En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Rwanda

parfois Ruanda

Nom officiel : République rwandaise

Carton de situation - Rwanda
Drapeau du Rwanda
Drapeau du Rwanda

État d'Afrique centrale situé dans la région des Grands Lacs, le Rwanda est limité au nord par l'Ouganda, à l'est par la Tanzanie, au sud par le Burundi et à l'ouest par la République démocratique du Congo et le lac Kivu.
Le Rwanda est membre du Commonwealth.

  • Superficie : 26 338 km2
  • Nombre d'habitants : 11 777 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Rwandais
  • Capitale : Kigali
  • Langues : anglais, français et rwanda
  • Monnaie : franc rwandais
  • Chef de l'État : Paul Kagame
  • Chef du gouvernement : Anastase Murekezi
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 26 mai 2003
    • Entrée en vigueur : 4 juin 2003
Pour en savoir plus : institutions du Rwanda

GÉOGRAPHIE

C'est un pays de hauts plateaux, proche de l'équateur, mais au climat tempéré par l'altitude. L'agriculture vivrière (patates douces, haricots) occupe la majorité des terres cultivables. Le café et le thé constituaient les ressources commerciales. Ravagé en 1994 par le conflit opposant Hutu (majoritaires) et Tutsi, le Rwanda connaît aujourd'hui un certain redressement économique mais reste l'un des pays les plus pauvres du monde (avec une tendance à l'accroissement des inégalités).

Le Rwanda correspond à une partie du socle africain, dont le relief est le résultat de mouvements tectoniques qui l'ont cassé, porté en hauteur, et qui ont permis la formation de la chaîne des Virunga, composée d'une série de volcans, dont le plus élevé, le Karisimbi (4 507 m), porte le point culminant du pays. Il se divise en trois éléments : la crête ou dorsale Congo-Nil, le Plateau central et les Basses Terres. La crête s'étire du nord au sud sur une largeur de 20 à 50 km et avec une altitude variant de 1 900 à 3 000 m. Elle domine le lac Kivu par un abrupt fortement découpé. Le versant oriental, à la pente plus douce, se raccorde au Plateau central, formé d'une multitude de collines. À l'est s'étendent les Basses Terres lacustres (1 300 à 1 500 m d'altitude), qui annoncent déjà la pénéplaine tanzanienne. Le Rwanda, malgré la proximité de l'équateur, a, grâce à l'altitude, des températures (moyenne annuelle : 19 °C) et des pluies (de 700 à 2 500 mm) modérées.

Le Rwanda se situe dans la région des Grands Lacs, la plus densément peuplée de toute l'Afrique. Le pays comptait près de 300 habitants par km2 au début des années 1990, voire plus de 400 habitants par km2 dans certaines préfectures comme celles de Kigali, de Ruhengeri ou de Butare. Le dynamisme démographique était alors extrêmement élevé, avec une croissance naturelle proche de 4 % par an, du fait d'une forte fécondité (8 enfants par femme) et d'une mortalité relativement basse (de l'ordre de 18 ‰). Il en résultait une extrême jeunesse de la population, près de la moitié des habitants ayant moins de 15 ans. Le drame de 1994 a notablement modifié ces données, du fait des nombreuses victimes qu'il a occasionnées, mais aussi du départ des réfugiés dans les pays voisins, dont une partie seulement est rentrée au pays. L'habitat est très majoritairement rural, réparti sur les « collines », et le taux de population urbaine est inférieur à 20 %. Il est le reflet de la prépondérance écrasante des productions agricoles dans l'économie nationale. Le petit élevage (ovins, caprins, volailles) prend peu à peu le pas sur les bovins, faute d'espace, et les cultures vivrières sont dominées par la banane plantain (dont on tire notamment une « bière » qui est la boisson nationale), le manioc et la patate douce. Thé et café, d'excellente qualité, sont les principales cultures d'exportation. Il est difficile de savoir si l'industrie, limitée à quelques productions de biens de consommation (boissons, chaussures), est en voie de retrouver son niveau de la fin des années 1980. Il serait de même hasardeux de donner des chiffres précis à propos des finances publiques et de la balance commerciale, dont on sait seulement qu'elles sont structurellement déficitaires. Le Rwanda est aujourd'hui l'un des pays les plus pauvres du monde.

