Identifiez-vous ou Créez un compte

communisme

Friedrich Engels
Friedrich Engels

Introduction

L'existence d'un régime communiste primitif (communauté primitive), antérieur à la constitution des classes et des États, a été affirmée, à la fin du xixe s. par divers anthropologues et historiens dont L. H. Morgan dans son ouvrage la Société archaïque (1877). Selon eux, les hommes ont très tôt été amenés à vivre et à travailler en commun en raison de l'insuffisance productive de leur outillage. À l'appui de cette thèse sont citées les pratiques communautaires de certains peuples (Indiens d'Amérique du Nord) considérées comme des survivances de cet état social primitif. Cette théorie n'a pas fait l'unanimité des spécialistes, mais a été reprise par Karl Marx et Friedrich Engels, en particulier dans l'ouvrage de ce dernier : l'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État (1884).

Les expériences et les théories communistes

L'Orient

En Chine, les théories se réfèrent en général au taoïsme et au bouddhisme. Mencius (ou Mengzi), au ive s. avant notre ère, propose la mise en culture en commun des terres tandis qu'à la même époque les taoïstes Zhuangzi et Yangzhou évoquent l'âge d'or où les hommes vivaient en commun, formant une famille et ignorant le prince. Au début du ve s. de notre ère, Tao Yuanming décrit un pays imaginaire où l'organisation sociale est communautaire. Six cents ans plus tard, Wang Anshi prône un régime de grande harmonie (Taiping). Parallèlement, de nombreuses révoltes paysannes, qui mettent leurs idées communistes en pratique, jalonnent l'histoire du pays. Ainsi, lors de la révolte des Turbans jaunes, au iie s. de notre ère, sont instaurés des sortes de phalanstères ; des révoltes des xie s., xiie s. et xiiie s. aboutissent au nivellement des fortunes dans certaines régions. On peut citer aussi les jacqueries du xive s. et du xviie s. Au xixe s., la révolte des Taiping a pour conséquence l'instauration, au centre du pays, de 1851 à 1864, d'une sorte de communisme égalitaire. On retrouve des traditions et des pratiques du même type dans d'autres pays d'Orient comme la Birmanie, le Viêt Nam ou l'Iran (mouvement de Mazdak, ve-vie s.).

L'Antiquité gréco-romaine

Au viiie s. avant J.-C., les récits d'Hésiode faisaient référence à un âge d'or révolu durant lequel les hommes, du fait de l'abondance des biens produits par la nature, ne connaissaient ni le travail ni la guerre. Hippodamos de Milet puis Platon, au ive s. avant J.-C., dans sa République, proposent la réalisation d'une société égalitaire ou communiste mais fondée sur l'esclavage. Puis le rêve d'une cité juste se concrétise avec les tentatives de Nabis à Sparte (iie s. avant J.-C.) et d'Aristonicos de Pergame (iie s. avant J.-C.). L'un comme l'autre libèrent les esclaves, et Aristonicos crée une cité nouvelle, Héliopolis (la cité du Soleil), qui est une référence à une île du Soleil décrite par Diodore de Sicile.

La tradition chrétienne

Au premier siècle de notre ère, le christianisme primitif présente un caractère égalitaire communiste incontestable. D'après les Actes des Apôtres (II, 44 à 46), les premiers chrétiens vivaient ensemble, leurs biens étaient mis en commun et le produit des ventes de la communauté était réparti entre eux selon les besoins de chacun. Si ce mode de vie ne semble pas avoir été partout la règle, il a alimenté, ainsi que le mythe de « l'âge d'or », de nombreuses hérésies où se mêlent des préoccupations sociales et religieuses. On peut citer les mouvements des taborites de Bohême influencés par Jan Hus (xve s.), celui des paysans de Thomas Müntzer en Allemagne (en 1525), et des anabaptistes de Münster (xvie s.). En 1516 paraît l'Utopie de Thomas More, qui décrit une société idéale dans laquelle règne la communauté des biens. Tommaso Campanella imagine une Cité du Soleil (1602), dans laquelle le communisme qui y règne est tout imprégné de déisme. Si la tentative des diggers (« bêcheurs ») anglais conduite par G. Winstanley et W. Everard, en 1649, d'instaurer un communisme agraire n'a pas de rapport direct avec la religion, il n'en est pas de même de la république communiste chrétienne des Guaranis au Paraguay. Cette expérience de communisme intégral, instaurée par les jésuites pour protéger les Indiens contre les colonisateurs espagnols, s'est poursuivie de 1612 à 1768. Dans cette république, la propriété privée n'existait pas, non plus que la monnaie ou les clôtures. La répartition des biens se faisait suivant la formule : « À chacun selon ses besoins. »

