   L'intransigeance prévaut à l'égard des indépendantistes d'Irlande du Nord (mort de 10 prisonniers de l'Irish Republican Army [IRA] grévistes de la faim en 1981). En 1984, le Premier ministre échappe à un attentat au congrès conservateur de Brighton, mais signe en 1985 les accords de Hillsborough avec son homologue irlandais Garret Fitzgerald, qui reconnaît à la République d'Irlande un droit de regard sur l'Ulster et ouvre la voie au dialogue entre les parties. Celui-ci tardera néanmoins à se concrétiser.

   S'agissant de l'Europe, Margaret Thatcher se prononce contre tout abandon de souveraineté. Elle obtient la réduction de la contribution britannique au budget communautaire (accords de Fontainebleau de 1984), parvient à infléchir dans un sens libéral l'Acte unique de 1986, qui accompagne l'entrée du Portugal et de l'Espagne dans la CEE, mais ne décide que tardivement (octobre 1990) de faire entrer la livre dans le système monétaire européen (SME) ; elle refuse de signer la Charte européenne des droits sociaux en 1989 ou les accords de Schengen de 1990, sur la suppression des contrôles aux frontières intérieures.

12.3. L'héritage thatchérien : le gouvernement du conservateur John Major (1990-1997)

John Major hérite d'une situation économique difficile (grave récession de 1990-1992). Le chômage repasse au-dessus de 10 %, la production industrielle diminue, les services et la région londonienne, jusque-là épargnés, sont touchés à leur tour, le budget redevient gravement déficitaire (7,7 % du PIB en 1993). Le retrait de la livre du SME et sa dévaluation de fait (1992) aident à la reprise, qui permet de poursuivre le processus de privatisations (British Telecom, distribution de l'électricité et des eaux, houillères, compagnies ferroviaires) et de réduire déficit budgétaire et dette publique.

   Le parti conservateur remporte de justesse et contre toute attente les élections de 1992, mais très vite, malgré la prospérité retrouvée, son influence se délite : la crise des traditions – illustrée notamment par le déclin du prestige de la famille royale (→ monarchie britannique) –, les scandales divers qui touchent certains des membres du parti, la fronde de son aile droite antieuropéenne, l'absence de charisme du Premier ministre, enfin le vieillissement des infrastructures – négligées par les budgets successifs – et la précarisation d'une large partie de la population lui valent des revers électoraux significatifs : aux élections européennes de 1994, les tories passent de 32 à 18 sièges, les travaillistes de 45 à 54. Lors des élections locales de 1995, le parti n'arrive qu'en troisième position avec 22 % des voix, derrière les travaillistes (48 %) et les libéraux-démocrates (30 %). De 1993 à 1995, la défection de nombreux députés réduit la majorité au Parlement à un siège.

   John Major a obtenu des Européens un traitement de faveur : la Grande-Bretagne est autorisée à ne pas signer le chapitre social du traité de Maastricht et à ne pas adhérer à l'union monétaire. Mais il lui faut engager la question de confiance au Parlement pour que sa majorité accepte finalement de ratifier l'accord (1993).

   Toujours « brillant second » des États-Unis, le royaume fournit le 2e contingent occidental lors de la guerre du Golfe (1990-1991) et s'efforce de trouver une solution négociée en Yougoslavie en dépêchant troupes et médiateurs.

   Le gouvernement doit cependant renoncer à l'obtention par Pékin d'un engagement à poursuivre la démocratisation des institutions de Hongkong. La question d'Irlande du Nord semble se débloquer avec la déclaration de Downing Street (décembre 1993), la reprise des pourparlers, et le cessez-le-feu des milices catholiques et protestantes. Prisonnier des voix des députés unionistes (partisans du maintien de l'Ulster au sein du Royaume-Uni) au Parlement, John Major ne peut aller plus avant ; les négociations s'enlisent et l'IRA rompt la trêve (1996).

13. Les « nouveaux travaillistes » : nouvelle identité britannique et « troisième voie » (1997-2010)

13.1. Les débuts de Tony Blair

Depuis 1992, le recentrage du parti travailliste, entamé en 1983, s'accélère. Neil Kinnock est remplacé par John Smith, qui supprime le pouvoir représentatif des syndicats au sein du parti. Son successeur, Tony Blair, retire en 1995 la clause IV des statuts du parti qui préconise la nationalisation des secteurs clés de l'économie. C'en est fini du marxisme doctrinal. Le « New » Labour séduit les classes moyennes, déçues par les conservateurs. Les élections de mai 1997 donnent une majorité absolue de sièges aux travaillistes (43 % des voix). Tony Blair devient Premier ministre.

   Le chancelier de l'Échiquier, Gordon Brown, donne aux entrepreneurs des gages de « bonne conduite » financière : la Banque d'Angleterre devient indépendante ; l'imposition sur les sociétés est abaissée, des coupes dans les dépenses publiques sont effectuées, le budget est comprimé puis équilibré et enfin excédentaire, ce qui permet la réduction de la dette publique.

   Après le secteur des prisons, le gouvernement envisage, avant de les abandonner, de nouvelles privatisations (lignes de métro de Londres). La croissance se poursuit, le chômage continue à reculer. Les travaillistes au pouvoir administrent ainsi la preuve qu'ils sont de bons gestionnaires et qu'ils peuvent mener une politique sécuritaire musclée (mesures répressives à l'égard des mineurs et des familles des jeunes délinquants).

   Le gouvernement mène parallèlement une politique sociale. Il fait valoir un « plan emploi-jeunes », fait voter un salaire minimal national (avril 1999), rend obligatoires au moins trois semaines de congés payés et signe le chapitre social du Traité européen. Mais la solidarité nationale ne saurait se réduire à une politique d'allocations ; elle implique de la part de ses bénéficiaires des devoirs. Le chantier de la réforme de l'État providence est ouvert, le Welfare State, devant se muer en workfare, aide à la remise au travail des chômeurs. Le « New Deal » social vise à lutter contre les inégalités et l'exclusion tout en éliminant les fraudeurs et en décourageant l'assistanat. De même, le partenariat secteur privé-secteur public a pour but d'insuffler à des systèmes nationaux de santé et d'éducation le dynamisme du marché, d'améliorer leurs performances jugées déficientes, et par là, de servir l'ensemble des usagers. Ainsi Tony Blair a-t-il l'ambition, à l'instar d'un Bill Clinton, d'incarner une « troisième voie », opposée au néolibéralisme pur et dur et à la social-démocratie à l'ancienne.

13.2. Les réformes constitutionnelles et le début de règlement de la question de l'Irlande du Nord

Tony Blair entend répondre à la menace de délitement de l'idée de nation qui s'exprime dans les revendications indépendantistes des pays « celtiques » (pays de Galles et Écosse), la diversité culturelle, la demande de proximité manifestées par la population, le relâchement des liens avec le Commonwealth, l'intégration dans l'Europe (par l'économie et le « tunnel »), la fin de l'Empire (rattachement de Hongkong à la Chine en juillet 1997).

   Il entreprend une série de réformes destinées à renouveler le pacte d'union entre les citoyens et le gouvernement, le centre et la périphérie : transparence gouvernementale et administrative, extension des recours judiciaires des citoyens vis-à-vis des pouvoirs, reconnaissance formelle des libertés civiles, incorporation de la Convention européenne des droits de l'homme dans la loi.

   Cette politique libérale va de pair avec une volonté de démocratisation et de modernisation des institutions. Une commission prépare une réforme électorale, qui instillerait une dose de proportionnelle et supprimerait le droit des pairs héréditaires à siéger et à voter à la Chambre des lords ; la décentralisation doit créer un contact étroit entre gouvernants et administrés, et réduire les charges du gouvernement central : d'où le projet de dévolution de pouvoirs étendus au pays de Galles et à l'Écosse, par le biais de Parlements élus, que les populations concernées approuvent par référendum en septembre 1997 ; d'où également la nouvelle autorité du Grand Londres (GLA), abolie par M. Thatcher en 1986, et redonnant à la capitale les moyens d'une politique d'envergure.

