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Empire byzantin

Constantin Ier le Grand
Constantin Ier le Grand

Empire chrétien gréco-oriental héritier de l'Empire romain d'Orient, qui a duré de 395  à 1453.

HISTOIRE

En 330, après avoir rétabli l'unité de l'Empire romain, Constantin Ier le Grand fonde la ville de Constantinople, la « Nouvelle Rome », sur le site de l’antique Byzance. Il va ainsi contribuer à déplacer le centre de gravité de l'Empire romain vers l'Orient. Cependant, il faut attendre le partage de l'Empire entre les fils de Théodose Ier, Honorius et Arcadius, en 395, puis l'effondrement de sa pars occidentalis (sa partie occidentale), sous les coups des grandes invasions, pour que se constitue l'Empire romain d'Orient. C'est cet empire que nous appelons Empire byzantin.

Pour ses dirigeants, comme pour ses sujets, le nouvel Empire, unique héritier de l’antique Empire romain, ne cessera jamais d'être « romain », même si une culture spécifique s’y développe progressivement pour lui créer son caractère gréco-oriental proprement « byzantin ».

Empereurs byzantins

Règne

Empereur

395-408

Arcadius

408-450

Théodose II

450-457

Marcien

457-474

Léon Ier le Grand

474

Léon II (régence de Zénon)

474-476

Basiliscos (usurpateur)

474-491

Zénon

491-518

Anastase Ier

518-527

Justin Ier

527-565

Justinien Ier le Grand

565-578

Justin II

578-582

Tibère II

582-602

Maurice

602-610

Phokas (usurpateur)

610-641

Héraclius Ier

641-668

Constant II Héraclius

668-685

Constantin IV

685-695

Justinien II

695-698

Léontios (usurpateur)

698-705

Tibère III (usurpateur)

705-711

Justinien II (restauré)

711-713

Philippikos Bardanes

713-715

Anastase II

715-717

Théodose III

717-741

Léon III

741-775

Constantin V

775-780

Léon IV

780-797

Constantin VI (régence d’Irène)

797-802

Irène

802-811

Nicéphore Ier

811

Staurakios

811-813

Michel Ier Rangabé

813-820

Léon V l'Arménien

820-829

Michel II

829-842

Théophile

842-867

Michel III l'Ivrogne

867-886

Basile Ier

886-912

Léon VI le Sage

912-913

Alexandre

913-959

Constantin VII Porphyrogénète

959-963

Romain II

963-969

Nicéphore II Phokas (usurpateur)

969-976

Jean Ier Tzimiskès (usurpateur)

976-1025

Basile II le Bulgaroctone

1025-1028

Constantin VIII

1028-1034

Romain III Argyre

1034-1041

Michel IV

1042-1055

Constantin IX Monomaque

1055-1056

Théodora

1056-1057

Michel VI

1057-1059

Isaac Ier Comnène

1059-1067

Constantin X Doukas

1068-1071

Romain IV Diogène

1071-1078

Michel VII Doukas

1078-1081

Nicéphore III Botanéiatès

1081-1118

Alexis Ier Comnène

1118-1143

Jean II Comnène

1143-1180

Manuel Ier Comnène

1180-1182

Alexis II Comnène (régence de Marie d'Antioche)

1182-1185

Andronic Comnène

1185-1195

Isaac II Ange

1195-1203

Alexis III Ange

1203-1204

Alexis IV Ange

1204

Alexis V Murzuphle

1204-1222

Théodore Ier Lascaris (empereur de Nicée)

1222-1254

Jean III Doukas Vatatzès (empereur de Nicée)

1254-1258

Théodore II Doukas Lascaris (empereur de Nicée)

1258-1259

Jean IV Doukas Lascaris (empereur de Nicée)

1259-1282

Michel VIII Paléologue

1282-1328

Andronic II Paléologue

1328-1341

Andronic III Paléologue

1341-1347

Jean IV Paléologue

1347-1354

Jean Cantacuzène (usurpateur)

1354-1391

Jean IV Paléologue

1391-1425

Manuel II Paléologue

1399-1402

Jean VII Paléologue (empereur rival)

1425-1448

Jean VIII Paléologue

1449-1453

Constantin XI Paléologue

Les débuts de l’Empire byzantin

Les conflits religieux

Théodose Ier livre une lutte sans merci à l'arianisme et au paganisme, dont les adeptes encourent la terrible accusation de lèse-majesté : le christianisme « catholique », c'est-à-dire conforme au concile de Nicée (325), est déclaré religion d'État, et ressort désormais au domaine politique ; toute autre confession est interdite. Le concile de Nicée, en affirmant la parfaite divinité du Fils et sa pleine égalité avec le Père, a résolu théoriquement la question trinitaire soulevée par Arius, mais il n'a pas supprimé l'hérésie, qui dure jusqu'à la fin du ive s.

Cette querelle liquidée, une autre surgit, portant sur la conception de l'union des deux natures, divine et humaine, dans la personne du Verbe incarné ; c'est la querelle nestorienne qui est vidée au concile d'Éphèse (431) au profit de Cyrille d'Alexandrie, dont la doctrine obtient gain de cause.

Mais l'emploi inconsidéré d'une formule ambiguë de ce dernier, « une seule nature du Christ incarné », rouvre bientôt la querelle christologique. Le monophysisme provoque alors un schisme aux conséquences politiques lourdes : l'Égypte, la Syrie, la Palestine et bientôt l'Arménie se rangent sous la bannière monophysite et ne tardent pas à afficher des aspirations séparatistes. Pour des raisons plus politiques que religieuses, les empereurs suivants, Basiliscos en 475 et Zénon en 482, esquissent un compromis entre les deux conceptions, et Anastase Ier (491-518) répudie la doctrine chalcédonienne, mais sans autre résultat que de troubler gravement la paix civile et de déclencher un schisme de trente ans (482-518) entre Constantinople et Rome.

L’Empire byzantin aux mains des Barbares

Les Wisigoths

Les Wisigoths, barbares particulièrement turbulents et dangereux, dont les empereurs byzantins avaient pensé dissiper la menace en les installant à l'intérieur des frontières, se révoltent en 378 et écrasent les armées romaines à Andrinople ; l'empereur Valens reste parmi les morts. Son successeur, Théodose Ier, juge plus politique de les enrôler comme fédérés au service de l'Empire, mais la germanisation poussée de l'armée, en augmentant les charges du Trésor, accroît d'autant les contributions fiscales et donc la misère du menu peuple, qui cherche dans le servage un remède à ses malheurs. En 395, à l'appel d'Alaric, les Wisigoths font de nouveau défection : ils dévastent la péninsule balkanique, puis prennent le chemin de la péninsule italienne, où Rome leur échoit en 410.

Les Huns

Un peuple autrement redoutable, celui des Huns, vient camper sur le Danube. Théodose II leur consent un tribut annuel en or, mais leur roi Attila manifeste de nouvelles exigences et marche sur la capitale (441) : on se résigne à tripler le tribut. Il revient à la charge en 447, puis se dirige vers l'Occident, où ses troupes sont sévèrement étrillées aux champs Catalauniques, en 451. Sa mort, en 453, délivre l'Empire de ses ravages.

Les Ostrogoths

La menace des Huns fait place à celle des Ostrogoths qui saccagent à leur tour la péninsule des Balkans, mais Zénon s'en débarrasse en chargeant leur chef Théodoric (488) d'évincer Odoacre, le roi des Hérules, qui a fait main basse sur l'Italie. Les Ostrogoths victorieux y fondent le royaume de Ravenne (493). L'Italie est perdue pour l'Empire, mais l'Orient est sauvé pour la troisième fois.

En Occident, dont les Barbares se partagent les dépouilles, émerge, au cœur des ruines et du vide politique, un pouvoir destiné à un brillant avenir : le siège de Rome, dont un titulaire illustre, l'énergique Léon le Grand, affiche des prétentions à régenter souverainement l'Église universelle.

La tentative avortée de restauration

Introduction

À la mort de l'empereur Anastase Ier (518), l'Empire, débarrassé des Barbares, s'estime en mesure d'entreprendre le sauvetage des territoires perdus d'Occident.

Le sénat et l'armée placent à la tête de l'Empire un officier illyrien, Justin (518-527). Cet empereur trouve en son neveu Justinien un conseiller de grande envergure, auquel il s'en remet dès le début du soin du gouvernement. L'action amorcée par Justinien avant même qu'il ne devienne empereur vise essentiellement deux objectifs, dont l'avenir devait montrer le caractère chimérique : rétablir l'Empire romain dans ses anciennes frontières et imposer à tous ses sujets l'orthodoxie élaborée par les grands conciles œcuméniques.

Le règne de Justinien

Les guerres de reconquête

L'entreprise de reconquête de Justinien Ier (527-565) vise d'abord au royaume vandale fondé par Geiséric (ou Genséric) au siècle précédent. En 533, Bélisaire, le meilleur général du règne, débarque quelques régiments en Afrique du Nord, et le roi Gélimer ne tarde pas à faire sa soumission. Les insurgés berbères sont définitivement matés en 548.

L'expédition africaine est suivie, en 535, de la campagne contre les Ostrogoths d'Italie. Les débuts sont prometteurs : la Sicile, Naples, Rome et Ravenne tombent aux mains des Byzantins, et le roi Vitigès est emmené en captivité à Constantinople. Mais, à l'appel du roi Totila, les Ostrogoths se soulèvent, et les armées romaines sont contraintes à la défensive et à la retraite : l'habile général Narsès ne parvient à rétablir la situation qu'au prix d'une pénible et onéreuse guerre de dix ans (552).

Enfin, de 550 à 554, un faible contingent byzantin conquiert une large bande de terre au sud-est de l'Espagne. La reconquête en Occident n'ira pas plus avant : la Méditerranée est redevenue une mer romaine, même si l'ancien empire n'est pas, et de loin, reconstitué.

Ces succès incontestables s'accompagnent sur d'autres fronts de graves revers. La paix achetée aux Perses en 532 est violée en 540 par Khosrô Ier, qui envahit la Syrie, l'Arménie et l'Ibérie. Faute de puissants moyens militaires, Justinien est contraint de relever périodiquement le tribut et n'obtient une paix ferme qu'en 562.

Un danger autrement plus aigu pèse sur les provinces européennes, celui des Slaves, qui prennent l'habitude de franchir presque annuellement le Danube pour faire des razzias dans la péninsule balkanique et même jusqu'en Grèce. Pour se prémunir contre cette calamité, l'Empire avait à grands frais crée une puissante ligne de fortifications, mais les masses fluides des Slaves se glissent entre les mailles de ce réseau insuffisamment protégé par des troupes mobiles. On tente d'obtenir quelque répit en achetant la paix, mais les subsides et les tributs ne font qu'exciter la convoitise des Barbares, qui voient l’Empire byzantin toujours disposé à satisfaire leurs exigences.

L'œuvre intérieure

L'œuvre de restauration dont rêvait Justinien faillit avorter à ses débuts : en janvier 532, la capitale Constantinople passe, une semaine durant, aux mains d'émeutiers, et l'empereur découragé s'apprête à fuir ; il en est empêché par son énergique épouse Théodora, et la sédition dite « Nika » est noyée dans un bain de sang.

La paix civile rétablie, Justinien s'emploie à assurer l'ordre et la prospérité de l'Empire. Son œuvre législative se résume dans ce qu'on appellera plus tard le Corpus juris civilis, une codification du droit romain en quatre parties : le Code Justinien, ou recueil de toutes les constitutions impériales depuis Hadrien, paru en 529 et 534 ; les Pandectes ou synthèse logique de toute la jurisprudence romaine (533) ; les Institutes ou manuel pratique de droit à l'usage des étudiants ; enfin les Novelles, ou ordonnances impériales, la plupart en grec, postérieures à 534. Redécouverte par l'Occident au xiie s., cette somme législative conditionnera l'évolution juridique européenne.

Par des réformes administratives généreuses, l'empereur se propose d'améliorer les conditions de vie de ses sujets. En matière religieuse, Justinien se montre un chrétien zélé, mais l'Église doit se plier aux volontés du maître, qui n'admet que des serviteurs dociles : l'empereur fait et défait patriarches et évêques, le pape Silvère est déposé et exilé (537), le pape Vigile enlevé et sommé de ratifier les décisions conciliaires de 553.

Durant le règne de Justinien, de grands travaux sont réalisés dans tout l'Empire, et de splendides églises, tant à Constantinople (la basilique Sainte-Sophie) qu'à Ravenne, attestent l'éclat de la civilisation justinienne.

Les successeurs de Justinien

Le délabrement de l'Empire s'accentue sous ses successeurs, son neveu Justin II (565-578), Tibère II (578-582) et Maurice (582-602).

Sous Justin II, les Lombards envahissent l'Italie et occupent en peu de temps une grande partie de la péninsule. En Espagne, les Wisigoths passent à l'offensive : Cordoue, reprise en 572 par les Byzantins, est définitivement perdue en 584. L'empereur Maurice tente d'arrêter cette décomposition en transformant les territoires de Ravenne et de Carthage en « exarchats », dont les gouverneurs concentrent entre leurs mains tous les pouvoirs civils et militaires.

L'Orient est le théâtre de guerres incessantes contre les Perses : l'enjeu en est la possession de l'Arménie. Un conflit dynastique chez les Sassanides permet à Maurice d'en annexer la majeure partie (591). La situation de la péninsule balkanique est désespérée : elle est constamment et presque impunément ravagée par les Avars et leurs sujets slaves. À partir de 580, ceux-ci ne se contentent plus de pillages, mais commencent à prendre possession du sol jusqu'en Grèce, première étape de la future création de principautés slaves indépendantes. Les expéditions organisées contre eux par l'empereur Maurice ne sont, malgré des succès partiels, jamais décisives.

En 602, l'armée du Danube refuse de franchir le fleuve et se révolte : un officier subalterne, Phokas, est proclamé empereur par les mutins. Leurs régiments investissent Constantinople, et une révolte intérieure leur en ouvre les portes. Tous les membres de la famille impériale sont mis à mort : le règne de Phokas (602-610) est un régime de terreur.

La rénovation de l'Empire byzantin

Le règne d'Héraclius

Introduction

Sous le règne d'Héraclius Ier (610-641), l’Empire cesse d'être « romain » pour devenir « gréco-oriental » (ou « byzantin ») dans ses frontières, sa composition ethnique, sa langue (le grec) et son administration. Son règne est également une lutte incessante contre les Barbares, qui, sur tous les fronts, assaillent l'Empire. La domination byzantine dans les Balkans s'effondre : des masses d'Avars et de Slaves se déversent sur toute la péninsule balkanique, refoulant les populations indigènes vers le littoral et les îles de l'Égée et laissant à chaque reflux des tribus entières en Macédoine, en Thessalie et jusqu'au cœur de la Grèce. Toutes les provinces européennes se trouvent slavisées en même temps que repeuplées. L'Asie Mineure est en passe de tomber au pouvoir des Perses : ceux-ci occupent l'Arménie, la Syrie et même Jérusalem (614), d'où ils transfèrent la sainte croix à Ctésiphon. En 615, un détachement perse bivouaque sur les rives du Bosphore et, en 617, commence la conquête de l'Égypte, grenier à blé de l’Empire byzantin.

Les réformes intérieures

Héraclius (puis, à sa suite, ses successeurs) entreprend des réformes qui vont donner à l'administration et à l'armée leurs caractères médiévaux. Le grec devient la seule langue officielle et l'empereur prend le titre oriental de basileus.

Au moment où tout semble perdu, l’empereur Héraclius s'emploie à refondre l'organisation militaire et administrative de l'Empire. Les régions asiatiques qui avaient échappé au déluge perse sont transformées en vastes circonscriptions administratives de caractère militaire, appelées thèmes et gouvernées par des stratèges. On y installe des stratiôtês (soldats paysans), auxquels on attribue à titre héréditaire des propriétés contre l'engagement d'un service militaire également héréditaire. Cette réforme aboutit à la création d'une armée nationale solide et permanente : l'Empire abandonne le système onéreux et dangereux du mercenariat, allégeant d'autant les charges du Trésor. À la refonte de l'administration provinciale s'ajoute celle de l'administration centrale, dont les attributions sont fragmentées et dont l'omnipotence est atténuée.

Les guerres contre les Perses et les Avars

La situation militaire chaotique ne dissuade pas l'empereur de passer à l'offensive. En 619, Héraclius conclut la paix avec les Avars ; en 622, la régence est confiée au patriarche Serge, et l’empereur rassemble en Asie Mineure une puissante armée qu'il dirige sur l'Arménie. Il remporte de brillantes victoires sur les Sassanides, mais le succès décisif se dérobe toujours.

Durant l'été 626, au moment où l'empereur guerroie dans les régions du Caucase (Lazique), les Perses et les Avars s'entendent pour investir Constantinople. Une armée perse commandée par le général Shahrbarâz traverse l'Asie Mineure et campe à Chalcédoine ; de leur côté, les Avars, secondés par des Slaves, des Bulgares et des Gépides, assiègent la ville par terre et par mer. Le moral de la population est soutenu, en l'absence de l'empereur, par l'énergique patriarche Serge. La flotte byzantine anéantit les bateaux des Slaves, et les assaillants sont contraints de se retirer.

Cette victoire retentissante marque le début de la contre-offensive byzantine. Du Caucase, Héraclius descend jusqu'à Ninive et Dastagerd. Ses triomphes précipitent la décadence de la puissance perse : Khosrô II est renversé, et son fils doit conclure avec les Byzantins un traité de paix qui leur restitue tous leurs territoires : Arménie, Mésopotamie, Syrie, Palestine, Égypte.

À l'ouest, l'échec des Avars devant Constantinople, en 626, ébranle définitivement leur hégémonie : des tribus slaves secouent leur joug et, avec l'assentiment du gouvernement byzantin, émigrent en territoire d'Empire (Croates et Serbes).

