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élevage

Élevage d'ovins
Élevage d'ovins

Production et entretien des animaux domestiques ou utiles.

La domestication des animaux

Introduction

La domestication a établi entre l'homme et certaines espèces animales des relations nouvelles, inconnues à l'état sauvage et qui se sont développées progressivement, sans que l'on repère de discontinuité. Cependant, l'intensité de ces relations s'est brusquement accrue au néolithique sous diverses influences, dont l'augmentation de la population humaine.

Le nombre des espèces dont la domestication a été réussie est faible par rapport à l'ensemble des espèces sauvages.

Les ancêtres sauvages de nos animaux domestiques ne sont pas tous connus avec certitude. De plus, si l'aire de répartition géographique d'une espèce domestique est très vaste, on peut envisager l'existence de plusieurs ancêtres.

L'homme a profondément transformé les animaux afin qu'ils satisfassent ses besoins matériels, esthétiques, ludiques ou affectifs. Sous les influences généralement conjuguées de l'isolement géographique, des mutations et de la sélection naturelle puis artificielle, les éleveurs ont créé, dans toutes les espèces, des races mixtes ou étroitement spécialisées.

L'élevage des animaux a eu d'importantes conséquences sur l'évolution des sociétés humaines. Il a accru leur indépendance vis-à-vis du milieu naturel, mais a créé des liens de dépendance réciproque entre l'homme et ses animaux : les paysages ont été modelés en fonction de leur présence et de leurs besoins, des lois et règlements ont été nécessaires pour préciser leur rôle dans l'économie et, plus récemment, leurs droits dans nos sociétés. Les relations que l'homme a nouées avec les animaux par la domestication ont évolué dans le temps.

De l'état sauvage à l'état domestique

À l'état sauvage, les animaux se comportent et se reproduisent librement dans leur milieu naturel. À l'état domestique, l'homme contrôle leur environnement, leur alimentation, leur reproduction. Le passage entre ces deux états a été longtemps considéré comme une rupture rapide et profonde. On pense généralement qu'il a été progressif, étalé dans le temps et s'est réalisé selon des modalités variables. Par exemple, des populations de chasseurs ont probablement suivi des troupeaux sauvages dans leurs déplacements, abattant de préférence les mâles. Des animaux captifs ont pu s'habituer à vivre plus ou moins librement dans certaines tribus.

Si on ne repère pas de discontinuité dans la familiarisation des relations entre l'homme et les animaux, on constate au néolithique une nette accentuation du contrôle humain sur certaines espèces animales. Le nombre des restes osseux d'animaux de chasse retrouvés dans les sites archéologiques de cette époque diminue au profit de ceux des animaux d'élevage. La proportion des ossements de jeunes et de mâles s'accroît, on constate dès ce moment des transformations affectant le squelette, en particulier des cornes et de la queue des ovins, modifications considérées comme des marques de domestication et qui peuvent être attribuées à des civilisations déterminées.

Certains spécialistes ont lié cette évolution à l'accroissement de la population humaine, la réduction de la surface des terrains de chasse disponibles l'obligeant, pour se nourrir, à développer l'élevage des animaux et la culture des plantes. D'autres font remarquer que la sédentarisation a parfois précédé l'agriculture et l'élevage et pensent que la domestication serait, parmi d'autres, une conséquence d'un phénomène sociologique. Les espèces domestiquées sont relativement peu nombreuses au regard de celles restées sauvages. En Europe on trouve : le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc, le cheval, l'âne, le chien, le chat, le lapin, la poule, l'oie, le canard, le dindon, le pigeon, la pintade, le cygne. Et, avec quelques réserves sur leur état domestique : le furet, l'abeille, le ver à soie ; hors d'Europe tempérée : le renne, le zébu, le gayal, le banteng, le yak, le buffle, le lama, l'alpaga, le chameau, le dromadaire, le cobaye. Les élevages d'animaux gibiers relèvent plutôt de l'apprivoisement. L'Égypte ancienne avait tenté la domestication d'antilopes et de gazelles, du chacal, de la hyène, du guépard, et l'Europe médiévale, de la genette.

Les conditions requises pour la domestication sont très étroites. On s'aperçoit que les espèces domestiquées possèdent en commun un certain nombre de caractères favorables. Elles vivent en groupes sociaux où les mâles sont dominants sur les femelles ; celles-ci acceptent de nourrir d'autres jeunes que les leurs ; les jeunes ont un développement précoce et une large capacité d'apprentissage. Ces espèces ont une faible distance de fuite, sont peu perturbées par les activités humaines et s'adaptent à des conditions d'environnement et d'alimentation variées ; la plupart sont herbivores. Enfin, il est probable que les individus s'adaptant mal à la vie domestique ont été, à chaque génération, écartés de la reproduction.