Le génocide a répandu dans le monde entier l'image d'un Rwanda déchiré entre deux « ethnies », l'une majoritaire, les Hutus, l'autre minoritaire, les Tutsis. On a de ce fait tendance à laisser de côté ce qui fait l'unité de la population. En effet, outre un mode de vie rural dominant, les Rwandais ont en commun une langue unique de type bantou, le kinyarwanda, et ils professent très majoritairement la même religion, le catholicisme. Les causes des tragiques affrontements de 1994 doivent en réalité être davantage recherchées dans l'histoire du pays que dans un quelconque déterminisme « ethnique ».

HISTOIRE

1. Le Rwanda pré-colonial

Peuplé dès la préhistoire, le Rwanda est érigé en État au xive s. sous la forme d'une monarchie quasi théocratique à la tête de laquelle se trouve la dynastie des mwamis (rois) Banyiginyas, qui régnera jusqu'en 1960. L'organisation de la société, qui vise notamment à assurer la pérennité des deux ressources du royaume, l'agriculture et l'élevage, fait progressivement l'objet de règles extrêmement précises, instaurant notamment un véritable code du fermage-métayage, tant en ce qui concerne les troupeaux que les terres.

Le pays est divisé en circonscriptions administratives, les districts, avec à leur tête deux chefs, l'un pour le bétail, l'autre pour les terres. La distinction entre les Tutsis et les Hutus est en quelque sorte fonctionnelle : les premiers sont éleveurs, les seconds agriculteurs. Le passage d'une catégorie à une autre est possible (un agriculteur hutu peut devenir tutsi et réciproquement) de même que les mariages mixtes. L'aristocratie – qui possède bétail ou terre – est aussi bien hutue que tutsie.

2. La colonisation et la création du mythe tutsi

2.1. Le Ruanda-Urundi sous mandat belge

Comme au Burundi, ce sont les Allemands qui « découvrent » le Rwanda. La conquête est pacifique, se traduisant par un traité de protectorat (1898) et par l'installation de la première mission des Pères blancs dès 1900. Attaqués par les Belges, les Allemands doivent se retirer de la région en 1916. Les traités de paix entérinent cette situation, et le Ruanda-Urundi, placé sous mandat belge par la Société des Nations (SDN) en 1924, est rattaché au Congo belge, avec cependant une certaine autonomie.

Si les Belges maintiennent la monarchie traditionnelle, ils en dénaturent complètement la signification. L'ancien système de redevances-prestations est en grande partie aboli, comme est supprimée l'administration des districts. En 1931, le mwami Musinga est déposé et remplacé par son fils, baptisé dans la religion catholique.

Pour en savoir plus, voir l'article Ruanda-Urundi.

2.2. Les Tutsis érigés en caste dominante par le colonisateur

Dans ce pays pauvre, l'Église devient la principale puissance, et convertit massivement la population, tout en lui prodiguant soins et enseignement. Ses membres contribuent à la reconstruction de l'histoire à propos des Tutsis, qui seraient d'origine nilotique et se distingueraient par leur « grande taille » et la « finesse » de leurs traits. Cette survalorisation de leur apparence – sans doute liée pour une part au mode d'alimentation spécifique des éleveurs, et qui d'ailleurs n'est pas homogène – l'emporte sur la recherche historique objective. Ainsi distingués par leur origine supposée, les Tutsis vont devenir les privilégiés de la puissance coloniale, et assurer, sous l'autorité des Belges, l'encadrement du pays.