L'islam

L'islam primitif apparaît également comme imprégné d'égalitarisme. Mahomet, après Jésus, critique la richesse. Abu Dharr al-Rhifari, un de ses proches, est à l'origine du développement d'une mystique musulmane prônant la communauté des biens (le soufisme) qui a joué un rôle important au sein de l'islam jusqu'au xve s. À la fin du ixe s. se produit, dans la vallée de l'Euphrate, le soulèvement des esclaves zandj (ou zendj), convertis au kharidjisme et qui se révoltent contre les Abbassides. Les insurgés semblent avoir fondé un État égalitaire dans la région de Bassora. À peu près à la même époque (fin ixe-début xe s.) l'Arabie, le Yémen, la Syrie et Bahreïn connaissent le mouvement des qarmates, qui aboutit également à la constitution d'un petit État communautaire.

Dans l'Europe des Lumières et sous la Révolution française

Avec le xviiie s., le communisme devient de plus en plus rationaliste et indifférent à la religion. Dès la fin du xviie s., la critique de la propriété et l'égalitarisme s'expriment dans l'utopie. Dans cette perspective, le curé Meslier, athée, communiste et révolutionnaire, développe la thèse d'un communisme agraire ainsi qu'une virulente critique de la société de son époque ; les aspects antireligieux de son œuvre exercent une grande influence au xviiie s. D'autres auteurs instruisent également le procès de la propriété privée et proposent des systèmes sociaux dans lesquels régnerait la communauté des biens : le marquis d'Argenson, Morelly, qui, dans son Code de la nature (1755), formule une théorie des besoins, Mably, le bénédictin dom Deschamps (1716-1774), Collignon (auteur de l'Avant-coureur du changement du monde entier […], paru anonymement en 1786) qui a inspiré Babeuf.

Durant la période de la Révolution française, l'utopie est confrontée aux faits. Malgré l'existence d'un puissant courant égalitaire, qui s'exprime notamment chez les sans-culottes et les enragés, et même chez Robespierre et Saint-Just, les révolutionnaires ne remettent pas en cause la propriété. En revanche, Babeuf s'inscrit dans la tradition communiste, en recherchant le bonheur commun par « la communauté des biens et des traditions ». Mais le babouvisme va bien au-delà de l'exposé théorique, par la conjuration des Égaux (1796). Pour Marx, Babeuf a été le fondateur du « premier parti communiste agissant ». Le babouvisme représente un changement radical de la pratique révolutionnaire par la préparation clandestine d'une insurrection et par la nécessité reconnue, après la prise du pouvoir, d'une dictature provisoire de la minorité révolutionnaire. Cette conception, transmise aux révolutionnaires du xixe s. par Philippe Buonarroti en 1828, a influencé Blanqui, Marx et Lénine.

Au début de l'ère de l'industrialisation en Europe

Le développement du capitalisme et la constitution d'une classe ouvrière qui l'accompagne amènent les théoriciens sociaux à s'intéresser de plus en plus aux ouvriers, les plus touchés par le paupérisme. De 1824 à 1827, aux États-Unis, l'industriel britannique Robert Owen développe des expériences communautaires qui, malgré leur échec, ont un certain retentissement. Il en est de même du Français Étienne Cabet, communiste pacifiste, qui exerce une forte influence sur les milieux ouvriers parisiens à la veille de 1848. Le communisme est alors représenté par des hommes comme l'Allemand Wilhelm Weitling, ou les Français Albert Laponneraye (1808-1849), Richard Lahautière (1813-1882), Jean-Jacques Pillot (1808-1877) et Théodore Dézamy, auteur du Code de la communauté (1842), qui sont néobabouvistes, et surtout par Louis Auguste Blanqui. Pour ce dernier, il existe une guerre entre les classes d'où doit sortir un régime de communauté des biens. Homme d'action plus que théoricien, Blanqui s'appliquera tout au long de sa vie à préparer la prise d'armes victorieuse des communistes révolutionnaires. Dans les années 1840, les réformateurs sociaux et les militants portant le nom de « communistes » se distinguent notamment des socialistes en ce qu'ils considèrent qu'un changement uniquement politique est vain s'il n'est pas accompagné d'un changement social marqué, dans un avenir plus ou moins rapproché, par un régime de communauté des biens. Ces communistes sont à ce moment républicains et démocrates (alors que beaucoup de socialistes sont indifférents à la forme du gouvernement) et révolutionnaires (à l'exception de Cabet). Engels écrira qu'en 1847 le socialisme était un mouvement bourgeois et le communisme un mouvement ouvrier. C'est de ces années que date la rencontre du communisme et du mouvement ouvrier.

