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Burundi

anciennement Urundi

Nom officiel : République du Burundi

Carton de situation - Burundi
Drapeau du Burundi
Drapeau du Burundi

État d'Afrique centrale, le Burundi est limité à l'est et au sud par la Tanzanie, au nord par le Rwanda, à l'ouest par la République démocratique du Congo.

  • Superficie : 28 000 km2
  • Nombre d'habitants : 10 163 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Burundais
  • Capitale : Bujumbura
  • Langues : français et kirundi
  • Monnaie : franc du Burundi
  • Chef de l'État : Pierre Nkurunziza
  • Chef du gouvernement : Pierre Nkurunziza
  • Nature de l'État : république à régime présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 28 février 2005
    • Entrée en vigueur : 18 mars 2005
Pour en savoir plus : institutions du Burundi

GÉOGRAPHIE

C'est un pays de hauts plateaux, exclusivement agricole, densément peuplé (par les Hutu et les Tutsi).

Le Burundi est situé dans la zone des grands fossés africains, au relief très contrasté. L'altitude y est presque partout supérieure à 1 000 m, expliquant un climat relativement tempéré à une latitude presque équatoriale. À l'ouest du pays s'allonge un fossé d'effondrement, remblayé au nord (plaine de l'Imbo, de 800 à 1 000 m), occupé au sud par le lac Tanganyika (profond de 1 400 m). Ce bassin encaissé est assez chaud et sec : Bujumbura reçoit seulement 840 mm de pluies par an, et la saison sèche dure de mai à septembre. Cette zone basse est dominée par une chaîne qui atteint 2 670 m au mont Heba et sépare les bassins du Congo (dans lequel se déverse le lac Tanganyika par l'intermédiaire de la Lukuga) et du Nil (dont le Burundi possède la source la plus méridionale). Le versant est s'abaisse lentement jusqu'à 1 500 m, en plateaux étages, irréguliers, accidentés par des lignes de crêtes et les vallées des rivières coulant vers le nord-est. Les plateaux s'interrompent au-dessus de régions déprimées, lacustres ou marécageuses : Bugesera au nord-est, Kumoso au sud-est (1 200-1 400 m). Abondantes sur les hauteurs, les précipitations diminuent avec l'altitude et n'atteignent pas 1 100 mm dans la vallée de la Malagarasi. La végétation forestière, qui associe feuillus et conifères, a reculé sous l'action du défrichage et du surpâturage, et ne subsiste que sur les plus hautes terres. L'herbe domine : prairies d'altitude, savanes boisées ; mais on trouve aussi des bambous et surtout des plantations d'eucalyptus.

La densité moyenne de la population, de l'ordre de 300 habitants par km2, y est très élevée. Mais le plateau central, dont le climat tropical, tempéré par l'altitude, permet au moins deux récoltes par an, connaît des densités particulièrement fortes, pouvant dépasser 400 habitants par km2. La population se répartit entre deux groupes, l'un majoritaire, les Hutus, l'autre minoritaire, les Tutsis. Le dynamisme démographique se traduit par une croissance annuelle de 3 % et un indice de fécondité de 4,7 enfants par femme. Le taux d'urbanisation est l'un des plus faibles d'Afrique subsaharienne et concerne à peine 10 % d'une population vivant en habitat dispersé sur les « collines ». Ces aspects démographiques ne sont pas les seuls traits communs aux Burundais : ils parlent la même langue, le kirundi, et sont, à une écrasante majorité (85 %), chrétiens, et plus particulièrement catholiques.

Le pays est pauvre. L'agriculture vivrière domine (manioc, maïs, banane plantain, tubercules, haricots), qu'accompagne un petit élevage de chèvres et de poulets. La pêche dans le lac Tanganyika et dans les lacs intérieurs est active. Les bovins, qui ont joué un rôle historique considérable, sont en régression. Les nécessités de la survie quotidienne, mais aussi l'enclavement du pays font que les cultures d'exportation ne se sont pas développées autant que le permettraient les aptitudes naturelles du pays (le café et le thé du Burundi sont parmi les meilleurs du monde). Le secteur secondaire est représenté par quelques industries de biens de consommation et par des activités « informelles » comme la fabrication de bière et d'alcool de banane ou encore le bâtiment. Ravagée par une guerre civile qui a fait en dix ans plus de 200 000 morts et 15 % de réfugiés hors du pays, l'économie est totalement désorganisée.

