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lion

Lion
Lion

« Roi des animaux », « seigneur des steppes », « souverain de la vie et de la mort », autant d'épithètes que le lion doit certainement à sa crinière flamboyante, à son port de tête altier et à ses rugissements terrifiants. Occupant il y a encore quelques milliers d'années le sud de l'Europe, pourchassé pendant des siècles par l'homme, le lion ne se rencontre plus guère aujourd'hui que dans des réserves.

1. La vie du lion

1.1. Une vie sociale structurée et libérale

Les lions sont les seuls félins à vivre en groupe social. Les rares individus solitaires sont presque toujours des lions âgés, blessés ou malades.

Contrairement à d'autres sociétés animales très hiérarchisées, les lions et les lionnes d'une même troupe jouissent de droits égaux et fondent leur survie sur des liens étroits. Ils passent la majorité de leur existence en parfaite harmonie avec leurs compagnons. Ce n'est qu'au moment du partage des proies que se manifeste une dominance des mâles, plus forts, sur les femelles.

Une troupe se maintient plusieurs années. Les lionnes restent généralement toute leur vie dans le même groupe, de mère en fille. Elles chassent et élèvent ensemble leurs petits. Les mâles, en revanche, ne sont pas des membres permanents du groupe.

Si les jeunes mâles (et, quelquefois, de jeunes femelles) n'ont pas quitté spontanément la tribu à l'âge de 3 ans et demi au plus tard, ils sont chassés. Ils partent seuls ou, le plus souvent, par deux ou trois individus du même âge, et deviennent nomades. Cette émigration contribue à maintenir l'équilibre entre les effectifs du groupe et la quantité de proies disponibles. Les jeunes lions errants rôdent aux alentours des autres troupes, guettant les signes de faiblesse ou de vieillesse des mâles dont ils prendront la place. La rotation des mâles à l'intérieur d'une troupe s'effectuerait tous les 2 ou 3 ans. La taille d'une troupe est très variable, pouvant aller de 2 à 40 individus. Des recherches menées dans les parcs de Serengeti (Tanzanie) et de Kruger (Afrique du Sud) montrent qu'une troupe moyenne comprend 13 animaux ; elle est composée de 4 à 5 femelles adultes, 3 à 4 pré-adultes, 2 à 3 jeunes et de 1 à 2 mâles adultes. Les mâles adultes d'un groupe sont de statut égal ; ils sont souvent apparentés entre eux mais sans lien de filiation avec les femelles.

Défendre le territoire

Contrairement à leur image d'indolents parasites abandonnant les tâches aux femelles, les mâles assurent la surveillance et la défense du territoire. Ils le marquent par des projections d'urine et des rugissements, et repoussent ensemble tout lion étranger adulte.

La taille des territoires varie avec le paysage, l'abondance des proies et l'importance de la troupe. Dans le cratère du Ngorongoro, en Tanzanie, des territoires compris entre 20 et 400 km2 ont été relevés ; dans le parc national de Nairobi, leur surface est évaluée entre 25 et 50 km2.

La vie en bande sur un territoire dont la faune et la topographie sont bien connues offre un environnement stable et protecteur qui limite le taux de mortalité et augmente les chances de survie des jeunes. Ainsi, les lionnes nomades sont beaucoup plus rarement vues accompagnées de lionceaux assez âgés pour chasser que les lionnes appartenant à une troupe.

Lors de l'intrusion d'un étranger au groupe, les lions évitent généralement le combat. Grâce à quelques attitudes d'intimidation, ils jugent rapidement la force de l'adversaire, qui battra en retraite s'il se sent en position d'infériorité. Un combat entre adversaires de même force se solde souvent par la mort du vainqueur et du vaincu. Mais il n'est pas rare de rencontrer un mâle trop vieux ou victime d'une attaque en nombre, le corps couvert de plaies et la crinière en lambeaux, veillé par une lionne de sa tribu.

Composition d'une troupe de lions

Composition d'une troupe de lions



L'observation d'une troupe de lions sur 7 ans met en évidence le système de régulation du groupe pour maintenir un nombre relativement stable de femelles et de jeunes constituant la troupe. À la fin de la 1re année, le groupe originel de mâles est chassé par un nouveau groupe, lequel est à son tour chassé environ 3 ans plus tard. On constate, à cette deuxième rotation (4e année), le départ de 5 jeunes adultes (3 femelles et 2 mâles) et la mort de 8 petits nés dans l'année (sans doute tués par les nouveaux mâles ayant pris possession de la troupe). Puis, l'année suivante, une très forte natalité rétablit la moyenne normale de population totale de femelles et de jeunes. Le nombre de femelles sera resté stable au cours des années, les lionnes qui meurent ou quittent le groupe étant remplacées par des jeunes, devenues adultes.

1.2. Les lionnes chassent, le lion mange

Dans la savane, milieu ouvert, les lions sont facilement repérables par leurs proies. De plus, un animal vigoureux peut venir à bout d'un chasseur solitaire. Un jeune buffle du Cap a été observé lutter avec une lionne pendant 90 minutes… et ne perdre que la queue. La chasse à deux ou à plusieurs offre donc de meilleures chances de succès et permet des prises imposantes.

