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cerf

Cerf
Cerf

Originaires d'Asie, les cerfs se sont admirablement adaptés aux grandes variations de température depuis des milliers d'années. Chez le cerf élaphe comme chez son cousin le wapiti, le mâle porte avec majesté de grands bois ramifiés, tandis que la biche en est dépourvue.

1. La vie du cerf

1.1. Des hardes toujours en mouvement

Les cerfs vivent la plupart du temps en groupes, les hardes, où les sexes sont séparés presque toute l'année. La harde des femelles varie de 5 ou 6 à 30 ou 40 animaux, parfois plus en hiver dans les forêts très peuplées. Elle est constituée de trios familiaux formés par une biche, son faon de l'année et celui de l'année précédente (appelé daguet si c'est un mâle et bichette si c'est une femelle) ; elle peut aussi comprendre de jeunes cerfs de un et deux ans. La harde est conduite par une biche expérimentée et prudente, capable de se reproduire, la « meneuse ». La hiérarchie, cependant très fluctuante, repose sur l'âge, la taille et la naissance.

Les mâles de trois ans et plus forment de petites hardes qui dépassent rarement une dizaine d'animaux. Le mâle dominant, celui qui porte les plus beaux bois, se tient très souvent à l'arrière du groupe, laissant un jeune ouvrir le chemin. La harde des mâles est moins stable, et ceux-ci vivent seuls une partie du temps, rejoignant parfois d'autres mâles, voire des femelles, lorsque les conditions de vie deviennent difficiles.

La taille d'une harde de biches ou de cerfs varie selon la saison, l'état physiologique des animaux, la nourriture disponible et l'habitat. Dans les collines dénudées d'Écosse, vivent toute l'année des hardes de plus de 500 animaux.

Le cerf a besoin d'un grand territoire. Un trio familial se déplace à l'intérieur d'un domaine de 500 à 1 500 hectares, tandis qu'un mâle adulte, plus mobile, a besoin de 2 000 à 5 000 hectares, parfois plus ; ainsi, lorsqu'il quitte les femelles après le rut, il peut parcourir de 10 à 20 km. Toutefois, le mâle ne dispute pas son domaine à ses congénères ; lors de la reproduction, il leur interdit plutôt l'accès aux femelles.

Un menu d'herbivore

En Europe occidentale, le cerf se nourrit davantage au printemps et en été, parce que l'herbe représente près de 80 % de son alimentation, celle-ci étant complétée par des fleurs, des pousses, des fruits et des feuilles vertes. En hiver, ses besoins diminuent de moitié et il consomme alors surtout des rameaux d'arbres, des ronces, du lierre, des écorces et des feuilles mortes. À l'automne, il recherche les glands dont il raffole, et consomme à l'occasion des champignons ou même des pommes, qu'il gaule en se servant de ses bois.

La composition de l'alimentation du cerf varie selon les régions et leurs ressources alimentaires. Par exemple, en Écosse, le cerf recherche la bruyère.

1.2. Le brame du cerf

Le terme de « brame » (ou bramement) désigne le cri du mâle en rut. Dans les grandes forêts de plaine, les cerfs, muets le reste de l'année, se font entendre dès la fin du mois d'août. Le brame y culmine dans la deuxième quinzaine de septembre, et, en montagne, deux semaines plus tard. Pour se reproduire, les cerfs sont fidèles aux mêmes lieux. Des études réalisées en France par le chercheur F. Klein ont montré que les adultes reviennent chaque année dans le secteur où ils ont vu le jour.

Le brame se déroule dans les zones fréquentées par les biches. Certains cerfs dominants rassemblent des biches en nombre variable, qu'ils surveillent de près. Dans les landes écossaises, des cerfs entourés de plus de 100 femelles ont été observés.

Pendant la période du rut, le cerf ne supporte plus la présence de ses rivaux ; il se roule dans des cuvettes boueuses (appelées souilles) avant de se frotter aux arbres, de lacérer la végétation, de gratter le sol de ses sabots et de ses bois, et de déposer sur les arbres les sécrétions de ses larmiers.

Les mâles se jaugent et définissent leur dominance à travers leur brame et la taille et le volume de leurs bois. Ceux qui participent le plus activement à la reproduction ont en général 5 ou 6 ans au moins. Les rivalités ont lieu entre cerfs de même taille. Multipliant les avertissements, les animaux marchent souvent parallèlement, roulant les épaules et se présentant leurs bois, grinçant des dents, révulsant les yeux. Si ces postures rituelles ne dissuadent pas un des deux rivaux, le combat s'engage, les deux adversaires se projetant de toute leur force l'un contre l'autre et entrechoquant bruyamment leurs bois. Souvent, dès les premiers échanges, l'un des deux prend la fuite.

L'accouplement

Apparemment indifférentes au brame du cerf, les biches broutent tranquillement. Toutefois, selon des recherches effectuées en Grande-Bretagne, le cri du mâle aurait un effet physiologique sur les biches, accélérant leur ovulation. Une biche est en chaleur entre 24 et 48 heures. Elle éloigne alors son jeune faon et ne se dérobe plus aux avances du cerf, qui la saillit une ou plusieurs fois. Après la monte, qui dure quelques secondes, le mâle se cabre pour se dégager (il « fait la chandelle »).

