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Burundi - Rwanda

Rwanda

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Carton de situation

Rwanda
parfois Ruanda
Nom officiel : République rwandaise

État d'Afrique centrale situé dans la région dite « des Grands Lacs », le Rwanda est limité au nord par l'Ouganda, à l'est par la Tanzanie, au sud par le Burundi et à l'ouest par la République démocratique du Congo et le lac Kivu.

Superficie : 26 338 km2
Nombre d'habitants : 9 998 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Rwandais
Capitale : Kigali
Langues : anglais, français et rwanda
Monnaie : franc rwandais

Chef de l'État : Paul Kagame

Chef du gouvernement : Bernard Makuza

Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel

Constitution :

 Adoption : 26 mai 2003

 Entrée en vigueur : 4 juin 2003

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

Le Parlement se compose de la Chambre des députés et du Sénat.

GÉOGRAPHIE

Le Rwanda correspond à une partie du socle africain, dont le relief est le résultat de mouvements tectoniques qui l'ont cassé, porté en hauteur, et qui ont permis la formation de la chaîne des Virunga, composée d'une série de volcans, dont le plus élevé, le Karisimbi (4 507 m), porte le point culminant du pays. Il se divise en trois éléments : la crête ou dorsale Congo-Nil, le Plateau central et les Basses Terres. La crête s'étire du nord au sud sur une largeur de 20 à 50 km et avec une altitude variant de 1 900 à 3 000 m. Elle domine le lac Kivu par un abrupt fortement découpé. Le versant oriental, à la pente plus douce, se raccorde au Plateau central, formé d'une multitude de collines. À l'est s'étendent les Basses Terres lacustres (1 300 à 1 500 m d'altitude), qui annoncent déjà la pénéplaine tanzanienne. Le Rwanda, malgré la proximité de l'équateur, a, grâce à l'altitude, des températures (moyenne annuelle : 19 °C) et des pluies (de 700 à 2 500 mm) modérées.

   

Le Rwanda se situe dans la région des Grands Lacs, la plus densément peuplée de toute l'Afrique. Le pays comptait près de 300 hab./km2 au début des années 1990, voire plus de 400 hab./km2 dans certaines préfectures comme celles de Kigali, de Ruhengeri ou de Butare. Le dynamisme démographique était alors extrêmement élevé, avec une croissance naturelle proche de 4 % par an, du fait d'une forte fécondité (8 enfants par femme) et d'une mortalité relativement basse (de l'ordre de 18 ‰). Il en résultait une extrême jeunesse de la population, près de la moitié des habitants ayant moins de 15 ans. Le drame de 1994 a notablement modifié ces données, du fait des nombreuses victimes qu'il a occasionnées, mais aussi du départ des réfugiés dans les pays voisins, dont une partie seulement est rentrée au pays. L'habitat est très majoritairement rural, réparti sur les « collines », et le taux de population urbaine est inférieur à 20 %. Il est le reflet de la prépondérance écrasante des productions agricoles dans l'économie nationale. Le petit élevage (ovins, caprins, volailles) prend peu à peu le pas sur les bovins, faute d'espace, et les cultures vivrières sont dominées par la banane plantain (dont on tire notamment une « bière » qui est la boisson nationale), le manioc et la patate douce. Thé et café, d'excellente qualité, sont les principales cultures d'exportation. Il est difficile de savoir si l'industrie, limitée à quelques productions de biens de consommation (boissons, chaussures), est en voie de retrouver son niveau de la fin des années 1980. Il serait de même hasardeux de donner des chiffres précis à propos des finances publiques et de la balance commerciale, dont on sait seulement qu'elles sont structurellement déficitaires. Le Rwanda est aujourd'hui l'un des pays les plus pauvres du monde.

   Le génocide a répandu dans le monde entier l'image d'un Rwanda déchiré entre deux « ethnies », l'une majoritaire, les Hutus, l'autre minoritaire, les Tutsis. On a de ce fait tendance à laisser de côté ce qui fait l'unité de la population. En effet, outre un mode de vie rural dominant, les Rwandais ont en commun une langue unique de type bantou, le kinyarwanda, et ils professent très majoritairement la même religion, le catholicisme. Les causes des tragiques affrontements de 1994 doivent en réalité être davantage recherchées dans l'histoire du pays que dans un quelconque déterminisme « ethnique ».

