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chacal

Chacal
Chacal

Dans les plaines et les broussailles de l'est et du sud de l'Afrique, le chacal apparaît souvent non loin des troupeaux de gazelles. Mal aimé des hommes de ces pays, il sait pourtant s'adapter à toutes les situations et partage ses proies avec les autres prédateurs africains.

Introduction

Identifié en 1775, Canis mesomelas est un membre de la vaste famille des canidés et appartient à l'ordre des carnivores. Ses origines, qu'il partage avec les carnivores africains comme les hyènes, les lions, les panthères, les lycaons ou les autres espèces de chacals, restent assez obscures. Les quelques fossiles de cet ordre, trouvés dans l'Est africain en particulier, ne les éclairent que faiblement. Les habitats de ces premiers carnivores existant toujours aujourd'hui, on se réfère directement aux espèces vivantes pour éclairer de nombreuses facettes de leurs ancêtres.

Tous les carnivores modernes ont pour ancêtre un animal de petite taille, Miacis, qui peuplait l'Amérique du Nord à l'éocène, il y a 40 millions d'années. Il était pourvu de dents carnassières plus développées à l'avant qu'à l'arrière. Mac Intyre supposait, en 1966, qu'il était insectivore, prédateur spécialisé et arboricole.

Le lignage des canidés s'est développé presque entièrement en Amérique du Nord. Dès l'oligocène (– 30 millions d'années), Hesperocyon, à l'allure comparable à celle de la genette, abandonnait la vie arboricole pour chasser au sol. Tomarctus, apparu au milieu du pliocène (– 10 millions d'années), serait le premier véritable canidé. Connu seulement à travers des crânes et des dents, il garde pour l'instant le secret de sa morphologie.

La trace la plus ancienne du Canis mesomelas contemporain (chacal à chabraque) date du pléistocène inférieur (1,7 million d'années). Elle est constituée par les fossiles découverts dans les gisements des gorges de l'Olduvai, en Afrique de l'Est. Ce chacal est ainsi l'un des premiers membres connus du genre Canis ; il apparaît comme une forme exceptionnellement ancienne, qui aurait traversé les âges avec une remarquable stabilité.

Déifié en Égypte comme le lion ou le crocodile, il figure sur les peintures des tombes pharaoniques, comme guide des âmes des défunts ou juge des Enfers. Fréquemment cité dans les légendes des peuples africains, il est aujourd'hui chassé et décimé par les éleveurs, dont il pille les troupeaux.

Tout le monde s'accorde cependant à lui reconnaître un rôle essentiel dans l'équilibre écologique de la savane : en nettoyant les carcasses des animaux morts et en achevant ceux qui sont malades, il empêche certainement la propagation de nombreuses maladies de la faune africaine.

La vie du chacal

Des couples formés pour la vie

Le chacal à chabraque, appelé aussi « chacal à dos argenté », se déplace beaucoup en quête de nourriture. Ces longues errances sont ponctuées par des séances de repos, à l'abri d'une tanière qu'il a creusée, par des moments de convivialité familiale ou de jeux en groupe et par des bains de soleil.

Très mobile, il s'active surtout au crépuscule. S'il est dérangé, il sort alors la nuit. On peut cependant observer des chacals le jour, dans les parcs nationaux, en particulier pendant la saison des pluies.

La famille constitue la cellule sociale de base. Mâle et femelle forment un couple monogame stable, qui se lie généralement pour toute la vie et réside sur un même territoire. Après la saison de reproduction, le couple se sépare quelque temps. Mâle et femelle se rencontreront épisodiquement dans des lieux privilégiés et se retrouveront au bout de six mois environ pour une nouvelle saison de reproduction.

La famille comprend les parents et les petits d'une même portée. Mais les observations faites dans le parc du Serengeti, en Tanzanie,  confirment que les jeunes de la portée précédente, devenus adultes, continuent parfois à vivre avec le couple, malgré la présence d'une nouvelle portée.

Dans les plaines du Serengeti, le chacal à chabraque vit aux alentours des troupeaux d'ongulés. À côté des quelques couples résidents, les jeunes adultes des deux sexes qui n'ont pas réussi à se constituer un territoire restent indépendants. Ils adoptent une vie nomade et suivent les migrations des gnous, des zèbres et des gazelles de Thomson.

Les nomades se déplacent par groupes de six individus ou plus. En dehors de leurs nombreuses rencontres auprès des carcasses abattues ou trouvées, ils se réunissent souvent pour jouer, après tout un cérémonial de salutations, qui respecte la position hiérarchique de chacun.

Outre les postures et les marques odorantes, le chacal à chabraque dispose de tout un répertoire de communications sonores. Il jappe, grogne et hurle ou glapit, dans la posture typique des loups, la tête rejetée en arrière. Selon les études faites dans le Serengeti et le désert du Kalahari, on pense que ces différents cris lui servent à se distinguer des autres espèces de chacal.

