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Corée

en coréen Choson (« Pays du matin calme »)

Péninsule comprise entre la mer du Japon (dite ici mer de l'Est) et la mer Jaune, partagée en deux unités politiques : la Corée du Nord et la Corée du Sud.

  • Population : 74 158 000 hab. (estimation pour 20013)

GÉOGRAPHIE

1. Le milieu naturel

1.1. Le relief

La forme de la péninsule exprime le jeu, à l'ère secondaire, de fractures parallèles et normales à des plis très anciens et déjà pénéplanés. À la fin du tertiaire et au début du quaternaire, des épanchements basaltiques ont surgi dans le nord, où ils définissent une partie du relief actuel. Celui-ci oppose deux régions montagneuses à une zone de collines qui forme le cœur du pays. Le sud de la péninsule est un énorme bloc basculé en pente douce vers l'ouest, redressant à l'est des hauteurs tombant à pic sur la mer du Japon. Des lambeaux de plates-formes granitiques donnent parfois des sommets arrondis et pelés, une érosion plus intense déchiquetant ailleurs ceux-ci en pics et en gorges (monts du Diamant). Ce système s'abaisse vers l'ouest en zones de collines, où s'élargissent progressivement des plaines alluviales (de Kunsan surtout, au sud de Séoul). Cet ensemble bute au nord sur le grand accident Séoul-Wonsan, séparant morphologiquement le Sud du Nord, d'une mer à l'autre : couloir comblé de basaltes, flanqué à l'ouest d'une vaste zone de collines de calcaires, granitiques ou basaltiques, où s'élargit le cœur historique du pays avec les dépressions de Séoul et de Pyongyang, distantes de 200 km. Ce bas pays est dominé au nord-ouest par l'escarpement des hauteurs septentrionales. La péninsule s'élargit ici vers l'est et l'ouest tout en relevant rapidement ses altitudes jusqu'à la frontière chinoise, où elle se soude au continent asiatique au niveau de la grande dépression du Yalu et du Tumen. Ce plateau se relève de l'ouest (600 m) vers l'est (1 500 m avec des sommets de plus de 2 000 m) comme le sud de la péninsule, mais il est plus massif. Des fractures prolongeant les dislocations de la Mandchourie du Sud y dessinent plusieurs chaînes parallèles et méridiennes. Partout le basalte forme des falaises ou des pics aigus. La côte orientale de la Corée, rectiligne sur 1 000 km, domine la mer du Japon par de grands escarpements ; au sud et à l'ouest, elle se découpe au contraire en presqu'îles ramifiées et en rias très profondes.

1.2. Le climat

Sibérien au nord (moyenne de janvier : −21 °C sur le haut Yalu, −9 °C à l'embouchure), pénétropical au sud (+6 °C dans l'île de Cheju), il est soumis au régime de la mousson tout en restant très continental. Les pluies, surtout estivales, varient de 1 400 mm au sud à 600 mm à la frontière chinoise ; la moitié sud reçoit presque partout plus de 1 200 mm, le Nord moins de 800 mm. L'été, chaud et humide, et l'hiver, froid et sec, sont les saisons marquantes. Une érosion violente empêche la lente maturation de sols fertiles, et l'humus est rare. La forêt varie du nord au sud ; elle est surtout de type « chinois » à feuillus toujours verts et riche sous-bois, mais le déboisement, les incendies, les insectes l'ont très endommagée (sauf au nord).

2. Le peuple coréen

Les 74 millions de Coréens forment un groupe distinct au sein des peuples mongoloïdes. Le groupement en villages domine ; l'habitation est végétale, toute en rez-de-chaussée et tourne sa façade principale au sud. Couverte de tuiles dans les villes, de chaume ailleurs, elle se caractérise par l'« ondol », système de chauffage par la fumée du foyer courant sous le plancher. Profondément imprégnée de confucianisme, la structure sociale est très rigide, notamment dans la communauté villageoise, que soudait une profonde solidarité, des grands propriétaires aux simples métayers. La distinction ancienne entre nobles (yang-ban) et roturiers (sang-nom) n'existe plus en droit, et la colonisation japonaise, puis l'après-guerre ont délité en partie cette solidarité, imprégnant la famille traditionnelle d'individualisme occidental ou de moralité socialiste. La densité de peuplement (près de 325 habitants par km2) doit être ramenée aux 4,5 millions d'hectares réellement occupés, soit environ 1 560 habitants par km2, villes comprises. Ce surpeuplement, qui caractérise depuis toujours la Corée, est permis par le refus de l'élevage et la riziculture irriguée. Le Nord, où l'hiver impose blé et millets, a une densité de peuplement rural inférieure de moitié à celle du Sud, où le riz assure un rendement double et s'accompagne d'une culture sèche en hiver. Les 7,3 millions de Coréens de 1753 étaient encore 7,5 millions en 1850, chiffre imposé par les techniques rurales traditionnelles. La misère était grande, les intempéries s'ajoutant, parmi les ennemis du paysan, à l'âpreté des intendants (le loyer du sol était en général égal à la moitié de la récolte, et l'exploitation se limitait à un demi-hectare seulement pour la moitié des ruraux), aux marchands de riz, faisant varier les prix à leur profit, à l'usurier enfin, à qui la totalité de la récolte se trouvait parfois engagée à l'avance. À cette précarité de la vie, on tentait de s'opposer par une natalité énorme, battue en brèche par les intempéries, les famines, les épidémies, parfois la guerre.

