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mésange

Mésange
Mésange

Les mésanges se sont répandues dans le monde entier il y a au moins 20 millions d'années. Mais, du fait de leur taille minuscule, ces passereaux au plumage rehaussé de teintes vives, aux joues souvent blanches, demeurent encore mal connus des paléornithologues.

1. La vie des mésanges

1.1. Des bandes unies pendant tout l'hiver

Le mode d'organisation sociale des mésanges varie selon les périodes de l'année. Durant la mauvaise saison, les oiseaux se réunissent en bandes, qui comptent de quelques membres à plusieurs dizaines d'oiseaux et sont appelées « rondes », probablement parce qu'il leur arrive d'emprunter plusieurs jours de suite le même itinéraire, ce qui suggère l'idée d'un circuit.

Ces rondes sont en général constituées de plusieurs espèces d'oiseaux grimpeurs comme les pics et les grimpereaux, ces petits passereaux bruns qui inspectent les troncs d'arbre un peu comme les pics. Ainsi, en Europe, les pics épeichettes et les sittelles torche-pots accompagnent volontiers les mésanges, notamment les mésanges bleues et les charbonnières.

En Amérique du Nord, la mésange à tête noire se rencontre plutôt en compagnie de ses semblables, dans des regroupements de 8 à 12 oiseaux en moyenne, mais elle peut aussi s'associer à d'autres espèces. Les rondes sont en continuelle évolution. D'autres oiseaux peuvent se joindre à l'une d'elles quelque temps puis l'abandonner pour en changer, rester isolés ou s'associer par paires. Ces bandes hivernales obéissent à une hiérarchie reposant sur le degré d'agressivité de chaque individu au sein de son espèce ou d'une espèce envers l'autre.

Tous pour un, un pour tous

Pour informelles qu'elles soient, ces réunions temporaires ont deux fonctions. D'une part, sur le plan de la sécurité, le nombre plus élevé d'oiseaux aux aguets est un avantage certain. D'autre part, la recherche de nourriture s'en trouve également facilitée. À une période de l'année où les ressources sont rares, les journées courtes et la température basse, il est crucial de pouvoir bénéficier de la quête de chacun. Si l'un des oiseaux de la ronde, plus expérimenté ou tout simplement plus chanceux que les autres, découvre une source de nourriture abondante, tous en profitent.

Un cri pour se reconnaître, un cri pour se sauver

Au sein de ces rondes, les cris sont de plusieurs natures et possèdent une importance toute particulière. Les passériformes poussent des cris de « cohésion » presque toute la journée pour permettre aux membres du groupe de rester en contact les uns avec les autres.

Émis en présence d'un danger, les cris d'alarme attirent l'attention de chacun et présentent la particularité d'être compris par des représentants d'espèces différentes.

Voler seul avec l'espoir de convoler

Lorsque vient la fin de l'hiver, les bandes se désagrègent. Poussées par l'instinct de reproduction, les mésanges, compagnons d'un moment, retrouvent leur caractère individualiste. Les mâles se mettent en quête d'un territoire, qu'ils défendront âprement contre leurs congénères. Les femelles, quant à elles, partent à la recherche d'un mâle à leur convenance.

1.2. Des pommes, des poires... et des insectes

Pour se nourrir, les mésanges savent tirer parti des ressources très variées dont elles disposent, même si certaines espèces sont avant tout insectivores. Le régime alimentaire de la plupart d'entre elles se modifie au fil des mois en fonction des disponibilités du moment. Sur un cycle annuel, on peut distinguer deux phases principales : automne/hiver et printemps/été.

Durant l'hiver, les mésanges font, pourrait-on dire, « feu de tout bois ». Elles explorent les fissures des écorces pour y débusquer les chrysalides, les larves, les insectes engourdis ou les araignées, sans négliger les œufs, pourtant minuscules, de ces arthropodes. Elles fouillent le bois mort pour atteindre les larves des insectes xylophages (ou « vers blancs »), visitent les interstices des murs, inspectent les bouquets d'aiguilles des conifères en quête d'invertébrés, traquent les petits mollusques. Des espèces comme la mésange bleue, Cyanistes caeruleus, ou la mésange charbonnière, Parus major, savent faire preuve d'astuce : la première perce la tige des roseaux secs pour dénicher les petits animaux qui y ont trouvé refuge, la seconde profite de la graisse qui peut subsister sous la peau des carcasses abandonnées par les prédateurs. Les mésanges peuvent se suspendre dans les arbres la tête en bas pour dénicher des insectes insaisissables dans une posture plus classique, explorer les rameaux plus fins et introduire leur bec dans les interstices des écorces.

Des fruits même en hiver

En plus de cette nourriture de type carnivore, les mésanges se régalent en hiver de végétaux de toutes sortes, dans une proportion parfois considérable. Ce sont des graines diverses, des glands de hêtre, des fruits de frêne ou d'érable, des noisettes, parfois des noix. Les fruits du fusain, de l'if ou de l'aubépine figurent aussi au menu hivernal. Des espèces américaines comme la mésange à tête noire, Poecile atricapillus, ou eurasiatiques comme la mésange noire, Periparus ater, exploitent avec méthode les pommes de pin, dont elles extraient les graines nichées entre les écailles. Tous ces fruits sont solidement maintenus entre les pattes et attaqués sans relâche à l'aide du bec jusqu'à ce qu'ils livrent la chair de leur amande ou leurs graines, selon leur taille.