Les ancêtres sauvages

Le mouflon proche-oriental (Ovis aries orientalis) est considéré comme l'ancêtre principal des moutons. Le mouflon d'Afghanistan, ou urial, et, peut-être, d'autres mouflons ont probablement participé, par croisement, à la création de certaines races ovines. Dès 5000 avant J.-C., les moutons sont bien différents des mouflons originels et plusieurs races existent dès les premières civilisations de la Mésopotamie et de l'Égypte ancienne.

La chèvre sauvage ægagre (Capra hircus ægagrus) est l'ancêtre principal de la majorité des chèvres, domestiquées probablement avant le mouton. Ces deux espèces souvent élevées ensemble ont migré du Proche-Orient vers l'Europe occidentale par la terre et, plus précocement, par la voie maritime.

Le bœuf sauvage (Bos primigenius) ou aurochs est l'ancêtre des bovins domestiques. Il a vécu dans les forêts d'Europe simultanément avec le bison, qui, lui, n'a jamais été domestiqué. On chassait encore l'aurochs dans la forêt des Ardennes au vie s. de notre ère. On a retrouvé, datant de la même époque que l'aurochs, des restes osseux d'un bœuf à courtes cornes. Selon la plupart des auteurs, il aurait évolué à partir des types à longues cornes.

Nos porcs domestiques dérivent du sanglier (Sus scrofa). Celui-ci avait au néolithique une très vaste répartition géographique en Europe et en Asie. Des porcs ont été domestiqués simultanément en diverses régions, et plusieurs fois au cours de l'histoire. Au Moyen Âge, les porcs étaient grands et encore voisins du sanglier. Ils avaient supplanté une race plus petite, commune jusqu'à l'époque romaine.

Les chevaux domestiques actuels descendent des chevaux sauvages (tarpan, cheval de Prjevalski) ayant survécu jusqu'à une période récente dans l'est de l'Europe et en Asie.

Le chien est le plus vieil animal domestique. On considère généralement que le loup est son ancêtre unique. Mais on pense aussi que le chacal et le petit loup indien sont, dans quelques régions, des ancêtres possibles du chien. Il a pu exister plusieurs foyers de domestication.

La transformation des animaux

Introduction

En contrôlant l'environnement, l'alimentation et la reproduction des animaux, l'homme a profondément transformé les espèces originelles et les a fractionnées en groupes d'individus, possédant en commun des caractères héréditaires. Selon leur degré d'homogénéité, on considère ces groupes comme des populations régionales ou des races. Au sein d'une même espèce, celles-ci peuvent être très différentes, tels le minuscule pékinois et l'énorme saint-bernard.

Plusieurs facteurs de différenciation ont joué séparément ou en conjuguant leurs effets. L'isolement géographique et la sélection naturelle ont conduit certaines populations à s'adapter par l'élimination des sujets supportant mal le milieu où l'homme les contraignait à vivre. On a abouti ainsi à des races dites rustiques, supportant des conditions de vie difficiles, et à des races qualifiées d'exigeantes, c'est-à-dire moins capables que les autres de résister à l'adversité des conditions naturelles.

Les mutations

Dans la nature, la fréquence des mutations est à peu près constante. Leur nombre s'est donc accru proportionnellement aux effectifs des animaux domestiques, qui ont rapidement dépassé ceux de leurs ancêtres sauvages. Certaines de ces mutations, économiquement intéressantes, ont été conservées par les éleveurs, telle la couleur blanche de la laine du mouton. Lorsqu'elles étaient indifférentes, comme les taches colorées du pelage de nombreuses races bovines, on n'a pas cherché à les éliminer.

La sélection artificielle

L'homme a toujours cherché à faire se reproduire, de préférence, les sujets répondant le mieux à ses besoins matériels, religieux, ludiques ou esthétiques. Par cette sélection millénaire, il a obtenu la création de types très variés d'animaux au sein d'une même race, comme des chevaux de trait et des chevaux de course, des bovins de boucherie et des bovins laitiers. La spécialisation des fonctions et des aptitudes a entraîné un accroissement de la variation phénotypique des espèces domestiques tant en ce qui concerne leurs aptitudes physiologiques que leur morphologie. Par contre, elle a conduit à un appauvrissement du stock génétique et a réduit la variabilité génétique des populations animales.

La domestication et la société

Par la domestication, les sociétés humaines ont accru leur indépendance vis-à-vis du milieu naturel, augmenté leurs ressources alimentaires, amélioré la régularité de leur approvisionnement et libéré du temps pour transformer leur vie matérielle et intellectuelle.

