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Jamaïque

en anglais Jamaica

Carton de situation - Jamaïque
Drapeau de la Jamaïque
Drapeau de la Jamaïque

État insulaire des Grandes Antilles, la Jamaïque, baignée par la mer des Antilles, est située au sud de Cuba et à l'ouest d'Haïti.
La Jamaïque est membre du Commonwealth.

  • Superficie : 11 425 km2
  • Nombre d'habitants : 2 784 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Jamaïquains ou Jamaïcains
  • Capitale : Kingston
  • Langue : anglais
  • Monnaie : dollar de la Jamaïque
  • Chef de l'État : Élisabeth II représentée par Patrick Linton Allen
  • Chef du gouvernement : Andrew Holness
  • Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 25 juillet 1962
    • Entrée en vigueur : 6 août 1962
Pour en savoir plus : institutions de la Jamaïque

GÉOGRAPHIE

Peuplée en majorité de Noirs, c'est une île au climat tropical, en partie montagneuse, qui possède d'importantes cultures de plantation (canne à sucre, bananes, agrumes, épices, fleurs). La Jamaïque est aussi un grand producteur de bauxite (et d'aluminium) et accueille de nombreux touristes.

1. Le milieu naturel

L'île s'étend sur 240 km de l'est à l'ouest et au maximum sur 85 km du nord au sud. Appartenant à la zone des plissements tertiaires des Grandes Antilles orientés de l'est à l'ouest, elle possède un relief montagneux et la séismicité y est active. À l'est s'élève le massif cristallin et schisteux des Montagnes Bleues ou Blue Moutains (2 467 m), le Centre et l'Ouest étant constitués d'un haut plateau calcaire (1 070 m) qu'une très active érosion a transformé en un magnifique karst dont les formes de relief sont spectaculaires (Cockpit Country au nord-ouest). Des plaines alluviales se situent à la périphérie de ces reliefs ; elles sont surtout étendues dans le Sud et l'Ouest, alors qu'au nord et à l'est elles se réduisent à un mince liseré ou disparaissent. Accidentées ou sableuses, les côtes sont très belles.

Le climat est tropical maritime, assez humide et pluvieux. Les températures varient peu (25,5 °C de température moyenne annuelle ; amplitude moyenne mensuelle de 4 °C ; amplitude moyenne diurne de 8 °C) ; toutefois, il peut se produire des coups de vent frais de secteur nord en hiver. L'île est presque constamment balayée par les alizés et, sauf dans quelques secteurs abrités de la côte sud, les températures n'y sont pas torrides. Les pluies ont lieu principalement de juin à décembre. Les côtes nord et est ainsi que les reliefs exposés au vent sont très arrosés (plus de 2 m de pluie par an), alors que les plaines méridionales sous le vent le sont beaucoup moins, si bien que l'irrigation est souvent nécessaire dans la région la plus intéressante pour l'agriculture. De violents cyclones peuvent dévaster le pays.

Intensément mise en valeur par les Britanniques à partir de la fin du xviie s., la Jamaïque était devenue à la fin du xviiie s. un modèle de colonie de plantations sucrières esclavagistes (100 000 tonnes de sucre exportées vers 1800, un millier de plantations, 300 000 esclaves).

2. La population

De la période coloniale, la Jamaïque a donc hérité d'un peuplement composite. Les descendants d'Africains issus de la période esclavagiste forment, aujourd'hui, l'écrasante majorité de la population, qui comprend également des Européens, des Indiens et des Chinois. Ces derniers sont arrivés en grand nombre en Jamaïque au xixe s. comme travailleurs sous contrat, le pouvoir colonial britannique souhaitant créer la concurrence sur le marché du travail et affaiblir les possibles revendications sociales des Noirs. De nos jours, la population est marquée par le poids de la jeunesse (31 % des habitants sont âgés de moins de 15 ans). L'accroissement naturel (1,1 %) y est nettement moins élevé que dans les autres États des Antilles, en raison, essentiellement, de la baisse du taux de natalité (estimé à 17 ‰ en 2007), renforcée par une très forte émigration.