Le communisme marxiste

Le ralliement des Allemands K. Marx et F. Engels au communisme dans les années 1840 et notamment leur adhésion à la Ligue des justes, bientôt dénommée Ligue des communistes, inaugure une nouvelle période de l'histoire du communisme. Marx et Engels, qui assignent par ailleurs un rôle essentiel à la classe ouvrière et à la lutte des classes dans l'abolition de la propriété privée, développent un communisme de la praxis, ou socialisme scientifique, par opposition aux théories précédentes baptisées par eux « utopiques », parce qu'elles échafaudent des plans et des projets sociaux sans tenir compte de la réalité historique. Pour eux, le communisme n'est « ni un État qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'État actuel » (l'Idéologie allemande, 1846).

Dans le Manifeste du parti communiste (1848), Marx et Engels définissent le but immédiat des communistes comme étant le même que celui de tous les partis ouvriers : « constitution du prolétariat en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat » ; et ils ajoutent que « les communistes sont la fraction la plus résolue des partis ouvriers ». Ils prévoient, après la disparition du régime capitaliste, une étape socialiste au cours de laquelle les moyens de production seraient socialisés et la devise « à chacun selon son travail », appliquée ; puis une étape communiste, caractérisée par la disparition de l'opposition entre travail manuel et travail intellectuel, et par l'application de la formule « à chacun selon ses besoins » rendue possible par l'abondance des biens ; elle-même serait conséquence de l'accroissement extraordinaire des forces productives. Alors l'État serait supprimé et « le gouvernement des personnes ferait place à l'administration des choses et à la direction de la production ».(→ marxisme.)

Le communisme de Marx à Lénine

Malgré la fortune des idées de Marx et d'Engels, le mot « communisme » connaît une éclipse durant la seconde moitié du xixe s. et jusqu'en 1918. Il est alors seulement utilisé par les anarchistes comme Kropotkine et Élisée Reclus ou par les blanquistes du Comité révolutionnaire central. Pour Reclus, le communisme anarchiste se caractérise par « le collectivisme avec toutes ses conséquences logiques, non seulement au point de vue de l'appropriation collective des moyens de production, mais aussi de la jouissance et de la consommation collectives des produits ». Dans les années 1850-1860, les communistes marxistes jugent préférable, en raison de leur faiblesse numérique, de s'unir avec les démocrates bourgeois de France (démocrates-socialistes) et surtout d'Allemagne. Dans ce dernier pays, les marxistes Wilhelm Liebknecht et August Bebel, longtemps partisans de cette union, fondent en 1869 le parti social-démocrate allemand des travailleurs, qui s'unit en 1875 au parti ouvrier des partisans de Ferdinand Lassalle dans un parti social-démocrate allemand. Marx et Engels acceptent le terme, impropre selon eux, de « social-démocrate » pour des partis ayant pour but le communisme, parce qu'il est consacré par l'usage. De même, en 1879, la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France, fondée par les marxistes Paul Lafargue et Jules Guesde, se proclame « collectiviste » et non communiste « pour ne pas effrayer », dit plus tard Lafargue.

L'utilisation des mots « social-démocrate » et « socialiste » se répand donc dans le monde et notamment en Russie, où est fondé, en 1898, le parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR).