Ainsi, les populations humaines ont pu s'accroître et s'organiser socialement en groupes plus importants que les petites unités tribales d'origine. Au départ, l'homme a utilisé uniquement les animaux morts, pour sa nourriture et pour fabriquer des objets à partir des peaux, des os, des tendons. Puis il a imaginé de les employer vivants, pour en obtenir du lait et, surtout, de la force motrice, grâce à laquelle ont augmenté ses capacités de travail. Il a bénéficié de nouvelles possibilités de transport facilitant les échanges, le commerce, mais aussi les guerres et les invasions.

Dans les premiers temps de la domestication, les animaux étaient peu nombreux, ils vivaient dans leurs biotopes d'origine et avaient une influence négligeable sur les équilibres naturels. Leur multiplication a contraint les sociétés à réserver certains espaces à leur usage permanent ou saisonnier, à aménager et modeler les paysages en conséquence, à rechercher et souvent imposer une harmonie entre productions végétales et animales.

Les États ont été amenés à légiférer sur les rapports entre hommes et animaux domestiques, et à orienter leur élevage dans le sens qu'ils souhaitaient. Par la sélection qui en a découlé, la variabilité génétique des espèces domestiques a été réduite, aussi a-t-on mis en place des mesures de sauvegarde de races en voie de disparition pour préserver les gènes à l'origine d'aptitudes pouvant devenir nécessaires dans l'avenir.

L'animal domestique a toujours un propriétaire (particulier ou collectif), qui peut le vendre ou le donner et qui est responsable des dégâts qu'il occasionne. D'où des conflits et la nécessité d'une législation pour les prévenir ou les sanctionner.

Pendant des siècles, seuls ont été considérés les droits de l'homme sur ses animaux, mais la transformation des mentalités conduit les sociétés modernes à reconnaître les droits de l'animal : des lois le protègent contre les mauvais traitements, les souffrances inutiles et des utilisations abusives. La place des animaux de compagnie et de loisir dans la société grandit, la notion de familiarisation se modifie et s'élargit. La domestication ne peut pas être considérée comme un phénomène historique terminé.

Principes de l'élevage moderne

Introduction

Au cours de l'histoire, l'élevage a rempli une grande diversité de fonctions, selon les milieux, les sociétés, les époques. Il a eu, et a encore sous certaines latitudes, un rôle d'accumulation et de préservation de richesses ou de monnaie d'échange (les mots cheptel et capital ont la même racine, le mot pecus [bétail] a donné pécuniaire). Son concours pour la fertilisation des terres et comme source d'énergie (travail du sol, battage, pompage, transports civils ou militaires) a été longtemps fondamental. Il a beaucoup contribué à l'approvisionnement des familles d'éleveurs en protéines, en ressources pour l'abri ou pour l'artisanat du vêtement, avant d'intervenir dans la réalisation de profits dans les économies modernes. L'élevage conserve également un rôle culturel et social (sociétés nomades, sélectionneurs européens), qui se développe même avec nos divers animaux de compagnie, de loisir, de défense ou de prestige. Enfin, il peut être symbole religieux (comme en Inde, ou dans l'ancienne Égypte…). Dans de nombreux pays, l'élevage a gardé tout ou partie de ces fonctions et, ailleurs, il en retrouve de nouvelles, par exemple lorsqu'il participe à l'entretien de l'espace.

La modernisation de l'élevage conduit à des formes de productions animales spécialisées, en général de plus en plus intensives et concentrées, rarement extensives. F ondées sur l'exploitation de quelques fonctions biologiques améliorées par le progrès technique, ces productions sont liées au développement de la consommation de masse des sociétés urbanisées.

L'activité moderne d'élevage repose sur un matériel animal orienté et « travaillé » génétiquement, sur le contrôle des facteurs et des conditions de la production et sur une augmentation de la productivité du travail. Cela passe par une spécialisation de la production et par un raccourcissement ou une accélération des différentes phases d'élevage.

L'élevage actuel, marqué par la division du travail, est de plus en plus un fournisseur de matières premières pour des industries agroalimentaires mettant sur le marché des gammes de produits que l'on s'efforce de diversifier et d'améliorer en qualité.

Spécialisation et diversification

Les lois d'accroissement de la productivité imposent une spécialisation des élevages. C'est ainsi, par exemple, que chez des veaux d'ateliers laitiers ou chez des poules pondeuses, l'aptitude à produire de la viande compte peu : l'accent est mis sur le lait dans le premier cas, sur les œufs dans le second. Face à la diversité biologique des animaux et à la variété des milieux socio-économiques ou écologiques, la spécialisation n'empêche pas que les systèmes de production mis au point soient eux-mêmes divers, mais avec des constantes : diminution des tâches manuelles répétitives au profit de la mécanisation et des tâches de gestion, tendance à rechercher les séries et les lots d'animaux les plus nombreux et les plus homogènes possible.