   S'agissant du problème de l'Irlande du Nord, Tony Blair, rompant un tabou, négocie avec le Sinn Féin et presse au dialogue les différentes parties. Il est un artisan majeur des accords de Stormont (avril 1998), qui prévoient le partage du pouvoir entre protestants et catholiques et qui assurent un droit de regard de la République d'Irlande sur l'Ulster en échange de son maintien dans l'Union. Comme pour le pays de Galles et l'Écosse, c'est un gouvernement local (paritaire) qui aura la responsabilité des affaires courantes de la province.

13.3. La fin de l'état de grâce

Populaire, Tony Blair paraît dès 1999 subir l'usure du pouvoir. Le projet formulé par la commission chargée de dépoussiérer les institutions n'a rien de radical. L'idée de proportionnelle est abandonnée. Il est seulement mis fin au vote de la plupart des pairs héréditaires à la Chambre des lords : à l'exception d'un petit nombre (92) d'entre eux, élus par leurs collègues.

   Les élections aux Parlements d'Écosse et du pays de Galles voient en 1999 des coalitions travaillistes-libéraux prendre le pouvoir : la menace nationaliste est repoussée, mais peut-être moins qu'il n'y paraît.

   En Irlande du Nord, la normalisation prévue achoppe sur la question du désarmement des groupes paramilitaires. Les élections européennes sont un échec pour les travaillistes ; ces derniers sont en effet distancés par les conservateurs ; le taux d'abstention atteint 76 %. Les élections locales de mai 2000 confirment ces tendances.

   Objet d'une demande d'extradition émise par la justice espagnole, Augusto Pinochet est arrêté à Londres en octobre 1998. Les tribunaux britanniques appelés à statuer sur le cas estiment illégale la détention de l'ancien dictateur chilien, mais la Chambre des lords refuse en appel de lui accorder l'impunité… En mars 2000, le gouvernement britannique décide finalement de libérer, « pour raisons de santé », l'ex-dictateur chilien, qui regagne alors son pays, non sans susciter un certain trouble dans l'opinion publique.

   En outre, le rythme des mesures se ralentit (grands projets de réformes des retraites et santé gelés), une série d'accidents de train pointe les déficiences de la politique gouvernementale, l'éducation demeure insuffisante et inadaptée, le racisme se traduit par des échauffourées entre communautés.

   Surviennent en février 2001 les premiers cas de fièvre aphteuse. L'épizootie menace bientôt l'ensemble du cheptel britannique, malgré les mesures spectaculaires prises par le gouvernement pour en venir à bout. Après la crise dite de la « vache folle », les Britanniques n'ont plus confiance dans leurs agriculteurs et remettent en cause le productivisme agricole, financé depuis près de trente ans par la politique agricole commune (PAC). La gestion de l'affaire par le Premier ministre se retrouve au centre des attaques.

13.4. Un deuxième mandat sous les auspices de la croissance (2001-2005)

L'essoufflement de l'action réformatrice du gouvernement et les difficultés rencontrées n'empêchent toutefois pas Tony Blair de remporter les élections législatives anticipées de juin 2001. Son parti obtient 42 % des suffrages (6 sièges seulement de moins qu'en 1997), les conservateurs, 33 % (1 siège de plus), les libéraux-démocrates, 19 % (6 sièges de plus). Seul point noir pour le gouvernement, le fort taux d'abstention, qui atteint 41 %.

   Le parti conservateur, qui a entamé en 1997 une longue traversée du désert et qui est handicapé par un leader impopulaire, William Hague, n'a pas réussi à gêner Tony Blair. Il cherche à opérer son aggiornamento en changeant de leader : Iain Duncan Smith prend la relève mais ce dernier se révélant aussi peu charismatique que son prédécesseur, c'est Michael Howard qui, en novembre 2003, prend les rênes de la formation. Arrivés en tête lors des consultations européennes et locales de juin 2004 (avec respectivement 26,7 % des voix et 27 députés, et 38 % des voix et 51 sièges de conseillers, contre 22,6 %, soit 19 députés, et 29 %, soit 39 sièges de conseillers pour le New Labour), les conservateurs peinent à paraître crédibles aux yeux de l'opinion publique. Ils souffrent aussi de la concurrence et de la bonne tenue de partis tiers – à l'instar de l'United Kingdom Independence Party (UKIP), formation ultra-nationaliste, qui milite depuis 1994 pour le retrait du pays de l'Union européenne (16,1 % des voix aux européennes) – et des libéraux-démocrates (14,9 % des voix aux européennes, 26 % aux élections locales). Ces derniers ont alors le vent en poupe, au point de contester les tories dans leur statut de principal groupe d'opposition.

Une santé économique florissante

Le gouvernement poursuit sa gestion habile des grands équilibres : les excédents dégagés par le budget permettent, face à la détérioration des services de la santé, de l'éducation et des transports, de prévoir en 2002 une augmentation des dépenses d'investissement collectif et du secteur public. Ce retournement keynésien permet au pays de surmonter le ralentissement de l'activité mondiale du tournant des années 2000. La santé de l'économie reste florissante (2,3 % en 2003, 3 % en 2004) ; l'activité, la confiance et la consommation se maintiennent, l'inflation est contenue, les taux d'intérêt peu élevés, le chômage a pratiquement disparu (au plus bas depuis 30 ans).

   Le royaume traverse la plus longue période de prospérité ininterrompue depuis les débuts de la révolution industrielle, et fait bien mieux que la zone euro, ce qui repousse d'autant l'idée de son éventuelle adhésion à la monnaie unique. Cette injection de fonds gouvernementaux (hors dépenses militaires) vise à améliorer les services publics, préoccupation majeure des Britanniques. Les investissements, multipliés par deux entre 1999 et 2004, ont des effets déjà perceptibles : réduction des listes d'attente de soins de 18 à 6 mois ; rénovation des bâtiments éducatifs ; amélioration du transport ferroviaire.

   Mais le déficit budgétaire se creuse et dépasse 3 % du PIB en 2003 et en 2004, tandis que le poids de la dette publique remonte à plus de 40 % du PIB. En outre, le surendettement des ménages (à plus de 110 % de leurs revenus) constitue une menace pour la pérennité de la croissance, au même titre que le renchérissement constant de l'immobilier, au sujet duquel des spécialistes évoquent une possible bulle. Il n'empêche que le royaume – fort de sa City et de son secteur tertiaire –, demeure la 4e puissance économique mondiale, et continue à attirer les investissements étrangers.

13.5. L'ombre portée de l'engagement en Iraq

Tony Blair entend exploiter politiquement ces bons résultats, qu'il doit à son chancelier de l'Échiquier et grand rival au sein du New Labour, Gordon Brown.

   Après une année 2003 consacrée aux questions internationales, notamment à l'engagement britannique aux côtés des Américains en Iraq, il cherche à retrouver un crédit, une popularité et un soutien parlementaire que sa politique d'alignement atlantique et une succession d'affaires (débat sur les armes de destruction massive irakiennes, affaire Kelly, démissions volontaires ou forcées de ministres et conseillers) ont fortement érodés en revenant sur la scène intérieure. Non sans mal : la guerre – que l'on dit « la guerre de Tony Blair », voire de « Tony Bliar » (le menteur) – est impopulaire. Fondée sur de fausses allégations, coûteuse et entourée de pratiques peu morales, délégitimant un des arguments avancés par le Premier ministre (révélation des sévices et tortures sur des civils et des prisonniers irakiens, écoutes téléphoniques de responsables onusiens), elle entrave son action et fait chuter sa cote de popularité.