3. L'indépendance et le début de quarante années d'affrontements

3.1. La « Toussaint rwandaise » (1er novembre 1959)

En 1957 est publié le « Manifeste des Bahutu » (pluriel de Hutu en kinyarwanda), qui dénonce « le monopole politique dont dispose une race, la Mututsi ». Les revendications hutues sont désormais soutenues par l'Église catholique en la personne de Monseigneur Perraudin, d'origine suisse, qui devient archevêque de Kigali en 1959.

Cette même année voit la naissance d'un parti monarchiste, l'Union nationale rwandaise (Unar) et d'une formation ethnique, le Parmehutu (parti du Mouvement pour l'émancipation des Bahutu). Elle s'achève avec le déclenchement, le 1er novembre, jour de la Toussaint, d'une révolte des Hutus, qui ensanglante le pays et entraîne le départ en exil (notamment en Ouganda) de très nombreux Tutsis, mais aussi de Hutus.

3.2. La république et l'indépendance

La Belgique dépêche sur place un véritable proconsul, le colonel Logiest, qui, renversant la ligne politique belge traditionnelle, décide de donner le pouvoir aux Hutus. Ces derniers triomphent aux élections communales de juillet 1960, ce qui amène les autorités belges à déposer le mwami Kigeri V en décembre suivant.

Avec l'accord du colonel Logiest, la république est proclamée à Gitarama le 28 janvier 1961. Ce « coup d'État » est entériné le 25 septembre par un référendum, et Grégoire Kayibanda, « Hutu du Centre », est élu président de la République le 26 octobre 1961. Les législatives permettent au Parmehutu de recueillir 78 % des voix. L'indépendance intervient le 1er juillet 1962.

4. Grégoire Kayibanda et le pouvoir hutu (1962-1973)

Le Parmehutu se transforme en Mouvement démocratique républicain (MDR), appelé à dominer la vie politique rwandaise au cours des années 1962-1973.

Une attaque menée par des exilés tutsis venus du Burundi a lieu en décembre 1963 (une première attaque s'était déjà produite en mars 1961). En représailles, plusieurs milliers de Tutsis de l'intérieur sont massacrés, et les membres tutsis du gouvernement d'union nationale sont exécutés. Une nouvelle vague d'émigration vient renforcer la diaspora tutsie qui commence à se constituer, non seulement en Afrique (Burundi, Tanzanie, Ouganda, Congo-Kinshasa), mais aussi en Belgique et aux États-Unis. Elle est active et influente.

L'antitutsisme devient une constante de la politique de Grégoire Kayibanda. Il culmine en février 1973 avec une épuration systématique menée dans les écoles, l'administration et le secteur privé, et de nouveaux massacres. Mais en juillet de la même année, un coup d'État sans effusion de sang porte le général Juvénal Habyarimana, Hutu du Nord, au pouvoir.

5. Juvénal Habyarimana et la seconde République (1973-1994)

5.1. Une brève pacification

Avec Juvénal Habyarimana et la seconde République, une ère moins brutale commence.

Le Parlement et le MDR sont suspendus. En 1978, une nouvelle Constitution est adoptée, qui instaure un parti unique – le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND) –, auquel appartiennent tous les Rwandais dès leur naissance.

La « question ethnique » est censée être résolue par le système des quotas, inspiré du modèle belge. L'accès aux écoles, aux postes administratifs, etc., est calqué sur la répartition « ethnique » de la population, soit 9 % pour les Tutsis, 1 % pour les Twas (→ Pygmées), 90 % pour les Hutus.

Pour les observateurs étrangers, le Rwanda est entré dans une période de stabilité et de progrès économique. L'image du pays et celle de son président sont bonnes, les aides affluent (belge et française notamment, mais pas uniquement), les ONG multiplient leurs interventions, la Banque mondiale délivre un satisfecit au gouvernement pour avoir fait en sorte que la production vivrière croisse plus vite que la population.

5.2. L'offensive du Front patriotique rwandais (FPR)

Dans le même temps en Ouganda, les émigrés rwandais – les Banyarwandas –, qui ne sont pas tous tutsis, se sont regroupés au sein d'une organisation de soutien aux réfugiés qui donne naissance en 1987 au Front patriotique rwandais (FPR). Plusieurs milliers d'entre eux, et notamment l'officier tutsi Paul Kagame, ont combattu aux côtés de Yoweri Museveni lors de sa conquête du pouvoir en 1986.

