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babouin

Babouin
Babouin

Qualifié de petit homme des bois par les descriptions du Moyen Âge, le babouin est l'un des rares primates à mener une vie essentiellement terrestre. Comme les premiers hominidés, ses cousins, il a sans doute réussi à survivre grâce à son mode de vie très social.

1. La vie du babouin

1.1. Des troupes unies dormant dans les arbres

Composées à la fois de mâles, dont plusieurs adultes dominants, et de femelles accompagnées de leurs jeunes, les troupes de babouins sont plus ou moins nombreuses. Elles comptent en moyenne une cinquantaine d'animaux, mais certaines regroupent à peine huit membres, tandis que d'autres rassemblent plus de 200 babouins de tous âges.

Des jeux au réveil

Dès que le jour se lève, les frondaisons de l'arbre dans lequel la troupe tout entière a passé la nuit s'agitent. Les jeunes mâles s'éloignent des femelles pour se livrer à toutes sortes de jeux matinaux plutôt bruyants. Pendant ce temps, le reste de la troupe se contente de bâiller et de se gratter. Bientôt, tous – jeunes ou vieux – descendent de leurs perchoirs pour arpenter la savane.

Une tolérance relative

Chaque bande possède son domaine vital, auquel elle reste longtemps attachée. L'extension de ce domaine varie de 2 à 40 km2 selon l'importance du groupe et la richesse du milieu. Il n'est pas réellement défendu par les singes, qui le partagent souvent avec plusieurs autres bandes. En règle générale, elles ont tendance à s'éviter, mais se côtoient parfois – sans pour autant se mélanger –, autour des trous d'eau par exemple. Ces contacts, habituellement pacifiques, sont toujours de courte durée.

Pendant la journée, les babouins progressent en groupe. Ils se déplacent en marchant sur leurs quatre pattes, d'un pas en général tranquille et assuré. Il est rare en effet de les voir courir. Ils parcourent en moyenne trois ou quatre kilomètres par jour et restent presque exclusivement au sol, à l'exception des jeunes, qui peuvent faire quelques mètres dans les arbres. Tout en marchant, ces animaux se nourrissent. Ils s'assoient pour se reposer. Ils ne s'éloignent jamais beaucoup de l'ensemble de la bande et restent à portée de voix, échangeant de temps à autre des cris aigus et brefs.

La quête de la nourriture est particulièrement intensive aux premières heures de la matinée. Lorsque le repas a été riche et varié, les babouins s'arrêtent un moment et se mettent à s'épouiller les uns les autres. La marche reprend en fin d'après-midi pour une nouvelle quête alimentaire, après quoi les animaux se dirigent vers le site de repos nocturne.

La nuit, le groupe entier se retire dans les branches d'un grand arbre protecteur. Les plus gros animaux occupent les branches les plus épaisses et les fourches les plus confortables, tandis que les sujets plus menus se dispersent dans toute la ramure.

En ordre de marche

En ordre de marche



À travers la savane, les babouins avancent en formation disciplinée. Sur les flancs, les mâles dominants protègent, au centre, les jeunes et les femelles avec leurs petits en croupe, ou agrippés à la fourrure de leur poitrine s'il s'agit de nouveau-nés. Des mâles de classe inférieure ouvrent et ferment la marche, prêts à donner l'alarme.

1.2. Des liens renforcés par des épouillages mutuels

L'organisation sociale des babouins est fondée sur un réseau de dominances qui prend en compte des facteurs très divers – force physique, sexualité, amitiés individuelles et surtout sociabilité.

En haut de la hiérarchie, on trouve les mâles adultes, suivis des mâles immatures et des femelles. Parmi ces dernières, celles qui sont en chaleur prennent le pas sur leurs compagnes.

La suprématie des mâles

Les mâles dominants, ceux qui l'emportent pour la conquête des femelles, forçant leurs rivaux à s'effacer, disposent des perchoirs les plus confortables pour dormir dans les arbres et de la meilleure nourriture. Leur supériorité ne dépend pas seulement de leur valeur dans les combats – la victoire allant au plus gros et au plus vigoureux –, elle relève aussi de leur aptitude à mettre les autres mâles dans leur camp, à former des alliances avec eux.

Les affrontements entre mâles sont fréquents, et cette fréquence est sans doute en partie à l'origine de certaines spécificités anatomiques de l'animal, notamment sa dentition incroyablement puissante. Dans la plupart des disputes, l'attitude menaçante du mâle – grondements, attaque simulée – ainsi que sa situation dans la hiérarchie du groupe suffisent à dissuader l'adversaire. Mais il arrive que des mâles d'habitude soumis lancent des défis aux dominants. Le prix à payer pour les perdants est lourd : ils peuvent être blessés, parfois même tués.