Cérémonial du salut entre deux chacals étrangers

Cérémonial du salut entre deux chacals étrangers



Le zoologiste hollandais Hugo Van Lawick a observé les différentes attitudes des chacals lorsqu'ils se rencontrent. Le premier chacal aborde de biais le second, qui s'assied, lève une patte et touche l'épaule du premier. Celui-ci pivote et vient écraser sa croupe contre le corps de l'autre, puis lui décoche plusieurs coups à l'épaule. L'attaque peut se répéter deux ou trois fois. L'attaquant offre ensuite une fiente séchée, invitant son congénère à partager des jeux tels que lancer la fiente et la rechercher, se poursuivre autour d'un buisson, se disputer une brindille en tirant chacun à un bout... Les mêmes réitèrent le cérémonial les jours suivants.

Ce comportement au cours de ces rencontres permet visiblement de révéler le chacal dominant, sans passer par le combat. Il contribue à établir des hiérarchies temporaires et structure des regroupements sociaux autres que familiaux.

Un territoire âprement défendu

Lorsque le mâle fait sa cour, il aborde la femelle la queue tendue vers l'arrière, le plastron hérissé et les oreilles pointées vers l'avant. Il arrive que la femelle, lorsqu'il renifle sa croupe, pivote et manifeste son désaccord en lui décochant fermement un coup de patte avant de s'éloigner pour rejoindre un rival. Le couple, une fois établi, renforce ses liens par de fréquentes salutations et de longues séances de léchage, qui peuvent durer une demi-heure.

Mâle et femelle établissent et entretiennent leur territoire, tout en trottinant en tandem. Ils en marquent les limites en urinant et en déféquant au sommet des touffes d'herbe. Les sécrétions des glandes anales renforcent le signal, précisant sans doute aux autres chacals qui passeraient par là l'identité de l'individu marqueur sur les bornes du territoire.

Le diamètre de celui-ci varie de 1 à 3 km. Le couple protège son domaine contre l'intrusion de tout chacal étranger. La femelle se montre agressive envers les autres femelles et le mâle menace violemment les intrus de son sexe ; il n'hésite pas à passer à l'attaque s'il le faut.

Selon la configuration du terrain et l'abondance des proies, le couple creuse une tanière, dessine des pistes et choisit des emplacements réservés aux bains de soleil et au repos.

Un chasseur avisé

Le chacal à chabraque mange presque toutes les proies à sa taille qu'il rencontre. C'est l'environnement qui détermine en partie son régime alimentaire. Dans le Serengeti, l'essentiel de son régime est constitué par les petites gazelles de Thomson, et les bousiers, insectes qui se nourrissent des excréments d'herbivores. Il y consomme rarement des charognes : 3 % seulement du volume de ses excréments proviennent de l'absorption de cadavres de grands animaux. Dans les régions de broussailles, il mange moins de gazelles et se nourrit surtout de rongeurs et de petits mammifères. Les périodes de sécheresse obligent le chabraque affamé à parcourir de grandes distances. On le voit parfois trotter, solitaire, sur plus de 1 km, creuser, renifler et tendre l'oreille en vain. Il se contente alors d'insectes, de lézards, de rats ou de serpents, parfois même de fruits, pendant plusieurs mois.

Dans le cratère du Ngorongoro (Tanzanie), où les gnous sont les herbivores les plus représentés, les chacals à chabraque vivent moins de chasse que de jeunes proies fraîchement tuées aussitôt nées. La période des naissances des gnous offre ainsi l'occasion de grands festins saisonniers : grâce à la finesse de leur odorat, les chacals repèrent les femelles qui viennent de mettre bas et guettent l'expulsion du placenta. Comme les naissances ont lieu pratiquement en même temps, les chacals passent d'une femelle à l'autre.

En Afrique du Sud, les chacals vivent davantage de charognes, tandis que, dans les déserts, les insectes et les lézards constituent la part prépondérante de l'alimentation. À proximité des groupes humains, les chacals se font détester pour leurs vols effrontés de volaille et de nourriture.

Le régime alimentaire du chacal subit aussi des variations saisonnières. Wyman a observé au Serengeti que, les premiers mois de l'année, les insectes constituent 50 % de la nourriture du chacal solitaire. Mais, dès que les couples sont établis, le taux de prédation sur les gazelles augmente de façon significative.

Une technique éprouvée

Le chabraque chasse seul, par deux, parfois à plusieurs. Selon Wyman, les chances de réussite augmentent de 50 % lorsque les chacals s'associent.

La technique la plus typique consiste à poursuivre ouvertement la proie jusqu'à briser sa résistance. Lorsque la victime est épuisée, le chabraque l'attaque aux pattes, mordant les tendons jusqu'à ce qu'elle s'effondre. Il donne alors le coup de grâce par une morsure à la gorge.

Lorsque deux chacals poursuivent une antilope accompagnée de son petit, l'un attaque la mère et l'éloigne, tandis que l'autre s'empare du jeune. Le premier animal s'arrête bientôt de poursuivre la mère et rejoint son congénère pour partager la proie.