   Entre-temps, la réforme institutionnelle de la Chambre des lords s'est arrêtée. Le succès des ultras protestants aux élections du Stormont en novembre 2003 remet aussi en cause le règlement de la question de l'Irlande du Nord.

   Certaines des solutions préconisées pour l'amélioration des services publics (ouverture des hôpitaux aux capitaux privés, augmentation des droits d'inscription universitaire) rencontrent l'interrogation de l'opinion et suscitent, après l'engagement militaire en Iraq, la nouvelle fronde des députés du parti (vote de justesse, aux Communes, des projets de loi relatifs en janvier 2004).

   Le fiasco des élections européennes et locales de juin 2004 atteste ces difficultés. Mais l'été 2004 remet en selle Tony Blair : innocenté par le rapport Butler, qui, en revanche, se montre sévère envers les services secrets, et conforté par la réélection de son ami George W. Bush et le succès de la consultation électorale de janvier 2005 en Iraq, il étaie son autorité sur le parti et le gouvernement – en particulier face à son possible successeur désigné, Gordon Brown.

13.6. Le troisième et dernier mandat de Tony Blair (2005-2007)

Malgré lassitude et déceptions, mais reconnaissant à Tony Blair un bon bilan économique, les Britanniques le reconduisent au pouvoir lors des élections générales de mai 2005. Ils accordent cependant avant tout leur confiance à l'artisan de la croissance, l'ombrageux partenaire, Gordon Brown, promis à se succéder à l'Échiquier.

    C'est la première fois que le parti travailliste remporte une troisième victoire consécutive, mais ce succès historique n'est acquis qu'avec 35,2 % des voix, soit près de 7 points de moins qu'en 2001, et une majorité absolue aux Communes réduite de 47 sièges (356 députés). Au total, il n'a rallié qu'à peine plus d'un cinquième de l'électorat : ce score médiocre – le plus mauvais pour une formation au pouvoir depuis 1921 – dénote un choix par défaut. Le New Labour profite du manque de crédibilité de ses concurrents. Il devance le parti conservateur de M. Howard, qui obtient 32,3 % des suffrages et 197 sièges, et les libéraux-démocrates, qui s'imposent comme la troisième force du pays avec 22 % des voix et 62 sièges, mais ne parviennent pas à ravir aux tories la place de principale force d'opposition ni à jouer le rôle de formation charnière ou pivot escompté au Parlement.

   Le succès de la candidature de Londres pour les jeux Olympiques de 2012 rejaillit sur l'aura du Premier ministre, qui s'est personnellement impliqué dans la promotion de la capitale.

Les attentats de Londres (juillet 2005)

Le lendemain, le 7 juillet 2005, sa démonstration de fermeté en réponse aux attentats qui frappent la ville et ses transports publics (56 morts et environ 700 blessés) ressoude l'opinion publique derrière le chef du gouvernement. Une nouvelle série d'actions projetée par des kamikazes islamistes formés dans le pays est déjouée le 21 juillet, ce qui renforce le tournant sécuritaire amorcé précédemment. Tony Blair s'engage, entre autres, à développer l'arsenal juridique destiné à combattre le terrorisme, à rendre obligatoire la possession d'une carte d'identité, et à redéfinir dans un sens restrictif et sélectif les politiques d'immigration. Ces différents projets soulèvent l'inquiétude des défenseurs des droits fondamentaux qui redoutent la mise en place d'un État policier. Elle est relayée par une partie des parlementaires qui rejettent un premier projet de loi antiterroriste en novembre 2005. Ce revers, qui incite le chef du gouvernement à davantage d'écoute et de concessions, n'empêche pas que l'instauration de la carte d'identité obligatoire et une nouvelle mouture du texte soient votées en février 2006, ainsi qu'une loi sur l'immigration choisie et d'autres mesures renforçant la sécurité du pays – et la surveillance des citoyens.

Fin de règne

La fronde des députés se poursuit toutefois, avec le vote difficile en mars d'un projet prévoyant d'accorder une plus grande autonomie aux écoles et de les mettre en concurrence, ce qui ajoute à l'impression de « fin de règne » et alimente les spéculations sur le départ prochain du Premier mininistre.

   Ayant en effet annoncé préalablement au dernier scrutin général qu'il ne solliciterait pas de quatrième mandat, Tony Blair a relancé le débat sur sa succession. Face à l'impatience manifestée par les partisans de Gordon Brown au sein du parti, du Parlement et du gouvernement, il affiche cependant sa détermination à poursuivre l'agenda des réformes programmées (services publics, éducation, sécurité, immigration) et à conserver la maîtrise du calendrier politique.

   Mais les difficultés s'accumulent. Des révélations sur le financement de la campagne électorale de 2005 éclaboussent le chef du gouvernement dont la cote de popularité est au plus bas. Les conservateurs profitent de son affaiblissement : d'une part, dès la fin de 2005, ils décident de combattre les travaillistes sur le terrain de l'image et de la jeunesse en se choisissant pour nouveau leader un député du centre droit de 38 ans, David Cameron : de l'autre, ils remportent un spectaculaire succès lors des élections locales de mai 2006 à l'issue desquelles le New Labour perd plus de 300 sièges.

   Tony Blair tire les leçons de cet échec historique en remaniant largement son cabinet et en renforçant sa garde rapprochée. Pendant l'été, le silence du Premier ministre lors de l'attaque d'Israël contre le Liban le déconsidère un peu plus et le fait apparaître comme le « caniche de Bush », tandis qu'une vague d'attentats déjouée in extremis par Scotland Yard le 10 août ternit son bilan en matière de lutte contre l'insécurité et le terrorisme international. Aussi 17 députés travaillistes le pressent-ils publiquement, lors de la rentrée, de se retirer de la vie politique pendant que 7 membres subalternes de son cabinet démissionnent pour la même raison. En septembre, peu avant le congrès annuel du parti travailliste qui fait de G. Brown le futur successeur de Tony Blair, ce dernier annonce effectivement son départ dans l'année, sans toutefois en préciser la date.

Le règlement de la question nord-irlandaise

Soucieux de peaufiner son image et son bilan, assombris par l'engagement en Iraq, jugé par lui catastrophique fin 2006, Tony Blairr s'emploie à règler pour de bon la question nord-irlandaise. Après avoir fait de nouvelles propositions au début 2006, avec son homologue irlandais, le Premier ministre obtient des diverses parties qu'elles se rencontrent et discutent en octobre à Saint Andrews, en Écosse. D'où l'élaboration d'une feuille de route pour la restauration des institutions semi-autonomes suspendues depuis 2002 et la formation d'un gouvernement biconfessionnel. En contrepartie de la reconnaissance officielle de la légitimité de la police nord-irlandaise par le Sinn Féin, effective à partir du 28 janvier 2007, et malgré d'ultimes atermoiements de la part du DUP, les élections parlementaires locales du 7 mars 2007, qui voient la victoire de ces deux grandes formations, aboutissent finalement à la constitution d'un gouvernement provincial dirigé par le vieux leader de la formation protestante ultra, Ian Paisley – secondé par le républicain Martin McGuinness –, et à la fin d'un long conflit.

   Malgré ce succès, le Premier ministre doit composer avec l'hostilité de l'opinion et une majorité toujours plus rétive, prête à lui refuser en mars les crédits de défense qu'il demande et qu'à nouveau seul le ralliement de conservateurs lui permet d'obtenir. En mai 2007, les travaillistes subissent une défaite aux élections locales, avec la perte de 500 mandats, et notamment le basculement du vieux bastion écossais dans les mains des indépendantistes. En outre, ils ne conservent qu'une majorité relative dans l'assemblée du pays de Galles. La décentralisation, projet phare des années Blair, semble se rertourner contre son maître d'œuvre. Aussi celui-ci annonce-t-il son retrait de la vie politique nationale pour la fin juin : G. Brown lui succède sans surprise à la tête du parti le 24 juin, puis à celle du pays le 27.