Un printemps à la carte

Lorsque arrive le printemps, les mésanges délaissent progressivement les aliments d'origine végétale pour se livrer à la capture d'insectes, quel que soit le stade que ceux-ci aient atteint. Au moment voulu, elles peuvent par ailleurs agrémenter leur menu de la chair juteuse des cerises. Vers la fin de l'été, la nidification achevée, les mésanges privilégient de nouveau les végétaux. C'est en effet l'époque de la fructification des baies molles comme les mûres ou comme celles des sureaux, dont les mésanges consomment les pépins mais dédaignent la chair. C'est aussi la période des pommes et des poires, qu'elles visitent généralement une fois tombées à terre. Leur chair est appréciée, et leurs pépins, savamment décortiqués. Ce mode d'alimentation varie selon les espèces, leur taille, leur habitat et leur répartition géographique.

1.3. Une nichée épuisante

Dès la fin de l'hiver, des mâles précoces se risquent à moduler quelques notes, d'autant plus remarquées qu'elles sont isolées. Avec l'approche du printemps, les chants s'intensifient. Ils indiquent que les passereaux sont décidés à défendre le territoire qu'ils se sont choisi (d'une surface minimale d'un demi-hectare selon le Néerlandais Kluijver) contre d'éventuels rivaux et qu'ils cherchent à attirer une femelle.

Des mâles qui jouent de la huppe

Dès que le mâle repère une femelle, il prend des poses avantageuses, présente sa bavette, si l'espèce en est dotée, ou hérisse sa huppe tout en voletant avec nervosité autour d'elle. Pour marquer son assentiment, la femelle entrouvre les ailes en les faisant vibrer, s'aplatit sur son perchoir et réclame de la nourriture, le bec grand ouvert. Le mâle s'empresse d'y enfourner une proie. On suppose que, par cette façon de procéder, la femelle juge des capacités de son éventuel partenaire à participer au ravitaillement d'une nichée affamée. Sans perdre de temps, le mâle vole vers une cavité de son choix et la présente à la femelle, qui l'accepte ou la refuse. Chez certaines espèces, dont la mésange à tête noire, c'est la femelle qui détermine l'emplacement du nid, et il est fréquent que les deux partenaires creusent à tour de rôle leur loge.

Creuser, emménager, tapisser

Le choix du nid arrêté, la femelle aménage celui-ci, tantôt seule, tantôt aidée du mâle, selon les espèces, en le tapissant de menues racines, de tiges et de brindilles, puis d'un épais matelas de mousse et, enfin, d'une couche douillette de poils, de crins ou de laine, éventuellement de plumes.

Cinquante becquées par jour

C'est vers avril ou mai (parfois plus tard) que les mésanges pondent. La ponte représente de 6 à 8 œufs pour la mésange à tête noire, jusqu'à 15 pour des espèces telles que la mésange bleue ou la charbonnière. Pendant l'incubation, qui demande deux semaines environ et est assurée exclusivement par la femelle, le mâle pourvoit au ravitaillement de celle-ci. L'éclosion des œufs s'échelonne sur deux à quatre jours.

Chacun des poussins reçoit en moyenne cinquante becquées par jour pendant deux semaines, quelquefois trois. Durant cette période, les petits ne quittent pas le nid. Les études physiologiques de l'ornithologue canadien M.E.P. Odum ont montré que les parents sont à la limite de la résistance physique en fin d'élevage.

Une fois les jeunes sortis du nid, les parents les accompagnent encore une semaine, tout en continuant à les nourrir. Le groupe familial est alors très bruyant, les jeunes mésanges mendiant leur pitance avec force cris.

Bien souvent, une seule nichée est élevée, mais il arrive qu'une seconde soit entreprise. Si la seconde ponte a lieu rapidement, le mâle doit alors s'occuper seul des jeunes de la première nichée jusqu'à leur émancipation avant de pouvoir à nouveau assister sa femelle.

1.4. Milieu naturel et écologie

Les mésanges fréquentent principalement les régions boisées, qu'il s'agisse de boisements de conifères ou de feuillus, ou bien de boisements mixtes réunissant des essences à feuilles persistantes et à feuilles caduques.

Des forêts de toutes sortes

La mésange lapone habite la taïga sibérienne et son homologue américaine, la mésange à tête brune, est l'hôte des forêts de conifères canadiennes. La mésange de l'Ouest exploite les conifères des montagnes Rocheuses. En Europe, la mésange huppée parcourt les plantations de résineux, ce que fait aussi la mésange noire, tant en Grande-Bretagne qu'en Chine. Quant à la mésange charbonnière, présente en Europe comme en Asie, elle apprécie les chênaies et les bois mixtes, voire ceux à dominante de conifères. Un certain nombre d'espèces recherchent les bois humides, parfois même marécageux. C'est le cas de la mésange nonnette ou de la mésange azurée. En Afrique, les espèces se sont adaptées aux formations arborescentes locales, à l'instar de la mésange fuligineuse. Certaines se sont spécialisées, comme la mésange des acacias ou la mésange africaine, qui fréquentent toutes deux, en priorité, les savanes parsemées de grands arbres épineux. De même, la mésange à ventre roux ou la mésange du Miombo restent attachées aux secteurs plantés d'essences appartenant au genre Brachystegia, qui regroupe des petits arbres à feuilles caduques que l'on trouve dans certaines parties de l'Afrique du Sud.

Quelques mésanges, par ailleurs, sont capables de s'installer dans d'autres types d'habitats, comme les arbustes. La mésange à poitrine barrée exploite volontiers les bambuseraies de montagne en Afrique de l'Est, au-dessus de 1 800 m, tandis que la mésange à nuque rousse ou la mésange des pins se rencontrent dans les massifs de rhododendrons des hauteurs himalayennes.

Une parfaite adaptation

En Europe occidentale et en Amérique du Nord surtout, plusieurs espèces ont su s'adapter aux paysages modelés par l'homme. En Europe, la mésange charbonnière, la mésange bleue ou la mésange nonnette se sont accommodées du bocage, des vergers, des parcs et des jardins. En Amérique du Nord, la mésange bicolore, la mésange à tête noire et la mésange minime sont, elles aussi, les hôtes des jardins.