Cette recherche d'une productivité du travail et des animaux toujours plus grande suit deux axes principaux : d'une part, l'artificialisation du milieu d'élevage, qui entraîne des besoins croissants en capitaux, mais très variables selon l'espèce ; d'autre part, une gestion technico-économique plus raisonnée, notamment en adaptant au mieux les animaux à leur milieu et à leurs fonctions, dans le but de s'accommoder des risques naturels et économiques, dont les conséquences sont alors amorties dans le fonctionnement du système.

Les systèmes d'élevage qui résultent de cet accroissement de productivité se répartissent entre trois types : – l'élevage intensif hors sol, où le milieu est complètement artificialisé : alimentation automatique, bâtiment clos et conditionné en température, hygrométrie, nature du sol… et même parfois en éclairement. Ce système, qui concerne surtout les volailles et les porcs, est coûteux mais évidemment apte techniquement à fonctionner partout ;– l'élevage intensif non affranchi complètement des aléas du milieu, qui, malgré un recours massif aux facteurs de production provenant de l'extérieur de l'exploitation et aux équipements, reste peu ou prou lié au sol, notamment l'élevage laitier modernisé ;– l'élevage maîtrisé, fréquent dans l'hémisphère Sud, l'Ouest américain, les steppes d'Asie, et qui reflète une gestion écologique raisonnée pouvant concerner les bovins à viande mais aussi laitiers, les ovins à viande et à laine, les chevaux, les cervidés, les camélidés voire les porcs dans l'aire méditerranéenne. La conduite des troupeaux vise une adaptation aux aléas pour en diminuer les effets néfastes, à travers le choix des modalités de reproduction, du niveau génétique ou des aptitudes comportementales, d'une stratégie d'exploitation différenciée des herbages dans l'espace et dans le temps.

Cette tendance à la spécialisation se retrouve chez l'animal : elle explique les sélections divergentes chez certains groupes d'espèces et la valorisation d'espèces ou de fonctions nouvelles ainsi que les schémas intégrés de sélection et de croisement avec introduction de souches performantes dans telle ou telle fonction, comme la prolificité, l'aptitude à produire de la viande, etc. D'où la concurrence entre races et la réduction du nombre de races, la concentration des pouvoirs de décision concernant la mise en œuvre des programmes génétiques, phénomène accentué par l'internationalisation de l'économie des processus de sélection et d'amélioration des races.

La maîtrise des fonctions biologiques

La maîtrise de la reproduction est un moyen essentiel pour rationaliser la conduite des élevages grâce à la réduction des périodes improductives et au choix des rythmes de production. On recherche par là l'adaptation du calendrier des besoins du troupeau à celui des ressources alimentaires, l'accroissement de la productivité du cheptel, la simplification de la conduite grâce à l'élevage de bandes homogènes d'animaux permettant de rentabiliser les équipements, de créer et de diffuser efficacement le progrès génétique. Pour atteindre ces objectifs, l'insémination artificielle joue un rôle considérable dans toutes les espèces. D'autres techniques, hormonales ou non, ont un intérêt variable selon l'espèce, par exemple le contrôle des cycles sexuels ou de la ponte, le transfert et la congélation d'embryons et, la fécondation in vitro, le clonage, le transfert de gènes.

L'élevage moderne, en ce qui concerne la production de viande, dépend de la maîtrise de la croissance des animaux et de la composition des carcasses. On peut maintenant optimiser l'expression du potentiel de production en fonction d'objectifs souhaités. L'abattage se fait généralement sur des animaux plus jeunes qu'autrefois et l'efficacité alimentaire a été beaucoup accrue. Les progrès génétiques dans ce domaine se sont révélés importants chez les monogastriques et faibles chez les herbivores. Par exemple, en 1930, il fallait environ 4 mois et 7 à 10 kg de nourriture pour produire un poulet de 1,5 kg vif, contre seulement 6 semaines et 3 kg d'aliments pour un poulet de 1,7 kg dans les années 1980. Des recherches continuent sur le traitement des aliments et sur l'optimisation du fonctionnement digestif et métabolique pour améliorer l'efficacité de la « machine animale ». Souvent, la qualité des produits s'en trouve améliorée : par exemple, les carcasses des porcs sont moins grasses.