La nuit, le chacal se sert beaucoup de son excellent odorat pour chasser ou repérer les carcasses. Grâce à son ouïe très fine, il détecte facilement les rongeurs, sur lesquels il retombe verticalement après avoir sauté en l'air, effectuant ce qu'on appelle un « saut de souris ». Il utilise la même technique pour capturer les bousiers et les sauterelles. Papillons et coléoptères sont saisis au vol. De même, c'est à vue qu'il surveille les oiseaux dans le ciel et repère le lieu où ils atterrissent.

Un régime alimentaire varié et équilibré

Un régime alimentaire varié et équilibré



Le chacal à chabraque explore le sol et les fientes en quête de termites, de bousiers ou de larves. Il capture d'un bond les sauterelles et les grillons. Il consomme fourmis ailées, araignées, scorpions, crabes, grenouilles, lézards ou même certains serpents venimeux. Il pille les nids au sol, croquant œufs ou couvées de cailles et d'autruches. Parmi les mammifères, il chasse hérissons, mangoustes, rats ou lièvres ; il s'attaque aux petits des gnous ou des impalas, mais les seuls adultes à sa portée sont les dik-diks et les gazelles de Thomson. Il peut achever, en revanche, des adultes malades ou blessés d'espèces aussi imposantes que le rhinocéros. Des fruits tombés, des noisettes, des baies, de l'herbe et des champignons complètent parfois, si nécessaire, son ordinaire.

La lutte pour les proies

Le chacal en quête de nourriture établit avec les autres espèces animales divers types de relations : association, commensalisme, compétition ou prédation.

Perpétuellement aux aguets il décrypte de loin les signes sonores d'une chasse menée par les fauves. Il guette dans le ciel les vautours, dont le tournoiement indique la présence d'une charogne. À l'inverse, les rapaces ont l'habitude de suivre les déplacements des chacals, qui les mènent directement aux carcasses.

Le chacal à chabraque bénéficie des proies des lions et des léopards, sans que cela nuise à ces grands prédateurs. Il arrive souvent le premier aux abords de la victime du félin et dérobe prestement des petits morceaux de viande avant même que celui-ci ait fini son repas.

Dans la lutte pour la nourriture qui l'oppose au chacal doré, à la hyène, au vautour ou au marabout, il fait preuve d'une grande témérité et de beaucoup de vivacité. Il défend âprement ses quartiers, même contre les hyènes, beaucoup plus grandes que lui, à plus forte raison s'il s'agit de sa propre prise ou si la carcasse se trouve sur son territoire.

Il bondit et décoche des ruades aux aigles bruns ou aux milans, qui tentent d'enlever ses petits ou l'attaquent à coups d'ergot sur le dos pour s'emparer de la viande qui leur est destinée.

Il agit parfois en étroite association avec certains prédateurs.

Shortridge a rapporté, en 1934, que les chacals à chabraque rejoignent parfois les hyènes brunes sur le littoral sud-africain et qu'ils y débarrassent les plages des cadavres de jeunes lions de mer, écrasés par inadvertance sous le poids des adultes. Ils s'emparent aussi des placentas et des nouveau-nés des otaries à fourrure.

Ils sont très attentifs aux activités de leurs proies qu'ils observent avec attention pour mieux les pourchasser. Ils surveillent aussi les gazelles de Thomson, les dik-diks, divers rongeurs, oiseaux, insectes et même des serpents.

Insouciants, les petits apprennent en jouant

La reproduction des chacals n'est pas liée à une saison donnée : son époque peut varier d'une région à l'autre, l'espèce étant très disséminée. Ainsi, dans le parc Kruger, en Afrique du Sud, les petits naissent en novembre, tandis qu'au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie du Nord, les naissances s'étalent de juillet à octobre. La femelle donne naissance le plus souvent à quatre petits, mais la portée peut aller jusqu'à neuf. La mise bas s'effectue dans une tanière creusée par le mâle ou par la femelle, ou située dans le terrier d'une autre espèce. La croissance ressemble à celle du chien domestique, et des autres animaux de l'espèce Canis.

Le naturaliste Hugo Van Lawick a constaté que les chacals ont plusieurs tanières et en changent au fur et à mesure que les petits grandissent : lorsque ceux-ci sont dérangés par quelque prédateur, ils déménagent aussitôt. Il y a parfois jusqu'à 500 m d'une tanière à l'autre.

Les premiers hurlements se font entendre lorsque les petits sortent de la tanière, vers 3 semaines, et le sevrage a lieu vers 8 à 9 semaines. Cette période coïncide avec les déplacements fréquents des animaux d'une tanière à l'autre, déplacements qui multiplient les risques d'agression de la part de prédateurs. Ceux-ci profitent de l'absence presque totale de vigilance des bébés chacals. C'est le cas en particulier des oiseaux de proie, principaux ennemis des petits. Le chacal adulte ne peut rien en effet contre la rapidité du rapace, quand celui-ci fond sur sa progéniture. En revanche, il est mieux armé pour le défendre contre les attaques des hyènes. Hugo Van Lawick était en train d'observer un bébé chacal, quand il a vu une hyène tenter de l'approcher : aussitôt, les parents se sont mis à mordiller l'arrière-train et les pattes de l'intruse, au niveau des tendons, jusqu'à ce que celle-ci abandonne le terrain.

