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zèbre

Zèbre
Zèbre

La nature est un grand spectacle en couleurs, où le zèbre fait exception. Noir rayé de blanc pour les peuples africains, et blanc rayé de noir pour les Occidentaux, ce petit « cheval » est l'un des rares survivants des nombreux équidés originaires d'Amérique.

1. La vie du zèbre

1.1. Des familles unies et indissolubles

Il est encore possible de rencontrer de grands troupeaux de zèbres paissant paisiblement côte à côte dans la savane herbeuse africaine. Une étude réalisée dans le cratère du Ngorongoro (Tanzanie), où vivent quelque 6 000 zèbres de plaine, a montré que ces grands troupeaux menaient une vie beaucoup plus familiale que les autres ongulés herbivores.

La famille se compose d'un étalon, le mâle adulte, de une ou deux femelles, les juments, et de leurs petits, de la naissance à l'âge de deux ans. Les adultes restent ensemble la plus grande partie de leur vie, souvent jusqu'à leur mort. Parfois, lorsqu'un étalon devient trop vieux ou malade, un autre étalon plus jeune prend sa place de chef de famille auprès des juments, tandis que le plus âgé rejoint un groupe d'étalons composé de jeunes célibataires et d'étalons qui, comme lui, sont trop âgés pour rester à la tête d'un harem. Chez les zèbres de plaine, de l'est de l'Afrique jusqu'au sud, le chercheur allemand Hans Klingel a observé que les familles comptaient jusqu'à 16 individus.

Lorsqu'il crée une famille, l'étalon choisit d'abord une, puis plusieurs juments, sur lesquelles il veille et qu'il défend contre les autres étalons. Les liens sociaux qui se créent entre les animaux sont suffisamment forts pour que la famille ne se désintègre pas lorsque l'étalon change. Ces liens sont renforcés par des occupations pratiquées en commun, telles que le repos ou les déplacements. Mais c'est surtout le toilettage qui indique le degré d'affinité entre deux zèbres. L'un d'eux saisit doucement la peau de l'autre à l'encolure, au garrot ou dans le haut du dos, et le gratte délicatement avec ses incisives, sans le mordre. Ces soins mutuels ne sont pratiqués qu'entre zèbres amis.

Au sein de la famille, l'étalon a une position dominante et il existe une hiérarchie entre les femelles, les jeunes poulains ayant un rang inférieur lui aussi hiérarchisé en fonction de leur âge. Pourtant, lorsque la famille se déplace, c'est toujours une jument, et souvent la même, qui la mène, en file indienne, vers les meilleurs pâturages ou vers les points d'eau. L'étalon se tient alors, en général, en queue de peloton, mais parfois il marche en tête ou se place sur le côté, toujours prêt à intervenir et à s'interposer, s'il y a danger, pour protéger sa famille.

Les zèbres de Grévy ne vivent pas en famille

Les liens durables entre mâles et femelles n'existent pas chez cette espèce. Les étalons ne fondent pas vraiment de famille ; ils préfèrent s'établir sur un territoire dont ils interdisent l'entrée aux autres zèbres mâles territoriaux, n'hésitant pas à se battre s'il le faut. Ces territoires sont souvent très étendus et mesurent de 2,5 à 10 km2. À la saison sèche, l'étalon est parfois contraint de partir en quête d'eau pour se désaltérer, mais il revient juste avant la saison de reproduction et accueille toutes les femelles de passage pour les saillir. Mais il ne les retient pas auprès de lui longtemps.

Des rayures différentes pour chacun

Des rayures différentes pour chacun



Véritable carte d'identité personnalisant le zèbre comme des empreintes digitales humaines, le dessin des rayures diffère chez chaque animal à l'endroit où se rejoignent les rayures montantes des jambes antérieures et celles descendant de l'épaule. Ces signes distinctifs utilisés par les scientifiques pour identifier les animaux servent peut-être aussi de signes de reconnaissance entre zèbres, comme les hennissements ou braiments et les odeurs.

1.2. Un poulain protégé par son père et sa mère

Lorsqu'un petit zèbre va naître, toute la famille est présente et assiste à la naissance. L'étalon monte la garde près de la mère et du petit en train de naître, et les autres juments entourent la mère étendue sur le côté. La naissance ne dure qu'une vingtaine de minutes. Peu de temps après que le petit est sorti, la jument se lève, mouvement qui provoque la rupture du cordon ombilical. Ses premiers gestes sont pour son petit, dont elle lèche et mordille doucement l'encolure et la tête.

À l'exemple de sa mère, le premier effort du jeune zèbre consiste à se lever. Plusieurs tentatives sont nécessaires avant qu'il y parvienne, environ un quart d'heure après sa naissance. Il a à peine deux heures qu'il peut déjà suivre sa mère au pas, mais il ne la reconnaît pas encore et « ne sait pas » qu'il est un zèbre : à cet âge, il suivra indifféremment tout grand corps qui se déplace à côté de lui.

Se lever, téter et suivre sa mère, trotter et galoper, tout cela, le nouveau-né l'apprendra en quatre heures, à une vitesse fulgurante et avec l'aide de sa mère, qui le protège. Durant les premiers jours, elle garde à distance tout autre zèbre, même le père. Seuls un grand frère ou une grande sœur sont autorisés à renifler et à toiletter le jeune zèbre de deux jours. Si la jument accepte cette aide, c'est pour mieux protéger son petit, qui ne reconnaît vraiment sa mère qu'au bout de quelques jours. Seule celle-ci en effet peut le nourrir, les juments ne produisant pas assez de lait pour nourrir deux petits. Aussi, un jeune zèbre orphelin aura-t-il peu de chance de survivre, car toute autre jument que sa mère le repoussera.

Ce n'est que vers le 10e jour que le poulain fait connaissance avec les autres membres du groupe et, si sa mère reste le personnage central de sa vie, il se montre très intéressé par les jeunes et participe à leurs jeux, poursuites et luttes, qui se terminent souvent par un toilettage.