Après la période du brame, les cerfs seuls s'écartent du territoire et redeviennent peu visibles.

1.3. Des faons fragiles et dépendants

Comme chez la plupart des espèces, la biche donne le jour à ses petits au printemps : la nourriture est alors abondante, d'abord pour la mère qui allaite, puis pour le faon lorsqu'il broute ; de plus la saison chaude, propice à la croissance des jeunes, s'annonce. Aussi le rut a-t-il lieu en septembre-octobre, et, après huit mois de gestation, les jeunes faons naissent en mai-juin, quand le printemps est bien installé.

Pour mettre bas, la femelle gestante s'écarte de la harde et rejoint une place de mise-bas, la même d'année en année, qui offre l'abri de fourrés denses et difficilement accessibles. Le jeune de la saison précédente est rejeté, parfois violemment s'il s'obstine à rester auprès de sa mère. Il la retrouvera lorsque celle-ci, accompagnée de son faon, rejoindra la harde.

Une mère protectrice

La biche donne le jour à un unique faon, exceptionnellement à des jumeaux. Elle ne prépare pas de gîte et le petit, qui pèse entre 6 et 8 kilos, naît à même le sol. À la délivrance, la mère mange le placenta – ce comportement vise sans doute à éliminer des traces qui pourraient attirer des prédateurs. Bien que le faon soit très rapidement capable de se déplacer, il reste couché, dissimulé dans la végétation, pendant une quinzaine de jours. La mère le laisse souvent seul pour se nourrir, mais revient régulièrement l'allaiter et procéder à sa toilette.

En cas de danger, le faon se tapit contre le sol. Parfois, la biche s'expose pour attirer le prédateur dans une autre direction. Si le danger est imminent, elle peut très bien agresser l'intrus : on a vu ainsi des biches boxer de leurs pattes antérieures des renards ou des sangliers.

Les premiers jours de sa vie, le faon ne reçoit de nourriture que de sa mère, qui l'allaite. Mais très vite, il commence à brouter et, à un mois, le lait maternel ne représente plus que la moitié environ de sa ration quotidienne. Le sevrage intervient à l'âge de 4 ou 5 mois ; toutefois, l'allaitement peut se prolonger jusqu'au cœur de l'hiver.

Retrouvailles familiales

Quelques semaines après les naissances, la harde se reforme ; les trios familiaux se constituent (le faon de l'année précédente, remplacé par le nouveau-né, est devenu un daguet ou une bichette ; l'aîné a quant à lui généralement quitté leur mère). Les jeunes faons y font leur apprentissage social. Très joueurs, ils se poursuivent et semblent s'amuser à sauter des obstacles naturels. Le jeune reste environ deux ans auprès de sa mère, rarement plus, parfois moins s'il s'agit d'un mâle. Le moment des chaleurs de la mère correspond souvent à la première séparation. Le faon de l'année précédente est alors repoussé et rejoint pour quelque temps d'autres jeunes faons, à quelques dizaines de mètres, sur leur lieu d'élevage.

La mortalité des jeunes est variable selon les régions. En Écosse et dans certaines régions de montagne où le climat est très rude, près de la moitié des jeunes peuvent mourir au cours de la première année. En France, de 5 à 10 % des faons sont susceptibles de disparaître dans les semaines qui suivent la naissance. Un temps froid et pluvieux durant les premiers jours compromet la vie du nouveau-né. La biche peut donner le jour à un faon tous les ans. Il naît un peu plus de mâles que de femelles, mais, rapidement, la mortalité équilibre les proportions.

L'abondance de la nourriture influe directement sur la fréquence des naissances : que le milieu naturel soit trop pauvre, et la femelle, fatiguée par la gestation et la lactation, n'entre pas en œstrus à l'automne suivant et ne porte ainsi un petit qu'une année sur deux. En moyenne, deux biches sur trois sont gestantes. Si les conditions de vie sont favorables, beaucoup de bichettes peuvent être fécondées, augmentant la fertilité de la population. La biche deviendrait stérile, ou bréhaigne, vers l'âge de 15 ou 16 ans.

Le rôle social des bois

Le rôle social des bois



La longueur et le volume des bois ont plus d'importance que le nombre d'andouillers. Ils indiquent le rang social du cerf et ont un effet dissuasif et d'intimidation au moment du rut. Mais leur chute inverse momentanément la hiérarchie établie, les animaux les plus âgés étant décoiffés les premiers.

1.4. Milieu naturel et écologie

Le cerf élaphe vit surtout dans l'hémisphère Nord, à l'exception des régions polaires et des déserts. Dans l'hémisphère Sud, il a été introduit en Argentine, au Chili et en Nouvelle-Zélande, mais ne l'a jamais été en Australie. En Afrique, le cerf ne se rencontre qu'en Algérie et en Tunisie. Aux États-Unis, il vit en Californie et sur la côte est. Les populations de Corse, d'Afrique, de Suède, du Turkestan, du Cachemire, du Xinjiang et du Népal sont rares ou menacées. Son cousin, le wapiti, présent dans l'est de l'Amérique du Nord, se retrouve, avec de légères variantes, dans les régions centrales et orientales d'Asie.