Cette présence rwandaise est cependant de moins en moins bien supportée par les Ougandais. Convaincu que les Banyarwandas ne pourront rentrer pacifiquement dans leur pays (en 1982, J. Habyarimana en a refoulé 80 000 qui venaient d'être expulsés par le président ougandais alors en exercice, Milton Obote), le FPR, soutenu par l'Ouganda qui lui sert de base arrière, pénètre en force au Rwanda le 1er octobre 1990.

L'offensive du FPR permet au président Habyarimana d'obtenir un renforcement considérable des Forces armées rwandaises (FAR) par la France et la Belgique. Elle déclenche une guerre civile entrecoupée de trêves, d'exodes et de massacres de populations.

5.2. Les tentatives de démocratisation et les accords d'Arusha (1993)

Sous la pression de la France, qui conditionne son aide militaire à la poursuite de la démocratisation amorcée en 1990, une nouvelle Constitution est adoptée (juin 1991), qui reconnaît notamment le multipartisme et crée un poste de Premier ministre. Prenant acte de la victoire des partis d'opposition aux élections législatives de 1992, le président Habyarimana accepte en avril pour Premier ministre Faustin Twagiramungu – un Hutu modéré, président du MDR. Ce dernier ne parvient pas à former un gouvernement de coalition.

Sous la pression internationale, le gouvernement et le FPR entament à Arusha (Tanzanie) en juin 1992 des négociations pour rétablir la paix et organiser le partage du pouvoir entre le MRND, le FPR et les partis d'opposition. En dépit de nombreuses vicissitudes et de la poursuite des opérations militaires, les négociations débouchent sur la signature des accords d'Arusha le 4 août 1993. Mais ces derniers restent sans effet, malgré la présence des contingents de la Minuar (Mission des Nations unies d'assistance au Rwanda) chargés de les faire respecter.

En effet, la démarche entreprise à Arusha est totalement rejetée par les extrémistes hutus. En 1992, ceux-ci ont fondé la Coalition pour la défense de la République (CDR), regroupant les éléments les plus farouchement extrémistes ainsi que les milices Interahamwe (« ceux qui tuent ensemble » en kinyarwanda), le bras armé du MRND. À partir de 1993, les extrémistes hutus se livrent via le journal Kangura et la radio des Mille Collines, à une propagande massive outrageusement antitutsie et à des assassinats ciblés de responsables politiques modérés.

5.3. Les cent jours d'un génocide planifié (6 avril-19 juillet 1994)

C'est dans ce contexte que, le 6 avril 1994, l'avion transportant le président Juvénal Habyarimana et son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira, est abattu lors de son atterrissage à Kigali.

L'attentat (dont les circonstances exactes et les responsabilités ne sont toujours pas établies) sert de prétexte au déclenchement des tueries qui, dès le—6 avril au soir, éclatent simultanément dans la capitale, le sud, l'est et le nord du pays. La minorité tutsie, ainsi que les populations hutues qui cherchent à la protéger, sont victimes d'un génocide organisé par les milices Interahamwe et une partie des Forces armées rwandaises (FAR) suivant des plans et des listes établis de longue date.

Les combats qui opposent les FAR au Front patriotique rwandais (FPR, soutenu militairement par l'Ouganda) gagnent rapidement l'ensemble du pays, provoquant d'atroces tueries et un exode massif de Hutus vers les pays voisins. Face à l'impuissance de la Minuar, dont les effectifs, réduits, tardent à se renforcer, l'ONU autorise finalement la France à engager une opération militaire à but humanitaire limitée à une durée de deux mois (opération Turquoise) pour porter assistance aux civils rwandais réfugiés par centaines de milliers dans une « zone humanitaire sûre » créée dans le sud-ouest du pays, à la frontière du Zaïre. Malgré l'opération Turquoise (juin-août 1994), les massacres de Tutsis continuent dans la « zone humanitaire sûre ».