HISTOIRE

1. La période précoloniale

Comme au Rwanda voisin, l'histoire du Burundi est marquée par l'existence d'un royaume ancien, préexistant à la période coloniale, et dont les frontières ont été à peu près conservées. Il s'est implanté à partir du xvie siècle ou du xviie siècle sur un territoire peuplé dès le premier millénaire avant J.-C. C'était une monarchie de droit divin, très structurée, peu ouverte sur l'extérieur. Les mwamis (rois) successifs vont élargir le pays par des conquêtes réalisées aux dépens des royaumes voisins et consolider leur pouvoir en s'appuyant sur la caste aristocratique des Baganwas, appartenant souvent à la famille royale. De cette époque date la distinction entre Tutsis, aristocrates éleveurs, et Hutus, agriculteurs. Mais la frontière entre les deux groupes n'est pas étanche : un Hutu acquérant un troupeau devient tutsi.

2. La période coloniale

2.1. La suprématie allemande

Un poste militaire allemand est établi en 1899 à Usumbura (la future Bujumbura) qui va permettre de conquérir un royaume affaibli par des querelles dynastiques et les raids esclavagistes venus de Zanzibar. Le traité de Kiganda, signé le 6 juin 1903 avec le mwami Mwezi Gisabo, consacre la suprématie allemande. Celle-ci est particulièrement brève, puisqu'elle s'effondre en 1916, en pleine Grande Guerre, devant des troupes venues du Congo belge voisin.

2.2. Le Ruanda-Urundi et la création du mythe tutsi

La Société des Nations (SDN) entérine cette situation et mandate la Belgique pour administrer le Ruanda-Urundi, qui va être rattaché au Congo belge en 1925, tout en conservant une certaine autonomie. La colonisation, très dure au début, fait jouer un rôle essentiel aux missions catholiques, qui se sont implantées dans l'ensemble du pays.

L'organisation traditionnelle, maintenue, est affaiblie, et surtout dénaturée. Les Belges favorisent l'aristocratie tutsie, dont on réinvente l'histoire en lui attribuant une origine nilotique plus que discutable. À partir de 1945, la pression de l'ONU conduit le colonisateur à instaurer une certaine démocratisation, qui bénéficie surtout aux Tutsis, dont le principal parti, l'Uprona (Unité pour le progrès national), est fondé par le fils aîné du mwami, le prince Rwagasore.

Le destin du Burundi se sépare alors de celui du Rwanda, où les Hutus s'apprêtent à renverser la monarchie tutsie. La marche vers l'indépendance suit cependant une voie moins mouvementée qu'au Rwanda, malgré l'assassinat, en octobre 1961, du prince Rwagasore, chef du gouvernement. Le royaume du Burundi accède à la souveraineté nationale le 1er juillet 1962.

3. Le Burundi indépendant

3.1. La chute de la royauté

Dans un contexte régional marqué par la violence, le vieux roi Mwambutsa – il règne depuis 1915 – doit faire face à un développement des antagonismes politiques et économiques, qui prennent de plus en plus une forme ethnique. Alors que la Constitution de 1962 en fait un monarque qui règne mais ne gouverne pas (à l'image de la Constitution belge), il s'oppose au gouvernement et à l'Assemblée.

En octobre 1965, une tentative de coup d'État est menée par des officiers hutus, et donne le signal de massacres de Tutsis. La répression ordonnée par le roi est sévère et son image en pâtit. En juillet 1966, Mwambutsa est déposé par son fils, qui prend le nom de Ntaré V. Ce dernier ne reste au pouvoir que cinq mois : il est renversé par le capitaine Michel Micombero le 28 novembre qui proclame la république.