La poussée arabe

Cependant, les reconquêtes d'Héraclius sont sans lendemain : les territoires recouvrés vont passer en une décennie aux mains des Arabes, dont l'expansion fulgurante s'amorce quelques années après la mort de Mahomet. La Syrie est enlevée en 636, la Palestine et Jérusalem en 638, la Mésopotamie en 639-640 ; l'Arménie est envahie en 640, et l'Égypte en 642. La conquête musulmane est facilitée par l'épuisement de l’Empire byzantin, consécutif à la longue guerre gréco-perse, et surtout par les tendances séparatistes de toutes ces provinces acquises depuis un siècle au monophysisme, que répudiait et persécutait le gouvernement impérial.

Les successeurs d'Héraclius

Introduction

La mort d'Héraclius, le 11 février 641, est suivie d'un grave conflit dynastique. Le sénat et l'armée y mettent un terme en élisant empereur son petit-fils Constant II Héraclius (641-668). Lui succèdent son fils Constantin IV, âgé de quatorze ans (668-685) et son petit-fils Justinien II, qui règne à deux reprises (685-695 et 705-711).

L'offensive arabe

Afin de contrer la poussée arabe, Constant II Héraclius tente un coup de main contre l'Égypte, mais son expédition de 646 tourne court, et la province est définitivement perdue. Les Arabes continuent leur progression le long du littoral africain, en Arménie et en Asie Mineure jusqu'en Phrygie. Ils occupent Chypre, saccagent Rhodes et d'autres îles de la mer Égée qui contrôlent la route maritime de Constantinople. Un conflit interne pour la succession au califat musulman offre à l’Empire byzantin quelques années de répit, et un traité de paix est signé en 659. La guerre reprend toutefois en 663, et l'Asie Mineure est ravagée presque chaque année.

Assurés de la quasi-maîtrise de la mer Égée, les Arabes du califat omeyyade décident de porter un coup décisif au cœur même de l'État byzantin. Ils prennent Cyzique comme base d'opérations et, de 674 à 678, assiègent Constantinople pratiquement sans interruption. Mais toutes leurs tentatives contre la plus puissante forteresse de l’époque échouent ; leur flotte, déjà éprouvée par le feu grégeois, est décimée par une violente tempête au large de la Pamphylie, et l'intervention d'une escadre byzantine achève de l'anéantir. Pour la première fois, l'élan arabe s'est brisé sur les murailles de Constantinople.

Des difficultés intérieures empêchent les Arabes de renouveler leur tentative durant un demi-siècle. Ils n'en restent pas moins une constante menace sur d'autres fronts : en 692, ils écrasent les armées grecques en Arménie, et la partie byzantine de ce territoire passe sous suzeraineté arabe. Sous Justinien II, ils font des incursions fréquentes en Cappadoce et en Cilicie ; enfin, de 693 à 698, l'Afrique byzantine tout entière passe sous leur contrôle.

La campagne contre les Slaves

Constant II organise une campagne contre les Slaves de Macédoine en 658 et parvient à leur faire reconnaître la souveraineté byzantine ; un contingent en est transféré en Asie Mineure. Justinien II entreprend une expédition similaire en 688-689 et pousse jusqu'à Thessalonique ; une partie des tribus soumises est déportée dans la province de Bithynie dans le dessein de repeupler et de renforcer militairement ces contrées gravement éprouvées durant le siège arabe de 674-678 ; elles y sont bientôt rejointes par des populations amenées de Chypre.

L'équilibre politique de la péninsule balkanique est perturbé par l'irruption des Protobulgares, peuplade turque installée depuis 670 ans dans le delta du Danube. Sortis victorieux de leur première guerre contre les Byzantins en 680, ils franchissent le fleuve sous le commandement d'Asparuh et soumettent les tribus slaves loties entre le Danube et la chaîne des Balkans. Ils y fondent le premier royaume bulgare, dont l'indépendance est bientôt reconnue par Constantinople, qui achète la paix en leur consentant un fort tribut annuel. Le Bulgare Terbel ayant aidé Justinien II à reconquérir son trône (705), celui-ci lui abandonne imprudemment la plus grande partie de la Roumélie orientale.

La politique religieuse

Les dissensions religieuses battent alors leur plein. L'Occident latin fait figure de bastion de l'orthodoxie contre le pouvoir central, en quête perpétuelle d'une politique de conciliation capable de satisfaire orthodoxes et monothélites intransigeants. Constant II croit mettre fin aux querelles en interdisant toute discussion sur les points litigieux, mais l’évêque de Rome (le pape) passe outre. L'empereur ordonne à l'exarque de Ravenne de l'arrêter : le pape Martin est traîné à Constantinople, jugé et exilé à Khersôn, où il meurt en 655. Un autre opposant de marque, Maxime, est à son tour brutalisé et banni en Lazique.

Constantin IV, conscient que le soutien du monothélisme est nuisible à l'État, répudie la politique religieuse de son père : au concile de Constantinople de 680-681, convoqué par ses soins, le monothélisme est condamné et ses champions sont anathématisés. Un second concile réuni par Justinien II en 691-692 s'emploie à compléter sur le plan juridique les décisions dogmatiques des deux précédents conciles, d'où son nom de Quinisexte : 102 ordonnances ou canons ont pour objet d'améliorer les mœurs du clergé et du peuple. Mais le pape rejette les décisions conciliaires : Justinien II, furieux, entend lui réserver le sort de Martin, mais c'est lui-même qui, détrôné et mutilé (son nez est coupé), est expédié à Chersonèsos.

La chute de Justinien II, en 695, inaugure une longue période de troubles. Au désordre intérieur s'ajoutent de nouvelles amputations territoriales : Carthage tombe en 698 aux mains des Arabes, qui atteignent le détroit de Gibraltar en 711. Après les courts règnes des usurpateurs Léontios (695-698) et Tibère (698-705), Justinien II reprend le pouvoir, mais ne l'emploie qu'à assouvir sa soif de vengeance dans la capitale, à Ravenne et à Chersonèsos.

La période iconoclaste

Les empereurs

Après l'assassinat de Justinien II en 711, trois empereurs – Philippikos Bardanes (711-713), Anastase II (713-715) et Théodose III (715-717) – ne font que passer sur le trône.

En 717, le pouvoir est usurpé par un général originaire de la Syrie du Nord, Léon III (717-741). Lui et ses deux successeurs, Constantin V (741-775) et Léon IV (775-780), représentent ce qu'on appelle improprement la dynastie isaurienne. L'épouse de Léon IV, Irène, assume la régence durant la minorité de son fils Constantin VI : quand il atteint sa majorité, elle le fait déposer et règne encore seule de 797 à 802. Elle est à son tour détrônée par un fonctionnaire civil, Nicéphore (802-811), qui trouve la mort dans un combat contre les Bulgares. Son fils Staurakios abdique aussitôt en faveur de Michel Ier Rangabé (811-813), qui laisse lui-même le trône à Léon V l'Arménien (813-820). Son successeur, Michel II (820-829), fonde la dynastie dite « amorienne », représentée après lui par Théophile (829-842) et Michel III dit l'Ivrogne (842-867).

La querelle iconoclaste

Durant plus d'un siècle (730-843), le monde byzantin est bouleversé par la querelle des images (iconoclasme). Le conflit divise l'Empire : les provinces orientales se déclarent iconoclastes (contre le culte rendu aux représentations des saints, jugé idolâtre), tandis que les provinces occidentales restent iconodoules (défenseurs de ces images saintes). Au sein de la société byzantine, les images trouvent dans les moines leurs plus ardents défenseurs.

À la suite de premières mesures iconoclastes, l’empereur Léon III prend officiellement position contre le culte des images en 730, au cours d'un silention (réunion publique). Le patriarche Germain, récalcitrant, est déposé, et la destruction des images commence. Rome s'émeut et anathématise les iconoclastes. Léon III riposte en soustrayant à la juridiction papale la Calabre, la Sicile et l'Illyricum.

Constantin V mène la lutte avec encore plus de vigueur que son père. Il se livre à une active propagande et un concile, dont les 338 membres sont tous acquis à sa cause, sanctionne la doctrine officielle en 754 : la représentation des saints est interdite et la vénération de leurs images prohibée. L'empereur s'emploie à appliquer ces décisions : on badigeonne les icônes, on disperse les reliques et on leur substitue des peintures profanes à sujet végétal et animal, surtout des décorations à la gloire de l'empereur. De l’hostilité de Constantin V, les moines sont les principales victimes : des monastères sont sécularisés, leurs propriétés confisquées, des moines et des religieuses sommés de se marier. L'intransigeance impériale va jusqu'à interdire le culte de la Vierge et des saints.

L'impératrice Irène, pour sa part fervente iconodoule, prépare habilement la restauration du culte des images, qu'elle fait sanctionner par un concile à Nicée en 787 : l'iconoclasme est condamné comme hérésie et la vénération des icônes rétablie. Les moines recouvrent du même coup leurs privilèges et leurs richesses.

La querelle se rallume sous Léon V : les iconodoules intransigeants sont malmenés et prennent la route de l'exil. En 815, un concile iconoclaste réuni en la basilique Sainte-Sophie de Constantinople rejette les décisions du concile de Nicée et ordonne la destruction des images. Avec Michel II, le mouvement iconoclaste connaît une accalmie, mais la restauration des images n'est pas rétablie. Théophile leur livre un dernier combat : une violente persécution se déchaîne contre les iconodoules et notamment contre les moines, mais le mouvement ne lui survit pas. Le 11 mars 843, un synode réuni à Sainte-Sophie rétablit solennellement et définitivement le culte des images.

Les menaces extérieures

Les Arabes

Deux décennies de troubles intérieurs à l’Empire byzantin ont ranimé les ambitions des Arabes : en 717, ils se présentent de nouveau sous les murailles de la ville, mais elle est âprement défendue par Léon III. Le feu grégeois, la peste, la famine et l'intervention des Bulgares obligent les assaillants à lever le blocus à l'été 718. Ils n'en continuent pas moins leurs raids annuels en Asie Mineure, mais la grande défaite qu'ils essuient à Akroïnon (près d'Amorion), en 740, les contraint à évacuer la partie occidentale de l'Anatolie. Leur puissance est de surcroît ébranlée par une grave crise intérieure : au terme d'une longue guerre civile, la dynastie musulmane des Abbassides supplante celle des Omeyyades.

Les Byzantins en profitent pour reprendre l'offensive : en 746, Constantin V pénètre en Syrie septentrionale, et, l'année suivante, une flotte arabe est anéantie près de Chypre ; en 752, l'empereur remporte de nouveaux triomphes en Arménie et en Mésopotamie. Mais les querelles religieuses et politiques qui secouent l’Empire byzantin amènent un revirement : en 781, les Arabes victorieux imposent aux Grecs un traité de paix humiliant qui ne leur vaut d'ailleurs qu'un répit de courte durée. L'empereur Nicéphore Ier ose interrompre le versement du tribut, mais, en 806, Harun al-Rachid l'amène à composer : les Byzantins, vaincus, sollicitent la paix et reprennent le versement du tribut.

En 822, les Arabes apportent une aide efficace au général rebelle Thomas, qui assiège Constantinople durant plus d'un an. Quelques années plus tard, la Crète est enlevée par des corsaires musulmans ; elle devient pour 150 ans la base d'opérations des pirates arabes de la mer Égée. Ils prennent pied en Sicile en 827, et la conquête de l'île leur est facilitée par les dissensions entre gouverneurs locaux et l'absence d'une puissante flotte de guerre byzantine. Au centre de l'Asie Mineure, l'Empire byzantin affronte le calife Muntasim, qui s'empare d'Ancyre et d'Amorion en 838 : Constantinople atterrée fait appel à l'Occident, mais n'en reçoit que des promesses.

Les Bulgares

Depuis leur installation dans la péninsule balkanique, les Bulgares entretiennent des relations pacifiques avec les Byzantins : ils ont aidé Justinien II à reprendre le pouvoir en 705 et lutté contre les Arabes en 718. Mais les Bulgares prennent prétexte de la fortification de la frontière par les Byzantins pour déclencher la guerre en 755. Constantin V est victorieux sur le littoral de la mer Noire en 762 et, jusqu'à sa mort, organise contre eux plusieurs expéditions, en général heureuses. En 792, les Byzantins sont finalement vaincus et contraints de payer tribut.

L'empereur Nicéphore reprend la lutte, mais son armée est anéantie en 811 dans les Balkans, et lui-même est tué. Le khan Krum se rue sur la Thrace, dont il déporte les populations au-delà du Danube, et assiège Constantinople en 813. Son successeur, Omurtag, conclut avec l’Empire byzantin une paix de trente ans, rompue par le khan Malamir en 831.

La dynastie macédonienne

L’apogée sous les premiers Macédoniens

Les empereurs

Avec les empereurs dits « macédoniens » (en fait d'origine arménienne), l'Empire byzantin atteint son apogée : ses adversaires sont partout refoulés et ses frontières rétablies de l'Adriatique au Caucase.

Le fondateur de la dynastie est Basile Ier (867-886), qui usurpe le pouvoir après avoir tué de sa propre main son bienfaiteur Michel III l’Ivrogne. Il lègue le trône à ses fils Léon VI le Sage et Alexandre, mais seul le premier gouverne réellement (886-912), Alexandre ne régnant que quelques mois (912-913). Le fils de Léon VI, Constantin VII Porphyrogénète, règne de 913 à 959, même si de 913 à 919 le pouvoir est exercé par sa mère Zoé, puis de 919 à 944 par l'amiral Romain Ier Lécapène. Le trône est ensuite occupé par Romain II (959-963) et les usurpateurs Nicéphore II Phokas (963-969) et Jean Ier Tzimiskès (969-976). Le pouvoir revient ensuite à l'héritier légitime, Basile II (976-1025), le représentant le plus illustre de la lignée des Macédoniens.

L'œuvre législative

Basile Ier, le premier des empereurs macédoniens, entreprend de rajeunir l'œuvre législative de son lointain et illustre prédécesseur Justinien, mais ne peut publier que deux ouvrages préparatoires, le Prokheiron, un manuel pratique de droit ne contenant que les prescriptions essentielles, et l'Epanagôgê, une introduction au vaste recueil de lois projeté. Celui-ci sera le grand œuvre de Léon VI le Sage : les Basiliques, un recueil monumental des lois impériales groupées en 60 livres, eux-mêmes distribués en 6 tomes. Le tout est complété par 113 édits du même empereur. Sous son règne sont également rédigés le Livre du Préfet, où sont énumérés les corporations des négociants et des artisans de la capitale et les règlements auxquels elles sont soumises, et le Klétorologion de Philothée, qui nous fournit la liste hiérarchique des fonctionnaires vers 900.

Le danger arabe

En 863, la grande victoire du général Pétronas contre l'émir de Mélitène, Umar, à Poson inaugure l'ère de l'offensive byzantine en Asie Mineure. En 872, le général Christophore détruit Tephriké (aujourd'hui Divrigi), la citadelle des Pauliciens, et, l'année suivante, l'empereur pénètre dans la région de l'Euphrate. Mais ces succès n'éclipsent pas de graves revers en Occident : Malte est enlevée par les Arabes en 870 ; puis, avec les prises de Syracuse (878) et de Taormina (902), la Sicile devient une province arabe. En juillet 904, Thessalonique est pillée durant dix jours par les pirates de Léon de Tripoli. L’Empire byzantin renforce sa flotte et tente de reprendre le contrôle de la mer Égée, mais l'expédition organisée en 912 contre la Crète échoue.

La mort du tsar bulgare Siméon en 927 permet à Constantinople de passer à l'offensive en Orient : les exploits de Courcouas (prise de Mélitène en 934 et d'Édesse en 944) ouvrent la voie à l'offensive décisive de Nicéphore Phokas et de Jean Tzimiskès : le premier reprend la Crète (961) et Chypre (969) ; le second franchit l'Euphrate et conquiert une partie de la Palestine (975). Basile II annexe à l'Empire une partie de l'Arménie et de la Géorgie, et, en 1045, Ani est livrée aux Byzantins.

Les dangers russe et bulgare

En 860, les Russes font une première apparition devant Constantinople ; leur violente attaque est repoussée. Ils reviennent en 907 et dictent leurs volontés au gouvernement byzantin, mais leur assaut de 941 se solde par un désastre. Le prince Igor campe sur les rives du Danube en 944 ; l’Empire s'en débarrasse par des présents. Le prince de Kiev, Vladimir Ier, épouse une princesse byzantine et fait baptiser son peuple en 988-989.

En 864-865, le souverain bulgare Boris se fait baptiser par un évêque byzantin et prend le nom de Michel. Après avoir hésité quelques années entre Rome et Constantinople, il confie finalement au clergé grec (de rite byzantin) le soin d'organiser l'Église bulgare et d'évangéliser son peuple. Il n’en demeure pas moins que son fils Siméon Ier (893-927) devient bientôt l'adversaire acharné de l’Empire byzantin. Il envahit le territoire impérial en 894 et vainc les armées byzantines en 896. Constantinople doit conclure la paix et s'engager à lui payer le tribut. La guerre reprend en 913 : en août, Siméon paraît sous les murs de la capitale, réclamant la couronne des basileis. Le gouvernement capitule, mais se rétracte sitôt le tsar parti. Durant dix ans, Siméon parcourt la péninsule des Balkans, bousculant toutes les armées qu'on lui oppose. En 924, il assiège de nouveau la capitale, mais toujours sans succès. Sa mort en 927 met fin au conflit ; son fils Pierre Ier (927-969) fait aussitôt la paix.