HISTOIRE

Peuplé dès la préhistoire, le Rwanda est érigé en État au XIVe s. sous la forme d'une monarchie quasi théocratique à la tête de laquelle se trouve la dynastie des mwamis (rois) Banyiginyas, qui régnera jusqu'en 1960. L'organisation de la société, qui vise notamment à assurer la pérennité des deux ressources du royaume, l'agriculture et l'élevage, fait progressivement l'objet de règles extrêmement précises, instaurant notamment un véritable code du fermage-métayage, tant en ce qui concerne les troupeaux que les terres. Le pays est divisé en circonscriptions administratives, les districts, avec à leur tête deux chefs, l'un pour le bétail, l'autre pour les terres. La distinction entre les Tutsis et les Hutus est en quelque sorte fonctionnelle : les premiers sont éleveurs, les seconds agriculteurs. Le passage d'une catégorie à une autre est possible, de même que les mariages mixtes. L'aristocratie – qui possède bétail ou terre – est aussi bien hutue que tutsie.

La colonisation et la création du mythe tutsi

Comme au Burundi, ce sont les Allemands qui « découvrent » le Rwanda. La conquête est pacifique, se traduisant par un traité de protectorat (1898) et par l'installation de la première mission des Pères blancs dès 1900. Attaqués par les Belges, les Allemands doivent se retirer de la région en 1916. Les traités de paix entérinent cette situation, et le « Ruanda-Urundi », placé sous mandat belge par la S.D.N. en 1924, est rattaché au Congo, avec cependant une certaine autonomie.

   Si les Belges maintiennent la monarchie traditionnelle, ils en dénaturent complètement la signification. L'ancien système de redevances-prestations est en grande partie aboli, comme est supprimée l'administration des districts. En 1931, le mwami Musinga est déposé et remplacé par son fils, baptisé dans la religion catholique. Dans ce pays pauvre, l'Église devient la principale puissance, et convertit massivement la population, tout en lui prodiguant soins et enseignement. Ses membres contribuent à la reconstruction de l'histoire à propos des Tutsis, qui seraient d'origine nilotique et se distingueraient par leur « grande taille » et la « finesse » de leurs traits. Cette survalorisation de leur apparence – sans doute liée pour une part au mode d'alimentation spécifique des éleveurs, et qui d'ailleurs n'est pas homogène – l'emporte sur la recherche historique objective. Ainsi distingués par leur origine supposée, les Tutsis vont devenir les privilégiés de la puissance coloniale, et assurer, sous l'autorité des Belges, l'encadrement du pays.

La « Toussaint rwandaise », la république et l'indépendance

En 1957 est publié le « Manifeste des Bahutu » (pluriel de Hutu en kinyarwanda), qui dénonce « le monopole politique dont dispose une race, la Mututsi ». Les revendications hutues sont désormais soutenues par l'Église catholique en la personne de Mgr Perraudin, d'origine suisse, qui devient archevêque de Kigali en 1959. Cette même année voit la naissance d'un parti monarchiste, l'Union nationale rwandaise (Unar) et d'une formation ethnique, le Parmehutu (parti du Mouvement pour l'Émancipation des Bahutu). Elle s'achève avec le déclenchement, le 1er novembre, jour de la Toussaint, d'une révolte des Hutus, qui ensanglante le pays et entraîne le départ en exil (notamment en Ouganda) de très nombreux Tutsis, mais aussi de Hutus. La Belgique dépêche sur place un véritable proconsul, le colonel Logiest, qui, renversant la ligne politique belge traditionnelle, décide de donner le pouvoir aux Hutus. Ces derniers triomphent aux élections communales de juillet 1960, ce qui amène les autorités belges à déposer le mwami Kigeri V en décembre suivant. Avec l'accord du colonel Logiest, la république est proclamée à Gitarama le 28 janvier 1961. Ce « coup d'État » est entériné le 25 septembre par un référendum, et Grégoire Kayibanda, « Hutu du Centre », est élu président de la République le 26 octobre. Les législatives permettent au Parmehutu de recueillir 78 % des voix. L'indépendance intervient le 1er juillet 1962.

