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Gabon

Nom officiel : République gabonaise

Carton de situation - Gabon
Drapeau du Gabon
Drapeau du Gabon

État d'Afrique centrale baigné à l'ouest par l'océan Atlantique, le Gabon est limité au sud et à l'est par le Congo, au nord par le Cameroun et au nord-ouest par la Guinée équatoriale.

  • Superficie : 268 000 km2
  • Nombre d'habitants : 1 672 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Gabonais
  • Capitale : Libreville
  • Langue : français
  • Monnaie : franc CFA
  • Chef de l'État : Ali Bongo
  • Chef du gouvernement : Daniel Ona Ondo
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 14 mars 1991
    • Entrée en vigueur : 26 mars 1991
    • Révisions : mars 1994, septembre 1995, avril 1997,octobre 2000, août 2003
Pour en savoir plus : institutions du Gabon

GÉOGRAPHIE

Vaste comme la moitié de la France et correspondant au bassin de l'Ogooué, le Gabon est un pays peu peuplé, au climat équatorial, chaud et humide. Il est recouvert par la forêt dense, dont l'exploitation constitue une ressource importante, à côté des industries extractives (uranium, manganèse, fer et, surtout, pétrole, base des exportations, mais aujourd'hui en déclin).

1. Le milieu naturel

1.1. Le relief

Sur la majeure partie du territoire affleure le vieux socle africain constitué de granites ou de roches plus ou moins métamorphisées. La pénéplaine granito-gneissique qui avait nivelé l'ensemble a subi une érosion vigoureuse ; d'où un relief assez confus, où s'opposent des formes lourdes de plateaux ou des sommets arrondis, et des vallées aux versants raides en aval des rapides et des chutes. L'altitude se tient généralement entre 500 et 800 m sur le plateau du Woleu-N'Tem et dans le haut Ivindo : l'énorme batholite de granit des monts Du Chaillu, au sud, approcherait 1 600 m au mont Iboundji. À l'est de Franceville, les sables Batéké, modelés en plateaux et en collines, recouvrent les roches anciennes. La bordure occidentale du socle se relève au nord-ouest en bourrelet (les monts de Cristal) et au sud-ouest en une série de crêtes appalachiennes (le Mayombe). Les terrains anciens disparaissent sous les sédiments secondaires et tertiaires du bassin côtier, dont les collines basses et les plaines marécageuses s'achèvent sur un littoral varié.

Au nord du cap Lopez, le littoral est découpé par de grandes baies ou finissent de courts fleuves à estuaire (baie de Corisco, baie du Gabon, baie de Port-Gentil).

Au sud du cap Lopez, les rivages sont rectilignes, peu hospitaliers, et une série de flèches sableuses ont isolé de multiples lagunes (dont Fernand-Vaz et Setté-Cama).

1.2. Le climat

Traversé par l'équateur, le Gabon a un climat chaud, où les températures sont régulières (Libreville : 26,6 °C ; amplitude annuelle moyenne : 2,7 °C). Si les maximums restent modérés, l'humidité atmosphérique est constamment élevée ; les pluies sont presque partout supérieures à 1,50 m (1,67 m à Mékambo ; 2,70 m à Libreville). Elles sont plus abondantes à l'époque des équinoxes, et une véritable petite saison sèche se dessine entre juin et août. Mais les variations interannuelles sont accentuées, surtout dans l'ouest du pays. La forêt dense, qui couvre 85 p. 100 de la superficie du territoire, offre un aspect classique (étagement de la végétation, multiplicité des espèces, strate herbacée peu abondante) et constitue l'une des grandes richesses du Gabon grâce à ses diverses essences commercialisâmes, en particulier l'okoumé (Aucoumea klaineana). Les savanes paraissent liées à la nature du sol, mais aussi à l'action destructrice des hommes ; elles ne sont étendues que dans le haut Ogooué, le bassin de la Nyanga et le long de la côte.

1.3. L'hydrographie

L'Ogooué (1 200 km), qui prend naissance au Congo vers 800 m d'altitude, a un cours supérieur très accidenté et en pente forte. En aval de Franceville, il décrit une vaste boucle au cours de laquelle son lit se resserre plusieurs fois (« portes de l'Okanda » : 100 m de largeur), passant à Poubara, où se trouve une centrale d'hydroélectricité. Dans le bassin côtier, il se divise en multiples bras reliés à des lacs peu profonds, puis construit un vaste delta maritime où s'est trouvée englobée l'île de Mandji (site de Port-Gentil). Son régime passe par deux maximums, en novembre (7 000 m3/s) et en mai (6 500 m3/s) ; l'étiage est en août-septembre (2 000 m3/s), mais le débit de crue peut dépasser 13 000 m3/s. La navigation permanente cesse à N'Djolé.