Mais, en 1914, à la suite de l'acceptation de l'état de guerre par de nombreux sociaux-démocrates ou socialistes d'Europe, Lénine propose de changer le nom de POSDR pour revenir à la vieille dénomination marxiste de « communiste », ce qui doit permettre, selon lui, de distinguer les « vrais marxistes » des « sociaux-chauvins » ou « sociaux-traîtres ». En mars 1918, le POSDR change son nom en celui de parti communiste de Russie (bolchevik). Un an plus tard est fondée l'Internationale communiste, ou IIIe Internationale, dont la 17e condition d'admission fait obligation aux partis socialistes ou sociaux-démocrates adhérents de changer leur nom en celui de parti communiste. Désormais, l'histoire du communisme est, pour l'essentiel, celle de l'Internationale communiste et des partis communistes. En URSS et dans les autres États où les partis communistes sont au pouvoir (Chine, Bulgarie, Pologne, République démocratique allemande, Roumanie, Tchécoslovaquie, etc.), l'économie, fondée sur la collectivisation des principaux moyens de production et d'échanges (à l'exception dans certains cas de l'agriculture) et sur la planification, est dite de type socialiste, le communisme tel qu'il a été défini par Marx et Engels demeurant toujours l'objectif proclamé de ces partis.

Le mouvement communiste international de la révolution d'octobre à la seconde guerre mondiale

Les organisations politiques se réclamant du communisme se définissent essentiellement par leur adhésion au marxisme et au léninisme. Cela signifie qu'elles font leurs les méthodes d'analyse, appliquées notamment à l'évolution des sociétés, de Marx, Engels et Lénine ainsi que les principales conclusions de ces théoriciens (nécessité du renversement de la société capitaliste, « rôle dirigeant de la classe ouvrière » dans ce processus, mise en place dans un premier temps d'une société socialiste caractérisée par la collectivisation des moyens de production et d'échanges et par la planification, puis d'une société communiste). Cela signifie également que leur organisation interne s'inspire du modèle léniniste tel qu'il a notamment été développé dans l'ouvrage Que faire ? de Lénine (1901-1902) et qui se caractérise par : le rejet de la spontanéité en matière politique (« sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ») ; l'existence de révolutionnaires professionnels (permanents) qui doit aussi assurer la promotion de cadres ouvriers ; et le centralisme démocratique. D'autres caractères de ces partis sont conjoncturels : la dénomination de « parti communiste » qui n'est pas la règle même avant la Seconde Guerre mondiale ; l'appartenance à une même organisation internationale (si, de 1919 à 1943, l'Internationale communiste [IC] joue le rôle d'état-major des partis communistes, si, de 1947 à 1956, le Bureau d'information communiste ou Kominform occupe une fonction analogue, il n'en est plus de même par la suite) ; et la reconnaissance du rôle dirigeant du parti communiste de l'URSS (l'indépendance et l'égalité des partis sont proclamées en novembre 1960 par la déclaration des 81 partis communistes et ouvriers, la prééminence de fait du parti communiste de l'Union soviétique [PCUS] s'estompant graduellement pour la plupart des partis après cette date).

Enfin, tous les partis communistes au pouvoir ou dans l'opposition ont en commun le modèle soviétique tel qu'il s'est élaboré durant la première décennie après 1917, à savoir, au niveau politique : rôle dirigeant du parti, qui se confond de fait avec l'État, contrôle étroit des médias, encadrement de la société par des « organisations de masse » ; au niveau économique : planification, collectivisation (c'est-à-dire, en fait, étatisation) des moyens de production, industrialisation ; au niveau social : Welfare State avec plein emploi, large protection sociale, notamment en matière d'éducation et de santé ; enfin, dans tous les domaines, promotion de cadres d'origine ouvrière et populaire.

Le succès des bolcheviks léninistes en Russie, la paix qu'ils signent avec l'Allemagne et les réformes sociales qu'ils mettent en œuvre leur attirent une grande sympathie dans les milieux socialistes et pacifistes internationaux déjà radicalisés par les souffrances de la Première Guerre mondiale. Rapidement se créent, à l'image du parti communiste russe, plusieurs dizaines de partis communistes dans le monde.

Ces partis naissent soit de l'adhésion de partis socialistes nationaux à l'Internationale communiste (Bulgarie, Chili, France, Grèce, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Uruguay, Yougoslavie…), soit du ralliement de leur minorité de gauche (Argentine, Australie, Belgique, Espagne, États-Unis, Finlande, Hongrie, Indonésie, Italie, Mexique, Suède…), ou enfin de la fusion de petits groupes marxistes (Afrique du Sud, Albanie, Chine, Danemark, Grande-Bretagne, Indochine, Suisse…). Durant la période d'existence de l'IC (1919-1943), l'histoire des partis communistes est tributaire des décisions de l'Internationale (« front unique » de toutes les organisations ouvrières, « bolchevisation », ligne « classe contre classe », « front populaire » …) et, également, des particularités nationales de chacun d'entre eux. Plusieurs tentatives insurrectionnelles (en Allemagne, en Bulgarie, en Chine) faites à des dates et dans des conditions diverses échoueront. Seuls les communistes de Mongolie parviennent en 1921 à prendre le pouvoir.