De nombreux groupes occupent encore des milieux proches de celui d'origine de l'espèce : landes à bruyère d'Écosse, garrigues espagnoles, prairie nord-américaine, pampa argentine ou pelouses d'altitude d'Asie. Mais, dans les régions centrales de son aire de répartition, le cerf peuple de grands massifs forestiers ou des marais, comme en Inde. Il faut à ce grand mammifère de vastes forêts de 1 000 à 2 000 ha au moins, peu découpées par des voies de pénétration. Il habite aussi bien les massifs résineux, comme dans les Rocheuses, que les forêts de feuillus. Ces dernières, plus variées et plus fournies, sont toutefois plus favorables à son développement. Le cerf est ainsi un indicateur de la bonne santé et de la diversité d'une forêt, capable de lui offrir nourriture et tranquillité. En France, il vit en plaine et en montagne, et se multiplie dans certaines forêts méditerranéennes, qu'il peut contribuer à débroussailler. Ses crottes sombres en forme d'obus, ou fumées, déposées en groupe, et les pousses ou rameaux grignotés le signalent.

La superficie qu'il occupe varie selon les saisons, en fonction de l'état de la végétation, de la richesse du milieu, ainsi que des activités humaines. Resserré l'été, son domaine s'étend pendant la mauvaise saison, les animaux se déplaçant d'un secteur à l'autre de leur domaine vital. En montagne, notamment dans les Alpes, les cerfs occupent parfois les pelouses d'altitude situées au-dessus de la limite supérieure des arbres, à plus de 2 000 m. L'enneigement les chasse dans le fond des vallées et sur les versants bien ensoleillés où ils établissent leur domaine vital d'hiver, distant parfois de plusieurs dizaines de kilomètres du domaine estival, obligeant les hardes à de véritables migrations.

Des points d'eau réguliers conditionnent son existence dans les milieux chauds et secs d'Espagne, de Tunisie ou d'Asie.

Cohabitation entre ongulés

La plupart du temps, le cerf partage son habitat avec d'autres ongulés sauvages, le chevreuil et le sanglier notamment. En temps normal, le mode d'utilisation de l'espace et les préférences alimentaires des cerfs et des chevreuils limitent le risque de concurrence. Toutefois, lorsque le cerf est très abondant, il peut nuire au chevreuil. Le sanglier, omnivore, est moins affecté, bien que le cerf le domine lorsque l'un et l'autre se nourrissent aux mêmes endroits. En montagne, la concurrence alimentaire avec le chamois et le mouflon est faible et se manifeste plutôt l'hiver, quand tous partagent les mêmes zones d'hivernage.

Peu de prédateurs

Seuls les plus grands carnivores sont de taille à chasser une proie aussi imposante que le cerf. Depuis toujours, son principal prédateur sauvage est le loup, qui chasse à la course, en meute, surtout les sujets jeunes, âgés ou affaiblis, plus faciles à capturer. En Europe, le lynx chasse à l'affût les biches et surtout les faons, et l'ours chasse le cerf à la rencontre ; mais son prélèvement reste modeste. En Asie, le tigre peut être un prédateur occasionnel. En Amérique du Sud, le cerf est la proie du puma.

Les très jeunes faons sont parfois aussi victimes du renard, du chien errant, du sanglier, voire de l'aigle, en montagne. Là où les grands prédateurs ont été éliminés ou fortement limités par l'homme, la chasse peut réguler les populations de cerfs.

La principale défense du cerf consiste à fuir le danger, mais, lorsqu'il est acculé, le mâle fait usage de ses bois, qui peuvent se révéler des armes redoutables. L'andouiller le plus bas, appelé andouiller d'œil, ou de massacre, est suffisamment aigu pour asséner des blessures mortelles à l'assaillant.

Les cerfs, comme tous les ongulés sauvages, sont les hôtes de nombreux parasites, poux et tiques notamment, mais les maladies proprement dites sont rares et les épidémies exceptionnelles. Ces dernières touchent surtout des animaux en surdensité, la maladie se transmettant alors beaucoup plus facilement d'un animal aux autres.

2. Zoom sur... le cerf élaphe

2.1. Cerf élaphe (Cervus elaphus)

Le cerf élaphe est un grand mammifère de 1,50 m au garrot et de plus de 200 kg. Le thorax puissant, le cou portant crinière sous la gorge, le dos droit, le ventre fuyant et les membres fins de l'animal lui confèrent son élégance, mais ce sont les bois, dont l'élan majestueux orne son front, qui en ont fait un animal mythique.

Les bois sont des productions osseuses pleines, fixées sur deux protubérances de l'os frontal, les pivots. Apanage du mâle, ils tombent chaque année à la fin de l'hiver, sous l'effet d'un taux très bas de testostérone, l'hormone sexuelle mâle. Les nouveaux bois poussent presque immédiatement, en relation avec le cycle sexuel et la longueur du jour. Le processus de chute et de repousse est plus précoce chez les sujets âgés, dont la ramure est plus volumineuse. Les premiers bois apparaissent à l'âge de 9 ou 10 mois : ce sont souvent de simples dagues sous velours, auxquelles le jeune mâle doit son nom de « daguet ». Ils se ramifient dès la deuxième année en cors, ou andouillers, sans rapport direct avec l'âge de l'animal, même si le poids des bois tend à augmenter avec celui-ci. La taille et la croissance de la ramure sont liées à l'alimentation et à l'état de santé de l'animal, ainsi qu'à son hérédité : plus grands, les cerfs d'Europe orientale possèdent des bois plus volumineux et plus lourds (15 kg) que ceux d'Europe occidentale (5 kg maximum en Écosse). Mâles et femelles ont les oreilles assez grandes et pointues et de grands yeux, bruns, avec une pupille allongée. Les biches ont une tête plus fine et anguleuse ; le faon a une tête courte et pointue.

