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panthère

Panthère
Panthère

Depuis 3 millions d'années, l'élégante silhouette de la panthère, que l'on appelle aussi léopard, hante les paysages sauvages de deux continents et du Caucase. Mais ce noble félin à la fourrure tachetée ne nous a pas, pour autant, livré tous ses secrets.

1. La vie de la panthère

1.1. Embuscades d'une chasseuse solitaire

Même si elle convoite des proies d'une grande diversité, la panthère se caractérise par deux comportements constants : elle chasse à l'affût et en solitaire. Elle ne poursuit pas ses futures victimes, mais les guette, dissimulée dans les arbres ou les herbes hautes, parfaitement camouflée grâce à son pelage ocellé.

Avant de se tapir, la panthère scrute les alentours ; du haut d'un arbre, elle observe le paysage. Elle peut ainsi, lors de l'affût, demeurer très passive, en attente près d'un endroit propice tel qu'un point d'eau auquel viennent se désaltérer nombre d'animaux.

Elle peut également, après avoir repéré une proie au loin, entamer une approche des plus discrètes. Mais la panthère pratique avant tout une chasse opportuniste, saisissant l'occasion lorsqu'elle se présente. À la recherche de sa future victime, elle parcourt en silence son territoire, tous les sens aux aguets. La moindre silhouette, le plus léger souffle, l'odeur la plus subtile la mettent en arrêt. Elle se glisse ensuite vers l'animal choisi, ventre plaqué au sol, sans un bruit. Les dernières foulées la séparant de sa proie sont parcourues à une vitesse qui atteint les 60 km/h, en deux ou trois bonds de près de 6 m de long et pouvant parfois aller jusqu'à 3 m de haut. Elle assène alors le coup de grâce au cours d'une attaque finale qui ne dure que quelques secondes. Si l'animal est de petite taille, comme un singe ou un rongeur, elle le saisit à la nuque. En revanche, lorsqu'il s'agit d'une victime plus conséquente, telle qu'une antilope, une gazelle ou un impala, elle la prend à la gorge et l'étouffe.

Un butin soigneusement préservé

Malgré des atouts naturels incontestables, la panthère ne revient victorieuse de la chasse qu'une fois sur quatre. C'est sans doute pour ne pas gaspiller une proie chèrement acquise qu'elle a l'habitude de hisser la carcasse sur un arbre. Cela la met au moins hors d'atteinte des chacals et des hyènes. Ensuite, il ne reste plus qu'à la protéger des vautours.

1.2. Prête à saisir toutes les occasions

L'appétit de la panthère s'accommode d'une si grande variété de proies qu'il serait bien difficile d'en dresser une liste exhaustive. Elle manifeste une grande faculté d'adaptation, aussi bien en ce qui concerne la méthode de chasse que pour le choix de sa nourriture.

Courageuse, mais pas téméraire

En règle générale, la panthère s'attaque à des mammifères de même taille qu'elle ou plus petits, évitant autant que possible de se trouver en compétition avec d'autres carnivores tels que les lions, les tigres ou les lycaons qui, de leur côté, se régalent d'animaux plus grands. En Asie, elle s'en prend volontiers aux cerfs et aux sangliers, aux bufflons et aux jeunes bovins sauvages, aux bouquetins et aux mouflons, de même qu'aux babouins et aux macaques. Menant une existence solitaire, c'est le plus souvent seule qu'elle part en quête de proies ; on a cependant pu observer, notamment en Inde, plusieurs individus s'associant pour la capture d'un singe : une des  panthères tente de le déloger de l'arbre où il s'est réfugié, tandis qu'une autre guette la chute de l'animal, qui a bien peu de chances d'échapper au piège.

Dans la grande forêt africaine, la panthère chasse céphalophes et potamochères, tandis que, dans la savane, gazelles, impalas ou gnous constituent son ordinaire ; mais elle ne dédaigne pas pour autant les damans, lièvres et autres rongeurs. Le bétail domestique a longtemps constitué pour elle un gibier facile, ce qui lui a valu d'être persécutée jusqu'à l'extermination, particulièrement dans certaines régions du sud de l'Afrique. Quant aux oiseaux, ils figurent plus rarement à son menu. En cas de disette, il arrive qu'elle se rabatte sur de très petites proies, comme des grenouilles, des reptiles, voire des poissons. La plupart du temps, elle ne convoite que des animaux très jeunes ou très âgés, sachant que les adultes vigoureux risquent fort de lui échapper. C'est là sa contribution à la sélection naturelle, qui assure la santé et le bon équilibre des troupeaux.