13.7. Les cent premiers jours de Gordon Brown (juin 2007)

Gordon Brown affiche une volonté de renouveau sans reniement, en composant un cabinet d'ouverture (aux libéraux-démocrates) et de rassemblement, qui promeut des jeunes, comme David Miliband, passant de l'Environnement aux Affaires étrangères, ainsi qu'une femme, Jacqui Smith, la première à se voir confier l'Intérieur, en même temps qu'il nomme pour la première fois deux musulmans à des secrétariats d'État.

   À peine entré en fonction, le Premier ministre fait face aux attentats terroristes déjoués à Londres et à Glasgow les 28 et 29 juin, puis, durant l'été, à des inondations centenaires dans l'ouest de l'Angleterre, à la réapparition accidentelle de la fièvre aphteuse dans le Sud, et enfin, à la quasi faillite de la banque Northern Rock. L'impression de sérieux et de compétence qu'il donne rassure l'opinion et fait remonter dans les sondages les travaillistes, placés à nouveau devant les conservateurs.

   En outre, il opère un début de désengagement des troupes d'Iraq, pour les réaffecter en Afghanistan, où la situation s'aggrave dangereusement, tirant progressivement un trait sur l'héritage le plus controversé de son prédécesseur. Aussi, lorsque confronté à l'assaut renouvelé des tories, il renonce à provoquer des élections générales anticipées au début de l'automne, l'opinion comme ses partisans ne le comprennent-ils guère : l'état de grâce ne passerait-il pas les premiers cent jours d'un parcours jugé pourtant sans faute ?

13.8. Une impopularité irréductible

Le désastre des élections locales de mai 2008

Dès lors, la cote du Premier ministre comme celle des travaillistes, affectés par la révélation de nouveaux scandales et le retournement de la conjoncture (inflation, ralentissement de la croissance, crise financière, chute de l'immobilier) s'effondre. À l'inverse, celle des conservateurs, dopée par la popularité de leur jeune leader et de ses propositions de baisse d'impôts, s'envole. Pour le parti au pouvoir, rien ne semble permettre de renverser la tendance : ni le sauvetage de la banque Northern Rock, ni non plus le virage sécuritaire pris par le gouvernement.

   Aux handicaps personnels de G. Brown, devenus patents à la fin 2007 (difficulté à communiquer, austérité et isolement, défaut de charisme), s'ajoutent au début de 2008 des erreurs politiques : ainsi du projet d'allongement de la détention des suspects de terrorisme qui suscite des dissensions internes à la majorité et de la réforme fiscale qui provoque un tollé au sein du parti et un vif mécontentement social, au point d'obliger le gouvernement à adopter en urgence une série de mesures compensatoires.

   Le scrutin local de mai 2008 fait par conséquent figure de coup de semonce : le parti n'arrive qu'en troisième position, derrière les tories (44 % des voix) et les libéraux-démocrates (25 %), avec seulement 24 % des suffrages et une perte sèche de 350 sièges, dont ceux, plus que symboliques, de Londres. À l'issue de cette débâcle électorale, sans recours immédiat, et de peur de plonger davantage, les travaillistes font bloc derrière celui qui reste leur leader, adoptant aux Communes le projet de loi répressif contesté et, à la Chambre haute, malgré le non irlandais, le traité européen de Lisbonne. Pendant l'été, à la suite de la perte d'un énième bastion lors d'une partielle en Écosse, de la révélation de nouveaux dysfonctionnements au sein de l'administration et de l'aggravation de la conjoncture économique, la contestation interne reprend.

Face à la tempête financière

Mais la tempête financière qui ébranle la City après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre ressoude les rangs du parti, de la majorité parlementaire et du gouvernement autour du leadership du Premier ministre. Pour éviter que d'autres compagnies ne s'effondrent, celui-ci nationalise la banque spécialisée dans le prêt immobilier Bradford & Bingley et pousse la Lloyds TSB à racheter une HBOS (Halifax Bank of Scotland) au bord du dépôt de bilan. Au début d'octobre, un mini remaniement réintègre les blairistes Peter Mandelson (Commerce), Margaret Beckett (Logement) et Geoff Hoon (Transports), tandis que le portefeuille de l'Énergie et du Réchauffement climatique échoit à Ed Milliband, frère du ministre des Affaires étrangères et possible prétendant à la succession de G. Brown, ce qui concrétise l'idée d'une union sacrée face à la crise. Le plan de soutien au système bancaire concocté alors met à disposition des groupes financiers en grande difficulté d'abondantes lignes de crédit et autorise la recapitalisation des principaux établissements à hauteur de 50 milliards – en contrepartie d'un droit de regard de l'État. Ces prises de participation publique s'accompagnent d'un vaste plan d'aide aux PME et aux ménages (de l'ordre de 350 milliards) qui accentue le tournant interventionniste amorcé par le gouvernement. Plutôt bien reçu par la population, il redore le crédit du Premier ministre et le blason d'un New Labour qui conserve contre toute attente le fief de Glenrothes en Écosse lors d'une partielle en novembre.

   La double annonce de la baisse immédiate pour un an de la TVA de 17,5 à 15 % et d'une réduction des impôts – sauf pour la tranche la plus élevée – à compter de 2011 (en cas de victoire des travaillistes aux élections générales) ne permet toutefois pas de prolonger cette embellie sondagière que l'amplification d'une crise qui menace de se muer en dépression historique, la flambée du chômage et la perspective de la banqueroute d'un pays dont les déficits filent dangereusement, ont tôt fait de dissiper.

   Au début de 2009, de nouvelles secousses financières font trembler l'économie britannique, alors que les caisses de l'État, désormais désespérément vides, interdisent la mise en œuvre de tout nouveau plan de relance. Aussi l'apparent succès du sommet du G 20, qui se tient à Londres en avril, et la série d'actions concertées de lutte contre la crise qu'il dévoile, se révèlent-ils insuffisants pour faire retrouver au pays le chemin de la croissance et restaurer durablement la confiance.

La multiplication des « affaires »

Dans ce contexte, la cascade de révélations à partir de mai sur l'existence de multiples abus dans les notes de frais des députés et des ministres éclabousse l'ensemble de la classe politique et notamment le gouvernement. L'onde de choc du scandale se ressent tout particulièrement à la veille des consultations européenne et locales de juin ; en quelques jours, une dizaine de membres de l'exécutif, dont des poids lourds, sont amenés à quitter leurs fonctions. Les réaffectations qui s'ensuivent ne peuvent empêcher la déroute électorale des travaillistes : avec 15,7 % des voix, ils s'effondrent, loin derrière les conservateurs (27,7 %), pourtant eux aussi compromis, et même l'eurosceptique UKIP (16,5 %), qui confirme son implantation. Le BNP (British National Party) d'extrême droite, qui obtient 2 élus, fait son entrée au Parlement européen. La sanction des urnes est aussi locale : le Labour qui abandonne les 4 comtés qu'il dirigeait encore sur les 27 remis en jeu affiche une perte sèche de quelque 290 postes de conseillers, contre un gain net de 244 pour les tories et une quasi stabilité pour les libéraux. Là encore, le BNP fait une percée, avec 3 élus.

   Après cette nouvelle « Beresina », les travaillistes adoptent un profil bas : la contestation interne échoue à réunir les 72 signatures de députés nécessaires pour demander le départ de Gordon Brown. En annonçant le report de la privatisation programmée de la poste, le gouvernement entend renouer avec l'électorat populaire du Nord qui lui a fait défaut lors des précédents scrutins. Il réitère son engagement en vue de l'amélioration des services publics. Mais la crise se poursuit, l'été se fait meurtrier sur le front afghan et de nouvelles affaires compromettent le gouvernement.