Les lionnes assurent de 80 à 90 % de la chasse. Les mâles, plus lourds et plus repérables par leur corpulence et leur crinière, sont moins efficaces et y participent peu. Ils se servent de leur force pour s'approprier les proies abattues par les femelles. Selon G. Schaller, 75 % de leur alimentation sont des proies tuées par les femelles, 12 % sont dérobées à d'autres carnivores et seuls les 13 % restants sont des proies chassées par eux-mêmes.

Chasse solitaire ou en groupe

Lions et lionnes utilisent des techniques différentes selon le terrain, leurs préférences et selon les méthodes de défense des proies.

Le lion (ou, plus fréquemment, la lionne) chasse en général à l'aube ou au crépuscule, ou encore à la faveur de la nuit. À l'affût, tapi derrière les hautes herbes, il attend qu'un animal ait baissé la tête pour brouter, manifeste des signes d'inattention ou se trouve en position isolée. Il risque alors une approche discrète jusqu'à 30 mètres environ, puis il charge et projette violemment sa proie à terre. Pesant de tout son poids sur elle, il la saisit à la gorge. Trachée et œsophage sectionnés, la victime meurt en quelques minutes.

Les lionnes maintiennent souvent leur proie par le museau jusqu'à ce que celle-ci étouffe. Lorsqu'elles chassent en groupe, elles encerclent la proie et s'en approchent ensemble.

Le pourcentage de tentatives réussies varie également selon l'espèce pourchassée : environ 14 % s'il s'agit d'alertes damalisques, 38 % pour les zèbres et les gnous, proies préférées des lions, et 47 % pour les balourds phacochères. La chasse nocturne se solde par 33 % de succès, contre 21 % pour la chasse diurne, et les attaques dans les buissons (41 %) ont 3,5 fois plus de chances de réussir que les attaques en terrain découvert (12 %) – d'après les études de G. Schaller.

Les techniques de chasse du lion

Les techniques de chasse du lion



Les lions ont deux fois plus de chances de capturer leurs proies quand ils chassent à plusieurs (2 animaux ou plus) que lorsqu'ils chassent en solitaire.

Cela est vrai que les proies soient légères, telles les gazelles de Thomson, ou grosses comme les gnous ou les zèbres, auxquels un lion s'attaque moins souvent seul (un tiers des gnous et zèbres chassés) que lorsqu'il est en groupe. En revanche, la moitié des gazelles de Thomson chassées l'est par un lion seul, l'autre moitié par des lions en groupe.

Cette étude a également montré que les lions mangent une plus grande quantité de viande par animal lorsqu'ils chassent à deux, et proportionnellement moins lorsqu'ils chassent en groupe, à 3 et plus.

À partir de 3, les lions chassent par encerclement ce qui, dans l'organisation sociale du groupe, est davantage le rôle des lionnes.

Chasseurs et charognards

Globalement, les chances de réussite restent assez faibles : en moyenne, un quart des attaques seulement aboutissent. Pour assurer leur ration quotidienne (5 kg pour une femelle, 7 kg pour un mâle), lions et lionnes se montrent opportunistes en matière de régime alimentaire. En période de sécheresse, ils mangent même des animaux morts de maladie ou des restes d'autres prédateurs. Il est très fréquent de voir des lions, transformés en charognards, consommer des carcasses qu'ils ont volées aux hyènes.

Dans le parc de Serengeti, lorsque la plupart des ongulés ont migré à la recherche d'eau, les lions s'attaquent aux petits mammifères, aux oiseaux, aux serpents ou aux crocodiles.

La part du lion

Les proies abattues sont généralement partagées par tous les membres de la troupe. Le système de répartition de la nourriture obéit à la loi du plus fort, ce qui explique que les mâles soient très souvent les premiers à se rassasier. Bien que brèves, les querelles autour d'une carcasse sont fréquentes et dépendent de la taille des prises et de la faim de chacun. Quand la savane regorge de proies, les bagarres sont de faible intensité et tous, même les lionceaux, mangent à leur faim, parfois en même temps. En saison sèche, où les ressources alimentaires sont bien inférieures, le groupe se dispute âprement la moindre petite carcasse. Les mères elles-mêmes repoussent d'un coup de patte les lionceaux affamés.

1.3. Un couple assidu pour maintenir l'espèce

Les femelles sont réceptives plusieurs fois par an, en dehors des périodes de gestation et d'allaitement. Le premier mâle à rencontrer une femelle en chaleur reste à proximité d'elle et, par sa seule présence, maintient les autres mâles à distance. Les observateurs décrivent très peu de rivalité entre les mâles pour une femelle en chaleur. En guise de préliminaires, mâle et femelle frottent leur tête l'une contre l'autre et se reniflent sous l'aine. Dès que la femelle se montre conquise, le couple s'écarte du groupe ; un accouplement d'une vingtaine de secondes a lieu, pendant lequel le lion feule sourdement, mordille et lèche le cou de la femelle, qui ronronne. Au moment de l'accouplement, le lion maintient fermement le cou de la lionne entre ses dents, puis il se retire brusquement lorsque la femelle menace en grognant de lui décocher un coup de patte ou de le mordre. L'accouplement se répète jusqu'à 50 fois en 24 heures, de jour comme de nuit. Le zoologiste britannique Brian Bertram indique qu'une femelle réceptive copule toutes les quinze minutes en moyenne.