Des résultats différents

Des études ont été conduites sur l'alimentation des panthères à partir d'analyses de leurs excréments. Dans l'Himalaya, les résultats montraient que les chèvres sauvages étaient présentes dans 70 % des excréments, le bétail domestique représentant 14 % et les porcs-épics 9 %.

Dans le parc national Kalahari Gemsbok en Afrique du Sud, il a été remarqué que les femelles suitées chassaient surtout le renard à oreilles de chauve-souris, le protèle et les céphalophes, alors que les mâles se nourrissaient en plus de porcs-épics et de jeunes oryx.

Dans le parc national de Tai en Côte-d'Ivoire, plus de 30 espèces de proies différentes ont été retrouvés dans des excréments de panthères, dont 99 % de mammifères.

Un festin bien réglé

Une fois en possession de sa victime, la panthère l'entraîne à l'écart, afin de la savourer seule et en toute tranquillité. Elle commence par lui ouvrir l'abdomen pour en extraire les entrailles, dont elle consomme immédiatement le foie, les reins et le cœur ; elle dissimule par ailleurs l'estomac et les intestins sous une couche d'herbes, de feuilles ou de terre, puis termine en dévorant le nez, la langue et les yeux. Le reste de la carcasse est ensuite placé à l'abri des éventuelles convoitises des charognards, le plus souvent au creux d'une fourche d'arbre, en prévision des repas à venir.

Après s'être repue, elle va en général s'abreuver. Elle élit volontiers domicile à proximité des points d'eau, mais, en période de sécheresse, elle est capable de faire preuve d'une remarquable sobriété, ne buvant que tous les deux ou trois jours.

1.3. À chacune son domaine

La panthère ne manifeste aucune préférence marquée pour un milieu particulier. Du moment qu'elle dispose d'eau en suffisance et d'une réserve de gibier satisfaisante, elle s'accommode de conditions de vie fort diversifiées. C'est ainsi qu'elle aime vivre dans la forêt tropicale ou le long des lisières boisées qui bordent les cours d'eau – car elle possède d'excellentes aptitudes pour la nage –, aussi bien que dans les savanes buissonnantes ou les semi-déserts rocheux.

Une remarquable faculté d'adaptation

L'étendue du domaine qu'elle occupe varie en fonction des ressources alimentaires offertes par ce dernier. Cette diversité explique des écarts considérables entre les dimensions de ses territoires, dont la superficie varie de 8 à 63 km2, avec une densité moyenne d'une panthère pour 20 à 30 km2. Lorsque les proies sont vraiment abondantes, on peut trouver une panthère au km2.

Une coexistence pacifique qui évite la promiscuité

L'aire occupée par l'espèce se fragmente en une mosaïque de territoires adjacents, organisés selon deux systèmes, celui des mâles et celui des femelles. Chaque femelle habite son propre domaine, qu'elle défend contre les intrusions de ses congénères de même sexe. Les mâles règnent sur des territoires plus étendus qui recouvrent en totalité ou en partie ceux de quelques femelles, mais sans jamais empiéter sur les terres du mâle voisin.

L'instinct de propriété semble moins développé et moins aigu chez les femelles ; cependant, une panthère femelle prendra soin d'éviter sa voisine si elle s'introduit dans le domaine de cette dernière. Chaque individu balise son territoire de jalons odorants à l'intention de ses congénères.

Des territoires bien balisés

Comme les chats domestiques, les panthères mâles arrosent divers points bien en vue de leur domaine, tels que souches, branches et troncs d'arbre, d'un puissant jet d'urine dirigé vers l'arrière. Le message laissé permet aux individus de s'identifier entre voisins, de reconnaître le sexe de l'autre, ainsi que son âge et sa maturité sexuelle. Déposées en bordure de territoire, ces marques leur permettent de rester en communication, afin de s'éviter, le plus souvent, mais aussi de se retrouver, si besoin est.

Pour établir un contact avec ses semblables, la panthère ne dispose pas seulement de repères olfactifs : l'ouïe et la vue ont tout autant d'importance. Les marques de griffes imprimées sur les troncs d'arbre sont souvent associées au balisage odorant laissé par l'urine et par la sécrétion des deux glandes anales.

Déplacements quotidiens

Déplacements quotidiens



Dans le désert du Kalahari, en Afrique du Sud, une étude a montré qu'en moyenne un mâle parcourt 14,4 km et une femelle 13,4 km par 24 heures, davantage si une proie est capturée de nuit.