De la mer à l'Himalaya

Les mésanges se rencontrent au niveau de la mer comme à plusieurs milliers de mètres d'altitude, que ce soit dans les Alpes, l'Himalaya ou les montagnes Rocheuses. Dans l'Himalaya, la mésange du Père David vit entre 2 100 et 3 350 m ; la mésange à sourcils blancs (décrite pour la première fois par le grand zoologiste Przewalski en 1876) ne se rencontre qu'à partir de 3 650 m et atteint 4 900 m. Quels que soient le milieu considéré ou son altitude, le facteur commun déterminant la présence de la majorité des paridés est l'existence de cavités propres à accueillir les nichées. Ce sont de vieilles souches au bois friable, d'anciennes loges aménagées par d'autres oiseaux (les pics en particulier) ou des cavités naturelles telles que celles qui apparaissent dans un tronc par suite de la chute d'une branche. Si les trous d'arbre font défaut, certaines espèces peuvent se contenter des anfractuosités des parois rocheuses ou des murs, voire des terriers de petits mammifères.

Des oiseaux utiles

Les mésanges contribuent activement à limiter le nombre des insectes phytophages (consommateurs de matière végétale) et, ainsi, participent à leur manière au maintien de l'équilibre biologique. En outre, l'habitude qu'ont plusieurs espèces, dont la mésange à tête noire, de cacher des graines sous les mousses ou les écorces décollées permet à d'autres oiseaux, comme les geais, d'en profiter. Quant aux semences qui ne sont consommées ni par les mésanges ni par les geais, elles permettent la dissémination des espèces végétales considérées.

Exposées à de multiples dangers

Les ennemis des mésanges ne se limitent pas aux prédateurs. Les conditions atmosphériques sévères – le froid pour les espèces des régions tempérées, subarctiques ou montagneuses, la sécheresse pour les espèces africaines –, et le manque de nourriture – par exemple, mauvaise fructification des conifères du Grand Nord – provoquent aussi des pertes.

Les prédateurs sont surtout de petits mammifères carnassiers tels que les mustélidés, ou des rapaces de taille modeste. Dans les forêts de conifères, la martre et la zibeline sont sans doute, parmi les mammifères, les plus féroces ennemis des mésanges. L'écureuil roux, euro-asiatique, ou l'écureuil gris, américain, s'attaquent surtout aux nids. Des rapaces comme l'épervier d'Europe, l'épervier minulle d'Afrique ou encore, en Amérique du Nord, les éperviers striés ou de Cooper sont les plus susceptibles de capturer des mésanges. Enfin, les corvidés (pies et geais, notamment) détruisent aussi des couvées.

Les mésanges ont un taux de reproduction élevé, mais de 80 à 90 % des jeunes de certaines espèces (telle la mésange charbonnière) ne parviennent pas à l'âge de un an. Chiffre considérable, certes, mais qui ne met pas en danger la survie de l'espèce, sauf accident écologique. 50 % ou presque des mésanges qui franchissent le cap de la première année survivent.

2. Zoom sur... la mésange à tête noire

2.1. Mésange à tête noire (Poecile atricapillus)

La mésange à tête noire est un petit oiseau, un peu plus menu qu'un moineau. À première vue, mâle et femelle sont indiscernables. La tête est relativement grosse par rapport au corps. Le bec est court et pointu, adapté au régime alimentaire de la mésange. Les ailes sont assez courtes et arrondies. La queue, droite, semble fichée comme une aiguille dans une pelote de laine. Les pattes laissent paraître des tarses guère plus épais qu'un fétu de paille mais résistants. Les quatre doigts, robustes malgré leur petitesse, sont garnis de minuscules excroissances cornées, les pelotes, qui aident à la préhension. Les ongles sont forts et arqués.

Le plumage de la mésange à tête noire est sombre. Gris-beige, plus clair dessous, il n'est rehaussé que par la calotte et la bavette noires encadrant les joues blanchâtres. C'est un remarquable isolant thermique. Les plumes apparentes, dites « couvertures » (à l'exception de celles de la queue et des ailes), recouvrent une couche de duvet fourni. Pour lutter contre le froid, la mésange emmagasine de l'air chaud en ébouriffant ses quelque 1 700 plumes, grâce à une organisation neuromusculaire complexe : le système pilomoteur . En effet, ce dernier agit sur les follicules, petits sacs membraneux dans lesquels est enfoncé chaque tuyau de plume. La mésange s'affaisse alors sur son perchoir en ployant les pattes de manière que les plumes du ventre les recouvrent.

Pendant la nuit, la mésange tourne la tête vers l'arrière et l'enfouit presque entièrement sous les scapulaires, plumes implantées à la jonction entre l'aile et le corps. La température des passereaux avoisine 42 °C dans la journée ; la nuit, elle peut descendre à 39 °C. La circulation du sang, qui permet de maintenir ces températures élevées, est assurée par un muscle cardiaque aux battements très rapides.

Chez les mésanges de la taille de la mésange à tête noire, le nombre des pulsations est d'environ 500 par minute et peut dépasser 1 000 sous l'effet d'un effort ou d'une émotion.

La perception du monde est guidée, comme c'est le cas pour la plupart des oiseaux, par deux sens : l'ouïe et la vue ; l'odorat étant quasi inexistant. La vision est surtout performante à faible ou à moyenne distance.

Les mésanges à tête noire sont plutôt sédentaires. La plupart passent leur vie entière dans un rayon de quelques kilomètres à partir du lieu de leur naissance. Mais toutes ne sont pas casanières. Les années où la nourriture se fait rare dans le nord de leur aire de répartition, certaines d'entre elles n'hésitent pas à fuir vers le sud. Il ne s'agit pas réellement de déplacements migratoires, mais de mouvements erratiques.