3.2. Les dictatures

Le nouveau chef de l'État, également président du Conseil national de la révolution (CNR), met en place un régime autoritaire, dont les rouages sont placés sous le contrôle des Tutsis et de leur parti, l'Uprona, devenu parti unique. En 1972, l'arrestation puis la mort, dans des conditions obscures, de l'ex-roi Ntaré V contribue à exacerber un climat de violences ethniques qui va durer plus d'un an et faire entre 100 000 et 300 000 morts. Quelque 200 000 Hutus se réfugient en Tanzanie, au Rwanda et au Zaïre.

Michel Micombero est renversé le 1er novembre 1976 par le lieutenant-colonel Jean-Baptiste Bagaza, qui, après avoir tenté de mettre en œuvre une politique de réconciliation nationale, en allégeant notamment les contraintes pesant sur les paysans, s'attaque violemment à la très puissante Église catholique et pratique un pouvoir de plus en plus personnel et policier. Il est à son tour écarté du pouvoir le 3 septembre 1987 par le major Pierre Buyoya, d'origine tutsie.

3.3. Les années Buyoya (1987-1993)

La première décision du nouveau pouvoir est de prendre des mesures d'apaisement dans le conflit avec l'Église, puis, après une nouvelle flambée de violences ethniques en août 1988 (30 000 morts, 60 000 réfugiés), de nommer un Premier ministre et des ministres hutus. Pierre Buyoya acquiert de ce fait une réputation de dirigeant modéré, que vient confirmer, à partir de 1990, son acceptation loyale de nouvelles règles du jeu démocratiques.

La Constitution de 1992 établit la séparation des pouvoirs et restaure le multipartisme. Des élections présidentielles sont organisées le 1er juin 1993 et donnent la victoire à Melchior Ndadaye, candidat du Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu), à dominante hutue. P. Buyoya se retire, respectant la décision des urnes.

3.4. La guerre civile (1993-2001)

Son attitude n'est malheureusement pas suivie par la majorité des cadres tutsis qui dirigent l'armée. Une première tentative de coup d'État a lieu dès le début de juillet 1993. Une seconde, lancée le 21 octobre, n'aboutit pas non plus à restaurer le pouvoir tutsi, mais s'accompagne de l'assassinat du président Ndadaye. Une flambée de violences embrase alors le pays, faisant à nouveau des dizaines de milliers de morts et poussant des dizaines de milliers de Burundais sur la route de l'exil. Des responsables politiques hutus, entrés en clandestinité, prennent les armes et fondent en septembre 1994 le Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD) qui, avec sa branche armée les Forces de défense de la démocratie (FDD), est appelé à devenir la principale rébellion burundaise. Celle-ci, cependant est bientôt en proie aux dissensions et aux exclusions qui donneront naissance à deux factions rivales principales : le CNDD présidé par Léonard Nyangoma, l’un de ses fondateurs et chefs historiques, et le CNDD-FDD de Pierre Nkurunziza, qui s’imposera.

Le drame connaît d'autres épisodes. Le nouveau président, Cyprien Ntaryamira (Frodebu), élu en janvier 1994, est tué le 6 avril suivant dans l'attentat qui coûte aussi la vie au président rwandais Habyarimana, dont l'avion est abattu au-dessus de l'aérodrome de Kigali. Son successeur, Sylvestre Ntibantuganya (Hutu et membre du Frodebu), ne parvient pas à affirmer son autorité face aux extrémistes des deux camps ni à ramener le calme dans le pays ; il est renversé le 25 juillet 1996 par les militaires tutsis.

Ces derniers choisissent de porter à la tête de l'État l'ex-président P. Buyoya, dont ils espèrent que la bonne image rassurera l'opinion internationale. Il n'en est rien : les pays de la région (Zaïre [devenu République démocratique du Congo], Kenya, Rwanda, Ouganda, Tanzanie, Éthiopie, Érythrée, Zambie) décrètent un embargo contre le Burundi (il sera assoupli en 1997 et finalement levé en 1999), et l'OUA comme l'ONU condamnent le putsch.

La situation intérieure se radicalise. L'opposition légale boycotte les initiatives du président, et une puissante rébellion armée hutue – en liaison avec les milices rwandaises Interahamwe, responsables du génocide de 1994 – mène d'impitoyables raids dans le pays, entraînant une aggravation de la répression par l'armée et la mise en place, à partir de 1996, par les autorités burundaises d'une politique systématique de regroupement dans des camps, où sont retenus quelque 500 000 paysans hutus arrachés à leur terre dans le but de priver la rébellion de soutien populaire.

