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mangrove

(anglais mangrove)

Mangrove
Mangrove

Formation forestière littorale tropicale, à base de palétuviers, qui colonise les dépôts vaseux d'estuaires ou de lagunes. (Les sols correspondants sont des gleys sodiques, ou sols hydromorphes.)

Les estuaires et les côtes vaseuses situés entre les tropiques (soit plusieurs milliers de kilomètres) sont occupés par une forêt appelée « mangrove », notamment les baies et les embouchures des grands fleuves (en Afrique équatoriale, en Inde, en Indonésie, en Malaisie et en Amérique centrale). Ces zones aux eaux calmes soumises à la marée ont la particularité d'être submergées pendant des périodes plus ou moins longues par de l'eau saumâtre.

Les arbres typiques de la mangrove sont les palétuviers. Chez beaucoup d'espèces, la graine est à développement vivipare : la germination se fait dans le fruit encore attaché à la plante mère. Les plantules ne tombent que lorsqu'elles sont déjà bien développées (plusieurs décimètres) et pourvues de « racines massues », ou « racines flèches », qui, en tombant, s'enfoncent assez profondément dans la vase molle. Beaucoup ont des racines particulières, soit de nombreuses racines aériennes (rhizophora), soit des racines « asperges » (avicennia, sonneratia, brugiera), coniques, appelées pneumatophores, ramifications verticales des longues racines souterraines, et qui émergent verticalement de la vase et destinées à aérer l'appareil souterrain, soit encore des « racines en crosses » (mitrogyna). Toutes ces racines possèdent des pores respiratoires et un aérenchyme qui permettent à ces espèces de lutter contre l'asphyxie de ces sols vaseux plus ou moins salés. Les palétuviers disposent parfois de mécanismes qui leur permettent d'absorber de façon sélective les minéraux, afin de minimiser les concentrations de chlorure de sodium dans leurs cellules (ces concentrations parviennent toutefois à un niveau qui serait toxique pour de nombreuses autres plantes). Certaines espèces se débarrassent du sel en l'excrétant par leurs feuilles (sur lesquelles se trouvent des organes spécialisés appelés « glandes à sel »).

On distingue dans la mangrove différentes zones : une zone journellement immergée et à végétation rare ; une zone de forêt de palétuviers, une zone buissonneuse immergée lors des grandes marées, enfin une zone stable où le sol, moins salé, permet une couverture végétale plus diversifiée. D'autres essences que les palétuviers se rencontrent dans ce milieu, par exemple Avicennia, Ceriops, Aegialitis, et l'on a étendu le terme de mangrove, l'utilisant même dans le cas où ne se trouve plus aucun palétuvier.

Ces formations, avec la faune et la flore commensales, constituent un des milieux naturels les plus curieux du monde. C'est ainsi qu'on trouve dans les mangroves des poissons, les périophthalmes, capables de respirer hors de l'eau et de grimper aux arbres grâce à leurs nageoires pectorales lorsque la marée monte. Une dizaine d'espèces en ont été recensées, parmi lesquelles Boleophthalmus boddaerti et Periophthalmus chrysopilus. Leurs yeux sont adaptés à la fois à la vision aquatique et à la vision aérienne. Les mangroves sont également l'habitat de très nombreuses variétés de poissons, de mollusques, et de crustacés qui y débutent leur existence avant de rejoindre le large.

Par ailleurs, en fixant les sédiments charriés par les fleuves et les courants marins, les mangroves protègent les côtes de l’érosion marine et des assauts des tempêtes, des cyclones ou des tsunamis, mais aussi les récifs coralliens qui ont besoin d’eaux d’une grande transparence. Il s'agit cependant d'un milieu très fragile, qui a besoin de conditions particulières pour subsister. Les activités humaines peuvent le mettre très rapidement en danger, notamment lorsque les eaux du fleuve qui alimente la mangrove sont détournées ou barrées à des fins agricoles ou industrielles. Avec les zones humides, les mangroves sont le milieu qui a le plus régressé au cours du xxe s. Entre 1980 et 2005, selon la FAO, 20 % des mangroves ont été détruites, et elles représenteraient actuellement ente 10 et 15 millions d’hectares. Traditionnellement exploitées pour le bois, ces forêts ont subi plus récemment de vastes défrichements liés au développement des élevages de crevettes en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. L’extension de l’agriculture, les aménagements portuaires et balnéaires, et plus généralement l’urbanisation des côtes sont autant de causes de régression.

Des chercheurs ont pu attribuer une valeur économique et sociale aux mangroves. Par exemple, un hectare de mangrove dans le golfe de Californie rapporterait quelque 37 500 dollars par an, essentiellement sous forme de prises de poissons et de crabes, des espèces commerciales dont le cycle de vie est lié à la présence des palétuviers. En outre, face au changement climatique et à l’élévation du niveau général des mers les mangroves contribuent à en atténuer les effets les plus dramatiques. De fait, dans le cycle global du carbone, les mangroves ont un rôle positif grâce à leur productivité en biomasse, qui est presque aussi importante que celle de la forêt tropicale humide, et à leur abondante répartition dans le monde. Ce sont à la fois des puits à carbone pour le CO2 atmosphérique, ce qui est plutôt bénéfique quant au réchauffement climatique, et une source de carbone organique et inorganique pour les eaux côtières. Ainsi, le carbone atmosphérique, fixé par la photosynthèse des palétuviers, vient contribuer à enrichir les sols, à nourrir une importante diversité aquatique et, à terme, à alimenter les stocks de la faune côtière.

La prise de conscience de la valeur écologique mais aussi économique et sociale de ces forêts se faisant peu à peu, le rythme de destruction se ralentit dans certains pays et leur restauration s'est même déjà amorcée, au Bangladesh et au Sénégal notamment.