Après sa victoire sur les forces gouvernementales, le FPR entre dans Kigali le 4 juillet et prend le pouvoir le 19.

5.3.1. Des controverses toujours vives

Si les faits sont connus, leur interprétation fait encore l'objet, plusieurs années après le drame, de vives controverses. Concernant les victimes, les chiffres cités vont de 800 000 à 1 million.

La responsabilité de l'attentat du 6 avril 1994 est aussi bien attribuée aux extrémistes hutus qu'au FPR. Le président Habyarimana est présenté soit comme un élément modérateur, soit au contraire comme un dictateur ayant soutenu les extrémistes. Pour certains, la France est coupable d'avoir soutenu un régime dictatorial et d'avoir protégé, avec l'opération Turquoise, les auteurs du génocide, alors que d'autres estiment qu'elle a fait pression en faveur des accords d'Arusha et qu'elle a permis de sauver de très nombreuses vies humaines. L'attitude de la Belgique, celle des États-Unis, de l'ONU, sont également mises en question.

Face à une tragédie de cette ampleur, de longues années seront nécessaires pour que la vérité puisse émerger du maelström des passions.

6. Le Rwanda post-génocidaire

6.1. La difficile transition politique dans un pays meurtri (1994-2003)

Le 19 juillet 1994, un gouvernement d'union nationale se met en place sur la base des accords d'Arusha. Pasteur Bizimungu (un Hutu modéré) devient président de la République. Paul Kagame, qui a mené les troupes du FPR à la victoire militaire contre les FAR, est nommé vice-président et ministre de la Défense. Faustin Twagiramungu, ancien opposant au président Juvénal Habyarimana, est proposé comme Premier ministre d'un « gouvernement de transition à base élargie ». Ce dernier, après avoir accusé le FPR de continuer à tuer des populations innocentes, démissionnera en août 1995 et s'exilera en Belgique.

Au lendemain du génocide, le Rwanda fait immédiatement appel à l'aide de la communauté internationale pour reconstruire son appareil judiciaire détruit. Peu confiant dans l'efficacité du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) institué par l'ONU à Arusha le 8 novembre 1994, le gouvernement rwandais tente de mettre en place son propre dispositif pour juger les présumés génocidaires. Mais les prisons sont rapidement surpeuplées, les tribunaux engorgés. De nombreuses voix – notamment celle de Faustin Twagiramungu – s'élèvent pour dénoncer les atteintes aux droits de l'homme commises par le FPR.

En juin 1999, le forum des partis politiques rwandais, à l'origine du premier gouvernement mixte de réconciliation nationale mis en place en 1994, décide de repousser de quatre ans la transition politique (qui devait s'achever en juillet 1999), au cours de laquelle étaient prévues l'élaboration d'une Constitution et l'organisation d'élections.

De graves dissensions au sommet de l'État poussent Pasteur Bizimungu à démissionner de ses fonctions de président de la République et de vice-président du FPR (mars 2000). À la suite d'un bref intérim, Paul Kagame, désigné par les députés de l'Assemblée nationale transitoire et par le gouvernement, lui succède à la tête de l'État. Cette rupture entre les deux hommes, censés symboliser la réconciliation nationale, porte un coup sérieux aux efforts visant à réconcilier majorité hutue et minorité tutsie.

6.2. Les interventions militaires du Rwanda au Zaïre puis en RDC

La traque des extrémistes hutus dans l'Est zaïrois (septembre 1996-mai 1997)

Alors que la Minuar quitte le Rwanda à l'expiration de son mandat (mars 1996), le nouveau pouvoir rwandais s'attache prioritairement à assurer sa sécurité. Il estime celle-ci menacée par la présence dans l'Est zaïrois (Nord- et Sud-Kivu) de plus d'un million de réfugiés hutus dans des camps servant de bases arrière et de centres de recrutement aux extrémistes hutus.