Le pelage varie avec les saisons. Le pelage d'été est d'un fauve rouge et luisant, le ventre est noirâtre chez le mâle, le cou et la tête plus gris, les membres foncés ; les fesses, ou cimier, sont d'un jaune clair bordé d'une ligne foncée. La queue, de 15 à 20 cm, est fauve clair, une ligne noire court le long du dos, du crâne à la queue. La biche ne porte jamais de crinière foncée, et son ventre est souvent plus clair. Jusqu'au mois d'août, le faon porte une livrée rougeâtre mouchetée de blanc, qui le dissimule dans la végétation. La livrée s'estompe en été et disparaît avec la mue d'automne. En hiver, le poil des animaux, plus terne, est gris-brun et plus long. Épais, le pelage d'hiver est très isolant : il arrive que la neige ne fonde pas sur le dos des animaux. Au printemps, il se détache par plaques et laisse apparaître le poil d'été. La mue d'automne est plus discrète. Au Danemark existent des cerfs entièrement blancs.

La biche porte quatre mamelles sur l'abdomen.

Le cerf est un ongulé artiodactyle ; il marche sur la pointe de ses quatre doigts, garnis de sabots.

Ses membres antérieurs, qui supportent le poids des bois, sont très musclés. L'allure ordinaire du cerf qui se déplace est le pas ou le trot léger, l'animal ne galopant que s'il fuit ou poursuit un congénère. Le mâle redresse la tête, de façon à coucher ses bois sur l'encolure, pour ne pas heurter les branches. Le cerf est également capable de nager et fait un excellent sauteur.

CERF

Nom (genre, espèce) :

Cervus elaphus

Famille :

Cervidés

Ordre :

Artiodactyles

Classe :

Mammifères

Poids :

De 100 kg en Écosse à 450 kg en Amérique du Nord (mâle) ; biche de 80 à 275 kg

Taille :

De 1 à 1,60 m au garrot ; de 1,70 à 2,20 m de longueur

Habitat :

Grandes forêts de feuillus ou de conifères ; steppes et prairies (Écosse, États-Unis, Asie)

Répartition :

Europe, Asie ; introduit en Argentine, Chili, Nouvelle-Zélande, Portugal ; Amérique du Nord (États-Unis, Canada) pour le wapiti

Régime alimentaire :

Herbivore

Structure sociale :

Structure matriarcale, mâles et femelles en hardes séparées

Maturité sexuelle :

Entre 1 et 2 ans, rarement avant 15 mois chez le mâle

Saison de reproduction :

De la fin août à la mi-novembre (hémisphère Nord), en mars-avril dans l'hémisphère Sud

Durée de gestation :

34 semaines

Nombre de jeunes par portée :

1, exceptionnellement 2

Poids à la naissance :

De 6 à 8 kg

Longévité :

14-15 ans, jusqu'à 25 ans en captivité

Effectifs :

Non connus ; espèce globalement en expansion numérique, mais raréfaction dans certaines zones (Afrique du Nord notamment)

Statut :

Classé comme gibier, parfois soumis à un plan de chasse ; certaines sous-espèces protégées

 

2.2. Les sous-espèces

Il existe un nombre variable de sous-espèces de cerf élaphe selon les auteurs (jusqu'à 23 ont pu être décrites) :

Cervus elaphus hippelaphus, de plus en plus grand d'ouest en est, jusqu'à 350 kg (mâles) dans les Carpates ; Europe centrale.

Cervus e. scoticus, le plus petit ; landes déforestées ; environ 270 000 animaux (1991) ; Écosse, Angleterre.

Cervus e. hispanicus, pelage ras et clair ; garrigues sèches et rocailleuses ; environ 100 000 animaux (1991) ; Espagne.

Cervus e. corsicanus, petit ; maquis denses ; environ 200 animaux en Sardaigne ; réintroduit en Corse en 1985.

Cervus e. barbarus, court sur pattes, pelage tacheté ; seul représentant africain ; Algérie, Tunisie.

Cervus e. maral, assez grande taille ; Asie Mineure.

Le wapiti

Le wapiti



Le wapiti, longtemps considéré comme une sous-espèce du cerf élaphe, est désormais considéré comme une espèce à part entière, Cervus canadensis. Il pèse jusqu'à 450 kg. Ses bois de 1,50 m de long comprennent moins de 12 cors.  Le wapiti comprend lui-même plusieurs sous-espèces (en nombre variable selon les auteurs), réparties dans l'est de l'Amérique du Nord et l'Asie centrale et orientale.

