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crocodile

Crocodile
Crocodile

Reptile aux allures préhistoriques, ce très lointain cousin des oiseaux primitifs et des dinosaures a une solide réputation de tueur. Depuis 65 millions d'années, le crocodile s'adapte à tous les changements. Il aura disparu dans quelques décennies si l'homme ne cesse de pourchasser ce survivant des temps anciens.

1. La vie du crocodile

1.1. Un respect très strict de la hiérarchie

Les crocodiles du Nil vivent en communautés réunissant des groupes distincts d'animaux de même âge et de même sexe. Tous respectent une hiérarchie stricte, excepté en période de grande sécheresse. Les crocodiles de tous âges se retrouvent alors sur les seuls points d'eau qui restent et les comportements de territorialité ou de hiérarchie s'estompent. Les mâles les plus grands et les plus agressifs dominent, vivant en permanence sur leur territoire, à proximité les uns des autres. Le territoire est à la fois terrestre et aquatique, l'animal défendant une portion de berge le long d'un point d'eau. Les femelles, soumises aux mâles, ont des territoires qui se chevauchent, englobant les sites de ponte sur la partie terrestre du territoire commun.

La position de la tête, du dos et de la queue donnent des informations importantes sur le statut social d'un crocodile et sur ses intentions. Ainsi, un mâle dominant nage ostensiblement à la surface de l'eau, tandis qu'un animal moins élevé dans la hiérarchie ne laisse dépasser que la tête, et se tient toujours prêt à s'immerger complètement. Devant un animal dominant, il relève le museau hors de l'eau et entrouvre ses mâchoires. La tête immobile, il annonce, par des mouvements du museau, qui il est – mâle, femelle ou jeune – à celui qu'il approche.

Il est très rare que les crocodiles se combattent, même lors de grands rassemblements d'animaux. Pour faire fuir son rival, le crocodile dominant se contente en général de rester immobile, tête et queue dressées, en gonflant son corps le plus possible afin d'exagérer sa taille. Si cela ne suffit pas, il attaque, mordant son adversaire à la base de la queue et derrière les pattes. Les cicatrices laissées à ces endroits indiquent donc des animaux de rang inférieur.

La femelle fait les premiers pas

Selon certains zoologistes, le crocodile du Nil mâle est monogame, selon d'autres, le mâle courtise quatre ou cinq femelles à la fois, ce qui semble plus probable, la proportion moyenne de la population étant d'un mâle pour dix à vingt femelles.

Les préliminaires amoureux commencent souvent quatre à cinq mois avant la ponte. C'est la femelle qui fait les premiers pas, visitant tour à tour les territoires de plusieurs mâles et se présentant à eux tête et queue complètement immergées. Elle doit bien marquer sa soumission à son partenaire, particulièrement agressif en cette période. Après parfois plusieurs jours de séduction, l'accouplement a lieu sous l'eau.

Plusieurs sons pour se comprendre

Plusieurs sons pour se comprendre



Pour communiquer, les crocodiles du Nil peuvent émettre des signaux vocaux, dont certains à peine audibles par l'homme. Ces sons, toussotement, sifflement, meuglement ou rugissement répétitif très puissant, sont produits en contractant fortement les muscles de la poitrine pour faire passer l'air, par à-coups ou en continu, le long du larynx jusque dans les fosses nasales. Les appels répétitifs permettent aux autres animaux de localiser celui qui vocalise.

1.2. Les crocodiles vivent l'estomac vide

Un crocodile du Nil adulte ne fait, en moyenne, que 50 repas par an, parce qu'il utilise l'énergie apportée par son alimentation de façon beaucoup plus efficace que les autres animaux. Il stocke environ 60 % de la nourriture qu'il absorbe dans le gras de la queue, dans l'abdomen et le long du dos. Un vieux crocodile peut ainsi rester deux ans sans se nourrir, de même qu'un nouveau-né quatre mois ; le crocodile adulte mange plutôt pendant les saisons chaudes. Les plus grands se nourrissent d'oiseaux, de poissons ou de mammifères (buffle, zèbre ou antilope), et parfois de charognes qu'ils repèrent à l'odeur. En période de froid, la digestion est ralentie, et seuls les jeunes s'alimentent, consommant surtout des insectes.

Partisans du moindre effort

Au Kwazulu-Natal, vers avril ou mai, les jeunes crocodiles profitent de la migration des mulets qu'ils chassent à plusieurs en se plaçant en demi-cercle, bouchant ainsi le passage aux poissons. Lors de ces chasses en groupe, chacun reste à son poste sans bouger jusqu'à l'encerclement final.

Lorsqu'il pêche seul, le crocodile nage lentement, recourbant la queue pour créer un arc avec son corps. Un coup de gueule latéral de son museau plat, et les petits poissons qui se sont laissés prendre dans ce filet sont avalés sans être mâchés. Le crocodile fait glisser les gros poissons dans sa gorge en levant la tête verticalement. Mais, en général, il évite les efforts superflus. Son long corps dissimulé dans l'eau, il guette, immobile, pendant de longues journées, des proies éventuelles venues se désaltérer. Seules ses narines et le haut de sa tête émergent. Parfois, d'un coup de queue, il décroche d'une branche un nid d'oiseaux. Lorsqu'une antilope ou un buffle approche sur la berge boueuse, le crocodile glisse silencieusement et, de ses puissantes mâchoires, saisit une patte ou le museau de sa proie qu'il déséquilibre, l'assomme ou lui casse les pattes d'un coup de sa lourde tête. Puis il l'entraîne dans l'eau pour la noyer. Et le festin commence. Le crocodile déchiquette l'animal et avale tout sans mâcher, os compris. S'il ne peut déplacer seul une proie trop grosse, un ou plusieurs congénères l'aident. Le zoologiste sud-africain Pooley a observé deux animaux transportant au-dessus du sol une antilope que l'un d'eux avait tuée sur la berge.

Les petits crocodiles mangent surtout des insectes

Les petits crocodiles mangent surtout des insectes



La zoologiste E. Hamard, en 1979, a étudié les estomacs de plusieurs dizaines de crocodiles du Nil et a ainsi montré que leur régime alimentaire variait en fonction de leur taille.