Les lionnes changent parfois de partenaire au cours des chaleurs, qui durent de 2 à 8 jours. Très souvent, les femelles d'une même troupe sont en chaleur au même moment ; un mâle peut alors s'accoupler avec plusieurs d'entre elles.

Malgré la fréquence des accouplements, les chances de procréation restent faibles, car il n'y a naissance que toutes les cinq périodes de chaleur. Brian Bertram a calculé que, pour environ 3 000 accouplements d'un lion, un seul rejeton atteindra l'âge adulte.

1.4. Plusieurs mères pour un même lionceau

Après une courte gestation de 102 à 110 jours, la lionne met bas de 2 à 4 petits, à l'écart de la troupe, dans un abri rocheux, un fourré épais ou au milieu de hautes herbes. Les lionceaux naissent les yeux fermés et pèsent moins de 2 kg, ce qui représente 1 % à peine du poids adulte. Leurs yeux s'ouvrent au bout de 10 à 15 jours et les dents de lait poussent au bout de 3 semaines. Les petits commencent alors à se déplacer.

À l'âge de 6 semaines, ils gambadent autour de l'abri et goûtent leurs premiers aliments solides en grappillant sur la nourriture de leur mère. Durant ces premières semaines, la mère est constamment sur le qui-vive et se montre très protectrice à l'égard de sa portée. Prudente, elle change de cachette tous les 3 ou 4 jours, transportant les petits un à un, leurs épaules délicatement serrées dans sa gueule.

À l'âge de 10 semaines, mère et petits rejoignent le reste de la troupe et partagent la vie des adultes et des lionceaux de leur âge ou d'une portée précédente.

La lionne allaite souvent d'autres petits que les siens. On a vu des lionceaux de quatre mères différentes téter ensemble la même lionne. Il arrive ainsi que de jeunes orphelins soient adoptés par les femelles d'une harde.

L'allaitement dure environ 6 mois. La dentition définitive apparaît entre le 9e et le 12e mois. La percée des dents s'accompagne de vives douleurs et de poussées de fièvre, entraînant un taux de mortalité élevé chez les lionceaux.

Quand leur mère part en chasse, une autre mère (sœur, cousine ou fille) ou même un mâle reste avec les lionceaux, mais sans leur accorder de soin particulier. Si la lionne abat une grosse proie, elle y conduit les petits.

Dès l'âge de 14 semaines, les jeunes lionceaux suivent les femelles dans leurs chasses. Tout en restant à distance, en compagnie éventuelle des mâles ou des femelles âgés ou faibles, ils apprennent les techniques de chasse en observant les lionnes. À 1 an, ils sont en mesure de rabattre les proies et, dès l'âge de 2 ans, ils chassent seuls.

Les lionceaux, pourvus d'une mère occupée par la chasse et de pères de hasard, ne sont en sécurité et ne s'amusent qu'au sein de la harde. Ils éprouvent entre eux leur vaillance et s'exercent à la chasse par des jeux inoffensifs.

Une enfance semée d'embûches

Chez les lions, la mortalité infantile est élevée. Elle est due à plusieurs facteurs. Un quart des décès de petits pourrait être attribué à la sous-alimentation. En effet, les petits doivent faire preuve de beaucoup de ruse et d'habileté pour subtiliser quelques petits morceaux de viande. En période de disette, les adultes maintiennent à distance de la carcasse des lionceaux maigres et affamés.

La mortalité juvénile est également liée aux accidents, à la prédation par les hyènes et les guépards, ainsi qu'aux infanticides pratiqués par les lions mâles adultes (autres que le père), en particulier lorsque, ayant éliminé des mâles plus âgés, ils prennent la tête d'une troupe pour « laisser la place » à leur propre descendance. Peut-être est-ce pour désamorcer l'agressivité des mâles adultes que les petits se montrent aussi câlins envers eux.

Les nouveaux pères

Les nouveaux pères



À l'arrivée de nouveaux mâles, le taux de mortalité des lionceaux augmente et reste élevé, tandis que le taux de natalité chute et reste faible. Les lionnes sans petits acceptent aisément les nouveaux venus, mais pas les mères. De plus, les nouveaux mâles ont tendance à tuer les petits des mâles déboutés. Ces infanticides auraient pour but d'inciter les femelles à un meilleur accueil, car, privées de leurs petits, elles redeviennent rapidement réceptives. Elles donnent alors naissance à une autre portée, bien acceptée par les nouveaux pères et donc assurée de meilleures chances de survie.

1.5. Milieu naturel et écologie

Le lion fut l'un des mammifères les plus répandus, mais il est aussi l'un des carnassiers dont les effectifs ont régressé le plus vite à cause de la civilisation. L'extension des zones agricoles et du réseau routier, l'extermination de ses proies, sa mise à mort par crainte ou pour le plaisir de la chasse l'ont peu à peu effacé de nombreuses régions. Le lion du Cap a disparu en 1865, chassé à outrance par les Boers, en Afrique du Sud ; le dernier lion iranien a été abattu en 1923 et le dernier lion de l'Atlas, sous-espèce de grande taille à crinière noire, a été tué en 1922 en Algérie.