2.3. Signes particuliers

Larmier

Situé à l'avant de l'œil, chez les deux sexes, le larmier est particulièrement visible chez le mâle en rut. C'est une glande creuse, une sécrétion liquide, sombre et odorante s'en écoule, dont l'animal enduit troncs et branches, indiquant sa présence et son état sexuel aux autres mâles et aux femelles. Là se trouve sans doute l'origine de la légende des pleurs du cerf au moment de l'hallali.

Bois

Lors de la reconstitution des bois, l'os, d'abord spongieux, se minéralisé peu à peu, protégé par une membrane grisâtre, le velours, qui tombe au bout de quatre mois. L'os est alors mort : c'est le bois, dont les ramifications sont les andouillers ou cors. Leur nombre varie selon les animaux et les populations, la masse des bois augmentant jusqu'à la maturité. La circonférence de la meule, à la base du bois, atteint alors sa taille maximale. Ensuite, la décalcification du squelette et l'usure des dents entraînent une diminution de la longueur et du poids de la ramure ainsi que du nombre d'andouillers. On dit que le cerf « ravale ».

Dents

La dentition est typique de celle d'un ruminant. N'ayant pas d'incisives à la mâchoire supérieure, l'animal pince les végétaux contre sa lèvre supérieure et les arrache. Au cours de la rumination, la mâchoire inférieure est mue latéralement. Les six molaires et les six prémolaires de chaque mâchoire s'usent progressivement. À partir de 15 ou 16 ans, l'animal perd ses dents ; au stade ultime, il ne peut s'alimenter normalement et meurt.

Pied

L'extrémité de la patte est formée des métacarpiens ou des métatarsiens, soudés pour constituer l'os canon. Les doigts médians 3 et 4 sont les seuls à s'appuyer au sol en permanence. Recouverts de corne, ils forment le sabot, à l'empreinte caractéristique : à l'avant, les deux pointes, ou pinces, prolongent les soles ; à l'arrière, cette corne forme les talons. Les doigts latéraux 2 et 5, atrophiés, sont appelés « os ». Ils ne touchent terre qu'au galop. Le pied de la biche est allongé, avec un talon étroit, les pieds antérieurs du mâle sont plus gros. Le talon du vieux mâle est plus volumineux.

3. Les autres espèces de cerfs

La famille des cervidés réunit environ 44 espèces, réparties en 17 genres. Le cerf musqué, traditionnellement classé dans cette famille, est rangé selon certains auteurs dans une famille à part entière, les moschidés. Deux espèces asiatiques de cervidés font partie des rares grands mammifères décrits à la fin du xxe siècle : le saola (Pseudoryx nghetinhensis), découvert en 1992, et le grand muntjac (Megamuntiacus vuquangensis), en 1994 ; rares, ces animaux vivent dans la forêt primaire des confins du Laos et du Viêt Nam.

Les cerfs proprement dits forment la sous-famille des cervinés, dans laquelle seuls les mâles portent des bois. Cette sous-famille regroupe classiquement quatre genres : Axis (comptant le cerf axis, Axis axis, le cerf-cochon, Axis porcinus, et deux cerfs insulaires, rares et menacés, Axis kuhlii et Axis calamianensis) ; Elaphurus (le cerf du père David) ; Dama (les daims) et Cervus, auquel appartient le cerf élaphe. Aujourd'hui cependant, on tend à ne reconnaître que deux espèces dans le genre Cervus, le cerf élaphe et le cerf sika : les cerfs appartenant traditionnellement au genre Cervus ont été répartis dans les genres Rucervus, Przewalskium et Rusa.

Deux espèces sont insulaires : le cerf de Java ou cerf rusa, Rusa timorensis (Cervus timorensis), indigène de Java, de Célèbes, de Timor et des Moluques (il a été introduit dans plusieurs îles d'Océanie, ainsi qu'à Maurice et à La Réunion) et le  cerf des Philippines, Rusa marianna (Cervus mariannus), indigène de l'archipel des Philippines (introduit sur l'île de Guam, dans les Carolines et dans les Mariannes du Nord). Autrefois endémique de la Thaïlande, le cerf de Schomburgk, Rucervus schomburgki (Cervus schomburgki), le plus petit, s'est éteint à l'état sauvage vers 1932, tandis que le dernier individu en captivité est mort en 1938.

3.1. Barasingha (Rucervus duvauceli; syn.: Cervus duvauceli)

Aussi appelé cerf de Duvaucel.

Identification : de 172 à 182 kg ; robe brune ; ventre jaunâtre ; sabots largement fendus. Mâles : crinière longue et dense, dos roussâtre en saison chaude, perches des bois pouvant atteindre plus de 1 m. Faons tachetés.

Dans le centre de l'Inde, les hardes sont de 13 à 19 animaux en moyenne.

Répartition : terrains marécageux, plaines herbeuses, prairies ; Inde, Népal, peut-être Bhoutan ; disparu du Pakistan et du Bangladesh.

Statut : vulnérable. Espèce protégée, commerce international interdit.

3.2. Cerf de Thorold (Przewalskium albirostris ; syn.: Cervus albirostris, C. sellatus, C. thoroldi)

Appelé aussi cerf à museau blanc.

Identification : de 130 à 140 kg ; taille moyenne ; haut sur pattes ; silhouette trapue ; pelage épais.