Dès le sevrage, les adultes commencent à régurgiter de la nourriture pour les petits. L'impatience de ces derniers est telle qu'ils laissent à peine aux parents le temps de baisser la tête. Pour calmer cette hâte, l'adulte leur administre un petit coup de dent sur le nez. Enfin, vers l'âge de 6 mois, le chacal prend son indépendance et part en chasse pour trouver sa nourriture.

Les jeux

Les jeux



À peine sorti de sa tanière, le petit joue avec tout ce qu'il trouve, crottes d'herbivores, brins d'herbes, plumes, papillons, grenouilles, ou même la queue d'un frère. Ce sont aussi des poursuites endiablées autour d'un massif d'arbustes ou d'un tronc d'arbre. Après le sevrage, ces ébats s'accompagnent presque toujours de divers hurlements et de grognements.

C'est en se battant entre eux que les petits apprennent la technique des coups d'épaule et de croupe si caractéristique des chacals adultes lorsqu'ils se rencontrent. Dans ce dernier cas, les plus grands initient les plus petits à ces comportements indispensables.

Le rôle des aînés

Dans la petite famille des chacals, les aînés ont un rôle d'assistance indispensable. Il est courant de les voir rester avec la nouvelle portée. Une étude effectuée dans le Serengeti, en 1978, montre que, pour 12 des 19 portées du chabraque observées, les aînés participaient à la défense et à l'alimentation des nouveau-nés (ils apportaient de la nourriture à la mère pendant qu'elle allaitait), libérant ainsi les parents qui, sans l'aide de ces « grands », auraient eu leurs petits à leur charge pendant 40 % de leur temps. Dans ces familles ainsi assistées, la présence d'un aîné permet à trois petits de survivre au lieu d'un seul, augmentant ainsi considérablement le taux de natalité pour chaque couple.

Pour tout savoir sur le chacal

Chacal à chabraque (Canis mesomelas)

En dépit de sa mauvaise réputation, ce canidé, qui fait penser à la fois au chien domestique et au renard (avec de plus grandes oreilles toutefois), est un très bel animal dont le pelage – sombre et légèrement argenté sur le dos, roux partout ailleurs – est particulièrement apprécié dans les zoos, où l'espèce se reproduit plutôt facilement.

Il a des pattes fines mais robustes, aux griffes non rétractiles qui lui permettent de creuser la terre, soit pour trouver sa nourriture, soit pour creuser sa tanière, soit encore pour enterrer les morceaux de viande et se constituer des réserves.

Son museau étroit lui est utile pour fouiner dans les petits trous où se nichent mulots, termites ou vers de terre.

Ses oreilles longues et larges sont une des caractéristiques qui le distinguent des autres chacals, ses cousins (chacal doré, chacal rayé et chacal de Simien).

Trois de ses sens sont particulièrement développés. Son odorat lui permet de détecter, la nuit, les charognes ainsi que d'autres proies. En outre, lorsque deux chacals se rencontrent, ils se reniflent réciproquement, comme le font tous les canidés. Le chacal possède au niveau de l'anus une glande sécrétant une substance odorante qui se mêle aux défécations lors du marquage du territoire. C'est aussi à l'odeur qu'il connaît l'état physiologique du congénère abordé. Sa vue perçante lui permet de suivre de loin les évolutions des marabouts et des vautours qui tournoient dans le ciel au-dessus d'une carcasse ou d'un animal blessé. Il saisit également les déplacements des lionnes en chasse et peut se rendre le premier sur les lieux du festin. Enfin, son excellente ouïe lui assure un repérage rapide des animaux qui se déplacent dans des galeries souterraines.

On trouve le chacal essentiellement dans l'est et le sud-ouest de l'Afrique, dans les régions de broussailles aux abords de zones désertiques et maritimes.

Audacieux, il n'hésite pas à dérober au lion une partie de sa nourriture. C'est aussi un vrai chasseur, même s'il ne s'attaque qu'à des proies à sa taille, c'est-à-dire relativement petites. Il préfère chasser au crépuscule et la nuit. Mais, dans les réserves où il n'est pas dérangé par les hommes, on peut le rencontrer en quête de proies durant la journée.

Son système digestif s'adapte à toutes sortes d'aliments. Il peut faire une grosse consommation de rongeurs et d'insectes, mais également d'herbes et de fruits. S'il préfère généralement les êtres vivants, il ne rechigne pas à l'occasion devant des charognes ou des détritus, ce qui est à l'origine de sa mauvaise réputation. Il est, dit-on, l'éboueur de la savane...

Il n'hésite pas non plus à s'approcher des hommes, de leurs poulaillers et de leurs troupeaux, qu'il lui arrive de décimer.