Les principaux cours d'eau du Gabon

Les principaux cours d'eau du Gabon

Cours d'eau

Longueur

Débit

Localisation

Ogooué

1 170 km

de 2 000 à 7 000 m3/s (novembre)

 

Ivindo

 

 

Affluent de l'Ogooué (rive droite)

Rio Muni

 

 

Fleuve côtier

2. Un faible peuplement

Le Gabon est l'un des États les moins peuplés d'Afrique centrale, et il n'est pas exclu que les statistiques officielles soient surévaluées. Au moins les trois quarts de la population vivent en milieu urbain, principalement à Libreville et à Port-Gentil, sur la côte, la densité des régions intérieures étant particulièrement faible. Le dynamisme démographique est relativement faible, à l'échelle africaine, avec un taux d'accroissement naturel d'environ 1,6 % par an et un indice de fécondité de 3,3 enfants par femme. L'espérance de vie reste faible (63 ans). La faible densité moyenne du pays, mais surtout l'importance de ses ressources naturelles sont un facteur d'immigration. Les étrangers sont nombreux, particulièrement ceux d'origine africaine. Les Européens, pour leur part, assurent des fonctions d'encadrement et de conseil dans les entreprises comme dans l'Administration.

Quelques peuples du Gabon

Parmi les peuples qui vivent en partie ou en totalité au Gabon figurent les Échiras, les Kotas, les Mitsogos, les Fangs, les Bingas, les Pahouins, les Pygmées, les Tékés.

3. Minerais et pétrole

L'activité économique est totalement dominée par l'exploitation de ressources naturelles destinées à l'exportation. Au bois se sont ajoutés le manganèse et l'uranium, puis le pétrole. Avec une production qui dépasse désormais 11 millions de tonnes, et malgré un coût d'exploitation élevé, ce dernier représente plus des deux tiers des exportations et la moitié au moins des recettes budgétaires, assurant ainsi aux Gabonais l'un des produits national brut par habitant en parité de pouvoir d'achat les plus élevés d'Afrique. Deux autres gisements importants, l'un de phosphate, l'autre de fer, ne sont pas actuellement exploitables compte tenu de la situation du marché mondial. Typiquement rentière, l'économie en a les caractéristiques et les faiblesses : l'agriculture est délaissée (avec, pour conséquence, un recours massif aux importations pour l'alimentation des citadins), le niveau de vie est très dépendant des cours des matières premières, et en premier lieu du pétrole, la dette extérieure a pris des proportions excessives. Du fait de ses caractéristiques physiques, rendant très difficiles l'établissement de voies de communication, le Gabon n'est pas un pays de transit vers l'intérieur du continent, ce qui aurait pu donner naissance à des activités manufacturières et de services. Le développement industriel est limité par l'étroitesse du marché intérieur, mais aussi, en ce qui concerne la valorisation des produits d'exportation, par des coûts de revient trop élevés. Le chemin de fer transgabonais (de Libreville à Franceville) est essentiellement consacré à l'évacuation du minerai de manganèse depuis l'abandon, en 1991, de la voie congolaise.

La production d'hydrocarbures est appelée à rapidement décliner, après avoir atteint son sommet en 1997, faute de nouvelles découvertes significatives, notamment. en offshore profond. Le Gabon devra donc trouver rapidement d'autres ressources. L'exploitation du bois (deuxième secteur économique du pays) offre à cet égard des perspectives prometteuses. Mais la transformation locale (déroulage, sciage, tronçonnage) de la production (okoumé principalement) reste encore faible (25 % seulement des exportations en 2003). La zone franche de l'île Mandji, à Port-Gentil, devrait contribuer à la diversification et à la dynamisation de l'économie, en particulier dans le domaine industriel (bois et dérivés du pétrole principalement). Le volontarisme économique du pays se manifeste par une diversification de ses activités, notamment dans le secteur du développement durable, des infrastructures, dans le secteur tertiaire et la santé.