Les sous-espèces

Les 9 sous-espèces ou races de mésange à tête noire sont : Poecile atricapillus atricapillus, dans l'est du Canada et le nord-est des États-Unis ; P. a. turneri, propre au nord-ouest du Canada ; P. a. practica, dans le nord-est des États-Unis ; P. a. occidentalis, dans l'ouest du Canada et des États-Unis ; P. a. septentrionalis, dans le centre et l'ouest du Canada etdans le centre des États-Unis ; P. a. nevadensis, dans le centre et l'ouest des États-Unis ; P. a. bartletti, à Terre-Neuve ; P.a. fortuita, en Alaska et dans tous les Etats-Unis; et P. a. garrina qui se reproduit notamment dans le Colorado, le Wyoming et le Nouveau-Mexique.

Elles ne se distinguent qu'à des nuances du plumage et à des disparités infimes de taille.

MÉSANGE À TÊTE NOIRE

MÉSANGE À TÊTE NOIRE

Nom (genre, espèce) :

Poecile atricapillus

Famille :

Paridés

Ordre :

Passériformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Petit oiseau brun-gris à calotte et bavette noires

Taille :

13 cm de longueur ; de 19 à 21 cm d'envergure

Poids :

De 10 à 13 g

Répartition :

États-Unis, Canada, Saint-Pierre-et-Miquelon

Habitat :

Zones, boisées, jardins

Régime alimentaire :

Granivore et insectivore

Structure sociale :

Partiellement grégaire ; monogame temporaire

Saison de reproduction :

De mars à juillet

Durée d'incubation :

13 ou 14 jours

Poids de l'œuf :

1,5 g en moyenne

Nombre de jeunes :

De 6 à 8 en général

Longévité :

Moins de 2 ans (moyenne)

Effectifs :

34 000 000

Statut, protection :

Non menacée ; espèce protégée

 

2.2. Signes particuliers

Calotte

Présente chez le mâle comme chez la femelle, la calotte sombre est l'un des signes distinctifs propres aux mésanges du groupe de la mésange à tête noire. Elle commence à la base du bec, se poursuit sous l'œil et se termine derrière la tête. Les plumes de couverture qui la composent sont très courtes et peuvent être redressées ou plaquées selon l'humeur de l'oiseau.

Présente également chez les jeunes mésanges, la calotte est plus terne et d'un noir moins soutenu, encore que cette différence de nuance ne soit perceptible que par un œil exercé et dans de bonnes conditions d'observation.

Bavette

Les mésanges pourvues d'une calotte sombre bien délimitée ont également une bavette sombre, dont la taille peut varier d'une espèce à l'autre. Celle de la mésange à tête noire est étendue et vient border la joue. La pâleur de cette dernière, entre calotte et bavette, n'en devient que plus visible. La bavette existe chez les animaux des deux sexes ; chez le jeune oiseau, elle est d'un noir moins soutenu.

Bec

En dépit de sa taille modeste, le bec de la mésange à tête noire est un instrument d'une grande efficacité et qui possède plusieurs fonctions. Il est à même de briser des coques résistantes ou de venir à bout de graines particulièrement coriaces, comme de se glisser dans les plus petits recoins pour y débusquer avec précision les insectes. Son usure est compensée par une croissance continue.

Plumes

Les plumes visibles (en excluant le duvet) sont de plusieurs types et n'ont pas toutes la même fonction. Les couvertures, ou tectrices, de loin les plus abondantes, protègent l'oiseau de l'air, du froid ou de l'eau. Elles apparaissent sur l'ensemble du corps, à l'exception des parties cornées, pattes et bec. Les plus petites se trouvent autour de l'œil. Les plumes de vol sont implantées sur les ailes (rémiges) et à l'arrière du corps (rectrices), où elles forment la queue. En vol, les rémiges brassent de l'air, tandis que les rectrices servent de gouvernail. À l'atterrissage, rémiges et rectrices sont utilisées comme surface de freinage.

3. Les autres espèces de mésanges

Les mésanges constituent la famille des paridés, l'une des  91 familles de l'ordre des passériformes, le plus important au plan numérique. Les paridés regroupent une cinquantaine d'espèces, qui se répartissent en 8 genres, dont deux ne comportent chacun qu'une seule espèce : Melanochlora, avec la mésange sultane (M. sultanea), et Sylviparus, avec la mésange modeste (S. modestus). Réparties par régions géographiques, les principales espèces de mésange sont les suivantes :

3.1. Les mésanges en Europe

Mésange bleue (Cyanistes caeruleus)

Identification : 11 cm de longueur ; calotte bleu cobalt, joues blanches, ventre jaune soufre.

Répartition et effectifs : toute l'Europe. 10 000 000 d'individus.

Mésange lugubre (Poecile lugubris)

Identification : 14 cm de longueur ; dessus brun-gris, dessous pâle, calotte brune et bavette noire.

Répartition et effectifs : Europe centrale et méridionale. 260 000 – 1 000 000 d'individus.

Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

Identification : 11 cm de longueur ; dessus brun-gris, dessous blanchâtre, bavette et collier noirs, huppe striée de gris foncé et de blanc.

   Répartition et effectifs : toute l'Europe. 8 600 000 - 32 000 000 d'individus.

3.2. Les mésanges euro-asiatiques

Mésange charbonnière (Parus major)

Identification : 14 cm de longueur ; tête et bande ventrale noires, joues blanches, dos verdâtre, ventre jaune soufre.

Répartition et effectifs : de l'Europe occidentale et l'Afrique du Nord à la Chine et au Japon, avec plus de 30 races. 92 000 000 – 180 000 000 d'individus.

Mésange noire (Periparus ater)

Identification : 10,5 cm de longueur ; tête et bavette noires, joues et tache à la nuque blanches, dos gris, ventre clair. Barre sombre encadrée de blanc sur l'aile fermée.