L'émigration, encouragée par les autorités politiques, est un thème central de l'histoire de la population jamaïcaine depuis le xixe s. Pour échapper à la misère et au chômage, cette dernière a émigré en grand nombre, principalement en Amérique centrale, en Amérique du Nord et au Royaume-Uni.

Un peu plus de la moitié de la population de l'île est urbaine (49 %), et se concentre sur les plaines côtières. Les villes sont ceinturées par des bidonvilles, les chansons reggae de Bob Marley véhiculent la misère et la révolte des pauvres jamaïcains. L'anglais est la langue officielle de la Jamaïque, mais le créole y est largement utilisé. L'analphabétisme reste un grave problème (il touchait, en 2002, 12 % de la population adulte). L'Église anglicane est la plus importante, avec les Églises baptiste, catholique et méthodiste.

3. L'économie

La Jamaïque se place parmi les pays à revenu assez faible. Son économie repose sur l'agriculture, l'exploitation de la bauxite, l'industrie manufacturière et le tourisme. Les principales exportations sont le sucre et la bauxite, et la Jamaïque importe essentiellement des biens de consommation, des denrées alimentaires, des machines et du carburant.

L'agriculture, concentrée sur les plaines côtières, ne représente plus que 5 % du produit intérieur brut (P.I.B.), mais demeure le plus gros employeur du pays, puisqu'elle occupe 18 % (2005) de la population active. Les bananes et la canne à sucre dominent la production agricole, suivies par le café, le cacao et le coprah. L'île produit aussi des ananas, des agrumes, des piments et du poivre, ainsi que du rhum et de la mélasse. La production de fleurs est importante. La culture de la marijuana se développe. Mais l'extension croissante des cultures d'exportation se fait aux dépens de l'agriculture vivrière, si bien que l'essentiel des besoins alimentaires doit être importé. La pêche demeure assez peu développée.

L'île possède l'un des plus grands gisements de bauxite du monde (2 milliards de tonnes de réserve). Ce minerai, dont l'île est le premier exportateur mondial, est exploité dans l'intérieur du pays par des compagnies nord-américaines, mais le secteur est très sensible aux fluctuations des cours mondiaux et ne crée que peu d'emplois. La Jamaïque exploite aussi du gypse et du calcaire. L'industrie manufacturière (textile, produits chimiques, composants électroniques) s'est développée autour des grandes agglomérations, telles que la capitale, Kingston. La transformation sur place de la bauxite est limitée par les insuffisances énergétiques de l'île. Le tourisme, en pleine expansion, est devenu la principale source de devises du pays, représentant plus du quart du produit intérieur brut. Les infrastructures touristiques se concentrent principalement sur la côte nord du pays.

HISTOIRE

1. La période coloniale

1.1. Découverte et occupation espagnole

Appelée Xaymaca (« la terre du bois et de l'eau » par les indigènes arawaks, l'île est découverte par Christophe Colomb en 1494. Le premier gouverneur en est don Juan de Esquivel (1509), et l'île prend le nom de Santiago. Elle est bientôt accaparée par quelques grandes familles espagnoles, qui exterminent les autochtones et introduisent des esclaves importés d'Afrique.

1.2. Centre de contrebande et terre d'esclaves

Faiblement colonisée, l'île est conquise par les Anglais en raison de sa valeur stratégique en 1655 (possession confirmée en 1670 lors du traité de Madrid). Ceux-ci en font un grand centre de contrebande en direction de l'Amérique espagnole, mais doivent lutter jusqu'en 1738 contre les « Nègres marrons », esclaves insoumis, réfugiés principalement dans les parties inaccessibles de l'île (cockpit country). Le traité de Trelawny, signé la même année, leur garantit le territoire qu'ils occupent. La plantation de la canne à sucre, travaillée par les esclaves, s'impose. Après le traité d'Utrecht (1713), qui donne à l'Angleterre le privilège de l'asiento (le commerce d'esclaves dans l'Empire espagnol), l'île devient le centre de distribution de ce trafic et voit s'accroître la population servile de ses plantations (300 000 esclaves à la fin du xviiie siècle).