Après les États-Unis et l'Union européenne, la Chine est devenue le troisième client du Gabon, la France restant son premier fournisseur.

Le site du Gabon classé à l'Unesco

L'écosystème et le paysage culturel relique de Lopé-Okanda est inscrit sur la liste du patrimoine de l'Unesco depuis 2007.

HISTOIRE

1. Période précoloniale

Les quelques découvertes préhistoriques attestent l'ancienneté de la présence humaine ; mais l'histoire reste peu connue jusqu'au xve s. L'ensemble du groupe myènè ou « myénisé » s'installe à une date indéterminée dans l'arrière-pays, habité probablement par des Pygmées. Lorsque les Portugais apparaissent (1471 ou 1473), la côte est occupée par différents clans myènès, les Mpongwés dans l'estuaire du Gabon, les Oroungous au cap Lopez, la région au sud du cap Sainte-Catherine appartenant, semble-t-il, à la zone d'influence du royaume de Loango.

2. Les Européens et la traite

Basés dans les îles du Prince et de São Tomé, les Portugais abandonnent le commerce (ivoire contre armes et métaux) aux marins hollandais à la fin du xvie s. Le xviie s. semble avoir été troublé par des guerres intestines (subordination du cap Lopez au Mani Pongo). Le début du xviiie s. voit les Oroungous imposer leur contrôle sur la partie sud de la côte. Plus pacifiquement, de nouveaux clans mpongwés s'installent dans l'estuaire au cours du xviiie s., dont sortiront les rois célèbres du xixe s., Georges, Denis, Qaben, Louis, Glass, qui traiteront avec les Français de plus ou moins bon gré.

La traite des Noirs semble n'avoir débuté que dans la seconde moitié du xviiie s. pour connaître son apogée au début du xixe s., malgré l'arrêt précoce des opérations britanniques. Les esclaves, comme le bois, l'ivoire, le caoutchouc, sont collectés à l'intérieur par l'intermédiaire des Sekianis, des Bakalais, puis, plus tard, des Fangs ; mais le commerce de l'estuaire reste entre les mains des Mpongwés, intermédiaires obligatoires et prospères, comme celui du cap Lopez passe par les Oroungous, contrés un temps par les Nkomis du Fernan Vaz et dont la capitale est Sangatanga.

La lutte contre la traite n'est entreprise sérieusement qu'à partir de 1845, à l'initiative des Français, qui viennent d'établir des liens officiels avec les royaumes de l'estuaire.

Pour en savoir plus, voir l'article traite des Noirs.

3. La colonisation française

Le capitaine de vaisseau Bouet-Willaumez signe en 1839 un traité avec le roi Denis, puis en 1842 avec le roi Louis sur la rive droite. Le premier établissement permanent est créé en 1843, mais l'opposition de Glass entraîne des troubles jusqu'en 1845. Libreville est fondée en 1849 avec des esclaves libérés, et le roi des Oroungous signe en 1862 un traité de protectorat. Le petit comptoir de Libreville devient avec Brazza (exploration de l'Ogooué de 1875 à 1878) la tête de pont de la politique expansionniste française en Afrique centrale. Parallèlement, la progression des Fangs, qui atteignent la mer vers 1890-1900, repousse vers la côte les nombreux groupes mpongwés ou autres, aujourd'hui isolés dans la masse pahouine.

Constitué en colonie en 1886, le Gabon est ensuite lié au Congo français (1888) et redevient colonie en 1910, au sein de l'Afrique-Équatoriale française. Rallié à la France libre en 1940, il devient en 1958 République, membre de la Communauté française, puis totalement indépendant en 1960.

4. L'indépendance et l'intervention française

Le premier président de la République (et chef du gouvernement) est Léon M'Ba, fondateur en 1946 du Bloc démocratique gabonais (BDG). Il élimine en 1963 l'autre formation politique notable, l'Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG), et décide, au début de 1964, la dissolution de l'Assemblée nationale. Il s'ensuit le 18 février un coup d'État avec la création d'un Comité révolutionnaire dirigé par le chef de l'UDSG, Jean Hilaire Aubame.

L'intervention immédiate des troupes françaises rétablit le président M'Ba. Malgré le succès relatif de l'opposition aux élections d'avril 1964 (44 % des suffrages), M'Ba est de nouveau porté à la présidence en mars 1967, et le parti gouvernemental, seul à présenter des candidats, l'emporte par 99 % des suffrages. M'Ba meurt en novembre, non sans avoir préparé sa succession par la création d'un poste de vice-président, auquel est élu son chef de cabinet, Albert-Bernard Bongo, en mars 1967.