   Toutefois, à l'automne, le retour de David Cameron sur sa promesse de tenir un référendum à propos du traité de Lisbonne, puis les scandales fiscaux concernant des pontes du parti conservateur font quelque peu douter l'opinion de la capacité de cette formation et de son leader à diriger à terme le pays. Le Premier ministre présente ensuite un budget qui prévoit d'augmenter les impôts des plus riches, de réduire de 20 % sur 3 ans le traitement des fonctionnaires les mieux payés, mais de poursuivre la politique d'investissement, notamment dans l'éducation.

Le parti travailliste affaibli

Les dissensions internes aux travaillistes se font à nouveau jour au début de l'année 2010 quand deux anciens ministres appellent G. Brown à démissionner et à laisser la place à un nouveau leader, pour éviter un désastre aux prochaines élections générales. Plombé par la révélation de nouvelles exactions fiscales de certains de ses chefs, le parti conservateur voit reculer son avance dans les sondages. La bataille électorale s'annonce dès lors serrée, et ce d'autant plus qu'emmenés par leur jeune leader Nick Clegg, les libéraux-démocrates (qui ont dénoncé l'engagement en Iraq, et, avant la crise, les dérives du système financier) ont plus que jamais la cote et semblent être en mesure de jouer les faiseurs de roi.

   Le résultat du scrutin du 6 mai reflète l'indécision des électeurs (65,1 % de participation). Toutes les grandes formations sont perdantes. Les conservateurs arrivent certes en tête avec 36,1 % des voix et 306 députés, mais ils leur manquent 20 sièges pour s'assurer d'une majorité aux Communes. Contre toute attente, les travaillistes obtiennent 29 % des suffrages et 258 élus (leur plus mauvais score depuis la sanction de 1983), mais ils peuvent envisager de former une coalition avec certains petits partis (28 sièges au total) et avec les libéraux-démocrates, qui eux, réalisent une contre-performance par rapport aux intentions relevées par les instituts de sondage (23 % et 57 représentants, soit moins que dans la précédente législature).

   Se dessine pendant quelques jours d'incertitude et de tractations la perspective d'un « hung Parliament », sans majorité claire. Une chose paraît toutefois certaine : le départ de G. Brown, qui annonce le 10 mai qu'il quitte la direction du Labour, puis le lendemain Downing Street. Et en effet, le 11 mai, un accord scellé entre les tories et les libéraux aboutit à la constitution, sans précédent, d'un gouvernement de coalition entre les deux formations, dirigé conjointement par leurs deux jeunes leaders, David Cameron, placé à sa tête, et Nick Clegg, nommé vice-Premier ministre.

14. Les conservateurs et libéraux-démocrates au pouvoir (2010-)

14.1. Résistance et difficultés d'un tandem Cameron-Clegg improbable

Après de multiples tractations, le 11 mai 2010, David Cameron compose un gouvernement de coalition avec les libéraux-démocrates et devient le plus jeune occupant du 10 Downing Street depuis près de 200 ans. Secondé par un leader du même âge, Nick Clegg, promu vice-Premier ministre, il forme ainsi une alliance politique entre deux partis, inédite depuis 1945 et par ailleurs sans équivalent dans l'histoire des deux formations, ce qui implique de multiples concessions : si les libéraux-démocrates obtiennent des postes importants, l'engagement de ne pas provoquer un nouveau scrutin général avant 5 ans, le relèvement du plancher de l'imposition fiscale et la tenue prochaine d'un référendum pour ou contre l'ajout d'une dose de proportionnelle dans le système électoral, ils doivent aussi composer avec l'hostilité à l'UE des tories, leur souhait de privilégier la « relation spéciale » que le pays entretient avec les États-Unis, un durcissement vraisemblable des lois sur l'immigration et des perspectives de coupes sévères dans les dépenses publiques. Le chef du cabinet, qui s'entoure par ailleurs de fidèles, montre qu'il entend diriger un gouvernement stable et fort, même s'il doit remplacer au débotté l'un de ses secrétaires, impliqué dans le scandale des défraiements des députés. Si, logiquement, le nouveau ministre des Affaires étrangères, William Hague, effectue sa première visite officielle à Washington, David Cameron prend le soin de confier le dossier européen à un modéré et renonce à sa promesse de campagne qui consistait à exiger de Bruxelles le rapatriement à Londres des compétences communautaires déléguées.

La lutte contre le déficit budgétaire

Pour faire face à l'explosion du déficit budgétaire (plus de 12 % du PIB en 2010), le gouvernement présente un avant-projet de rigueur, qui s'avère sans précédent depuis 1945 et prévoie une réduction de £150 milliards des dépenses sur 5 ans (pour ramener le premier à 1 % voire l'éliminer), fondée pour les trois-quarts sur des coupes drastiques dans les programmes de redistribution (gel des allocations sociales et des salaires des fonctionnaires, baisse radicale du nombre de ces derniers, diminution des transferts de tous ordres, relèvement de l'âge de la retraite, et baisse envisagée de son montant) et pour un quart par une augmentation des impôts (TVA passant de 17,5 % à 20 %, augmentation des taxes sur les plus-values, non-remise en cause de la hausse de 40 à 50 % de la tranche des plus aisés décidée par G. Brown, tout en relevant le seuil fiscal, exonérant ainsi près de 900 000 foyers de leur contribution, en cherchant à épargner le monde des affaires en général, mais en soumettant les banques à un apport annuel supplémentaire de l'ordre de 2 £milliards).

   Alors qu'il annonce fin juin des restrictions de l'octroi des visas aux ressortissants non-européens puis, un mois plus tard, en déplacement à New Delhi, hausse le ton contre le Pakistan qu'il accuse d'« exporter la terreur », D. Cameron fait aussi savoir qu'il compte refondre le modèle de l'État providence en invitant les Britanniques à se faire les promoteurs d'une « Big Society », où les services publics jugés déficients seraient remplacés par des institutions mises en place et gérées directement par les usagers – projet mis à l'essai dans 4 comtés tests dès juillet.

Tiraillements au sein de la coalition

De même, le Premier ministre s'engage pour la tenue d'un référendum sur la réforme électorale exigée des libéraux, à laquelle lui-même et ses propres troupes s'opposeront cependant. De fait, l'attelage lib-dem/tory suscite des tensions au sein de chacune des deux formations : les plus à droite des conservateurs reprochent à « Dave the Red » (« David le rouge »), la hausse de l'imposition des foyers les plus riches et sa volte-face vis-à-vis de Bruxelles, tandis que les libéraux-démocrates s'inquiétent des répercussions sur les classes moyennes, les familles les plus modestes et l'économie en général de la réduction draconienne des dépenses publiques. Au vu des sondages, l'opinion sait pourtant gré au Premier ministre de prendre des mesures radicales, cependant que la cote des libéraux s'effondre.

   Simultanément (fin septembre), l'opposition se dote d'un nouveau leader en la personne d'Ed Miliband, élu de justesse à la tête du Labour contre son principal concurrent qui n'est autre que son propre frère aîné, David, plus marqué au centre et blairiste affiché, lequel décide finalement de conserver son siège de député mais de ne pas figurer dans le cabinet fantôme constitué par son benjamin et désormais leader.