Avec l'Ouganda, son voisin et allié, le Rwanda fait appel à Laurent-Désiré Kabila, opposant de longue date au maréchal Mobutu. La rébellion des Banyamulenge (Zaïrois tutsis rwandophones installés au Sud-Kivu depuis les années 1930) éclate en octobre 1996. Rejointe également par des opposants de tous bords à Mobutu, et soutenue militairement par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi, elle s'organise en Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL).

Chassés par l'AFDL, une partie des réfugiés hutus rentrent au Rwanda, certains gagnent l'Angola, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon et le Cameroun. 300 000 d'entre eux sont massacrés dans les forêts. Mais les extrémistes hutus, encouragés par la rébellion hutue du Burundi, ne désarment pas et continuent de massacrer de nouvelles victimes, justifiant de ce fait la politique répressive et sanglante du Rwanda.

Les poussées expansionnistes du Rwanda en RDC (1998-2002)

En août 1998, le Rwanda, aux côtés de l'Ouganda et du Burundi, réengage son armée en République démocratique du Congo (RDC, nouveau nom du Zaïre depuis la chute de Mobutu, le 15 mai 1997, et la prise du pouvoir par L.-D. Kabila).

Après avoir aidé en 1996 L.-D. Kabila dans sa conquête du pouvoir, ces trois pays cherchent à présent à le renverser, et s'allient à trois groupes rebelles congolais, aux revendications divergentes. Dans le camp adverse, l'Angola, le Zimbabwe et la Namibie soutiennent le régime de L.-D. Kabila. Débute alors un conflit de quatre ans qui fera entre 4 et 4,5 millions de victimes.

Le Rwanda apporte son soutien à la rébellion du RCD/Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie). Outre ses motivations sécuritaires, il cherche à s'arroger un contrôle politique sur l'est du pays et surtout à consolider sa mainmise sur l'exploitation illicite des immenses ressources minérales et forestières des deux Kivus. C'est d'ailleurs pour le contrôle des richesses diamantifères que le Rwanda et l'Ouganda – ce dernier soutenant le RCD/Kisangani, une faction rivale du RCD/Goma – s'affrontent sporadiquement entre 1999 et 2000, notamment à Kisangani, instaurant une guerre dans la guerre.

La difficile paix (2002-2005)

La mort de L.-D. Kabila, assassiné le 16 janvier 2001, et auquel succède son jeune fils Joseph, change la donne. La nécessité de combattre celui qui faisait l'unanimité contre lui disparaît. Lors de l'ouverture des négociations entre les factions congolaises, le 25 février 2002, à Sun City (Afrique du Sud), le Rwanda tente en vain d'obtenir une reconnaissance de son occupation dans l'Est congolais. Isolé alors que ses alliés du RCD/Goma sont écartés du pouvoir, le Rwanda ne reconnaît pas l'accord de Sun City du 19 avril. Ce n'est que le 30 juillet 2002, grâce à la médiation du président sud-africain Thabo Mbeki, que le Rwanda et la RDC signent, à Pretoria, un accord de paix prévoyant le démantèlement des milices Interahamwe en échange du retrait des 20 000 soldats rwandais du territoire congolais (retrait achevé en octobre 2002).

Cependant, l'Armée patriotique rwandaise (nouvelle appellation des FAR depuis juin 2002) apporte son soutien à une nouvelle rébellion de Banyamulenge qui, en juin 2004, s'emparent brièvement de Bukavu. En décembre 2004, Kigali menace de détruire les bases d'extrémistes hutus toujours présentes dans l'Est congolais si la communauté internationale ne règle pas cette question. Finalement, le 31 mars 2005, après plusieurs mois de pourparlers entre autorités congolaises et rwandaises, l'ensemble des groupes armés hutus, regroupés depuis 2000 au sein des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), s'engage à déposer les armes et à rentrer au Rwanda.

Pour en savoir plus, voir l'article République démocratique du Congo.