La Bulgarie, tombée en 968 au pouvoir du prince russe Sviatoslav, est attaquée par Jean Tzimiskès : les Russes en sont chassés en 971 et la région est incorporée à l'Empire. Mais, quinze ans plus tard, toute la péninsule balkanique se soulève contre l'autorité byzantine : le tsar Samuel y fonde un puissant empire, que Basile II mettra quelque trente ans à réduire. L'empereur mène la lutte avec une énergie farouche qui lui vaut le surnom de « Bulgaroctone », ou Tueur de Bulgares.

La décadence

Les derniers Macédoniens

Dès la mort de Basile II en 1025 percent les signes de la désagrégation de l’Empire : l'autorité impériale s'affaiblit, le parti des grands propriétaires fonciers gagne en puissance, et la conquête du pouvoir revêt l'aspect d'une lutte serrée entre la noblesse civile de la capitale et la noblesse militaire des provinces.

Constantin VIII (1025-1028) se désintéresse des affaires de l'État. Sa fille Zoé, déjà quinquagénaire, honore du diadème impérial ses trois époux : Romain III Argyre (1028-1034), dont la politique agraire favorise les latifundiaires au détriment des petits paysans ; Michel IV (1034-1041), souverain capable et brave soldat, mais dont les impairs de son ministre et frère Jean l'Orphanotrophe provoquent un vif mécontentement populaire et le soulèvement des Bulgares ; enfin Constantin IX Monomaque (1042-1055), empereur insignifiant dont le règne est marqué par le relâchement de l'administration provinciale, la consolidation des puissances féodales, l'affaiblissement de l'armée, où le mercenariat tend à supplanter le recrutement indigène, les insurrections de Georges Maniakês (1043) et de Léon Tornikios (1047), l'apparition d'ennemis nouveaux (Turcs seldjoukides en Orient, Normands, Petchenègues, Oghouz et Coumans en Occident) et enfin le grand schisme de 1054, qui sanctionne l'antagonisme historique entre Constantinople et Rome. Avec Théodora (1055-1056), la dernière fille de Constantin VIII, s'éteint la glorieuse lignée des Macédoniens.

La lutte de pouvoir

Le successeur de Théodora, Michel VI (1056-1057), champion du parti civil, se heurte au parti des militaires. Il est détrôné par le général Isaac Comnène (1057-1059), qui tente d'établir un régime militaire solide et de remédier aux abus des gouvernements précédents. Il échoue, et le parti civil le remplace par Constantin X Doukas (1059-1067) : l'armée est négligée, les fonctionnaires sont comblés de faveurs, le territoire impérial est envahi par les Oghouz à l'ouest (1064) et les Seldjoukides à l'est. L'empereur Romain IV Diogène (1068-1071) essaie d'enrayer le déferlement turc en Asie Mineure, mais son armée est écrasée à Mantzikert en août 1071, et lui-même est fait prisonnier. Sous Michel VII Doukas (1071-1078), les Turcs seldjoukides envahissent l'Asie Mineure, les Normands l'Italie byzantine. La confusion s'étend dans les Balkans, et la crise économique ébranle l'État. Ces maux conjugués excitent les ambitions des militaires. Dans la course au pouvoir, Nicéphore III Botanéiatès (1078-1081) devance ses compétiteurs.

Le siècle des Comnènes

Alexis Ier Comnène

Introduction

Après avoir éliminé pour le compte de Nicéphore III Botanéiatès deux prétendants au trône (Nicéphore Bryenne et Basilakès), le jeune général Alexis Comnène usurpe le pouvoir le 1er avril 1081. La dynastie des Comnènes régnera un siècle sur l’Empire byzantin (1081-1185).

Le premier soin du nouveau souverain est de sauver l'Empire, assailli sur tous ses flancs. Palliant par une astucieuse diplomatie l'insuffisance de ses moyens militaires, il réussit à tirer Constantinople de ce mauvais pas et à lui rendre son rang de grande puissance.

Les menaces barbares

Les Turcs seldjoukides submergent en une décennie (1071-1081) toute l'Asie Mineure et s'installent même à Nicée. Incapable de les repousser par les armes, Alexis Ier Comnène (1081-1118) signe un traité de paix avec le sultan Sulayman ibn Kutulmich en 1081, avec d'autant plus de hâte qu'il lui faut parer à l'ouest à un danger plus pressant. Les Normands de Robert Guiscard débarquent à Durazzo la même année et occupent rapidement l'Épire, la Macédoine et la Thessalie. Manquant de troupes, le basileus enrôle des mercenaires turcs et occidentaux, confisque des trésors d'églises et sollicite l'appui de la flotte vénitienne (1082). Une lutte incessante de quatre ans lui permet, au prix fort, de bouter l'envahisseur hors du territoire impérial (1085).

Cette guerre à peine finie, les Petchenègues franchissent le Danube et ravagent durant cinq ans la partie orientale de la péninsule balkanique. En février-mars 1091, ils assiègent la capitale, mais l'armée impériale, aidée des Coumans, les écrase en avril. L’Empire byzantin en est débarrassé pour trente ans. Le répit des années suivantes est mis à profit pour abattre le turbulent émir de Smyrne, Tzakhas, réduire l'agitation des Slaves occidentaux et stopper une incursion des Coumans en 1095.

L'Empire face à la première croisade

L'Empire byzantin encore convalescent voit surgir en 1096 les bandes des premiers croisés, (croisades) d'abord les troupes faméliques de Pierre l'Ermite et de Gautier Sans Avoir, exterminées par les Turcs près de Nicée, puis les armées organisées des barons francs. Répudiant leur engagement de céder aux Byzantins les villes qu'ils prendraient en Asie, les chefs croisés y fondent pour leur compte de petites principautés féodales dont l'existence est parfois éphémère. L'avantage immédiat qu'en retire Constantinople est de voir affaiblie pour un temps la pression des Turcs.

Bohémond Ier, qui a hérité de son père Robert Guiscard l'ambition de ceindre la couronne des basileis, entreprend une croisade personnelle contre la schismatique Constantinople. Il débarque en Épire à la fin de 1107, mais Alexis ne lui laisse pas la liberté de développer son offensive et le contraint à traiter.

La politique intérieure

Le sauvetage de l'Empire byzantin s'accompagne d'une rénovation de l'État. La hiérarchie nobiliaire est profondément modifiée, et l'administration, tant centrale que provinciale, réorganisée. La grave crise financière que lui ont léguée ses prédécesseurs oblige Alexis Ier Comnène à une forte dévaluation monétaire, dont le fisc saura tirer le meilleur parti. Le poids de la fiscalité, conséquence de guerres incessantes, d'une diplomatie onéreuse et du mercenariat, augmente encore avec la généralisation de la ferme de l'impôt, que des percepteurs sans vergogne utilisent pour se bâtir leur fortune. La grande propriété laïque et ecclésiastique ne cesse de croître en étendue et en puissance. Les postes les plus en vue sont en général réservés à des membres de la famille impériale. Le commerce byzantin est fortement concurrencé par les Vénitiens, qui, depuis 1082, jouissent dans l'Empire de privilèges commerciaux exorbitants : c'est le prix dont ils ont fait payer leur appui maritime en 1082 et la base du puissant empire économique qu'ils commencent d'édifier en Orient.

Jean II Comnène

À la mort de son père, l'héritier légitime s'empare prestement du trône, que convoitait sa sœur aînée, Anne. Jean II Comnène (1118-1143) passe la plus grande partie de son règne dans les camps. Sa politique est rigoureusement calquée sur celle de son père : assurer la tranquillité dans les Balkans, chasser les Turcs de l'Anatolie et imposer la souveraineté byzantine aux barons de Cilicie et de Syrie.

Il inaugure son règne en mettant fin à la prépondérance commerciale de Venise, mais il doit vite en rabattre et renouveler sous la contrainte, en 1126, le traité de 1082. La sécurité des provinces européennes, de nouveau troublée, est rétablie avec promptitude et énergie : les Petchenègues sont définitivement battus en 1122, les Serbes amenés à résipiscence et les Hongrois vaincus en 1128-1129.

Libre à l'ouest, Jean II Comnène entreprend en Anatolie une série de campagnes contre les émirats d'Iconium et de Mélitène. En 1137, il prend la tête d'une puissante expédition et se dirige vers la Syrie franque. La Cilicie-Petite Arménie est matée au passage et incorporée à l'Empire, et le siège d'Antioche commence au mois d'août : la ville se reconnaît vassale de Constantinople. L'année suivante, les barons francs l'accompagnent dans une campagne contre les musulmans de la Syrie méridionale, et l'empereur fait une entrée solennelle à Antioche (1138). Mais les relations entre Grecs et Latins se détériorent très vite et, en 1142, Jean Comnène met sur pied une nouvelle expédition dont le but ultime semble avoir été la conquête de la Palestine. Mais il meurt près de Mopsueste en avril 1143, blessé au cours d'une partie de chasse par une flèche empoisonnée.

Manuel Ier Comnène

Introduction

Le pouvoir échoit au fils benjamin du défunt, Manuel. Contrairement à son père, souverain austère, Manuel Ier Comnène (1143-1180) ne dédaigne pas les joies de l'existence ; il introduit à sa cour les mœurs occidentales, s'entoure de conseillers latins et épouse deux princesses franques : Berthe de Sulzbach (belle-sœur de l'empereur germanique) en 1146, puis Marie d'Antioche en 1161.

L’Empire byzantin et la deuxième croisade

Dès qu'il s'est assuré du pouvoir, Manuel Ier Comnène reprend le projet avorté de son père : réprimer les incursions du sultan d'Iconium et rétablir la souveraineté byzantine sur la principauté franque d'Antioche. Il en est momentanément détourné par la deuxième croisade (1144-1148). À l'appel enflammé de Bernard de Clairvaux, le roi de France Louis VII et l'empereur germanique Conrad III se croisent et leurs armées traversent le territoire impérial en 1147. Tous deux échouent dans leur objectif : les troupes germaniques sont décimées par les Turcs en Asie Mineure, et le roi de France doit abandonner les siennes à Satalia (Antalya).

Les Normands

Le seul résultat de la croisade est de laisser aux Normands de Sicile leur liberté d'action. Le roi Roger II lance une attaque en profondeur contre l'Empire byzantin : il enlève Corfou et fait un raid audacieux jusqu'à Corinthe et Thèbes ; il ramène à Palerme les ouvriers de la soie qu'il y a fait prisonniers (1147). Pour se prémunir contre la coalition mise sur pied par Manuel Ier Comnène (dans laquelle figurent Venise et le Saint Empire romain germanique), Roger II entretient l'agitation des Serbes et des Hongrois contre l'Empire byzantin, et s'allie à la France et à la papauté. Manuel perd un appui précieux : le successeur de Conrad III, Frédéric Barberousse, s'oppose aux prétentions de Constantinople sur l'Italie, qu'il convoite pour son propre compte.

Profitant de la mort de Roger II (1154), Manuel entreprend la conquête de l'Italie méridionale. Les débuts sont prometteurs : en 1155, toute la région, d'Ancône à Tarente, est occupée par ses généraux. Mais la résistance s'organise ; Constantinople, abandonnée par Venise et le Saint Empire, est bientôt acculée à la défensive. Le roi de Sicile, Guillaume Ier, inflige une série de défaites aux armées byzantines, et contraint Manuel à signer un traité de paix en 1158.

L'Orient

Ces revers en Occident sont compensés par des succès en Asie Mineure. La Cilicie-Petite Arménie est réincorporée à l'Empire en 1158. À Mopsueste, Renaud de Châtillon, prince d'Antioche (1153-1160), vient s'humilier au pied du basileus et s'engage à honorer les dures conditions que lui dicte son suzerain. En 1159, Manuel fait son entrée solennelle à Antioche : l'objectif poursuivi sans interruption durant un demi-siècle est enfin réalisé.

Les campagnes des années suivantes sont dirigées contre le sultan d'Iconium ; ce dernier consent à traiter en 1161 et fait un séjour de trois mois à Constantinople. La paix recouvrée en Asie Mineure autorise Manuel à intervenir militairement en Hongrie et en Serbie. Cependant, le sultan rompt bientôt ses engagements. En 1176, Manuel met sur pied une puissante expédition contre Iconium, mais son armée est anéantie dans les défilés de Myrioképhalon, en Phrygie, le 17 septembre, et peu s'en faut que l'empereur lui-même ne soit fait prisonnier.

L'échec cuisant de Myrioképhalon met un terme à une politique dont les visées ambitieuses dépassaient de loin les moyens militaires et financiers de l'Empire byzantin.

L'effondrement

La glorieuse dynastie des Comnènes finit dans l'anarchie. Le jeune Alexis II Comnène n'ayant que douze ans, sa mère Marie d'Antioche assume la régence (1180-1182) ; son gouvernement maladroit mécontente toutes les couches de la société. En 1182, la haine des Byzantins contre les Occidentaux se soulage dans un grand massacre de marchands latins de la capitale. La population remet le pouvoir à Andronic Comnène (1182-1185).

Cet aventurier ambitieux, qui ne manque pas de qualités d'homme d'État, se débarrasse promptement de ses rivaux : l'impératrice Marie est étranglée dans son cachot et le jeune basileus dans son lit en 1183, et le souverain sexagénaire épouse la veuve de sa victime, Agnès de France, âgée de douze ans. La politique intérieure d’Andronic Comnène marque une réaction violente contre tous les abus dont souffrait l'État. Les membres de l'aristocratie sont impitoyablement exécutés, incarcérés ou bannis ; la vénalité des charges est abolie ; les extorsions des fonctionnaires du fisc et de la justice sont sévèrement réprimées. Mais le régime qu'Andronic fait peser sur l'Empire lui aliène rapidement les esprits, et la foule qui l'avait acclamé comme le sauveur de l'Empire en 1182 le dépèce littéralement le 12 septembre 1185.

La dynastie des Anges

Isaac II Ange

On donne pour successeur à Andronic Comnène un membre de la noblesse, Isaac Ange, devenu brusquement célèbre pour avoir sabré le ministre de la police du tyran. Sous son règne (1185-1195), tous les vices qui gangrenaient l'État reprennent de plus belle, et l'affaiblissement de l'autorité centrale s'accentue. Les Normands, qui ont occupé Thessalonique et les provinces occidentales en 1185, sont refoulés. En revanche, les Bulgares se révoltent et créent en 1186 un nouveau royaume indépendant, dont Constantinople est obligée de s'accommoder. En 1189-1190, les croisés germaniques de Frédéric Barberousse traversent le territoire impérial, qu'ils traitent en pays conquis. Durant les dernières années de son règne, Isaac II Ange tente vainement d'imposer son autorité aux Serbes et aux Bulgares.

Le sac de Constantinople par les croisés

Isaac II Ange est détrôné par son frère aîné Alexis III Ange (1195-1203), dont l'impuissance précipite la décadence de l'État. Constantinople, que l'empereur germanique Henri VI avait envisagé de subjuguer, est la victime de la quatrième croisade (1201-1204), mise en branle par le pape Innocent III. Le vieux doge Enrico Dandolo met la grande entreprise au service des intérêts mercantiles de la république de Venise.

Le plan du Vénitien reçoit le concours inespéré du fils d'Isaac II détrôné (le futur Alexis IV Ange) : le jeune prince propose aux croisés de l'aider à renverser son oncle usurpateur et les allèche par de belles promesses. Et c'est ainsi que la flotte des croisés s'en vient défiler sous les murailles maritimes de Constantinople le 24 juin 1203. La ville tombe entre leurs mains le 17 juillet, et Isaac II et son fils Alexis IV Ange (1203-1204) recouvrent le trône. Mais ils ne peuvent honorer les promesses faites aux croisés et sont renversés par Alexis V Murzuphle. L'avènement de ce nouvel usurpateur précipite la chute de Constantinople. Les croisés, las d'être lanternés, se partagent l'Empire byzantin en mars 1204 et, le 12 avril suivant, escaladent les murailles. Ils fondent l’Empire latin de Constantinople, lequel, après quelques années de prospérité, va végéter un demi-siècle (1204-1261).

Le repli : l'empire de Nicée

Au moment où les barons francs et les Vénitiens procèdent au partage du butin, des princes byzantins en fuite créent des principautés : Théodore Lascaris à Nicée, Michel Ange en Épire, Alexis et David Comnène à Trébizonde. C’est la première de ces principautés qui restaurera l'Empire byzantin.

Théodore Ier Lascaris (1204-1222) s'emploie d'abord à assurer la survie de son petit État nicéen, dont la création gêne autant les seigneurs byzantins du voisinage que les Latins, qui entendent entrer en possession de leurs fiefs d'Asie Mineure. Cependant, du fait des interventions répétées du tsar bulgare Jean II Kalojan dans les Balkans, Théodore Lascaris parvient à asseoir progressivement son autorité et organise sa principauté sur le modèle de l'ancienne Constantinople, dont il se prétend l'unique empereur légitime (1208). Sa victoire inattendue sur le sultan d'Iconium en 1211 avive ses ambitions. En 1214, il annexe une large bande de territoire le long de la mer Noire au détriment des Comnènes de Trébizonde. La même année, les Latins reconnaissent tacitement l'existence de son royaume, et, en 1219, il signe un accord commercial avec Venise.

Son successeur, Jean III Doukas Vatatzès (1222-1254), consolide la position de la principauté et prend pied en Thrace, où il occupe Andrinople. Il en est refoulé par son rival Théodore Ange et le tsar bulgare, qui, chacun pour son compte, poursuivaient le même objectif : supplanter les Latins à Constantinople. Mais les événements favorisent l'empereur de Nicée : l'armée de Théodore Ange est écrasée à Klokotnica en Thrace, en 1230, par les Bulgares de Jean III Asen II ; ce dernier meurt en 1241, et son royaume est peu après contrôlé par les Mongols de la Horde d'Or. Jean III Doukas Vatatzès n'a désormais plus de compétiteur à sa mesure : il étend son autorité de la Thrace à la Macédoine. En 1242, Thessalonique reconnaît sa souveraineté, et il occupe la ville en 1246. À sa mort, l'empire de Nicée a plus que doublé, et toutes les conditions sont réunies pour le rétablissement de l'Empire byzantin.