Les mâles dominants ont presque toujours la priorité lorsqu'il s'agit d'aborder une femelle en chaleur. Ils ont donc plus de chances que les autres mâles de s'assurer une progéniture. Les mâles subordonnés, ou subadultes, eux, ne peuvent approcher les femelles qu'en dehors des périodes de réceptivité et de fécondité maximales. Quant aux jeunes des deux sexes, ils ne sont apparemment sujets à aucune attraction sexuelle. En dehors des périodes de fécondité, les mâles dominants se désintéressent du comportement des femelles.

Entre ces dernières, la hiérarchie est bien moins nette que celle qui se manifeste chez les mâles. Plusieurs d'entre elles peuvent participer à une agression contre l'une ou l'autre de leurs compagnes. Leur statut dépend de leur maturité sexuelle et du cycle de la reproduction. Tant qu'elles sont trop jeunes pour se reproduire, elles vivent en marge de la société et n'ont aucun pouvoir.

Le rite de l'épouillage

À l'heure du repos, les babouins passent de longs moments à s'épouiller mutuellement. Celui qui se laisse faire ferme les yeux d'un air béat, tandis que son compagnon, mâle ou femelle, retire consciencieusement des doigts l'impureté découverte dans les poils de l'autre, ou plante ses incisives au plus profond de la toison pour y tuer l'insecte repéré. En général, les rôles sont interchangeables, l'épouilleur devenant ensuite l'épouillé.

Outre l'intérêt que représente ce toilettage du point de vue de l'hygiène de l'animal, ces contacts physiques aplanissent la hiérarchie du groupe en permettant à des individus d'avoir entre eux des relations dans lesquelles l'aspect hiérarchique est totalement absent. Les mâles adultes et les mères qui portent leurs petits sont l'objet des soins les plus attentifs de la part de leurs compagnons. En revanche, les jeunes babouins des deux sexes passent la plus grande partie de leur temps à jouer, et participent peu à ces toilettages.

Véritable rite, l'épouillage semble jouer un rôle assez prépondérant pour la cohésion du groupe.

1.3. Une grande habileté pour se nourrir

Les babouins ont un régime extrêmement varié. Très adroits, ils se servent pour s'alimenter de leurs mains habiles, dont le pouce est opposable aux autres doigts, comme celui de l'homme. Ils arrachent l'herbe tendre, déterrent bulbes et racines, cueillent des fruits, détachent les graines des gousses sèches, attrapent lézards et sauterelles, grignotent des scorpions – non sans leur avoir prudemment enlevé la queue – ou encore des escargots, savourent les nids d'abeilles ainsi que leurs rayons, sans crainte apparemment d'être piqués. Lorsqu'ils trouvent un terrier de phacochère (mammifère africain proche du sanglier), ils l'examinent avant d'en extraire racines et insectes.

Si les babouins consomment toutes sortes d'invertébrés, ce sont pourtant les plantes qui constituent l'essentiel de leur nourriture. Dans les savanes ouvertes, l'herbe est leur principale ressource. Au Kenya, par exemple, elle peut représenter 90 % du régime des papions. En forêt, le régime se compose surtout de fruits, tandis que dans la savane riche en arbustes et dans les zones de buissons, pendant la saison sèche, il peut avoir essentiellement pour base l'écorce et la résine. Dans le parc d'Amboseli, les plantes les plus consommées sont deux sortes d'acacia (Acacia xanthoploea et Acacia tortilis). Mais les papions mangent aussi des dizaines d'autres végétaux, entre autres les graines de Cynodon (Cynodon plectostachyus), les petits fruits rouges de Solanum incanum, des papyrus...

D'un grand secours dans les zones humides, les plantes aquatiques s'accompagnent de crabes, de grenouilles ou d'œufs de crocodiles, de tortues d'eau ou de poissons. Ces derniers sont même, avec les mollusques et les crabes, les principaux aliments du babouin chacma.

Mangeurs de sauterelles

Bien qu'ils passent peu de temps à la chasse, les babouins ne dédaignent nullement les proies animales, dont les protéines et les vitamines viennent enrichir leur régime. Mais, le plus souvent, ils se contentent de « cueillir », en quelque sorte, des insectes et d'autres invertébrés, comme ils le font avec les végétaux. Les sauterelles en particulier sont de loin leurs proies principales.