Répartition et effectifs : de l'Espagne au Japon. 23 000 000 – 58 000 000 d'individus en Europe.

Mésange lapone (Poecile cincta)

Identification : 13 cm de longueur ; proche de P. montana et P. palustris, ainsi que de P. atricapillus. 2 sous-espèces : P. c. cincta et P. c. lathami.

Répartition et effectifs : de la Scandinavie au nord-ouest de l'Amérique du Nord en passant par toute la Sibérie. C'est l'unique espèce de mésange commune à l'Europe et à l'Amérique du Nord. 500 000 – 5 000 000 d'individus.

Mésange nonnette (Poecile palustris)

Identification : 11 cm de longueur ; calotte et bavette noires, dos brun-gris, ventre beige pâle.

Répartition et effectifs : Europe, Asie centrale, Mongolie, Chine, Corée. 6 000 000 – 12 000 000 d'individus en Europe.

Mésange boréale (Poecile montana)

Identification : 11 cm de longueur ; très proche de la nonnette.

Répartition et effectifs : Europe du Nord et centrale ; Asie depuis le sud du cercle polaire jusqu'au centre de la Chine et Japon. 47 000 000- 85 000 000 d'individus en Europe.

3.3. Les mésanges asiatiques

Une vingtaine d'espèces, dont des espèces insulaires telles que la mésange de Palawan (Periparus amabilis), la mésange à front blanc (Cyanistes semilarvatus) et la mésange de Formose (Parus holsti), limitées à quelques îles du Pacifique. Parmi les autres :

Mésange à nuque rousse (Periparus rufonuchalis)

Identification : 12 cm de longueur ; ventre gris et tache à la nuque roussâtre.

Répartition : Asie centrale, Russie, Chine, Inde, Népal. 

Mésange de Vigors (Periparus melanolophus)

Identification : 11 cm de longueur, proche de la mésange noire ; huppe plus nette.

Répartition : Afghanistan, Inde, Népal, Pakistan.

Mésange des pins (Periparus rubidiventris)

Identification : 12 cm de longueur ; huppée comme la mésange de Vigors.

Répartition : Bhoutan, Birmanie, Chine, Inde, Népal.

Mésange brune (Lophophanes dichrous)

Identification : 12 cm de longueur ; comme une mésange huppée, mais sans noir à la tête ni joues blanches ; nuque gris uni.

Répartition : Bhoutan, Birmanie, Chine, Inde, Népal.

Mésange du Turkestan (Parus bokharensis)

Identification : 14 cm de longueur ; proche des races asiatiques pâles de P. major (ventre blanc-gris et non jaune).

Répartition : Asie centrale, Chine, Iran, Russie.

Mésange montagnarde (Parus monticolus)

Identification : 14 cm de longueur ; presque identique à P. major ; dos plus vert.

Répartition : Himalaya, du Pakistan au Bangladesh ; Asie du Sud-est, Chine et Taïwan.

Mésange à nuque blanche (Parus nuchalis)

Identification : 13 cm de longueur ; encore plus blanche que P. bokharensis ; proche de P. major.

Répartition  et effectifs : Inde (centre et sud). Population en baisse. Espèce classée dans la catégorie « vulnérable » par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) en 2004.

Mésange indienne / mésange à joues jaunes (Parus xanthogenys / parus spilonotus)

Identification : 14 cm de longueur ; espèces similaires rappelant P. major, huppe fournie, noire à bout jaune. Elles annoncent la transition entre le genre Parus et le genre Melanochlora.

Répartition : Himalaya, Inde, Pakistan (Parus xanthogenys). Bangladesh, Inde, Bhoutan, Népal, Asie du Sud-Est, Chine (Parus spilonotus).

Mésange azurée (Cyanistes cyanus)

Identification : 13 cm de longueur ; proche de la mésange bleue mais peut ne pas porter de jaune, selon les races.

Répartition et effectifs : du centre de la Russie à la Mandchourie, Europe centrale. 5 800 – 22 000 individus en Europe.

Mésange du Japon (Cyanistes varius)

Identification : proche de Periparus ater, ventre roussâtre, large demi-collier à la nuque, front blanc.

Répartition : de la Mandchourie au Japon, Taïwan.

3.4. Les mésanges en Afrique

Mésange africaine (Parus afer)

Identification : 13 cm de longueur ; rappelle la mésange noire Periparus ater.

Espèces proches : mésange des acacias, Parus cinerascens ; mésange du Miombo, Parus griseiventris.

Répartition : Lesotho, Afrique du Sud.

Mésange à épaulettes blanches (Parus leucomelas)

Identification : 14 cm de longueur ; noir-violet, « épaules blanches », bordures blanches aux ailes et à la queue.

Espèces proches : mésange de Carp, Parus carpi ; mésange numide, Parus niger.

Répartition : Afrique sub-saharienne.

Mésange à poitrine blanche (Parus albiventris)

Identification : 14 cm ; noire avec du blanc aux ailes, ventre blanchâtre.

Espèce proche : mésange à ventre roux Parus rufiventris.

Répartition : Cameroun, Kenya, Nigeria, Ouganda, Soudan, Tanzanie.

Mésange fuligineuse (Parus funereus)

Identification : 13 cm de longueur ; gris ardoise, yeux rouge vif.

Répartition : Angola, Cameroun, République centrafricaine, Congo,  République démocratique du Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée,  Kenya,  Liberia, Ouganda, Rwanda, Sierra Leone, Soudan.

3.5. Les mésanges en Amérique

Mésange arlequin (Baeolophus wollweberi)

Identification : 13 cm de longueur ; c'est la version américaine de la mésange huppée ; huppe grise terminée de noir. 2 sous-espèces : B.w phillipsi et B.w. wollweberi.

Répartition : Etats-Unis, Mexique. 860 000 individus.