Son fils Théodore II Doukas Lascaris (1254-1258), souverain très cultivé et homme d'action, conserve dans son intégrité l'héritage paternel et pratique à l'intérieur une politique anti-aristocratique. À sa mort, la noblesse relève la tête : un de ses représentants les plus en vue, Michel Paléologue, est nommé régent, et ses pairs en font un associé du jeune Jean IV Doukas Lascaris (1258-1259). L'Empire, menacé par une coalition de la Sicile, de l'Épire et de l'Achaïe, est sauvé à la bataille de Pelagonia (1259). Contre Venise, il signe un accord avec Gênes (mars 1261), qui promet son appui militaire en échange de privilèges commerciaux. Constantinople, vide de défenseurs, est enlevée pratiquement sans coup férir par le général Alexis Strategopoulos (25 juillet 1261).

La dynastie des Paléologues

Michel VIII Paléologue

Empereur associé au trône, Michel VIII Paléologue (1259-1282) fait son entrée solennelle dans la capitale restaurée, Constantinople, le 15 août 1261. Il reçoit la couronne impériale en la basilique Sainte-Sophie. Quelques mois plus tard, il fait aveugler l'héritier légitime, Jean IV Lascaris. La nouvelle dynastie des Paléologues va diriger l'Empire jusqu'à sa chute.

L'Empire restauré n'est de fait qu'un pâle reflet de l'Empire d'antan : les villes maritimes italiennes contrôlent les eaux byzantines ; les Serbes et les Bulgares ont grignoté la péninsule des Balkans ; des princes grecs et latins se sont partagé la Grèce. En Occident, les puissances qui ont soutenu l'Empire latin n'aspirent plus qu'à la destruction du nouvel Empire grec. Le danger le plus menaçant vient du roi de Sicile, Charles Ier d'Anjou (frère du roi de France), qui a pris la tête d'une vaste coalition regroupant l'Achaïe, l'Épire, la Thessalie, la Serbie et la Bulgarie.

Pour prendre à revers les puissances balkaniques, Michel VIII Paléologue noue des alliances matrimoniales avec la Hongrie et les Tatars de la Horde d'Or. Contre Charles d'Anjou, il se tourne vers Rome et propose à la papauté d'entamer de nouvelles négociations sur l'union des Églises latine et grecque – afin de s’assurer du soutien des papes contre toute attaque occidentale de l'Empire byzantin. Sommé par le pape Grégoire X de passer aux actes, Michel VIII Paléologue se résout à signer l'union au concile de Lyon (juillet 1274).

Fort de ce soutien, l'Empire byzantin lance aussitôt une grande offensive contre les principautés grecques et franques de Grèce, et reprend l'avantage dans la mer Égée. Mais le peuple et le clergé byzantin ne souscrivent pas à la politique unioniste du souverain à laquelle ils opposent une résistance acharnée : l'empereur, qui voit dans l'union des Églises une nécessité politique vitale pour l'Empire, écarte sans pitié tous les récalcitrants.

La paix avec les puissances occidentales est remise en question avec l'avènement du pape Martin IV (en 1281), qui appuie ouvertement les plans de conquête du roi de Sicile. La menaçante coalition occidentale est réactivée. Cependant, Michel VIII Paléologue exploite le mécontentement de la population sicilienne et s'abouche avec le roi Pierre III d'Aragon : la révolte à Palerme, le 30 mars 1282, et la domination angevine en Sicile sont étouffées dans le sang des « Vêpres siciliennes ». Quand Michel VIII Paléologue meurt en décembre de la même année, la menace occidentale a disparu.

Les successeurs de Michel Paléologue

Les empereurs

Andronic II Paléologue (1282-1328), souverain cultivé et capable, est dépassé par les événements : le trône lui est disputé par son petit-fils Andronic III, qui s'empare de la capitale en 1328 et règne jusqu'en 1341. Ce dernier laisse le trône à son fils, Jean V Paléologue, un enfant de neuf ans, dont le règne sera le plus long (1341-1391), mais aussi le plus tragique de toute l'histoire byzantine : au terme d'une longue guerre civile (1341-1347), le général Jean Cantacuzène évince l'impératrice régente Anne de Savoie et règne de 1347 à 1354. Contre les Turcs, Jean V Paléologue sollicite le secours de la papauté et des royaumes d'Occident : il fait le voyage de Hongrie en 1366 et de Rome en 1369, où il adopte le catholicisme ; à Venise, il est retenu comme débiteur insolvable (1370-1371). Il termine sa vie abreuvée d'épreuves en 1391. Son fils Manuel II Paléologue lui succède (1391-1425). Constantinople est assiégée par le sultan ottoman Bayezid Ier de 1394 à 1402, et l'empereur se rend à Venise, Paris et Londres (1399-1402) quérir du secours, mais n'obtient que de vagues promesses. Son fils Jean VIII Paléologue (1425-1448), pressé par les Turcs ottomans, entreprend de nouvelles négociations en vue de l'union des Églises, condition préalable d'un secours occidental. Elle est scellée au concile de Florence en 1439, mais elle est rejetée par le peuple byzantin. Son frère Constantin XI Paléologue lui succède comme empereur en 1449 : il succombe les armes à la main au moment de la prise de Constantinople par les Ottomans de Mehmed II, en 1453.

Les causes de la décadence

L'affaiblissement spectaculaire de l'Empire byzantin aux xive s. et xve s. ne s'explique pas uniquement par les conflits armés à l'intérieur et à l'extérieur ; des vices graves minent également le corps de l'État. La grande propriété civile et ecclésiastique ne cesse de croître et se soustrait de plus en plus à l'autorité centrale. Le fossé entre nantis et petit peuple ne cesse de s'approfondir, source de graves déséquilibres sociaux. L'armée est composée presque exclusivement de mercenaires étrangers, et les effectifs sont extrêmement réduits. Constantinople renonce à l'entretien (trop onéreux) d'une puissante flotte de guerre et se repose sur la puissance maritime de ses alliés génois. La monnaie byzantine subit plusieurs dévaluations qui entraînent des hausses de prix et la chute de son crédit international traditionnel. Le budget de l'État a fondu, et une partie des finances publiques sert à acheter des concours ou une paix qu'on ne peut assurer par les armes.

Les guerres civiles

En 1318 éclate un conflit entre l’empereur Andronic II et son petit-fils (futur Andronic III) : des sbires à la solde du jeune prince tuent par méprise son frère Manuel, et ce meurtre provoque la colère du vieil empereur, qui prive son petit-fils de ses droits au trône. En 1321, ce dernier rejoint ses nombreux partisans, en tête desquels se trouve Jean Cantacuzène, rassemblés à Andrinople, et marche sur la capitale. L'empereur capitule et se résigne à un partage du territoire impérial. Une guerre ouverte éclate, et chacun des partis fait appel aux étrangers, Serbes et Bulgares. Andronic III enlève Constantinople et détrône son grand-père en 1328.

La mort d'Andronic III en 1341 déclenche une seconde guerre civile, plus désastreuse que la précédente. Son épouse Anne de Savoie doit exercer la régence au nom de Jean V Paléologue, un enfant de neuf ans, mais Jean Cantacuzène, l'ami intime du défunt, agit d'autorité en tuteur du jeune basileus. Deux partis se créent qui se livrent une lutte féroce durant six ans, dont profitent surtout Serbes, Bulgares et Turcs. Jean Cantacuzène se fait proclamer empereur en Thrace en 1341. Une grave crise sociale (massacre des aristocrates en Thrace et à Thessalonique) et une querelle religieuse passionnée (hésychasme) approfondissent davantage le fossé entre les clans ennemis. Contre le pouvoir central, Jean Cantacuzène sollicite le concours du prince serbe Étienne IX Uroš IV Dušan, mais leur alliance est éphémère ; l'usurpateur fait alors appel à l'émir Umur beg, puis au chef turc-ottoman Orhan Gazi, auquel il accorde la main de sa fille Théodora (1345). Appuyé par des contingents turcs, il prend rapidement l'avantage et s'empare de Constantinople en 1347. La guerre civile se rallume entre les deux empereurs Jean V Paléologue et Jean Cantacuzène, le premier aidé par les Serbes, le second par les Turcs. En 1354, Jean Cantacuzène est contraint d'abdiquer.

Jean V Paléologue, retenu à Venise en 1370-1371, n'est pas soutenu par son fils (futur Andronic IV), qui exerce la régence à Constantinople ; ce dernier se rebelle contre son père en 1373, et le détrône à l'instigation des Génois en 1376. Jean V Paléologue récupère le pouvoir en 1379 avec l'agrément du Turc ottoman Orhan Gazi. Andronic IV se révolte encore en 1385 ; il est imité par son fils Jean VII, qui s'empare du trône impérial en 1390, poussé par l’Ottoman Bayezid Ier (dont l’État est devenu un sultanat). Il en est dépouillé par Manuel II Paléologue, dont le règne (1391-1425) clôt l'ère des guerres civiles.

Les Serbes

Dans le même temps, les États grecs séparatistes d'Épire et de Thessalie s'épuisent dans des luttes continuelles, et la seule rivale sérieuse de Constantinople dans les Balkans est la Serbie. Le kral Étienne VI Uroš II Milutin s'empare en 1282 de Skopje, et lance des attaques répétées en direction de la Macédoine ; marié en 1299 à une petite-fille d'Andronic II, il reçoit en dot toute la région située au nord d'Ohrid. En 1330, les Serbes écrasent les Bulgares alliés de Constantinople à Kjustendil.

Le kral Étienne IX Uroš IV Dušan (1331-1355) profite de la décomposition de l'État byzantin pour arrondir ses domaines ; il enlève les principales places fortes de la Macédoine et s'avance jusqu'à Thessalonique (1334). La guerre civile (1341-1347) qui désole l'Empire byzantin favorise ses desseins expansionnistes. Les provinces d'Épire et de Thessalie récupérées par Jean Cantacuzène tombent en son pouvoir, et le royaume d’Étienne IX s'étend du Danube au golfe de Corinthe et de la mer Adriatique au Struma et à la mer Égée. En 1346, il se fait couronner à Skopje et prend le titre d'empereur des Serbes et des Grecs. Mais après sa mort en 1355, son empire s'émiette en principautés indépendantes. Le prince Lazare Hrebeljanović tente avec le souverain de Bosnie d'enrayer la progression des Turcs ottomans, mais leurs armées sont écrasées à la bataille de Kosovo (15 juin 1389).

Les Turcs ottomans et la chute de Constantinople

L'invasion mongole qui déferle sur l'Asie Mineure orientale au milieu du xiiie s. refoule en direction de l'ouest plusieurs tribus turques. L'une d'elles s'installe dans la province de Bithynie : son chef Osman Gazi sera le fondateur de la dynastie ottomane. Pour contenir les nouveaux envahisseurs, Constantinople enrôle des contingents alains et catalans. La Grande Compagnie catalane conduite par Roger de Flor fait merveille contre les Turcs ottomans (1304), mais elle ne tarde pas à se retourner contre ses employeurs. De Gallipoli où ils se sont retranchés, les Catalans ravagent la Thrace. En 1307, ils se transportent en Macédoine, puis en Grèce, semant partout la dévastation. Ils s'emparent d'Athènes et fondent en Attique un duché catalan qui durera plus d'un demi-siècle.

Les Catalans partis, l'armée impériale est impuissante à contenir les Turcs : Brousse tombe en 1326 et devient la capitale des Ottomans, Nicée est perdue en 1331 et Nicomédie en 1337. L'État ottoman en pleine expansion intervient dans la guerre civile byzantine, tour à tour appelé par l'un ou l'autre parti. En 1352, les Turcs ottomans prennent pied en Europe ; ils s'emparent de Gallipoli en 1354, d'où ils s'élancent à la conquête de la Thrace. Ils enlèvent Andrinople (1361 ou 1362), qui leur sert de point d'appui pour la conquête méthodique des Balkans ; Philippopoli est conquise en 1363. Les Serbes sont écrasés à Černomen en 1371, et la Macédoine passe sous la suzeraineté du sultan ottoman. Les principales villes de la péninsule succombent : Sérres (Serrai), Sofia, Niš, Thessalonique en 1387, Tărnovo en 1393. Les Serbes sont vaincus à Kosovo en juin 1389. Constantinople est assiégée par le sultan Bayezid Ier de 1394 à 1402, et délivrée grâce à la campagne des Mongols de Tamerlan (Timur Lang) en Anatolie.

Ce désastre vaut à Constantinople deux décennies de répit. La capitale est de nouveau investie par le sultan Murad II en 1422 ; Thessalonique, restituée aux Byzantins en 1403 et cédée aux Vénitiens en 1423, succombe définitivement en 1430. La croisade occidentale organisée en 1444 pour secourir l’Empire byzantin subit le même sort que celle de 1396 : elle est anéantie à Varna.

L'avènement du sultan Mehmet II (en 1451) précipite la chute de l’Empire byzantin. Une puissante armée ottomane bivouaque sous les murs de Constantinople au début d'avril 1453 ; l'artillerie turque a raison de la solidité des remparts byzantins, et, le 29 mai, les janissaires escaladent les remparts. Le centre de l'État byzantin va devenir celui de l'Empire ottoman. Avec la conquête du despotat grec de Morée en 1460 et du royaume de Trébizonde en 1461, il ne reste plus rien de l'Empire chrétien d’Orient.

LITTÉRATURE

L’héritage

La littérature byzantine représente moins une rupture avec l'hellénisme qu'une continuation avec des apports nouveaux. Sans doute la production ne demeure-t-elle pas égale, mais la littérature byzantine est la preuve de la permanence de l'intellectualité dans le monde hellénique ; elle constitue aussi l'une des grandes littératures de l'Europe médiévale, la première apparue, qui vaut tant pour elle-même que pour les relations de pensée entre les pays de culture et de langues différentes dont se compose le Moyen Âge.

La littérature byzantine, tout d'abord, est l'héritière de la tradition grecque antique. L'empire de Constantinople, s'il est politiquement issu de Rome, est grec de sentiment et d'intellectualité. La continuité de la langue donne aux Byzantins accès aux œuvres anciennes, dont ils font la base de l'éducation.

Par ailleurs, la civilisation byzantine est tout imprégnée de christianisme, ce qu'elle doit à la littérature grecque chrétienne des quatre premiers siècles de notre ère, qui a contribué à diffuser et à formuler le message et les dogmes de la nouvelle religion. Les Byzantins, passionnés de religiosité, épris tantôt de mystique, tantôt de raisonnement, sont parvenus à identifier hellénisme et christianisme, et à considérer le christianisme comme un fait spécifiquement grec.

L'attachement des lettres byzantines à la double tradition antique et chrétienne a eu sur l'expression linguistique une importante conséquence, encore sensible aujourd'hui : la recherche de l'archaïsme dans l'écriture littéraire, à des degrés variables, corroborée par les usages savants de la langue des institutions.

De l'hellénisme au byzantinisme (ive et ve s.)

Trois traits caractérisent la période couvrant les ive et ve s., qu'on peut qualifier de prébyzantine. La culture se répartit entre plusieurs centres : à côté de Constantinople, il y a la Grèce continentale (avec Athènes et Thessalonique), l'Égypte et l'Asie Mineure (notamment la Syrie, la Palestine, la Cappadoce). En outre, le latin est encore langue officielle : la concurrence du grec n'aboutira que deux siècles plus tard à une complète hellénisation. Enfin, la production littéraire présente parallèlement une double inspiration : païenne et chrétienne ; la première prolonge la pensée antique en un ultime éclat par la philosophie, la rhétorique, l'histoire, la poésie, le roman ; la seconde, remarquable surtout au ive s. avec les auteurs sacrés (les Cappadociens Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome d'Antioche), va réaliser progressivement la fusion du christianisme et de l'hellénisme en pénétrant peu à peu dans les genres littéraires profanes.

La philosophie ne se sépare pas de la théologie. Elle lutte contre les doctrines païennes, mais elle se trouve engagée, sur son propre dogme, dans un conflit au sujet de la personne du Christ. L'école d'Antioche insiste sur sa nature humaine, celle d'Alexandrie sur sa nature divine. Chacune de ces thèses a son défenseur : Nestorius (Homélies, traité du Théopaschite) donne son nom au nestorianisme, doctrine d'Antioche que condamne le concile d'Éphèse ; tandis que Cyrille d'Alexandrie (vers 376/380-444), lui-même inquiété pour ses idées, se réhabilite en défendant le christianisme contre les idées de Julien l'Apostat (331-363) et contre les hérésies (Catéchèses). Par ailleurs, à la violence des affrontements doctrinaux s'oppose une théologie plus édifiante, tournée vers la spiritualité et l'ascèse avec Palladios le Galate (vers 363-vers 431) [Histoire lausiaque] et Marc l'Ermite (Sur la loi spirituelle).

L'historiographie, qu'avait créée et illustrée Eusèbe de Césarée (vers 265-340), retrouve sa faveur auprès d'érudits tels que Socrate et Sozomène, qui continuent l'histoire ecclésiastique. Théodoret de Cyr, historien de l'Église pour la période de 323 à 429, est également historien des idées quand il étudie les hérésies et quand il compare les thèses des écoles helléniques et des écoles chrétiennes au profit de ces dernières.

La littérature de caractère sentimental fait son apparition dans la production chrétienne. Le roman, issu de l'épopée et du roman païen, vient s'ajouter à la littérature des idées et des événements, et faire diversion avec elle. Le récit en vers de l'impératrice Athénaïs Eudoxie (?-460) [Cyprien d'Antioche] est le premier « roman chrétien » : l'atmosphère du roman profane cède devant une vision de l'univers sensible à la nature humaine.