6.3. La dérive autoritaire du régime

La suprématie du FPR

Paul Kagame instaure au Rwanda un mélange de volontarisme économique (son plan « Vision 2020 » fait largement appel aux privatisations et libéralisations) et d'autoritarisme.

En 2002, l'ex-président Bizimungu est placé en résidence surveillée puis arrêté alors qu'il tentait de fonder un nouveau parti politique. Condamné à quinze ans de prison en 2004 pour « divisionnisme » (terme désignant officiellement les dérives d'une politique sur base ethnique mais s'avérant, à l'usage, une arme contre toute forme de contestation), puis bénéficiant d'une grâce présidentielle, Bizimungu sera libéré en 2007. Début 2003, à quelques mois des premières élections présidentielle et législatives depuis le génocide de 1994, et dès l'annonce de la candidature de l'ex-Premier ministre, Faustin Twagiramungu, rentré de son exil en Belgique, le MDR est dissous pour « divisionnisme ».

En juin 2003, une nouvelle Constitution instaure un Parlement bicaméral, le rétablissement du multipartisme et, pour la première fois depuis 1994, l'élection des députés au suffrage universel. Le président de la République est également élu au suffrage universel pour un mandat de sept ans, renouvelable une seule fois.

Au terme d'une campagne ponctuée d'opérations d'intimidation et largement dominée par le candidat sortant du FPR, Paul Kagame est réélu le 25 août 2003 avec 95,1 % des voix devant son principal adversaire, F. Twagiramungu (3,6 %). Les élections législatives de septembre-octobre confirment la victoire écrasante du FPR, qui conquiert la majorité absolue au Parlement. Toutefois la présence massive de représentants de Paul Kagame participant à la gestion des bureaux de vote, le harcèlement de ses adversaires politiques par le régime, la mainmise de ce dernier sur les médias ainsi que le silence de la communauté internationale disqualifient lourdement la légitimité des scrutins.

Le recours à une justice traditionnelle

Les nouvelles autorités rwandaises se sont trouvé face à un nombre considérable d'auteurs présumés du génocide. Après avoir différencié les catégories de criminels y ayant participé (1996), quelque dix-mille tribunaux, inspirés des assemblées villagoises (les juridictions gacaca) sont institués en 2001. Ils sont chargés des poursuites et du jugement du crime de génocide et d’autres crimes contre l’humanité commis entre le 1er octobre 1990 et le 31 décembre 1994.

En 2005, les juridictions gacaca accueillent les premiers procès, au cours desquels sont confrontés survivants et exécutants du génocide (à l'exception des planificateurs et des auteurs de viols). Conformément à l'une des exigences de la communauté internationale pour que les procédures judiciaires à l'encontre des génocidaires soient transférées à la juridiction nationale rwandaise avant la dissolution du TPIR prévue en 2008 (reportée jusqu'à fin 2012, afin d'examiner les derniers cas en instance), le Rwanda abolit la peine de mort le 26 juillet 2007.

Verrouillage électoral et violences politiques

Aux élections législatives de septembre 2008, la coalition au pouvoir (FPR, associé à six petits partis) remporte la majorité absolue des sièges. À cette occasion, la communauté internationale salue les efforts des autorités rwandaises pour sa mise en œuvre de la promotion des femmes ; celles-ci ont obtenu 44 des 80 sièges de l'Assemblée nationale – une première mondiale. Toutefois, l'opposition (une douzaine de partis en exil) n'a pas participé au scrutin.

À l'approche de l'élection présidentielle du 9 août 2010, le régime montre des signes de raidissement. En vertu de la loi de 2008 qui réprime « l'idéologie génocidaire » ou le « divisionnisme », et qui vise à empêcher le retour de la haine ethnique, le régime du président Kagame muselle toute liberté d'expression et anéantit toute velléité d'opposition. Menacés, d'anciens piliers du FPR passés dans l'opposition (Faustin Kayumba Nyamwasa, ex-chef d'état-major, Patrick Karegeya, ex-chef des renseignements extérieurs) se réfugient en Afrique du Sud (où ce dernier sera finalement assassiné en janvier 2014) ; d'autres sont exécutés, tels le journaliste André Kagwa Rwisereka (juin 2010) ou le premier vice-président du parti démocratique vert André Kagaw Rwisereka (juillet). Victoire Ingabire, présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU), tout comme Bernard Ntaganda, président du parti social (PS), sont empêchés de participer au scrutin du 9 août, où faute de véritable rival, Paul Kagame est réélu avec 93 % des suffrages et un taux de participation record de 97,51 %.