Des chasses occasionnelles

Les babouins ne s'adonnent qu'épisodiquement à la chasse. Quand ils le font, ils dévorent des lièvres, des oiseaux, de jeunes antilopes et même des galagos ou de jeunes singes verts. Pour capturer lièvres et galagos, leur tactique la plus courante consiste à saisir ces animaux juste au moment où ils surgissent de leurs fourrés. Au Kenya, on a pu constater que ces singes déterrent aussi de petits mammifères fouisseurs.

Certains groupes de cynocéphales adoptent des techniques de chasse « collective ». Par exemple, si un individu chasseur laisse involontairement échapper sa proie, celle-ci peut être rattrapée par d'autres. D'une façon générale, ces babouins rabattent le gibier vers les autres membres du groupe pour en faciliter la capture. Après quoi, la proie n'est pas toujours partagée de manière équitable !

1.4. Des petits insouciants et joueurs

Les babouins femelles mettent bas pendant la nuit ; la mère peut ensuite bénéficier de quelques heures de repos, tout en restant en contact permanent avec le groupe. Les naissances ne sont pas synchrones dans une même troupe, et la portée ne comprend qu'un seul petit.

Pour la mère, les premières semaines de la vie du jeune babouin constituent une période critique, car celui-ci ne peut se déplacer seul et dépend donc entièrement d'elle.

Le nouveau-né est a la peau rose clair recouverte de longs poils noirs et de grandes oreilles disproportionnées. Il va, pendant sa première année, subir une totale métamorphose du point de vue de son aspect physique et de son comportement.

Des mères pleines de sollicitude

Dès sa naissance, il est capable de s'agripper à sa mère, qui va le porter pendant plusieurs jours, parfois toute une semaine. Celle-ci le tient dans ses bras, l'associant à toutes ses activités et ne s'en séparant à aucun moment, même lorsqu'il meurt de maladie ou à la suite d'un accident. C'est ainsi que la naturaliste anglaise Jeanne Altmann a pu voir certaines femelles garder le cadavre de leur petit alors que celui-ci était dans un état de décomposition avancée.

Au bout de deux semaines, le jeune s'éloigne de sa mère et part en exploration, mais celle-ci ne le quitte pas des yeux, et le rattrape de temps en temps par le bras ou la jambe. En revanche, lorsque le troisième mois arrive, ce rapport mère-enfant commence à s'inverser : c'est en général la mère qui cherche à éloigner son petit en le rabrouant et en l'empêchant de téter, tandis que le jeune s'attache à ses pas, tout en multipliant les contacts avec les autres membres du groupe. Quand le troisième mois s'achève, la mère cesse de s'inquiéter pour sa progéniture, sauf en cas d'extrême danger. Le petit continue, lui, à observer les mouvements de sa mère et à venir téter, jusqu'à l'âge de 6 à 8 mois. À un an, le jeune ne se distingue plus des adultes que par la taille. C'est à cet âge qu'il joue le plus souvent avec d'autres jeunes.

Une fois devenues adultes, les femelles restent dans le groupe où elles sont nées, tandis que les jeunes mâles partent, d'eux-mêmes ou parce qu'ils en sont chassés.

1.5. Milieu naturel et écologie

Les facteurs qui déterminent la distribution des babouins du genre Papio sont mal définis. Toutefois, les arbres et les rochers, utilisés comme refuges, leur sont indispensables. Les babouins sont donc absents des plaines ouvertes et des marais. Autre facteur indispensable : la présence de points d'eau, permanents ou temporaires. Pourvu qu'ils disposent de ces deux éléments, les papions s'adaptent partout : dans la savane arbustive ouverte et la savane herbeuse, mais aussi dans les prairies et les zones montagneuses.

Une vigilance de tous les instants

C'est en forêt et près des points d'eau que se concentrent les attaques de leurs prédateurs. Mais les babouins ont un système de défense plutôt solide.

Ils peuvent être attaqués par des fauves tels que la panthère, le guépard, le lion, le chacal à chabraque, les hyènes tachetée et rayée, les lycaons, ou par des rapaces comme l'aigle ravisseur (Aquila rapax). Ils peuvent être aussi la proie du chimpanzé, des chiens domestiques et parfois du python.

Voilà pourquoi, même en l'absence d'un danger imminent, la troupe reste toujours extrêmement vigilante et lance des cris d'alarme à la moindre alerte. Les babouins inspectent régulièrement du regard les alentours, en se dressant parfois sur deux pattes, ou en grimpant sur une hauteur. Quand ils ne peuvent pas voir le terrain, les babouins se déplacent dissimulés derrière le feuillage.

À l'apparition du prédateur, leurs réactions peuvent être diverses. Ils commencent toujours par courir en tous sens, dans un concert de cris stridents. Il ne s'agit pas là d'une simple panique, car ce désordre a un avantage : si le prédateur a manqué sa première cible, il l'empêche de choisir une nouvelle proie.