Mésange unicolore (Baeolophus inornatus)

Identification : 15 cm de longueur ; entièrement grisâtre, dos plus sombre chez la race côtière, petite huppe. 4 sous-espèces : B.i.affabilis ; B.i. cineraceus ; B.i. inornatus ; B.i mohavensis.

Répartition et effectifs : sud-ouest des  États-Unis, Mexique. 900 000 individus.

Mésange bicolore (Parus bicolor)

Identification : 17 cm de longueur ; similaire à la précédente, mais avec du roux aux flancs et le front ou la calotte noirs, selon les races. 2 sous-espèces : B. b. bicolor ; B. b. paloduro.

Répartition et effectifs : surtout est des  États-Unis, Canada, Mexique. 12 000 000 d'individus.

Mésange à dos marron (Poecile rufescens)

Identification : 12 cm de longueur ; la plus colorée ; flancs et dos roux ; proche de la mésange à tête noire. 3 sous-espèces : P.r. barlowi ; P.r. neglecta ; P.r. rufescens.

Répartition et effectifs : extrême ouest des États-Unis et du Canada. 6 900 000 individus.

Mésange minime (de la Caroline) [Poecile carolinensis]

Identification : 12 cm de longueur ; proche de Poecile atricapillus, la mésange à tête noire, ne possède pas de zone pâle sur l'aile. 4 sous-espèces : P.c agilis ; P.c. atricapilloides ; P.c. carolinensis ; P.c. extima.

Répartition et effectifs : est des États-Unis, Canada. 18 000 000 d'individus.

Mésange grise (Poecile sclateri)

Identification : 13 cm de longueur ; tête semblable à la mésange à tête noire, corps presque entièrement gris souris. 2 sous-espèces : P.s. eidos et P.s. sclateri.

Répartition et effectifs : États-Unis, Mexique. 500 000- 5 000 000 d'individus.

Mésange de l'Ouest (de Gambel) [Poecile gambeli]

Identification : 13 cm de longueur ; quasiment similaire à la précédente, mais avec des « sourcils » pâles. 4 sous-espèces : P.g. atrata ; P.g. baileyae ; P.g. gambeli ;  P.g. inyoensis.

Répartition et effectifs :ouest des États-Unis et du Canada, Mexique. 12 000 000 d'individus.

Mésange à tête brune (Poecile hudsonica)

Identification : 14 cm de longueur ; rappelle la mésange lapone, mais calotte plus brune et ventre plus foncé. 5 sous-espèces : P. h.columbiana ; P.h. farleyi ; P. h. hudsonica ; P.h. littoralis ; P. h. stoneyi.

Répartition et effectifs : Alaska, Canada, Saint-Pierre-et-Miquelon. 7 800 000 individus.

4. Origine et évolution des mésanges

L'origine et la filiation des passereaux ne sont pas encore déterminées avec certitude, tant s'en faut. Les passereaux représentent le degré le plus accompli des oiseaux, en termes d'évolution. Sur les quelque 9 000 espèces d'oiseaux recensées, 5 400 appartiennent au seul ordre des passériformes, soit 60 % du total. En dépit de cette place de choix, force est de constater que les passereaux demeurent les parents pauvres de la paléornithologie.

Dans son catalogue exhaustif des oiseaux fossiles, l'Américain P. Brodkorb ne recense que 29 espèces de passereaux antérieures au pléistocène (il y a plus de 3 millions d'années) et environ 290 espèces pour l'ère quaternaire (depuis 3 millions d'années), ce qui fait un total de 320 espèces, chiffre dérisoire au regard des milliers d'espèces existantes. Il faut préciser que l'étude du passé de ces oiseaux se heurte à un obstacle fondamental : leur taille modeste. Certains pèsent moins de 5 g et leur structure osseuse est donc d'une grande fragilité. Dans ces conditions, on comprend que les restes fossilisés ou subfossilisés ne soient guère abondants. En outre, le faible échantillonnage que l'on possède provient d'oiseaux figurant parmi les plus grands des passereaux, comme les corbeaux. De vastes lacunes subsistent donc.

C'est ainsi que l'on ne connaît aucun fossile de passériforme datant de l'oligocène (il y a environ 30 millions d'années). Les recherches entreprises ont néanmoins permis de préciser que les premiers fossiles datent du début du miocène, voici une vingtaine de millions d'années. Ils représentent moins de dix espèces, dont un corbeau du Colorado, du genre Miocitta – aujourd'hui éteint –, et un autre de France, du genre Corvus. Quant aux mésanges, leur origine semble remonter au pliocène en Asie et en Europe.

C'est à cette période, comprise entre – 5 et – 3 millions d'années avant notre ère, qu'apparaît le genre Parus. Les espèces actuelles ne se manifestent qu'au pléistocène (il y a entre 3 et 1,5 million d'années), comme en témoignent les restes de la mésange huppée, Lophophanes cristatus (auparavant Parus cristatus), découverts dans le sud de la France par la paléornithologue française C. Mourer-Chauviré. Les mésanges américaines, venues d'Asie orientale par le détroit de Béring, ont ensuite poursuivi leur évolution parallèlement à celles de l'Ancien Monde et plusieurs d'entre elles rappellent d'ailleurs étroitement leurs homologues d'Eurasie.

5. Les mésanges et l'homme

Avec leur petite taille, mais leur gros appétit, les mésanges se révèlent être de précieux auxiliaires de l'homme, à tel point que celui-ci leur consacre une attention toute particulière. Soucieux de préserver l'espèce, voire de l'aider à se reproduire, certains pays n'ont pas hésité à mettre en place de véritables programmes de protection. La plupart des mésanges ne sont pas menacées mais, outre la mésange à nuque blanche (Parus nuchalis), espèce « vulnérable » en Inde, l'U.I.C.N. a classé dans la catégorie « quasi en danger »  la mésange de Palawan (Periparus amabilis) aux Philippines, la mésange de Formose (Parus holsti) ainsi que la mésange à front blanc (Cyanistes semilarvatus), aux Philippines.