Le théâtre a longtemps continué les mimes romains, mais il n'en reste rien. Au contraire, le théâtre savant a servi à la propagande et aux polémiques théologiques. La manifestation la plus célèbre est le Christ souffrant, récit de la Passion avec dialogues et chœurs, dont les parties lyriques inspirèrent les mélodes.

À la fin du ve s., la pensée byzantine est déjà fortement élaborée. L'esprit théologique règne sur l'ensemble de l'activité intellectuelle. Si le paganisme se maintient encore, le christianisme s'efforce de l'éliminer et de conquérir toutes ses positions.

Première réalisation de la pensée byzantine (vie-xe s.)

Introduction

C'est à partir du moment où Constantinople exerce une action centralisatrice en tous domaines dans l'Empire que triomphe le « byzantinisme ». L'activité créatrice s'ordonne selon une certaine hiérarchie, au sommet de laquelle se situent les genres qui traitent des concepts théologiques et philosophiques ; viennent ensuite ceux qui ont trait à la vie religieuse dans le comportement humain ; enfin les genres profanes font diversion à l'austérité des précédents.

La pensée païenne cède définitivement devant le christianisme, que soutient l'Empire et dont il est lui-même le soutien (fermeture par Justinien des écoles philosophiques d'Athènes en 529). La vie intellectuelle se concentre dans la capitale. La production se manifeste d'abord avec éclat, se stabilise pendant deux siècles, pour connaître une nouvelle renaissance à la fin de la période.

Le vie s.

La littérature religieuse, abondante, atteste trois formes. Doctrinale (contre les hérésies nestorienne ou monophysite), elle trouve en Léontios de Byzance (vers 485-vers 542) un grand théologien, qui, par l'alliance du platonisme et de l'aristotélisme, fonde véritablement la scolastique byzantine. Un courant ascétique se développe dans le même temps : mysticisme populaire d'un Johannes Moschos (?-619) [le Pré spirituel], d'une part, mysticisme élevé, de l'autre, avec Jean Climaque (vers 579-vers 649) [l'Échelle spirituelle]. Cette création de prose est complétée par la haute poésie des mélodes, dont le plus célèbre est Romanos (ou Rhômanos) auquel on doit une riche production hymnographique.

La chronique et l'histoire rattachent à l'univers chrétien le monde profane pénétré de religiosité. Si les historiens religieux (Théodore le Lecteur, Evagre) ne font guère que continuer l'œuvre de leurs prédécesseurs en étudiant l'histoire ecclésiastique, les historiens profanes sont plus variés et originaux. Jean le Lydien (essai sur les Magistratures) et surtout Procope de Césarée (?-vers 562) [Histoire des guerres, Traité des édifices, Histoire secrète] sont les figures les plus attachantes de cette époque. La chronique est plus spécialement représentée par Hésychius de Milet et Jean Malalas. Voyageurs et géographes (tels Cosmas Indikopleustês, l'Exploration des mers indiennes) complètent l'œuvre historique.

Les viie et viiie s.

Les viie et viiie s. consolident les résultats de la production du siècle précédent malgré les difficultés qu'éprouve l'Empire à l'extérieur (recul devant les assauts étrangers) et à l'intérieur (crises religieuses du monothélisme et de l'iconoclasme).

Dans la production religieuse, l'orthodoxie a des défenseurs en Maxime le Confesseur (vers 580-662), mystique autant que philosophe, et en Anastase le Sinaïte, plus nettement scolastique. L'hagiographie est représentée par Léontios de Néapolis, et l'hymnographie par André de Damas, archevêque de Crète. L'iconoclasme est combattu par le patriarche Nicéphore (vers 748-829) et par Théodore le Stoudite (759-826). Mais c'est en Jean Damascène (?-vers 749) que la théologie byzantine trouve sa plus complète expression : philosophe (Source de la connaissance, Sur la doctrine orthodoxe) autant que poète (Hymnes, Canons, Nativité), il est avant le schisme le théologien de l'Orient que l'Occident ne reniera pas.

Dans la production profane, très imprégnée de religiosité, la chronique l'emporte sur l'histoire. Georges de Pisidie met en vers la Genèse, de même qu'il raconte sous forme d'épopée les expéditions de l'empereur Héraclius. Une poétesse, Cassia (ou Kassia), écrit des hymnes et des épigrammes. Le roman de Barlaam et Josaphat atteste des influences orientales par le goût du merveilleux et l'attrait du bouddhisme.

Les ixe et xe s.

Au redressement de la politique impériale correspond un renouveau des lettres aux ixe et xe s. Le goût de l'humanisme antique donne lieu à une véritable renaissance. Mais l'érudition et le culte des œuvres du passé ne se dressent pas contre le christianisme. Ainsi le patriarche Photios (vers 820-vers 895), esprit encyclopédique, qui crée en quelque sorte la critique littéraire dans son Myriobiblion (vaste compte rendu de ses lectures), reste le théologien orthodoxe, et incite à la rupture avec l'Occident romain : il contribue à former la conscience nationale dans l'Empire byzantin.

Nombreux sont les chroniqueurs. Érudits, ils édifient une philosophie de l'histoire – fait nouveau –, comme Théophane le Confesseur (vers 758-vers 818), soucieux de l'unité impériale et des principes capables de l'assurer, ou comme Georges le Moine (ou Hamartole), qui voit dans le pouvoir impérial une manifestation de la Providence.

Le goût de l'érudition, développé au xe s., est encouragé par les empereurs, souvent eux-mêmes écrivains et auteurs de traités (Léon VI le Sage, Nicéphore Phokas, Basile II). La philologie est illustrée par Suidas, auteur d'un précieux Lexique. Syméon le Métaphraste dresse une collection des Vies de saints. Constantin Képhalas compose l'Anthologie (dite Palatine) des meilleurs poèmes païens et chrétiens. Jean Cyriotis, tout en faisant œuvre d'érudit, est aussi poète et hymnographe, ce qui montre la diversité des créations chez un même esprit. De même, chroniqueurs et historiens sont volontiers théologiens ou moralistes : Syméon le Métaphraste, Théodore de Mélitène, Coméniatis, Léon le Diacre. L'œuvre de Constantin VII Porphyrogénète (905-959) présente le tableau le plus complet de l'époque du point de vue des coutumes, des institutions et de la civilisation (De l'administration de l'Empire et le Livre des cérémonies).

Les événements extérieurs, notamment la menace de l'islam, inspirent la poésie. Le xe s. voit le début des chants populaires, qui vont se répandre peu à peu sur tout le territoire hellénique. Un cycle épique se constitue autour du héros Digénis Akritas, dont il est fait un symbole ; par là, l'actualité rejoint la tradition, et le champ de la poésie s'étend de la production populaire orale à la littérature écrite et aux genres élevés.

C'est au xe s. également que se reconstitue le théâtre populaire de la liturgie. Les thèmes de la Vierge et du Christ donnent lieu à des jeux dramatiques célébrés dans les églises à l'occasion des grandes fêtes. La tradition s'est prolongée jusqu'au xve s. Mais le théâtre byzantin est demeuré religieux, au rebours du théâtre antique ou du théâtre occidental.

Nouvelle renaissance des lettres byzantines (xie-xve s.)

Introduction

Le relâchement provisoire de l'autorité impériale ainsi que les menaces extérieures permettent un développement de la pensée libre dans les lettres, alors que domine la philosophie platonicienne. Le redressement dû à la politique des Comnènes favorise une renaissance des lettres par un regroupement des activités, que suit une décentralisation, à laquelle succède une tendance contraire qui marque un dernier éclat avant la chute de l’Empire byzantin.

Les xie et xiie s.

Le schisme du xie s. a rendu définitive la rupture entre l’Orient chrétien (Constantinople) et l'Occident chrétien (Rome) : l'orthodoxie est devenue un élément national de l’Empire byzantin. Toutefois, l'humanisme tempère parfois la rigueur des positions théologiques.

Trois courants de pensée se développent parallèlement. L'un, plus philosophique que proprement théologique, pénétré de rationalisme, est représenté par Michel Psellos (1018-1078), prodigieux érudit à l'œuvre immense (Chronographie, Lettres, Démonologie). À ce mouvement s'oppose le mysticisme de Syméon le Nouveau Théologien, auteur des Amours des hymnes divines, traité d'ascèse spirituelle et de contemplation. Un troisième courant, moralisateur, ramène au réalisme et à l'action avec Kékavménos (Stratêgikon), qui définit la conduite du citoyen et du soldat défenseur de Constantinople.

L'avènement des Comnènes restaure l'autorité impériale, qui reprend le contrôle des activités littéraires : l'orthodoxie, protégée des hérésies des Bogomiles et des Pauliciens, s'accommode d'un humanisme qui ne la heurte pas systématiquement.

La philosophie a des défenseurs, par exemple en la personne de Jean Italos, néoplatonicien, et d'Eustratios de Nicée (vers 1050-vers 1120), plus aristotélicien. Elle suscite, par ailleurs, des réactions chez des mystiques comme Nicétas Stéthatos (le Paradis intelligible) et Callistos Cataphigiotis (Chapitres sur la vie contemplative), et chez des moralistes comme Théophylacte (Institution royale) ou Eustache de Thessalonique (De la simulation, étude des caractères humains).

L'historiographie compte de grands écrivains. Anne Comnène, fille de l'empereur Alexis, écrit la chronique du règne de ce souverain (Alexiade). Michel Choniate (1140-vers 1220) défend dans ses Discours les droits de l'hellénisme. Son frère Nicétas rédige l'Histoire de Byzance au xiie s. Le pessimisme apparaît chez les historiens qui pressentent la fin de l'Empire (Eustache de Thessalonique, Jean Tzetzès), cependant que Jean Zonaras (?-vers 1130), Constantin Manassès (1143-1181), Glykas (?-vers 1204) restent fidèles à la chronique universelle plus ou moins officielle.

L'esprit satirique trouve sa place, à côté des grands genres, dans les Poèmes de Théodore Prodrome (1115-1166), type du poète de cour solliciteur et malheureux.

La littérature d'imagination donne naissance, d'une part, au roman courtois (Hysmine et Hysménias d'Eumathe Macrembolitos, Drosilla et Charichlès d'Eugénianos) et, de l'autre, aux adaptations de légendes indiennes ou persanes (Syntipas, Stéphanitis et Ichnélatis).

Le xiiie s.

La prise de Constantinople par les croisés (1204) a pour conséquence une décentralisation politique et littéraire.

Dans l'État de Nicée, la tradition philosophique se poursuit avec Nicéphore Blemmydès (1197-1272), conciliateur de Platon et d'Aristote, moraliste et éducateur. Deux de ses disciples sont des humanistes historiens et philosophes : Georges Acropolite (1217-1282) et Théodore II Lascaris (1222-1258).

À l'époque des croisades appartiennent les romans en vers de caractère chevaleresque (Belthandros et Chrysantza, Callimaque et Chrysorrhoe), qui complètent la production érudite.

À Trébizonde se crée au xiiie s. un centre culturel, au milieu des activités pratiques et commerciales de cette province. Mistra, dans le Péloponnèse, est un centre d'humanisme. En Épire, l'orthodoxie antilatine est défendue par Alexis Apokaukos (?-1345), Bardanès, Chomatène. Néanmoins, certains théologiens tentent un rapprochement avec le christianisme romain, d'où deux conceptions qui partagent la pensée hellénique.

Fin du xiiie-xve s.

La reprise de Constantinople aux croisés, de même que les efforts des Paléologues n'empêchent pas l'Empire byzantin de s'acheminer vers sa ruine (effective en 1453). La littérature, pourtant, demeure riche et atteste la diversité des courants de pensée qui, depuis longtemps, s'opposent.

Une renaissance littéraire est préparée par deux grands esprits, érudits historiens et philosophes : Georges Pachymère (vers 1242-vers 1310), hostile aux Latins, et Maximos Planude (vers 1260-1310), favorable à un rapprochement entre la pensée occidentale et celle de l'Orient. Cette opposition se poursuit au xive s. chez les disciples de ces penseurs, Théodore Métochite (1260-1332), quasi nationaliste, et Mélitèniotis, universaliste.

La crise religieuse de l'hésychasme vient diviser encore la pensée théologique : Grégoire Palamas (vers 1296-1359), dans ses Oraisons, et Cavasilas préconisent le mysticisme pur, que combattent Barlaam et Démétrios Cydonès (vers 1324-vers 1400).

L'hostilité aux Latins s'exprime chez Georges Gémiste Pléthon (vers 1355-vers 1450), tandis que le rapprochement est tenté par Gennadios (Georges Scholarios, vers 1405-après 1472) et Jean Bessarion (vers 1402-vers 1472).

L'histoire compte de grands écrivains : Jean VI Cantacuzène (Mémoires), Calliste Xanthopoulos (?-vers 1335) [Histoire de l'Église]. Jean Cananos (ou Kananos) et Jean Anagnotès décrivent les sièges de Constantinople en 1422 et de Thessalonique en 1430. L'Histoire de Romanie, de Nicéphore Grégoras (1296-1360), traduit la détresse de l'Empire. Doukas décrit la fin de l'Empire jusqu'en 1462, et Georges Phrantzês (1401-1478), après 1453, se lamente sur la chute de Constantinople.

Les contacts entre l’Empire byzantin et l'Occident ont favorisé les œuvres d'imagination et d'épopée : la Chronique de Morée tient de l'histoire et montre l'interpénétration de deux cultures. Ce caractère se retrouve dans le roman de Lybistros et Rhodamné. Mais les chansons populaires contemporaines vont répandre et vulgariser les thèmes de la production savante, et préparer l'avènement du lyrisme dans la poésie nationale quelques siècles plus tard.

La littérature byzantine ne disparaît pas avec l’Empire byzantin. Son héritage sera recueilli et préservera l'hellénisme sous la domination ottomane, en attendant l'indépendance. Elle reste indispensable à la connaissance du monde grec, dont elle constitue un élément original, ainsi qu'aux rapports de l'hellénisme avec l'Occident et l'Orient.

L'ART

En 330, la fondation par l'empereur Constantin Ier le Grand, sur le site de l'antique Byzance, d'une capitale portant son nom était la sanction d'un nouvel équilibre : l'Empire, en Occident, allait disparaître en 476 ; en Orient, il durerait jusqu'en 1453. C'est ce millénaire qui appartient à l'art byzantin.

Les prémisses de l’art byzantin

L’héritage

En 313, Constantin avait reconnu à la religion chrétienne une existence légale ; au sortir des plus dures persécutions (voulues par Dioclétien en 303-305), le christianisme triomphait. L'aide que l'empereur pensait avoir reçue du Christ lors de la bataille du pont Milvius (312), où il avait vaincu son compétiteur Maxence, l'avait amené à inscrire un signe chrétien (le chrisme) sur les boucliers de ses soldats, sur ses drapeaux, sur sa couronne même. Il n'était pas encore converti que déjà, contribuant à la réparation des églises détruites, entreprenant un vaste programme de constructions nouvelles, il prenait une part décisive à la constitution de l'art de l'Église victorieuse.

Constantinople avait été fondée comme une ville païenne. Le programme comportait des temples – dont l'empereur était, comme à Rome, le pontifex maximus (grand prêtre). Elle allait se développer comme une ville chrétienne, dont le centre serait le tombeau de l'empereur fondateur : un sanctuaire dédié aux saints apôtres, orné de leurs douze cénotaphes entourant le sarcophage de l'empereur, « égal aux apôtres ».

L'art chrétien, jusqu'ici, était resté modeste. Il n'avait d'ailleurs pas beaucoup plus d'un siècle : les premiers chrétiens avaient trop eu peur (des persécutions, du culte des idoles) pour songer à des représentations autres que des symboles. Puis s'était développé un art dont nous connaissons surtout les manifestations funéraires, qui était une simple utilisation chrétienne des techniques et des formules de l'art en place. Le nouvel art chrétien va disposer de moyens inespérés ; les basiliques chrétiennes vont s'élever partout, recevoir un décor grandiose et qui va se personnaliser. Il y aura une évolution chrétienne de l'architecture romaine, une transposition chrétienne de l'art romain.

Et cet art chrétien, du fait même des circonstances de sa naissance, aura deux caractères.

D'abord ce sera un art impérial. Le déploiement des cérémonies de l'Église, comme la floraison de son art, prendra naturellement modèle sur les cérémonies de la cour impériale, sur les formes inventées pour célébrer l'empereur – dieu lui-même la veille encore – et son triomphe sur ses ennemis. Cette étroite parenté entre les interprétations plastiques de la théologie chrétienne et l'art triomphal de Rome a été mise en évidence, et l'iconographie même de l'Ancien et du Nouveau Testament procède des reliefs historiques impériaux. La part même que l'empereur va prendre, immédiatement, dans la vie de l'Église – il présidera le concile de Nicée qui condamne l'arianisme – facilitera une ressemblance qui va parfois jusqu'à la confusion.

D'autre part, cette création de l'art chrétien triomphant, plus qu'à Rome, aura son centre sur le Bosphore. Les artistes ne s'inspirent pas des versions proprement romaines, si l'on peut dire, de l'art romain. À la porte de la Grèce, ils retrouvent des traditions hellénistiques profondes, qu'on verra à plusieurs reprises jaillir dans de véritables renaissances. À la porte de l'Asie, ils seront au contact d'autres traditions artistiques, venues de l'Iran sassanide, procédant d'ailleurs pour une part de la version asiatique de l'art hellénistique, celle dont les fouilles ont trouvé des témoins à Doura-Europos, sur l'Euphrate.