Ainsi, les insectes constituent 70 % de la nourriture des jeunes crocodiles de moins de 0,30 m et encore 30 % de celle des animaux de 1,50 m ; mais ils ne font plus partie de l'alimentation des crocodiles de plus de 3,50 m. Lorsqu'ils mesurent entre 1,50 m et 3,50 m, les crocodiles consomment surtout des poissons et des mollusques. Les grands crocodiles mesurant plus de 3,50 m se nourrissent principalement de mammifères (de 15 à 40 %) et de poissons (de 35 à 80 %). Leur alimentation se compose aussi de reptiles, de mollusques et de quelques oiseaux (environ 10 %), mais ils préfèrent capturer de grosses proies plutôt que dépenser leur énergie à chasser des animaux de moindre importance.

1.3. Les petits naissent sur la terre ferme

Peu avant la ponte, les femelles deviennent agressives et se disputent parfois les meilleurs sites de nidification. Dressées sur leurs pattes, elles se poussent l'une l'autre, cherchant à renverser leur rivale et n'hésitant pas à mordre.

Elles creusent leur nid sur la partie terrestre commune à plusieurs domaines, dans le sable ou la terre meuble du rivage, à plus ou moins grande distance de l'eau, mais presque toujours au-dessus du niveau des hautes eaux. À l'aide des pattes postérieures, chaque femelle creuse un puits de 30 à 45 cm de profondeur ; une fois le puits creusé, la femelle s'installe, cloaque au-dessus du trou et pattes traînantes, et pond de 16 à 80 œufs. L'oviposition dure de 20 minutes à une heure. Sitôt la ponte terminée, la mère recouvre le trou, tassant le sol sur les œufs. Dans ce nid où les œufs vont incuber, la température n'est pas la même au centre et à la périphérie. Il semble que cette différence ait une influence sur la détermination du sexe des petits (des chercheurs ont observé que les femelles étaient le produit de températures basse ou très élevée, alors que les mâles naissaient de températures intermédiaires ; la période critique a lieu pendant la première moitié de l'incubation). L'incubation dure de 84 à 90 jours. Pendant tout ce temps, la femelle jeûne et ne cesse de surveiller le nid. Elle ne s'éloigne que pour boire de temps en temps ou pour se mettre à l'ombre. Le mâle reste lui aussi à proximité du nid, sans toutefois s'en approcher. Quelquefois, il va capturer une proie mais revient vite.

À la fin de la période d'incubation, les petits crocodiles, prêts à sortir de leur coquille, poussent de légers glapissements. Leur mère les dégage, creusant le nid des pattes et du museau, et les saisit délicatement dans sa gueule. La peau de sa gorge s'enfonce sous leur poids, formant une poche. Chaque nouveau-né pèse environ 500 g. La femelle les transporte ainsi jusqu'à la rivière où elle les lâche dans une eau peu profonde. Ce premier habitat provisoire a le double avantage de cacher les nouveau-nés aux prédateurs et d'éviter qu'ils ne se déshydratent.

Le nid une fois dégagé, aucun œuf n'est laissé à l'intérieur. La mère saisit ceux qui ne sont pas encore éclos dans sa gueule et les roule entre la langue et le palais jusqu'à ce que la coquille se brise.

Des crèches protectrices

Pendant les six à huit premières semaines de leur vie, les jeunes crocodiles sont regroupés dans des crèches. Celles-ci sont situées sur la terre ferme, dans un endroit un peu retiré. Les petits se débrouillent seuls, mais leur mère ou toute femelle adulte veille, attentive au moindre de leurs cris et répondant immédiatement à ces appels. À cette époque, les petits sont des proies faciles et recherchées par toutes sortes de prédateurs. Des chercheurs ont observé que des mâles étaient capables, à l'occasion, de prendre soin de leur progéniture avec la même délicatesse que les femelles.

Au contraire des adultes, les jeunes crocodiles ont besoin de la protection d'un abri pour ne pas se faire manger par plus gros qu'eux. Après la période de crèche, ils s'éloignent du groupe des adultes pour se chercher un terrier en commun. Celui-ci est généralement assez éloigné du bord de l'eau. Parmi ces jeunes apprenant ensemble à se nourrir, s'instaure une hiérarchie où les plus grands décident pour les autres. Puis, les groupes se disloquent d'eux-mêmes, chaque crocodile devient plus indépendant et s'en va, solitaire, à la recherche d'un territoire à coloniser.

1.4. Milieu naturel et écologie

Aujourd'hui, la plupart des crocodiles habitent les régions tropicales, mais les aires de répartition de quelques espèces comme le crocodile du Nil débordent sur des régions subtropicales plus tempérées. Amphibies, ces reptiles ont des habitats mixtes composés d'une zone de terre ferme et d'une partie aquatique d'eaux dormantes ou vives. Ils affectionnent particulièrement les mangroves, les marais et l'embouchure des rivières où ils disposent d'une nourriture abondante, de berges bien ensoleillées et d'une végétation touffue pour s'y cacher. Ces habitats recèlent cependant deux pièges mortels pour des reptiles : le sel est en trop grande concentration pour eux dans les eaux des mangroves littorales et des estuaires et la chaleur y est très forte. Ces animaux étonnants ont donc modifié leur comportement et leur organisme.

La thermorégulation corporelle et la présence de glandes à sel leur permettent d'échapper à ces deux périls. Les reins des crocodiles sont incapables d'excréter la grande quantité de sel contenue dans l'eau et dans leur nourriture. Les glandes à sel pallient cette incapacité et excrètent le surplus de sel avant qu'il pénètre dans le corps du reptile. Chez Crocodylus porosus, l'espèce la plus concernée, elles sont placées dans la bouche et se présentent comme des glandes salivaires modifiées. Les chercheurs s'interrogent sur l'existence de telles glandes chez tous les crocodiles même s'ils vivent en eaux douces. En revanche, les alligators et les caïmans en sont dépourvus et l'on pense que c'est une des raisons pour lesquelles ils colonisent rarement des habitats littoraux.