L'histoire de la Jamaïque est marquée par des catastrophes naturelles (cyclones) et les révoltes des esclaves (1831). La prospérité croît jusqu'au début du xixe siècle, grâce aux plantations et à l'exportation du sucre, de l'indigo, du cacao et, accessoirement, du café et du piment. L'abolition de l'esclavage (1833) et du tarif protecteur en 1846 fait chuter les prix et provoque une crise sévère qui ruine les plantations de sucre et multiplie la petite propriété. Gouvernée par l'élite de planteurs blancs, la Jamaïque, qui possède une assemblée provinciale, est sous l'administration directe de la Couronne de 1866 à 1884, à la suite de la révolte de Morant Bay.

1.3. Vers l'autonomie

Après une longue période de calme politique, qui voit l'installation des grandes compagnies étrangères (l'United Fruit pour la banane, jusqu'aux années 1930, et la West Indies Sugar Company pour le sucre, ensuite), le mouvement autonomiste prospère, dans les années 1940, sous l'impulsion du leader syndicaliste Alexander Bustamante et de son cousin, l'avocat Norman Washington Manley, d'abord alliés, puis concurrents.

En 1953, une nouvelle Constitution, qui ouvre la voie à l'autonomie, entre en vigueur. Deux ans plus tard, N. W. Manley succède à A. Bustamante au poste de Premier ministre. L'île, qui faisait partie de la Fédération des Indes Occidentales depuis 1958, quitte celle-ci en 1961, après un référendum remporté par les partisans de A. Bustamante. Sept mois plus tard, N. W. Manley perd les élections générales. La Jamaïque devient indépendante le 6 août 1962, dans le cadre du Commonwealth.

2. La Jamaïque indépendante

Les travaillistes gouvernent de 1962 à 1972, sous la direction de A. Bustamante jusqu'en 1967, puis sous celle de Hugh Lawson Shearer. Les élections de 1972 donnent la victoire au People's National Party (PNP) de Michael Norman Manley (fils de N. W. Manley). Celui-ci mène, surtout après sa nouvelle victoire électorale en 1976, une politique de « socialisme démocratique » centrée sur les réformes sociales, mais qui se heurte à des difficultés croissantes. Les sympathies procastristes de M. N. Manley lui aliènent par ailleurs la confiance des milieux d'affaires ; les exigences du Fonds monétaire international (FMI) pour l'octroi de nouveaux crédits, qui supposent une réduction importante des dépenses sociales, conduisent à des élections anticipées en octobre 1980. La situation économique difficile (25 % de diminution du PNB de 1972 à 1979, 35 % de chômage dans la population active) et un climat de violence donnent la victoire au parti travailliste jamaïquain (JLP), dirigé par Edward Seaga, qui préconise un retour à une économie libérale et l'adoption du « modèle portoricain » (ouverture aux capitaux étrangers et complémentarité avec l'économie américaine). La crise économique mondiale et la chute des revenus de la bauxite, principale ressource du pays, conduisent le Premier ministre E. Seaga à imposer une politique de rigueur qui provoque un mécontentement populaire.

En juillet 1986, les élections municipales donnent la victoire au PNP de M. N. Manley (57 % des voix). Le PNP retrouve ensuite le pouvoir grâce à une nouvelle victoire, lors des élections législatives de février 1989. Mais M. N. Manley, atteint d'une maladie grave, abandonne le poste de Premier ministre en 1992, et se retire de la vie politique (il meurt en 1997). Percival J. Patterson lui succède à la tête de l'exécutif jamaïquain, et s'impose comme l'artisan d'une nouvelle victoire du PNP aux élections de 1993. La crise économique et l'extension de la détresse sociale sont les principales préoccupations du gouvernement PNP de P. J. Patterson, qui s'éloigne de la tradition sociale de l'ancien leader du parti. La chute de la popularité du PNP ne profite en rien au JLP ; des divisions au sein de ce dernier entraînent la formation d'un nouveau parti dissident, le National Democratic Movement (NDM), conduit par Bruce Golding.