5. Le long règne d'Omar Bongo Ondimba : 1967-2009

À la mort de M'ba, le 28 novembre 1967, Albert-Bernard Bongo, âgé de 32 ans, devient le plus jeune chef d'État au monde.

Le nouveau président met rapidement en place un État dont il peut contrôler les moindres rouages : la fonction de vice-président est supprimée, le multipartisme disparaît avec la fondation d'un parti unique en mars 1968, le parti démocratique gabonais (PDG), les opposants sont soit exilés soit emprisonnés. L'explosion des prix du brut, fin 1973, ouvre douze années de prospérité. Jusqu'en 1990, les élections présidentielles et législatives feront l'objet de votes unanimes. La principale innovation est la création d'un poste de Premier ministre en 1975 et, en 1980, l'institution pour les législatives d'un système électoral à deux tours, qui permet un certain renouvellement de la classe politique. En 1981, est créé clandestinement le Mouvement de redressement national (Morena), dirigé par le Père Paul M'Ba Abessole qui forme, en 1985, à Paris, un gouvernement en exil.

Le retournement de la conjoncture économique en 1986 est le point de départ d'un mécontentement social croissant, sur lequel se greffent, à partir de 1989, des revendications politiques. Habile tacticien, le président Omar Bongo (son nouveau nom depuis sa conversion à l'islam en 1973 et auquel il ajoutera, en 2003, celui de son père, Ondimba) choisit la conciliation et joue sur les divisions de ses adversaires. Il autorise le retour du Père Abessole en 1988 et le rencontre à plusieurs reprises, ce qui vaut pour le fondateur du Morena d'être exclu de son propre parti (il crée alors le Morena-bûcherons, renommé en 1991 Rassemblement national des bûcherons, RNB). En mars-avril 1990 se déroule une Conférence nationale à laquelle participent 74 partis, et le gouvernement est ouvert à des membres de l'opposition. À la fin de l'année, des élections législatives multipartites, tenues dans la plus grande confusion, donnent une légère victoire au PDG, bientôt renforcée par ses succès aux élections partielles. C'est cette assemblée qui adopte, en mars 1991, à l'unanimité, la nouvelle Constitution.

La réélection d'Omar Bongo en décembre 1993 est contestée par l'opposition. Le Père Abessole se proclame vainqueur, divers partis forment un « haut conseil de la résistance » (HCR) ; la crise politique est finalement surmontée avec la conclusion des accords de Paris (octobre 1994). En décembre 1996, le PDG conserve la majorité à l'Assemblée, mais les deux villes principales du pays lui échappent – le Père Abessole est élu maire de Libreville. En 1998, le président Bongo est reconduit pour un nouveau mandat de sept ans, sans que l'opposition, victime de ses divisions, ne soit parvenue à constituer un obstacle sérieux à sa réélection.

Les élections législatives de décembre 2001 sont très largement remportées par le PDG qui obtient la majorité absolue à l'Assemblée. Invitée par le président Bongo à participer à l'exécutif, l'opposition gabonaise intègre pour la première fois le gouvernement en janvier 2002. Le Père Abessole entre dans l'« opposition conviviale » et devient ministre des Droits de l'homme – un portefeuille purement symbolique – avant d'être élevé au rang de vice-Premier ministre en janvier 2002. Le chef de l'État règne sans partage : soutenu par le PDG, ultradominant et les autres partis de la majorité présidentielle, par sa famille omniprésente au sein du gouvernement, de l'administration, de l'économie et des médias, le président Bongo – auquel deux amendements constitutionnels introduits en 2003 ont ouvert la voie d'une présidence à vie et réduit à un seul tour le mode de scrutin –, est aisément réélu en novembre 2005. Ses deux principaux « opposants », Pierre Mamdoundou de l'Union du peuple gabonais (UP.) et Zacharie Myboto, un ancien baron du PDG jusqu'en mai 2005, date à laquelle il a fondé son propre parti, l'Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD), ne recueillent respectivement que 13,6 % et 6,5 % des voix.