1.4. Des naissances tous les deux ans

Le temps des amours et celui de l'éducation des petits viennent rompre la solitude de la panthère. Dans les zones tropicales de l'Afrique et de l'Inde, les périodes d'accouplement et les naissances peuvent avoir lieu à n'importe quelle époque de l'année. En revanche, là où les saisons sont plus marquées, la reproduction est nettement saisonnière. Ainsi en Mandchourie et en Extrême-Orient russe la période des amours commence-t-elle en janvier ou en février.

Un rapprochement temporaire

Les cycles de réceptivité sexuelle de la femelle durent en moyenne un mois et demi. Mais ce n'est que quelques jours avant l'œstrus proprement dit, et pendant 6 à 7 jours, qu'elle émet des taux élevés d'hormones dans ses urines. Le ou les mâles présents aux alentours se trouvent donc ainsi avertis de ses bonnes dispositions et peuvent commencer les approches. Lorsque plusieurs prétendants se présentent au rendez-vous, c'est l'issue des combats qui désigne le vainqueur. Il y a plusieurs accouplements, mais généralement, dès la fin de l'œstrus, le mâle quitte définitivement sa compagne.

Des chatons bien cachés

Quelque trois mois plus tard (au bout de 90 à 105 jours), la future mère cherche un abri sûr, une grotte creusée sous un rocher, un fourré très dense, un tronc creux ou une crevasse dans un éboulis, pour mettre bas. Elle donne naissance à une portée comprenant de 1 à 6 chatons, le plus souvent 2 ou 3. À la naissance, les petits ont les yeux fermés et leurs sens sont peu développés. Ils pèsent entre 500 et 700 grammes et sont très vulnérables. Durant les tout premiers jours, la mère reste avec eux pour leur tenir chaud, les allaiter et les protéger, ne s'accordant que de brèves sorties pour s'alimenter. Le lieu qu'elle choisit pour donner naissance à ses petits se révèle donc capital : plus il est entouré de proies potentielles, moins elle a besoin de s'en éloigner, ce qui diminue d'autant les risques encourus par la portée.

Deux ans avec leur mère

La croissance des jeunes est rapide. Ils ouvrent les yeux à 10 jours et sont sevrés à 3 mois. En fait, en vrais carnivores, ils goûtent à la viande plus tôt, mais continuent de téter jusqu'au sevrage total. Cet âge de trois mois marque l'apprentissage de l'autonomie : ils commencent à suivre régulièrement leur mère lors de ses déplacements, s'aventurent sur son domaine avec de plus en plus de hardiesse et s'initient à la chasse. Vers 5 ou 6 mois, ils parviennent à capturer seuls de petites proies, mais restent toutefois dépendants de la présence maternelle jusqu'à 18 mois, voire 2 ans. Certains, plus précoces, sont capables de subvenir seuls à leurs besoins dès 1 an. Une fois émancipés, ils partent à la recherche du territoire sur lequel ils éliront domicile. Ils n'atteignent pas leur maturité sexuelle avant l'âge de 3 ans. La femelle en charge de progéniture attend presque 2 ans avant de se reproduire à nouveau.

1.5. Milieu naturel et écologie

La panthère possède une grande capacité d'adaptation. Elle peut vivre dans des conditions très diverses. On la rencontre depuis le niveau de la mer jusqu'à 5 600 mètres d'altitude environ.

Pas de gaspillage

Comparée aux autres grands prédateurs, la panthère semble s'accommoder d'un plus large éventail de proies, ce qui représente certainement un avantage. Vivant seule, elle n'a pas forcément besoin de capturer de grosses prises, mais son audace et sa force le lui permettent si l'occasion se présente. Elle défend son butin en le cachant dans un arbre, dans la savane, ou dans un trou, dans des régions comme le désert de Kalahari, où la végétation arbustive est rare. Elle peut également revenir se nourrir plusieurs jours de suite sur la même carcasse, et consomme les restes de ses proies (contrairement, par exemple, au guépard, qui fait un seul repas sur une proie, puis l'abandonne et recommence à chasser).