5.1. Adeptes des mangeoires

Les mésanges sont parmi les oiseaux les plus enclins à se laisser nourrir par l'homme dans des mangeoires. Depuis que l'homme côtoie les oiseaux, il est probable qu'il a pris plaisir à attirer ceux qui vivent à proximité de lui en leur proposant quelques bribes de nourriture. En revanche, l'habitude consistant à disposer délibérément de la nourriture sur des mangeoires à l'intention des oiseaux des jardins est plus récente.

D'origine anglo-saxonne, le nourrissage artificiel des petits passereaux a gagné les pays de l'Europe du Nord au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La personne qui nourrit les oiseaux souhaite à la fois les protéger, notamment en les aidant à affronter les rigueurs de l'hiver, mais aussi les observer de beaucoup plus près. Les mangeoires sont d'ailleurs le théâtre de nombreux comportements intéressants à étudier, tant entre représentants d'une même espèce qu'entre oiseaux d'espèces différentes. Certaines mésanges sont plus agressives que d'autres et s'imposent en se servant les premières. La mésange bleue, par exemple, nettement plus petite que la mésange charbonnière, est si vive et audacieuse qu'elle prend souvent le pas sur sa cousine.

L'habileté et les talents d'acrobate des mésanges permettent de leur distribuer la nourriture de maintes façons, y compris en la suspendant, ce qui évite une compétition trop acharnée avec d'autres espèces moins alertes.

5.2. Des règles à respecter

En matière de nourrissage, il importe de prendre quelques précautions simples. En effet, en rassemblant de nombreux oiseaux en un même point, on augmente les risques d'épizooties (épidémies affectant les populations animales). Les distributeurs à réservoir diminuent les risques de contamination, par les fientes d'oiseaux malades qui pourraient souiller la nourriture offerte. Il est recommandé de ne nourrir les oiseaux qu'entre novembre et mars, et plutôt lorsque les conditions météorologiques sont très sévères, notamment en cas de gel prolongé. Un nourrissage permanent ne doit pas être interrompu brusquement, cela pourrait avoir des conséquences tragiques pour les oiseaux, surtout en cas de vague de froid. Enfin, il faut placer les mangeoires hors de la portée des prédateurs.

5.3. Le nichoir

L'aide à la nidification est une pratique très ancienne. Le Français M. Labbé, spécialiste des nichoirs traditionnels, a déterminé que leurs plus vieilles représentations remontent à la fin du xve siècle. Des « pots à oiseaux » figurent sur l'une des illustrations appartenant au célèbre livre d'heures les Très Riches Heures du duc de Berry, ainsi que sur le Saint Christophe du peintre flamand Jérôme Bosch.

Les premiers nichoirs étaient des « courges pèlerines », ou calebasses d'Amérique du Sud, que les oiseaux occupaient une fois sèches et vidées. Ces nichoirs naturels furent, selon M. Labbé, rapportés en Europe par des navigateurs hollandais et ils servirent de modèle aux premiers « pots » en terre cuite, qui reprenaient la forme de ces légumes. Il faut toutefois préciser qu'à l'époque ces nichoirs (accueillant essentiellement étourneaux et moineaux, parfois aussi des mésanges) visaient, en fait, à procurer un complément alimentaire à l'homme et pas du tout à protéger les oiseaux concernés. En effet, dès que les oisillons atteignaient une taille convenable, la première nichée était prélevée.

Les nichoirs en bois que nous connaissons aujourd'hui datent probablement de la fin du xixe siècle ou du début du xxe et ont été utilisés à grande échelle dans les pays anglo-saxons et dans ceux d'Europe de l'Est. Dans les premiers, leur pose était motivée par un souci de protection ; dans les seconds, il s'agissait de multiplier le nombre des oiseaux insectivores susceptibles de lutter contre les insectes ravageurs des cultures. Les mésanges ont largement bénéficié de ces mesures.

Actuellement, l'utilisation de matériaux moulés tels que le Fibrociment ou le béton de bois, permettent la production en série de modèles dont la configuration assure les conditions optimales aux nicheurs ainsi qu'un entretien particulièrement aisé.

5.4. Assistantes efficaces des agriculteurs

Dès les premières années du xxe siècle, dans son livre les Auxiliaires, consacré aux « animaux qui, vivant en dehors de nos soins, nous viennent en aide par leur guerre aux larves, aux insectes et aux divers mangeurs qui finiraient par rester maîtres de nos récoltes », le grand entomologiste J.-H. Fabre a fait figurer les mésanges en bonne place. Grâce à des chercheurs comme lui, les passereaux utiles ont pu bénéficier d'une législation interdisant tout acte de nature à leur nuire. En France, le premier décret sur la protection d'espèces d'oiseaux date du 12 décembre 1905.

Les mésanges sont de réelles auxiliaires de l'agriculture et de la sylviculture, singulièrement lors de la nidification. Elles peuvent alors détruire une insigne quantité d'insectes. Ainsi, un couple de mésanges charbonnières ayant en charge une nichée moyenne de neuf petits doit-il fournir entre 270 et 630 becquées par jour, qui peuvent comporter plus de 1 800 chenilles et insectes. Sur l'ensemble du séjour au nid, cela peut représenter jusqu'à 15 000 proies, auxquelles s'ajoutent celles capturées pour la nourriture des adultes eux-mêmes. Là où les densités de nicheurs sont élevées, les seules mésanges charbonnières parviennent à détruire plus de 150 000 insectes, larves et chenilles pour une surface de 10 ha. L'ornithologue russe K. Blagosklonov indique également qu'une mésange nonnette peut consommer en un jour 38 chenilles de bombyx, soit 21,4 g, soit 183 % du poids de l'oiseau. De tels chiffres permettent de comprendre pourquoi certains pays, dont la Russie ont élaboré de vastes programmes favorisant les mésanges et d'autres insectivores. À cette fin, des nichoirs ont été posés, destinés à fixer leurs populations et à leur permettre d'atteindre un fort taux de croissance démographique.