Après quarante ans de règne, le bilan est décevant. Sur le plan économique, bien que le Gabon fasse partie des pays à revenus intermédiaires, les indicateurs sociaux y sont comparables à ceux des pays à revenus faibles. En 2004, il est contraint de rééchelonner sa dette bilatérale dans le cadre du Club de Paris avant de négocier, trois ans plus tard, avec le Fonds monétaire international (FMI) un plan de réformes structurelles.

Sur le plan politique, le Gabon contredit l'image de la bonne gouvernance que la France prétend promouvoir en Afrique. Le remaniement ministériel du 28 décembre 2007, promis par le président lors de son discours à la nation (2 décembre) au cours duquel il accusait la classe politique de clientélisme et de cupidité, déçoit la société civile gabonaise qui se mobilise : plusieurs ONG et des associations membres de la plateforme Publiez ce que vous payez, occupant le vide laissé par l'opposition affaiblie, tentent de mettre en difficulté le gouvernement sur des dossiers sensibles. Le décès du président O. Bongo, survenu le 8 juin 2009 à Barcelone, ouvre une période d'incertitude.

6. La politique extérieure

Celle-ci est dominée, depuis l'indépendance, par l'étroitesse des relations avec la France, l'ancienne puissance coloniale, qui possède dans le pays d'importants intérêts, principalement pétroliers.

Mis en place par le général de Gaulle – et régulièrement reconduit par la suite par tous les gouvernements de la Ve République – le système prévoit le soutien politique et militaire indéfectible de la France en échange de l'accès privilégié de ses entreprises aux matières premières stratégiques (pétrole, uranium, manganèse) et au marché intérieur gabonais. En outre, Libreville s'engage à soutenir les initiatives de Paris en Afrique comme aux Nations unies.

Les principaux instruments de cette politique sont la « cellule africaine » de l'Élysée, la compagnie pétrolière nationale Elf et les services secrets. Ainsi, le Gabon d'Omar Bongo, serviteur zélé de cette « Françafrique », s'engage clairement en faveur de la sécession biafraise au Nigeria à la fin des années 1960 et offre son appui à la tentative de renversement de l'afro-marxiste Mathieu Kérékou au Bénin, menée par le mercenaire Bob Denard en 1976.

De ce « pacte » originel, naissent des relations personnelles et clientélistes au plus haut niveau entre certains noyaux politiques, militaires, financiers et économiques français et gabonais, qui se perpétuent au fil des décennies. Cette politique et ces réseaux ne sauraient être remis en cause, comme en témoigne, en mars 2008, à la demande du président Omar Bongo, l'éviction du secrétaire d'État français à la coopération, coupable d'avoir publiquement dénoncé « la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l'incurie des structures administratives défaillantes et la prédation de certains dirigeants ».

Toutefois, au cours des années 2000, la France se retrouve sur la défensive face à l'influence économique grandissante de la Chine et aux ambitions des États-Unis sur le continent africain tandis que la prédominance de ses intérêts (80 % des investissements étrangers au Gabon sont français) est de plus en plus critiquée dans les populations ainsi qu'au sein d'une partie des nouvelles élites africaines.

Membre de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) depuis 1974, le Gabon intègre l'OPEP en 1975 et s'en retire le 1er janvier 1995.

Au plan régional, le Gabon s'est toujours rangé du côté des pays modérés et son président, après s'être impliqué, en 1997 et en 1998, en faveur d'un règlement négocié des crises qui ont secoué les deux Congos, joue un rôle déterminant dans plusieurs différends africains (Tchad, République centrafricaine, Burundi, Darfour au Soudan).

7. Une succession dynastique contestée

À partir du 17 juillet 2009, les candidatures à la succession d'O. Bongo se multiplient tant dans l'opposition que dans l'ancien camp présidentiel.

Au sein même du PDG, plusieurs barons du régime précédent parmi lesquels André Mba Obame, dernier ministre de l'Intérieur, refusent l'investiture d'Ali Bongo, fils du président défunt et ex-ministre de la Défense, et décident de se présenter contre la famille régnante. Mais à l'exception de P. Mamdoundou, dont l'UPG n'a jamais participé au gouvernement et qui réussit à fédérer cinq petits partis au sein d'une Alliance pour la restauration et le changement, les prétendants les plus en vue – qui tous déclarent vouloir rompre avec le passé – sont quelque peu décrédibilisés par leur allégeance ancienne ou récente au pouvoir.