Une affaire de goût

Certaines panthères ont des proies de prédilection (que celles-ci abondent ou non dans la région), sans que l'on sache pourquoi. Ainsi, il y a des spécialistes de la chasse aux chacals et aux chiens, tandis que d'autres apprécient particulièrement les autruches... En Afrique australe, elles ne consomment pas les viscères des porcs-épics ni des damans : les propriétés astringentes des bulbes encore présents dans le tube digestif des premiers et les arômes variés des herbes ingurgitées par les seconds ne semblent pas être à leur goût. En Afrique orientale et australe, les cigognes blanches sont fréquemment capturées pendant leur hivernage. Apparemment, ces oiseaux migrateurs n'ont pas eu l'occasion d'apprendre la méfiance pendant leur séjour estival en Europe, et ils semblent nettement moins farouches que les oiseaux sédentaires de ces régions.

Rien n'échappe à sa surveillance

L'essentiel des études sur les panthères provient de l'Afrique de l'Est et du Sud, car les conditions y sont relativement privilégiées et les structures de recherche, nombreuses. C'est également là que les densités de ces grands mammifères sont le plus élevées ; les résultats sont donc très intéressants. Ainsi, on a pu observer que, lorsqu'elles ne sont pas en quête de nourriture, les panthères se reposent. Elles choisissent alors une position surélevée et bien abritée qui leur permet de surveiller les alentours afin de repérer rapidement les proies potentielles (ou les concurrents éventuels), tout en s'abritant du soleil. Elles se postent la plupart du temps dans un arbre ou sur des rochers, beaucoup moins souvent sous des buissons, à terre. Dans la journée, elles cherchent aussi à se protéger de certains oiseaux, ou des grands primates comme les babouins, qui vont les provoquer s'ils les découvrent. En fait, la panthère adulte a peu de prédateurs. Elle peut se retrouver en concurrence avec un lion, une hyène ou un lycaon, pour une proie, mais cela reste rare. Ces rencontres se terminent généralement en courses-poursuites. Si elle n'est pas assez rapide, la panthère renonce. Les petits, en revanche, sont très vulnérables et restent longtemps sous la protection de leur mère.

2. Panthère (Panthera pardus)

Les proportions harmonieuses de son corps, le dessin moucheté de son pelage, la finesse de sa silhouette, tout concourt à l'impression d'élégance dégagée par la panthère. La tête est relativement ronde. La robe, caractéristique, est très variable, mais elle est toujours plus claire au niveau des pattes, de la gorge et du ventre. Le dos des oreilles est marqué d'une nette tache blanche sur fond noir, et le dessous de la queue est souvent clair. Ces marques servent peut-être de repères visuels quand deux animaux se suivent. Ainsi, lorsque la panthère se déplace, elle tient souvent sa queue en l'air, ce qui expose le dessous, plus pâle.

Les capacités sensorielles de ce grand chasseur sont bien développées. Sa vue est supérieure à celle de l'homme dans la pénombre, mais elle n'est pas incommodée par la lumière forte. Son odorat est encore plus sensible que celui du tigre. Et il suffit d'observer le mouvement de ses oreilles pour réaliser combien son ouïe est développée. Ses grands pavillons concentrent le son et lui permettent de capter de hautes fréquences (probablement jusqu'à 100 kHz), mais de faible intensité. Ses moustaches jouent également un grand rôle : leur orientation change selon les activités de l'animal. Ainsi, quand une panthère renifle, ses moustaches sont rabattues le long de sa tête. Quand elle marche, elles sont écartées latéralement. Lorsqu'elle attaque une proie, elles se hérissent en avant, ce qui lui permet de sentir sa victime et de la mordre au bon endroit. L'information transmise par ces vibrisses complèterait celle reçue par les yeux.

Les qualités physiques de la panthère sont importantes : au regard de sa taille, sa force est considérable. Elle est aussi à l'aise à terre que dans les arbres, grimpant avec aisance grâce à ses pattes larges dotées de griffes puissantes, et hissant sur les branches des proies de sa propre taille, voire plus lourdes qu'elle. De plus, elle nage très bien et n'a pas peur de se mettre à l'eau.

