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aquaculture

Ferme marine
Ferme marine

Production d'organismes aquatiques en eau douce, saumâtre ou marine et dans des conditions contrôlées ou semi-contrôlées par l'homme, qu'il s'agisse d'animaux (→ poissons, crustacés, mollusques, etc.) ou de végétaux (→ algues). [Par extension, transformation et commercialisation de ces productions.]

Introduction

À la différence de la pêche, l'aquaculture implique non seulement une intervention de l'homme dans le processus de production (alevinage, alimentation, protection contre les prédateurs, etc.) mais aussi la propriété du stock exploité, tout au long du cycle d'élevage, par une personne juridiquement identifiée. Cette dernière caractéristique, adoptée dans la définition de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), exclut du champ de l'aquaculture les techniques d'aménagement des milieux aquatiques pour une exploitation par la pêche (repeuplements, récifs artificiels, etc.).

Utilisé tout d'abord dans les pays anglo-saxons, le mot « aquaculture » s'est progressivement imposé en français à la place de « aquiculture » initialement retenu par l'Académie française. Une terminologie plus restrictive est utilisée pour certaines espèces ou certains groupes d'espèces : pisciculture (poissons), salmoniculture (truites et saumons), carpiculture (carpes), conchyliculture (coquillages), mytiliculture (moules), ostréiculture (huîtres), astaciculture (écrevisses), etc.

Finalités de l'aquaculture

Productions alimentaires

La production d'organismes aquatiques consommables par l'homme est, de loin, la principale finalité de l'aquaculture.

La production d'algues directement consommables est le fait des pays asiatiques, l'exemple le plus démonstratif étant la culture des porphyras, ou nori, au Japon et en Corée (550 000 tonnes en 1991).

Dans les pays industrialisés, l'aquaculture animale s'intéresse généralement à des espèces très appréciées du consommateur, de haute valeur commerciale et que la pêche ne peut fournir en quantité suffisante. En Europe, c'est le cas du bar et du saumon, pour lesquels la production aquacole a dépassé à présent celle de la pêche. Les produits de l'aquaculture présentent, par rapport à ceux de la pêche, un certain nombre d'avantages pour l'approvisionnement des marchés de l'alimentaire industriel : qualité et homogénéité des produits, production régulière et programmable. Par ailleurs, dans les pays développés, les produits aquatiques bénéficient d'un engouement croissant de la part du consommateur en raison de leur valeur diététique (faible teneur en graisse, richesse en acides gras insaturés, vitamines et oligo-éléments, etc.).

Dans les pays en voie de développement, l'aquaculture est un moyen, souvent plus avantageux que l'élevage, de produire en quantité suffisante des protéines animales bon marché pour l'autoconsommation ou le marché local, avec une technologie peu exigeante en investissement et sans apport d'aliments coûteux. C'est le cas des systèmes de pisciculture d'étang basés sur le recyclage des matières organiques, traditionnels en Asie et en voie d'implantation sur le continent africain. Cela n'empêche pas ces pays de développer parallèlement une aquaculture d'exportation d'espèces nobles pour le marché mondial, telles que les crevettes pénéides.

Repeuplement des milieux aquatiques

L'aquaculture peut avoir également pour objet de produire de jeunes stades en milieu contrôlé afin de repeupler les milieux aquatiques naturels ou d'y introduire une espèce étrangère. Ainsi, en France, les associations de pêche de loisir déversent chaque année dans les cours d'eau des millions de truitelles, brochetons, black-bass, etc., produits en élevage. Mais cette pratique s'est principalement développée pour le repeuplement des stocks exploités par la pêche professionnelle. C'est le cas, par exemple, des coquilles Saint-Jacques sur les côtes bretonnes, des tilapias dans les lacs de barrage africains et d'un grand nombre d'espèces sur le littoral japonais. De même, des millions de jeunes saumons produits en écloserie sont relâchés par les pays riverains du Pacifique nord (Canada, États-Unis, Japon). Après un grossissement en mer (« pacage marin »), ils reviennent à leur rivière d'origine, où ils sont capturés par les pêcheurs : le taux de retour (1 à 5 %) est suffisant pour assurer la rentabilité de l'opération.

