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agriculture

(latin agricultura)

Fragment de fresque égyptienne
Fragment de fresque égyptienne

Plus généralement, ensemble des activités développées par l'homme, dans un milieu biologique et socio-économique donné, pour obtenir les produits végétaux et animaux qui lui sont utiles, en particulier ceux destinés à son alimentation.

Histoire

La culture de certaines plantes à graines serait née dans les collines du Proche-Orient vers le IXe millénaire avant J.-C. (et vers le VIIe millénaire en Méso-Amérique). Les premières traces d'animaux domestiques (ovins ou caprins) sont presque aussi anciennes. Mais nous ne savons presque rien des régions tropicales humides, où l'on a des raisons de postuler une domestication ancienne de plantes à tubercules (taro, igname, manioc, patate…), qui n'a malheureusement pas laissé de traces. L'agriculture étant un ensemble de techniques, celles-ci ont pu se développer indépendamment les unes des autres pendant des millénaires, jusqu'à ce que leur convergence donne graduellement naissance aux premières formes complexes d'activité agricole.

Les agricultures sans métal : Amérique précolombienne, Océanie

L'outillage se limite aux haches de pierre pour l'abattage des arbres, à une sorte de sabre de bois dur, ancêtre de la machette actuelle, et au bâton à fouir. Dans ces conditions, les seuls milieux accessibles sans dépense excessive de travail sont la forêt et les zones inondables (agriculture de décrue), marécageuses ou, au contraire, semi-arides. L'association des cultures dans le même champ est la règle ; elle permet de tirer le meilleur parti possible d'un espace défriché toujours limité.

Les agricultures à la houe : Afrique noire

En Afrique noire, où le fer, mais non l'attelage, est connu depuis 1 500 à 2 000 ans, la houe est l'outil de base de préparation du champ dans la plupart des régions. Elle permet de cultiver les sols de savane, où l'enchevêtrement des racines rend le défrichement particulièrement difficile. Les agricultures africaines se caractérisent par une répartition géographique complexe des plantes cultivées, indigènes ou introduites, qui servent de base à l'alimentation. L'élevage n'est nulle part intégré à l'agriculture, sauf parfois pour la fumure des champs.

Énergie animale et premières mécanisations : pays méditerranéens et Proche-Orient

Une utilisation plus poussée du fer (faucille) et l'emploi de l'énergie animale (dépiquage, araire, noria, moulin) caractérisent les agricultures d'une vaste zone s'étendant de l'Occident méditerranéen à l'Inde et à l'Asie centrale. Toutes ces innovations intéressent des tâches associées à la production d'un petit nombre de céréales : blé et orge à l'ouest, millet et riz à l'est. La production du vin et de l'huile dans les pays méditerranéens ainsi que celle du sucre en Inde conduisent à d'autres développements mécaniques, plus localisés (broyeurs, pressoirs).

Dans toute cette zone, les céréales, consommées sous forme de bouillie, de couscous, de galettes ou de pain, sont la base de l'alimentation. Les techniques de production sont assez uniformes : labours de préparation du champ à l'araire (jachère), au printemps et en été ; semis en automne, dès les premières pluies, en général à la volée, et enfouis par un dernier labour à l'araire (couvrailles) ; récolte à la faucille et dépiquage sur une aire découverte, soit par piétinement des animaux, soit à l'aide d'un tribulum ou d'un plaustellum attelés.

Les agricultures de l'Extrême-Orient

C'est le climat de moussons – sécheresse d'hiver, pluies d'été – qui fait l'unité agricole de l'Extrême-Orient. Ce caractère tropical s'accompagne d'un emploi très poussé de l'énergie humaine. La mécanisation est systématiquement adaptée à la traction par un seul animal, et même par l'homme. La brouette et le tarare sont deux très anciennes inventions chinoises. Au Japon, le développement des machines hydrauliques mues à bras (ou à pieds) d'homme a été poussé plus loin que partout ailleurs. On connaît, d'autre part, l'usage que la Chine a su faire d'une autre ressource humaine : l'engrais.

Les innovations agricoles en Europe centrale et septentrionale

Les transformations des techniques qu'on a appelées la « révolution agricole médiévale » sont un complexe d'innovations dont les plus anciennes, bien que difficiles à dater, remontent vraisemblablement au deuxième âge du fer. Ces innovations sont les suivantes :
– culture de l'avoine et du seigle ;
– charrue à soc plat et tranchant, coutre, versoir et avant-train ;
– emploi de la herse pour enfouir les semis à la volée ;
– faux à deux mains et fenaison ;
– stockage et battage en grange des céréales ;
– généralisation du moulin à eau à roue motrice verticale (xe s.) ;
– étangs artificiels pour l'élevage du poisson ;
– attelage du cheval (collier d'épaules, traits, palonnier, ferrures à clous), qui prend place aux côtés du bœuf dans les travaux agricoles ;
– moulin à vent à axe horizontal (fin xiie s.) ;
– assolement triennal ; etc.