PANTHÈRE

PANTHÈRE

Nom (genre, espèce) :

Panthera pardus

Famille :

Félidés

Ordre :

Carnivores

Classe :

Mammifères

Identification :

Grand félin au pelage marqué de rosettes en anneau. Le fond de la fourrure est fauve. Il existe des formes mélaniques

Taille :

De 0,91 à 1,91 m (tête et corps) ; de 0,58 à 1,1 m pour la queue ; de 0,45 à 0,78 m au garrot

Poids :

De 37 à 90 kg pour les mâles ; 28 à 60 kg pour les femelles

Répartition :

Du sud de l'Afrique à l'Oussouri (frontière entre la Chine et la Russie)

Habitat :

Zones boisées, mais aussi savanes arborées, montagnes et déserts rocheux

Régime alimentaire :

Carnivore. Essentiellement des mammifères

Structure sociale :

Territoriale et solitaire

Maturité sexuelle :

2-3 ans

Saison de reproduction :

Toute l'année sauf dans les zones à hiver froid

Durée de gestation :

De 90 à 105 jours

Nombre de jeunes par portée :

De 1 à 6, en moyenne 2 ou 3

Poids à la naissance :

De 500 à 700 grammes

Longévité :

20 ans environ ; record connu : 23 ans en captivité

Effectifs :

Inconnus

Statut :

Protégée officiellement partout ; autrefois très chassée pour sa fourrure, elle est maintenant plutôt menacée par la disparition de son habitat

 

Signes particuliers

Tête

Elle est marquée de petites taches noires différentes des rosettes du corps. La gueule cache une belle denture de 30 dents dont la composition est classique : incisives 3/3, canines 1/1, prémolaires 3/2, molaires 1/1. Les canines sont de redoutables crocs et les dents carnassières sont représentées par la dernière prémolaire supérieure et la molaire inférieure.

Pelage

Les nuances dans le dessin de base de la fourrure varient selon les populations et selon les habitats. La fourrure des panthères de milieux secs et semi-désertiques est plus claire, plus grise et moins fortement tachetée que celle des animaux issus de la grande forêt tropicale humide. Dans leur cas, le pelage est d'une teinte plus chaude et les taches, vraiment noires, ressortent beaucoup plus. Le fond du pelage des panthères est gris en Iran et devient brun rouille à Java. Les variations de couleurs ont permis de distinguer des sous-espèces, mais les spécialistes ne sont pas vraiment d'accord sur leur nombre. Les panthères noires ne sont qu'une variation de pigmentation de la peau de l'espèce : deux petits de la même portée peuvent être l'un noir, l'autre tacheté, quelles qu'aient pu être les couleurs des parents.

Os hyoïde

Sous le crâne se trouve l'os hyoïde. Il est fixé à l'entrée de la trachée-artère, au niveau du larynx, et sert de support mobile aux muscles de la langue. Il a un peu une forme de H recourbé, avec la barre horizontale placée assez bas. Cet os est constitué de onze petits os soudés les uns aux autres. Cet ensemble forme un seul bloc et permet le ronronnement. Chez les grands félins, une pièce manque sur chacune des grandes branches de l'ensemble ; elle est remplacée par un ligament élastique, donc mobile. Ces animaux ne ronronnent pas comme les chats ; en revanche, ils rugissent. On a longtemps supposé qu'ils ne pouvaient pas ronronner du tout. En fait, ils en sont capables, mais le font moins que le chat domestique, et pas tout à fait de la même façon. Quant au rugissement, il est lié à la caisse de résonance offerte par l'élasticité du ligament de l'os hyoïde associée à la longueur de la langue et du voile du palais, le tout à l'entrée du larynx.

3. Panthère des neiges (Uncia uncia)

La position systématique de l'énigmatique panthère des neiges reste controversée. Généralement classée dans son propre genre, Uncia, elle est placée par certains auteurs aux côtés des quatre autres grands félins (lion, tigre, jaguar, panthère) dans le genre Panthera. Adaptée au rude climat des montagnes d'Asie centrale, cette espèce reste peu connue, tant il est difficile de pénétrer son habitat pour l'étudier. Son aire de répartition couvre quelque 2,3 millions de km2 mais, sa distribution étant très fragmentée, elle n'en occupe que 1,6 million de km2 — essentiellement en Chine et au Tibet.

Avec de 1 m à 1,30 m de long pour la tête et le corps, de 0,80 à 1 m pour la queue, et une hauteur au garrot d'environ 60 cm, elle est un peu plus petite que la panthère Panthera pardus. Son poids varie de 25 à 75 kg. La couleur dominante de son pelage est le gris pâle, ou le gris fumé légèrement teinté de jaune. Il est tacheté de marques noires sur la tête, le cou et le bas des pattes. Le dos et les flancs sont marqués de rosettes. La fourrure est épaisse et soyeuse et la tête apparaît relativement petite.