6.4. Politique extérieure

Politique régionale

Sur le plan régional, le Rwanda poursuit sa politique de réglement du problème posé par la présence de groupes armés congolais et rwandais dans l'est de la République démocratique du Congo. Fin 2008, les combats que se livrent le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du général rebelle congolais Laurent Nkunda – soutenu par le Rwanda – et les forces congolaises alliées aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), menacent de rallumer une guerre régionale. Cependant, fruit du dialogue entamé en 2007 entre les gouvernements rwandais et congolais et d'un accord secret scellé en décembre 2008 entre les deux capitales, un renversement d'alliances inespéré permet la menée d'opérations militaires conjointes contre les FDLR (janvier-février 2009). Après la rencontre de leur deux présidents (août), le Rwanda et la RCD décident de reprendre leurs relations dilomatiques interrompues depuis plus de dix ans.

Les tensions avec l'Ouganda, portées à leur paroxysme lorsque les deux pays s'étaient affrontés militairement pour le contrôle de la ville de Kisangani en RDC (août 1999) puis en mai 2000 et en juin 2002, s'apaisent grâce à la médiation de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Mais en dépit de plusieurs rencontres au niveau présidentiel entre 2007 et 2009, une certaine défiance demeure, nourrie par une rancune personnelle entre les deux ex-compagnons d'armes, et par des soupçons réciproques de liens suspects avec leur opposition respective.

Le Rwanda poursuit sa politique d'intégration régionale. Membre du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Comesa), de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), il se retire en juin 2007 de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) et adhère en juillet à la Communauté est-africaine (EAC), privilégiant le maintien de ses relations en Afrique de l'Est. En novembre 2009, le Rwanda devient, le 54e membre du Commonwealth tout en demeurant au sein de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF).

Épinglé par un rapport de l’ONU paru le 1er octobre 2010 et mettant en évidence la participation des troupes rwandaises à des massacres de réfugiés hutus en RDC entre 1995 et 2003, Kigali – un des plus gros contributeurs africains de Casques bleus au Darfour – répond en menaçant de retirer ses troupes si le texte n'est pas amputé de certaines parties.

Les relations avec la France

Les relations avec la France, soupçonnée d'avoir aidé les milices hutues lors du génocide de 1994, ne cessent de se détériorer. En novembre 2006, au lendemain de la publication de l'ordonnance d'un juge français mettant en cause le président Kagame et neuf de ses proches dans l'attentat du 6 avril 1994 contre J. Habyarimana, le Rwanda rompt ses relations diplomatiques avec la France, non sans exiger une repentance « officielle » de celle-ci pour sa participation aux événements de 1994, et la fin des poursuites contre le chef de l'État.

Après quelques signes de réchauffement à l'automne 2007, une entrevue, en marge du sommet Union européenne-Afrique de Lisbonne (décembre), entre les deux présidents permet de lancer le processus de normalisation entre Paris et Kigali. Conséquence de la crise qui affecte les relations franco-rwandaises, Kigali institue l'anglais, et non plus le français, langue de l'enseignement, de l'école primaire à l'université. À la suite du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays (novembre 2009), Nicolas Sarkozy en visite au Rwanda (février 2010) reconnaît, sans présenter d'excuses officielles, « de graves erreurs d'appréciation, une forme d'aveuglement " de la part de la France pendant le génocide ; lors de sa première visite officielle en France (septembre 2011), Paul Kagame exprime sa volonté de « tourner la page des différends du passé ».