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chartisme

(anglais chartism)

Mouvement réformiste d'émancipation ouvrière qui anima la vie politique britannique entre 1837 et 1848.

Tout à la fois mouvement de protestation sociale et politique, le chartisme naquit sous la pression de la paupérisation des travailleurs de l'industrie en Angleterre. Il s'agissait d'arracher les commandes de l'État à une oligarchie de privilégiés. Ainsi prit forme la « Charte du peuple » (1838), qui réclamait le suffrage universel, le scrutin secret, un renouvellement annuel du Parlement. Campagnes de pétitions, grève générale, émeutes se succédèrent à partir de 1839. Bientôt divisé en une fraction dure, animée par O'Connor, et une plus modérée, menée par W. Lovett, le chartisme s'essouffla. Une nouvelle flambée (1848-1849) n'eut pas de durée, et le chartisme s'effondra. La réforme électorale de 1832, effectuée au bénéfice des classes dirigeantes, a profondément déçu la classe ouvrière. Ce mécontentement, aggravé par d'inhumaines conditions de travail et de logement et par l'impitoyable loi sur les pauvres de 1834, redonne vie à la tradition d'émancipation démocratique du radicalisme. Le mouvement trouve une base nouvelle dans l'Association des travailleurs londoniens, fondée en 1836 et animée par William Lovett et Henry Hetherington. Ainsi prend forme en 1838 la « charte du peuple », qui réclame : 1° le suffrage universel ; 2° un découpage équitable des circonscriptions électorales ; 3° le scrutin secret ; 4° l'éligibilité des non-propriétaires ; 5° une indemnité parlementaire ; 6° le renouvellement annuel du Parlement. Le mouvement chartiste reflète les conditions nouvelles de l'ère industrielle, comme en témoigne son recrutement principalement ouvrier ; il s'agit pour lui d'arracher les leviers de commande de l'État à une oligarchie de privilégiés, de libérer les « classes utiles », les travailleurs de l'asservissement auquel les condamnent les « classes stériles », l'aristocratie et la bourgeoisie. Les cadres du mouvement sont fort hétérogènes : démocrates, syndicalistes, économistes, moralistes, ils divergent sur les méthodes à employer ; le parti de la « force morale », avec William Lovett, préconise l'emploi des moyens constitutionnels ; le parti de la « force physique », mené par O'Connor et s'exprimant dans le Northern Star, envisage le recours à la violence.

La première poussée chartiste se situe vers 1839, quand s'organise à Londres une convention chartiste, véritable « Parlement du peuple », où s'affrontent modérés et extrémistes. Une pétition d'un million de signatures est déposée au Parlement, qui la rejette. Une grève générale d'un mois est envisagée, puis abandonnée, la crise économique ayant démoralisé les ouvriers.

Une émeute éclate parmi les mineurs gallois, et l'on tente de s'emparer de Newport ; le gouvernement riposte par l'emprisonnement de la plupart des dirigeants chartistes. Sous l'impulsion de O'Connor, une nouvelle organisation, l'Association nationale pour la charte, rédige en 1842 une deuxième pétition, qui collecte plus de 3 millions de signatures. Mais le chartisme se trouve paralysé par sa suspicion à l'égard de l'Anti-Corn-Law League, organe de la bourgeoisie libre-échangiste, et par les incertitudes de O'Connor. La flambée révolutionnaire qui parcourt l'Europe en 1848 ranime l'enthousiasme des chartistes, poussés à l'action, en outre, par les ravages d'une terrible crise économique. Celle-ci cependant s'atténue, et avec elle la misère, d'autant plus que les premières mesures libre-échangistes ont fait baisser le coût de la vie. O'Connor, par ailleurs, a été ébranlé par l'échec de ses entreprises en faveur de la petite propriété paysanne. Aussi la troisième campagne de pétitions ne donne-t-elle pas les résultats escomptés, et, devant les réactions gouvernementales, le mouvement s'effondre.