Thermorégulation

Les crocodiles prennent la température du milieu ambiant : ils sont poïkilothermes. Pour maintenir une température interne constante (thermorégulation), ils adoptent des méthodes qui varient selon l'espèce, le sexe, la taille, la santé et le statut social. L'exposition au soleil des muqueuses buccales produit un refroidissement par évaporation. À jeun, le crocodile cherche un endroit frais pour économiser de l'énergie. Après avoir dévoré une proie, il préfère les endroits ensoleillés afin d'accroître sa vitesse de digestion.

Des petits décimés par les nombreux prédateurs

Le crocodile adulte, protégé par son impressionnante cuirasse, a pour seuls ennemis l'homme et... ses propres congénères. Il en va tout autrement des œufs et des petits. La phase importante de la nidification a lieu sur la terre ferme. La majorité des espèces choisit des bancs de sable non inondables pour nidifier. Ces nids terrestres ont l'inconvénient d'être très facilement accessibles aux divers oiseaux et mammifères, mais surtout aux lézards, qui les pillent. Le plus redoutable de ces prédateurs est le varan du Nil. Profitant de l'inattention des parents, il fouille et déterre les nids avec son long museau. S'il est surpris par un crocodile, sa rapidité lui permet de s'enfuir. Il reviendra plus tard. Certaines années, le varan du Nil détruit jusqu'à 50 % des nids de Crocodylus niloticus.

Les œufs sont très recherchés en Afrique noire et en Nouvelle-Guinée autant pour être consommés que pour leurs vertus médicinales. Les zoologistes estiment que près de 90 % des animaux meurent durant la première année de leur vie.

Nouveau-nés et jeunes crocodiles sont également des proies faciles pour les gros poissons comme les silures et les requins d'estuaire ; pour les grands oiseaux comme les rapaces, les hérons, les marabouts, les cormorans et les spatules. Les félins, les chacals, les hyènes, les mangoustes et les genettes apprécient aussi ces jeunes animaux. L'hécatombe serait encore plus grande sans la stratégie des crèches où les parents protègent les petits pendant les douze semaines où ils sont le plus vulnérables.

Dès qu'il atteint la maturité sexuelle, le crocodile n'a plus rien à craindre de ces prédateurs, mais il devient alors l'hôte de nombreux parasites. Un oiseau, le pluvian d'Égypte, vivrait ainsi sur le dos du crocodile du Nil et pénétrerait dans sa gueule pour becqueter les fragments de nourriture restés dans les dents du reptile. L'entomologiste Villiers ne nie pas une certaine association entre les deux animaux, mais il émet des doutes sur ce que trouve l'oiseau entre les dents du reptile. L'oiseau débarrasse peut-être le palais de son hôte des sangsues qui le parasitent.

Un rôle essentiel à l'équilibre écologique

En tant que grands prédateurs, les crocodiles ont un rôle clef dans le maintien de la stabilité de la chaîne alimentaire en participant au recyclage des substances nutritives. Capables de creuser des flaques en période sèche, ils créent de petits habitats non négligeables pour de nombreuses espèces animales et maintiennent ouverts des canaux amenant l'eau dans les marais.

Les crocodiles sont aussi des « nettoyeurs ». Leur rôle de charognard, à l'occasion, peut avoir une importance considérable en cas d'épidémie, surtout pour les poissons, qu'ils protègent aussi en assurant la régulation des populations de leurs prédateurs : loutres et poissons ichtyophages. De plus, à Madagascar, on a noté une recrudescence de rage canine après le massacre des grands reptiles qui se nourrissaient de chiens malades.

2. Zoom sur... le crocodile du Nil

2.1. Crocodile du Nil (Crocodylus niloticus)

Le crocodile du Nil, l'un des plus grands reptiles vivants avec le crocodile marin, l'anaconda et le python réticulé, est aussi l'un des plus lourds avec la tortue luth.

Comme chez la plupart des reptiles, les écailles qui couvrent tout son corps sont des reliefs épidermiques, et sont donc différentes de celles « détachables » des poissons. Elles sont jointives et quadrangulaires sur le dos et sur le ventre, et espacées les unes des autres sur les flancs. Les écailles ventrales sont alignées sur 26 ou 32 rangées qui s'échelonnent du collier ventral à l'anus. Ce nombre varie selon les espèces et constitue un bon critère d'identification.

Les flancs ne sont revêtus que de petites plaques réparties sur 16 ou 17 rangées transversales et sur 6 à 8 rangées longitudinales. La main est palmée uniquement à la base, mais les orteils sont reliés par une véritable palmure. Les pattes sont terminées par des griffes (étuis cornés).

Un crocodile peut avancer très rapidement et atteindre 17 km/h sur plusieurs kilomètres en effectuant une sorte de galop. Le corps, étiré vers l'avant, est comme poussé par les pattes postérieures. Les pattes antérieures reçoivent le poids du corps et amortissent la fin du « saut ». Puis le dos s'arrondit et les pattes postérieures se portent vers l'avant, propulsant le corps dans un nouveau bond.

Une sorte de baguette cartilagineuse part de la dernière vertèbre et forme la queue. Peu mobile, elle repousse parfois lorsqu'elle a été amputée.

Les anatomistes considèrent le crocodile comme faisant partie des reptiles les plus évolués. Il possède, à l'égal des mammifères, un cœur divisé en quatre cavités qui effectue de 22 à 47 pulsations par minute ; il se caractérise par de grandes oreillettes recouvrant en partie les ventricules et présente une autre différence avec celui des reptiles « inférieurs » : il est séparé en deux chambres distinctes par une cloison interventriculaire complète. Grâce à cette paroi, le sang oxygéné est séparé du sang veineux. Ces deux flux sanguins peuvent cependant se mélanger lorsqu'un clapet, appelé foramen de Panizza et situé entre les crosses aortiques, s'ouvre et fait communiquer les ventricules. Lorsque l'animal plonge, ce clapet se ferme, permettant au cœur et au cerveau de continuer à être irrigués de sang oxygéné, et ce au détriment des muscles.