La tactique des mâles dominants

La défense de la troupe est assurée par les mâles dominants qui s'élancent, non sans témérité, vers l'ennemi, même quand celui-ci est un félin d'une force supérieure. Face au chacal, le babouin l'emporte aisément, car ce prédateur s'en prend volontiers aux jeunes, mais il fuit dès qu'un grand mâle le menace. Une autre tactique consiste, pour les mâles dominants, à rester en arrière pour protéger la fuite des autres babouins. Les mâles se trouvent alors très exposés, et certains suivent parfois le gros de la troupe, tandis que quelques-uns seulement font face à l'assaillant. Enfin, lors de certaines attaques, toute la troupe fuit et aucun babouin ne s'oppose au prédateur.

Animaux de bonne compagnie

Les babouins s'associent à d'autres herbivores de la savane pour mieux détecter l'approche d'un prédateur. Ainsi, les impalas, avec lesquels ils ont des liens très lâches, apprécient eux aussi les zones verdoyantes et ouvertes où poussent les acacias. Quand l'une des deux espèces donne l'alarme, l'autre l'entend et réagit aussitôt. De cette façon, toutes les deux se prêtent mutuellement main-forte contre leurs prédateurs communs. Fréquentant des zones plus ouvertes, les gazelles de Grant, en revanche, entretiennent avec les babouins des rapports plus ambivalents : si elles peuvent créer une association avec les singes, ceux-ci n'hésitent pas à capturer une jeune gazelle isolée.

Avec les animaux plus grands qu'eux mais peu agressifs – éléphants, girafes, rhinocéros, cobes, gnous et zèbres – les rapports sont neutres. Mais, lorsque les babouins croisent ces seigneurs de la savane, ce sont eux qui doivent céder le pas.

Avec les oiseaux, les babouins ont des rapports qui varient d'une espèce à l'autre. Si les calaos terrestres et les outardes de Kori peuvent traverser, imperturbables, des troupes qui n'en ont cure, il n'en va pas de même pour les rapaces dont l'arrivée suscite aussitôt des grognements hostiles et des appels à la cohésion. L'envol des sauterelles sur le passage des singes attire les rolliers. Quant aux vanneaux armés, ils houspillent les babouins qui s'approchent trop de leur nid...

Babouins et singes verts

Il y a entre les singes verts (ou vervets, Chlorocebus aethiops) et les babouins une sorte d'intimité mêlée d'une certaine hostilité. Les deux espèces jouent souvent ensemble, individuellement ou en groupe, et ont alors toutes sortes de contacts physiques. Elles s'avertissent mutuellement de la présence des prédateurs, utilisent en partie les mêmes niches, partagent la même nourriture et souvent boivent aux mêmes points d'eau. Ce qui n'empêche pas les agressions. Du moins de la part du babouin, car le singe vert tente d'éviter les affrontements.

2. Zoom sur... le babouin jaune

2.1. Babouin jaune (Papio cynocephalus)

Le babouin jaune est le plus répandu des babouins de savane. Il se caractérise par la couleur de son pelage, son museau long et massif comme celui du chien, son corps relativement svelte, ses membres allongés, avec des mains dont le pouce est opposable aux autres doigts. La tête est ronde, avec une face noire et un menton qu'encadrent des sortes de favoris caractéristiques, d'un blanc argenté.

De loin, il se reconnaît à la façon dont il porte la queue : d'abord dressée en oblique, puis légèrement recourbée, les deux tiers tournés vers le bas.

Le mâle adulte est deux fois plus gros que la femelle et a un aspect léonin à cause de ses puissantes canines en forme de poignards et de sa crinière. Dense sur le crâne, les épaules et le dos, où il forme une sorte de cape de fourrure, le pelage est en revanche peu fourni sur le reste du corps.

Sur les fesses, les babouins des deux sexes ont des callosités nues et colorées. Chez la femelle, la peau située dans la région ano-génitale se gonfle et prend une couleur plus vive durant la période de l'œstrus, de sorte que toute cette partie du corps devient alors proéminente.