Les lions des parcs nationaux et des réserves de l'Ouganda, du Kenya, de Tanzanie et du parc Kruger, dans le Transvaal, sont les seuls à jouir d'une relative sécurité. Les lions du Sénégal, du Katanga, de l'Angola et de la Rhodésie ne survivent que par petits groupes et sont tous plus ou moins menacés. La chasse du lion est réglementée, mais les abus restent fréquents. Comme il se reproduit et tend à vivre plus longtemps en captivité, on oublie souvent la diminution dramatique des effectifs sauvages.

La savane, milieu de prédilection

Autrefois, l'aire de répartition du lion s'étendait des montagnes à la savane, de la brousse aux zones côtières les plus chaudes jusque dans les régions semi-désertiques. En principe, le lion peut s'adapter à tous les milieux suffisamment abondants en proies et en eau. Ses besoins en eau semblent assez variables, puisqu'on a abattu des lions en Somalie, dans des régions où les points d'eau sont souvent distants de 50 km.

Les lions peuplent de préférence les zones ouvertes de l'est de l'Afrique, c'est-à-dire les savanes et prairies herbacées, broussailleuses ou arborées. La région du Masai-Mara-Serengeti est constituée d'immenses prairies herbeuses, émaillées d'îlots rocheux, postes d'observation privilégiés du lion. Quelques arbres parasols, des acacias et des baobabs lui assurent les zones d'ombre nécessaires. Les points d'eau et des affleurements salés attirent régulièrement toutes les espèces de proies.

La savane, milieu très riche en espèces végétales, offre un grand choix alimentaire à tous les ongulés herbivores, qui ne migrent qu'à la saison sèche. Le développement des prairies est assuré par l'alternance de sécheresse et de pluies annuelles violentes. Les fleuves sont bordés de bandes de végétation exubérante, qui abritent des phacochères, des dik-diks et des rongeurs. En période de pénurie, des grands herbivores, le lion se rabat sur ces espèces plus petites qui ne migrent pas.

La fonction régulatrice des lions

La majorité des observations des comportements sociaux et individuels des lions a eu pour cadre le parc national de Serengeti (15 000 km2) – inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1981 – et le cratère du Ngorongoro, en Tanzanie. La région géographique du Masai-Mara-Serengeti, qui inclut la réserve du Masai-Mara (1 500 km2) au Kenya, forme un écosystème complet en milieu de savane, c'est-à-dire qu'elle regroupe l'ensemble des communautés animales et végétales propres à ce milieu.

L'équilibre de l'écosystème qui lie la couverture végétale, les herbivores et les carnivores de la savane est fragile – comme celui de tous les écosystèmes. À titre d'exemple, dans les années 1970, une augmentation des pluies en saison sèche a eu répercussions sur ses différentes composantes. L'abondance des pluies, favorables à l'épanouissement de la végétation, a entraîné une augmentation des petits et des grands herbivores. Leurs prédateurs, tels les hyènes, lions et guépards, ont bénéficié de chasses facilitées par la multiplication des proies et par une végétation plus dense d'herbe et de petits arbres, propice à l'affût. En conséquence, au cours de ces années, les effectifs des hyènes et des lions ont presque doublé. Or, les hyènes sont des compétiteurs des lycaons pour la chasse, ainsi que des prédateurs de leurs petits. En fin de compte, c'est la population de lycaons qui a diminué de façon considérable (une centaine en 1966 à une trentaine en 1977).

Les lions et les autres carnivores limitent les effectifs d'herbivores qui, lorsqu'ils sont en surnombre, conduisent à une désertification rapide. Ainsi, une étude dans le parc de Nairobi au Kenya a montré qu'en 1 an une troupe de lions (un mâle, deux femelles et trois lionceaux) avait tué 219 animaux, dont la moitié de gnous, espèce herbivore la plus nombreuse dans le parc. Tous les observateurs insistent sur le fait que cette limitation n'intervient que sur le surplus d'herbivores. De plus, elle s'exerce sur les animaux moins rapides, moins agiles, moins attentifs ou moins jeunes. Les lions opèrent donc une sélection positive sur les différentes espèces de proies.

2. Une seule espèce, plusieurs sous-espèces

2.1. Lion (Panthera leo)

Les lions se distinguent des autres félins par leur pratique de la chasse en groupe et leur structure sociale en harde ou troupe. Par les différences de taille et de poids entre mâles et femelles et la présence d'une crinière chez le mâle, ils présentent également le dimorphisme sexuel le plus marqué. Le mâle est de 20 à 50 % plus long, plus lourd et plus imposant que la femelle, dont le corps est fin et musclé.

Le pelage laineux des petits est fauve clair, tacheté de rosettes brun-noir. Leur fourrure s'unifie avec l'âge et prend une belle teinte fauve doré, dite mimétique parce qu'elle se confond avec les hautes herbes sèches de la savane. Parfois les rosettes subsistent sur le ventre et à l'intérieur des cuisses des adultes, en particulier des femelles.

La face des lions, mâles et femelles, s'orne de courts poils blancs sur le menton, la bordure de la gueule et le tour des yeux.