Au xiiie s., lorsque cette première révolution s'achève, l'Europe est déjà la zone du monde où l'emploi des énergies naturelles dans l'agriculture est le plus poussé. C'est en particulier la seule région où l'on ait résolu, grâce à la charrue, le problème de l'emploi de l'énergie animale au défrichement de sols couverts de gazon.

Une deuxième vague d'innovations s'amorce dès le début du xviiie s. avec le semoir, le tarare (mécanisation du vannage) et les premières cultures fourragères intégrées à l'assolement. La première machine à battre fonctionnelle est construite en 1786. C'est dans les plaines de l'Amérique du Nord que la moissonneuse se développe.

Les révolutions de l'agriculture moderne

La décennie 1840-1850 marque la naissance de l'agriculture moderne ; c'est le début d'une longue série d'innovations :
– innovations mécaniques, agissant sur la rapidité et la qualité du travail. (Il faut attendre les pneumatiques, vers 1935, pour que le moteur à explosion puisse remplacer le cheval dans tous ses emplois.) ;
– innovations biophysiques, agissant sur la qualité et la conservation des produits (appertisation, pasteurisation, froid, séchage, ensilage fourrager, etc.) ;
– innovations biochimiques (fertilisation, pesticides) et biologiques (amélioration génétique), agissant sur les rendements physiques.

On estime qu'en deux siècles la productivité du travail agricole a été multipliée au moins par un facteur 50, et celle du sol par un facteur 10.

L'agriculture aujourd'hui

L'activité agricole demeure fondamentale pour tous les pays et toutes les sociétés. C'est de l'agriculture que l'humanité tire la quasi-totalité de son alimentation. L'agriculture concourt aussi, mais beaucoup moins qu'autrefois, à la production des matières premières nécessaires à la fabrication des textiles. Les destinations industrielles de ses produits se sont diversifiées : la canne à sucre brésilienne, par exemple, est largement utilisée pour fabriquer des carburants. Élargissant son rôle comme source de matières premières, l'agriculture a beaucoup évolué au cours des dernières décennies, tant du point de vue technique que du point de vue économique.

Les progrès de la productivité

Grâce aux biologistes, aux agronomes, aux constructeurs de machines, aux informaticiens, etc., les méthodes de culture et d'élevage autorisent maintenant de hautes productivités du travail et une grande maîtrise des processus de production – sans qu'on puisse toutefois se prémunir complètement contre certains caprices de la nature, par exemple la succession des sécheresses, l'invasion d'insectes parasites (criquets). Des efforts considérables réalisés par la recherche découlent notamment la création de variétés végétales, de races d'animaux toujours plus productives et la mise au point de techniques de plus en plus rentables.

La régression relative du poids économique de l'agriculture

Ce progrès technique s'accompagne d'une diminution relative de la place de l'agriculture dans l'économie. L'une des raisons en est le caractère limité des besoins alimentaires de l'homme : une fois ceux-ci satisfaits, la proportion de la valeur des biens alimentaires dans l'ensemble des autres biens consommés diminue. Pour lutter contre cette tendance, l'industrie agroalimentaire s'efforce de proposer sans cesse des produits nouveaux. Cela a comme résultat d'allonger la chaîne de transformation des produits agricoles, donc de réduire la place de l'agriculture dans l'ensemble que celle-ci constitue avec l'agroalimentaire – et, par voie de conséquence, dans l'économie tout entière. Les progrès de la productivité du travail, plus ou moins forte selon le niveau de développement des économies nationales et régionales, entraînent une diminution du nombre des agriculteurs, ce qui ajoute à la perte d'influence de l'agriculture. Enfin, la régression relative de l'agriculture s'explique par la croissance plus rapide du secteur des services, devenu prépondérant dans les économies les plus développées.

Le progrès technique

Pour améliorer les conditions et les résultats de la production agricole, des travaux de recherche sont menés dans de très nombreux domaines. Leurs réalisations sont ensuite diffusées auprès des agriculteurs.