La maîtrise de la lactation a beaucoup progressé également, grâce à la connaissance des mécanismes biologiques de la production du lait, des règles d'expression du potentiel génétique, de la nutrition. Le potentiel laitier des cheptels a bénéficié de l'insémination artificielle, par une large diffusion des meilleurs reproducteurs et de l'estimation sur descendance de la valeur génétique. Ces progrès génétiques et de conduite ont permis l'accroissement du lait produit par vache, mais ont aussi provoqué la saturation des marchés dans les pays industrialisés. De nouveaux gains de productivité sont encore possibles par l'utilisation de l'hormone de croissance, qui stimule la production laitière et dont l'application demeure en discussion.

La maîtrise des facteurs et des conditions de production

La connaissance des besoins alimentaires des différentes catégories d'animaux est maintenant très approfondie, ce qui permet d'élaborer des programmes d'alimentation et des rations visant des objectifs précis de production, tout en tenant compte des contraintes techniques et économiques imposées par les aliments de base susceptibles d'être consommés. En conséquence, dans les pays industrialisés, l'alimentation des animaux a subi des transformations considérables. En France, par exemple, la part des prairies naturelles a diminué au profit des fourrages annuels cultivés, surtout le maïs et le ray-grass, et des aliments concentrés souvent fabriqués par l'industrie de l'alimentation du bétail qui utilise des produits provenant quelquefois de fort loin, comme le tourteau de soja et le manioc. Le développement des ensilages, de maïs principalement, et les progrès dans la mécanisation de la fenaison, avec, notamment, les machines compactant le fourrage en balles rondes, sont pour beaucoup dans l'amélioration de la qualité et de la régularité, quantitative et qualitative, de la production de fourrages. Les rations alimentaires de base destinées aux ruminants, qui reposent sur les fourrages, s'en trouvent souvent simplifiées, d'où une attention particulière quant à leur complémentation en aliments apportant de l'énergie, des protéines, des vitamines et des minéraux.

Au total, cette évolution des modèles d'alimentation des animaux entraîne une nette amélioration de l'efficacité de la transformation de la biomasse consommée : entre 1938 et 1987, en France, il a été constaté une augmentation d'environ 60 % de la quantité de protéines animales produites par unité d'aliment transformée par les animaux, les monogastriques convertissant plus efficacement la nourriture que les herbivores.

La santé des animaux et la salubrité de leurs produits conditionnent le résultat économique des élevages et la conquête des marchés intérieurs et extérieurs. Un suivi sanitaire et une prévention systématiques sont indispensables, d'autant plus que, avec l'intensification et la concentration des animaux, de nouvelles pathologies, métaboliques ou infectieuses, se développent. On raisonne en général en terme de pathologie de groupe et, dans le cas de certaines maladies, des mesures prophylactiques et/ou de dépistage sont obligatoires.

Le contrôle du milieu d'élevage, c'est-à-dire la conception des bâtiments et des équipements, l'aménagement de l'espace, est plus ou moins poussé selon les espèces et selon le niveau d'intensification. Pour les monogastriques, on utilise de plus en plus des bâtiments fermés à ambiance contrôlée. Pour les bovins, la tendance est à la stabulation libre et au regroupement des animaux en lots homogènes, tandis que la traite, la conservation et la distribution des fourrages sont mécanisées. Pour les litières, l'utilisation de la paille est fréquemment délaissée au profit d'installation qui donnent lieu à du lisier, dont l'enlèvement est plus facilement mécanisable mais qui rencontre des limites avec l'apparition de problèmes d'environnement dans les régions de forte concentration des élevages intensifs. La mécanisation, la standardisation et la simplification des opérations d'élevage ont généré une croissance des ateliers de production et une concentration régionale, ce qui s'accompagne d'une fréquente séparation des fonctions zootechniques : les éleveurs qui font naître et élèvent les jeunes ne les engraissent en général pas, certains éleveurs se spécialisent dans la sélection, etc. Il faut ajouter que la mise en œuvre de toutes ces techniques est coûteuse : elle nécessite des investissements importants, qui, à leur tour, permettent à l'accroissement de la productivité.

Productions animales et environnement économique

Autrefois activité dont les produits servaient d'abord à la consommation des familles paysannes et au fonctionnement des exploitations avant d'être destinés à la vente, l'élevage est maintenant conçu pour la satisfaction du marché, à tel point qu'il est largement conditionné par les industries de transformation et par les grandes chaînes de distribution. Il est aussi soumis aux industries dites d'amont, qui fournissent les aliments du bétail, le matériel, les souches d'animaux sélectionnées, etc. L'élevage moderne est maintenant inséré dans un ensemble complexe d'activités économiques qui débordent largement les frontières. Il en résulte toute une gamme de productions adaptées à des marchés spécifiques et souvent internationaux, en général de grande qualité.