L'iris de l'œil varie de l'or au marron, selon l'âge et la position de la lumière.

À la chasse, ils utilisent plus leur vision nocturne et leur ouïe très fine que leur odorat.

Les lions sont particulièrement bien adaptés à la capture de grands mammifères en milieu ouvert, principalement grâce à leurs facultés de coopération. Pourtant, leurs proies ne sont pas faciles à capturer : les plus rapides se déplacent à 80 km/h, alors que les lions n'atteignent que 58 km/h en vitesse de pointe.

En moyenne, une femelle a besoin de 5 kg de viande par jour et un mâle de 7 kg. Mais, dans la nature, les prises sont irrégulières et les lions restent parfois 2 ou 3 jours sans rien consommer. Toutefois, lorsque là chasse a été bonne, ils sont capables d'ingurgiter jusqu'à 20, voire 30 kg de viande en une seule fois. Essentiellement carnivores, ils sont aussi charognards à l'occasion.

Après s'être alimentés, et parfois au cours d'un festin particulièrement copieux, les lions s'abreuvent toujours. Ils vont alors boire un à un, laissant la proie au soin des autres membres de la troupe. Bien que, en général, ils ne se baignent pas volontiers, ils nagent très bien, même en mer.

Les lions craignent beaucoup la chaleur, les mouches et les parasites. Ils consacrent en moyenne 20 heures par jour au repos, étendus à l'ombre des acacias, parmi les buissons ou les rochers. Ils procèdent à leur toilette en se léchant mutuellement le pelage tout poisseux du sang des proies. Le dessus de leur langue est recouvert de papilles cornées, courbées vers l'arrière, utiles à la fois pour saisir les aliments, lécher le sang et extirper les parasites.

Les terribles griffes rétractiles leur permettent de maintenir leurs proies, mais aussi d'escalader les arbres. Juchés à l'ombre sur les hautes branches, ils guettent ainsi l'arrivée des proies en toute quiétude. Les mâles, plus lourds, grimpent moins volontiers que les femelles et les lionceaux.

Certains mâles ou certaines femelles, exclus de leur troupe, peuvent être nomades. Ces individus se déplacent plus que les lions vivant en harde, errant parfois sur 4 000 km2 et vivant en intrus sur les territoires des autres tant qu'ils n'en sont pas chassés.

2.2. Les sous-espèces

On divise généralement Panthera leo en deux sous-espèces, ou races géographiques :

Lion d'Asie, Panthera leo persica, très menacé. Effectifs : environ 350 individus adultes en Inde (réserve de Gir). Chasse interdite.

Lion des Massaïs, Panthera leo massaieus. Présent au Kenya et en Tanzanie (parcs nationaux). Protégé, il est toujours chassé.

Les lions suivants sont aussi considérés par certains comme des sous-espèces :

Lion du Sénégal, Panthera leo senegalensis, très menacé.

Lion du Katanga, Panthera leo bleyenberghi, très menacé.

Lion du Transvaal, Panthera leo krugeri, très menacé.

Lion du Cap, Panthera leo melanochaita, disparu vers 1865.

Lion de l'Atlas, ou de Barbarie, Panthera leo leo, disparu en 1920.

Le lion asiatique (Panthera leo persica)

Au xviiie siècle, les populations de lions asiatiques couvrent toute la péninsule indienne. Elles sont presque exterminées par les fusils britanniques. En 1884 ne subsiste plus qu'une petite colonie dans la presqu'île de Kathiawar.

Propriétaire de la majeure partie de la forêt de Gir, le nabab de Junagarh décrète, en 1900, la protection du lion, se réservant un droit de tir limité. Les lions triplent alors leurs effectifs, passant à 289 individus en 1936.

Plus tard, les deux tiers de la forêt sont défrichés et transformés en zones de cultures et d'élevage. Les herbivores sauvages disparaissent, laissant les lions affamés face aux troupeaux domestiques. La guerre contre les lions s'engage.

Plusieurs études furent menées ultérieurement par les autorités indiennes, en collaboration avec des organismes comme le WWF (Fonds mondial pour la nature), l'U.I.C.N. (Union mondiale pour la nature), la Smithsonian Institution et l'université Yale. Permettant de préciser les besoins des lions en proies sauvages, elles révélèrent une surconsommation par les herbivores des ressources forestières, menaçant de stérilité de nombreux terrains. En quelques années, la végétation et la faune sauvage ont toutefois retrouvé un développement normal.

Aujourd'hui, les lions sont assurés de l'indispensable, mais, trop isolés, ils sont désormais à la merci de la moindre épidémie et, à long terme, d'une trop forte consanguinité. Leur population, cantonnée à la réserve de Gir, n'excède en effet pas 350 adultes.

2.3. Signes particuliers

Crinière

De couleur claire, elle commence à pousser chez le jeune mâle de 2 ans. À 5 ou 6 ans, elle peut atteindre 24 cm. Elle fonce avec l'âge, d'arrière en avant, et varie du fauve clair au noir, en passant par le roux et le brun. Tous les lions ne sont pas dotés de ce majestueux attribut, qui diffère en couleur et en épaisseur selon les individus. Tantôt longue, elle couvre le dessus de la tête, les joues, le cou, les coudes, les épaules, la poitrine et le ventre ; tantôt courte, elle entoure la face et le cou. Par son volume, elle est un moyen de dissuasion très efficace. Au cours des combats, elle amortirait les coups de pattes dirigés contre la tête et le cou.