Trotteur infatigable, il parcourt de longues distances à la recherche de sa nourriture. Il vit en couple ou en petits groupes de célibataires, mâles et femelles. Il se comporte comme un petit roquet joueur et ne suscite pas la méfiance des autres animaux. Bien que pourchassé par l'homme, il reste toujours vigilant et sait déjouer les ruses de ses poursuivants.

Comme tous les canidés, lors de la copulation, le mâle et la femelle restent prisonniers l'un de l'autre pendant une vingtaine de minutes.

Au terme d'une gestation d'environ deux mois, 4 petits naissent en moyenne. Ces chiots ont un pelage plus foncé que celui de l'adulte et leurs yeux ne s'ouvrent qu'au bout de dix jours. À 3 semaines, ils peuvent sortir de leur tanière. Vers 8 ou 9 semaines, c'est le sevrage. Ils atteignent leur maturité sexuelle entre 10 et 12 mois.

CHACAL À CHABRAQUE

CHACAL À CHABRAQUE

Nom(genre, espèce) :

Canis mesomelas

Famille :

Canidés

Ordre :

Carnivores

Classe :

Mammifères

Identification :

Se situe entre le chien domestique et le renard à grandes oreilles ; ventre roux clair contrastant avec le dos gris ardoise ; longue queue touffue à l'extrémité noire

Taille :

De 65 à 74 cm de long, de 38 à 48 cm de haut ; queue de 30 à 38 cm

Poids :

De 7 à 13,5 kg. Mâle environ 1 kg plus lourd que la femelle qui pèse en moyenne 8,5 kg

Répartition :

Est, sud et sud-ouest de l'Afrique : Angola, Botswana, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Lesotho, Mozambique, Namibie, Somalie, Afrique du Sud, Soudan, Swaziland, Tanzanie, Ouganda, Zimbabwe.

Habitat :

Savane broussailleuse, mais aussi déserts du sud-ouest de l'Afrique

Régime alimentaire :

Carnivore, détritivore, omnivore

Structure sociale :

Groupe familial ; couple monogame stable

Maturité sexuelle :

Entre 10 et 12 mois

Saison de reproduction :

N'est pas liée à une saison donnée ; principalement de juillet à octobre

Durée de gestation :

Environ 60 jours

Nombre de jeunes par portée :

De 1 à 8 (moyenne 4)

Longévité :

Jusqu'à 14 ans en captivité

Statut, protection :

Populations assez stables, bien que pourchassées, en particulier en Afrique du Sud. En dehors de certaines zones protégées, l'espèce ne bénéficie d'aucun statut particulier. Des recherches sont menées sur l'espèce en tant que vecteur de la rage. 

 

Signes particuliers

Tête

La disproportion entre le museau relativement petit et les grandes et larges oreilles donne au chacal à chabraque son allure caractéristique. Presque de la taille de ceux du fennec, ces grands pavillons, très mobiles, lui assurent une ouïe particulièrement fine et précieuse pour toutes ses activités – repérage des proies et des agresseurs, notamment la nuit, ou lorsque les hautes herbes l'empêchent de voir autour de lui. Le crâne, très aplati, donne une grande importance à la mâchoire. Celle-ci est typiquement celle des canidés, avec 4 longues canines et de petites dents carnassières. Bien qu'ils soient relativement petits, les yeux, sombres, ont une vue très perçante.

Arrière-train

La longue traînée sur le dos qui donne son nom au chacal à chabraque se poursuit sur la base de la queue, elle-même très proche de celle d'un renard. Cette queue à l'extrémité sombre est constituée de poils longs et denses. Les pattes, à la fois minces et très résistantes, reposent sur 4 doigts et 5 coussinets plantaires. Une sorte de cinquième doigt, à l'intérieur de la patte, ne touche pas le sol. Leurs ongles ne sont pas rétractiles et ont une croissance continue.

Les autres chacals

Il existe trois autres espèces de chacals, qui ne présentent que de légères différences morphologiques par rapport au chacal à chabraque.

Chacal doré (Canis aureus)

Il est légèrement plus trapu que le chabraque. Poids : entre 7 et 15 kg. Hauteur : de 38 à 50 cm. Longueur : de 60 cm à 1 m, avec une queue de 20 à 30 cm.

Identification : son pelage est de couleur sable, avec l'extrémité de la queue noire. Une coloration qui varie selon les régions et tend à intégrer l'animal dans le paysage : il est, en effet, un peu plus gris dans les montagnes et plus roux sur le pourtour de la Méditerranée. Dans les régions tempérées, son pelage se fait plus épais l'hiver.

Comportement : ce canidé est moins téméraire à la chasse que le chabraque, sauf lorsqu'il s'agit de défendre une proie située sur son territoire. Il ne chasse par paires qu'à la période d'élevage des jeunes, contrairement au chabraque qui, lui, chasse ainsi toute l'année. Sa gestation est un peu plus longue (63 jours). Les naissances ont lieu en janvier-février en Afrique orientale et plus tard, en avril-mai, en Europe. Il n'atteint sa maturité sexuelle qu'à 11 mois et supporte bien la captivité : il peut vivre captif jusqu'à l'âge de 16 ans.