Répartition : prairies d'altitude ; Chine aux portes du Tibet.

Statut : rare ; espèce vulnérable.

3.3. Cerf sika (Cervus nippon)

Identification : de 30 à 100 kg ; petite taille ; 4 andouillers au plus par merrain. Étonnante résistance au froid.

Répartition : Asie : Sibérie, Chine, Corée, Viêt Nam, Japon, Taïwan. Introduit en Europe de l'Ouest (Grande-Bretagne, France, Allemagne), en Europe de l'Est, ainsi qu'en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Comportement : s'hybride au cerf élaphe. Au Japon, l'espèce s'apprivoise.

Effectifs : pas plus de 1 000 individus en Chine, entre 8 500 et 9 000 en Russie (Sibérie) ; effectifs en hausse au Japon (où il est considéré dans certaines régions comme un ravageur des cultures) ; après avoir disparu de Taïwan (1969), il y a été réintroduit en 1988 ; il est éteint dans la péninsule de Corée et sans doute au Viêt Nam. En Europe où elle a été introduite, l'espèce est assez répandue en Grande-Bretagne, où elle vit à l'état libre ; quelques populations libres en France, où le premier animal de l'espèce est arrivé en 1890, offert par l'empereur du Japon au président de la République Sadi Carnot.

3.4. Cerf d'Eld (Rucervus eldii; syn. : Cervus eldii)

Aussi appelé cerf lyre en raison de la forme de ses bois.

Identification : de 80 à 150 kg.

Répartition : toute la péninsule indochinoise.

Statut : devenue très rare à l'état sauvage, l'espèce est en danger ; elle est totalement protégée, après avoir été décimée par la chasse.

Sa reproduction en zoo est difficile.

3.5. Sambar (Rusa unicolor; syn.: Cervus unicolor)

Identification : de 40 à 300 kg ; grande variation de taille et de couleur à l'intérieur de son aire de répartition ; bois épais et perlés, portant 4 cors ou andouillers au plus ; pelage souvent très foncé, parfois presque noir ; crinière épaisse.

Répartition : forêts denses, notamment les forêts de bambou ; parfois marécages ; Continent et îles d'Asie méridionale : Inde, Sri Lanka, Birmanie, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Chine, Indonésie.

L'espèce a un grand besoin en eau. En cas d'alerte, l'animal relève la queue et pousse un sifflement.

Statut : vulnérable.

3.6. Cerf du père David (Elaphurus davidianus)

Identification : de 150 à 200 kg ; taille moyenne ; crâne très allongé ; queue semblable à celle d'un cheval ; andouillers dirigés vers l'arrière du merrain.

Répartition : endémique de Chine.

Effectifs, statut : espèce éteinte à l'état sauvage. Programmes de reproduction en captivité, menés notamment en Grande-Bretagne et en Chine. Opérations de réintroduction en Chine à partir de 1985. Au début des années 2000, on dénombrait en Chine 53 petites hardes (pour la plupart comptant moins de 10 individus). Effectifs en hausse.

3.7. Cerf axis (Axis axis)

Aussi appelé chital.

Identification : de 75 à 100 kg ; robe brun-rouge vif tachetée de blanc à tout âge ; tache blanche sous le cou ; ventre blanc ; partie interne de la queue blanche ; bois très arqués sur le dos.

Répartition : forêts et paysages ouverts, Inde, Sri Lanka. Introduit en Australie et en Nouvelle-Zélande.

S'adapte bien à des climats différents et présent dans de nombreux parcs naturels d'Europe.

Comportement : espèce très grégaire. 2 portées de 1 à 3 faons par an.

3.8. Daim (Dama dama)

Identification : de 40 à 90 kg pour 1,40 à 1,80 m sans la queue ; robe fauve tachetée de blanc (les taches s'estompent en hiver chez les animaux sauvages) ; ligne médiane dorsale sombre ; chez les mâles, bois palmés volumineux en palette ; queue assez longue foncée.

Répartition : forêts bordées de prairies herbacées ; largement introduit dans le monde entier.

Comportement : mâles et femelles vivent en hardes séparées le plus souvent ; à la saison de reproduction, à la fin du mois d'octobre en Europe occidentale, rut collectif sur des arènes ou « leks ».

Effectifs : 200 000 animaux (estimations 1991).

Espèce élevée en parcs pour son esthétique et sa viande, donc relativement protégée.

3.9. Daim de Mésopotamie (Dama mesopotamica)

Identification : de 100 à 150 kg pour 1,50 à 2,50 m ; robe brun-roux foncé tachetée de blanc, ventre blanc, flancs jaune sable, tête grise ; avant de la lèvre inférieure blanc ; ligne médiane dorsale foncée ; bois chez les mâles.

Répartition : forêt clairsemée riche en buissons, le long des rivières Dez et Karkheh, Iran.

Statut : en danger. Considéré comme éteint en 1930, il a été redécouvert en 1956-1957. Actuellement, quelques populations très peu nombreuses ; essais de réintroduction.