Grégoire Kayibanda et le pouvoir hutu

Le Parmehutu se transforme en Mouvement démocratique républicain (M.D.R.), appelé à dominer la vie politique rwandaise au cours des années 1962-1973. Une attaque menée par des exilés tutsis venus du Burundi a lieu en décembre 1963 (une première attaque s'était déjà produite en mars 1961). En représailles, plusieurs milliers de Tutsis de l'intérieur sont massacrés, et les membres tutsis du gouvernement d'union nationale sont exécutés. Une nouvelle vague d'émigration vient renforcer la diaspora qui commence à se constituer, non seulement en Afrique (Burundi, Tanzanie, Ouganda, Congo-Kinshasa), mais aussi en Belgique et aux États-Unis. Elle est active et influente. L'antitutsisme devient une constante de la politique de Grégoire Kayibanda, et culmine en février 1973 avec une épuration systématique entreprise dans les écoles, l'administration et le secteur privé, et de nouveaux massacres. Mais en juillet de la même année, un coup d'État porte, sans effusion de sang, le général Juvénal Habyarimana, « Hutu du Nord », au pouvoir.

La seconde République

Avec J. Habyarimana et la seconde République, une ère moins brutale commence. Le Parlement et le M.D.R. sont suspendus. En 1978, une nouvelle Constitution est adoptée, qui instaure un parti unique, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (M.R.N.D.), auquel appartiennent tous les Rwandais dès leur naissance. La « question ethnique » est censée être résolue par le système des quotas, inspiré du modèle belge. L'accès aux écoles, aux postes administratifs, etc., est calqué sur la répartition ethnique de la population, soit 9 % pour les Tutsis, 1 % pour les Twas (pygmées), 90 % pour les Hutus. Pour tous les observateurs étrangers, le Rwanda est entré dans une période de stabilité et de progrès économique. L'image du pays et celle de son président deviennent excellentes, les aides affluent (belge et française notamment, mais pas uniquement), les O.N.G. multiplient leurs interventions, la Banque mondiale délivre un satisfecit au gouvernement pour avoir fait en sorte que la production vivrière croisse plus vite que la population.

Le double défi : la démocratisation et le Front patriotique rwandais

Dans le même temps en Ouganda, les émigrés rwandais – les Banyarwandas –, qui ne sont pas tous tutsis, se sont organisés au sein d'une organisation de soutien aux réfugiés qui donne naissance en 1987 au Front patriotique rwandais (F.P.R.). Plusieurs milliers d'entre eux, et notamment l'officier tutsi Paul Kagame, ont combattu avec le futur président ougandais Yoweri Museveni lors de sa conquête du pouvoir en 1986. Cette présence rwandaise est cependant de moins en moins bien supportée par les Ougandais. Convaincu que les Banyarwandas ne pourront rentrer pacifiquement dans leur pays – en 1982, J. Habyarimana en a refoulé 80 000 qui venaient d'être expulsés par le président ougandais de l'époque, Milton Obote –, le F.P.R. pénètre en armes au Rwanda le 1er octobre 1990.

   Depuis quelques mois, J. Habyarimana s'efforce de maîtriser les aspirations démocratiques qui se manifestent dans le pays. L'attaque du F.P.R. va lui permettre d'obtenir un renforcement des aides française et belge, en particulier sur le plan militaire. La guerre, entrecoupée de trêves et de cessez-le-feu, va durer presque quatre ans. Elle s'accompagne d'exodes de populations, de massacres de Tutsis, du procès de « complices des envahisseurs », d'un renforcement considérable des Forces armées rwandaises (F.A.R.). Dans le même temps, une nouvelle Constitution est adoptée (juin 1991), qui reconnaît le multipartisme et accorde le droit de grève aux fonctionnaires. En avril 1992, le président Habyarimana accepte la formation d'un gouvernement de transition dirigé par un Premier ministre issu de l'opposition. Sous la pression internationale, de difficiles négociations entre le gouvernement et le F.P.R. débutent à Arusha (Tanzanie) au milieu de 1992. Elles visent non seulement à rétablir la paix, mais à organiser le « partage du pouvoir » entre le M.R.N.D., le F.P.R. et les partis d'opposition. Après de nombreuses vicissitudes, et en dépit de la poursuite des opérations militaires, elles débouchent sur des accords signés le 4 août 1993. Mais ces derniers restent sans effet malgré la présence des contingents de la MINUAR (Mission des Nations unies d'assistance au Rwanda) chargés de les faire respecter. Le Premier ministre Faustin Twagiramungu (un Hutu modéré, président du M.D.R.) ne parvient pas à former un gouvernement de coalition.