Le domaine de la panthère des neiges s'étend sur les prairies alpines, au-dessus de la limite des arbres, dans les paysages rocheux de la haute montagne. En été, elle monte jusqu'à la limite des neiges éternelles, entre 2 700 et 6 000 m. En hiver, elle redescend dans le fond des vallées, au niveau de la forêt, pour fuir des conditions climatiques trop difficiles et pour suivre des proies qui, elles aussi, vont chercher refuge plus bas. On peut alors la trouver à 1 500 m et, en Sibérie, à seulement 600 ou 700 m d'altitude. Le domaine vital individuel est de l'ordre de 12 à 40 km2, mais plusieurs panthères des neiges peuvent cohabiter et partager le même espace, tant les zones de recouvrement sont importantes. En pratique, elles cherchent à s'éviter, et chacune marque ses trajets.

L'époque de la reproduction se situe au début de l'année. La panthère des neiges ne rugit pas, contrairement aux autres grands félins, mais dispose de plusieurs cris d'appel.

Après 90 à 103 jours de gestation, il naît de 1 à 5 petits, le plus souvent 2 ou 3, dans un abri rocheux choisi par la femelle. En Russie, les naissances ont lieu en avril ; dans l'Himalaya, en juin ou juillet. Elles correspondent, en fait, au printemps, plus ou moins tardif selon la latitude et l'altitude. À la naissance, les chatons pèsent de 450 à 550 grammes, ce qui représente 1 à 2 % du poids de la mère ; ils mesurent 40 cm de long et leurs yeux sont fermés. Leur pelage est plus laineux que celui de l'adulte, plus sombre, avec des taches moins nettes, et la fourrure de la mère sera leur premier vrai manteau. Vers 1 semaine, ils ouvrent les yeux ; le sevrage intervient à l'âge de deux mois. À trois mois, ils commencent à suivre leur mère et ils vont apprendre à chasser. Ils passent leur premier hiver avec elle et sont matures à deux ans, âge de l'indépendance. La longévité peut atteindre 20 ans en captivité, ce qui est probablement très rare dans la nature.

Dans les zones fréquentées par la panthère des neiges, les proies ne sont pas rares. Elle peut choisir entre les ongulés de montagne et les espèces propres aux montagnes d'Asie (markhors, bharals et chevrotains porte-musc). Plus bas en altitude, elle peut capturer des cerfs et des sangliers. Elle ne dédaigne pas des proies plus petites comme les marmottes, en été, et les pikas (petits cousins tout ronds des lièvres et des lapins), ou même des oiseaux de montagne (perdrix des neiges ou tétraogalles), qui semblent représenter une part importante de son alimentation ; les captures de grosses proies sont relativement espacées, mais celles-ci sont consommées pendant plusieurs jours. Dans de nombreuses régions montagneuses de l'Himalaya, du Tien Shan ou de l'Altaï, la faune sauvage ayant été détruite par l'homme, la panthère peut chasser le bétail ; elle est donc chassée à son tour.

La panthère des neiges est sérieusement menacée, malgré les mesures officielles de protection. Tous les pays qui en hébergent ont édité des textes interdisant la chasse et la destruction de l'espèce. De plus, elle est classée en Annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) — toute capture, abattage, déplacement ou commerce est strictement interdit. Mais les règlements sont parfois peu respectés… La panthère des neiges souffre également de la destruction de son habitat et de la diminution des effectifs de ses proies. Sa population totale est estimée à moins de 2 500 individus adultes, et ses effectifs sont en déclin.

La panthère nébuleuse

La panthère nébuleuse



Appelée également panthère longibande, Neofelis nebulosa appartient elle aussi à un genre à part entière, Neofelis. De taille moyenne (environ 1 m, tête et corps, plus une queue de la même taille), elle peut peser de 16 à 23 kg. Son nom vient des larges taches de sa fourrure, plus foncées que le fond grisâtre ou jaunâtre. Elle vit dans les forêts, du Népal à la Malaisie, au sud-est de la Chine et sur les îles de Bornéo et Sumatra. C'est l'espèce de félidés qui possède, proportionnellement, les canines les plus longues. Elle se nourrit de nombreux petits mammifères. On ne connaît rien de sa reproduction dans la nature. En captivité, la gestation dure de 86 à 93 jours et il naît de 1 à 5 petits (2 en moyenne) de 140 à 170 g chacun. La panthère nébuleuse est surtout menacée par la disparition de son habitat, mais aussi par le braconnage. Sa sous-espèce de Taiwan est selon toute probabilité éteinte.

Il existe une autre espèce de panthère des neiges, Neofelis diardi, qui vit à Bornéo et à Sumatra — jusque récemment considérée comme une sous-espèce de Neofelis nebulosa, elle a été déclarée (en 2007) espèce à part entière sur la base d'études génétiques.