Avec le changement de pouvoir survenu à Kinshasa en mai 1997, la rébellion hutue burundaise perd une base arrière dans la province ex-zaïroise du Sud-Kivu, mais elle en trouve une autre en Tanzanie, où 200 000 Hutus se sont réfugiés. Cette alliance suscite de nouvelles tensions entre le Burundi et la Tanzanie, Bujumbura accusant Dar es-Salaam de soutenir la rébellion hutue contre l'armée burundaise. En octobre 1997, des incidents armés éclatent à la frontière burundo-tanzanienne. Le gouvernement tanzanien tente, pour sa part, d'amener le régime du major P. Buyoya à négocier avec les mouvements hutus, qui, en janvier 1998, mènent une attaque meurtrière contre l'aéroport de Bujumbura.

Le 15 juin 1998, des pourparlers de paix interburundais, réunissant le gouvernement, l'opposition hutue et tutsie ainsi que trois mouvements de la rébellion hutue, s'ouvrent à Arusha sous la médiation de l'ex-président tanzanien, Julius Nyerere. Un cessez-le-feu est signé le 21 juin 1998 par 17 factions rebelles. Depuis juin 1999, il est constamment violé dans la région de Bujumbura où sont organisées de nouvelles opérations de regroupement dans des camps : 800 000 paysans hutus, dont 350 000 autour de la capitale, ont été « regroupés ».

3.5. Les accords d'Arusha

Un nouveau cycle de négociations est ouvert à Arusha en février 2000 par l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, désigné médiateur à la suite du décès de J. Nyerere survenu en octobre 1999. Treize des dix-neuf parties impliquées signent, le 28 août 2000, un accord de paix et de réconciliation. Toutefois, en l'absence de cessez-le-feu, les branches armées des parties non signataires de l'accord poursuivent les combats.

Il faut attendre le 10 juillet 2001 pour qu'intervienne un nouvel accord sur l'organisation de la période de transition. Celle-ci prévoit deux périodes de dix-huit mois et une alternance au sommet du pouvoir entre un président tutsi et un président hutu à l'issue de la première période. Elle commence officiellement le 1er novembre 2001 sous la direction d'un président tutsi, P. Buyoya, et d'un vice-président hutu, D. Ndayizeye. En vertu de cet accord, un gouvernement de transition et d'union nationale est mis en place : sur 26 ministres, 14 sont issus de partis dominés par les Hutus, 12 de partis dominés par les Tutsis.

Le 3 décembre 2002, un accord de cessez-le-feu est signé entre P. Buyoya et le CNDD-FDD de Pierre Nkurunziza. Les Forces nationales de libération (FNL), deuxième mouvement rebelle hutu, refusent de s'associer à l'accord et poursuivent leur guérilla.

3.6. Première alternance pacifique

En vertu des accords de paix d'Arusha, P. Buyoya cède le 30 avril 2003 le pouvoir au vice-président hutu D. Ndayizeye : ce dernier assume la phase transitoire au cours des 18 mois suivants. Les FNL, restées en marge du processus de paix et identifiant le gouvernement hutu comme leur principal obstacle vers le pouvoir, exigent sa démission et reprennent en juillet leur offensive sur Bujumbura. En revanche, les FDD de P. Nkurunziza signent (novembre 2003) avec le gouvernement un accord de paix « global » qui prévoit leur participation au gouvernement après leur transformation en parti politique et leur intégration dans l'armée régulière ; cette dernière clause est l'une des plus délicates du processus de paix, la direction de l'armée étant à la fois un monopole des Tutsis, une source de prébendes, mais aussi une garantie ultime pour cette ethnie.

Afin de sécuriser cette phase décisive du processus de paix, la Mission des Nations unies au Burundi (MONUB), forte de 5 650 Casques bleus, remplace, en juin 2004, la force de protection africaine qui, grâce au déploiement de ses 2 700 soldats, a permis depuis la fin de l'année 2003, une relative pacification du pays.