Les cent jours d'un génocide planifié (7 avril-19 juillet 1994)

La démarche entreprise à Arusha est totalement rejetée par les extrémistes hutus. Ces derniers ont fondé en 1992 la Coalition pour la défense de la République (C.D.R.), puis les milices Interahamwe (« ceux qui tuent ensemble ») du parti unique du président Habyarimana, le M.R.N.D. Ils se livrent, via le journal Kangura et, à partir de 1993, via la Radio des mille collines, à une propagande massive outrageusement antitutsie. Ils assassinent des responsables politiques modérés. C'est dans ce contexte que, le 6 avril 1994, l'avion qui transporte le président J. Habyarimana et son homologue burundais est abattu lors de son atterrissage à Kigali. Le génocide des Tutsis et des Hutus modérés, organisé par les milices Interahamwe et par une partie des F.A.R. suivant des plans et des listes établis de longue date, commence le lendemain. Les combats qui opposent les forces gouvernementales à celles du F.P.R. s'étendent rapidement à l'ensemble du pays, provoquant d'atroces tueries et un exode massif de Hutus vers les pays voisins. Face à l'impuissance de la MINUAR, dont les effectifs, réduits, tardent à se renforcer, l'O.N.U. autorise la France à engager une opération militaire à but humanitaire (l'« opération Turquoise », juin-août 1994) pour porter assistance aux civils rwandais réfugiés par centaines de milliers dans une zone de sécurité créée dans le sud-ouest du pays, à la frontière du Zaïre. Après sa victoire totale sur les forces gouvernementales, le F.P.R. entre dans Kigali le 4 juillet et prend le pouvoir le 19.

   Si les faits sont connus, leur interprétation fait encore l'objet, après plusieurs années, de vives controverses. Concernant les victimes, les chiffres cités vont de 800 000 à 1 million ; la responsabilité de l'attentat est aussi bien attribuée aux extrémistes hutus qu'au F.P.R. ; le président Juvénal Habyarimana est présenté soit comme un élément modérateur, soit au contraire comme un dictateur ayant soutenu les extrémistes ; la France, pour certains, est coupable d'avoir soutenu un régime dictatorial et d'avoir protégé, avec l'« opération Turquoise », les auteurs du génocide, alors que d'autres estiment qu'elle a fait pression en faveur des accords d'Arusha et qu'elle a permis de sauver de très nombreuses vies humaines ; l'attitude de la Belgique, celle des États-Unis, de l'O.N.U., sont mises en question. Face à un drame de cette ampleur, de longues années seront nécessaires pour que la vérité puisse commencer à émerger du maelström des passions.

Un pays meurtri

Le nouveau pouvoir, représenté par le président Pasteur Bizimungu, Hutu modéré, et dans lequel l'organisateur de la victoire du F.P.R., le général tutsi P.  Kagame, vice-président de la République et ministre de la Défense depuis juillet 1994, joue un rôle éminent, s'attache avant tout à assurer sa sécurité, alors que les troupes de la MINUAR quittent le Rwanda à l'expiration de leur mandat (mars 1996). La présence de camps de réfugiés hutus dans l'Est zaïrois (au Nord- et au Sud-Kivu), encadrés par d'anciens membres des F.A.R. et des milices, tolérés par le maréchal Mobutu, conduit le gouvernement rwandais à soutenir le « raid » de Laurent-Désiré Kabila contre le pouvoir zaïrois, en 1997. Chassés des camps par la force, une partie des réfugiés rentrent au Rwanda, certains gagnent l'Angola, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon et le Cameroun, d'autres sont massacrés. Mais les extrémistes hutus, encouragés par la rébellion hutue du Burundi, ne désarment pas : en bandes armées, ils sillonnent le pays et continuent de massacrer de nouvelles victimes, justifiant du même coup la politique répressive et sanglante de Kigali.