Productions non alimentaires

D'autres formes d'aquaculture, enfin, visent des productions non alimentaires. C'est le cas des huîtres perlières (méléagrines) cultivées dans le Pacifique (Japon, Polynésie). Quant aux reptiles aquatiques (crocodiles, tortues d'eaux douce et marine), protégés par la convention de Washington, leur cuir et leur viande ne peuvent être mis sur le marché qu'à partir d'élevage. L'élevage des poissons ornementaux pour le marché de l'aquariophilie est une activité florissante notamment dans le Sud-Est asiatique et en Floride. L'élevage de proies vivantes (phytoplancton, rotifères, artémias) est à la base de nombreuses productions en écloserie. À une échelle plus significative, la culture des algues fournit les industries agroalimentaire et cosmétique en substances gélifiantes dites « phycocolloïdes » (carraghénanes, ou agars-agars, des algues rouges, alginates des algues brunes).

Historique du développement aquacole

Pour tirer sa subsistance des milieux terrestres, l'humanité est passée, au néolithique, de la prédation dans le milieu naturel par la cueillette et la chasse – activités maintenant marginales – à la maîtrise du milieu et des espèces par l'agriculture et l'élevage. L'exploitation des milieux aquatiques a suivi la même évolution, à cela près que l'activité de prédation – la pêche – est encore largement prépondérante et que le vigoureux essor actuel de l'aquaculture est un phénomène très récent.

Les formes traditionnelles d'aquaculture

Au cours de l'histoire, les civilisations d'Asie et d'Europe ont développé des formes plus ou moins rudimentaires d'aquaculture qui ont donné naissance aux techniques traditionnelles d'aujourd'hui. Les Romains pratiquaient le stockage en vivier et le grossissement en étang des poissons issus de la pêche. En Chine, l'élevage des carpes est une tradition plurimillénaire, attestée par le traité de pisciculture de Fan-li écrit plusieurs siècles avant J.-C. Plus près de nous, dans l'Europe médiévale, les prescriptions alimentaires de nature religieuse ont contribué au développement de la pisciculture d'étang dans les régions palustres (la Brenne et la Dombes en France, la Bohême en Europe centrale). C'est également au Moyen Âge que sont apparus, en France, l'élevage des moules sur bouchot et, en Italie, la pisciculture en étangs saumâtres ou « valliculture ». Toutes ces formes d'aquaculture impliquent une connaissance empirique du milieu et des organismes aquatiques, parfois une gestion hydraulique, mais, en revanche, ne comportent aucune maîtrise de l'alimentation ou du cycle biologique de l'espèce.

Les acquis de la recherche

La naissance de l'aquaculture « moderne » est étroitement liée aux progrès des sciences et techniques qui ont accompagné la révolution industrielle. Une toute première avancée a été la maîtrise de la reproduction de la truite par le naturaliste allemand Jacobi, en 1765. Elle a permis, dès 1850, le développement des premières écloseries de truites pour le repeuplement des cours d'eau des pays industriels. Toujours en pisciculture, une autre étape décisive fut l'expérimentation, au Brésil, dans les années 1930, de l'induction de la ponte par injection hormonale. Cette technique a connu dès 1935 une application spectaculaire en U.R.S.S. avec la production massive de jeunes esturgeons pour le repeuplement des grands fleuves. Depuis, elle a été appliquée à un grand nombre d'espèces (brochet, carpe chinoise, poisson-chat, etc.) pour lesquelles il était impossible, auparavant, d'obtenir des pontes spontanées en captivité.

Vers la même époque (1935) ont débuté les travaux du Japonais Funinaga sur la reproduction de la crevette royale (Penaus japonicus). La mise au point d'une alimentation adaptée pour les différents stades larvaires représenta l'une des principales difficultés. Trente années de recherches ont été nécessaires avant de maîtriser la production massive de « post-larves ». Ces travaux ont servi de base aux équipes françaises et américaines pour développer, à partir des années 1970, l'élevage d'autres crevettes pénéides des mers tropicales.

À partir de la fin des années 1960, l'idée de « cultiver » la mer a suscité des efforts de recherche de plus en plus intenses de la part des pouvoirs publics, dans le cadre de structures comme le Cnexo, puis l'IFREMER en France. Les acquis des disciplines fondamentales (biologie, physiologie, nutrition, pathologie), les progrès techniques en matière d'alimentation et de conception des structures d'élevage, etc., ont abouti en l'espace d'une vingtaine d'années à la mise au point des principales filières de l'aquaculture que nous connaissons aujourd'hui.