Aux élections générales de décembre 1997, le PNP remporte une très nette victoire (50 sièges sur les 60 de la Chambre des représentants). En septembre, le parti de P. J. Patterson confirme sa domination dans la vie politique du pays en prenant le contrôle de tous les conseils municipaux (septembre 1998), le JLP dirigé par E. Seaga ne parvenant pas à sortir de la grave crise qui le traverse.

La vie quotidienne des Jamaïcains est profondément affectée par une violence omniprésente. Celle-ci est alimentée par les activités meurtrières des cartels de la drogue. L'île est ainsi devenue une des plaques tournantes du trafic de la cocaïne sud-américaine vers les États-Unis et l'Europe. Les violences policières ne sont pas moins fréquentes et suscitent de virulentes critiques dans la population. Le gouvernement de P. J. Patterson doit aussi faire face à la détresse économique et sociale de nombreux Jamaïcains touchés par le chômage. Pourtant, le PNP remporte une quatrième victoire consécutive aux élections d'octobre 2002. À la fin de l'année 2005, P. J. Patterson annonce son départ à la retraite. Il est remplacé à la présidence du PNP et au poste de Premier ministre par Portia Simpson Miller en 2006.

Après cinq défaites consécutives, le JLP remporte les élections législatives de 2007. B. Golding (de retour au sein du parti depuis 2002 et à sa tête depuis 2005), devient Premier ministre.

La Jamaïque joue un rôle important dans le processus d'intégration régionale : État signataire du traité de Chaguaramas créant la Communauté (et le marché commun) des Caraïbes (CARICOM) en 1973, elle en est l'un des acteurs influents, et contribue activement à la création du Marché unique du CARICOM à partir de 2001 (Caricom Single Market and Economy, CSME) et de la Cour caribéenne de Justice (CCJ) en 2005. Bénéficiant du programme Petrocaribe (fourniture d'hydrocarbures à des tarifs préférentiels aux pays des Caraïbes par le Venezuela) depuis 2006, elle entretient de bonnes relations avec Caracas, sans remettre en cause ses liens avec les États-Unis avec lesquelles elle collabore dans la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants.

En 2007, une « politique de sécurité nationale » est ainsi mise en chantier. Mais le pouvoir en place est soupçonné de complaisance à l’égard des puissants gangs comme celui de Christopher « Duddus » Coke, accusé de trafic de stupéfiants et d’armes et dont l’extradition, réclamée par les États-Unis, est entravée par le Premier ministre soupçonné de le protéger. Sous la pression de l’opposition et soucieux de redorer son image, B. Golding ordonne finalement l’arrestation du narco-trafiquant, une intervention qui nécessite la proclamation de l’état d’urgence et qui se solde par la mort de plus de 70 personnes en mai 2010. Sévèrement mis en cause pour la gestion de cette affaire, le Premier ministre échappe de justesse à une motion de censure mais décide finalement de ne pas briguer un nouveau mandat à la veille des élections de décembre 2011. Ce scrutin est ainsi très largement remporté par le PNP (42 sièges sur 63) et Portia Simpson Miller retrouve le poste de Premier ministre en janvier 2012. Celle-ci annonce le lancement d’un processus de réforme constitutionnelle, destinée à transformer le pays en République, mais doit, au préalable, redresser une situation économique préoccupante, ce qu’elle parvient à faire avec l’aide du FMI.

Le projet de réforme institutionnelle doit en revanche être reporté, faute de majorité, mais il est repris par son successeur Andrew Holness, chef du JLP depuis 2011, qui remporte de justesse les élections législatives de février 2016.