3. L'économie coréenne jusqu'en 1945

Jusqu'à l'arrivée des Japonais (1895), l'économie coréenne ressemble à celle des autres pays de l'Extrême-Orient. L'élevage y reste subordonné à la culture puisqu'il fournit moins de calories à l'hectare. En 1938, il y avait cependant 1,8 million de bovins (bœufs et buffles), 1,5 million de porcs, 45 000 chèvres et 25 000 moutons. Outre le riz, on cultive les millets (le sorgho surtout), le blé et le maïs, le soja, le sésame et le colza. Le coton fournit l'habillement traditionnel. Le riz est le pivot de cette agriculture et doit être partout irrigué, le froid étant un obstacle moins sévère que la sécheresse. L'eau est emmagasinée en réservoirs établis en contre-haut et acheminée par un réseau de canaux, mais cette irrigation se double de précautions contre les inondations (digues, déversoirs). Le sol doit être enrichi, car il ne se repose jamais : engrais humains et animaux, composts variés, vase des étangs et des canaux y sont incorporés chaque année. Ces techniques n'ont pas à économiser la main-d'œuvre, surabondante, et l'outillage est entièrement manuel, les façons culturales précises et attentives. Le cycle annuel des travaux ne cesse guère qu'en février, mois des festivités et du repos. La pêche (6 % du produit national en 1938 contre 45 % pour l'agriculture et 38 % pour l'industrie) occupe des communautés spécialisées tout le long du littoral ; mais les étangs, les canaux et la rizière elle-même forment un vaste vivier où le paysan puise régulièrement. L'incertitude du revenu agricole et les loisirs hivernaux favorisent l'artisanat rural (tissages, poteries, travail du métal), mais l'essentiel de cette activité est le fait de corporations spécialisées vivant dans les bourgs. Ceux-ci accueillent des marchés périodiques (1 084 marchés ruraux en 1911) et sont dominés eux-mêmes par les villes. Ces dernières sont les centres de l'autorité et abritent d'abord militaires et fonctionnaires, plus tard la bourgeoisie marchande. Elles forment un monde distinct de celui des campagnes séparé quelquefois par une enceinte fortifiée. Une élite cultivée et réglant toute la vie du pays y domine un peuple d'artisans et de commerçants, groupés parfois par rues.

L'occupation japonaise, active surtout depuis l'annexion de 1910, amène à la vie économique moderne ce pays traditionnel. La Corée doit fournir au Japon du riz et des métaux ; pour cela, une infrastructure nouvelle lui est donnée en quelques années : voies ferrées (5 000 km), télégraphe, réseau d'irrigation moderne, ports, écoles d'agronomie et de pêche. En 1938, 4,5 millions de tonnes de riz sont produites, dont 1,9 million dirigées vers l'archipel. Pour l'industrie, de grands barrages sont édifiés (dans le Nord), et les mines systématiquement reconnues et exploitées. Autour de Pyongyang, sur le bas Yalu, mais surtout sur la mer du Japon au nord de Wonsan, de grandes bases métallurgiques (aluminium, aciéries) et chimiques sont créées. Si les Coréens, maintenus en position subordonnée, ne profitent guère de ce progrès, leur pays reçoit, définitivement, l'empreinte de la vie industrielle ; après août 1945, qui voit le départ de l'occupant, c'est dans le cadre de la remarquable infrastructure qu'il a mise en place que le Nord et le Sud s'appliquent à développer leur économie.

HISTOIRE

L'histoire ancienne

L'histoire légendaire rapporte que l'ancien pays de Choson, situé dans le bassin du fleuve Taedong, c'est-à-dire au nord-ouest de la péninsule, a été fondé par Tangun, fils d'une ourse métamorphosée en femme et d'un certain Hang-ung. Le royaume de Choson est très tôt au contact de la culture chinoise, comme en témoignent les récits légendaires, qui attribuent à un chef d'origine chinoise, Kija, la fondation d'une nouvelle dynastie en 1122 avant J.-C.