Rugissement

On dit que le rugissement du lion est le plus terrifiant et le plus grandiose des cris d'animaux sauvages. Dans des conditions favorables, il peut être entendu à 8 ou 9 km de distance. C'est au coucher du soleil que les lions rugissent le plus fréquemment, annonçant ainsi que le territoire sur lequel ils se trouvent est occupé.

Armes

Le lion possède les armes redoutables des félidés carnivores : des griffes rétractiles acérées et des mâchoires puissantes et massives, plus adaptées à la préhension qu'à la mastication. Celles-ci sont pourvues de canines longues de 6 cm environ, d'incisives courtes et de carnassières trifides.

Queue chasse-mouches

La queue du lion se termine par un toupet de poils noirs et fournis, qui dissimule une excroissance cornée en forme d'ergot, long de 6 à 12 mm. En l'agitant, le lion tente de limiter l'invasion des mouches, ses pires ennemies. Mais, par les mouvements de la queue, il exprime aussi colère et mauvaise humeur.

3. Origine et évolution du lion

Miacis, ancêtre des félidés et des canidés, habite le continent nord-américain il y a environ 40 millions d'années (à la fin de l'éocène). Ce petit carnivore primitif, bas sur pattes et doté d'une longue queue, vit probablement dans les arbres. Bien que les étapes intermédiaires entre Miacis et le lion actuel soient encore obscures, on sait cependant que Nimravus, qui vit il y a 30 millions d'années (à l'oligocène), est déjà muni de la dentition des félidés, à canines longues et tranchantes. À plusieurs reprises au cours de l'histoire de cette famille, les canines supérieures se sont amincies et allongées au point de dépasser le bord inférieur de la mandibule. Le Smilodon de Californie, appelé « tigre à dents de sabre », est le dernier représentant de ces félidés à grandes canines ; il s'éteint il y a 12 000 ans, au début de l'holocène.

On a retrouvé en Europe de nombreuses populations fossiles de Panthera spelaea, le « lion des cavernes », que l'on considère comme l'ancêtre direct de Panthera leo, notre lion. Le lion des cavernes est représenté dans les grottes des Combarelles, en Dordogne, par de très belles peintures rupestres qui datent du paléolithique supérieur (13 000 à 8 000 avant J.-C.). En Amérique ont également été mis au jour de nombreux fossiles d'un félidé que l'on pense être une sous-espèce du lion des cavernes, et appelé Panthera spelaea atrox. Ces lions auraient disparu avec l'extension des forêts. Éteints dans le Nouveau Monde à la fin du pléistocène, le lion des cavernes survit dans le sud-est de l'Europe jusqu'à environ 2 000 avant J.-C.

Dans l'Antiquité, l'aire de répartition de Panthera leo couvre toute l'Afrique – à l'exception du centre du Sahara et des forêts pluviales denses équatoriales –, la Grèce, la Macédoine et la Palestine, et s'étend jusqu'en Inde en passant par la Turquie, l'Afghanistan et le Pakistan. Pendant des siècles, les lions sont chassés pour des raisons diverses ; leurs dépouilles servent souvent de trophées dans les demeures européennes. Actuellement, les dernières populations de lions ont trouvé refuge dans les parcs nationaux d'Afrique, notamment orientale, et dans une unique réserve de l'Inde.

4. Le lion et l'homme

La beauté, la force, la majesté du lion ont, depuis ses origines, nourri l'imaginaire de l'homme, qui le redoute et l'admire. Son image, terrifiante ou protectrice, apparaît dans toutes les civilisations, à toutes les époques. Légendes, fables, contes et récits vantent son courage, sa sagesse, son intelligence ; la science donnera-t-elle à l'homme moderne les mêmes qualités pour le protéger et éviter sa disparition ?

4.1. Symbole de force, de courage et de beauté

Les peintures rupestres des premiers hommes témoignent de la présence du lion et parfois des combats qu'ils eurent à livrer contre ce félin.

Il y a 3 000 ans, les Égyptiens sculptent des lions sur leurs bas-reliefs et sur les tombeaux de leurs pharaons. Dans la mythologie égyptienne, Sakhmet, déesse de l'Amour et de la Guerre, est représentée avec une tête de lionne. À l'inverse, une tête humaine émergeant d'un corps de lion campe le sphinx, créature grave et énigmatique, représentation du dieu-soleil gardien, en Égypte, des sanctuaires funéraires. Le sphinx le plus célèbre, long de 39 m et haut de 17 m, est érigé à proximité des trois grandes pyramides de Gizeh, près du Caire.

De nombreux rois perses sont représentés sur leur trône en compagnie de lions familiers. La Rome antique utilise largement le lion, symbole de force, pour montrer sa puissance : attelés aux chars des vainqueurs, ils participent à leurs triomphes : Pompée en fit paraître six cents, César, quatre cents. Les gladiateurs les affrontent dans les arènes et beaucoup de martyrs chrétiens meurent dévorés par des lions préalablement affamés. Dans la symbolique chrétienne, le lion est l'emblème de l'évangéliste saint Marc.