La dérive autoritaire du régime

Le gouvernement, peu confiant dans l'efficacité du Tribunal pénal international pour le Rwanda (T.P.I.R.) institué par l'O.N.U. à Arusha en 1994, et auquel il reproche aussi de ne pouvoir prononcer de peine capitale, a mis en place son propre dispositif répressif. Faute de moyens, les prisons sont surchargées. Des voix nombreuses – à commencer par celle de Faustin Twagiramungu, Premier ministre en juillet 1994, démissionnaire un an plus tard – s'élèvent pour dénoncer les atteintes aux droits de l'homme commises par le F.P.R. La discrétion, pour ne pas dire le secret, dont le gouvernement entoure son action n'est pas de nature à rassurer l'opinion internationale. Quant au retour de la démocratie, le Forum des partis politiques rwandais, à l'origine du premier gouvernement d'unité nationale mis en place en 1994, a décidé en juin 1999 de le retarder de quatre ans. La transition politique, au cours de laquelle étaient prévues l'élaboration d'une Constitution et l'organisation d'élections, devait initialement être achevée en juillet 1999. Enfin, les dissensions au sommet de l'État finissent par entraîner, en mars 2000, la démission de P. Bizimungu de ses fonctions de président de la République et de vice-président du F.P.R. ; P. Kagame assure l'intérim jusqu'au 17 avril, date à laquelle il est désigné par les députés de l'Assemblée nationale transitoire (A.N.T.) et par le gouvernement président de la République. Cette rupture entre les deux hommes, en mettant un point final à la tentative de 1994 de mise en place d'un gouvernement « mixte », porte un sérieux coup aux efforts visant à réconcilier la majorité hutue et la minorité tutsie, qui détient le pouvoir.

Les interventions militaires rwandaises en République démocratique du Congo

En août 1998, le Rwanda engage – aux côtés de l'Ouganda et du Burundi – son armée en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). Après avoir aidé, en 1996, Laurent-Désiré Kabila à conquérir le pouvoir, ces trois pays luttent à présent – chacun d'entre eux avec des motivations différentes – pour le renverser et s'allient à trois groupes rebelles congolais, qui ont par ailleurs des divergences entre eux. De l'autre côté, l'Angola, le Zimbabwe et la Namibie soutiennent le régime de L.-D. Kabila. Le Rwanda, estimant, d'une part, sa sécurité menacée par la présence dans l'Est congolais de milliers de miliciens Interahamwe auxquels s'est allié L.-D. Kabila, apporte son soutien à la rébellion du R.C.D./Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie). D'autre part, le Rwanda, surpeuplé, cherche à étendre son territoire et vise, en particulier, le Kivu congolais. En dépit d'un accord de cessez-le-feu signé en juillet 1999 à Lusaka par l'ensemble des belligérants, les hostilités se poursuivent. Instaurant une guerre dans la guerre, le Rwanda et l'Ouganda (ce dernier soutient le R.C.D./Kisangani, une faction rivale du R.C.D./Goma) s'affrontent sporadiquement entre 1999 et 2000 pour le contrôle de Kisangani et des richesses diamantifères. Le 30 juillet 2002, grâce à la médiation du président sud-africain Thabo Mbeki, le Rwanda et la R.D.C. de Joseph Kabila signent un accord de paix prévoyant le désarmement des milices Interahamwe puis leur rapatriement en échange d'un retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Ce dernier s'achève effectivement en octobre 2002. Cependant, l'armée rwandaise apporte son soutien à une nouvelle rébellion de soldats banyamulenge qui, en juin 2004, s'emparent brièvement de Bukavu. Et, en décembre, Kigali menace de détruire les bases d'extrémistes hutus toujours présentes dans l'Est congolais si la communauté internationale ne règle pas cette question. Finalement, le 31 mars 2005, après plusieurs mois de pourparlers avec les autorités congolaises et rwandaises, l'ensemble des groupes armés hutus, regroupés depuis 2000 au sein des Forces démocratiques de libération du Rwanda (F.D.L.R.), s'engage à déposer les armes et à rentrer au Rwanda.