Une étape importante du processus de transition est franchie le 6 août 2004 avec la signature d'un accord de partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis dans les futures institutions de l'État à la fin de la période de transition prévue le 31 octobre. Cependant, ni l'Uprona, ni les FNL ne signent l'accord, et le massacre de 160 réfugiés banyamulenges (Tutsis rwandophones de la République démocratique du Congo), perpétré le même mois par des FNL avec le soutien de rebelles congolais et d'extrémistes hutus rwandais dans le camp de Gatumba, attise les tensions interethniques et constitue un sérieux revers pour le processus de paix.

En février 2005, les Burundais sont appelés à approuver par référendum une nouvelle Constitution, répartissant plus équitablement le pouvoir entre les deux principales ethnies. Cette consultation entame une série de scrutins destinés à renouveler entièrement les institutions du pays et à mettre un terme définitif à la guerre civile. L'ancienne rébellion hutue, les FDD de P. Nkurunziza, représentée par son aile politique, s'impose dès lors comme l'un des principaux acteurs politiques en obtenant la majorité absolue aux élections communales du 5 juin 2005, avec 62,9 % des voix, contre 20,5 % pour le Frodebu et seulement 5,3 % pour l'Uprona. Le CNDD-FDD, majoritairement hutu, dispose désormais de la majorité absolue dans 11 des 17 provinces du pays. Il remporte également les élections législatives et sénatoriales et sa victoire est couronnée, le 19 août 2005, par l'élection de P. Nkurunziza, à la présidence de la République par le Parlement.

En mars 2007, l'arrestation de Hussein Radjabu, ex-leader du CNDD-FDD, provoque une crise institutionnelle : à la suite de l'entrée en dissidence d'une vingtaine de députés CNDD-FDD, privant le chef de l'État de sa majorité à l'Assemblée nationale, le Frodebu s'en retire également. Menacé de destitution, le président Nkurunziza remanie le 13 juillet le gouvernement, aussitôt contesté par l'Uprona et le Frodebu. Finalement, le 14 novembre est mis en place un nouveau gouvernement d'union nationale, incluant des membres du Frodebu et de l'Uprona. Le Burundi rejoint, avec le Rwanda, la Communauté est-africaine (EAC, qui regroupe l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie) en juin 2007.

L'accord global de cessez-le-feu, signé en septembre 2006, entre le gouvernement burundais et le dernier groupe armé rebelle – le parti pour la libération du peuple hutu-Forces nationales de libération (Palipehutu-FNL) – permet de ramener une paix relative. Après de nombreux blocages, le 4 décembre 2008, le Palipehutu-FNL renonce à son appellation et son chef, Agathon Rwasa, accepte de rassembler ses combattants afin d'entamer leur désarmement et leur démobilisation. En avril 2009, après l'intégration d'une partie de leurs hommes dans l'armée et la police nationale, les FNL ont définitivement renoncé aux armes et se sont transformées en parti politique.

Le 28 juin 2010, le président sortant P. Nkurunziza remporte aisément la première élection présidentielle au suffrage universel direct avec 91,6 % des voix (taux de participation : 77 %). Mais le retrait des six candidats de l'opposition qui contestent la victoire du CNDD-FDD lors des élections communales du 24 mai, entachées selon eux de fraudes massives, rend sa victoire toute relative. La vague de violences qui a fait 12 morts et plus de 70 blessés témoigne de la fragilité de la situation. En juillet, le CNDD-FDD remporte les élections législatives également boycottées par la plupart des partis d’opposition qui tentent par la suite de se fédérer au sein de l’Alliance démocratique pour le changement (ADC-Ikibiri). La situation sociale et politique se détériore au cours des années suivantes malgré la médiation des Nations unies et de l’ONG « Initiatives et Changement » (notamment en 2012) en vue de faciliter le dialogue entre le pouvoir et l’opposition. La dérive autoritaire du régime marquée par des atteintes à la liberté d’expression et à l’indépendance de la justice, s’accompagne ainsi de la reprise sporadique de la violence politique, la politique de restitution des terres aux quelque 550 000 réfugiés rapatriés de Tanzanie tendant par ailleurs à réactiver les oppositions à connotation ethnique.