L'étalon lèche et toilette son poulain tout autant que la jument ; il veille attentivement sur lui et le ramène lorsqu'il s'égare ou s'endort dans l'herbe pendant que la famille s'éloigne en broutant. Le sevrage commence vers 6 ou 7 mois si la jument est pleine, mais elle n'a souvent qu'un petit tous les deux ans ce qui lui permet de prodiguer ses soins plus longtemps à son poulain. Au début du sevrage, lorsque celui-ci s'approche pour téter, sa mère l'éloigne par des gestes de refus ou en lui mordant les fesses, s'il insiste trop. Mais il continue à brouter en sa compagnie, à se reposer à côté d'elle et à jouer avec les autres poulains.

Deux ans est l'âge de la puberté chez les équidés. La jeune jument qui a ses premières chaleurs devient attirante pour les étalons, sauf pour son père. Elle se tient les jambes écartées et la queue légèrement dressée, ce qui la distingue des autres juments. L'étalon père de famille livre parfois bataille pour la protéger des étalons voisins. Mais, si elle n'est pas emmenée par l'un d'eux, elle s'éloigne d'elle-même du groupe familial et, après parfois plusieurs semaines de pérégrinations dans le troupeau, elle est choisie par un étalon et s'intègre à une autre famille. Le jeune mâle suit une tout autre voie. Il se joint d'abord, pendant un an ou deux, à un groupe d'étalons célibataires, avant de tenter de fonder sa propre famille, vers l'âge de 4 ou 5 ans.

Cette séparation d'avec la famille d'origine et l'intégration à d'autres groupes familiaux à des âges différents pour les mâles et les femelles protègent les zèbres de la consanguinité et diminuent les possibilités qu'un étalon et une jument d'un même père se retrouvent dans une même famille.

Un père attentif

Un père attentif



Veiller à la sécurité de ses jeunes poulains est une tâche que l'étalon accomplit avec efficacité. Les poulains se couchent et s'endorment souvent pendant que le reste de la famille broute. Pour réveiller le dormeur, l'étalon prend une posture très caractéristique, tendant son encolure vers le bas, la tête dans le prolongement de celle-ci et les oreilles tournées vers l'arrière. Au début, le nouveau-né regarde son père approcher ainsi sans réagir, il ne comprend pas. L'adulte lui mordille alors l'encolure doucement, puis de plus en plus fort, jusqu'à ce que le petit se lève et rejoigne sa mère. Peu à peu, à la seule posture de l'étalon, le poulain obtempère et se rapproche des autres.

1.3. Jeux et combats pour devenir étalon

Les groupes temporaires que forment les jeunes étalons ne dépassent généralement pas le nombre de 4 célibataires. La composition de ces groupes est d'ailleurs rarement stable. Pendant deux ans environ, les jeunes étalons grandissent ensemble, chacun apprenant peu à peu, par des jeux et des démonstrations de rang, à connaître la force et les faiblesses de ses futurs rivaux, candidats aussi à fonder une famille.

Au début, comme au temps de leur enfance, ils se cabrent, envoient des ruades, essaient de se mordre mutuellement la nuque, la gorge et les jambes, tout en esquivant les coups de sabot et les morsures de leur adversaire par de rapides et brèves courses-poursuites, sur quelques dizaines de mètres. Au cours de ces jeux-combats, qui durent des journées entières, se dégage une hiérarchie entre les étalons. Celle-ci est linéaire, c'est-à-dire que si le jeune A est dominant sur B, et B sur C, A est également dominant sur C. Cette hiérarchie de dominance se manifeste par des gestes agressifs, comme d'obliger un subordonné à céder la place, ou par des démonstrations, les concurrents tentant de s'impressionner mutuellement. Ces démonstrations s'annoncent souvent par un dépôt de crottin de la part de l'un des étalons à proximité d'un autre qui s'approche. Tous deux reniflent de concert, se flairent les naseaux, puis, relevant la tête et l'encolure, ils émettent un son très aigu. Suivent des flairages des épaules et des flancs, et l'un des deux animaux s'éloigne, indiquant ainsi qu'il est le vaincu. Le dominant dépose alors son crottin bien en vue et s'éloigne à son tour.

À la recherche de l'âme sœur

À l'âge de 4 ou 5 ans, l'étalon part à la recherche d'une ou de plusieurs juments pour fonder une famille. S'il se sent assez fort pour conquérir et protéger tout seul ses futures compagnes, il partira prospecter en solitaire. S'il est de rang inférieur, il s'associe avec un autre étalon, le plus fort des deux s'occupant des femelles, tandis que le second se charge d'éloigner les autres prétendants.

Le zèbre ne livre réellement combat que lorsqu'il s'apprête à fonder une famille. Ensuite, sa seule présence suffit généralement à décourager les tentatives de séduction de ses juments par des étalons plus jeunes.

Pour faire sa cour, l'étalon s'approche doucement de la femelle, la flaire alors qu'elle tourne la tête vers lui, lui lèche l'épaule ou le flanc. Puis il la monte. Lorsqu'elle est véritablement en chaleur et qu'elle consent, elle reste immobile ou recule légèrement. Sinon, elle décoche des ruades à son partenaire, l'empêchant de la monter.

Certains étalons auront une trentaine de poulains au cours de leur vie, d'autres, malgré de nombreuses tentatives, n'en auront aucun. On ne connaît pas les raisons de cette inégalité chez les zèbres de plaine, mais, chez les chevaux sauvages, les dominants se reproduiraient plus que les autres, et la position dominante de la mère favoriserait le jeune, augmentant ses chances de devenir dominant à l'âge adulte.