Les productions animales, devenues des consommations intermédiaires dans un processus long intégrant l'animal et les industries d'aval et d'amont, doivent répondre à des normes de qualité nutritionnelle, diététique et organoleptique dont le respect constitue un élément essentiel de régulation du marché à l'interface de la production et de la transformation. Par ailleurs, les formes modernes de distribution, les équipements des ménages et la diversification des habitudes alimentaires amplifient la demande en produits d'origine animale plus élaborés, issus des innovations de l'industrie agroalimentaire.

Tout au long de ces chaînes de production agricoles et industrielles, des gains de productivité ont provoqué une baisse des coûts de production, variable selon les espèces. Forte pour les volailles et les porcs, par exemple, elle a permis de mettre à la disposition des consommateurs des produits riches en protéines à des prix bien inférieurs, ce qui a provoqué une élévation considérable de la consommation. Dans les pays développés, l'offre croissante, les pratiques du marketing et l'évolution des rapports de prix ont conduit à la saturation des marchés de certains produits animaux.

Mais l'élevage moderne est aussi un savoir-faire individuel et collectif et une organisation des producteurs. L'appareil de recherche, de formation et de développement, qu'il soit public, professionnel ou privé, fournit des références pour la prise de décisions adaptées aux différentes situations individuelles, régionales, nationales ou internationales. Enfin, il est essentiel de rappeler le rôle des politiques agricoles et de l'État dans le fonctionnement de l'élevage, à travers les aides publiques directes et de soutien de marché, les réglementations et les mesures d'orientation.

L'amélioration des races domestiques

De tout temps, les éleveurs se sont efforcés d'améliorer leur cheptel, c'est-à-dire de le faire évoluer dans le sens d'objectifs définis à l'avance. Fondée initialement sur des méthodes empiriques, cette amélioration, dite amélioration génétique des animaux domestiques, s'est développée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sur des bases théoriques relatives à l'hérédité des caractères. Elle consiste à tirer parti de la variabilité qui se manifeste au sein d'une même espèce entre races (choix des races ou des croisements) ou entre individus (sélection). Elle met en œuvre des outils spécifiques de collecte, de transfert et de traitement de l'information zootechnique. L'efficacité des programmes résulte, d'une part, du choix raisonné des animaux reproducteurs sur la base de ce qu'ils sont susceptibles de transmettre à leur descendance, et, d'autre part, de l'utilisation judicieuse des reproducteurs sélectionnés. Ainsi, l'organisation de l'alimentation des animaux domestiques, mise en place par les éleveurs eux-mêmes avec le concours de l'État, permet d'appliquer des méthodes complexes, génératrices depuis deux à trois décennies de progrès génétiques importants dans la plupart des espèces et des productions. Les développements récents de certaines disciplines scientifiques permettent d'envisager l'utilisation de nouveaux outils, qui pourront accroître l'efficacité des programmes d'amélioration génétique. Le maintien de cette efficacité et la réponse à de nouveaux besoins de l'élevage et de la consommation imposent une saine gestion des ressources génétiques.

La variabilité au sein des espèces

La variété des conditions de milieu et des objectifs de production a, depuis fort longtemps, induit une diversité des types d'animaux au sein d'une même espèce domestique. Par exemple, on élève des moutons essentiellement en vue d'une production de laine dans l'hémisphère Sud, de viande en Europe du Nord et de lait en Europe méditerranéenne. Or, la recherche d'une production donnée correspond à des aptitudes spécifiques. Les animaux domestiques se répartissent ainsi au sein de types, qui correspondent à leur orientation majeure de production et à leurs principales aptitudes et qui se distinguent par des caractéristiques anatomiques et physiologiques. On parle alors d'une variabilité entre types.

À l'intérieur d'un même type, on peut distinguer des ensembles d'animaux présentant entre eux des caractères communs, transmissibles d'une génération à l'autre. On parle alors de race. Les caractères qui distinguent les races entre elles sont des caractères extérieurs (couleur de la robe ou du plumage, cornage, etc.), physiologiques (intensité moyenne d'une production) ou biologiques (groupes sanguins, protéines du lait, etc.). Historiquement, l'isolement géographique et la nécessité d'une adaptation au milieu naturel ont été favorables à la différenciation de très nombreuses races, façonnées par leurs conditions d'élevage et par leurs éleveurs. On parle alors de variabilité entre races. Bien que restant importante, la diversité des races s'est récemment réduite dans les pays industrialisés. Certaines races ont disparu, d'autres déclinent et quelques-unes seulement tendent à s'imposer car elles sont bien adaptées aux conditions actuelles de production, qui se sont standardisées, et à la demande du marché.

Malgré la permanence de traits communs entre animaux d'une même race, il existe au sein de chaque race une plus ou moins grande variabilité entre individus. Cette variabilité concerne aussi bien les caractères morphologiques que les caractères physiologiques ou biologiques.