La période de gestation

Introduction

Certains font commencer l'art byzantin plus tard, au moment où les causes que nous venons de définir ont obtenu leur plein effet. Avant la fin du ve s., la puissance de Rome a disparu ; la capitale de l'empire d'Occident a été transférée à Milan, puis à Ravenne ; les Barbares ont triomphé. Au vie s., la reconquête byzantine de Justinien apporte, partout où elle se manifeste, un art dont la nouveauté s'impose. Jusque-là, l'art de l'Empire romain d'Occident avait continué sur lui-même, selon une évolution interne qui suffirait à expliquer le passage des formes du Bas-Empire à celles du haut Moyen Âge.

Quand on regarde les choses à partir de Constantinople, la valeur créatrice de changements parallèles apparaît mieux. Ce qui se prépare, c'est une transformation décisive et durable, dont l'apogée aura pour centre la capitale byzantine, et dont on pourra suivre ensuite les résonances lointaines.

L’architecture

Sous le règne de Constantin, l'architecture romaine continue. À Rome, l'empereur achève au Forum la basilique de Maxence – application à un autre programme des méthodes de construction du frigidarium des grands thermes. Il y a des thermes de Constantin qui ressemblent aux thermes de Dioclétien, un arc de Constantin qui ressemble à l'arc de Septime Sévère. Les édifices chrétiens eux-mêmes procèdent de formules connues. La basilique chrétienne, qui va en quelques dizaines d'années devenir tout autour de la Méditerranée l'édifice liturgique rituel, reproduit un des nombreux types de la basilique judiciaire romaine : un monument rectangulaire divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes et terminé par une abside. Les monuments commémoratifs élevés sur les lieux saints ou sur les tombes – du Christ, des apôtres, des martyrs – seront des rotondes ou des octogones, inspirés du plan des mausolées impériaux. Les grands ensembles de Jérusalem, de Bethléem, de Constantinople juxtaposeront ou combineront les deux schémas. On se réunit en cercle autour d'un mémorial ; on se tourne vers l'Orient pour la prière eucharistique. Les grandes basiliques romaines – Saint-Pierre de Rome d'abord, construite sur le « trophée » de l'Apôtre – essaieront de répondre à la fois aux deux exigences du programme par l'adoption du transept, qui se généralisera en Grèce et en Occident. Mais l'église primitive du Latran, cathédrale de Rome, n'avait pas de transept. Le baptistère, annexe de la cathédrale comme du martyrium, prendra lui aussi volontiers la forme d'une rotonde ou d'un octogone lorsqu'il aura un caractère architectural. Dans les villes comme dans les villages, l'église basilicale deviendra le monument essentiel.

Il est à remarquer que, sur le plan structurel, ces deux séries d'édifices sont très différentes. La basilique paléochrétienne est couverte en charpente, avec un toit à double pente sur la nef centrale, à simple pente sur les collatéraux. L'abside est voûtée en cul de four. L'introduction, vite généralisée, de l'arc sur colonnes accroît la légèreté de la structure. Les monuments à plan centré, au contraire, sont généralement voûtés : une coupole au centre, une voûte en plein cintre sur l'anneau du collatéral.

Et ces schémas se retrouvent, d’une manière quasi identique, tout autour de la Méditerranée. Il y a partout suffisamment de liberté entre les variantes possibles pour que les caractères locaux apparaissent seulement comme des préférences. Il faut ajouter toutefois le maintien des méthodes de construction traditionnelles, l'emploi des matériaux locaux, l'adaptation de telle ou telle forme de la liturgie. La voûte et la coupole apparaîtront d'abord dans des régions où le bois est rare : en Mésopotamie, les voûtes de brique ; en Asie Mineure ou en Arménie, les voûtes de pierre. Et le caractère comme la qualité du décor sculpté dépendront eux aussi, malgré l'échange constant des formes, des matériaux et des styles locaux.

Au-delà des monuments constantiniens, l'édifice chrétien le plus grandiose de cette période est le sanctuaire élevé, à Qalat Sim'an, en Syrie du Nord, autour de la colonne en haut de laquelle saint Siméon Stylite a vécu trente et un ans. Autour d'un octogone, quatre basiliques à trois nefs dessinent une grande croix orientée (480). L'ensemble a un caractère local très net.

La sculpture

La sculpture, pendant cette période, n'a guère été favorisée ; dans l'art religieux, elle a été limitée à la production de sarcophages à figures semblables à ceux qui avaient précédé la paix (la liberté du christianisme), quoique plus complexes. Le plus célèbre est celui de Junius Bassus dans les grottes vaticanes (359), avec ses scènes de la vie du Christ et des apôtres, présentées dans deux étages d'arcatures.

La sculpture impériale évolue rapidement : les bustes sont traités avec une volonté intense de stylisation qui a produit des œuvres impressionnantes, comme la statue de Barletta, figurant sans doute l'empereur Valentinien Ier. Les reliefs sont marqués de caractères nouveaux. Déjà, sur l'arc de Constantin, on trouve de longues scènes frontales, dont les personnages sont alignés face au spectateur. C'est plus net encore sur la base de la colonne de Théodose, à Constantinople : art triomphal qui figure l'empereur en majesté, au milieu de sa cour, dominant les Barbares vaincus et prosternés. Ce sont des schémas que retrouvera bientôt l'art chrétien : ainsi dans l'abside de Santa Pudenziana à Rome (vers 390).

La peinture et la mosaïque

Dans la peinture et la mosaïque, on voit apparaître, à côté des scènes isolées qui décorent encore, selon la tradition, la catacombe de la Via Latina (vers 350), les premiers grands cycles narratifs continus. Avant le milieu du ve s., une illustration de la vie de plusieurs prophètes, en petits tableaux successifs, fait partie de la décoration de Sainte-Marie-Majeure à Rome, dont l'arc triomphal évoque, selon des formules empruntées à l'art impérial, plusieurs épisodes de l'enfance du Christ.

Les monuments de la Constantinople du ive et du ve s. ont disparu. Nous ne pouvons donc pas saisir sur place l'évolution dont nous cherchons les traces : on les trouvera à Thessalonique, dans les mosaïques de Saint-Georges, où une série de saints s'alignent dans la coupole devant d'amples architectures imaginaires.

L'art sous Justinien

Introduction

C'est le règne de l'empereur Justinien (première partie du vie s.) qui devait apporter, en architecture comme en mosaïque, l'affirmation décisive d'un art renouvelé. Justinien, animé par l'ambition de restaurer l'Empire romain dans toute son étendue et dans toute sa puissance, a fait servir l'art à son prestige.

L’architecture justinienne

Les formules architecturales

En généralisant l'emploi de la coupole, en jouant avec audace et liberté des différentes formules qui permettent de faire porter un dôme par quatre supports isolés, les architectes justiniens ont créé des monuments incomparables, et aussi mis à la disposition de leurs successeurs des formules qui, simplifiées, forment le vocabulaire propre de l'architecture byzantine.

Les grandes coupoles romaines étaient posées sur de puissants cylindres qui en supportaient aisément le poids et en résorbaient les poussées (cas du Panthéon de Rome). Le problème que vont traiter systématiquement les architectes byzantins est autrement délicat. La coupole repose sur quatre piliers, isolés ou non, et sur quatre arcs. Ainsi posée, elle a tendance à s'écraser et à chasser vers l'extérieur arcs et piliers. Il faut donc maintenir les arcs debout en opposant aux poussées de la coupole des forces équivalentes. Ainsi pourra-t-on prolonger les arcs vers l'extérieur par des voûtes en berceau de même diamètre, et on obtiendra un plan en croix. Ainsi pourra-t-on ouvrir derrière chaque arc une demi-coupole de même diamètre, posée sur un mur rond continu, qui assurera l'équilibre du baldaquin central et donnera un monument en quatre-feuilles. À la rigueur, on peut se contenter de placer en arrière des piliers des contreforts, nécessairement massifs et encombrants. On peut encore disposer derrière les arcs quatre autres coupoles, dont les forces se neutraliseront pour une part avec celles de la coupole centrale et pourront ensuite être équilibrées par des artifices secondaires : contreforts et voûtes sur les collatéraux.

Tous ces plans ont été réalisés au cours de la longue histoire de l'art byzantin – tantôt libres, tantôt enveloppés dans un rectangle. Mais la basilique avait gardé son prestige. Il en résulte, dès le départ, une tendance à marquer dans l'édifice un axe préférentiel. Autour de la coupole, des résistances égales, symétriques, aboutissent à un carré. Si on veut allonger l'axe est-ouest, il faut varier les supports : avoir, par exemple, une abside à l'est, deux voûtes en berceau au nord et au sud, sur les bras du transept. Pour la nef occidentale, il faudra improviser des solutions si on veut lui maintenir une certaine largeur et des collatéraux. On aboutit dans beaucoup de cas à une simple dissymétrie du plan central de base, mais aussi, à la limite, à créer de véritables basiliques à coupole. Plusieurs édifices construits sous Justinien ont ce caractère mixte et représentent des recherches et des solutions presque individuelles.

Certes, dans certains cas, les plans sont restés strictement centralisés. Deux des monuments majeurs de cette période, Saints-Serge-et-Bacchus à Constantinople, San Vitale à Ravenne, sont des octogones à collatéraux. Grâce à des absidioles portées par deux étages de colonnes et d'arcades, les piliers peuvent être allégés sans que l'équilibre soit compromis ; et l'édifice, complexe, élancé, offre des perspectives imprévues et charmantes.

Ailleurs, au contraire, l'église reste d'abord une basilique, comme à Sainte-Irène de Constantinople ou dans la seconde cathédrale de Philippes, en Macédoine. La nef occidentale a gardé son aspect, avec ses collatéraux à colonnades, mais ils comportent des tribunes et des voûtes qui viennent soutenir, au-dessus du vaisseau central, une vaste coupole surbaissée. Au-dessus du chœur, un carré couvert d'une haute coupole ronde précède l'abside. Des voûtes en berceau, perpendiculaires à l'axe, assurent l'équilibre au nord et au sud. Ces formules, qui modifient peu les plans, apportent au contraire une transformation profonde dans l'aspect intérieur de l'édifice, qui se développe en hauteur et reçoit une lumière plus riche des fenêtres percées à la base des coupoles. À l'extérieur, de même, il y a peu de rapports entre la rigidité des anciennes basiliques, avec leurs horizontales rigoureuses, et les étagements complexes des voûtes et des coupoles qui donnent aux monuments un schéma pyramidal.

La basilique Sainte-Sophie de Constantinople

Le chef-d'œuvre de l’architecture justinienne est la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Pour le siège du patriarcat, Justinien a ouvert à ses architectes un crédit illimité. Anthémios de Tralles et Isidore de Milet étaient d'abord des ingénieurs, et leur église est le résultat d'un savant calcul. Il s'agissait de porter jusqu'à 55 m de hauteur une coupole de 32 m de diamètre – à l'image de celle du Panthéon de Rome – en la posant sur quatre piliers et quatre arcs.

À l'est comme à l'ouest, on soutint ce baldaquin en appuyant aux arcs deux demi-coupoles de même diamètre. La longueur de base du monument se trouvait donc égale à deux diamètres, soit 64 m, plus une abside saillante et un porche. Par un procédé renouvelé de San Vitale et des Saints-Serge-et-Bacchus, des absidioles à colonnes, s'ouvrant sous les deux demi-coupoles, accroissaient la surface utile de la nef. Au nord et au sud, au contraire, les arcs étaient supportés directement par un mur, avec deux étages de colonnes. On retrouvait ainsi l'aspect d'une nef basilicale, avec tribunes, infiniment plus large, plus ouverte, plus haute que toutes les autres, plus variée aussi, dans sa structure et dans sa couverture, plus unie surtout, malgré tous les procédés complexes d'équilibre que cachaient ses parois ajourées. C'est que les murs latéraux ne suffisaient pas à porter les arcs et les coupoles – même avec le secours des deux étages de voûtes d'arêtes les contrebutant. Il avait fallu introduire, de part et d'autre, deux colossaux contreforts (qui n'ont pas empêché l’effondrement de la coupole avant la fin du vie s.). On la reconstruisit en prenant moins de risques ; et, au long des siècles, on continua de renforcer les contreforts, qui nuisent quelque peu à l'harmonie des façades latérales. À l'est, par contre, la superposition des toits qui se succèdent dans l'axe, jusqu'à la coupole, exprime toute la puissance d'un effort calculé. Enfin la richesse du décor, le granit des colonnes, le marbre ajouré des chapiteaux, le marbre bigarré des murs et des pavements, les mosaïques des tympans et des voûtes viennent splendidement colorer la lumière qui jaillit des fenêtres à toute heure du jour.

L'architecture de Constantinople est une architecture de brique, autorisant une souplesse et une liberté particulières. C'est dire que dans les provinces de l'Empire, la leçon donnée par les architectes de Justinien devra être adaptée aux matériaux locaux. Les transcriptions en murs à double face que pratiquaient les constructeurs arméniens ne permettront pas de mettre au point des plans d'une même ampleur. En Syrie, les architectes, fidèles aux formules hellénistiques, continueront à superposer des blocs réguliers et à couvrir en charpente leurs édifices, même de plan centré. En Asie Mineure et en Grèce, on ne retrouvera pas des commandes aussi somptueuses : les églises seront souvent très petites et l'usage de la coupole ne posera plus les mêmes difficultés.

Les édifices de Ravenne

À Constantinople, la crise iconoclaste a fait disparaître le décor figuré des monuments de Justinien. Si nous voulons nous rendre compte de ce qu'ils étaient, il faut avoir recours aux ensembles conservés dans d'autres villes qui n'ont pas été atteintes par les destructions.

C'est à Ravenne qu'il est le plus facile de découvrir ce que pouvait être l'« ambiance » des monuments du vie s. Cette ville refuge, située au milieu des marais, au nord de l'Adriatique, est devenue dès 402 la résidence impériale avec les successeurs de Théodose, puis avec Théodoric, le chef ostrogoth client de Constantinople envoyé par l'empereur Zénon en 488 pour reconquérir en son nom l'Italie perdue ; elle est restée la capitale de l'exarchat qui maintint jusqu'en 751 la présence de l’Empire byzantin en Italie du Nord. De cette période impériale de son histoire, la ville a gardé toute une série de monuments dont les principaux se succèdent sur un siècle environ, de 450 jusque vers 560. On peut y suivre l'évolution que créa l'arrivée des formes proprement byzantines dans l'art italien du ve s., dont la version milanaise s'était affirmée.

Ces monuments sont de plusieurs formes : il y a de nombreuses basiliques, dont deux, Sant'Apollinare Nuovo et Sant'Apollinare in Classe, ont conservé leur décor. Il y a une chapelle cruciforme, le mausolée de Galla Placidia, dont les mosaïques sont intactes ; deux baptistères circulaires, celui des orthodoxes et celui des ariens ; l'église de San Vitale enfin, octogonale.

À l'extérieur, tous ces édifices sont simples, et même austères. Ils sont construits en brique, avec ou sans enduits, couverts de tuile, avec seulement le marbre des portiques. À l'intérieur, au contraire, ils sont extraordinairement luxueux.

Les murs, dans leurs parties basses, sont partout revêtus de plaques de marbre. Plus haut, sur les parois ou sur les voûtes, c'est le domaine de la mosaïque.

Les arts ornementaux

La mosaïque

L’intérieur des édifices de Ravenne présente des compositions de mosaïques à fonds bleus ou à fonds d'or, des ciels étoilés ou brillants de nuages rouges, des paysages verdoyants et fleuris, où de longues théories de personnages s'avancent parmi les palmiers vers des visions paradisiaques. À Sant'Apollinare Nuovo, deux processions de saints martyrs en toges blanches et de saintes en somptueux costumes de cour s'avancent vers le Christ et la Vierge, trônant sous la garde des anges. Dans les deux baptistères, les douze apôtres tournent dans une frise circulaire, autour d'un médaillon, au sommet de la coupole, où est représenté le baptême du Christ, révélation de la Trinité. À San Vitale, l'empereur Justinien et l'impératrice Théodora, entourés de hauts dignitaires, s'avancent vers un jeune Christ vêtu de pourpre, qui, assis entre des anges sur le disque bleu de l'univers, accueille saint Vital et l'évêque qui lui présente la maquette de l'église. À Sant'Apollinare Nuovo, ce sont des agneaux et des brebis qui, dans l'abside et sous le toit, marchent vers le saint et vers le Christ juge. Car tous ces défilés conduisent à des théophanies, des compositions où le Christ homme révèle aux témoins sa divinité. Plusieurs fois, les symboles des évangélistes, apparaissant dans les cieux lumineux, portent témoignage de la croix. Souvent, les prophètes viennent à leur aide, annonçant la venue sur Terre du Messie fils de Dieu.

La vie terrestre du Christ, parmi toutes ces scènes célestes, n'est représentée que par deux séries de petits tableaux, placés très haut, au-dessus des fenêtres de Sant'Apollinare Nuovo. D'un côté, ce sont les miracles, de l'autre, les scènes de la Passion, dont la crucifixion est traditionnellement exclue. Nous sommes ici dans un art très proche de celui qui, plus anciennement, illustrait les mêmes scènes sur les reliefs des sarcophages. De même, au mausolée de Galla Placidia, tandis que les apôtres acclament la croix surgissant dans le ciel à la fin des temps, le Bon Pasteur, élégamment assis sur un rocher, garde un troupeau encore hellénistique. Et on retrouve cette même grâce dans les jardins de montagne où grimpent les prophètes, à San Vitale, ou dans l'étonnant paradis, plein de fleurs et d'oiseaux, où saint Apollinaire présente aux fidèles une transfiguration symbolique et pastorale.