Les étalons chefs de famille voisins, lorsqu'ils se rencontrent, se flairent les naseaux, le ventre et se frottent mutuellement la tête contre le flanc de l'autre, en guise de salut ; puis chacun s'éloigne. Parfois, ils exécutent une petite cabriole en guise d'adieu.

1.4. Les troupeaux paisibles broutent et somnolent

Les zèbres sont des herbivores qui parcourent lentement la savane herbeuse, allant d'une touffe à l'autre. Ils peuvent ainsi couvrir plusieurs kilomètres chaque jour. Leurs repas pris en famille s'échelonnent sur une quinzaine d'heures, équitablement répartis de jour comme de nuit. En saison chaude, les zèbres préfèrent brouter aux heures fraîches, avant le lever et après le coucher du soleil, et réserver au repos les heures de la mi-journée. Au contraire, lors de la saison des pluies, les repas sont plus nombreux au cours de la journée.

L'herbe verte et les graminées de toutes sortes sont l'élément essentiel de l'alimentation des zèbres. Ils font leur profit de l'herbe haute, que dédaignent les gnous ou les antilopes qui partagent les mêmes pâturages, mais il leur faut en consommer une grande quantité pour subvenir à leurs besoins en protéines. L'herbe jaunie dont ils doivent se contenter en certaines saisons, ne contenant pratiquement plus que de la cellulose, est très peu nutritive. Les animaux mangent alors plus de feuilles et d'écorces de certains arbres. Ils consomment aussi des mottes de terre, probablement pour y trouver les minéraux dont leur organisme a besoin.

Les zèbres doivent se désaltérer au moins une fois par jour en saison sèche. Lorsque la rivière est à sec ou que la mare est trop boueuse, ils creusent le sol de leurs sabots très durs jusqu'à obtenir des trous de 1 m de diamètre environ et profonds de 50 cm. Filtrée par le sable, l'eau affleure dans le trou. Les zèbres peuvent alors boire une eau claire.

Les zèbres savent dormir debout

Les repas durent de une à trois heures, pendant lesquelles les animaux restent vigilants, attentifs à ne pas se laisser surprendre par une hyène ou un lion. Entre chaque repas, les zèbres somnolent, debout, tête baissée, en équilibre sur les quatre jambes, ou encore ils se couchent pour dormir vraiment. Lorsque la famille s'assoupit ainsi, un zèbre adulte reste toujours en sentinelle, mais ces plages de sommeil réel n'excèdent pas trois heures sur les vingt-quatre d'une journée.

La vision des zèbres

La vision des zèbres



Les zèbres n'hésitent pas à brouter en terrain découvert, surtout lorsque plusieurs familles paissent à courte distance les unes des autres. En effet, le champ de vision de chaque zèbre est très étendu : la vision monoculaire latérale complète la vision binoculaire de face et permet à l'animal de voir presque tout l'espace environnant. Seule la portion comprise entre les oreilles du zèbre vers l'arrière constitue un angle mort où l'animal ne peut voir venir le danger. Si l'un des animaux sent l'approche d'un danger, il en avertit les autres par une posture d'alerte. Encolure levée et oreilles dressées, il émet, par vibration des naseaux, un son qui porte loin. Chacun arrête de brouter et observe les alentours. Si le danger ne se précise pas, tous recommencent à brouter paisiblement.

1.5. Milieu naturel et écologie

Les zèbres, qui peuplaient dans les temps anciens de vastes territoires et que l'on trouvait encore en Europe à la fin de l'époque glaciaire, vivent aujourd'hui uniquement en Afrique, à l'est et dans le sud du continent. Le zèbre de Grévy est l'espèce la plus septentrionale ; il se cantonne essentiellement au nord du Kenya. Le zèbre de montagne est au contraire présent seulement au sud de l'Afrique.

Son aire de répartition, qui longe la côte occidentale de l'Afrique, est assez vaste, mais elle est trompeuse, car il s'agit en fait de petits groupes très éparpillés. Il ne reste plus aujourd'hui que quelques milliers de zèbres de montagne, vivant en petites populations isolées. Le zèbre de plaine est l'espèce la plus nombreuse (environ 500 000 zèbres de Grant, la sous-espèce largement dominante) et celle dont l'aire de répartition est la plus vaste. Elle englobe de nombreux parcs nationaux et réserves, ce qui permet aux animaux de migrer à la saison des pluies ; la plupart des zèbres de plaine vivent en Tanzanie et au Kenya. Cette espèce partage une petite portion de son habitat, au nord, avec le zèbre de Grévy, et, au sud, sur la côte occidentale, avec le zèbre de montagne.

Migrations vers la pluie

Les vastes herbages de la savane sont le dernier refuge des animaux migrateurs grégaires africains. Situés au nord et au sud des forêts équatoriales, ils représentent plus du tiers de la superficie totale du continent. Ces immenses étendues d'herbe, parsemées d'acacias aux cimes aplaties et de baobabs, assurent leur nourriture à plus de quarante espèces d'herbivores, dont les zèbres. La recherche de l'eau, nécessaire à leur survie, détermine leurs migrations annuelles. Les zèbres vivant dans les prairies proprement dites migrent parfois à des centaines de kilomètres. Les familles se réunissent alors en larges troupeaux qui peuvent rassembler plusieurs milliers d'individus.

À l'approche de la saison des pluies, qui dure de janvier à mars, la migration des troupeaux – zèbres, gnous ou gazelles de Thomson – se fait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Les zèbres qui, pendant la saison sèche, broutent dans les régions boisées ouvertes proches du lac Victoria rejoignent les plaines du Serengeti à la saison des pluies.

Les migrations dépendent essentiellement, du moins au début, des conditions atmosphériques, les animaux se dirigeant alors vers les endroits où ils peuvent voir ou entendre tomber la pluie. Il arrive qu'ils migrent en direction de nuages ou de tonnerre éloignés d'une cinquantaine de kilomètres. À cette époque de l'année, l'herbe est d'excellente qualité dans la plaine et il y est plus facile de détecter l'approche des prédateurs. C'est le moment (de décembre à février) où les juments mettent bas, donnant ainsi le plus de chances de survivre à leurs petits.