En rétrécissant ou en dilatant ses vaisseaux sanguins, le crocodile peut régler le flux de son sang et régler par le même fait la température des diverses parties de son corps. Et la fréquence des battements du cœur dépend de cet afflux nouveau d'oxygène ou non dans le système sanguin.

La bouche est isolée du pharynx du reptile par le repli gulaire, un tissu recouvrant le pli osseux du palais. C'est une sorte de voile qui empêche l'eau de pénétrer dans la gorge. Le crocodile peut ainsi rester sous l'eau la gueule ouverte, sans que ses poumons ou son œsophage soient noyés. Il continue de respirer la gueule remplie d'eau grâce à des fosses nasales qui conduisent l'air au-delà du repli. En plongée, deux valves ferment automatiquement les narines et empêchent l'eau de pénétrer dans les fosses nasales.

Les deux poumons, de forme ovoïde, sont subdivisés en cavités et ressemblent à des éponges. L'air qui arrive de l'extérieur les emplit par succion, comme aspiré par le piston d'une seringue. Ce rôle de piston est joué par le foie, lui-même tiré vers l'arrière sous l'effet des muscles qui se contractent. Le crocodile peut en même temps fermer sa glotte et son repli gulaire, formant ainsi un circuit clos. Le pharynx s'abaisse, ce qui aspire l'air et le fait pénétrer dans la cavité olfactive. Selon les chercheurs Pooley et Gors, l'air stimulerait la partie du cerveau commandant le sens de l'odorat, particulièrement développé chez le crocodile du Nil. À l'extrémité du museau, les narines transmettent aussi les stimuli chimiques, émis par les proies ou les partenaires sexuels, directement à des sacs olfactifs qui les analysent. Ce système de transmission des odeurs est particulier aux crocodiles ; chez les autres reptiles, c'est la langue qui, en liaison avec l'organe de Jacobson, véhicule les particules odorantes.

On a cru longtemps, et à tort, que les reptiles étaient sourds. Les crocodiles du Nil possèdent, au contraire, une audition très développée grâce à une oreille interne dont la structure est comparable à celle des vertébrés supérieurs. Le tympan, très grand, est recouvert sur sa face externe par un volet mobile qui se ferme en plongée, comme les clapets des narines, afin de limiter les infiltrations d'eau. La qualité de l'oreille interne de ces reptiles leur permet de communiquer vocalement entre eux par des sons variés, ce qui enrichit leur vie sociale.

La rétine des crocodiles leur donne la possibilité de voir aussi bien dans la pénombre qu'en pleine lumière : on dit qu'ils sont euryphotes. Leurs yeux sont situés très haut sur la tête et de chaque côté. De cette façon, ils affleurent la surface de l'eau lorsque l'animal est immergé.

CROCODILE DU NIL

CROCODILE DU NIL

Nom (genre, espèce) :

Crocodylus niloticus

Famille :

Crocodilidés

Ordre :

Crocodiliens

Classe :

Reptiles

Identification :

De 26 à 32 rangées d'écailles ventrales ; 4 écailles nuchales jointives formant un dessin carré. Museau de 1,6 à 2 fois aussi long que large au niveau de l'œil

Taille :

De 3,50 m à 4,50 m. Record de 7,90 m (lac Kioga)

Répartition :

Afrique, du sud du Sahara au Lesotho ; Madagascar et Comores

Habitat :

En eaux douces, fleuves, lacs, marais ; parfois dans les estuaires et les mangroves littorales

Régime alimentaire :

Carnivore. Se nourrit de mammifères, reptiles, batraciens, oiseaux, insectes, araignées

Maturité sexuelle :

Vers 12-15 ans

Saison de ponte :

Pendant la saison sèche ou au début de la saison des pluies, selon les régions

Nombre d'œufs :

De 16 à 80

Temps d'incubation des œufs :

De 84 à 90 jours

Taille à la naissance :

Environ 28 cm

Effectifs, tendances :

Espèce « vulnérable » jusque dans les années 1990, elle n'est plus considérée comme menacée grâce aux mesures de conservation, de gestion rationnalisée des populations et au contrôle du commerce des peaux par l'élevage en fermes et en ranchs

Statut, protection :

Classée en Annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) [commerce interdit]. Sauf les populations des pays suivants, qui sont inscrites à l'Annexe II : Afrique du Sud, Botswana, Éthiopie, Kenya, Madagascar, Malawi, Mozambique, Namibie, Ouganda, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe

 

2.2. Signes particuliers

Yeux

Comme ceux des chats, les yeux des crocodiles ont une pupille verticale. La présence de cristaux de guanine (composé de l'A.D.N.) fait briller l'iris d'un éclat jaune métallique. Dans l'obscurité, la rétine de ces reptiles prend une couleur pourpre et, la nuit, les crocodiles deviennent ainsi facilement repérables à la lumière électrique. Une troisième paupière transparente, dite paupière nictitante, protège l'œil du crocodile lorsqu'il est sons l'eau.

Peau

C'est une véritable cuirasse de plaques osséifiées, les ostéodermes, ou ostéocutes, parfois épaisses de plusieurs millimètres. Celles-ci sont parcourues de cavités percées d'orifices latéraux où passent les nerfs et les vaisseaux. Sur la nuque, on trouve 6 grandes plaques disposées sur 2 rangs transversaux, les nuchales, bien séparées du bouclier dorsal. Celui-ci comporte 16 ou 17 séries transversales de 6 ou 8 plaques. La peau des flancs est constituée de petites plaques isolées.

Dents

Des séries de dents de remplacement se substituent automatiquement aux dents trop vieilles qui tombent ou se cassent. Chaque petite dent de remplacement est située à la base de la lame dentaire d'une dent fonctionnelle.

3. Les autres espèces de crocodiles

L'ordre des crocodiliens actuels comporte 23 espèces en 3 familles. Les crocodiles du genre Crocodylus (12 espèces dont le crocodile du Nil) forment, avec le crocodile nain et le gavial malais, la famille des crocodilidés, soit 14 espèces. Les alligators et les caïmans sont regroupés dans la famille des alligatoridés (8espèces). Enfin, le gavial du Gange forme à lui seul la famille des gavialidés. Tous se ressemblent et vivent dans les régions tropicales et subtropicales.