   Si David Cameron refuse de remettre en cause la suppression des allocations familiales pour les plus aisés, il décide de privatiser partiellement la Poste, d'imposer aux chômeurs des tâches d'utilité publique et de permettre aux universités de tripler le montant des frais d'inscription. Ce dernier projet est voté de justesse au Parlement en décembre, malgré l'opposition de quelques conservateurs et de nombre de libéraux-démocrates ainsi que de multiples manifestations d'étudiants dès novembre. De fait, des tiraillements se font jour dans la coalition : les plus progressistes des libéraux-démocrates ne manquent pas d'exprimer leurs réticences à propos de la politique radicale menée par le gouvernement, tandis que l'aile droite des tories dénonce le maintien à son poste du ministre du Commerce de même que les mesures qui ciblent et pénalisent les Britanniques les plus fortunés.

   Entre-temps, convaincu par les libéraux et soucieux d'attester que son parti s'ouvre aux évolutions de la société, David Cameron soutient un projet d'adoption de l'équivalent du mariage homosexuel. Mais l'initiative de la création d'une Big Society, destinée à remplacer l'État providence chère au Premier ministre semble au même moment devoir faire long feu, cependant que sous la pression de l'opinion, le gouvernement revient sur son programme de privatisation de la moitié des quelque 260 000 hectares de forêts qu'il détient.

La grogne sociale contre la rigueur

Les manifestations organisées par les syndicats contre la rigueur le 26 mars 2011 connaissent un succès inattendu, les Britanniques ayant enregistré un recul trentenaire (- 0,8 %) de leur pouvoir d'achat en 2010 et s'apprêtant à connaître une année 2011 plus difficile encore, avec une croissance atone, des programmes de redistribution en chute libre, un chômage désormais situé à 8 % de la population active et une poussée de l'inflation à plus de 4 %. Face à la gronde générale, D. Cameron décide de repousser la réforme programmée du service public de santé

   S'ils oublient momentanément les difficultés économiques et la cure d'austérité en assistant en nombre au mariage de Kate Middleton et du Prince William le 29 avril, les Britanniques sanctionnent sévèrement les libéraux-démocrates le 5 mai en rejetant à près de 70 % leur projet de réforme du scrutin électoral, et en leur infligeant le plus mauvais score de leur histoire aux consultations locales (15 % des voix), ce qui leur fait perdre des centaines de postes de conseillers territoriaux. Comme immunisés des mesures drastiques prises dans l'année mais imputées à leurs partenaires par l'opinion, les conservateurs au pouvoir sortent en définitive quelque peu renforcés, avec 35 % des voix, cependant que le parti travailliste conforte sa position de leader de l'opposition avec 37 % des suffrages, soit 10 points de plus qu'en 2010.

   En parallèle, les nationalistes du SNP, emmenés par Alex Salmond, obtiennent la majorité absolue des sièges au Parlement écossais, tandis que le Pays de Galles confirme son ancrage à gauche, donnant au Labour un quasi contrôle de son assemblée. Parmi les quelque 300 municipalités dont le conseil devait être renouvelé, les tories gagnent 4 villes (179), les travaillistes 26 (57), et les libéraux-démocrates en perdent 9 pour n'en dominer plus que 10.

15. La Grande-Bretagne et l'Europe

15.1. Tony Blair l'europhile

Premier ministre britannique le plus europhile depuis Edward Heath, Tony Blair entend arrimer son pays à l'Europe. La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme est intégrée à la loi britannique. Il signe également le chapitre social européen, mais décide néanmoins, en octobre 1997, que son pays ne participera pas à la première vague de l'euro (1er janvier 1999). Après la mise en place de la monnaie unique, le Premier ministre britannique accélère les préparatifs d'adhésion à l'Union économique et monétaire (UEM) avec l'annonce d'une série de mesures techniques concernant les administrations du pays (février 1999). Mais le débat reste très politique. L'Europe, en effet, ne semble toujours pas être un thème porteur pour les Britanniques comme le démontre le taux d'abstention considérable aux élections européennes de juin 1999. Devant cette indifférence hostile de la population, le Premier ministre décide de se donner du temps, repoussant depuis sans cesse la question de la monnaie unique.

La « troisième voie »

En 1999, la promotion de la « troisième voie », de concert avec son homologue Gerhard Schröder, participe du souci de Tony Blair de construire une Europe moins fédérale, qui reposerait sur un faisceau de liens bilatéraux. Ainsi le Premier ministre multiplie-t-il les propositions de partenariat idéologique ou conjoncturel avec les responsables politiques « amis », de Schröder aux Scandinaves, et cherche à les étendre avec les chefs de gouvernement belge, espagnol et même italien. L'élargissement de l'Union européenne à l'Est lui semble pouvoir permettre le renforcement de cette politique d'accords ponctuels. Le leader britannique espère compenser la perte d'influence que la non-adhésion de son pays à la monnaie unique est susceptible d'entraîner dans le concert des nations et de la politique continentale. Il entend également contrebalancer le couple franco-allemand, qui continue de peser sur la définition des priorités de l'UE. En 2003, la question irakienne met en pleine lumière certains attendus de cette stratégie : le Royaume-Uni figure au premier rang d'une « nouvelle Europe » (Espagne, Italie, Pologne), coalition avec les États-Unis qui s'oppose à la « vieille Europe », regroupée autour de l'axe Paris-Berlin.

   Au même moment toutefois, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne élaborent à nouveau un projet de défense commune et réactivent leur coopération. Les célébrations du centenaire de l'Entente cordiale, qui culminent à Paris en avril 2004, donnent aux deux partenaires l'occasion de réchauffer leurs relations quelque peu refroidies par l'affaire irakienne.

La présidence britannique de l'UE

Alors que le pays s'apprête à prendre la présidence de l'UE pour le second semestre, les questions communautaires restent singulièrement absentes de la campagne de mai 2005. Au reste, l'UKIP disparaît quasiment de la scène politique. L'échec des référendums français (29 mai) et néerlandais (2 juin) sur le traité de Constitution européenne contraint Tony Blair l'europhile à enterrer le projet de soumettre au suffrage des électeurs l'adhésion de son pays à la zone euro. Le sommet des chefs d'État et de gouvernement des 16 et 17 juin à Bruxelles s'étant en outre heurté au blocage français sur la Politique agricole commune (PAC) et au blocage britannique sur la ristourne communautaire dont bénéficie le Royaume, c'est d'une Union en panne, sans prévision de budget 2007-2013, que le Premier ministre prend la tête le 1er juillet 2005. Il obtient néanmoins en octobre un accord pour l'ouverture des discussions sur l'entrée dans l'Union de la Croatie et de la Turquie, et arrache en décembre un compromis sur un budget prévisionnel pour 2007-2013, liant la diminution du rabais de 10,5 milliards d'euros à la promesse d'une renégociation de la PAC à l'horizon 2008-2009.

   Peu avant de quitter Downing Street, le 23 juin 2007, T. Blair négocie âprement l'adhésion de son pays au projet de traité européen simplifié proposé par le nouveau président français Nicolas Sarkozy lors de la conférence intergouvernementale de Bruxelles, et obtient les dérogations exigées – l'exemption de l'application de la charte des droits fondamentaux et la limitation de la participation du Royaume-Uni aux politiques définies par la majorité qualifiée.