Le développement de l'aquaculture moderne

Le développement à l'échelle industrielle s'est opéré successivement pour la truite arc-en-ciel (1960-1970), le poisson-chat américain (catfish), la sériole et la dorade japonaise (1975-1980), les saumons et les crevettes pénéides (1980-1990), les poissons méditerranéens – bar, daurade – et le turbot (1990-2000).

Parallèlement, les productions traditionnelles ont bénéficié de ces avancées techniques. L'élevage des carpes chinoises – qui est aujourd'hui la première production aquacole mondiale – s'est développé grâce aux techniques de reproduction contrôlée qui ont affranchi les pisciculteurs chinois de la collecte des juvéniles dans le milieu naturel. De même, la conchyliculture a bénéficié des techniques de reproduction contrôlée, ouvrant la voie à la sélection génétique et à la multiplication d'espèces comme le pétoncle et la palourde japonaise.

La diversité des formes d'aquaculture

Si la culture des algues porte sur une dizaine d'espèces essentiellement marines, l'aquaculture animale, en revanche, est beaucoup plus diversifiée. Les systèmes d'élevage se caractérisent et se différencient par quelques critères essentiels : l'espèce concernée, le milieu d'élevage, le mode d'obtention des juvéniles, le mode d'alimentation, la place de l'aquaculture dans le système de production agricole.

Principales espèces aquacoles

L'aquaculture animale repose essentiellement sur trois groupes d'organismes : poissons, mollusques et crustacés. En comparaison de l'élevage terrestre, l'aquaculture s'intéresse à un grand nombre d'espèces (les statistiques de la FAO en répertorient plus de 300 !). Cela tient à plusieurs raisons : l'adaptabilité moindre des organismes aquatiques à des environnements différents, la forte biodiversité des milieux aquatiques et la multiplicité des foyers de « domestication ». Cependant, la production mondiale tend aujourd'hui à se concentrer sur une vingtaine d'espèces majeures.

Poissons

Les cyprinidés, poissons de la famille de la carpe, représentent à eux seuls 71 % de la production piscicole mondiale (10,4 millions de tonnes en 1995). Les trois principales espèces sont la carpe argentée, la carpe herbivore et la carpe marbrée, qui se nourrissent respectivement de phytoplancton, de plantes aquatiques et de zooplancton. En Chine, elles font l'objet d'une pisciculture d'étang traditionnelle qui met à profit leur complémentarité alimentaire. L'Inde pratique une aquaculture similaire avec des cyprinidés locaux. Quant à la carpe commune des étangs, elle est élevée sous différentes latitudes, de l'Europe centrale à l'Asie tropicale.

L'élevage des salmonidés occupe une place importante dans les pays tempérés (943 000 tonnes en 1995), avec deux espèces principales : la truite arc-en-ciel en eau douce et le saumon atlantique en milieu marin. Originaire d'Amérique du Nord, la truite arc-en-ciel supporte bien mieux que la truite européenne (truite fario) les conditions de l'élevage intensif. Son élevage s'est développé à partir des années 1960. La France est le premier producteur mondial, suivie du Chili, du Danemark et de l'Italie. Depuis 1980, l'élevage du saumon atlantique a connu une extension considérable en Norvège (premier pays producteur), en Écosse et au Chili. Quant aux saumons du Pacifique (saumons coho et chinook), ils sont principalement élevés jusqu'au stade juvénile dans le système du pacage marin.

Les tilapias, originaires des cours d'eau africains, font l'objet d'une importante production en zone tropicale (665 000 tonnes). L'espèce la plus commune est le tilapia du Nil considéré comme le poulet de la pisciculture tropicale en raison de son adaptabilité à des milieux très diversifiés (y compris des eaux marines). La majeure partie de la production se fait en Asie.

Les poissons-chats, ou siluriformes, comprennent de nombreuses espèces aquacoles, les plus importantes étant le catfish élevé aux États-Unis (206 000 tonnes), les clarias et les pangasius dans les pays du Sud-Est asiatique. Deux poissons diadromes figurent également parmi les principales espèces : le milkfish, élevé de façon traditionnelle en Indonésie (358 000 tonnes) et l'anguille. L'aquaculture des poissons de mer a connu un développement plus récent, du fait de la difficulté de l'élevage larvaire chez ces espèces à œufs microscopiques. Les principales productions sont la sériole et la dorade japonaise essentiellement au Japon, le bar et la dorade sur le pourtour méditerranéen et le turbot sur la façade atlantique.