3.7. Les échéances électorales de 2015 et la montée des tensions

La mise en œuvre consensuelle des accords d’Arusha et la préparation des échéances électorales de 2015 s’avèrent un échec. À partir de la fin avril 2015, la décision du président sortant de se représenter à l’élection présidentielle prévue en juin provoque d’importantes manifestations à l’appel du collectif « Halte au troisième mandat », regroupant, au-delà du clivage ethnique, de très nombreuses associations de la société civile et deux centrales syndicales. Le report des élections législatives et communales est également exigé.

L’opposition politique se joint à la contestation au sein du mouvement Arusha. Celle-ci reste cependant toujours très divisée, affaiblie par les pressions et manœuvres exercées par le pouvoir, ainsi que par les ambitions personnelles.

Certains de ses chefs, comme Léonard Nyangoma (président du CNDD oppositionnel, réfugié en Belgique depuis 2010), sont encore en exil, tandis que les grandes formations sont toujours en proie aux rivalités : malgré une volonté de réunification, le Frodebu est scindé depuis 2008 entre la fraction Sahwanya Frodebu de Léonce Ngendakumana et le Frodebu-Nyakuri de Jean Minani ; au sein de l’Uprona, la nouvelle direction s’oppose à Charles Nditije depuis l’éviction de ce dernier (par le ministère de l’Intérieur) de la présidence du parti en 2014. Il en est de même des FNL, partagées entre une aile officielle reconnue par le pouvoir et celle menée par son chef historique, Agathon Rwasa. Ces deux derniers leaders semblent toutefois prêts à s’allier.

La situation politique se détériore au fil des semaines avec l’accentuation de la dérive autoritaire du président, la menace d’une ethnicisation du conflit entretenue par le cercle présidentiel et de violents affrontements entre forces de sécurité et manifestants qui font plusieurs morts à Bujumbura. Tandis que la Ligue des jeunes du CNDD-FDD (Imbonerakure) est accusée de s’être constituée en milice armée suspectée de commettre des exactions et d’intimider la population, des milliers de Burundais, craignant la renaissance des violences passées, commencent à fuir le pays.

Pendant que les chefs d’États de la région se réunissent le 13 mai en Tanzanie avec P. Nkurunziza pour tenter de trouver une issue à la crise, une tentative de putsch avortée orchestrée par le général Godefroid Niyombare (ex-chef d’état-major, ex-responsable des services de renseignement et ancien allié du président) révèle les fissures au sein du régime et la gravité des dissensions.

À la fin du mois, un nouveau sommet à Dar es Salam se conclut par un appel au dialogue, une exigence réitérée à l’issue d’un sommet de l'UA les 14-15 juin à Johannesburg. Ne voulant rien céder quant au calendrier électoral et la candidature du président sortant, le pouvoir s’engage dans une épreuve de force avec l’opposition dont la plupart des formations boycottent de nouveau les élections législatives, communales (29 juin) et présidentielle (21 juillet) organisées dans des conditions vivement critiquées notamment par l’ONU, l'UE et par la mission d’observation de la Communauté est-africaine.

La réélection de P. Nkurunziza avec 69,41 % des voix, devant A. Rwasa, seul opposant ayant accepté de maintenir sa candidature, est contestée par ce dernier qui accepte cependant de siéger à l'Assemblée dont il est élu vice-président dans l'attente d’une reprise des négociations. Cette décision, considérée par certains comme un ralliement au régime, accentue les divisions au sein de l’opposition qui se réunit pourtant à Addis Abeba pour tenter de se fédérer au sein d’un Conseil national pour le respect de l'accord d'Arusha et la restauration d'un État de droit au Burundi (Rnarec) dont la présidence est confiée à L. Nyangoma.

L’assassinat dans un attentat, le 2 août, du général Adolphe Nshimirimana, chef redouté de la sécurité intérieure et considéré comme le bras droit du président, suivi de celui d’un ancien chef d'état-major de l'armée burundaise, aggrave de plus belle les tensions faisant craindre une reprise de la guerre civile.