Lorsqu'un alligatoridé a la gueule fermée aucune dent n'est visible. Au contraire, la gueule fermée d'un crocodilidé laisse voir les dents de la mâchoire inférieure et notamment la 4e dent mandibulaire, très longue.

On appelle alligators l'alligator du Mississippi, Alligator mississippiensis, et l'alligator de Chine, Alligator sinensis. Les 5 autres alligatoridés sont nommés caïmans et vivent en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

Le gavial, Gavialis gangeticus (6,50 m), au long museau fin et cylindrique, est très protégé. Il vit au Pakistan et au nord de l'Inde, presque toujours dans l'eau. Il se nourrit surtout de poissons.

3.1. Crocodile américain (Crocodylus acutus)

De 3 à 4,60 m ; dos et queue gris verdâtre à rayures sombres ; ventre blanc-jaune ; taches grises sur les flancs. Long museau triangulaire ; de 25 à 26 écailles ventrales.

Habitat : mangroves littorales, estuaires, eaux saumâtres ; sud de la Floride et côtes mexicaines, Amérique centrale, Grandes Antilles, et nord de l'Amérique du Sud.

Alimentation : invertébrés aquatiques, poissons, petits mammifères, oiseaux, tortues.

Statut : espèce « vulnérable », inscrite à l'annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction), sauf pour Cuba où elle est inscrite à l'annexe II.

3.2. Gavial africain (Crocodylus cataphractus)

De 2 à 2,50 m ; dos vert olivâtre avec 10 à 13 bandes sombres ; ventre crème parfois taché de noir ; long museau triangulaire ; de 25 à 29 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : cours d'eau de forêt ou de savane, lagunes côtières, grands fleuves. Afrique occidentale et centrale.

Alimentation : poissons, crustacés, grenouilles, serpents aquatiques.

Statut : espèce vulnérable mais insuffisamment connue pour être classée par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature), inscrite à l'annexe I de laCites.

3.3. Crocodile des marais (Crocodylus palustris)

De 2 à 3 m. Dos olivâtre, taches sombres sur le dos et les flancs ; ventre blanc. Museau moyen sans crête préorbitaire ; de 26 à 32 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : eaux calmes jusqu'à 5 m, rivières, mares forestières, réservoirs d'irrigation. Inde, peut-être Bangladesh, Iran, Népal, ouest du Pakistan, Sri Lanka.

Alimentation : poissons, oiseaux, grenouilles, insectes, petits mammifères.

Statut :  espèce « vulnérable », inscrite à l'annexe I de la Cites. Peut-être éteinte au Bangladesh.

3.4. Crocodile marin (Crocodylus porosus)

De 3,50 à 4 m. Dos vert olive foncé, parties inférieures claires et unies. Museau moyen avec crête préorbitaire ; de 30 à 35 rangées d'écailles ventrales. Peut nager loin en mer.

Habitat : estuaires, deltas, rivières profondes subissant les marées, mangroves. Sud-Est asiatique, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Brunei, nord de l'Australie, archipel des îles Salomon et de la Sonde, Vanuatu, Nouvelles-Hébrides, Fidji.

Alimentation : poissons, crustacés, insectes (jeunes) ; mammifères, oiseaux, gros poissons, requins (adultes). Cannibalisme fréquent.

Statut : en danger à cause de la chasse. Élevage en ferme en Thaïlande. En annexe I de la Cites, sauf les populations de l'Australie, de l'Indonésie et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, inscrites à l'Annexe II (quotas).

3.5. Crocodile de l'Orénoque (Crocodylus intermedius)

4 m. Femelles plus petites. Dos et dessus de la queue jaune-vert clair à bandes noires ; ventre blanc jaunâtre. Long museau triangulaire à gros renflement terminal ; de 20 à 25 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : larges rivières, « charcos » ; eaux calmes à végétation abondante (jeunes) ; réseau de l'Orénoque (Colombie, Venezuela).

Alimentation : poissons, petits mammifères, oiseaux. Insectes, escargots, crabes et autres invertébrés pour les jeunes de moins de 90 cm.

Statut :Espèce en « danger critique d'extinction », dans son aire de répartition, inscrite à l'annexe I de la Cites. Protégée au Venezuela (parc national de Cinaruco-Capanaparo). Réintroduction.

3.6. Crocodile de Johnson (Crocodylus johnsoni)

2,60 m. Dos brun olivâtre ; ventre jaune. Long museau triangulaire à renflement terminal réduit ; 2 rangées de petites postnuchales ; de 22 à 24 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : larges rivières, étangs, lacs, lagunes, eaux saumâtres ; Australie.

Alimentation : petits mammifères, reptiles, oiseaux, poissons, grenouilles, crustacés.

Statut : espèce vulnérable protégée par la législation nationale.

3.7. Crocodile de Cuba (Crocodylus rhombifer)

De 2,50 à 3 m ; record : 5 m. Dos verdâtre avec taches sombres ; motifs noirs et jaunes sur les flancs ; ventre blanc. Museau moyen triangulaire, sans crête préorbitaire ; doigts atrophiés aux pattes antérieures ; 32 ou 33 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : marécages, eaux saumâtres parfois. Désormais réduit aux marais de Zapata, dans la province de Matanzas. 

Alimentation : poissons, tortues palustres, petits mammifères.

Statut : espèce « en danger », inscrite à l'annexe I de la Cites.

3.8. Crocodile de Siam (Crocodylus siamensis)

De 2,50 à 3 m. Dos vert olivâtre sombre, taches noires, ventre blanchâtre ou jaunâtre uni. Museau moyen avec crête préorbitaire ; de 30 à 34 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : lacs, rivières et marécages d'eau douce ;Cambodge, Indonésie (archipel de la Sonde), Malaisie,  Viêt Nam.

Alimentation : poissons.

Statut : espèce en « danger critique d'extinction », inscrite à l'annexe I de la Cites. Élevage en ferme près de Bangkok. Essais de réintroduction dans son habitat naturel en Thaïlande.