La physiologie des plantes

L'étude de la physiologie des plantes et de leurs rapports avec leur milieu aboutit à la connaissance de leurs besoins nutritionnels au cours du cycle végétatif. La confrontation de ces besoins avec les résultats de l'analyse des sols de culture conduit à l'établissement et à la mise en pratique de plans de fertilisation, base indispensable de l'obtention de hauts rendements des cultures (céréales, betterave à sucre, soja, tournesol, etc.). Des programmes informatiques permettent d'automatiser ces opérations.

La culture sous serre

La combinaison des connaissances acquises dans la physiologie des plantes et dans la maîtrise des milieux contrôlés a permis les grands progrès de la culture sous serre. On sait maintenant produire des substrats artificiels et des solutions nutritives sans germes pathogènes pour alimenter la plante « hors-sol ». Le contrôle du milieu aérien concerne la température, la lumière, l'humidité de l'air et sa teneur en dioxyde de carbone, l'état sanitaire des plantes : il est plus ou moins complet et plus ou moins automatisé. Les fruits et légumes, les plantes ornementales bénéficient de ces progrès.

L'irrigation

L'amélioration des techniques d'irrigation est un souci constant, qui se traduit par la mise au point d'équipements de plus en plus puissants pour l'irrigation par aspersion, par du matériel permettant l'apport d'eau goutte à goutte au pied des plantes, par l'emploi de l'informatique pour automatiser la distribution.

De nouvelles variétés

L'un des instruments les plus efficaces du progrès technique réside dans la mise au point de nouvelles variétés de plantes et dans l'amélioration des races d'animaux d'élevage. Les recherches dans ce domaine font appel à toutes les ressources de la génétique. On ne cherche pas seulement à obtenir des variétés donnant de hauts rendements, on s'efforce aussi de fixer ou d'introduire des caractères particuliers comme la résistance à telle maladie, la précocité de la maturité de la graine, la dimension de la tige (pour les céréales), etc. Les généticiens disposent maintenant de techniques qui rendent leurs travaux plus efficaces : culture in vitro des embryons hybrides, utilisation de marqueurs moléculaires pour choisir la descendance des plantes sélectionnées. Grâce au génie génétique, il est possible de réaliser des transferts de gènes pour introduire tel caractère recherché. Toutefois, outre les difficultés d'ordre scientifique, agronomique ou réglementaire, l'introduction d'organismes génétiquement modifiés (O.G.M.) dans la nature soulève certaines oppositions, inspirées par la crainte que ces produits ne présentent des risques encore inconnus pour la santé, l'environnement, etc.

Les progrès dans l'élevage

On connaît désormais avec précision les besoins nutritionnels de chaque espèce à chaque stade de la vie, ce qui permet de fabriquer les aliments les mieux adaptés aux objectifs souhaités : croissance rapide ou lente, production intensive ou modérée (lait, viande). D'où l'essor considérable de l'industrie des aliments composés, qui applique les résultats de la recherche zootechnique et approvisionne maintenant la plupart des élevages dans les pays développés. D'autres recherches font progresser la productivité des animaux : sélection des meilleurs reproducteurs, transplantation d'embryons de femelles aux qualités exceptionnelles dans l'utérus de plusieurs femelles porteuses, création de nouvelles races. De plus, les résultats obtenus dans la prévention et le traitement des maladies par la médecine vétérinaire constituent un élément supplémentaire de progrès.

De nouvelles machines

Enfin, on ne saurait passer sous silence l'amélioration des machines. Le tracteur, par exemple, symbole même de la modernisation agricole, gagne en puissance et en automatisation, et se dote d'une informatique embarquée de plus en plus efficace. De nouvelles machines automotrices sont apparues, comme la vendangeuse. Les robots cueilleurs de fruits ont dépassé le stade expérimental.

Agriculture et environnement

L'application du progrès technique, là où elle se réalise, conduit à l'existence d'une agriculture intensive, qui utilise beaucoup de produits chimiques (engrais, pesticides) et de machines, tout en n'ayant plus besoin que d'un petit nombre d'agriculteurs. Cet emploi quelquefois massif de moyens venant de l'extérieur des exploitations peut avoir des effets néfastes sur l'environnement.

La pollution

La pollution des eaux souterraines par les engrais est l'un de ces effets. Dans l'agriculture intensive, on en arrive à épandre 200 kg d'unités fertilisantes d'azote par hectare. Le sol ne peut plus jouer son rôle épurateur comme cela était le cas autrefois : une partie de cet engrais est entraînée par les pluies, sous forme de nitrates, dans les couches profondes du sol puis dans les nappes phréatiques, qui sont ainsi polluées.