Quand cela est estimé réalisable, la plupart des partis développent leur action vers l'accession au pouvoir par la voie légale.

À partir de 1934-1935, les partis communistes initient la stratégie des fronts populaires sur des objectifs de défense de la démocratie, et non plus de révolution, contre les mouvements fascistes. Une des tâches primordiales des partis communistes est d'assurer la défense de l'URSS, première expérience de type socialiste dont la survie conditionne le succès de toutes les tentatives ultérieures. Ils s'efforcent de lier leur lutte pour les revendications populaires immédiates aux aspirations nationales (anticolonialisme, anti-impérialisme). Des années 1927-1929 à sa mort, en 1953, la personnalité de Staline domine le mouvement communiste international. Malgré la terreur de masse qu'il fait régner en URSS, c'est à son crédit que sont portées les spectaculaires réalisations économiques et sociales du régime comme le seront, quelques années plus tard, les victoires de l'Armée rouge sur l'Allemagne nazie.

Le mouvement communiste de 1945 à 1956

Durant la Seconde Guerre mondiale, dans les pays occupés par l'armée hitlérienne (Europe) ou par l'armée japonaise (Chine, Corée, Indochine), les partis communistes constituent des « fronts nationaux » et luttent contre l'occupant. Cette activité de résistance, jointe au rôle de l'U.R.S.S. dans la victoire alliée en 1945, explique l'élargissement de l'audience de ces partis à la fin du conflit. Plusieurs d'entre eux se trouvent ainsi, du fait de la disparition des organisations politiques des classes dirigeantes, en position d'accéder au pouvoir, ce qui se réalise entre 1944 et 1949. La présence de l'Armée rouge (en Allemagne orientale, en Bulgarie, en Pologne, en Roumanie et en Corée du Nord) hâte ou permet cette accession. D'autres partis agissent par leurs propres moyens (en Albanie, en Yougoslavie, au Viêt Nam, en Tchécoslovaquie en 1948, en Chine en 1949). En Europe occidentale, le rapport des forces (et notamment la présence de l'armée américaine) limite l'avancée des partis communistes à une participation minoritaire au gouvernement (Autriche, Belgique, Danemark, France, Italie, Norvège). Deux tentatives révolutionnaires en Grèce et en Iran se heurtent à l'opposition (militaire en Grèce) des Anglo-Saxons et échouent. Dans les colonies, les communistes dirigent ou soutiennent de nombreux mouvements de libération nationale, en Indochine française, par exemple.

Durant la période de « guerre froide » où est appliquée par les puissances occidentales la doctrine de refoulement du communisme, les deux blocs durcissent leur attitude : à une répression accrue à l'égard des partis communistes, à la création de bases militaires autour de l'URSS, à la constitution de l'OTAN et au maccartisme aux États-Unis correspondent la période stalinienne du mouvement communiste, l'exclusion de la Yougoslavie socialiste du Kominform, la vague de procès dans les démocraties populaires, notamment contre les dirigeants présumés titistes, et la création du pacte de Varsovie.

La crise du mouvement communiste international

Le XXe Congrès du PCUS, en février 1956, trois ans après la mort de Staline, inaugure une phase nouvelle dans l'histoire du mouvement communiste : celle de la fin du monolithisme et du rôle dirigeant de l'URSS Lors de ce congrès, le premier secrétaire du PCUS, Nikita Khrouchtchev, fait approuver la nécessité de la coexistence pacifique, la diversité des voies de passage au socialisme (idée déjà émise par Maurice Thorez en 1946) et fait la critique du culte de la personnalité de Staline (condamnation des erreurs et des crimes de Staline). Le nouveau cours de la politique communiste internationale se traduit par la dissolution du Kominform (avril 1956), le rapprochement entre l'URSS et la Yougoslavie et, après des démonstrations de masse, par l'arrivée d'une nouvelle équipe de dirigeants à la tête du parti et de l'État polonais (octobre 1956). Mais, en Hongrie, le mouvement est réprimé militairement par l'URSS (octobre-novembre 1956). Les conférences internationales des partis communistes et ouvriers tenues à Moscou en novembre 1957, puis en novembre 1960 (réunion des 81) réaffirment, après le XXe Congrès du PCUS, la double possibilité de « bannir la guerre mondiale de la vie sociale » et de « conquérir le pouvoir sans guerre civile ».