Mollusques

La production mondiale de mollusques d'aquaculture se partage de façon à peu près équitable entre les huîtres, les moules et les autres mollusques. La mytiliculture, activité principalement européenne, repose sur deux espèces : la moule commune (Manche et mer du Nord) et la moule méditerranéenne (Espagne, France, Italie). L'huître creuse du Pacifique (« huître japonaise ») élevée au Japon et en Corée, a été introduite sur tous les continents. En France (3e producteur mondial), elle a supplanté l'huître plate et l'huître portugaise décimées par les épizooties des années 1970. Deux autres espèces d'importance significative sont le pétoncle et la palourde du Japon, dont la dernière a été récemment introduite en Europe.

Crustacés

Les crevettes pénéides, élevées sur la frange littorale tropicale de toutes les mers tropicales, représentent près de 90 % de la production mondiale de crustacés. En 1995, la production aquacole s'élevait à 932 000 tonnes, soit environ la moitié de celle de la pêche. Cette production est asiatique à 87 %. Les deux espèces les plus répandues sont Penaus monodon (crevette géante tigrée), élevée en Asie et dans de nombreux pays, et Penaus wannamei (« whiteleg shrimp »), élevée principalement en Équateur.

Par ailleurs, deux crustacés d'eau douce atteignent une production significative : la chevrette, ou « macrobrachium », élevée principalement en Asie et l'écrevisse de Louisiane, spécialité du sud des États-Unis.

Milieux et structures d'élevage

L'aquaculture se pratique en zone tempérée ou tropicale, en eaux douce, saumâtre ou marine (uniquement sur la frange littorale). La production se fait soit en milieu ouvert, c'est-à-dire au sein du milieu aquatique naturel (conchyliculture en parc, bouchot ou filière, pisciculture en cages flottantes), soit en milieu fermé, dans des structures à terre (bassins) alimentées par de l'eau prélevée dans le milieu naturel. L'aquaculteur peut alors exercer un certain contrôle sur la qualité de l'eau (température, oxygénation, etc.).

Les relations entre l'espèce et son milieu sont très différentes de celles qui existent dans un élevage terrestre. La densité du milieu aqueux réduit de façon significative les besoins énergétiques liés à la sustentation et au déplacement. Par ailleurs, il s'agit d'un milieu à trois dimensions, aussi exprime-t-on généralement les rendements en kilogrammes par mètre cube. La survie et la croissance des animaux d'élevage sont influencées par de nombreux paramètres (température, salinité, concentration en oxygène dissous, richesse en plancton, etc.), certains n'étant perceptibles par l'aquaculteur qu'au moyen d'instruments. Ces paramètres présentent de fortes hétérogénéités spatiales : deux sites aquacoles, même proches, peuvent présenter des caractéristiques différentes. Enfin, les espèces aquacoles étant poïkilothermes (« à sang froid »), elles présentent l'avantage de ne pas dépenser d'énergie pour maintenir une température corporelle fixe. En revanche, chacune est inféodée à une plage thermique relativement restreinte. C'est aussi le cas pour les autres paramètres (salinité, oxygène).

Modes d'obtention des juvéniles

Les espèces aquatiques se caractérisent par une fécondité importante. À chaque ponte, le nombre d'ovocytes émis par une femelle va de quelques milliers (salmonidés) à plusieurs centaines de milliers (carpes), voire plusieurs dizaines de millions (huîtres). L'avantage, pour l'aquaculteur, est qu'il gère un nombre réduit de géniteurs. En contrepartie, les œufs donnent naissance à des stades larvaires de petite taille (1 mm pour les poissons marins, 0,1 mm pour les mollusques), dont la survie et le développement en condition d'élevage sont délicats. Pour s'approvisionner en juvéniles (naissains de mollusques, « post-larves » de crustacés, alevins de poissons), l'aquaculteur peut faire appel à différentes techniques.