En face de ce courant antique, on sent partout s'imposer la rigueur des cérémonies impériales. La gravité des apôtres, des saints, des saintes, la noblesse de leurs costumes comme de leurs attitudes, la valeur rituelle de leurs gestes prennent un caractère officiel. Les anges ont l'air de chambellans ou de gardes. Et les deux panneaux impériaux, ceux qui font apparaître à Ravenne la cour du basileus de Constantinople, ne se distinguent guère que par un degré de luxe de plus, et aussi de stylisation.

Car les artistes qui ont traité toutes ces scènes ont eu certes des préoccupations théologiques. Mais ils ont eu aussi, au plus haut degré, des soucis esthétiques. D'une part, ils ont inscrit leurs sujets à l'intérieur de l'architecture, utilisant les longues frises, les étroits panneaux, les tympans des arcs, la conque des absides avec une étonnante sûreté. Tout paraît simple, tant l'agencement est savant. Et la richesse des bandeaux décoratifs, des rinceaux couvrants, des surfaces chatoyantes assure la continuité d'un décor pourtant compartimenté.

D'autre part, les mosaïstes ont accepté, profondément, les contraintes de leur technique. Au cours du temps, on les voit progressivement renoncer aux volumes, simplifier les reliefs, les jeux d'ombres et de lumières, pratiquer un art linéaire où de simples traits font vivre une surface blanche ou colorée. Ce n'est pas une facilité : il suffit de considérer le détail des somptueux tissus qui revêtent les dames de la cour de Théodora, leur chatoiement de soieries brodées d'or.

Il reste que, dans ce décor qui est bien un revêtement méthodique des surfaces, où tout paraît subordonné à une impression globale de richesse souveraine et de triomphe supraterrestre, les visages gardent une étonnante intensité. Que ce soient des portraits de personnages vivants (empereurs, évêques), des portraits imaginaires déjà traditionnels (saint Pierre, saint Paul, saint André) ou encore des visages inventés (anges, prophètes ou saints), chacune de ces faces est animée d'une vie profonde et s'impose au spectateur du fait de la frontalité certes, des yeux agrandis, de la sérénité qu'ils expriment, mais du fait surtout de ce qu'il faut bien appeler leur spiritualité. Ainsi, si Théodora n'était pas une sainte, son visage, dans son écrin de perles et de pierreries, prend pourtant un caractère sacré. Elle est nimbée. C'est certes la majesté de l'Empire ; mais, au-delà, se manifeste la puissance de la protection divine.

La miniature et les ampoules

On rencontrerait dans d'autres monuments la mosaïque et la peinture du vie s. dont nous venons de définir les caractères à Ravenne : à Thessalonique, au Sinaï, dans les fresques coptes de Baouit aussi, où l'on retrouve les galeries de saints juxtaposés, les Vierges hiératiques, le Christ apparaissant dans le ciel. Il y a une communauté évidente d'inspiration religieuse et artistique. Et il est peut-être plus intéressant encore de constater l'influence de l'iconographie monumentale sur des productions plus modestes : miniatures des manuscrits et ampoules de Terre Sainte.

L'illustration des manuscrits de l'Ancien et du Nouveau Testament, aux alentours du vie s., permet en effet de retrouver les deux tendancesfigurant dans la mosaïque.

On y trouve d'abord le courant même du pittoresque hellénistique. La Genèse de Vienne (conservée à la Nationalbibliothek) est décorée de grands tableaux, qui occupent chaque fois la moitié de la page. Sortant de la ville, Rébecca descend vers la source, sa cruche sur l'épaule ; puis elle donne à boire à Jacob, qu'entoure le groupe pittoresque de ses chameaux. Dans l'évangéliaire de Rossano (ou Codex purpureus), les scènes prennent un mouvement et une expression qu'elles n'ont pas à Sant'Apollinare Nuovo, qu'elles soient composées linéairement, comme la parabole des vierges sages et des vierges folles, ou sur deux plans superposés, comme le jugement de Pilate. Mais, dans l'Évangéliaire syriaque de Rabula (conservé à la Biblioteca laurenziana de Florence), copié en Mésopotamie et daté de 586, on trouve des compositions qui évoquent cette fois directement les représentations monumentales des absides – Ascension ou Pentecôte –, qui certes commémorent la fête et l'événement historique, mais surtout mettent en valeur sa signification théologique. Pour l'Ascension, s'élevant au-dessus de la Vierge et des apôtres, le Christ est bien entouré d'une mandorle, mais celle-ci est portée par le char de feu d'Ézéchiel, sur lequel on distingue les symboles des quatre évangélistes : allusion à la seconde venue du Christ. C'est la même tendance qu'à Ravenne.

On la retrouve aussi dans de charmantes fioles d'argent conservées à Bobbio et à Monza depuis le viie s., et qui ont contenu de l'huile recueillie dans les martyriums des lieux saints de Palestine. Il y a là des compositions circulaires qui, malgré leur petite taille – quelques centimètres –, évoquent les représentations qui illustraient les absides, sans doute des monuments mêmes où les pèlerins les ont trouvées. On y voit l'adoration des mages, des représentations triomphales de la crucifixion, les saintes femmes au tombeau, l'Ascension aussi, transformée par la présence de la main de Dieu et de la colombe en symbole de la Trinité.

Chaque fois, la composition complexe reste très sûre et expressive, et l'intention théologique est fortement marquée : attitude caractéristique de l’art byzantin du vie s.

L’architecture post-justinienne

On avait certes construit encore au vie s., dans les provinces, quelques basiliques du type traditionnel, avec des toits en charpente : ainsi en Syrie, ainsi à Ravenne ou à Parenzo (aujourd'hui Poreč, en Croatie). Néanmoins, la coupole allait très vite s'imposer partout. Mais elle pouvait, dans l'économie du moment, occuper deux places différentes. L'une est religieusement logique : placée immédiatement en avant de l'abside, la coupole forme comme un second et grandiose ciborium au-dessus de l'autel. L'autre est structuralement plus pratique : la coupole se place à une distance presque égale de l'abside et de la porte ouest, c'est-à-dire au-dessus de la nef ; il y a de part et d'autre, et quelle qu'en soit la forme, suffisamment de voûtes pour assurer l'équilibre longitudinal. Au nord et au sud, il y dans chacun des deux cas deux solutions. On peut laisser apparaître le vaisseau transversal ; on peut au contraire le fermer par une colonnade et maintenir à la nef son aspect longitudinal.

Le déplacement de la coupole vers l'ouest a été facilité par le programme des nouveaux martyriums, où il y avait deux lieux de culte : l'autel, devant l'abside ; le tombeau ou le mémorial, au centre du monument. L'exemple le plus probant est la nouvelle église des Saints-Apôtres, à Constantinople, aujourd'hui disparue, mais qu'on peut imaginer, grâce à des descriptions, en regardant Saint-Marc de Venise (qui est du xie s.) et Saint-Jean d'Éphèse (qui date de 565) : églises à cinq et même six coupoles, avec la coupole de l'autel, celle du tombeau central, et d'autres qui assurent l'équilibre structural et esthétique de l'ensemble.

Il en est de même dans une série, nombreuse et dispersée, de monuments où la coupole est placée au centre d'un baldaquin tréflé, préfiguré dès la fin du ive s. à San Lorenzo de Milan, où quatre niches à colonnes contrebutent le carré central. Ce baldaquin peut être placé dans un monument dont les murs en épousent la forme – comme à Séleucie de Piérie (ve s.) ou à Resafa (Rusafa, en Syrie [vie s.]) –, ou au contraire dressé au centre d'un espace circulaire – comme à Ani (en Arménie), où le cercle apparaît à l'extérieur, voire comme à la cathédrale de Bosra en Syrie (545), où il est au contraire enveloppé d'un carré.

Mais dans bien des cas, la coupole est au-dessus de la nef sans raison apparente, par exemple à Koça Kalessi (ou Alahan Monastir), en Asie Mineure. À la basilique de Sofia, elle est encore placée juste devant l'abside, alors qu'une légère saillie des bras du transept confirme l'intention de donner au monument un plan symboliquement cruciforme.

Avec bien des variantes, ce plan paraît avoir été le plus répandu après le vie s., à en juger par le petit nombre d'églises qui nous restent. On retrouve à Ankara et à Nicée des plans où deux colonnes, de part et d'autre, suffisent à donner un aspect basilical à une structure en fait cruciforme. Des monuments comme l'église Mère-de-Dieu-Kyriotissa (aujourd'hui Kalender Camii), à Constantinople, ou Sainte-Sophie de Thessalonique laissent au contraire apparaître à l'intérieur le parti cruciforme de la construction. Tous ces monuments avaient une même silhouette, où la coupole émergeait, au centre d'une croix, parmi des toitures basses.

Au-delà du milieu du ixe s., deux nouveaux types de plans vont apparaître et proliférer dans les provinces. Tous deux procèdent d'une disparition presque totale du souvenir de la basilique : on cherche à obtenir une nef plus large, qui va jusqu'aux murs extérieurs sans que les collatéraux viennent la diviser. Et l'édifice, de rectangulaire, tend à devenir carré, si bien sûr on ne tient pas compte de l'abside et de ses dépendances à l'est, du narthex à l'ouest.

Dans le premier plan, la croix inscrite, au lieu d'être limitée par des murs et fortement dessinée, s'atténue en quelque sorte par la substitution, aux angles des murs portant la coupole, de quatre supports isolés, piliers ou colonnes, de faible diamètre : les coupoles, plus petites, ont moins de poids et de poussée. Il en est ainsi à Constantinople, à Bodrum Camii, ainsi dans beaucoup d'églises de Grèce, des Balkans ou d'Asie Mineure.

En 1040, une église de ce type, consacrée à la Théotokos (Mère de Dieu), a été construite à Saint-Luc en Phocide (Hosios Loukas, près de Delphes) et juxtaposée à une première église, le Katholikon (1020), qui présente précisément l'autre type de plan. Celui-ci procède cette fois d'un carré inscrit au centre d'un bâtiment carré, où la croix n'est plus indiquée que par quatre voûtes semblables qui s'ouvrent au milieu des quatre côtés, vers l'abside, la porte et les murs latéraux. Mais les angles du carré central portent, au lieu de pendentifs, des trompes d'angle qui transforment le carré en octogone. L'octogone passe au cercle grâce à des raccords courbes, et une coupole de plus grande ouverture se trouve disposer, en somme, de douze supports : car rien n'interdit de percer les murs des angles par des portes ou des arcs étroits et très hauts. C'est le cas de l'église du couvent de Dhafni, près d'Athènes (1080), comme des jolies petites églises d'Athènes, la Kapnikaréa ou les Saints-Théodores.

Ces plans savants, qui engendrent à l'intérieur tant de combinaisons subtiles et charmantes, représentent l'art de la renaissance byzantine des xe-xie s. et serviront de base, en particulier dans les Balkans, à l'architecture religieuse des siècles qui vont suivre. La plupart des monuments apparaîtront comme des dérivés des formes de cette époque, avec certes des recherches et des enrichissements, en particulier par l'introduction d'absides ou d'exèdres latérales, ou encore de narthex enveloppants successifs, comme à la cathédrale de Kiev.

La période de l’iconoclasme

La crise iconoclaste

L'adoption du chrisme par l’empereur romain Constantin, comme signe de la protection que le Christ accordait à l'empereur et à son armée, correspondait à une notion déjà archaïque du symbolisme paléochrétien. Au vie s., on constate, dans le chœur de San Vitale de Ravenne par exemple, l'équivalence de cinq manières d'évoquer le Christ Dieu : le chrisme constantinien, la croix, l'agneau, un buste du Christ jeune et imberbe, un buste du Christ âgé et barbu, toutes représentations triomphales, puisque placées dans des boucliers souvent portés par des anges. L'icône et le symbole apparaissent comme équivalents ; on ne saurait s'étonner de trouver, au revers des monnaies impériales de Constantinople, au viie s., tantôt des croix et tantôt des images du Christ, comme aussi, pour Justinien II, des bustes du Christ jeune ou âgé.

On est d'autant plus surpris de voir en 726 l'empereur Léon III détruire une image du Christ en mosaïque, qui se trouvait au-dessus de la porte de son palais, pour la remplacer par une croix. Et l'inscription reproche à l'image sacrifiée non pas de donner à Dieu la figure d'un homme, mais bien de n'y pas réussir, d'être « sans voix et privée de souffle ». La représentation de la croix, « le bois terrestre », lui apparaît comme plus efficace.

Il y a là le témoignage d'un changement profond de la piété impériale, qui doit avoir été accompagné d'une évolution de la piété populaire. La décision de l'empereur suffisait certes, bien qu'elle ait soulevé chez certaines personnalités ecclésiastiques une résistance passionnée qui finira par être victorieuse ; mais elle a tout de même été admise et, pendant cent ans, les empereurs iconoclastes empêcheront dans l'Empire byzantin la création de nouvelles images, faisant même détruire le décor iconographique des monuments antérieurs.

On peut sans doute retrouver dans une telle attitude un souvenir – ou même une influence directe – des traditions juives. Plus encore, on peut croire à une influence de l'islam, dont à la même époque la doctrine aniconique se développe et se précise. Certains évêques, certains chrétiens ont pu être impressionnés par cette exigence d'une religion rivale pour un culte « en esprit et en vérité ». Pourtant, saint Jean Damascène, en Syrie musulmane, est resté un apôtre ardent des images : sans doute y voyait-il une ligne de démarcation entre l'expression du divin dans les deux religions. Il faut croire à une nécessité profonde de la foi chez les ennemis des images, qui détruisaient non pas tant des œuvres d'art que des témoignages explicites de la piété de leurs pères. C'était essentiellement la crainte de l'idolâtrie.

Les iconoclastes, ayant exclu du décor des églises les évocations religieuses, leur ont substitué des motifs décoratifs, géométriques, végétaux ou animaux, des scènes de chasse et de pêche, voire des représentations de théâtre ou d'hippodrome ; ces dernières ont pu appartenir à des cycles impériaux, et on en trouve des exemples dans des églises antérieures à la crise, ou encore, au xie s., dans les escaliers de la cathédrale de Kiev. Les images impériales étaient pour leur part conservées ; les iconodoules reprocheront d’ailleurs vivement aux empereurs iconoclastes d'avoir substitué leur culte à celui du Christ. Les représentations de la croix et le culte de la croix ont été maintenus : elle continue de figurer au moins sur certains revers des monnaies de l'époque. Pour imaginer le décor des églises, on peut évoquer celui des monuments omeyyades contemporains, comme la mosquée de Damas ou la coupole du Rocher de Jérusalem. Tous les décors de cette période ont en effet disparu ; pour les exécuter, on avait détruit les images qui illustraient les murs de l'époque précédente, c'est dire la lacune profonde qui règne dans l'histoire de l'art figuré de Byzance.

Le rétablissement des images

En 843, l'impératrice régente Théodora décida de rétablir les images. Elle prit l'accord du patriarche et commença par replacer une image du Christ à la porte du palais, sans en écarter la croix. Cet événement est considéré par l'église orthodoxe comme une date capitale ; on la célèbre encore de nos jours comme la « Victoire de l'Orthodoxie ». Aussitôt, on se mit à réinstaller des icônes et à figurer de nouveau des scènes religieuses dans les absides et sur les murs des églises. On verra très vite réapparaître, au revers des monnaies et sur les sceaux, des images du Christ et de la Vierge. Et, dans l'art monumental, la liaison entre les images du Christ et de l'empereur va être un des thèmes les plus caractéristiques du nouveau décor de Sainte-Sophie. On y verra, prosternés, les empereurs du passé – Constantin et Justinien – et ceux du présent, l'un après l'autre, demandant au Christ et à la Vierge leur protection. Dans certains psautiers illustrés, les miniatures racontent même des épisodes de la lutte.

C'est l'incarnation du Christ qui permet de représenter sous ses traits humains la seconde personne de la Trinité. Elle est en quelque sorte renouvelée par des images. Et les saints aussi sont rendus présents. C'est ainsi que, définitivement, les icônes vont prendre dans l'église orthodoxe la place caractéristique qu'elles occupent. L'iconostase, clôture qui sépare de la foule des fidèles le prêtre célébrant les mystères, est comme revêtue d'images, dont chacune bénéficie d’un culte particulier.

De même, les représentations qui illustrent les parois des églises, selon des cycles qui vont vite être définis et fixés, prendront une valeur religieuse telle qu'il sera impossible de les modifier. Leur valeur d'évocation, leur efficacité seront liées à leur fidélité au modèle. C'est la raison d'être de l'iconographie byzantine.

La renaissance macédonienne

La fixation du programme iconographique

Au lendemain du concile de 879-880, au cours duquel l'Église orthodoxe essaya de donner à sa foi une forme définitive, le patriarche Photios, dans une lettre au tsar Boris Ier de Bulgarie, donne une explication théologique du programme iconographique byzantin.

Au sommet de la coupole règne le Christ-Pantocrator, le Christ maître du monde ; le Père ne saurait être figuré. Au fond de l'abside, c'est la Vierge orante. Tout autour se succèdent les représentations des principaux épisodes de la vie terrestre du Christ, illustrant les grandes fêtes du calendrier byzantin : Annonciation, Nativité, Présentation au Temple, Baptême, Transfiguration, Crucifixion, Résurrection (évoquée par la descente aux Limbes), Pentecôte, Ascension. Ces images dérivent en droite ligne des anciennes compositions. Elles peuvent se multiplier, se superposer en registres ; ainsi dans certaines églises de Cappadoce ou, plus tard, à Monreale (Sicile) ou encore à Saint-Sauveur-in-Chora (aujourd'hui Kahriye Camii) de Constantinople ; elles peuvent aussi se combiner avec l'architecture. À l'église des Saints-Apôtres, l'Ascension était représentée dans la coupole : on l'y retrouvera à Sainte-Sophie de Thessalonique et à Saint-Marc de Venise. À Dhafni, c'est dans les trompes d'angle qui portent la coupole qu'on trouvera la Nativité et le Baptême. Mais l'adaptation nécessaire ne modifiera pas profondément les schémas canoniques.