Après plusieurs tentatives, les Chinois parviennent finalement à soumettre cette dynastie et établissent, un siècle avant notre ère, quatre commanderies. La plus importante, Luolang, occupe le bassin inférieur du fleuve Taedong, tandis que les trois autres (Zhenfan, Xuantu, Lindun) sont installées respectivement au nord, à l'est et au sud de celle-ci.

Cependant, ces commanderies ne peuvent résister longtemps aux pressions des populations locales, et Luolang, la plus puissante pourtant, disparaît au début du ier s. avant J.-C. C'est à cette époque que s'opèrent de nouveaux remaniements territoriaux, qui aboutissent à la formation de trois royaumes distincts : celui de Koguryo, qui déborde au nord et au sud de part et d'autre du cours moyen du Yalu et conserve la vieille capitale Pyongyang ; celui de Paikche au sud-ouest, en relations étroites avec l'archipel japonais ; celui de Silla, au sud-est. Ces trois États se disputent le bassin de la rivière Han, région riche en ressources naturelles et porte maritime vers la Chine. Koguryo se heurte rapidement aux Chinois et, en 384, prend ce qui reste des commanderies chinoises sous son contrôle. Mais le royaume de Silla finit par l'emporter. Il s'allie avec la Chine, qui, après avoir subi de graves échecs au début du viie s., parvient en 660 à détruire les forces de Paikche et des alliés japonais de celui-ci. Tout en reconnaissant la suzeraineté chinoise des Tang, il étend peu à peu son influence sur une grande partie du territoire de Koguryo (668) et unifie la péninsule sous son hégémonie (735).

L'unification est suivie de 230 années de paix, favorable au développement de la civilisation coréenne. L'alliance de Silla avec la Chine joue un rôle essentiel pour la pénétration des idées chinoises en Corée : la société est hiérarchisée ; le pays, divisé en neuf provinces, connaît une administration centralisée ; de nombreuses ambassades s'échangent d'un pays à l'autre. Le confucianisme devient la base des études, tandis que le bouddhisme, introduit dans la péninsule au ive s., connaît une faveur de plus en plus grande. Le nord-est du pays, par ailleurs, maintient ses relations traditionnelles avec les peuples barbares des confins. Groupant une grande partie de l'ancien Koguryo et accru d'apports toungouses, il forme le royaume de Palhae (en chinois Pohei), qui échappe pratiquement au contrôle de Silla, dont la capitale, Kyongju, se trouve au sud-est de la péninsule.

La reprise de la poussée des nomades au xe s. affecte la Corée. Le royaume de Palhae s'effondre sous les coups des Kitan, qui règnent sous le nom de Liao [907-1125]. Au sud, un chef de bande, Wanggeun, fonde dès 918 la dynastie Koryo et se proclame roi de la Corée lorsque la dynastie Silla s'effondre en 935. La nouvelle dynastie, établie dans sa capitale de Songdo (aujourd'hui Kaesong), entretient des rapports amicaux avec la Chine des Song, met en vigueur une série de réformes administratives et agraires. Assez forte durant les premières décennies de son existence (elle réussit à contenir les Kitan, qui attaquent la Corée cinq fois à partir de 998, et, avec l'aide des Jürchen, les vainc définitivement en 1019), elle s'affaiblit progressivement : la toute-puissance du clergé bouddhique, les rivalités entre clans de dignitaires et le marasme économique, qui donne naissance à des jacqueries, font de la Corée une proie facile pour les envahisseurs mongols. En 1231, ceux-ci atteignent Kaesong, et, pendant plus d'un siècle, le pays reste sous la domination yuan. La chute de cette dynastie, en Chine, remplacée par celle des Ming (1368), permet à un rebelle militaire, Lisungkei [1355-1408], de fonder une nouvelle dynastie, celle des Li, ou Yi (1392-1910).

D'importantes réformes sociales et économiques sont opérées par les nouveaux souverains, qui installent leur capitale à Séoul. Le territoire est divisé en huit provinces, dirigées par des gouverneurs qui représentent le pouvoir central, assistés de fonctionnaires locaux. Le bouddhisme perd ses privilèges, tandis que le confucianisme est adopté comme base des principes de l'action gouvernementale. Mais les écoles confucianistes (Qi et Li) s'affrontent, leurs membres se regroupant par province d'origine. La Corée devient alors la proie de luttes intestines.