L'importante variabilité qui existe à différents échelons au sein d'une espèce animale domestique peut être mise à profit par l'homme afin d'orienter ses systèmes de production ou de choisir les animaux les mieux adaptés à ses besoins et aux conditions d'élevage. Si les différences observées ont des causes héréditaires, alors il est possible de faire évoluer génétiquement des populations d'animaux dans le sens du maintien ou de l'amélioration de certains caractères précis.

Le rôle des gènes

À partir d'observations sur un grand nombre d'animaux, il est possible de distinguer deux grandes catégories de caractères selon leur déterminisme génétique. Un premier groupe rassemble des caractères peu soumis à l'action du milieu et gouvernés par un faible nombre de gènes ayant chacun une action importante et, de ce fait, visible. Parmi ces caractères, que l'on appelle mendéliens, on peut citer la coloration du pelage ou du plumage, ou certaines anomalies de nanisme ou d'hypertrophie musculaire. À l'opposé se situent les caractères dits quantitatifs. Ils sont gouvernés par des gènes ayant chacun un effet petit, si bien qu'on est incapable d'en déceler l'action, ou même d'en connaître le nombre. Ces caractères sont plus ou moins fortement influencés par le milieu. La plupart des caractères d'intérêt économique en élevage sont, compte tenu de nos moyens actuels d'investigation, supposés régis selon un déterminisme quantitatif faisant intervenir un grand nombre de gènes. Certains caractères obéissent à une hérédité mixte combinant l'action d'un gène bien individualisé, à effet majeur, et d'autres gènes en nombre indéterminé ; c'est le cas du taux de muscle dans la carcasse des porcs ou de la prolificité chez les ovins. L'amélioration des caractères mendéliens est en général simple, dans la mesure où l'on peut déterminer la nature des gènes portés par les individus. L'amélioration des caractères quantitatifs repose, quant à elle, sur une formalisation mathématique.

Une mesure faite sur un animal, par exemple la quantité de lait produite par une vache au cours d'une lactation (on parle de performance), s'interprète en termes statistiques comme la somme de l'effet de son génotype et de l'effet du milieu dans lequel il se trouve. L'effet du génotype comprend la valeur génétique de l'animal, qui est liée aux effets moyens des gènes considérés indépendamment les uns des autres, et qui est transmissible, en moyenne par moitié, d'un parent à son descendant. À cela s'ajoutent les effets d'interaction entre les gènes, qui dépendent majoritairement de la nature des couples de gènes formés par l'union des gamètes de deux parents.

En retenant que, lorsqu'on choisit un reproducteur, on s'intéresse à sa descendance potentielle, deux voies d'amélioration génétique sont à distinguer : la sélection au sein d'une seule race, qui vise à maximiser la valeur génétique des individus, le croisement, ou accouplement d'animaux de races différentes, qui se propose de maximiser les effets d'interaction entre gènes et de profiter de la complémentarité des caractéristiques des deux races. Ces deux voies ne sont pas antagonistes, mais se complètent.

La pratique et les étapes

Introduction

Bien que les bases de l'amélioration rationnelle n'aient été mises au point qu'au cours du xxe s., les éleveurs avaient depuis fort longtemps entrepris d'améliorer leurs animaux. Ils se sont progressivement organisés pour se doter des outils nécessaires à la mise en place de programmes dont le véritable essor date des années 1950, à la faveur notamment du développement de l'insémination artificielle et de l'accroissement des moyens de calcul automatique.

La définition des objectifs et le contrôle des performances

La première étape d'un programme d'amélioration génétique consiste à définir les objectifs que l'on souhaite atteindre. Cette étape est délicate puisque les résultats ne se manifestent qu'après plusieurs années. Il faut donc faire des paris sur l'avenir. La notion même d'animal amélioré est relative : elle dépend étroitement des conditions d'élevage, du contexte socio-économique et de la place où l'on se situe dans la filière de production. Ainsi, certaines races porcines chinoises, très prolifiques, peuvent représenter une amélioration pour des éleveurs spécialisés dans la production de jeunes cochons, dont le revenu est fortement conditionné par le nombre de porcelets sevrés par truie ; par contre, du fait de leur excès de gras, elles ne peuvent convenir telles quelles aux éleveurs spécialisés dans l'engraissement, qui seraient pénalisés dans le paiement de leurs porcs engraissés, pas plus qu'elles ne peuvent satisfaire les charcutiers ni les consommateurs.