À la fin de la saison des pluies, les troupeaux restent sur place, broutant les plantes de la plaine jusqu'à ce que la chaleur croissante les assèche ; en juin ils repartent vers le nord-ouest.

Proies de grands prédateurs

Les zèbres doivent craindre surtout les lions et les hyènes. Les lionnes chassent toujours en groupe lorsqu'elles attaquent les zèbres, le plus souvent les poulains nés dans l'année ou les jeunes âgés d'un an. Elles leur brisent les vertèbres de la nuque ou les étouffent en leur bouchant les naseaux. Un autre ennemi dangereux pour les zèbres est l'hyène qui, elle aussi, chasse avec d'autres congénères lorsqu'elle choisit de tuer un zèbre. Avant de partir en chasse contre les zèbres, les hyènes annoncent leur intention à toute la savane par de longues séquences de hurlements, ce qu'elles ne font pas lorsqu'elles décident de chasser les gnous.

Les zèbres savent reconnaître au comportement de leurs prédateurs potentiels s'ils sont en chasse ou non. Ainsi il n'est pas rare de voir une famille de zèbres brouter tranquillement à quelques mètres d'une lionne qui se repose. Toutefois, ils restent toujours vigilants, c'est leur meilleure chance d'éviter d'être capturés par leurs prédateurs. Légèrement à l'écart de la famille, pour mieux surveiller les environs, l'étalon se place en sentinelle un peu en hauteur, sur une butte, s'il le peut. Dès qu'il sent l'approche d'un danger, il avertit les autres par un cri très semblable à un ronflement.

Immédiatement, tous se regroupent et fuient ensemble, l'étalon le dernier, talonnant ou mordant parfois les zèbres à la traîne pour les encourager à courir plus vite. Lorsqu'il fait front, s'interposant entre sa famille et les prédateurs, ses dents et ses coups de sabots sont meurtriers et l'on connaît plusieurs cas de lionnes mortes d'une fracture de mâchoire, très probablement provoquée par le coup de pied d'un zèbre.

2. Zoom sur... le zèbre de plaine

2.1. Zèbre de plaine (Equus burchelli)

Le zèbre de plaine ressemble fort aux autres ongulés. De par sa morphologie, il est adapté aux grands espaces. Ses jambes longues et ses pieds pourvus d'un sabot lui permettent de se déplacer sur des centaines de kilomètres, à la recherche d'une nourriture dispersée, ou de fuir ses nombreux prédateurs. Il est en effet capable de galops rapides qui peuvent atteindre 60 km/h sur de courtes distances. Les sabots sont constitués de corne dont la croissance est continue durant toute la vie de l'animal. Le zèbre utilise ses sabots comme arme contre les prédateurs ou d'autres zèbres.

Le corps est relativement mince, couvert d'un pelage particulier, blanc rayé de noir ou/et marron. La tête est fine, et les rayures y sont plus serrées en longueur, des oreilles vers la bouche. La crinière, en brosse, est elle aussi rayée. Elle part du sommet de la tête, entre les yeux, et descend jusqu'au garrot. La queue est longue, ses rayures, de loin, donnent l'impression qu'elle est tressée. Elle se termine par un long panache de poils noirs. Les oreilles sont grandes et mobiles, favorisant une ouïe excellente. Les zèbres communiquent entre eux grâce aux mouvements de leurs oreilles : ainsi un zèbre d'humeur agressive aura les oreilles plaquées en arrière. Les yeux, placés latéralement, permettent une bonne vision.

Il est pratiquement impossible de distinguer, dans un troupeau, les zèbres mâles des femelles, mais en revanche il est possible d'identifier chaque individu aux rayures, particulières à chacun, situées à la jointure de l'épaule et du haut de la jambe.

Le zèbre est, comme tous les équidés, muni d'un seul doigt à chaque patte. Ce doigt est protégé par un ongle, le sabot, qui repose sur le sol uniquement sur le tour du pied. Sous le pied, le sabot forme une dépression. Le sabot, en corne, est tranchant.

Comme tous les périssodactyles (animaux qui marchent sur des ongles en nombre impair), le zèbre est un végétarien. Son système digestif doit, pour assimiler la cellulose végétale de sa nourriture, abriter des bactéries qui décomposent et font la synthèse de cette cellulose. Ces bactéries, chez le zèbre, siègent dans l'appendice, surdéveloppé.

Le zèbre boit une fois par jour en saison sèche. Ce sont les femelles qui allaitent leurs petits qui ont les plus grands besoins en eau.

Comme tous les ongulés, le zèbre pratique le flehmen. Toute odeur étrange est analysée, même par le zèbre nouveau-né, grâce à l'organe de Jacobson. C'est aussi ainsi que les étalons mesurent le taux hormonal des juments au moment des chaleurs de celles-ci.

Les sous-espèces

Le zèbre de plaine se rencontre depuis le Soudan jusqu'en Afrique du Sud. Il existe aujourd'hui 5 sous-espèces, du nord au sud. On les distingue aux rayures qui s'estompent et perdent de leur netteté en descendant vers le sud.

Zèbre de Grant, Equus burchelli boehmi, Afrique de l'Est, pour l'essentiel au Kenya et en Tanzanie. Représente plus de 75 % des populations de zèbres de plaine.

Zèbre de Chapman, Equus burchelli chapmani, a des rayures marron entre deux rayures noires. Botswana, Zimbabwe. Présence incertaine au Mozambique.

Zèbre de Damara, Equus burchelli antiquorum,. Angola, Namibie, Afrique du Sud.

 Zèbre du haut Zambèze, Equus burchelli ssp. Zambeziensis. République démocratique du Congo, Zambie. Peut-être éteint en Angola.