15.2. Gordon Brown

Contrairement aux attentes nées de son arrivée au pouvoir en 1997, T. Blair laisse à son successeur Gordon Brown, un pays plus que jamais éloigné de la zone euro et en marge de l'Union – perspective qui sied parfaitement au nouveau locataire de Downing Street, d'où l'acceptation par ce dernier du traité au Conseil européen d'octobre à Lisbonne. Non sans susciter dans son pays une demande de référendum étayée par des tories désireux de le déstabiliser et d'en découdre politiquement avec lui : l'Europe, outre-Manche, demeure en effet avant tout une question de politique intérieure. En mars 2008, les Communes rejettent une proposition sur le sujet et votent le texte, lui aussi finalement approuvé par les Lords en juin, malgré le « non » irlandais et de multiples démarches visant à le repousser. Signe des temps, en obtenant la ratification du traité par son pays, G. Brown l'eurosceptique apparaît comme l'un des promoteurs de la cause européenne. De même, au plus fort de la tempête financière de l'automne 2008, c'est son plan de sauvetage du système bancaire britannique qui sert de modèle aux discussions de l'Eurogroupe réuni à Paris le 12 octobre, et dont il est l'invité vedette. Mais l'aggravation de la conjoncture nationale et internationale ne permet toutefois pas d'aller plus loin dans le rapprochement : les vieux tropismes, notamment atlantiques, reprennent le dessus, ainsi que l'atteste le résultat du scrutin européen de juin 2009 : avec 16,5 %, l'UKIP confirme son score de 2004 et arrive second, derrière le parti conservateur. Quant au BNP d'extrême droite, il fait élire 2 représentants et entre ainsi au Parlement de Strasbourg. Pourtant, c'est à une Britannique, la baronne travailliste Catherine Ashton, qu'échoit le poste de chef de file de la diplomatie européenne en novembre 2009, où elle échoue par un effacement que beaucoup déplorent.

15.3. David Cameron

Par ailleurs, les tories, qui, peu avant la consultation, ont fait connaître leur intention de quitter le PPE (parti populaire européen) et de sièger dans un groupe antifédéral, finissent par rabattre quelque peu leur euroscepticisme : en novembre, David Cameron renonce à la promesse de tenir un référendum sur l'adhésion au traité de Lisbonne en cas de victoire aux élections générales de mai 2010. En outre, l'alliance qu'il noue avec les libéraux-démocrates notoirement pro-européens à l'issue de ces dernières invite les membres de sa formation à tempérer leur tendance à l'opposition frontale à l'UE.

   De fait, David Cameron remise très vite sa promesse électorale de rapatriement des compétences communautaires déléguées, au grand dam des eurosceptiques majoritaires dans son parti. En revanche, il ne peine guère à trouver un accord avec ses principaux partenaires pour venir en aide (financière) à l'Irlande en novembre puis geler le budget de l'UE jusqu'en 2020, au nom de l'austérité en vigueur dans son pays comme dans le reste de l'Europe. En visite en Turquie en juillet, il ne rompt pas avec la ligne de ses prédécesseurs et se prononce pour son adhésion à l'UE. Par ailleurs, il poursuit le rapprochement, notamment militaire, avec la France, de façon à pouvoir partager l'effort de défense et à permettre de tailler dans les budgets respectifs (novembre 2010). En outre, à partir de mars 2011, consolidant un axe Paris-Londres en nette opposition à Berlin, il prône le soutien de l'UE, de l'ONU et des États-Unis aux rebelles libyens au colonel Kadhafi et obtient l'intervention de l'OTAN à leurs côtés.

16. La Grande-Bretagne et le monde

16.1. Tony Blair

La Grande-Bretagne ne délaisse pas sa « relation spéciale » avec les États-Unis, comme en témoigne la présence de ses troupes aux côtés de celles des Américains dans les bombardements aériens sur l'Iraq, qui débutent avec une série de frappes intensives fin décembre 1998. À l'unisson cette fois des pays européens, le royaume participe également à l'intervention militaire de l'OTAN en Yougoslavie (mars-juin 1999), contre la politique répressive menée par Slobodan Milošević au Kosovo, puis à la force multinationale de maintien de la paix dans cette province (KFOR). Il intervient en outre pour pacifier une Sierra Leone déchirée par la guerre civile en 2000. Pour Tony Blair, ces opérations attestent l'engagement du pays et, plus largement, de l'Europe dans la défense des principes humanitaires et démocratiques – même si le silence imposé à propos de la Tchétchénie et du Timor-Oriental relativisent cette ambition. Le pays s'associe au pilonnage américain de positions irakiennes en février 2001, premier geste militaire de la nouvelle administration Bush, et témoigne d'un soutien sans faille aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Avec l'hôte de la Maison-Blanche, T. Blair est le seul dirigeant étranger à déclarer son pays en guerre contre le terrorisme. Il contribue activement à la formation de la coalition chargée de mettre fin au régime des talibans à Kaboul. De fait, le contingent britannique en Afghanistan à l'automne 2001 est le plus important des pays occidentaux après les effectifs américains.

   En 2002, T. Blair suit George W. Bush dans sa politique de fermeté à propos de l'Iraq, espérant faire valoir les principes internationaux auprès de son partenaire. En mars 2003, malgré l'opposition de l'ONU et – en Europe notamment – de la France et de l'Allemagne, malgré aussi l'hostilité de la plus grande partie de la population britannique et les très fortes réticences manifestées par les parlementaires de son parti, il entraîne son pays dans la guerre contre l'Iraq préparée par Washington. La victoire de la coalition sur les forces de Saddam Husayn en avril 2003 semble lui donner raison, mais les difficultés rencontrées lors de la pacification de l'Iraq et les affaires qui entourent l'entrée dans le conflit du Royaume-Uni (affaire Kelly, révélations des sévices exercés par les troupes d'occupation, américaines et par la suite britanniques, à l'encontre de prisonniers et de civils) font douter à nouveau l'opinion publique et les partenaires européens du bien-fondé de l'intervention. Au total, en 2004, la lutte contre le terrorisme international coûte au royaume 6 milliards de £, dont 3 pour l'Iraq, où près de 10 000 hommes stationnent toujours en 2005.

   Tony Blair, qui veut donner à son pays la place et le rôle de médiateur entre les deux rives de l'Atlantique, ambitionne de faire de l'Europe le principal partenaire des États-Unis. Quitte à irriter, voire s'aliéner, pendant un temps ses homologues ou interlocuteurs continentaux, comme Gerhard Schröder ou Jacques Chirac ; quitte aussi à devoir composer avec la défection de certains de ses alliés européens, tels que l'Espagne ou l'Italie. Malgré cet isolement accru en Europe et la reconnaissance publique du fiasco militaire à la fin de 2006, le Premier ministre maintient fermement l'engagement de son pays. Mais il ne relaie pas l'initiative du président Bush (janvier 2007) qui consiste à vouloir envoyer davantage d'hommes en Iraq.

   En juillet 2005, le sommet du G 8 est accueilli et présidé par T. Blair, à Gleneagles, en Écosse. Bien qu'endeuillé par les attentats de Londres, c'est un succès pour la diplomatie britannique, qui parvient à faire accepter son programme d'aide à l'Afrique (annulation de dettes, augmentation de l'effort international contre le sida et la malaria, doublement de l'enveloppe destinée aux pays les plus pauvres du continent à partir de 2010). Cette aura internationale ne sera cependant que de courte durée : à l'été 2006, le Premier ministre, qui, pas plus que le chef de l'État américain, n'a appelé à un cessez-le-feu lors du conflit israélo-libanais, se voit davantage encore reprocher son alignement sur Washington. Quant aux relations avec la Russie, elles tournent à l'aigre en novembre 2006 lors de l'affaire Litvinenko (ex-agent russe réfugié à Londres, mort d'empoisonnement au plutonium 210), qui envenime les relations entre les deux pays jusque dans l'été 2007.

   Au début du printemps, c'est avec Téhéran que la tension monte, après la capture de 15 marins par les Iraniens le 23 mars au large du Chatt al-Arab – qui sont relâchés le 4 avril.

16.2. Gordon Brown

Dès son entrée en fonction, au début de l'été 2007, le nouveau Premier ministre Gordon Brown fait du renforcement de la situation en Afghanistan sa priorité, tandis qu'il amorce dès septembre un retrait d'Iraq, se démarquant nettement des choix stratégiques les plus contestés de son prédécesseur : la province de Bassora, QG britannique, est ainsi progressivement évacuée et son administration est remise aux autorités iraquiennes en décembre. Toutefois, au début de 2009, les troupes ainsi dégagées ne sont envoyées qu'au compte-gouttes sur le théâtre afghan.

