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Hô Chi Minh

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Hô Chi Minh

Homme d'État vietnamien (Kim Liên, province de Nghê Tinh, 1890 ?-Hanoi 1969).

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la décolonisation.

Le militant communiste

Les exigences d'une vie clandestine et ensuite des opportunités politiques font que bien des aspects de la biographie d'Hô Chi Minh demeurent inconnus. Ce nom même de Hô Chi Minh lui appartint tardivement, et il usa longtemps de surnoms, parmi lesquels celui de Nguyên Ai Quôc (Nguyên le patriote).

   Est-il né en 1890 ? La chose est seulement probable. Est-il né au village de Kiêm Lan, dans le Nord-Annam ? Ce n'est pas certain ; son père était, semble-t-il, un paysan relativement aisé, qui parvint à entrer dans l'administration impériale et qui fut licencié pour avoir manifesté des opinions nationalistes. Le fils reçut d'abord une bonne instruction au niveau de l'enseignement primaire, mais cet homme, qui finit par connaître plusieurs langues, fut essentiellement un autodidacte.

   À une date antérieure à la Première Guerre mondiale, il s'expatrie. Cuisinier à bord d'un paquebot, il découvre les ports européens et africains, puis, durant la guerre, il séjourne quelque temps à Londres. On le retrouve à Paris en 1919, où il exerce alors le métier de retoucheur de photographies. La fin des hostilités marque le début de sa carrière politique par une adhésion au parti socialiste. En 1919, il intervient à la Conférence de la paix de Versailles, où il demande l'émancipation de ses compatriotes. Au congrès de Tours de 1920, Hô Chi Minh se rallie d'emblée au communisme, qui met l'accent sur l'émancipation des peuples coloniaux.

   De 1920 à 1940, son existence est heurtée et vagabonde. Il reçoit une formation politique à l'occasion des cinq séjours qu'il fait en U.R.S.S. Ensuite, à plusieurs reprises, il assume la mission de propagandiste et de chef révolutionnaire en Extrême-Orient. En 1924, à Moscou, il est le représentant de l'Asie du Sud-Est aux réunions du Komintern, où il condamne la politique coloniale du parti communiste français. De la fin 1924 à 1927, il recrute et forme en territoire chinois les premiers cadres d'un parti communiste indochinois. Les incidents entre l'U.R.S.S. et la Chine le contraignent à quitter ce pays. En 1928-1929, Hô Chi Minh reprend, dans la clandestinité, mais en Thaïlande, la même action. En janvier-février 1930, il préside à la création du parti communiste indochinois (congrès dit « de Hongkong »). Peu après, la rébellion de Yên Bay au Tonkin et celle du Centre-Annam provoquent l'arrestation de divers militants, dont Võ Nguyên Giáp et Pham Van Dong. Hô Chi Minh, qui est resté à Hongkong, est dénoncé à la police anglaise et arrêté par celle-ci pour menées subversives. La justice française réclame en vain son extradition, et Hô Chi Minh est condamné à six mois de prison par les Britanniques.

   Libéré, il vit dans la clandestinité jusqu'en 1934. À partir de 1938, il revient en Chine à la faveur de la guerre sino-japonaise ; il se trouve aux frontières du Tonkin en 1940.

   La mainmise japonaise sur l'Indochine lui fournit l'occasion de préparer un soulèvement et de constituer au congrès de Lianzhou (mars 1944) un gouvernement provisoire, où figurent des nationalistes non communistes. Hô Chi Minh n'en a pas moins rencontré des difficultés auprès des autorités chinoises de Chongqing, et il a même été pour un temps incarcéré (il écrit alors ses célèbres Poèmes de prison). On peut d'ailleurs soupçonner que ces autorités souhaitent l'écarter d'un futur gouvernement indochinois, afin de tenir celui-ci à leur dévotion. En tout cas, Hô Chi Minh obtient l'appui des missions de liaison américaines, qui cherchent à recruter des partisans pour lutter contre les Japonais, mais qui songent aussi à s'attacher le maître probable d'une Indochine décolonisée.

La lutte pour l'indépendance du Viêt Nam

Quoi qu'il en soit, la capitulation japonaise ouvre à Hô Chi Minh les portes d'Hanoi, et il peut y proclamer l'indépendance le 2 septembre 1945, après l'abdication de l'empereur Bao Dai. Le 18 mars 1946, les troupes françaises arrivent à Hanoi, où elles relèvent les Chinois. Le gouvernement provisoire, dont les membres non communistes sont éliminés, met à profit la fin de l'année 1945 et le début de 1946 pour implanter dans tout le pays une organisation politico-militaire. Après les accords de Fontainebleau, le Viêt Nam est reconnu comme État libre au sein de l'Union française, créée en 1946.

   Hô Chi Minh est-il disposé à conclure avec la France un compromis plus ou moins durable ? Estime-t-il, au contraire, qu'une guerre est inévitable et qu'il faut gagner le temps nécessaire à sa préparation ? La question sera seulement tranchée lorsque les archives du Viêt-minh seront accessibles aux historiens. En tout cas, la minutie avec laquelle est monté le coup de force du 19 décembre 1946, qui voit l'attaque coordonnée de garnisons du Tonkin et d'Annam, prouve que l'entrée en guerre a été décidée très certainement au cours de l'été 1946.

   Dès cette époque, le problème du partage du pouvoir s'est vraisemblablement posé au sein du Viêt-minh. L'autorité d'Hô Chi Minh est-elle restée prépondérante ? S'est-il instauré, au contraire, une direction collégiale ? Il semble bien que les hommes comme Giáp et Pham Van Dong ont peu à peu supplanté le leader vieillissant. De fait, le visage que les documents officiels donnent d'Hô Chi Minh dès 1953-1954 est celui d'un personnage entrant dans la légende : un vieillard aux traits ascétiques (« l'oncle Hô »), accueillant les enfants et dispensant des conseils de sagesse. Quoiqu'il en soit, la défaite des Français à Diên Biên Phu en mai 1954 marque la fin de la guerre ; le 20 juillet 1954, par les accords de la conférence de Genève, Hô Chi Minh accepte le partage du Viêt Nam. Il devient le premier président de la République démocratique du Viêt Nam.

   De 1956 à 1959, il est secrétaire général du parti Lao Dông. En 1959, il apporte son soutien à la lutte menée contre Diêm au Viêt Nam du Sud. La même année, Lê Duan lui succède dans ses fonctions de secrétaire général. Il s'engage alors à fond dans la guerre révolutionnaire. Pour lui, la libération du Sud a autant d'importance que la construction du socialisme au Nord. Lorsqu'en 1965 les États-Unis bombardent le Viêt Nam du Nord, Hô Chi Minh est non seulement le chef de la révolution vietnamienne, mais aussi le héros de tous les mouvements de libération nationale. Après l'arrêt des bombardements, en 1968, il accepte de négocier. À partir de 1969, les maquisards du Viêt-cong sont reconnus par les Américains comme des interlocuteurs valables.

   Il meurt le 3 septembre 1969 dans le palais présidentiel d'Hanoi ; son testament politique, rédigé le 10 mai de la même année, dénonce les coupables divisions entre les pays socialistes. En avril 1975, son nom fut donné à la ville de Saigon.

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