Zèbre de Crawshay, Equus burchelli ssp. Crawshayi. Malawi, Mozambique, Zambie

Le Zèbre de Burchell, Equus burchelli burchelli, qui se rencontrait en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie et au Swaziland, est éteint. Il formait, avec E. Quagga quagga, le même taxon.

LE ZÈBRE

ZÈBRE DE PLAINE

Nom (genre, espèce) :

Equus burchelli

Famille :

Équidés

Ordre :

Périssodactyle

Classe :

Mammifères

Identification :

Silhouette d'un cheval ; robe rayée noir et blanc ; oreilles grandes et mobiles ; museau fin

Taille :

De 1,25 à 1,35 m au garrot ; longueur : 2,40 m

Poids :

300 kg

Répartition :

Afrique, depuis le sud du Sahara jusqu'en Afrique du Sud

Habitat :

Savane boisée, savane ouverte et steppe

Régime alimentaire :

Herbivore

Structure sociale :

Famille permanente, composée d'un mâle adulte, d'une ou deux femelles et de leurs petits

Maturité sexuelle :

2 ans

Saison de reproduction :

Variable, liée à la saison des pluies

Durée de gestation :

1 an

Nombre de petits par portée :

1

Poids à la naissance :

30 kg

Espérance de vie :

De 30 à 35 ans ; 20 ans en moyenne

Effectifs :

Environ 660 000 individus, dont 500 000 zèbres de Grant
5 sous-espèces

Statut, protection :

Espèce encore abondante dans l'ensemble. « Préoccupation mineure » selon l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature)

 

2.2. Signes particuliers

Œil

Placé en position latérale, l'œil permet un angle de vue total de 215°, mais la vision binoculaire (simultanée des deux yeux), qui donne une véritable perception du relief et une bonne appréciation des distances, ne couvre que 60 à 70°. La forme ovoïde du globe oculaire offre au zèbre la possibilité de voir nettement de loin ou de près, sans accommoder sa vision.

Organe de jacobson

L'organe de Jacobson, ou organe voméronasal, est situé dans la cavité nasale. Il contient des fibres sensitives du nerf olfactif. Après avoir inhalé une odeur qui l'intéresse, l'animal lève la tête et ferme volontairement les naseaux, bloquant l'air dans l'organe de Jacobson, où des millions de cellules sensitives analysent les informations.

Rayures

Les rayures noires sont très nettement délimitées, notamment chez les sous-espèces vivant le plus au nord, alors que, chez certaines autres, elles le sont moins. Généralement pleines, elles sont de largeurs différentes et parfois se divisent, laissant un îlot de poils blancs, pour se rejoindre de nouveau.

3. Les autres espèces d'équidés

Outre le zèbre de plaine, la famille des équidés ne comporte plus, à l'heure actuelle, que 6 autres espèces, pour la plupart menacées d'extinction en raison du petit nombre de leurs représentants. Très semblables par la taille et la forme, on les classe généralement dans le même genre Equus. À l'exception de quelques petites populations qui vivent dans des régions assez protégées, la plupart habitent des zones où les conditions climatiques les obligent à migrer à la recherche de points d'eau indispensables à leur subsistance. Leurs comportements sont eux aussi très similaires d'une espèce à l'autre. Seule diffère leur organisation sociale.

Les ressemblances sont si grandes qu'il a été pratiqué des croisements entre espèces différentes en captivité. Néanmoins, les hybrides ainsi obtenus sont presque tous stériles. De plus, on ne les a jamais rencontrés dans la nature, même dans les régions où les habitats de deux espèces se chevauchent.

3.1. Zèbre de montagne (Equus zebra)

Identification : il se distingue du zèbre de plaine par une petite poche de peau située sous l'encolure dont on ne connaît pas la fonction. Sur la croupe, se trouve une série de rayures perpendiculaires à celles du corps. Ses sabots, particulièrement durs, lui permettent de parcourir sans mal le sol rocailleux de son habitat.

L'espèce est bien adaptée à la vie en montagne, notamment grâce à son cœur, plus gros que celui du zèbre de plaine (3,2 kg au lieu de 2,5 kg).

Alimentation : herbivore.

Comportement : groupes familiaux stables et groupes d'étalons ; les étalons ne sont pas territoriaux.

Statut : espèce classée « en danger » par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature).

Il existe deux sous-espèces :

– Le zèbre du Cap, Equus zebra ssp. zebra, haut de 1,25 m au garrot pour un poids de 250 kg, est le plus petit équidé du monde. Ces animaux sont peu nombreux : environ 1 200 individus, dont 300 vivent exclusivement dans un parc d'Afrique du Sud, le Mountain Zebra National Park, spécialement créé pour eux et où ils jouissent d'une protection totale. Espèce classée « en danger » par l'U.I.C.N.

– Le zèbre de Hartmann, haut de 1,50 m au garrot pour un poids de 340 kg, vit dans les montagnes en bordure du désert de Namibie. Il resterait 25 000  individus de cette sous-espèce, classée comme « en danger » par l'U.I.C.N.

3.2. Zèbre de Grévy (Equus grevyi)

Le plus grand et le plus élégant des zèbres.

Identification : de 1,50 à 1,60 m au garrot pour un poids de 400 à 450 kg. Rayures plus fines et plus rapprochées que chez les autres espèces ; oreilles plus longues et rondes ; tête étroite.

Répartition : principalement au nord du Kenya, dans une zone semi-désertique. Population isolée en Éthiopie. Alimentation : herbivore.

Comportement : les mâles établissent des territoires de reproduction, généralement étendus, qui sont souvent les mêmes plusieurs années de suite. Ils sont situés à proximité d'une source d'eau permanente qui attire les femelles qui ont des petits poulains ; elles sont en chaleur peu après la naissance de leur petit. Il n'existe aucune association permanente entre adultes.