Dans les grands élevages hors-sol, les animaux vivent très nombreux sur de très petits espaces. Les porcs, notamment, provoquent l'accumulation d'énormes quantités de déjections liquides (lisiers) qui entraînent des pollutions de diverses natures : accroissement des apports azotés lorsqu'elles sont épandues sur les terres, pollution de l'atmosphère par les mauvaises odeurs.

Les friches et la désertification

Dans les pays de bocage, l'exiguïté des parcelles rendant difficile la mécanisation, les haies ont été arasées, les parcelles, regroupées, et des chemins, tracés. La suppression des haies a entraîné la disparition de leurs nombreuses fonctions : régulation des microclimats, hébergement d'une faune spécifique, fourniture de bois de chauffage. Le paysage lui-même a été affecté, comme il l'est pour d'autres raisons dans les zones où l'agriculture est en régression. En effet, une conséquence de l'agriculture intensive est la concentration de la production sur les terres les plus fertiles, ce qui provoque l'abandon de terres appelées « marginales », où les techniques les plus modernes n'ont pas le meilleur rendement possible. La friche et la forêt s'y installent, de façon anarchique en général, ce qui provoque la détérioration des paysages agraires. Le cas des terrasses méditerranéennes est exemplaire de ce phénomène.

Sur les territoires que ne revendique pas l'agriculture intensive, le risque de dépopulation agricole est très important. On en vient à parler de « désertification » de certains espaces ruraux, phénomène néfaste pour l'ensemble de la société car l'entretien des paysages agraires, pour le bénéfice de tous, est en passe d'être abandonné. D'où l'émergence d'une nouvelle fonction sociale pour une partie des agriculteurs : celle de « conservateurs » des territoires faiblement peuplés, grâce à la mise en œuvre de techniques de production extensives qui demandent beaucoup d'espace et peu de travailleurs pour des productions faibles par hectare. Sur ces mêmes territoires, se développe aussi l'agritourisme, activité d'accueil à la ferme destinée à offrir restauration et hébergement aux touristes citadins.

Les écarts de développement

L'état du progrès technique décrit plus haut est essentiellement le fait des pays industrialisés. Les agriculteurs de la forêt et de la savane africaines, par exemple, n'emploient dans leur majorité rien d'autre que de simples outils manuels. Dans beaucoup de régions du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine) domine encore l'agriculture avec traction animale.

Par ailleurs, les agricultures peu développées emploient peu d'engrais et de pesticides et connaissent de fortes pertes de récoltes, conséquence du faible développement de l'économie. Le progrès technique est cependant en train de s'y diffuser, ce qui se traduit par l'augmentation de la production et par la diminution de la population active agricole.

Les écarts de développement des agricultures n'en restent pas moins considérables, ce qu'enregistrent les différences dans les proportions de population active agricole dans la population active totale : alors que ces proportions se situent entre 2 et 15 % dans les pays industrialisés, elles représentent encore souvent plus de la moitié de la population au travail dans les pays en voie de développement. L'agriculture demeure, en fait, l'activité première de la population active à l'échelle mondiale.

La mondialisation des échanges

Or, malgré le grand nombre de paysans, dans beaucoup de pays du tiers-monde l'expansion de la production agricole demeure insuffisante pour satisfaire des besoins alimentaires qui augmentent rapidement sous l'effet d'une forte croissance démographique et d'une certaine amélioration des revenus. Pour certains d'entre eux, les faibles disponibilités en terre viennent aggraver la situation, comme dans le cas de l'Égypte. C'est pourquoi ces pays (pays d'Afrique noire, du Maghreb, du Moyen-Orient notamment) doivent avoir recours aux importations de produits de base auprès des pays industrialisés excédentaires (États-Unis, Canada, États de l'UE, Australie, Nouvelle-Zélande). Ce déficit chronique des pays dont l'agriculture est peu productive est l'une des raisons de la croissante internationalisation des échanges des produits agricoles. Mais il en est d'autres, comme la spécialisation des agricultures des pays développés ou en voie d'industrialisation : celle du Brésil et des États-Unis dans la culture du soja – un produit essentiel pour les élevages européens –, celle du bassin méditerranéen dans les fruits et légumes, celle des Pays-Bas dans les produits de l'élevage. Toutes ces spécialisations génèrent des excédents qui font naître à leur tour des échanges commerciaux. Enfin, les pays du Sud, bien que souvent déficitaires en produits vivriers, restent spécialisés dans la production et l'exportation de produits tropicaux : café, cacao, fruits (Afrique noire, Amérique latine), thé (Asie), manioc (Thaïlande).

Pour en savoir plus, voir l'article agroalimentaire.