4. Origine et évolution de la panthère

La famille actuelle rassemble 37 espèces. Faute de fossiles suffisamment nombreux, il est bien difficile de retracer leur histoire évolutive. La lignée des félins aurait fait son apparition il y a 25 millions d'années environ ; le plus vieux fossile connu, candidat au titre d'ancêtre commun de cette dernière, est Proailurus, de petite taille et arboricole, qui date de cette époque. D'autres fossiles, les nimravidés et les barbourofelidés, longtemps considérés comme membres ancestraux de la lignée des félidés, en sont plutôt vus aujourd'hui comme des cousins, qui auraient évolué de façon différente à partir d'un ancêtre commun partagé avec les félidés.

La lignée conduisant à la panthère a émergé aux environs de - 5 millions d'années. Le genre Panthera lui-même serait apparu il y a 2 millions d'années. Panthera schaubi, à peu près de la taille d'une panthère actuelle, pourrait être son premier représentant (à moins qu'elle ne soit à rapprocher, comme le pensent certains auteurs, du puma). Dès le début du pléistocène, c'est-à-dire il y a moins de 2 millions d'années, le genre essaime à travers l'Afrique, l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord. C'est seulement un peu plus tard que se détache la branche qui se ramifie pour donner le lion, le tigre, le jaguar et la panthère. Ces deux dernières espèces ont, par ailleurs, des aires de répartition géographique très distinctes, puisque le jaguar est spécifique au continent américain, tandis que la panthère est particulière à l'Ancien Monde.

Aujourd'hui, malgré sa présence sur deux des cinq continents du globe, le genre Panthera ne s'en trouve pas moins menacé en de nombreuses contrées.

5. La panthère et l'homme

Animal mythique, inspirant, encore aujourd'hui, crainte et respect, la panthère n'en a pas moins été chassée. Le commerce de sa peau, la protection des troupeaux et l'intolérance générale ont peu à peu éliminé ce fascinant félin de plusieurs régions du monde.

5.1. Trois peaux pour un manteau

La beauté de leur pelage a coûté la vie à des milliers de panthères, que leur robe soit tachetée ou noire, que les taches soient petites ou grandes et, même, que l'on puisse y observer ou non un dessin comparable à celui du pelage du jaguar, avec des petites taches noires au centre des rosettes (il arrive que des peaux de panthères d'Asie soient semblables à celles des jaguars).

Le marché de la fourrure de félins tachetés atteint son point culminant dans le courant des années 1960, avec, certaines années, des chiffres officiels de l'ordre de 50 000 peaux de panthères commercialisées. Les États-Unis en ont importé jusqu'à 10 000 par an, soit l'équivalent de 3 333 manteaux (il faut environ 3 peaux pour faire un manteau).

Puis, les premières mesures de protection commencent à se mettre en place, à l'échelon national, dans certains pays. Entre 1968 et 1970, les États-Unis importent cinq fois moins de peaux qu'auparavant, passant ainsi de 10 000 à 2 000 peaux. Ensuite, des mesures internationales comme la Convention de Washington (Cites), réglementant le commerce international d'espèces sauvages menacées, sont mises en œuvre — la panthère y est inscrite en Annexe I (espèce menacée dont tout commerce, vivante ou sous forme de fourrure, est rigoureusement interdit) depuis 1975.

Aujourd'hui, il n'y a plus de commerce officiel de peaux de panthères au niveau international, mais, malheureusement, le braconnage subsiste.

5.2. Symbole de courage et de sagesse

Puissante, mystérieuse, imprévisible, revêtue d'une fourrure magnifique, la panthère possède également une forte valeur symbolique dans les pays où elle vit. La fascination de l'homme pour cet animal explique également la disparition de ce félin de certaines contrées. Le chasseur qui réussit à le tuer reçoit marques de respect et honneurs. En Afrique occidentale, la panthère est le symbole de la sagesse et du courage. En Afrique orientale, chez les Karamoja et chez les Acholi, seuls les guerriers ont le droit de posséder des peaux de panthère. Chez les Buganda, ce privilège est même réservé aux rois et aux chefs de clan. Toujours chez les Buganda, la queue de l'animal est parfois utilisée de façon très particulière, pour provoquer le retour à la maison d'un proche ou d'un parent qui est parti. Durant une cérémonie spéciale, la fourrure de la queue est brûlée dans une pipe. Pendant que la fumée s'envole, on récite une prière. Ce rituel magique jette un sort au fugitif : de même que la queue de la panthère remue sans cesse, le cœur de celui-ci restera sans repos tant qu'il ne reviendra pas là où on l'attend.