Répartition et effectifs : Afrique du Nord et du Nord-Est ; Asie centrale (Turkménistan) ; Péninsule arabique ; Proche-Orient ; Asie du Sud (Inde, Sri Lanka) et du Sud-Est (Thaïlande, Viêt Nam) ; Europe centrale (Albanie, Autriche, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Slovénie, Slovaquie) et méridionale (Grèce, Italie). Effectifs inconnus en Afrique ; au moins 80 000 dans le sous-continent indien où l'espèce est classée à l'Annexe III de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) [espèces inscrites à la demande d'une partie qui en réglemente déjà le commerce et qui a besoin de la coopération des autres parties pour en empêcher l'exploitation illégale ou non durable].

Chacal rayé (Canis adustus)

Il a les pattes et les oreilles plus petites que ses cousins des autres espèces. Poids : entre 6 et 14 kg. Longueur : de 65 à 80 cm. Hauteur : de 41 à 50 cm. Sa queue est assez touffue et un peu plus longue (30 à 40 cm) que celle du chabraque.

Identification : sa fourrure est longue et douce, avec des rayures noires et blanches sur les flancs, rayures qui ne sont pas toujours très nettes. En revanche, il se distingue aisément par le bout de sa queue, en général blanc.

Comportement : il est essentiellement nocturne, et on le dit timide, car il s'attaque aux gazelles moins volontiers que le chabraque et dévore plus souvent que lui des charognes. Pour toutes ces raisons, c'est lui qui correspond le mieux à l'image que l'on se fait habituellement du chacal. Les naissances ont lieu en juin, juillet et septembre-octobre. La durée de la gestation varie plus que chez le chabraque – allant de 57 à 70 jours.

Il supporte peu la captivité : une fois capturé, il ne peut vivre que jusqu'à l'âge de 10 ans. On ne l'entend guère : au lieu de hurler comme le chacal doré, il émet une sorte de hululement qui lui a valu d'être appelé « o loo ».

Cas d'adoption exceptionnel : en 1953, on a trouvé en Ouganda une femelle d'oribi, un petit bovidé, couchée sur 5 petits chacals rayés.

Répartition et effectifs: Afrique centrale, de l'Ouest et du Sud. Sa population est estimée à plus de 3 millions.

Chacal de Simien (Canis simensis)

Appelé aussi « loup d'Abyssinie », il est plus bas et plus long que le chabraque. Hauteur : 60 cm. Longueur : près de 1 m, avec une queue plus courte (25 cm) que celle du chacal à chabraque.

Identification : cet animal, au pelage d'un brun-roux tirant sur le jaune, au ventre blanchâtre, aux dents carnassières peu développées, a été étudié par les chercheurs Morris et Malcolm en 1977 dans les monts de Bale, situés au centre et au sud de l'Éthiopie.

Comportement : il ne semble pas avoir de territorialité, même s'il marque son passage de dépôts d'excréments. Actif le jour comme la nuit, il vit en couple, mais plus souvent en solitaire. La nuit, pourtant, les chacals de Simien se retrouvent et on les entend pousser ensemble des hurlements. Ce sont tantôt des glapissements aigus, tantôt des aboiements. On estime que la densité de leur population est en moyenne de deux individus par kilomètre carré.

Ce chacal mange des rongeurs (Tachyoryctes et Otomys) qu'il attrape sans creuser le sol, en faisant le « saut de souris », caractéristique aussi du renard. Les couples se forment en janvier et les naissances ont lieu en mai ou juin.

Répartition : Principalement l'Éthiopie.

Effectifs :  442 individus (139 animaux matures) dont 250 dans les monts de Bale, 93 dans les monts Arsi et 40 dans les monts Simen.  Classés « en danger » par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature).

Milieu naturel et écologie

Le chacal à chabraque vit la plupart du temps dans la savane ou dans des forêts clairsemées. On le trouve également dans des zones plus désertiques, essentiellement dans les parcs de l'Est africain, mais aussi en Afrique du Sud, sur la côte sud-ouest, la côte est et près du désert du Kalahari.

Dans les régions d'élevage, le chacal à chabraque s'attaque aux moutons (ce que ne font ni le chacal rayé ni le chacal de Simien) et constitue une réelle menace pour les troupeaux. Il est donc pourchassé, parfois empoisonné, par les habitants de ces régions.

Le chacal doré est l'espèce la mieux répartie en Eurasie et dans le nord de l'Afrique, où on la trouve jusqu'en Tanzanie. Il fréquente les régions relativement sèches et ouvertes, y compris les déserts d'Arabie et du Sahara, car il peut se passer d'eau pendant plusieurs jours.

Le chacal rayé fréquente plutôt les zones humides, les marais, les abords des forêts, les zones de cultures. On le rencontre jusqu'à 2 700 m d'altitude.

 Ces trois espèces cohabitent dans plusieurs pays d'Afrique où elles ne se font pas trop concurrence toutefois, grâce à la diversité de la végétation dans cette région et grâce aussi à leurs différences de comportements et d'habitats. Au sommet des collines couvertes de hautes herbes, on trouve plutôt les chacals dorés, tandis que les chacals rayés longent les cours d'eaux qui irriguent le plateau et que les chacals à chabraque fréquentent les zones les plus boisées.