Effectifs : diminution de 15 000 individus dans les années 1970 à 3 000-3 500 aujourd'hui (2003).

Statut : espèce en danger. La beauté de la robe du zèbre de Grévy fut à l'origine d'un trafic intense, interdit depuis de nombreuses années. Chassé aujourd'hui essentiellement pour sa viande. 500 zèbres sont protégés dans des sanctuaires et des zoos.

3.3. Âne sauvage d'Afrique (Equus africanus)

Il existe deux sous-espèces : l'âne sauvage de Somalie (E. africanus somaliensis) et l'âne de Nubie (E. africanus africanus). Des recherches génétiques doivent déterminer dans quelle mesure elles se différencient.

Identification : de 1,25 à 1,35 m au garrot pour un poids de 230 à 250 kg pour le premier ; 1,10 à 1,20 m pour un poids de 200 à 220 kg pour le second ; robe beige clair, plus foncée chez le second ; raie noire le long de la colonne vertébrale et, souvent, une raie noire perpendiculaire sur l'épaule ; ventre, museau et extrémités blancs rayés de noir chez le premier ; ventre, museau et extrémités blancs sans rayures chez l'âne de Nubie.

Alimentation : herbivore.

Répartition : Nord-est de l'Éthiopie, Érythrée, Somalie.

Comportement : aucune association permanente entre adultes ; étalons dominants territoriaux.

Effectifs : ont diminué de 50 % dans les années 1980 en Somalie.

Statut : en « danger critique d'extinction ».

3.4. Âne sauvage d'Asie ou hémione (Equus hemionus)

Identification : de 1,20 à 1,40 m au garrot pour un poids de 300 à 350 kg ; robe beige clair ; jambes sans rayures ; raie noire le long de la colonne vertébrale ; ventre et museau blancs ; semblable à l'âne africain.

Alimentation : herbivore.

Répartition : régions désertiques ou semi-désertiques, de préférence avec accès à des points d'eau permanents ; Chine, Asie centrale, Mongolie et Inde.

Comportement : aucune association permanente entre adultes ; étalons dominants territoriaux.

Il existe 4 ou 5 sous-espèces :

Equus hemionus ssp. kulan (Turkménistan) est en « danger critique d'extinction » (protégée dans le Parc naturel de Badkhys). Effectifs réduits de 6 000 à 600 entre les années 1990 et 2000.

Equus hemionus ssp. khur (Kutch, frontière indo-pakistanaise), est « en danger ».  

Equus hemionus onager ou Onagre de Perse (en Iran), ne compte plus qu'une centaine d'individus. En « danger critique d'extinction ».

Equus hemionus ssp. luteus (en Chine et Mongolie) est éteinte au Kazakhstan depuis les années 1930. Espèce « vulnérable ».  

Equus hemionus ssp. hemionus ou Âne sauvage de Mongolie (peut être la même que E.h.luteus). Entre  5 766 et 11 866 individus matures. Espèce « vulnérable ».

Equus hemionus ssp. hemippus (au Proche et Moyen-Orient) ; l'espèce est éteinte depuis les années 1920.

3.5. Kiang ou âne sauvage du Tibet (Equus kiang)

Identification : 1,50 m au garrot pour un poids de 350 à 400 kg ; plus grand que les autres ânes asiatiques ; robe aux couleurs plus contrastées.

Répartition : steppes arides des hauts plateaux jusqu'à 4 800 m d'altitude ; Chine, Népal, Bhoutan, Pakistan et Inde.

Effectifs : 60 000-70 000 ; il est rare de rencontrer des groupes dépassant 40 individus.

Il existe 3 sous-espèces géographiquement différenciées : Equus kiang ssp. polyodon (sud), Equus kiang ssp. holdereri (est) et Equus kiang ssp. kiang (ouest)

3.6. Cheval de Przewalski (Equus przewalski)

Identification : de 1,20 à 1,45 m pour un poids de 250 à 350 kg ; robe brune ; crinière en brosse et queue foncées ; souvent raie foncée le long de la colonne vertébrale.

Autrefois présent dans une grande partie de l'Asie centrale et en Europe, comme en témoignent les peintures rupestres des grottes de Lascaux, il a été observé pour la dernière fois en liberté dans les années 1960, dans une des régions les plus reculées de Mongolie.

Dernier cheval au monde à avoir vécu à l'état sauvage, le cheval de Przewalski ne subsiste plus qu'en captivité (les mustangs américains qui vivent à l'état sauvage de nos jours descendent des chevaux domestiques importés par les Espagnols).

Effectifs : il existe aujourd'hui environ 1 600 individus en captivité dans le monde. On tente de le réintroduire à l'état sauvage dans l'ouest de la Mongolie, dans le nord de la Chine, dans l'est du Kazakhstan et dans les sud de l'Ouzbékistan.

4. Origine et évolution du zèbre

Il y a environ 54 millions d'années, vivait en Amérique un petit mammifère de la taille d'un renard, qui broutait les arbustes des sous-bois. Hyracotherium est le nom que les paléontologistes ont donné à cet animal sans sabot de l'éocène. Il serait le plus lointain ancêtre de tous les équidés.

Les zèbres sont probablement les plus anciens représentants du genre Equus, qui regroupe aussi les ânes et les chevaux sauvages. Ils ont dû également exister autrefois sur le continent américain. Les équidés possèdent un nombre impair de doigts ; ce sont des périssodactyles, comme leurs proches cousins les rhinocéros et les tapirs. Au miocène, les graminées devenant plus abondantes, les équidés primitifs se multiplièrent et grandirent, leurs jambes s'allongèrent pour mieux échapper à leurs prédateurs, et leurs pieds ne comptèrent plus qu'un seul doigt avec un ongle, le sabot. Ils ressemblaient, semble-t-il, assez au zèbre de Grévy actuel. Devenus d'excellents coureurs, ils se déplaçaient davantage à la recherche de nourriture et entreprenaient de longues migrations. Passant par le détroit de Bering, alors couvert de glace épaisse, ils se répandirent en Asie, en Afrique et en Europe.