3.9. Crocodile de Mindoro (Crocodylus mindorensis)

2 m ; 3 m max. Dos olivâtre, larges bandes sombres latérales sur la queue ; ventre blanc verdâtre. Museau très large.

Habitat : rivières, lacs, marécages ; autrefois largement répandu dans de nombreuses régions des Philippines, il n'existe aujourd'hui à l'état sauvage que quelques groupes fragmentés dans le centre et l'est de Mindanao, dans le nord-est de Luçon et dans le sud-ouest de Negros.

Alimentation : mal connue.

Statut : espèce en « danger critique d'extinction », inscrite à l'annexe I de la Cites. Un programme de rétablissement de l'espèce a été lancé en 1997.

3.10. Crocodile de Morelet (Crocodylus moreletii)

1,50 m. Dos vert très sombre, ventre jaune, motifs sur les flancs. Museau moyen, triangulaire ; profil convexe ; de 27 à 32 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : marécages, lagunes à végétation flottante et dense ; eaux calmes, peu profondes ; Mexique (côte atlantique et peut-être pacifique), Belize, nord du Guatemala.

Alimentation : poissons, crustacés, petits mammifères.

Statut : espèce inscrite à l'annexe I de la Cites ; exterminée dans une partie du Guatemala.

3.11. Crocodile de Nouvelle-Guinée (Crocodylus novaeguinae)

De 1,50 m à 3 m. Dos olivâtre à bandes sombres jusque sur les flancs ; ventre blanc. Museau moyen ; crête longitudinale en avant des orbites ; de 24 à 26 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : eaux douces ou saumâtres peu profondes et calmes ; estuaires. Papouasie, Nouvelle-Guinée, Irian Jaya, îles de Kepulanak Aru.

Alimentation : oiseaux aquatiques, poissons, lézards, serpents, insectes.

Statut : très chassé pour sa peau; petits élevages familiaux en Papouasie.

3.12. Crocodile nain (Osteolaemus tetrapsis)

De 1,30 m à 1,50 m. Dos et ventre brun sombre ou noir. Museau court, large et rectangulaire ; arcade sourcilière très saillante. De 21 à 27 rangées d'écailles ventrales. L'espèce n'est pas strictement aquatique.

Habitat : cours d'eau et marécages de zones forestières, ruisseaux à cours lent ; Afrique de l'Ouest.

Alimentation : batraciens, poissons, crabes, fruits.

Statut : chassé pour la viande et la vente d'animaux naturalisés ; espèce « vulnérable », inscrite à l'annexe I de la Cites.

3.13. Faux gavial malais (Tomistoma schlegelii)

De 3 à 3,50 m. Dos olivâtre ou jaunâtre taché de noir, ventre gris pâle uni. Museau très long, cylindrique, faible renflement terminal ; pas de crête ; de 22 à 24 rangées d'écailles ventrales.

Habitat : rivières, marécages, lacs ;Indonésie (archipel de la Sonde), Malaisie. Espèce éteinte en Thaïlande. Alimentation : poissons surtout.

Statut : espèce « en danger », menacée par la riziculture,inscrite à l'annexe I de la Cites.

4. Origine et évolution du crocodile

Issus d'ancêtres communs aux reptiles et aux oiseaux, les tout premiers crocodiles, ou protosuchiens, seraient apparus sur Terre voici quelque 240 millions d'années. De petite taille (à peine un mètre) avec un museau court et une cuirasse ventrale, ils marchaient dressés sur quatre pattes et ressemblaient à des lézards, ce qui laisserait supposer qu'ils étaient plutôt terrestres qu'aquatiques. Les protosuchiens étaient largement répandus sur l'unique continent d'alors, la Pangée, et l'on en a retrouvé des restes fossiles en Europe. Il y a environ 200 millions d'années, ils se diversifièrent. Dans la branche des mésosuchiens, le groupe des goniopholididés, vraisemblablement le plus évolué, comprenait des espèces assez proches du crocodile du Nil actuel.

À la fin de l'ère secondaire, il y a 65 millions d'années, certains mésosuchiens terrestres évoluèrent progressivement. La structure de leurs vertèbres se modifia, celle du palais aussi, facilitant la respiration aérienne en milieu aquatique et les rendant progressivement amphibies.  On appelle eusuchiens ces crocodiles primitifs. Ils seraient les seuls reptiles de grande taille à avoir survécu aux bouleversements climatiques de la fin du crétacé, qui furent fatals aux dinosaures. Crocodylus sivalensis, indien, et Crocodylus lloidi, qui vivait encore en Afrique il y a 15 000 ans environ, là où plus tard habitera le crocodile du Nil, sont les plus proches parents disparus de celui-ci.

Ces reptiles que sont les crocodiles et les tortues géantes auraient habité nos régions jusqu'à l'époque tertiaire ; puis les glaciations du quaternaire les auraient repoussés vers les régions tropicales humides du globe.

On ignore encore à quelle époque les crocodiles se sont différenciés des autres crocodiliens, les alligators et caïmans, mais on a découvert en Nouvelle-Calédonie les restes d'un eusuchien primitif et terrestre, Mekosuchus inexpectatus, possédant à la fois les caractères du crocodile et ceux de l'alligator. Selon le paléontologue Balouet, ce crocodile insulaire de 2 m de long aurait encore existé sur l'île vers l'an 100 de notre ère quand régnait l'empereur romain Trajan. Il aurait été depuis totalement exterminé.

Le crocodile du Nil, qui pullulait en Afrique au début de ce siècle, est aujourd'hui protégé après avoir été chassé pour sa peau.

5. Le crocodile et l'homme

L'homme, qui a toujours vénéré ce qu'il craignait, a élevé le crocodile au rang de divinité, mais leurs rapports ont évolué au cours des temps. Sa réputation de mangeur d'homme et la qualité de sa peau en ont fait un animal pourchassé, et dont la survie était menacée jusqu'à l'adoption de mesures de conservation.