Collecte dans le milieu naturel

Les formes traditionnelles d'aquaculture se sont développées à partir de la collecte des juvéniles dans le milieu naturel. Cette technique reste d'actualité, y compris pour des espèces majeures (captage du naissain de moules et d'huîtres, capture d'alevins sauvages de milkfish et de sérioles). De même, dans certain pays, une partie de la production de crevettes repose sur la capture de « post-larves ». Cette technique n'est pas sans inconvénient. Les stocks naturels peuvent être affectés par la capture massive des jeunes stades : ainsi, l'effondrement des populations d'anguilles sur les bassins français est-il lié aux captures excessives de civelles dans les estuaires. De plus, l'aquaculteur reste à la merci des aléas climatiques et peut difficilement programmer sa production.

Production en milieu semi-contrôlé

Pour s'affranchir de cet aléa, les aquaculteurs ont vu très tôt l'intérêt de reconstituer, en milieu d'élevage, des conditions naturelles de la reproduction. Ainsi, la carpe – depuis des siècles – et, plus récemment, le brochet, sont reproduits de façon fiable dans de petits étangs enherbés et peu profonds, débarrassés de leurs prédateurs et enrichis en plancton, adaptés à la ponte des géniteurs et au développement des alevins. Ces techniques ont l'avantage de présenter un niveau faible de technicité, d'investissement et de main-d'œuvre, mais ne permettent généralement pas un approvisionnement à toute époque de l'année.

Production en milieu contrôlé

La maîtrise de l'ensemble du cycle de reproduction en milieu contrôlé (écloseries) est une des principales avancées de l'aquaculture moderne. Cette technique implique généralement les étapes suivantes :
– la maturation des géniteurs à travers le maintien en captivité dans des conditions favorables ;
– l'émission des gamètes (par choc thermique ou salin chez les mollusques, par injection hormonale chez les poissons) et la fécondation dans le milieu d'élevage ou « à sec » (utilisation d'un dilueur d'insémination) ;
– l'incubation des œufs dans des structures appropriées. En pisciculture, on utilise les « bouteilles de Zug » (bouteilles sans fond renversées alimentées par un léger courant d'eau de façon à assurer une bonne oxygénation et éviter le développement des champignons) ;
– l'élevage larvaire qui consiste à nourrir la larve avec un aliment approprié pendant une à deux semaines. Chez les poissons marins (bar, dorade, etc.) et les crustacés (crevette), cette phase est très délicate et nécessite l'élevage de proies vivantes adaptées à la bouche de l'alevin (rotifères, artémias) elles-mêmes produites à partir de cultures d'algues planctoniques.

Modes d'alimentation

Le juvénile est ensuite amené par l'éleveur jusqu'à une taille commercialisable : c'est la phase de grossissement. Selon l'origine de l'aliment, on peut distinguer deux formes principales d'aquaculture : extensive ou intensive.

Aquaculture extensive

L'aquaculture extensive, ou « de production », repose sur l'utilisation de la productivité naturelle des eaux, éventuellement renforcée par une fertilisation (cas des étangs de pisciculture). Il n'y a aucun apport d'aliment exogène par l'aquaculteur, c'est le milieu qui est source de nourriture. Les organismes concernés par ce type d'aquaculture appartiennent aux premiers maillons de la chaîne trophique : mollusques filtreurs, poissons herbivores, planctonophages ou détritivores. La conchyliculture et la pisciculture en étang – laquelle produit la majeure partie du poisson à l'échelle mondiale – en sont les meilleures illustrations. Peu exigeante en technicité et nécessitant peu d'intrants, l'aquaculture extensive est tout particulièrement adaptée aux pays en développement.

Aquaculture intensive

L'aquaculture intensive, dite aussi « de transformation », vise à transformer des produits et sous-produits de basse valeur marchande en espèces nobles appréciées sur le marché. À l'instar des élevages hors-sol de porcs et de volailles, le milieu n'est plus qu'un support physique et l'alimentation est entièrement exogène. Ce mode d'aquaculture, dominant dans les pays industrialisés, concerne surtout les poissons carnassiers (truite, saumon, bar, etc.), qui exigent une ration riche en protéine animale (30 à 50 %). Celle-ci est généralement distribuée sous forme de granulés industriels fabriqués à partir de farine de poisson et de sous-produits végétaux. Une telle alimentation est un poste important pour l'entreprise aquacole : elle représente environ 60 % du coût de production.