   Quant aux relations avec la Russie, elles se tendent à nouveau à l'été 2007, puis au début 2008. Il en va de même avec la Chine en avril, après le passage mouvementé de la flamme olympique à Londres. G. Brown, par ailleurs, fait savoir qu'il boycottera la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin en août.

   Un temps attiré par l'Europe, le Royaume-Uni de G. Brown retrouve bien vite le chemin privilégié de Washington. Signe du rétablissement d'une relation spéciale quelque peu distendue dans les derniers mois du mandat de George Bush, le Premier ministre est le premier chef de gouvernement reçu par le président Barack Obama (4 mars 2009) avec qui les convergences de vues se révèlent être légion. G. Brown accepte de suivre le plan de ce dernier qui consiste à renforcer les troupes sur place (envoi prévu de 500 hommes supplémentaires), même si, en raison de l'accroissement des pertes, il annonce envisager de concert une amorce de rapatriement à l'horizon 2010. Par ailleurs, les relations entre Londres et Téhéran se tendent à nouveau, après la réélection contestée de Mahmud Ahmadinejad en juin 2009 : accusés d'ingérence dans les affaires internes iraniennes, une dizaine d'employés de l'ambassade britannique sont arrêtés, pour être ensuite relâchés. Un peu plus tard, en novembre, ce sont 5 autres ressortissants qui sont interceptés par les autorités de Téhéran au large de Dubaï, avant d'être également rapidement libérés.

16.3. David Cameron

Pro-atlantiste comme la plupart de ses collègues de parti, David Cameron, nouveau Premier ministre britannique à partir de mai 2010, doit néanmoins composer avec les réticences de ses partenaires libéraux-démocrates et leur penchant europhile. Si le ministre des Affaires étrangères, William Hague, effectue symboliquement sa première visite officielle outre-Atlantique, le chef du cabinet britannique remise bien vite son intention de demander à Bruxelles le rapatriement des pouvoirs communautaires délégués à Londres et doit par ailleurs faire très rapidement face à de multiples objets de tension avec les États-Unis. Le vœu émis par D. Cameron de voir les troupes britanniques cantonnées en Afghanistan de retour au pays d'ici 2015 lors du G 20 de juin, puis à nouveau lors d'une visite surprise sur place en décembre (assorti de l'évocation d'une amorce de retrait dès 2011), la dénonciation par des sénateurs de Washington de la complaisance dont aurait bénéficié Abdelbaset al-Megrahi, auteur de l'attentat de Lockerbie libéré par les autorités écossaises et avec l'aval de Londres pour raisons de santé en août 2009, ou le limogeage du patron de BP (conséquence de l'explosion en avril 2010 au large de la Louisiane de la plateforme Deepwater) et son remplacement par un Américain fin juillet, tendent les relations entre les deux vieux partenaires.

   Par ailleurs, David Cameron présente le 15 juin, au nom de la Grande-Bretagne, des excuses symboliques aux familles des 14 victimes de la fusillade du Bloody Sunday de 1972 à Londonderry en Irlande du Nord. De concert avec Nicolas Sarkozy, il s'emploie à forcer la main à B. Obama et à l'obliger à accepter une intervention de l'OTAN aux côtés des rebelles libyens au colonel Kadhafi à partir de mars et surtout d'avril 2011. Après avoir haussé le ton contre le Pakistan qu'il accuse d'« exporter la terreur » lors de son déplacement de la fin juillet 2010 en Inde, il s'emploie à ressouder les rapports entre Londres et Islamabad, notamment en visitant le pays en avril 2011 et en nouant toutes sortes d'accords bilatéraux.

   Pour en savoir plus, voir l'article Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord.

Plan de l'article

Grande-Bretagne

1. Le peuplement de la Grande-Bretagne

2. La formation de la Grande-Bretagne

2.1. Les conséquences de la conquête

2.2. Les XIIIe et XIVe s.

2.3. Du XVe au XVIIe s.

3. Les puritains contre la monarchie

3.1. Le règne de Jacques Ier Stuart (1603-1625)

3.2. Le règne de Charles Ier (1625-1649)

3.3. La période républicaine

4. Vers un nouvel équilibre (1660-1714)

4.1. Le règne de Charles II (1660-1685)

4.2. Le règne de Jacques II (1685-1688)

4.3. Guillaume III, Marie II et Anne (1689-1714)

5. Le temps des whigs (1714-1760)

5.1. Le règne de George Ier (1714-1727)

5.2. Le règne de George II (1727-1760)

6. Le règne de George III (1760-1820)

7. L'hégémonie anglaise (1820-1873)

8. L'hégémonie contestée (1873-1914)

9. De la Première à la Seconde Guerre mondiale (1914-1945)

10. Le Royaume-Uni de 1945 à 1964 : repli insulaire et construction d'un monde nouveau

10.1. Les travaillistes au pouvoir (1945-1951) : reconstruction et étatisation

10.2. Les conservateurs au pouvoir (1951-1964) : prospérité et prolongement de l'intervention de l'État

10.3. La fin de l'Empire britannique

10.4. La question du Moyen-Orient

10.5. La guerre froide et la construction européenne

11. « Économie en crise » et « société permissive » (1964-1979)

11.1. Du dirigisme au dérèglement de l'économie

11.2. Une société plus tolérante

11.3. Une politique extérieure recentrée vers l'Europe

12. Le retour au libéralisme (1979-1997)

12.1. La révolution conservatrice de Margaret Thatcher (1979-1990)

12.2. Une diplomatie énergique

12.3. L'héritage thatchérien : le gouvernement du conservateur John Major (1990-1997)

13. Les « nouveaux travaillistes » : nouvelle identité britannique et « troisième voie » (1997-2010)

13.1. Les débuts de Tony Blair

13.2. Les réformes constitutionnelles et le début de règlement de la question de l'Irlande du Nord

13.3. La fin de l'état de grâce

13.4. Un deuxième mandat sous les auspices de la croissance (2001-2005)

Une santé économique florissante

13.5. L'ombre portée de l'engagement en Iraq

13.6. Le troisième et dernier mandat de Tony Blair (2005-2007)

Les attentats de Londres (juillet 2005)

Fin de règne

Le règlement de la question nord-irlandaise

13.7. Les cent premiers jours de Gordon Brown (juin 2007)

13.8. Une impopularité irréductible

Le désastre des élections locales de mai 2008

Face à la tempête financière

La multiplication des « affaires »

Le parti travailliste affaibli

14. Les conservateurs et libéraux-démocrates au pouvoir (2010-)

14.1. Résistance et difficultés d’un tandem Cameron-Clegg improbable

La lutte contre le déficit budgétaire

Tiraillements au sein de la coalition

La grogne sociale contre la rigueur

15. La Grande-Bretagne et l'Europe

15.1. Tony Blair l'europhile

La « troisième voie »

La présidence britannique de l'UE

15.2. Gordon Brown

15.3. David Cameron

16. La Grande-Bretagne et le monde

16.1. Tony Blair

16.2. Gordon Brown

16.3. David Cameron

À voir aussi dans Larousse
Médias
  • Affiche électorale travailliste
  • Anne Stuart
  • Arthur Neville Chamberlain, après la conférence de Munich
  • Bataille de Waterloo
  • Benjamin Disraeli
  • <I>Boston Tea Party</I>
  • Charles II
  • David Lloyd George
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  • Knud Ier
  • L'Angleterre et ses dépendances continentales, XIIe-XIIIe siècles
  • La conquête de l'Angleterre par les Normands
  • La guerre des Deux-Roses
  • Le duc de Wellington à cheval
  • Les îles Britanniques, XVIIe siècle
  • Les invasions germaniques et scandinaves dans les îles Britanniques
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