De la Chine au Proche-Orient, les rois et les puissants ont choisi le lion comme symbole de force. En Chine, qui jamais n'a été peuplée de lions, des statues de pierre les représentant sont depuis des millénaires les gardiens symboliques, écrasants de noblesse et de puissance magique, des temples et des palais.

En Europe, dès le viie siècle, des têtes et des pattes de lion ornent le trône de Dagobert, roi des Francs. Les armoiries des royaumes d'Angleterre, d'Écosse, de Norvège, du Danemark et des villes de Zurich, de Luxembourg ou de Belfort représentent ce félin. Le lion est symbole de courage pour les preux chevaliers du Moyen Âge, qui le choisissent comme effigie de nombreux blasons. À la fin du xiie siècle, Richard Ier, roi d'Angleterre, qui prend part à la troisième croisade, est surnommé « Richard Cœur de Lion ». Des ordres de chevalerie du Lion ou de la Lionne sont créés. Dans la fameuse tapisserie de la Dame à la licorne, un lion et une licorne siègent de part et d'autre du trône de la dame. Dans le style Empire, qui s'inspire des formes de l'Antiquité, les accoudoirs ou les pieds des fauteuils sont ornés parfois de pattes de lions en bronze doré.

Le lion est également symbole de beauté sauvage pour des grands peintres comme Dürer, Rembrandt, Gustave Doré, Delacroix ou Fragonard, qui ont traduit la force et la souplesse du félin et l'ont peint « triste » ou « en colère ».

4.2. Lions « mangeurs d'hommes »?

L'accusation de « mangeurs d'hommes » a été sciemment utilisée pour pouvoir abattre impunément ces félins, malgré la protection dont ils jouissent.

Il est vrai que certains lions se sont effectivement attaqués à des êtres humains que leur absence d'instinct et leur lenteur rendent si faciles à attraper. Mais ces attaques ne se produisent que lorsque le lion a surmonté sa peur de l'homme, soit parce qu'il est habitué à sa présence, soit parce qu'il est trop âgé ou blessé et n'a plus d'autre choix pour se nourrir, ou encore parce que le nombre de proies potentielles est totalement insuffisant.

Il y eut cependant quelques – rares – cas de lions en bonne santé « mangeurs d'hommes ». En 1898, deux lions tuèrent 38 personnes en l'espace de 9 mois à Tsavo, en Ouganda. Il s'agissait d'ouvriers employés à la construction d'une voie ferrée.

D'autres tragiques histoires eurent lieu, plus récemment, au cours de safaris, où des touristes imprudents furent dévorés en plein cœur de parcs nationaux. Il semble que les lions qui ont goûté une fois la chair humaine adoptent définitivement ce gibier aisé à capturer. Des lions d'Afrique du Sud découvrirent le goût de l'homme au xixe siècle, au cours de la guerre des Boers, entre Anglais et Hollandais, en se nourrissant, avec d'autres charognards, d'une grande quantité de cadavres difficiles à enterrer. À la fin des hostilités, les fauves pénétrèrent dans les villages afin de dévorer bergers, femmes et enfants. On cite cependant le cas d'un Africain qui, capturé par un lion, se serait défendu en le mordant au museau. Le félin aurait lâché prise et détalé.

L'explorateur et missionnaire écossais David Livingstone (xixe siècle) fut capturé et entraîné par un lion. Son serviteur le sauva en poussant un terrible hurlement, qui mit l'animal en fuite. Indemne, le savant raconta plus tard que, tout en étant parfaitement conscient, il n'avait ressenti ni peur ni douleur.

Par rapport au nombre total de lions, les « mangeurs d'hommes » ne représentent qu'une faible minorité et n'existent que là où il n'y a pas assez de gibier.

S'il faut en croire le naturaliste américain Carl Akeley (1864-1926) : « Le lion est un gentleman ; si tu le laisses en paix, il va son chemin et ne se soucie pas de toi. »

4.3. Les amitiés célèbres entre homme et lion

Une histoire d'amitié célèbre se déroula dans les années 1960, entre la lionne Elsa et le couple Adamson qui l'avait adoptée. Élevée au biberon, initiée à la chasse puis rendue à la savane, Elsa y retrouva peu à peu sa condition de prédateur. Lorsqu'elle mit au monde trois lionceaux, elle les conduisit spontanément à ses anciens maîtres. Joy Adamson a fait le récit de cette amitié dans trois ouvrages intitulés Born free, Living free et Forever free, qui furent adaptés pour le cinéma et la télévision. Elsa reste le symbole vivant de la réacclimatation des fauves, à laquelle les Adamson consacrèrent leur vie. George Adamson, spécialiste de la faune africaine mondialement célèbre, fut tué en 1989, victime du braconnage et du trafic d'animaux contre lesquels il luttait avec son épouse, elle aussi assassinée neuf ans plus tôt.