Entre ces deux types d'aquaculture, il existe des formes intermédiaires où la productivité du milieu est complétée par un apport d'aliment. C'est le cas de certains élevages de tilapias et de crevettes.

L'aquaculture dans le système de production agricole

À la différence de l'aquaculture marine, l'aquaculture continentale montre, tout particulièrement en Asie, des exemples d'intégration aux systèmes de production agricole. La pisciculture d'étang permet le recyclage de matières organiques de toutes sortes (déchets végétaux, déjections, rejets et sous-produits agro-industriels, etc.) en protéines consommables par l'homme. Les élevages associés porcs/poissons ou canards/poissons permettent des rendements importants, de l'ordre de 10 t/ha/an. Les productions aquacoles peuvent être également associées à des productions végétales, successivement (assolement poissons/céréales) ou simultanément (rizipisciculture). Ces techniques, originaires d'Asie, ont vocation à se développer sur les autres continents.

Développement actuel et perspectives

Une expansion spectaculaire

Si, aujourd'hui, la majeure partie de la ration alimentaire mondiale en produits animaux est assurée par les élevages terrestres, les milieux aquatiques y contribuent pour une part non négligeable (37 % en 1990). L'apport de la pêche reste prépondérant (32 %) au regard de celui de l'aquaculture (5 %). On observe cependant depuis une dizaine d'années une stabilisation des captures de la pêche mondiale aux environs de 100 millions de tonnes/an et le potentiel maximal d'exploitation est quasiment atteint.

Dans le même temps, l'aquaculture – seul moyen de satisfaire à la demande croissante en produits aquatiques – connaît un développement spectaculaire, sans équivalent dans les autres secteurs de production alimentaire. Depuis 1984, le taux d'accroissement de cette activité est de l'ordre de 10 % par an contre 3 % pour l'élevage terrestre et 1,6 % pour la pêche. De 1976 à 1996, la production aquacole mondiale (algues comprises) est passée de 6 à 34 millions de tonnes. En 1996, l'aquaculture assurait 29 % des productions animales alimentaires d'origine aquatique. La production de l'aquaculture devrait dépasser celle de la pêche dans la première moitié du xxie s.

La place dominante de l'Asie

L'aquaculture asiatique, avec 91 % de la production mondiale en 1995, et un taux de croissance plus élevé que le reste du monde, occupe une place dominante. La Chine (63 % de la production mondiale), l'Inde, le Japon, la Corée, les Philippines, l'Indonésie, la Thaïlande, le Bengladesh et Taïwan font partie des 10 premiers pays producteurs. Très diversifiée, l'aquaculture asiatique comprend toute la palette des formes possibles d'aquaculture. Elle assure notamment 98 % de la culture des algues.

Loin derrière l'Asie, l'Europe est le deuxième pôle de développement aquacole (5 %) grâce au poids de la conchyliculture, au succès de l'élevage du saumon atlantique et au maintien de la pisciculture traditionnelle des pays de l'Est.

Arrivent ensuite l'Amérique du Nord (2 %) et l'Amérique du Sud (1 %), les principales productions étant le catfish aux États-Unis, les crevettes en Équateur et le saumon au Chili.

L'Afrique (0,2 %) se place derrière l'Océanie (0,3 %). L'aquaculture, activité étrangère aux traditions culturelles subsahariennes, peine à démarrer malgré plusieurs décennies d'efforts de vulgarisation de la pisciculture du tilapia en zone rurale.

Aquaculture et environnement

Les formes d'aquaculture extensive (pisciculture d'étang, conchyliculture, production d'algues) sont généralement bénéfiques d'un point de vue environnemental dans la mesure où elles contribuent au recyclage des déchets organiques. En revanche, une aquaculture intensive telle que l'élevage des salmonidés contribue, par les apports massifs d'aliments et de déjections, à la dégradation du milieu aquatique, avec le risque de porter finalement préjudice à l'élevage lui-même. En zone tropicale, le développement de la crevetticulture entraîne la destruction des mangroves et autres zones humides côtières d'intérêt écologique majeur. Le développement de l'aquaculture entraîne une modification importante, et parfois irréversible, de l'occupation de l'espace sur la frange littorale et dans les zones de bas-fond. Une des préoccupations actuelles est de tirer parti des erreurs commises dans le développement des productions animales et végétales terrestres, pour mettre en place les conditions d'un développement durable de l'aquaculture.