Il est encore aujourd'hui pratiquement impossible de distinguer avec certitude le crâne d'un zèbre de celui d'un cheval, mais on considère généralement que les équidés qui colonisèrent les savanes tropicales devinrent des zèbres, laissant les déserts aux ânes sauvages et les régions tempérées de l'hémisphère Nord aux chevaux sauvages. Mais les restes fossiles datant du pléistocène témoignent de la vaste répartition de ces divers équidés. Au pléistocène, Equus sivalensis (en Chine) et Equus sellardsi (en Amérique du Nord) ressemblaient au quagga, ce zèbre d'Afrique  qui s'est éteint au xixe siècle. À la même époque, Equus plicatus, ancêtre direct du zèbre de Grévy, occupait déjà le sud de l'Afrique. L'évolution des nombreuses espèces d'équidés est mal connue, mais on sait toutefois qu'il existait encore des zèbres et des ânes sauvages en Europe à la fin de la dernière période glaciaire de l'ère quaternaire.

Aujourd'hui, les équidés sauvages sont devenus rares. Seules sept espèces subsistent, dont certaines sont très proches de l'extinction : les trois zèbres d'Afrique et leur cousin africain, l'âne sauvage ; le cheval sauvage de Mongolie et les deux ânes sauvages asiatiques, le kiang et l'hémione.

5. Le zèbre et l'homme

Habitant des grands espaces, le zèbre supporte mal la captivité tant le choix du partenaire et les rapports avec les jeunes sont essentiels pour la survie de l'espèce. Comme les autres équidés, il faut laisser le zèbre vivre librement dans la nature.

5.1. Quel drôle de zèbre

Dans le langage courant, traiter quelqu'un de « drôle de zèbre » revient à l'accuser de bizarrerie et d'étrangeté. Pour d'autres, l'expression évoquant à l'origine les bagnards, dont les costumes rayés faisaient penser à la peau d'un zèbre, désignerait un individu peu recommandable. Quoi qu'il en soit, la formule reflète bien à quel point la curieuse robe rayée du zèbre singularisa, dans l'imagination des Occidentaux, un animal par ailleurs peu surprenant, tant il ressemblait à un cheval.

Cet animal est connu de tous puisqu'il symbolise la lettre Z dans les abécédaires de nombreuses langues, mais les biologistes cherchent depuis longtemps une explication à ces zébrures et plusieurs théories existent. Selon certains, le zèbre serait ainsi plus facilement reconnaissable par ses congénères. Selon d'autres, ces rayures empêcheraient ses nombreux prédateurs de repérer un zèbre au milieu d'un troupeau. Il est impossible de trancher dans l'état actuel des connaissances scientifiques, peut-être faut-il tout simplement se contenter de l'explication poétique donnée par l'Anglais Rudyard Kipling, prix Nobel de littérature, dans ses Histoires comme ça : « Après un long moment, moitié à l'ombre, moitié en dehors, avec les taches furtives de l'ombre des arbres qui tombaient sur eux, la girafe devint tachetée et le zèbre rayé... et le léopard courait à l'extérieur en se demandant ce qu'étaient devenus ses déjeuners et ses soupers... »

5.2. Le cheval de Przewalski

Le grand explorateur russe Nicolaï Przewalski, colonel de l'armée du tsar, ramena de son voyage en Asie centrale, en 1877, une peau de cheval sauvage que, selon lui, les Mongols appelaient « takh ». À en croire les conteurs, « ces chevaux étaient extrêmement prudents, s'enfuyant sans se retourner lorsqu'ils étaient effrayés par l'homme ». Mais ce n'est qu'en 1898 que Vlassov et Zakharov, des chasseurs qui travaillaient pour le compte du marchand Assanov, réussirent à capturer l'un de ces chevaux sauvages. Przewalski était alors mort depuis dix ans, et, en sa mémoire, on donna son nom à ces chevaux qui ressemblaient fort à ceux que les hommes de Cro-Magnon ont représentés en France dans les grottes préhistoriques.

Vlassov et Zakharov capturèrent 13 autres chevaux sauvages, dont l'espèce était alors très répandue en Asie centrale. En 1899, ces divers animaux étaient menés au zoo de Moscou, dans la réserve d'Askania-Nova et dans différents pays d'Europe de l'Ouest.

Ni Assanov ni ses chasseurs ne se doutaient qu'ils sauvaient cette espèce de l'extinction et que les chevaux qu'ils avaient attrapés seraient les derniers à parvenir jusqu'en Europe. En effet, il ne reste plus de chevaux sauvages en liberté en Asie centrale, et les quelque 1 600 chevaux de Przewalski vivant aujourd'hui de par le monde, dans les zoos ou élevages privés, sont tous les descendants des animaux capturés en 1898.

La célèbre réserve de biosphère d'Askania-Nova, en Ukraine, rattachée à l'Institut d'élevage steppique, héberge une centaine d'animaux et un centre de reproduction de l'espèce.

Dès le début de leur vie en captivité, le comportement de ces chevaux parut étrange. Dans les enclos, les étalons adultes poursuivaient leurs fils et leurs filles adolescents jusqu'à l'épuisement, parfois jusqu'à ce qu'ils meurent. Par ailleurs, il était impossible de placer plus d'un seul étalon adulte dans un enclos où se trouvaient plusieurs juments ; et certains étalons ou juments adultes refusaient de s'accoupler avec le partenaire qui leur avait été imposé. Le nombre des naissances diminuait. Toutes ces attitudes prouvent combien les chevaux ne sont pas faits pour vivre en zoo, puisque, en liberté, ces animaux choisissent leurs partenaires pour créer une famille unie, souvent jusqu'à la mort, et que les jeunes quittent leur famille d'origine, évitant ainsi naturellement la consanguinité.