Le chacal de Simien est cantonné dans les pâturages et les marécages de l'Éthiopie. On ne le rencontre pas à basse altitude dans la zone des forêts, et la persécution dont il est victime de la part des éleveurs et des bergers tend à le repousser vers la montagne.

Rôle écologique des chacals

Dans le cycle naturel appelé « chaîne alimentaire » qui assure la préservation des espèces, les chacals assument un rôle de premier plan. Ils sont en effet à la fois carnivores, prédateurs d'animaux vivants et de charognes et ils se nourrissent d'herbes et de fruits.

En achevant de dévorer les proies des lions, ils contribuent à « nettoyer » les régions qu'ils traversent. Ils font en effet disparaître des morceaux de viande fraîche, ou, plus rarement, des charognes (les hyènes et les vautours n'interviennent qu'après eux). Ils éliminent les milliers de placentas des herbivores qui mettent bas presque tous à la même période de l'année, et agissent également comme régulateurs des populations de rongeurs, d'insectes et de gazelles, en s'attaquant de préférence aux animaux malades ou blessés. Devenus trop nombreux, ces animaux risqueraient de détruire la végétation et de mettre en péril l'équilibre d'une région.

Le chacal et l'homme

Un animal familier

Envers ce grand maraudeur qu'est le chacal, l'homme a, depuis toujours, une certaine familiarité. Mais, dans l'imagerie populaire, c'est néanmoins un animal effrayant. Silhouette furtive trottant le long des sentiers à la tombée de la nuit, il évoque tout naturellement les mystères de la mort. D'où la place qu'il tient, depuis toujours, dans les mythes et les rites de nombreux pays de l'Afrique de l'Est.

Une divinité égyptienne

Le chacal fait partie des animaux qui, dans l'Égypte antique, étaient considérés avec respect et momifiés après leur mort. Les Égyptiens révéraient dans ces animaux tout ce qui était à la fois admirable et terrible : chez le lion, la férocité, chez le crocodile, la vigueur, chez la vache, sa sollicitude pour sa progéniture.

Sous les traits d'un chacal, Anubis était ainsi le dieu des Morts. Une statue de cet animal, qui le représente au repos, avec un museau particulièrement long et des griffes en argent, appartient au trésor enfoui dans la tombe de Toutankhamon.

Anubis aida Isis à embaumer Osiris après sa mort. Il présidait donc, par la suite, aux cérémonies de l'embaumement et conduisait l'âme des défunts vers l'au-delà. Plus tard, il devint juge des Enfers. Qu'on en ait fait le gardien des tombeaux est d'autant plus paradoxal que, à l'époque, il avait déjà la réputation d'exhumer des ossements humains et que, selon une coutume de l'Égypte primitive, les sépultures devaient être couvertes de pierres, non pour les signaler à une éventuelle postérité, mais pour les préserver précisément des chacals en maraude...

Quand l'anthropomorphisme, qui fait figurer les dieux à notre image, apparut, les divinités furent évoquées sous des traits humains tout en conservant un attribut de leur représentation animale. Anubis prit alors un corps humain sans perdre sa tête de chacal. Plus tard, dans le culte alexandrin de Sérapis et d'Isis, il fut identifié au dieu grec Hermès et prit le nouveau nom d'Hermanubis.

L'ancêtre du chien ?

Presque tous les comportements des chacals nous font penser à ceux du chien. En fait, les peintures rupestres prouvent que l'homme primitif utilisait déjà un canidé comme animal domestique. Jusqu'à présent, la communauté scientifique a, sur la base d'études morphologiques et génétiques comparées, admis que ce canidé était le loup et que celui-ci était l'ancêtre du chien. Mais certains chercheurs – Jonathan Kingdom en particulier – font valoir pour les origines du chien d'autres arguments basés, eux, sur l'observation du comportement, et qui feraient plutôt pencher la balance du côté du chacal.

Pour Kingdom, le loup n'a pas pu être un allié crédible de l'homme primitif dont il était, comme chasseur, le rival. En revanche, le comportement moins farouche et plus ludique du chacal rendait son abord plus facile pour nos ancêtres. On sait, en effet, qu'avec les autres animaux, en particulier les gros prédateurs, le chacal peut jouer le rôle de rabatteur quand il batifole près des troupeaux. Pourquoi ne jouerait-il pas le même rôle avec les hommes ? D'autant qu'il maraude souvent à proximité de leurs habitations. Dans certains cas, il va même jusqu'à s'approcher d'eux et à se substituer au chien. En 1928 déjà, Percival avait remarqué que de nombreux chacals rôdaient autour des fermes massaïs et que certains d'entre eux avaient été domestiqués. Dans ce cas précis, ils remplaçaient effectivement les chiens, dont la population avait été décimée au début du xxe siècle par des épidémies de peste bovine.