Mais ces thèses ébranlent bien des certitudes : bien qu'il y ait souscrit officiellement à Moscou, le parti chinois ne les partage pas, tandis que le parti albanais refuse dès novembre 1960 de les approuver. En 1961, le parti chinois rompt avec l'URSS, les désaccords d'État à État étant venus s'ajouter aux divergences idéologiques. En juin 1963, il publie un texte en 25 points dans lequel le PCUS.est déclaré « révisionniste » ; de plus la guerre y est admise comme une nécessité ainsi que la révolution prolétarienne. L'URSS est accusée de « chauvinisme de grande puissance ». Les partis d'Albanie, d'Indonésie et plus tard du Cambodge (Khmers rouges) admettent les thèses maoïstes. Un peu partout dans le monde se constituent des partis communistes « maoïstes », peu influents, en dehors de celui de l'Union indienne, issu d'une scission du parti communiste indien. En 1967, la Roumanie prend nettement ses distances à l'égard de l'URSS, tandis qu'en Amérique latine les partis communistes s'interrogent sur l'exemplarité de la révolution cubaine (1959). La conférence des partis communistes et ouvriers de juin 1969 à Moscou, qui regroupe 75 partis à l'exclusion de ceux d'Albanie, de Chine, de Corée du Nord, du Viêt Nam et de Yougoslavie (celui de Cuba étant présent en tant qu'observateur), affirme l'égalité des droits de tous les partis et entérine la disparition du « centre dirigeant du mouvement communiste international ».

Enfin, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, apparaît ce qui sera appelé l'eurocommunisme (courant d'idées visant à adapter les théories communistes à la situation politique des pays de l'Europe de l'Ouest).

La fin des années 1970 et le début des années 1980 sont marqués par la persistance de problèmes au sein du mouvement communiste : permanence des oppositions entre partis, affrontements militaires sporadiques entre la Chine et l'URSS.à partir de 1969, puis entre le régime des Khmers rouges du Cambodge et le Viêt Nam, qui déboucheront sur une intervention vietnamienne au Cambodge au début de 1979 et une attaque de la Chine contre le Viêt Nam la même année.

Durant cette période se manifeste également une nouvelle avancée des partis ou des mouvements déclarant s'inspirer du « socialisme scientifique » ou « marxisme-léninisme » qui accèdent au pouvoir dans diverses régions du tiers-monde : au Congo et en Somalie en 1969, au Bénin en 1974, en Indochine (Viêt Nam du Sud, Cambodge, Laos) en 1975, dans les anciennes colonies portugaises (Angola, Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique) en 1976, au Yémen du Sud et en Éthiopie en 1977, et en Afghanistan en 1978. La lutte anti-impérialiste a rencontré les aspirations d'une fraction des élites du tiers-monde, pour lesquelles le communisme représente un modèle d'organisation et un exemple d'efficacité. Ces élites intellectuelles sont moins attirées par la doctrine que par les méthodes de prise du pouvoir élaborées par les communistes (techniques de la lutte clandestine, de la guerre révolutionnaire, de la propagande, de l'organisation politico-militaire).

L'influence du parti communiste chinois sur les autres et sur les « mouvements de libération nationale » est en recul du fait de prises de position controversées et des variations importantes de la politique intérieure chinoise : le parti albanais et le parti communiste marxiste de l'Inde prennent leurs distances vis-à-vis de la Chine.