Les interventions étrangères

En 1592, les ambitions territoriales du dictateur japonais Toyotomi Hideyoshi le poussent à envoyer ses troupes en Corée, d'où elles doivent attaquer la Chine des Ming. Les Japonais pénètrent assez profondément à l'intérieur de la péninsule, mais, grâce à la supériorité technique de leur marine, dotée de premiers navires cuirassés, mis au point par l'amiral Li Sun-sin (considéré aujourd'hui encore comme un héros), les Coréens infligent deux importantes défaites aux envahisseurs ; ceux-ci se retirent en 1598. Les Mandchous interviennent à leur tour à partir de 1627 et réussissent presque à entraîner les souverains Li dans une guerre contre la Chine. Après avoir conquis ce pays et installé à Pékin la dynastie Qing, les Mandchous, au début de 1637, accordent la paix à des conditions rigoureuses : Qing reconnus comme suzerains, otages coréens (princes, fils de ministres) à leur cour, ambassades régulières, lourd tribut. Quant aux Occidentaux, ils se sont manifestés à partir de 1582, date à laquelle des marins portugais ont abordé en Corée à la suite d'un naufrage. Aux xviie et xviiie s., des lettrés du mouvement Silhak remettent en question les valeurs traditionnelles et introduisent en Corée la science occidentale et les principes du catholicisme. Celui-ci est proclamé doctrine hérétique en 1786. Mais c'est seulement au début du xixe s. que les Occidentaux commencent à exercer une pression sérieuse sur la Corée : ils demandent en particulier le libre accès de la péninsule pour leurs ressortissants, l'ouverture des ports coréens au commerce international et la protection des missionnaires chrétiens.

En 1864, le régent Taiwon instaure une politique de repli destinée à préserver l'indépendance de la Corée et prend des mesures visant à extirper le christianisme (persécutions de 1866). Les démonstrations miliaires des Occidentaux, en particulier celles des Français (expédition de l'amiral Roze, 1867) et des Américains, provoquent la chute du régent (1873) et l'apparition en Corée d'un courant d'opinion favorable aux relations avec l'étranger. Le Japon, s'appuyant sur le parti réformiste et tout en exerçant de fortes pressions sur le gouvernement, obtient l'ouverture du pays en 1876, et, entre 1882 et 1886, la Corée conclut des traités d'amitié et de commerce avec les principales puissances. Mais, en 1884, avec l'aide militaire de la Chine, le parti conservateur regagne du terrain.

Le Japon, de plus en plus intéressé par le pays voisin, décide d'éliminer son principal rival, le protecteur chinois, qui est vaincu (1894-1895) et doit renoncer à sa suzeraineté sur la Corée, devenue zone d'influence nippone. Toutefois, la pression brutale exercée par le Japon sur la Cour incite celle-ci à rechercher en 1896 un contrepoids auprès de la Russie. Mais celle-ci doit capituler à son tour (traité de Portsmouth, 1905). Le Japon obtient alors pleine liberté d'action en Corée, avec laquelle il signe un traité de protection (1905). En 1910 est signé un nouveau traité, qui annexe officiellement la Corée à l'Empire japonais. De cette date à 1920, les Japonais effectuent une mainmise administrative complète sur la péninsule, interdisent la publication de journaux en coréen et instaurent un régime de terreur policière, qui se relâchera un peu après le soulèvement pour l'indépendance de mars 1919. De 1920 à 1930, les Japonais dotent la Corée d'un équipement industriel orienté vers la satisfaction de leurs besoins ainsi que d'un réseau routier et ferroviaire, en même temps qu'ils tentent de substituer leur culture à la culture nationale. Dès 1919, les dirigeants nationalistes coréens en exil, ayant constitué un gouvernement provisoire dans la concession française de Shanghai, organisent un mouvement de résistance antijaponais, qui émigre ensuite aux États-Unis. D'autres mouvements de résistance s'établissent en Mandchourie, où ils demeurent.

La Corée indépendante

La Corée sera libérée avec la capitulation du Japon, mais elle se trouve aussitôt, du fait de l'entrée sur son territoire des armées soviétiques et américaines, séparée en deux zones de part et d'autre du 38e parallèle. Le problème de sa réunification ne peut, par la suite, être résolu en raison de l'opposition unanime des Coréens à l'arbitrage d'une Commission de l'O.N.U. et en raison également des divergences de vues entre l'U.R.S.S. et les États-Unis. En 1948, des élections, contrôlées par une « Commission temporaire » des Nations unies, se déroulent au Sud, mais elles sont refusées au Nord. Au Sud, la République de Corée est proclamée le 15 août 1948 et Syngman Rhee en est élu président. Quelques jours après (25 août), des députés sont élus au Nord. Un gouvernement de la République populaire est formé. La présidence en est confiée à Kim II-sung. Un mois plus tard, la République démocratique populaire de Corée est officiellement proclamée. Les deux États coexisteront difficilement, et un conflit armé éclatera finalement le 25 juin 1950 (guerre de Corée). Le 27 juillet 1953, après deux ans de négociations difficiles et alors que les combats n'ont jamais cessé, l'armistice est signé sur la base du partage selon la ligne de front, peu différente de l'ancienne frontière.