5.1. Honoré et déifié depuis toujours

Le crocodile est omniprésent sur les divers continents. On a découvert en Australie des peintures rupestres où figuraient des crocodiles et parmi lesquelles les aborigènes, bien avant les systématiciens, différenciaient déjà deux espèces distinctes. En Afrique, il est fréquemment évoqué dans les contes et très représenté dans l'art : portes de cases, bancs, poids... De très anciennes peintures de lui ont été retrouvées au Sahara où le crocodile du Nil n'existe plus depuis fort longtemps.

Le crocodile était honoré dans l'ancienne Égypte sous le nom de Sobek. De nombreux crocodiles momifiés témoignent de ce culte. Sobek était figuré sous la forme d'un homme à tête de crocodile surmontée d'un soleil. Les crocodiles étant surtout visibles lors des crues du Nil, les Égyptiens associaient Sobek à la fertilisation de la terre. Le Grec Hérodote rapporte que, dans certaines régions d'Égypte, chaque foyer possédait un crocodile « domestique ». Paré de bijoux et nourri tous les jours, il était embaumé après sa mort et conservé sur un autel.

Les œufs du crocodile étaient eux aussi vénérés des Égyptiens anciens. On en a découvert une grande quantité, enduits de poix et entourés de bandelettes, dans un caveau à Maabde, à côté de milliers de reptiles embaumés. Sur les bords du lac Moeris, une ville entière (Medinet-el-Fayoum) était consacrée à Sobek.

Cette déification du crocodile a disparu en Égypte mais s'est perpétuée dans d'autres régions. En Afrique occidentale, le crocodile est un personnage de la mythologie. En Côte-d'Ivoire, il est le destinataire légendaire des offrandes adressées par les Baoulés aux dieux du fleuve Comoué, au xviiie siècle, pour leur reine Abra Pokou, alors en exode.

5.2. Le commerce de « croco »

La principale cause du massacre de crocodiles est le commerce de leur peau qui, en quelques décennies, a réduit les populations de crocodiliens. Mal connus, ces animaux furent, avant le xixe siècle, longtemps considérés comme nuisibles, et on offrait des récompenses pour leur destruction.

En 1943, Hyatt Verril, voyageant en barque en Afrique, écrit, à propos de ces grands reptiles, qu'ils « étaient si abondants qu'on ne pouvait regarder dans aucune direction sans en apercevoir sur les berges ou flottant à la surface de l'eau ». Imagination ou réalité ? Dans les années 1970, les 23 espèces de crocodiliens étaient sérieusement menacées, mais des mesures de conservation ont été prises. Depuis 1971, le Crocodile Specialist Group de l'U.I.C.N. - un réseau mondial rassemblant des biologistes, des responsables de réserves naturelles et d'O.N.G., des représentants des gouvernements concernés, mais aussi des fermiers, des tanneurs et des importateurs - s'est engagé activement dans la conservation des crocodiles, caïmans et alligators, contribuant à réduire sensiblement les menaces d'extinction qui pesaient sur certaines espèces. Aujourd'hui, 8 espèces de crocodiles sont considérées par l'U.I.C.N. comme « vulnérables », en « danger » ou « en danger critique d'extinction », auxquels il faut ajouter l'alligator de Chine et le gavial du Gange, tous deux en « danger critique d'extinction ». .

Vers le milieu des années 1950, on estimait qu'environ 60 000 peaux étaient exportées chaque année d'Afrique orientale. 3 millions de crocodiles du Nil auraient été tués en Afrique entre 1950 et 1980 pour le seul commerce du cuir. En quinze ans, l'Ouganda avait exporté 108 000 peaux. En 1979, 35 470 peaux de Crocodylus novaeguinae sortirent de Nouvelle-Guinée. Le crocodile a été massacré là même où il fut naguère idolâtré. L'arrivée à Madagascar d'un colon qui obtint, en 1920, le monopole de la chasse entraîna le massacre des crocodiles de la côte ouest. Les registres indiquent, pour l'année 1930, l'exportation de plus de 80 tonnes de peaux. On exterminait ces animaux pour leur peau, mais aussi pour l'ivoire de leurs dents qui servait à fabriquer des boutons et des manches de cannes, et pour leur graisse. À la fin des années 1980, à Madagascar, Crocodylus niloticus avait subi en quelques décennies une réduction extrême de ses effectifs et l'espèce ne subsistait sur l'île que parce qu'il occupait des sites très difficiles d'accès.

Le commerce de crocodiliens inclut la peau de l'animal et d'autres produits annexes ; pattes et têtes de jeunes servent de trophées, certains animaux sont naturalisés, d'autres sont exportés vivants pour alimenter les zoos et les ventes d'animaux « domestiques » ; d'autres encore sont vendus pour leur viande ; leurs dents et griffes sont commercialisées comme objets décoratifs, bijoux ou amulettes ; leurs ostéodermes servent d'engrais ou d'aliment pour le bétail ; l'urine et le musc entrent dans la composition de parfums... Pendant longtemps, 15 des 23 espèces étaient ainsi décimées. Aujourd'hui, sur les 17 espèces prises en compte par la Cites, 12 sont inscrites à l'annexe I (interdiction totale du commerce) et 5 à l'annexe II (dont le crocodile du Nil, le crocodile américain et le crocodile marin), le commerce de peaux et de trophées n'étant par ailleurs autorisé que dans certains pays.  

Le commerce de peaux s'est fait longtemps exclusivement à partir de la chasse d'animaux à l'état sauvage. On estime à environ 2 millions le nombre de peaux commercialisés chaque année dans les années 1970. Les trois quarts provenaient de caïmans. Au milieu des années 1980, ce chiffre a été diminué de moitié pour atteindre environ 1 300 000 peaux au début des années 2000, dont les trois-quarts issues de l'élevage en captivité (fermes et ranchs).

5.3. L'élevage de crocodiles

Pour répondre aux besoins du marché des peaux, tout en encourageant une conservation rationalisée des espèces, un système d'élevage de crocodiles a été institué. Les premiers établissements furent créés au Zimbabwe dès 1965. Il en existe au Mozambique, en Afrique du Sud, au Tchad, à Madagascar… On distingue deux sortes d'élevage : le ranch et la ferme. Dans le premier, les œufs et les jeunes sont récupérés dans la nature ; dans le second, l'élevage se déroule entièrement en circuit fermé, mais on renouvelle les géniteurs pour éviter les problèmes génétiques. Les accouplements et la ponte se font sur place, grâce à un cheptel de reproducteurs.