Donné favori et présenté par certains comme le candidat de la France – ce qu'elle nie voulant donner l'image d'une stricte neutralité – le dauphin peut compter sur ses importants moyens financiers et sur le puissant appui du parti, implanté dans l'ensemble du pays à la différence des autres formations politiques moins structurées. La division de l'opposition et la dispersion des voix entre 18 candidats restés finalement en lice après quelques désistements de dernière heure, ne peut a priori que l'avantager dans une élection à un seul tour.

Rejetant les accusations de fraude qui naissent dès la modification du corps électoral (plus de 800 000 inscrits soit environ 200 000 de plus qu'aux précédentes consultations), A. Bongo l'emporte le 30 août avec 41,7 % des suffrages à l'issue d'un scrutin qui ne mobilise cependant qu'environ 45 % des électeurs. L'annonce de ces résultats entraîne d'importantes protestations dans les principales villes du pays en particulier à Port-Gentil, fief de l'opposition et capitale économique du pays, où les intérêts français sont pris pour cibles et où les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre font plusieurs morts.

Entérinée par plusieurs États, dont la France, mais contestée par l'opposition qui dépose un recours en annulation, cette victoire est validée à deux reprises par la Cour constitutionnelle qui, après recomptage des voix, confirme la victoire d'Ali Bongo devant P. Mamdoundou (25,6 %) et A. Mba Obame (25,3 %).

Investi le 16 octobre, le président reconduit Paul Biyoghé Mba à la direction d'un gouvernement resserré de trente membres, issus pour la plupart du PDG dont douze précédents ministres maintenus à des postes clés. Depuis, il affiche sa volonté de rompre avec les pratiques du passé et de lutter plus particulièrement contre la corruption. La signature, en février 2010, de nouveaux accords de défense semble témoigner d’une évolution des relations franco-gabonaises vers davantage de transparence. Le Gabon – par ailleurs invité avec douze autres États africains francophones à participer au défilé du 14 juillet en l’honneur du 50e anniversaire de leur indépendance – aborde ainsi une transition en douceur dans le cadre du partenariat « rénové » avec l’Afrique esquissé par Nicolas Sarkozy en juin lors du 25e sommet France-Afrique à Nice.

8. Le « Gabon émergent » d’Ali Bongo

Se donnant pour ambition de faire du Gabon un pays émergent à l’horizon 2025, Ali Bongo veut favoriser une diversification de l’économie qui reposerait sur l’industrie, l’environnement et les services. Dans un souci affiché de « bonne gouvernance », plusieurs réformes sont lancées dans le domaine administratif (introduction des « contrats d’objectifs et de performances », création d’une nouvelle « Direction Générale du Contrôle des Ressources et des Charges Publiques », commande d’un audit sur la gestion du secteur pétrolier…).

Des investissements sont réalisés pour l’amélioration des infrastructures en eau, électricité et réseaux de transport (routes, chemin de fer Transgabonais) ; les secteurs de la santé et de l’éducation reçoivent prioritairement l’attention des pouvoirs publics ; des zones économiques spéciales sont revitalisées ou créées (Port-Gentil, Nkok) afin d’attirer les investissements étrangers, la préparation de la Coupe d’Afrique des nations 2012 étant le grand chantier de l’année 2011. Un Programme Agricole de Sécurité Alimentaire de Croissance (PASAC) est adopté… Autant de projets mis en avant par le pouvoir à l’occasion des conseils des ministres « délocalisés » dans différentes provinces du pays et à la veille des élections législatives.

Ces dernières sont finalement organisées en décembre 2011 après un projet avorté de report en vue de l’introduction de cartes d’électeurs avec données biométriques susceptible de mieux garantir la transparence du scrutin. L’opposition, qui proteste contre son abandon par le Conseil constitutionnel, est cependant affaiblie par la dissolution de l’Union nationale en juillet (une sanction adoptée contre son chef A. Mba Obame pour s’être autoproclamé vainqueur de l’élection de 2009) et par le décès de P. Mamdoundou en octobre. Elle affronte ces élections en ordre d’autant plus dispersé que le boycott prôné par une partie de ses représentants, réunis dans le collectif « Ça suffit comme ça ! », ne fait pas l’unanimité.

Selon les chiffres officiels publiés par la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cénap), le scrutin se solde par la victoire écrasante du PDG (114 sièges sur 120) et un taux de participation de 34,28 % – conforme à l’abstention habituellement observée au Gabon : des résultats rejetés par les partis d’opposition ayant appelé au boycott.