La deuxième étape consiste à contrôler les performances des animaux candidats à la sélection. Cela suppose que ceux-ci aient été dûment identifiés. Une exploitation optimale des résultats des contrôles nécessite que la filiation des animaux soit également établie. Les résultats, obtenus selon un protocole précis, sont ensuite transmis à un lieu de traitement de l'information zootechnique. En France, un réseau informatique permet d'acheminer depuis les régions jusqu'à un site national de calcul, pour traitement, toutes les données d'état civil et de performances collectées dans les exploitations agricoles.

Le choix et l'utilisation des reproducteurs

Ce traitement permet d'abord d'évaluer et de choisir les reproducteurs grâce à l'estimation de leur valeur génétique pour les caractères auxquels on s'intéresse. Des méthodes statistiques permettent de faire la part entre les effets génétiques et ceux du milieu, et de combiner pour chaque candidat ses propres performances et celles d'animaux apparentés. Grâce à ces valeurs génétiques, un critère de sélection est défini pour classer les candidats et choisir les meilleurs. L'efficacité de cette étape se mesure en termes de progrès génétique annuel, qui est d'autant plus élevé que l'évaluation des reproducteurs est précise, que la proportion d'individus retenus est faible et que l'intervalle entre deux générations est court.

Ensuite, en race pure, le progrès génétique est diffusé hors de la population contrôlée et recyclé à l'intérieur grâce aux individus sélectionnés. On peut aussi réaliser des croisements entre animaux provenant de deux races différentes, mode d'utilisation des reproducteurs essentiellement pratiqué lorsque l'on cherche à associer des caractères en opposition ou lorsque l'on cherche à bénéficier du phénomène d'hétérosis lié aux interactions entre les gènes.

Les perspectives

Introduction

Les méthodes utilisées pour l'amélioration des animaux domestiques sont en évolution permanente. Par exemple, de nouvelles méthodes sont mises en œuvre pour détecter des gènes ayant un effet majeur sur certains caractères ou pouvant servir de marqueurs facilement repérables, constituant ainsi des aides à la sélection. De même, on cherche dans certains cas à agir directement sur les individus et non plus seulement sur les populations. Chez les poissons, en particulier les salmonidés, on pratique en routine des manipulations des gamètes afin d'obtenir des individus triploïdes, pour leur stérilité, ou même tétraploïdes.

Nouveaux outils

Un des résultats fondamentaux de la génétique moléculaire est la connaissance de plus en plus fine du génome. Les deux espèces animales les mieux connues sont l'homme et la souris, mais de nombreux programmes de recherche sont maintenant entrepris sur les animaux domestiques. Des techniques d'analyse du polymorphisme de l'A.D.N. sont dès aujourd'hui employées en vue de la détermination du génotype de certains reproducteurs en un locus précis. Ces techniques serviront à vérifier la filiation de certains candidats à la sélection.

Une des applications les plus spectaculaires de la génétique moléculaire est la possibilité d'introduire des copies d'un gène bien identifié dans le noyau d'une cellule. Ce transfert de gènes, appliqué à des cellules embryonnaires, permet de modifier directement le génome des animaux. Une fois maîtrisé chez les animaux d'élevage, il est probable qu'il trouvera dans le futur des applications pour des gènes dont on connaîtra bien l'action et dont on maîtrisera parfaitement l'expression.

On a assisté dans les années 1990 à une diversification des outils mis à la disposition des sélectionneurs, qui va aller en s'amplifiant. C'est dire que si, à ses débuts, l'amélioration génétique a été l'œuvre exclusive des éleveurs, elle a depuis bien évolué. L'aval de la production prenant un poids économique de plus en plus important, les organismes de sélection se trouvent de plus en plus associés aux transformateurs et même aux distributeurs des produits. L'irruption des biotechnologies dans ce secteur provoquera certainement à l'avenir d'autres évolutions, allant, comme c'est le cas pour les volailles, dans le sens de la constitution de grands groupes économiques reliant le monde agricole aux autres secteurs de l'économie.

Gérer la variabilité

Une exploitation irraisonnée de la variabilité génétique pourrait avoir des conséquences nuisibles en provoquant la régression de certaines races et en réduisant la variabilité au sein des races fortement sélectionnées. La préoccupation du maintien de la variabilité est apparue en vue d'autoriser une réponse à la sélection sur un terme plus ou moins long ou une réorientation rapide des objectifs. Concrètement, cela s'est traduit par la mise en place de programmes de sauvegarde des races menacées. Demain, cette préoccupation se portera sans doute sur les grandes races sélectionnées, avec, d'une part, l'optimisation des méthodes en fonction non plus du seul progrès immédiat, mais du progrès cumulé à terme, et, d'autre part, la prise en compte des configurations génétiques originales. Il faut apprendre à ne plus exploiter de façon minière nos ressources génétiques, mais à les gérer.