Les deux thèses trouvent une sorte de compromis chez l'éthologiste allemand Konrad Lorenz, pour qui certaines races de chiens descendraient du loup, d'autres du chacal. Mais, en l'absence de preuves irréfutables, le débat reste ouvert.

Au cœur des légendes africaines

Aujourd'hui encore, la figure du chacal est mêlée à toutes sortes de rites et de légendes africaines. Dans certaines régions, son glapissement est interprété comme le présage d'une mort imminente. Mais l'animal peut aussi porter bonheur : sa peau et ses ongles sont vendus, par exemple, au marché de Kampala pour servir de gris-gris capables d'éloigner les esprits malins. Ailleurs, son cœur bouilli soigne, dit-on, l'épilepsie. Les Dogons, population troglodyte et animiste qui vit nichée, au Mali, dans les falaises de Bandiagara, depuis plus de 2 000 ans, possèdent, pour leurs cérémonies et leurs danses funèbres, de nombreux masques représentant des animaux. Danser avec un masque de chacal contraint l'individu à une chorégraphie particulière et lui fait perdre son identité : peu à peu ses gestes changent et il se métamorphose en chacal.

Jonathan Kingdom s'est particulièrement intéressé à un rituel appelé « kutamukago ». C'est une sorte de pacte amicalement conclu avec les chacals pour que ceux-ci s'opposent à l'action néfaste des mauvais esprits. Paradoxalement, ce pacte passe par le sacrifice sanglant d'un de ces animaux. Nul besoin, pour cela, de le chasser : il suffit simplement de l'écraser à l'aide d'une voiture...

Les évocations du chacal dans les récits et les contes africains témoignent de la répartition des espèces de chacals à travers l'Afrique. Au Sénégal « Thile le Chacal » côtoie « Bouli l'Hyène » et « Gayndé le Lion ». Au Tchad, où sa figure est omniprésente dans la tradition orale, la renommée du chacal est basée sur son astuce qui l'aide à sortir de toutes les situations, même les plus difficiles.

Dans les contes, il est choisi comme juge par les autres animaux, même si, le plus souvent, il prend le parti du plus fort et trompe volontiers son monde. Son ambition démesurée est parfois punie par le ridicule, voire par la mort.

Le récit le plus significatif à cet égard est un conte zaghaoua recueilli par Marie-José et Joseph Tubiana. Dans un village bâti autour d'un grand arbre, tous les animaux de la brousse vivent en bonne entente jusqu'au jour où le lion explique qu'il ne peut vivre sans chair fraîche : « Chaque soir, annonce-t-il, je mangerai l'un d'entre vous » Dans l'affolement général qui suit cette déclaration, ses compagnons s'adressent alors à celui d'entre eux qui leur semble le plus savant et le plus adroit. C'est le chacal. Il est proposé immédiatement comme arbitre. Le lion accepte, mais tente aussitôt de mettre le chacal de son côté. Celui-ci tergiverse, cherche à se concilier tout le monde, se défile sous des prétextes divers, tente de gagner le plus de temps possible, jusqu'au moment où il est acculé à un affrontement avec le lion. « Ne crains-tu pas, lui demande prudemment le chacal, toi qui dévores les autres, d'être mangé à ton tour ? » L'observation suffit à susciter l'ire de son interlocuteur qui couvre d'injures l'arbitre improvisé. Ce dernier se moque de lui et prend la fuite. Le lion se précipite sur ses traces, sans parvenir à le rattraper. Et, pendant ce temps, voyant qu'on ne s'intéresse plus à eux, les autres animaux ont pris la poudre d'escampette...

D'une façon générale, face au lion presque toujours représenté comme un maître aussi puissant que paresseux, le chacal se défile ou feint de courber l'échine, tout en n'agissant qu'à sa guise. Il n'est jamais un ami fiable, comme on le voit dans cet autre conte zaghaoua intitulé le Chacal associé avec le lion. Dans ce récit, le chacal, qui appelle familièrement le lion « mon oncle », lui sert à la fois de guetteur et de cuisinier. Il rabat un chameau pour que le lion l'égorge. Chargé ensuite de découper la viande de la victime et de la faire rôtir, le « neveu » jette dans le feu une pierre, qu'il enduit ensuite de graisse bouillante. C'est cette pierre qu'il met dans la gueule de son associé peu vigilant, après lui avoir crié : « la viande est cuite ! » Le malheureux « oncle » meurt après des souffrances épouvantables, et son assassin peut tranquillement jouir du festin à sa place, puis s'installer dans sa tanière, non sans avoir confié le rôle de guetteur à... un hérisson.

En Afrique, le chacal à chabraque a donc un rôle ambigu : il est à la fois animal pourchassé lorsqu'il décime les troupeaux et animal domestique quand les hommes parviennent à l'apprivoiser. Sa fourrure est même parfois utilisée pour des costumes ou des cérémonies, mais cette utilisation reste locale. Aujourd'hui, cette espèce n'est cependant pas menacée (seul le chacal de Simien fait l'objet d'une protection légale).