Ces schémas, arrêtés à Constantinople pour l'Église nouvelle de Basile Ier, se retrouvent en mosaïques à Saint-Luc en Phocide, à la « Nea Moni » de Chio, à la chapelle du couvent de Dhafni. Dans les cycles de fresques, des rangées de saints représentés frontalement se substituent au revêtement de marbre qui occupe dans les autres cas la partie inférieure des parois. Avec le temps, on ajoutera des évocations de la vie des saints.

L'évocation de l'année liturgique, de la vie de l'Église à travers la suite de ses cérémonies, est comme enveloppée d'une signification plus haute : c'est la reprise même de toute l'économie du salut. Le Logos, incarné dans l'histoire, gouverne du haut des cieux le monde qu'il a délivré. Aux xe et xie s., l'exécution de toutes ces images se présente avec d'étonnants raffinements. La noblesse classique des attitudes, la sobriété de l'expression communiquent à des compositions soigneusement équilibrées une élégance parfois un peu froide, mais qui se charge souvent d'émotion contenue.

L’art de la miniature

Cette « renaissance macédonienne » a laissé d'autres témoignages de son goût, de sa piété et de son luxe impérial. Il s'agit de manuscrits somptueux, copiés et illustrés souvent dans les ateliers de Constantinople. On peut considérer comme représentant le sommet de cette série le psautier 139 de la Bibliothèque nationale de France, illustré de miniatures en pleine page qui sont de petits tableaux (37 x 26 cm) rappelant l'art alexandrin : David berger, jouant de la cithare dans un paysage d'arbres et de rochers, au milieu de son troupeau, est inspiré par la Mélodie ; Isaïe en prière est précédé de l'Aurore – un petit enfant – et suivi d'une admirable figure bleue, la Nuit ; de même la Pénitence, songeuse, préside au repentir de David, qui a reçu les reproches du prophète Nathan. D'autres scènes à nombreux personnages – le passage de la mer Rouge, par exemple – appartiennent à une tradition antique différente, celle des bas-reliefs historiques romains.

D'autres manuscrits – homélies de saint Grégoire de Nazianze ou de saint Jean Chrysostome, ménologe de Basile II (Vatican) – appartiennent aux mêmes ateliers et dépendent des mêmes modèles. D'autres encore, moins grandioses, valent par leur charme : ainsi les sermons du moine Jacques, aux images si fraîches. L'illustration des textes sacrés – Octateuque, livre des Rois, psautiers, évangiles surtout – a été traitée selon une méthode précise, où de petits tableaux accompagnent le texte d'un commentaire continu. Le célèbre rouleau de Josué (Vatican), à une tout autre échelle – il mesure dix mètres de long –, appartient à la même série : des tableaux de bataille, très romains, y sont réunis en bandes continues par l'adjonction de personnifications. C'est à la renaissance macédonienne qu'appartient ce goût des modèles antiques.

Un petit nombre de manuscrits échappent à la tradition officielle. Le plus célèbre est le psautier Kloudov (Moscou), où les illustrations, non encadrées, sont librement placées dans les marges et traitées avec fantaisie. Au lieu de donner du texte une interprétation historique, systématique, elles lui adjoignent un commentaire pittoresque des luttes religieuses contemporaines, c'est-à-dire de la crise iconoclaste : ce sont de vraies caricatures.

Entre le ixe et le xie s., on a recopié aussi des ouvrages scientifiques antiques : la Géographie de Ptolémée et la Topographie de Cosmas Indikopleustês, les Cynégétiques d'Oppien, les traités d'Apollonios de Cition ou de Nicandre. À côté des textes religieux, on gardait un intérêt pour la culture profane, même si elle ne progressait pas.

L'art byzantin tardif

La diffusion de l'art byzantin

L'intérêt de ces manuscrits a été de répandre à travers l'Empire, et hors de ses limites, les formes de l'iconographie byzantine. Les artistes grecs, d'autre part, voyageaient. Déjà, pour la période pré-iconoclaste, on a pu chercher à suivre l'évolution de cet art à travers les peintures de Santa Maria Antiqua, à Rome. On en suit plus tard le mouvement dans des provinces lointaines, comme la Sicile, où les princes normands décoreront de mosaïques byzantines des monuments de type occidental. Comme aussi à Venise, où Saint-Marc ainsi que Torcello et d'autres sanctuaires de la Vénétie sont l'œuvre tantôt d'artistes byzantins, tantôt d'artistes locaux formés à leur école.

Avec les conquêtes des empereurs macédoniens puis des Comnènes, cet art va commencer de se répandre dans le monde slave, à partir du moment où les nouveaux royaumes se convertiront. Après la prise de Constantinople par les croisés en 1204, c'est dans les provinces que se poursuivra le mouvement artistique, là d'abord où certains membres de la dynastie avaient réussi à maintenir leur autorité – à Nicée ou à Trébizonde –, mais aussi en Macédoine, en Serbie et en Bulgarie.

La plus remarquable série de peintures, celle qui permet le mieux de suivre l'évolution chronologique de la peinture byzantine depuis le viie s., est celle qui a été découverte dans les églises de Cappadoce : on peut légitimement les intégrer aux discussions sur l'évolution de l'iconographie et du style dans la capitale même, en particulier pour la période des Comnènes. Il faut évidemment tenir compte des différences entre un art monastique, qui recouvre de fresques des églises taillées dans le roc, et les œuvres accomplies du milieu impérial. Dans toutes les provinces, d'ailleurs, interviennent d'autres influences, et aussi d'autres traditions. Mais ces divergences mêmes permettent de marquer plus clairement l'emprise de Constantinople et le rayonnement de son art.

L'art sous les Paléologues

Après la reconquête de Constantinople par Michel VIII Paléologue, en 1261, l'art byzantin devait connaître encore une renaissance brillante, qui se manifesta à Constantinople – en particulier à Saint-Sauveur-in-Chora, dans les étonnantes mosaïques du début du xive s. – et se répandit dans tout le domaine de l'Église orthodoxe.

Cet art, sur beaucoup de plans, contraste avec celui des Comnènes. Aux figures isolées, peu nombreuses, se détachant sur un fond d'or ou un fond bleu, avec un minimum de décor destiné seulement à situer la scène, se substituent des groupes animés, placés devant des fonds extraordinairement complexes. Les personnages eux-mêmes tendent à être figurés en volume, dans un espace dont la profondeur s'affirme. Souvent un mur sépare le premier plan du fond d'or devant lequel se trouvent des édifices et des arbres. Et, en avant du mur, chaque meuble fournit l'occasion de développer toute une superposition d'éléments figurés dans des perspectives aberrantes mais efficaces, qui paraissent dériver des architectures antiques du IIIe style pompéien. Dans ce chaos de structures incompatibles, on s'attendrait à ce que le tableau cesse d'être lisible : mais les masses, à l'analyse, se montrent disposées en fonction de chacun des protagonistes, accompagné comme par un cadre personnel. Si l'on ajoute que les mouvements des personnages prennent volontiers une ampleur dramatique, nous nous trouvons en présence d'un renouvellement complet des méthodes d'interprétation ; l'iconographie de base, pourtant, reste le plus souvent fidèle aux schémas traditionnels. Dans les églises de Mistra (Péloponnèse), à Vatopedhíou, à Khiliandharíou et dans d'autres monastères du mont Athos, on trouve d'autres riches exemples de cet art qui s'est lui aussi propagé avec vigueur en Macédoine (Čučer, Ohrid), en Serbie-et-Monténégro (Dečani, Studenica, Peć), en Sicile (Monreale), à Saint-Marc de Venise et, vers l'est, jusqu'à Trébizonde.

Le legs byzantin

En 1453, les Turcs ottomans prirent Constantinople : l'Empire byzantin était mort. Mais l'Église orthodoxe n'avait pas péri avec lui, ni les royaumes qu'elle avait conquis, ni l'art qui exprimait sa foi. Ainsi, dans les couvents du Liban et dans ceux du mont Athos, dans les paroisses de Grèce, en Arménie, en Géorgie, dans les États slaves des Balkans comme en Russie, on allait d'abord conserver avec amour les monuments du passé, églises, fresques ou manuscrits ; on allait aussi continuer à construire, à peindre, à illustrer à partir des traditions byzantines diversement interprétées.

À Constantinople même, au xvie s., le grand architecte turc Sinan allait élever de somptueuses mosquées à coupole, qui procèdent, librement, de Sainte-Sophie (elle-même étant transformée en mosquée). L'art russe, certes, n'est pas l'art byzantin ; mais il descend de l'art byzantin comme la Renaissance, en Occident, descend de l'art romain. Avec une précision plus grande, puisque la pensée à exprimer, la foi orthodoxe, reste la même.

Les techniques précieuses

Introduction

Art de cour en même temps qu'art chrétien, l'art byzantin était volontiers un art de luxe. Et il s'est exprimé par des objets précieux – miniatures et icônes, certes, mais aussi tissus, ivoires, orfèvrerie, bijoux – tantôt destinés aux empereurs, mais si profondément marqués par la religion qu'ils lui empruntent leurs motifs, tantôt destinés aux églises, avec, réciproquement, une influence impériale telle, sur la liturgie ou l'iconographie, qu'elle réapparaît toujours.

La tendance actuelle de la critique est de donner à toutes ces œuvres, comme origine, la capitale de l'Empire. Il y a là sans doute quelque excès ; des villes comme Antioche, Jérusalem ou Alexandrie, Thessalonique ou Ravenne, quelle que soit la prédominance de Constantinople, ont pu garder quelque chose de leur puissance créatrice.

Les ivoires

Pour les ivoires, le chef-d'œuvre est sans doute, à Ravenne (musée de l'Archevêché), la chaire de l'évêque Maximien (vers 550), celui-là même qui figure à côté de Justinien sur la mosaïque de San Vitale. C'est une œuvre d'aspect composite, avec des rinceaux décoratifs, des niches où sont debout des apôtres, et aussi des plaques où sont présentées des scènes de l'Écriture. Les icônes d'ivoire, les si nombreuses plaques de diptyques ou de triptyques – par exemple le triptyque Harbaville, du xe s. (Louvre) –, les coffrets d'usage religieux ou privé, les reliures présentent souvent la même perfection.

L'iconographie est celle des manuscrits ; on trouve surtout des images du Christ, de la Vierge et des saints, mais aussi des tableaux complexes. Le style est tantôt pénétré des traditions hellénistiques, tantôt plus docile à des formes proprement byzantines ; parfois, comme dans les autres arts, les deux tendances se mêlent et contribuent au charme surprenant que la matière confère aux objets. Transportables, ceux-ci ont joué un grand rôle dans la propagation des formes créées à Constantinople.

Les icônes

Les icônes peintes sur bois, à l'encaustique, avaient d'abord une valeur religieuse. Elles rendaient présents les intercesseurs auxquels la piété des fidèles aimait recourir. Elles étaient de la part des peintres l'objet d'un soin particulier ; elles aussi ont eu une longue et vaste influence : la Vierge dite « de Vladimir », peinte à Constantinople vers 1125, caresse de son visage celui de l'Enfant qui se courbe vers elle ; elle est à l'origine de bien des Vierges russes. Et partout les saints se ressemblent – saint Nicolas comme saint Jean Chrysostome.

Certaines images des manuscrits, peintes en pleine page, ressemblent à des icônes ou reproduisent les grandes compositions de la peinture monumentale. Mais, souvent, l'illustration des textes sacrés ou des œuvres des Pères de l'Église a conduit à un enrichissement de l'iconographie et fourni des modèles aux fresquistes. L'esprit de toutes ces images saintes est le même, alors que chaque technique oblige sans cesse à des renouvellements.

Les tissus

L'art du tissu a également connu une grande fortune. Les sables d'Égypte ont permis la conservation de lainages coptes, tissés et brodés, qui ont gardé une étonnante fraîcheur. À Constantinople, l'empereur s'était assuré le double monopole de la soie et de la pourpre. Le ver à soie avait été importé de Chine ; la pourpre était depuis longtemps connue, à partir de la Phénicie. La soie pourpre était un insigne impérial. Les motifs, souvent de tradition sassanide, stylisés et symétriques, ont une haute qualité décorative ; on en a retrouvé des exemples jusqu'en Occident, dans les tombes des princes et des saints.

L'orfèvrerie et les émaux

L'orfèvrerie byzantine, enfin, est extrêmement riche : les grands portaient des bijoux somptueux. Les trésors des églises et les musées conservent des calices d'argent et d'or ; les patènes, les croix d'autel, les croix processionnelles, les candélabres, les encensoirs, les éventails liturgiques, les reliquaires aussi, tous les objets nécessaires au culte ont servi de prétexte à des œuvres d'art minutieuses et éclatantes, souvent enrichies de pierreries.

Les émaux concourent aussi à cette magnificence colorée. Leur technique, d'origine iranienne, qui enferme dans un cloisonnement d'or des pâtes étincelantes, a permis des réalisations à la fois délicates et somptueuses.

Tous ces accessoires de la vie princière, parce qu'ils étaient aussi ceux de la vie religieuse, ont atteint l'ensemble du peuple chrétien dans la splendeur des églises et des cérémonies. Ils appartenaient à la même recherche de somptuosité que les mosaïques à fond d'or. De nos jours encore, on retrouve à Ravenne, à Saint-Marc de Venise, à la chapelle Palatine de Palerme, à Dhafni, à Saint-Sauveur-in-Chora l'atmosphère de cette civilisation : le visiteur ébloui est comme enveloppé du chatoiement des ors et des couleurs, dans la lumière qui tombe des coupoles. Et il retrouve le sens d'un monde où rien n'était trop beau pour célébrer la majesté impériale ou la gloire du Seigneur.

MUSIQUE

La musique profane et instrumentale

Héritier de la civilisation gréco-romaine, l’Empire byzantin nous a transmis des traités sur la musique grecque antique. En revanche, il nous a légué fort peu de chose de sa musique profane. Celle-ci, à la différence de la musique sacrée, comportait des instruments : syrinx, aulos, cithare, orgue. Alors que l'on dispose du témoignage indirect de quelques monuments figurés et d'un certain nombre de textes littéraires byzantins, arabes, latins, etc., aucune partition d'orgue, aucune musique profane n'a été découverte. Absence de recherche méthodique ? Ou bien l'enseignement de la musique profane à Constantinople était-il exclusivement oral ? Il se peut que l'étude critique du folklore néogrec donne quelque lumière sur la musique profane de l'époque byzantine.

La musique sacrée

Jusqu'au iiie s., le grec était la langue de l'Église dans tout l'Empire romain, à l’exception de l’Afrique. C'est aussi celle de la musique sacrée byzantine, qui emprunte les modèles de sa poésie aux Syriens (saint Éphrem, Rhômanos le Mélode, etc.) et le chant des textes scripturaires au judéo-christianisme. Cette musique comporte deux notations très différentes : celle des livres de chant, en neumes diastématiques ; celle des livres scripturaires, dite « ekphonétique » par les modernes.

La notation diastématique repose sur un ensemble de huit modes, appelé oktoïchos. Elle est affectée au chant de poésies composées par des mélodes. Celles-ci sont contenues dans les livres suivants : a) le sticherarion, ainsi nommé parce que ses tropaires monostrophiques s'entremêlent aux versets (stichi) des psaumes. Chaque stique est idiomèle, c'est-à-dire qu'il a sa mélodie propre. Ce livre nous est parvenu en de nombreux exemplaires ; b) l'hirmologion, qui contient des tropaires caractérisés par une strophe modèle hirmos ; c'est un ancien tropaire auquel on a emprunté son rythme et sa mélodie. Dans l'hirmologion, les tropaires, groupés par huit ou neuf selon la période liturgique, sont toujours classés dans l'ordre de l'oktoïchos. Les hirmologia présentent d'importantes différences d'un manuscrit à l'autre. Ils nous sont parvenus en petit nombre ; c) le kontakion, qui est un recueil d'homélies poétiques. Celles-ci sont constituées par une suite de strophes (oiki) bâties sur un hirmos et munies d'un refrain. Un proïmion (ou kontakion) qui a une autre mélodie, les précède. Ce recueil n'est pas toujours noté. Les transcriptions sont parties de la notation médiobyzantine (1100-1450), qui devient de plus en plus précise après 1175. Elle a pu être déchiffrée grâce aux traités contemporains de musique, qui ont fourni à la fois le nom et la valeur des signes. La notation paléobyzantine (950-1200), moins complète, est difficile à transcrire, une part trop importante étant laissée à la transmission orale. Cette notation a été éclairée par les travaux des slavisants (M. Velimirović, C. Floros, R. Jakobson, etc.). Inversement, la notation néo-byzantine (1400-1821) a introduit trop de signes – notamment les « grandes hypostases » –, dont on a perdu la clef.

À la différence des neumes diastématiques, la notation ekphonétique ne peut pas être transcrite. Elle est composée de petites formules, dont on ignore comment le lecteur les adaptait. Vers 1200, cette tradition tombe en décadence. De 843 à 1200, l'ensemble des manuscrits présente une notation stable, que C. Høeg a appelée classique. La tradition de Constantinople semble s'imposer à tout l'Empire. Les formules sont réparties en deux catégories strictement séparées : les intonations et les clausules. Les signes sont placés, l'un au début, l'autre à la fin d'un élément textuel qui peut être un monosyllabe ou une proposition. Avant 843, les manuscrits, peu nombreux, représentent chacun une tradition différente. Rudimentaire dans le Codex Uspenski (A. D. 835), elle est très développée dans le Vaticanus gr. 2144. Ce manuscrit, écrit probablement entre 784 et 813, a appartenu à une église de Constantinople.