En Afrique australe, les guerriers Matabele du Zimbabwe accédaient à un rang social élevé en chassant la panthère munis d'armes fort modestes. Ils allaient provoquer le félin avec une branche touffue d'acacia épineux, jusqu'à ce que l'animal finisse par les charger en bondissant. Ils devaient alors l'abattre à l'aide d'un simple gourdin.

Les griffes de la panthère sont considérées comme des porte-bonheur. Elles apportent chance et stabilité dans les affaires. Les moustaches sont également appréciées : coupées en petits morceaux et mêlées à la nourriture, elles font passer de vie à trépas celui qui les ingère, en provoquant des perforations de l'intestin.

Une des formes les plus mystérieuses de célébration de la panthère est probablement celle liée à la secte des hommes-panthères. Il s'agit d'une société secrète qui comptait des adeptes dans de nombreuses régions du continent. Ses membres auraient travaillé pour le compte de certains dirigeants et auraient été chargés d'exécuter diverses personnes. Ils agissaient couverts d'une peau de panthère, le visage masqué par un fragment d'écorce tacheté, des griffes métalliques aux mains. Ils se considéraient comme l'animal qu'ils représentaient.

5.3. Panthères mangeuses d'hommes

Il existe quelques cas de panthères mangeuses d'hommes, rapportés en Afrique comme en Asie. En Afrique orientale, plusieurs cas de panthères spécialisées dans la chasse à l'homme ont été signalés. En 1948, dans la région de Kalingombe, province d'Ubena, deux panthères ont tué 12 enfants et 2 adultes. D'autres, entre Njombe et Chimbala, ont tué 17 personnes entre 1951 et 1952. C'était souvent dans des endroits récemment habités par des hommes ; les panthères, comme les lions, d'ailleurs, ont instinctivement réagi en élargissant leur éventail de proies. Elles étaient tout à fait capables de chasser d'autres animaux, mais certaines se sont spécialisées, choisissant l'homme comme d'autres les chacals, les gazelles de Thomson ou les impalas. Le triste mais célèbre record du genre revient à l'Inde. Au début du xxesiècle, une même panthère aurait tué près de 200 personnes.

Aujourd'hui encore, des accidents surviennent, mais ils sont rares.

5.4. Une situation variable

Après avoir été considérée comme menacée par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) au début des années 1990, elle bénéficie depuis 1996 du statut « faible risque ». Cependant, ses effectifs sont en diminution et sa situation dépend des régions. Plusieurs de ses sous-espèces sont ainsi très menacées, voire au bord de l'extinction — telles celles du Sri Lanka et du sud-ouest de la Turquie. Pour sauvegarder ce grand prédateur, il faudrait parvenir à supprimer le braconnage, maintenir une densité de proies suffisante et, surtout, préserver son milieu naturel. Toutes les sous-espèces de panthère en voie de disparition sont confrontées à des situations où ces facteurs échappent à tout contrôle.

La panthère est encore bien présente en Afrique subsaharienne, mais elle est devenue rarissime en Afrique du Nord. Au Maroc, dans l'Atlas, la panthère d'Afrique du Nord, Panthera pardus panthera, est aujourd'hui probablement éteinte. Pourtant, dans les années 1950, ses effectifs étaient passés d'une cinquantaine d'individus à une centaine grâce à un programme de protection. Mais, à partir de 1970, la chasse n'a plus été contrôlée ; la dernière observation d'une panthère dans le pays remonte au début des années 1990. En Algérie, la panthère occupait les forêts méditerranéennes : il semble que la dernière ait été tuée vers 1960 à la frontière tunisienne, près de El Kala. La panthère a aussi probablement disparu d'Égypte et du Liban, et n'existe plus en Libye.

Sur le continent asiatique, la panthère reste assez abondante en Asie du Sud-Est (sauf à Java et au Sri Lanka, où elle est très menacée), en Inde et en Chine. En revanche, elle est menacée dans le nord-est de son aire de répartition. En Asie occidentale et centrale, elle n'est représentée que par des populations de petite taille et isolées. Elle a disparu du Koweit, de Syrie, de Singapour, de Hong Kong, et probablement de la Corée du Sud et des Émirats arabes unis. Ailleurs dans la péninsule arabique, elle est également en danger.