L'achèvement de la transition politique

À quelques mois des premières élections présidentielle et législatives depuis le génocide de 1994, et dès l'annonce de la candidature de l'ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu, le gouvernement recommande la dissolution du M.D.R. pour « divisionnisme », terme désignant officiellement les dérives d'une politique sur base ethnique mais s'avérant, à l'usage, une arme contre toute forme de contestation. Le 26 mai 2003, une nouvelle Constitution est soumise à référendum : elle est approuvée par 93 % des suffrages. Entrée en vigueur en juin, elle instaure un Parlement bicaméral, le rétablissement du multipartisme et, pour la première fois depuis 1994, l'élection des députés au suffrage universel. Le président de la République sera également élu au suffrage universel pour un mandat de sept ans, renouvelable une seule fois. Au terme d'une campagne ponctuée d'opérations d'intimidation et largement dominée par le candidat sortant du F.P.R., P. Kagame, ce dernier est réélu le 25 août 2003 avec 95,1 % des voix devant son principal adversaire, l'ex-Premier ministre F. Twagiramungu (3,6 %). Les élections législatives de septembre-octobre confirment la victoire écrasante du F.P.R., qui conquiert la majorité absolue au Parlement. Toutefois la présence massive de représentants de P. Kagame participant à la gestion des bureaux de vote, le harcèlement de ses adversaires politiques par le régime, la mainmise de ce dernier sur les médias et, enfin, le silence de la communauté internationale disqualifient lourdement la légitimité des scrutins.

   En avril 2004, peu après la difficile célébration du dixième anniversaire du génocide, s'achève le procès de l'ancien président P. Bizimungu ; ce dernier, placé en résidence surveillée puis arrêté en 2002 pour « divisionnisme » alors qu'il tentait de fonder un nouveau parti politique, est condamné à quinze ans de prison. Bénéficiant d'une grâce présidentielle, il est libéré en 2007.

   Institués par la loi gacaca (2001) afin d'accélérer la réconciliation nationale, quelque dix-mille tribunaux du même nom, inspirés des assemblées villagoises, accueillent en 2005 les premiers procès au cours desquels sont confrontés survivants et exécutants du génocide. Conformément à l'une des exigences de la communauté internationale pour que les procédures judiciaires à l'encontre des génocidaires soient transférées à la juridiction nationale rwandaise avant la dissolution T.P.I.R. en 2008, le Rwanda abolit la peine de mort le 26 juillet 2007.

   Sur le plan extérieur, le Rwanda poursuit, conjointement avec sa politique de réglement du problème de la présence de groupes armés congolais et rwandais dans l'Est de la R.D.C., sa politique d'intégration régionale. Membre du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Comesa), de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (C.E.P.G.L.) et de la Communauté est-africaine (EAC), il se retire en juin 2007 de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (C.E.E.A.C.), privilégiant le maintien de ses relations en Afrique de l'Est.

   En novembre 2006, au lendemain de la publication de l'ordonnance du juge français Jean-Louis Bruguière désignant le président Kagame comme l'instigateur de l'attentat du 6 avril 1994 contre son prédécesseur J. Habyarimana, le Rwanda rompt ses relations avec la France. Après quelques signes de réchauffement à l'automne 2007, une entrevue entre les présidents français Nicolas Sarkozy et son homologue rwandais, en marge du sommet Union européenne-Afrique de Lisbonne (décembre), permet de lancer le processus de normalisation entre Paris et Kigali.

   La coalition au pouvoir (F.P.R., associé à six petits partis) remporte la majorité absolue des sièges aux élections législatives de septembre 2008, les femmes obtenant 44 des 80 sièges de l'Assemblée nationale. L'opposition (une douzaine de partis en exil) n'a pas participé au scrutin.

Repères d'actualité

7 octobre 2008 : conséquence de la crise politique qui affecte depuis des années les relations franco-rwandaises, Kigali institue l'anglais, et non plus le français, langue de l'enseignement, de l'école primaire à l'université.

29 novembre 2009 : Kigali et Paris décident de rétablir leurs relations diplomatiques rompues depuis 2006. Par ailleurs, le Rwanda devient le 54e membre du Commonwealth.

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