Sauvegarder l'espèce n'est donc possible qu'en réintroduisant l'animal dans son environnement naturel. C'est une des opérations entreprises par l'U.I.C.N. et par le WWF (Fonds mondial pour la nature). Il s'agit dans un premier temps de planifier soigneusement la reproduction pour accroître le cheptel. Un comité spécial d'étude et de défense des équidés a été créé par l'U.I.C.N. pour répertorier tous les animaux et leurs antécédents, surveiller les échanges entre zoos et réduire les risques de consanguinité.

Ensuite, a lieu une phase d'étude en semi-réserve pour permettre le développement d'un troupeau dont les jeunes seront aptes à retrouver la vraie liberté. Les chevaux choisis pour constituer ce troupeau sont testés et étudiés. On vérifie que la détention en captivité pendant plusieurs générations n'a pas détruit chez eux les capacités et les réactions naturelles de leurs ancêtres sauvages, tant en ce qui concerne l'organisation sociale que pour l'adaptation à leur milieu naturel.

5.3. Le Mountain Zebra National Park

Les zèbres de montagne ont un cœur adapté à la vie en altitude. La sous-espèce dite « du Cap » est la plus petite. En 1922, on estimait leur population à 400 individus, répartis en 4 populations. En 1937, il n'en restait plus que 45. Il fut décidé de créer, près de Cardock, en Afrique du Sud, le Mountain Zebra National Park, pour sauver ces zèbres de l'extinction.

À l'origine, le parc abritait 5 étalons et une jument. En 1950 les 2 étalons qui survivaient furent tués et les zèbres disparurent du parc national des zèbres de montagne. C'est alors qu'un fermier des environs, qui possédait des zèbres du Cap, en offrit 11 au parc cette année-là. Ils firent souche et, en 1960, 25 zèbres vivaient dans le parc. Un autre don permit, en 1964, d'y lâcher 43 autres zèbres. Le Sud-Africain J.C.G. Millar, qui recensa, entre 1967 et 1969, les zèbres du Cap, dénombra 140 animaux, dont 98 dans le parc. Aujourd'hui, environ 300 zèbres (sur un effectif estimé à 1 200 individus) y vivent en petits groupes.

5.4. Le quagga, un zèbre disparu

L'un des premiers zèbres à être décrit fut le quagga, en 1770, par des naturalistes anglais. De couleur beige ou crème, il n'était rayé que sur l'encolure et l'avant du corps. Lorsqu'il était effrayé, il poussait un cri d'alarme, « quaha », d'où le nom qui lui fut donné. Très rapidement, les grands troupeaux de quaggas sauvages furent décimés par les paysans, qui ne toléraient pas sa concurrence avec leur bétail domestique, et, au début du xixe siècle déjà, ils avaient disparu.

Le zoo de Londres en hébergeait un troupeau assez important, et deux quaggas étaient attelés au chariot qui distribuait le foin. En 1826, un original se promenait même à Hyde Park dans un phaéton tiré par deux quaggas. Mais les quaggas finirent par mal supporter la captivité, et, par ailleurs, personne ne s'inquiéta de les faire se reproduire, pensant qu'ils étaient nombreux en liberté. Les quaggas disparurent. Le dernier survivant de cette sous-espèce de zèbre de plaine mourut en captivité à Amsterdam en 1883. Aujourd'hui, il ne reste de cet animal qu'une vingtaine de peaux.

5.5. Rattraper les zèbres pour les étudier

Dans le parc national du cratère du Ngorongoro, en Tanzanie, évoluent quelque 3 000 zèbres que la présence quotidienne de nombreux touristes a rendus moins craintifs. Leur fuite à l'approche d'une voiture s'arrête à 25 ou 35 m, à condition toutefois que personne n'en sorte. C'est parce que les zèbres sont plus faciles à approcher dans ce parc que le chercheur allemand Hans Klingel, qui a beaucoup étudié les diverses espèces de zèbres, a choisi d'y effectuer une de ses recherches sur leurs comportements. Entre 1962 et 1965, il a réussi à identifier individuellement 600 zèbres vivant dans le Ngorongoro.

La photographie fut un des moyens employés. Prenant soin de photographier les rayures de l'animal au niveau de l'épaule, là où leur dessin diffère d'un individu à l'autre, il lui suffisait ensuite de se promener avec son stock de photos pour reconnaître sans erreur un zèbre d'un autre. Lorsqu'il devait mesurer un animal ou effectuer des observations qui demandaient que le zèbre soit docile, Klingel utilisait une arbalète ou un fusil hypodermique. La piqûre immobilisait l'animal, qui tombait de lui-même, endormi par l'anesthésiant. Pour le marquage, Klingel se contentait de le capturer au lasso, puis, avec l'aide d'assistants, il posait une bague dans une oreille du zèbre.

5.6. Un président de la République immortalisé

Il est peu d'exemples d'animaux portant le nom d'un homme politique, la règle, parmi les scientifiques, depuis des siècles, étant plutôt d'attribuer aux animaux nouvellement redécouverts par l'homme le nom de celui qui a retrouvé l'espèce. Pourtant, là aussi le zèbre fait exception. En 1882, Ménélik Ier, négus d'Éthiopie, offrit un zèbre au président de la République française de l'époque, Jules Grévy. La communauté scientifique de l'époque n'ayant pas attribué encore de nom à l'espèce, l'animal devint tout naturellement le zèbre de Grévy.

Cependant, ce zèbre offert par Ménélik n'était pas le premier de son espèce à arriver en Europe. Déjà, à l'époque romaine, des « zèbres de Grévy » avaient été amenés dans la péninsule italienne. Les Romains, qui faisaient participer l'animal aux jeux du cirque, l'appelaient alors hippotigris, ou « cheval-tigre ».