4. Origine et évolution du cerf

Les lointains ancêtres des tout premiers cervidés sont sans doute les mêmes que ceux des chevrotains, ces autres ruminants qui vivaient déjà à la fin de l'éocène, il y a quelque 50 millions d'années. Ils étaient petits, sans bois, mais leurs canines supérieures sortaient de leur bouche. Eumeryx, l'un des premiers cervidés connus, vivait à l'oligocène en Asie. Sa silhouette était proche de celle de petites espèces asiatiques actuelles, l'hydropote (Hydropotes inermis) et les muntjacs (Muntiacus). Il vivait encore, il y a environ 30 millions d'années, dans les denses forêts qui recouvraient l'actuelle Asie centrale.

Les premiers porteurs de bois apparaissent il y a environ 20 millions d'années. Dicroceros, découvert en Asie, porte sur la tête de simples et courtes fourches, juchées sur de hauts pivots. Au pliocène, le climat se refroidit et les animaux, contraints de vivre dans des steppes peu boisées, deviennent grégaires ; ils grandissent et leurs bois se ramifient. Megaloceros giganteus, le mégalocéros, un cerf géant qui peuple les toundras d'Europe jusqu'à la fin de la première époque glaciaire, est le plus grand cervidé ayant jamais existé ; ses bois palmés peuvent atteindre 4 m d'envergure. Le mégalocéros disparaît à mesure que la forêt regagne du terrain.

Il y a environ 2 millions d'années, au pléistocène, apparaissent en Asie les premiers élaphes, à l'origine des cerfs actuels. Un groupe progresse vers l'est et l'Amérique par l'isthme de Béring ; un autre se dirige vers l'ouest et l'Afrique du Nord, avant la formation du détroit de Gibraltar.

Au début de la première époque interglaciaire, entre les glaciations de Günz et de Mindel, on trouve Cervus acoronatus, un cerf aux bois fourchus et dotés de puissants surandouillers. La sous-espèce Cervus elaphus priscus, à la fin de cette période, est le premier cerf connu à empaumures.

Puis, dès la deuxième période interglaciaire, les cerfs ressemblent aux cerfs actuels. Depuis 400 000 ans, le développement de leurs empaumures a accompagné la régression de leurs surandouillers, et leurs défenses primitives se sont peu à peu réduites à des canines arrondies.

Aujourd'hui, le cerf élaphe est présent sur tous les continents dans l'hémisphère Nord. Grâce à ses étonnantes facultés d'adaptation, il s'est bien acclimaté dans l'hémisphère Sud, là où il a été introduit.

5. Le cerf et l'homme

Associé au cycle de la vie dans de nombreuses cultures en raison du renouvellement printanier des bois du mâle, le cerf symbolise le Christ dans l'imagerie chrétienne médiévale. Emblème de saint Hubert, patron de la chasse, il est traditionnellement considéré comme un gibier de prestige. En dépit de la chasse et du morcellement croissant de son habitat, ce sont surtout les croisements possibles avec le cerf sika qui peuvent représenter une menace pour lui.

5.1. Un animal exploité depuis très longtemps

Depuis toujours, la venaison du cerf a nourri l'homme, sa peau l'a protégé du froid, ses os l'ont chauffé et sa graisse l'a éclairé. De ses bois, les hommes préhistoriques tiraient des pointes de flèches ou des harpons, avec ses dents ils fabriquaient des parures et des bijoux découverts dans les grottes, comme en Espagne, en Transylvanie et en France. Les populations nomades de Sibérie et d'Amérique du Nord se servaient des bois des wapitis pour supporter la construction de leurs tentes. Aujourd'hui encore, bois, pattes et crochets sont utilisés dans la confection de porte-manteaux, lustres, broches, boutons de manchette, entre autres...

Mais surtout, le cerf a approvisionné guérisseurs et apothicaires. Ses organes ou ses sécrétions entraient dans la fabrication de potions miraculeuses et d'onguents. De nos jours, des cerfs sont élevés dans plusieurs pays d'Europe orientale pour la production de substances à usage pharmaceutique. Enfin, on a longtemps prêté aux bois en velours réduits en poudre des vertus aphrodisiaques. Cette croyance encore vivace dans certains pays, en Extrême-Orient en particulier, est cause de l'anéantissement de certaines espèces asiatiques. Elle est à l'origine d'un marché florissant, aujourd'hui alimenté par les élevages néo-zélandais.

5.2. Une riche symbolique

  Maintes gravures et peintures du paléolithique, telles celles de Lascaux, vieilles de 17 000 ans, représentent le cerf. Ces peintures n'illustrent sans doute pas, comme cela a pu être proposé, un rite destiné à attirer la bonne fortune aux chasseurs, mais sont plutôt porteuses d'une symbolique de type religieux. Dans l'art rupestre du paléolithique, le cerf, porteur d'une symbolique masculine, est sans doute associé à la fertilité et au cycle de la vie, et paré de qualités psychopompes. Au néolithique, le bois de cerf est un symbole de virilité, et sert à la construction d'outils « nobles », travaillés, destinés à la chasse, au travail de la terre, aux activités de construction. 

Dans le monde celtique, le dieu Cernunnos (dont l'étymologie signifie peut-être « cornu ») porte des bois de cerfs. Ses attributions sont soumises à supputations : peut-être règne-t-il sur la fertilité des champs – attribution symbolisée par le renouvellement cyclique des bois du cerf dans la nature –, et sur l'ensemble des animaux ; peut-être aussi est-il le dieu des Enfers.