La ferme nationale de Lae, située en Papouasie-Nouvelle-Guinée, a été créée en 1979 et comporte plusieurs milliers de crocodiles. Elle fonctionne comme une ferme pouvant incuber 6 000 œufs à la fois, mais aussi comme un ranch achetant des crocodiles sauvages aux chasseurs. L'Australie compte également plusieurs fermes et ranchs qui élèvent Crocodylus porosus et C. johnsoni. Ranchs et fermes nourrissent les jeunes jusqu'à ce qu'ils atteignent une taille commerciale.

Dans les élevages de Crocodylus niloticus, il faut environ 6 ans pour que les jeunes atteignent 1,80 m. Les peaux ventrales, de 22-23 cm de large, sont les plus demandées sur le marché. Elles proviennent d'animaux âgés de 3 à 4 ans.

Pour certains, ce système encourage le commerce de peaux et le prélèvement d'animaux en milieu naturel pour alimenter les fermes. Pour d'autres, le passage de la chasse sans contrôle à l'élevage en captivité a été un succès pour la conservation des espèces même si le braconnage est encore fréquent malgré la prise de conscience des menaces qui pèsent sur ces animaux par les pays concernés.

5.4. À Madagascar, le crocodile bien vivant des légendes

Dans l'île de Madagascar, mille légendes courent sur le crocodile, appelé « voay » par les Malgaches. On prétend, par exemple, qu'il avale un caillou par an et qu'il suffit d'ouvrir l'estomac d'un voay tué pour connaître son âge.

En 1950, Raymond Decary, qui fut administrateur des colonies, note que l'ethnie Zafindravoay se proclame apparentée aux crocodiles. On raconte qu'une femme est à l'origine de cette ethnie. Elle se fit un jour piéger dans la rivière où elle vivait avec un voay. Elle accoucha, à terre, de deux enfants avant de s'échapper pour retrouver son mari lacustre. Fidèles à cette légende, les Zafindravoay ne tuent jamais de crocodiles et affirment pouvoir traverser sans danger les rivières.

Dans le nord de Madagascar, un autre clan de cette ethnie offre aux voays de grandes funérailles.

Toujours selon Decary, les riverains du lac Itasy se réunissaient autrefois sur les rives du lac pour adresser un avertissement aux crocodiles. Ils les priaient de ne pas s'attaquer aux pêcheurs et aux femmes venant puiser l'eau et laver le linge. Ce clan respectait totalement les voays et ses lois interdisaient formellement de tuer ou même de blesser l'un d'eux. Quiconque dérogeait à ce principe était condamné à mort car l'on pensait que sa vie était réclamée par les « habitants du lac ». À Madagascar, ce sont les sorciers qui dialoguent avec les voays ainsi que certains hommes nommés « les maîtres des crocodiles ». En parlant avec un voay, ils communiqueraient, en fait, avec l'âme de leur enfant mort et réincarné dans ce crocodile « apprivoisé ».

Selon une autre légende, le village d'Antankara prospérait naguère à l'endroit où se trouve actuellement un lac. Ce village aurait été englouti avec tous ses habitants, dont descendraient les crocodiles actuels. C'est dans une atmosphère de fête que des cérémonies réunissant des foules se tiennent sur les bords de ce lac. On y offre de la viande de bœuf aux voays sacrés ; le tout accompagné de musiques et de danses. À Komakoma, le rituel exigeait d'offrir à ces reptiles les viscères des rois Sakalava décédés. Ces entrailles sacro-saintes devaient transmettre leurs pouvoirs aux crocodiles du lac. La seule exception où un homme pouvait capturer un de ces animaux était pour lui prélever des dents, utilisées ensuite dans un but religieux. Encore fallait-il que cet homme ne fût pas né un dimanche ! On capturait le voay vivant à l'aide d'un piège, puis on lui frottait les mâchoires avec de la citrouille ou de l'igname cuits. Trois dents facilement déchaussables étaient alors pieusement recueillies et serties dans une monture d'argent. Le crocodile édenté avait les pattes ornées d'anneaux d'argent. Relâché et portant désormais le titre de razan'panjaks (ancêtre royal), il devenait une sorte de justicier dévorant tout criminel qui s'approchait de son territoire lacustre.

À ce propos, Leguevel, de Lacombe rapporte, en 1840, le récit d'une épreuve de justice à laquelle il lui a été donné d'assister. Une jeune femme, accusée d'avoir eu des relations avec un esclave, fut condamnée à subir « l'ordalie par le crocodile » une nuit de pleine lune. On la fit s'avancer nue dans la rivière et y plonger trois fois devant un îlot peuplé de voays. Sortie indemne de l'épreuve, elle fut reconnue innocente et largement dédommagée par son accusateur.

5.5. Le « mangeur d'hommes »

À Madagascar, dans les îles du Pacifique et en Afrique, le crocodile a la réputation d'être un « mangeur d'hommes », non sans raison.

La plupart des attaques ont lieu pendant la période de reproduction des reptiles, quand les comportements agressifs de défense du territoire par les mâles et la défense des petits sont le plus exacerbés ! Souvent, la victime appartient à un groupe bruyant lavant du linge ou se baignant. Le bruit ne dissuade donc pas un crocodile d'attaquer ; il semble même plutôt qu'il repère sa proie à l'agitation qu'elle produit dans l'eau. Pour certains zoologistes, les attaques correspondraient à l'époque post-hivernale, lorsque le crocodile a un plus grand besoin de nourriture.

On a aussi signalé en Afrique des attaques de pirogues pénétrant sur le territoire d'un reptile, mais sans que celui-ci s'en prenne aux occupants ; sa vision dans l'eau ne lui permettrait pas de distinguer des hommes à bord.

Le nombre d'agressions mortelles de la part de ces animaux dans le nord de l'Australie et les menaces pesant sur leur avenir ont obligé la Commission de conservation à informer le public qui pénètre dans les zones fréquentées par les crocodiles.