5.5. Une riche histoire étymologique

L'ancienneté des relations – qu'elles soient de nature antagoniste ou positive – entre l'homme et les espèces animales peut souvent se vérifier par le biais de la linguistique. Il existe en effet un rapport étroit entre l'intérêt suscité par telle ou telle espèce et l'ancienneté de son origine et sa relative stabilité morphologique.

Le mot « mésange » est un très vieux mot de la langue française qui n'a subi que des altérations de détail correspondant aux lois de la phonétique historique. De source germanique, son origine se perd dans la nuit des temps. Le tronc commun est le francique meisanga (forme conjecturelle reconstituée), qui a donné mezanza (également misinga, dans un texte du xe siècle) en bas latin, avant d'apparaître sous la forme masenge – première occurrence « française » – à la fin du xiie siècle, dans un lai de Marie de France, première femme poète de France.

La mésange apparaît également dans des poèmes du Belge Frédéric Kiesel :

Venue manger dans ma paume une noix

La fugace mésange

Pèse si peu sur mes doigts

Une craintive seconde, le poids

De l'âme libre ou d'un ange.

Littré signale en outre l'existence de l'appellation régionale mazingue attribuée à la mésange charbonnière. On retrouve parallèlement les prolongements du tronc commun dans l'anglo-saxon mâse et dans de nombreuses langues européennes : Meise en allemand, meese en ancien flamand, mazenge en wallon.

5.6. Des oiseaux particulièrement astucieux

Certaines espèces de mésanges, dont la mésange charbonnière ou celle à tête noire, peuvent faire preuve de beaucoup d'astuce et s'adapter à des situations nouvelles. Ainsi, elles sont capables de tirer avec le bec un fil auquel se trouve suspendue une arachide en maintenant le fil coincé sur le perchoir grâce à l'une des pattes ; l'opération est répétée jusqu'à ce que la « récompense » soit à portée de bec.

Des expériences plus complexes ont été menées, notamment en Grande-Bretagne, pour évaluer les capacités psychiques de la mésange charbonnière. L'un de ces tests comporte un distributeur vertical en plastique transparent muni de chicanes. Ce dispositif reçoit une arachide dans sa partie supérieure, dont la descente, à chaque chicane, est bloquée par une allumette traversant le distributeur de part en part. Pour obtenir la graine, la mésange doit retirer chacune des allumettes. La première réussite est l'effet du hasard, la mésange ôtant les allumettes empiriquement et en marquant des temps d'arrêt. Rapidement, cependant, des progrès sont accomplis et l'oiseau finit par enlever les allumettes en un clin d'œil et dans le bon ordre.

Le caractère curieux et inventif des mésanges se traduit parfois par des comportements qui leur attirent des invectives méritées. Par exemple, lorsqu'elles crèvent les capsules des bouteilles de lait déposées devant les portes ou se régalent du mastic fraîchement posé autour d'une vitre.

Les oiseaux qui, à l'instar des mésanges, ont choisi de vivre au voisinage immédiat de l'homme s'exposent à quelques périls. Les chats ou les dénicheurs en culottes courtes n'en sont pas les uniques coupables. La vogue des vérandas apposées aux maisons individuelles est trop souvent à l'origine d'accidents meurtriers en série. Ne percevant pas l'obstacle transparent, les mésanges percutent la vitre de plein fouet. Dans le meilleur des cas, l'oiseau s'assomme et peut reprendre son vol après quelques instants, mais, bien souvent, c'est la mort instantanée. Pour éviter cela, il suffit de placer sur la vitre une silhouette de rapace en plastique adhésif.

5.7. Quand baguage rime avec voyage et repérage

Le baguage permet de connaître les déplacements migratoires des oiseaux, notamment de ceux qui effectuent de longues distances. Bien que n'étant pas à proprement parler des espèces migratrices, les mésanges ont fait l'objet d'études sur la mobilité des populations. De telles recherches ont pour objectif de déterminer l'ampleur géographique des mouvements, leur orientation et leur importance numérique, ainsi que l'appréciation des classes d'âge concernées.

Les mésanges peuvent se montrer sédentaires jusqu'à ce que des conditions particulières soient réunies, affectant les paramètres météorologique et alimentaire. Les espèces nordiques – ou la part nordique des effectifs d'espèces à large répartition – sont les plus sujettes aux déplacements. Certaines années sont marquées par des passages massifs alors que d'autres restent très calmes.Le baguage permet d'individualiser les oiseaux marqués, ce qui est fondamental dans le cadre de certaines études portant sur la longévité dans la nature ou les relations au sein du groupe. Cependant, il s'agit d'une technique opportunément réservée aux seuls scientifiques qualifiés.

L'ornithologue amateur dispose toutefois de quelques moyens pour reconnaître les oiseaux. Muni d'une paire de jumelles et d'un carnet, il doit tenter de dresser la « carte d'identité » de chaque visiteur, car aucun oiseau n'est, dans une même espèce, strictement identique à son voisin. Pour cela, il faut porter son attention en priorité sur des détails morphologiques stables localisés aux pattes et au bec. Telle mésange a un ongle brisé, ou plus long que les autres ; une autre a un doigt affecté d'une malformation ou le bord d'une mandibule ébréché. Les détails du plumage peuvent aussi servir, mais ils sont susceptibles de changer avec la mue. À la longue, on finit par identifier chaque oiseau.