Dans les mythologies orientales, le cerf est d'abord un animal psychopompe, qui conduit les morts dans l'autre monde. Autrefois, en Extrême-Orient, le cerf-volant figurait un cerf et symbolisait l'âme reliée magiquement aux forces du ciel, mais condamnée à rester au sol. Dans les cosmogonies amérindiennes, l'élan du cerf qui bondit fait jaillir la vie.

Dans la tradition chrétienne, le cerf – en particulier le cerf blanc – symbolise le Christ ; cette association est attestée dès le iie siècle avec le Physiologus, l'ancêtre des bestiaires. On la retrouve dans les légendes médiévales de deux saints, Eustache et Hubert, auxquels le Christ en croix serait apparu entre les bois d'un grand cerf qu'ils étaient en train de chasser, rencontre à l'origine de leur conversion au christianisme. Dans l'imagerie chrétienne, le cerf buvant à la source représente l'âme en quête du divin.

5.3. Admiré et chassé

Très tôt on attribue au cerf des qualités de noblesse et de majesté. Au iiie siècle, selon une tradition rapportée par Zonaras, un historien du xiie siècle, l'empereur romain Aurélien aurait fait, après sa victoire sur Zénobie, régente de Palmyre, une entrée triomphale à Rome sur un char tiré par quatre cerfs ayant appartenu au roi des Goths. Il serait, dans cet équipage,  monté sur le Capitole et y aurait immolé les quatre cervidés.

La majesté de la ramure du cerf ne manque pas d'impressionner les seigneurs féodaux, qui s'approprient l'animal et en quelque sorte s'identifient à lui. En effet, la place de choix du cerf parmi les animaux sauvages est comme le reflet de leur propre statut dans la société. Admiré pour sa grâce puissante, il est souvent l'objet de cadeaux, que les familles régnantes offrent en signe d'amitié et de bienveillance, peuplant ou repeuplant de nombreux massifs forestiers dans toute l'Europe.

Parallèlement, le cerf, comme les autres gibiers, fait l'objet d'une chasse spécifique pratiquée par la noblesse : la vénerie ou chasse à courre, très codifiée. Elle est à l'origine de monuments célèbres, comme les châteaux de Chambord, Fontainebleau, Versailles, initialement des pavillons de chasse où le roi de France invitait les grands du royaume. Enfin, autre signe de la place que tient le cerf dans le monde de la chasse, saint Hubert, dont le symbole est le cerf, n'est-il pas le patron des chasseurs depuis le xviiie siècle ?

Aujourd'hui, la grande vénerie du cerf reste très pratiquée en France, où environ 37 équipages spécialisés dans la chasse au cerf prennent environ 800 animaux chaque année. Il s'agit d'une tradition très controversée, principalement à cause du fait que le gibier, seul, est poursuivi jusqu'à épuisement total par une meute de chiens et tout un équipage humain à pied et à cheval, et à cause des pratiques de l'hallali et de la curée. Ainsi la chasse à courre n'existe-t-elle plus aujourd'hui qu'en France. Elle a en effet été interdite dans les autres régions où elle était pratiquée (dont la Belgique en 2000, l'Écosse en 2002 et le Pays de Galles et l'Angleterre en 2005).

D'autres modes de chasse sont pratiqués sur le cerf, la battue, mais surtout la chasse à l'affût ou à l'approche par un chasseur seul. Depuis le xixe siècle, des abus de chasse nombreux dus au perfectionnement et à la multiplication des armes à feu entraînèrent une diminution rapide des populations dans certaines régions, notamment dans le Midi. Le plan de chasse, instauré en 1963 sur les conseils de l'Association nationale des chasseurs de grand gibier, a largement contribué au redressement de cette situation. Chaque année dans chaque région, les prélèvements autorisés sont fixés par arrêté préfectoral ; ils sont assortis de minima de prises à respecter dans le cadre de la gestion de l'espèce. En France, environ 10 000 cerfs sont prélevés chaque année par la chasse. De nombreuses forêts ont été peuplées ou repeuplées par des animaux capturés dans les réserves nationales.

5.4. Un habitat morcelé

De plus en plus, la construction d'infrastructures routières et ferroviaires réduit le domaine vital des cerfs et isole les populations. Ces grandes voies de communication, souvent prises sur la forêt, créent de véritables coupures qui limitent les déplacements des animaux. Par ailleurs, le trafic routier représente une source de mortalité pour eux. Une solution partielle consiste en la création de passages larges, de préférence aériens, bien intégrés dans l'environnement et situés sur les trajets habituels des animaux. De même, l'aménagement de nouvelles terres agricoles ainsi que l'urbanisation entraînent également la réduction de l'habitat du cerf.

Pourtant, ni le morcellement de son habitat ni la chasse ne semblent être une menace importante pour le cerf dont, à l'échelle de l'espèce, les effectifs sont en augmentation. En fait, les scientifiques s'inquiètent plus du mélange génétique entre les différentes sous-populations, et de l'hybridation qui se produit avec le cerf sika (Cervus nippon), dans les régions où ce dernier a été introduit.