L'histoire authentique d'Elsa rend plus plausible le roman de l'écrivain français Joseph Kessel (1898-1979), le Lion (1958). Il s'agit du récit d'un lion élevé par une enfant ; parvenu à l'âge adulte, le fauve retrouve sa liberté mais reste le camarade de jeu de la jeune fille, la défend contre l'agressivité de ses congénères et contre les humains. Jaloux de cette amitié, un jeune Masai tente d'accéder au rang de guerrier en affrontant ce lion dans la tradition de son peuple, seul et armé d'une lance.

Ces exemples fort émouvants mais peu nombreux ne doivent pas faire oublier que le lion est avant tout un animal sauvage, à respecter en tant que tel.

4.4. « Hatari simba »

Il y a toujours eu beaucoup de lions sur le territoire des Massaïs, peuple de l'est de l'Afrique. Durant des millénaires, au Kenya, lions et Massaïs se sont livré une lutte sans merci. Les lions prélevaient de temps à autre une vache sur les troupeaux des bergers massais et dévoraient parfois des adultes ou des enfants. Mais, lorsque le Massai affronte le lion, il ne fait pas que tenter d'abattre l'ennemi de ses troupeaux. Le combat prend une dimension rituelle et sacrée.

À son entrée dans le monde des adultes, vers quinze ans, le jeune garçon massaï doit se soumettre à une épreuve d'initiation. Armé de sa seule lance, d'un bouclier de peau et de sa connaissance de l'animal, il doit prouver sa valeur de guerrier en tuant un lion. Hatari simba : « danger, lion », dit-on en langue swahilie, au Kenya et en Tanzanie, à l'approche du fauve.

Les Massaïs, tribu d'éleveurs-chasseurs, ont investi le lion de pouvoirs surnaturels. Consommer ou porter en ornements certaines parties de l'animal leur permettraient de retrouver des pouvoirs perdus, de soigner différentes maladies et de devenir immortels.

Simba, le lion des Massaïs, est désormais protégé, ce qui rend problématique la pratique des rituels et des croyances de ce peuple.

4.5. Le lion dans les lettres et la vie courante

Des récits bibliques et mythologiques, tels ceux de Samson ou d'Hercule, attestent de la présence du lion en Palestine et en Macédoine. Le félin est cité 130 fois dans la Bible !

Pline l'Ancien, auteur romain d'une Histoire naturelle, écrivait, au ier siècle, que « les lions sont cruels, mais sensibles à la prière et à la faiblesse des femmes ». Par opposition, Histoires des animaux, du philosophe grec Aristote, contient de nombreuses et très justes observations ; il remarque, par exemple, que « les lions s'approchent surtout des villes et s'attaquent à l'homme quand ils sont devenus âgés et que la vieillesse ainsi que leur mauvaise dentition les mettent dans l'incapacité de chasser ». Ces textes prouvent la présence du lion jusqu'en 322 avant J.-C. Hérodote, historien grec du ve siècle avant J.-C., mentionne sa présence en Thrace. Lors du passage des armées perses du roi Xerxès, en 480 avant J.-C., les lions attaquèrent et tuèrent plusieurs chameaux de bât. Une trentaine de fables du Grec Ésope évoquent le lion ; dans le Lion et la Souris, la petite souris rappelle au lion qu'« on a toujours besoin d'un plus petit que soi ». La Fontaine, s'inspirant du modèle des fables d'Ésope, prête aux animaux les qualités et les défauts des hommes qui leur ressemblent. Dans le Lion et le Moucheron ou les Obsèques de la lionne, ce grand moraliste dispense avec charme et fantaisie poétique ses leçons de sagesse et de bon sens.

Compagnon des dieux, des rois et des saints, symbole divin, victime des caprices et de la cruauté des hommes, chasseur et chassé, exemple de vertu ou simple motif décoratif, redouté ou vénéré, le lion est perçu de multiples façons. Aujourd'hui encore, il reste un vivant symbole pour ceux nés sous ce signe du zodiaque et sensibles à l'astrologie. Des locutions courantes perpétuent la symbolique incarnée par ce fauve. Ainsi, on se « taille la part du lion », la mère se défend « comme une lionne ». Un Lion d'or récompense chaque année le meilleur film présenté au festival de Venise, ville où trône un lion en pierre, d'origine assyrienne...

4.6. Les dompteurs de lions

Les dompteurs, qui établissent un rapport affectueux avec leurs lions, restent toujours sur leurs gardes, même lorsqu'ils entreprennent le dressage de lionceaux de 6 à 8 mois, nés en captivité. Pour éviter l'agression, le dompteur se tient à distance respectueuse, en dehors de la zone de sécurité qui varie selon l'animal et la situation du moment. Lorsque le dresseur franchit cette limite, il provoque le bond du lionceau, l'amenant ainsi à sauter sur un tabouret ou à traverser un cerceau enflammé. Il s'aide d'un bâton, au bout duquel est fiché un appât de viande. À force de répétition, un mécanisme réflexe s'installe et l'animal finit par exécuter le numéro sur demande au bout d'une dizaine de jours. L'adaptation au public, au bruit, à la lumière des projecteurs prend beaucoup plus de temps, parfois jusqu'à 2 ans. Il suffit d'un changement de costume du dompteur ou d'un chapiteau aux nouvelles couleurs pour que le lion retrouve peur et méfiance et élargisse le cercle de sa zone de sécurité.