À partir du début des années 1980, la crise du mouvement communiste international se traduit par un affaiblissement de ses positions dans le monde et par la disparition du communisme au pouvoir en Europe et en Asie. Cette crise est d'abord celle des régimes eux-mêmes et elle est bien antérieure aux années 1980. Elle se manifeste par l'essoufflement de l'appareil productif, le retard technologique (en dehors du domaine nucléaire et militaire), l'épuisement de l'idéologie, la grande faiblesse des espaces de liberté politique et intellectuelle, les lacunes de la protection sociale, des méthodes de gestion autoritaires et bureaucratiques. À l'origine de cette crise : le refus de toute forme réelle de compétition et la systématique promotion de cadres choisis plus en fonction de leur appartenance sociale et de leur conformité idéologique que de leur technicité. À l'heure de la mondialisation médiatique, le phénomène de la dissidence intellectuelle et politique en URSS. (Soljenitsyne) et dans les pays socialistes européens (Charte 77 en Tchécoslovaquie, Solidarność en Pologne) prend une résonance nouvelle. À partir de l'exemple des dissidents et prenant appui sur les résolutions de la conférence d'Helsinki (1975) sur la libre circulation des hommes et des biens se développe, depuis l'Occident, une intense campagne en faveur des droits de l'homme dans les pays communistes. Dans le même temps, le défi militaire lancé par les États-Unis de Ronald Reagan (guerre des étoiles) aggrave la situation économique de l'URSS. La crise du communisme international comme crise du modèle soviétique est aussi celle de tous les partis communistes. Les raisons qui avaient assuré leur succès et suscité l'adhésion de larges masses tendent en effet à s'estomper avec la disparition des régimes fascistes, puis du colonialisme et avec l'avènement d'un Welfare State dans bien des pays à économie libérale. Même si le temps n'est plus aux terribles répressions ayant fait un grand nombre de victimes (URSS avant 1941, Chine des années 1958-1962 puis de la Révolution culturelle, Cambodge des Khmers rouges de 1975 à 1978), leur rappel insistant dans un contexte nouveau affaiblit encore le communisme international.

L'effondrement du bloc communiste

C'est parce qu'il a conscience que l'URSS est en train de perdre la double bataille des droits de l'homme et de la guerre des étoiles et parce qu'il souhaite, vingt ans après Dubček, un socialisme plus humain que Mikhaïl Gorbatchev engage l'URSS, à partir de 1987, dans la voie de la perestroïka (restructuration), de la glasnost (transparence) et de la non-ingérence dans les affaires des pays communistes voisins. Dans la brèche ainsi ouverte s'engouffrent les oppositions déjà majoritaires (RDA, Pologne, Tchécoslovaquie) ou les gorbatchéviens eux-mêmes (Bulgarie, Roumanie).

En quelques mois, le système communiste s'effondre en Europe : en Allemagne de l'Est, Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie en 1989 ; en URSS, où les Républiques prennent leur indépendance en 1991, provoquant l'implosion de l'union le 25 décembre de la même année ; en Yougoslavie également en 1991 ; en Albanie en 1992.

Entre 1989 et 1992, la totalité des pays d'Europe ayant auparavant adopté le communisme ont abandonné celui-ci comme mode d'organisation économique et politique, même si tel ou tel parti, désormais appelé socialiste ou social-démocrate, peut revenir au pouvoir dans le cadre de l'alternance démocratique (Hongrie, Pologne…). En Afrique, dans les États de type communiste, un multipartisme véritable est adopté (Bénin, Cap-Vert, Congo, São Tomé et Príncipe en 1990 ; Angola, Éthiopie, Guinée-Bissau, Seychelles en 1991 ; Madagascar et Mozambique en 1993) tandis que la sortie du communisme est consécutive à une défaite militaire en Afghanistan en 1992 et au Yémen du Sud en 1994. Depuis 1991 demeurent communistes sous une forme classique la Chine, la Corée du Nord, Cuba, le Laos, le Viêt Nam. Tous maintiennent le pouvoir politique communiste traditionnel en s'ouvrant plus ou moins à l'économie de marché (à l’exception de la Corée du Nord). En Angola, au Mozambique, aux Seychelles, au Cambodge, en Mongolie, il y a, après élections, continuité des équipes et des hommes au pouvoir avec abandon de toute référence au socialisme ou au marxisme. Ailleurs dans le monde, les partis communistes ont aujourd'hui du mal à conserver ou à retrouver une identité entre le modèle soviétique avec lequel ils ont pris leurs distances dans des proportions variables et la social-démocratie dont ils sont issus. Le retour à celle-ci s'est opéré pour la plupart de ceux d'Europe de l'Est ou encore pour le parti communiste italien, devenu, en 1991, le parti démocratique de la gauche puis en 1998, les Démocrates de gauche.