Tous les sens des babouins sont assez développés. L'odorat est subtil, l'ouïe particulièrement fine, et la vue, excellente. Le babouin discerne bien les couleurs, ce qui lui permet notamment de faire son choix parmi les plantes à consommer. Ce singe a des capacités gutturales puissantes ; il est très criard et émet une grande variété de sons : grognements, aboiements, hurlements de fréquence et d'intensité variables. Sans être assimilables au langage humain, ses cris, associés à toutes sortes de gestes et de postures, expriment de multiples émotions. Contrairement aux autres primates, le cynocéphale ne réagit jamais par le silence à une quelconque situation. Le son émis le plus fréquemment est un doux grognement qui accompagne la recherche alimentaire, surtout quand le couvert est épais. Lorsqu'il se retrouve par hasard tout seul, le jeune émet une sorte de gazouillis, ou pousse de faibles gémissements. Quant aux plus vieux, en particulier les mâles, s'ils sont restés longtemps tout seuls, ils fêtent ensuite les retrouvailles avec la troupe par une sorte de sanglot ou de bref aboiement. Entre mâles, un grognement peut annoncer une menace et précéder l'aboiement ou le rugissement qui va accompagner un combat.

Le système de digestion du babouin, particulièrement évolué, est bien adapté à son régime omnivore. Il est très proche de celui de l'homme, si ce n'est que le cæcum n'est pas encore un appendice et que la cavité buccale est flanquée de grandes abajoues, poches internes situées dans la joue de l'animal et dans lesquelles les babouins peuvent stocker quelque nourriture pendant un petit moment.

Les babouins adultes sont très résistants, mais la mortalité infantile est importante, de l'ordre de 30 %.

Les sous-espèces

Trois sous-espèces ont été décrites : Papio cynocephalus cynocephalus, Papio cynocephalus ibeanus et Papio cynocephalus kindae. Cette dernière est nettement plus petite que les autres (les mâles ne dépassent pas la taille des femelles des deux autres sous-espèces).

BABOUIN JAUNE

Nom (genre, espèce) :

Papio cynocephalus

Famille :

Cercopithécidés

Ordre :

Primates

Classe :

Mammifères

Identification :

Museau de chien, se déplace essentiellement à quatre pattes ; mâles deux fois plus gros que les femelles ; pelage vert-jaune

Taille :

De 55 à 84 cm (mâles) ; de 36 à 60 cm (femelles) ; queue : de 53 à 66 cm (mâles) de 35 à 56 cm (femelles)

Poids :

De 20 à 25 kg (mâles), de 8 à 16 kg (femelles)

Habitat :

Forêts ouvertes, savanes arbustives et arborées, steppes, près des forêts-galeries et des collines rocheuses ; domaine vital moyen de 50 km2

Répartition :

Du Soudan à l'Afrique occidentale

Régime alimentaire :

Herbes, fruits et racines, animaux invertébrés, jeunes oiseaux et autres petites proies vertébrées

Organisation sociale :

Troupe mixte de 10 à 150 animaux

Durée de gestation :

De 173 à 193 jours

Nombre de jeunes par portée :

1 (rarement des jumeaux)

Espérance de vie :

De 30 à 45 ans

Effectifs :

Abondants mais inconnus précisément ; stables

Statut :

Espèce inscrite en Annexe II de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction)

 

2.2. Signes particuliers

Squelette

Le squelette est adapté à la locomotion terrestre, avec quatre pattes aux extrémités particulièrement trapues. Les épaules sont plus hautes que les hanches lors de la marche, car la paume des mains ne touche pas le sol. Le gros orteil aux quatre pattes est moins long que chez les espèces forestières, mais il reste parfaitement fonctionnel.

Tête

Les cynocéphales ont, comme l'indique l'origine latine de leur nom, un museau qui ressemble à celui d'un chien – allongé et nu, avec des narines situées tout à fait à l'extrémité. La visière, ou bourrelet osseux qui surmonte l'œil, est accentuée, ainsi que les crêtes sagittale et occipitale. Les canines, longues et pointues, sont particulièrement développées chez les mâles. Les deux maxillaires sont proéminents et portent chacun des crêtes longitudinales. Comme chez tous les cercopithécidés, les molaires présentent deux crêtes transversales, unissant deux à deux leurs 4 bosses, ou tubercules. La formule dentaire par demi-mâchoire est : I : 2/2 ; C : 1/1 ; PM : 2/2 ; M : 3/3.

Cris

Les sons très variés qu'émettent les babouins évoquent le langage humain, mais ne peuvent y être assimilés. Ils expriment essentiellement la multiplicité des émotions de l'animal : colère, plaisir, perplexité, apaisement. Certains types de cris, comme les grognements, peuvent aussi donner des indications sur l'individu auquel ils s'adressent – femelle dominante, étranger ou petit. Toutefois, aucun signal émis n'a de signification fixe, c'est le contexte social et l'environnement qui lui donnent tout son sens. Mais le décryptage de ce langage est loin d'être encore réalisé de façon exhaustive.

Croupe

La manière dont le babouin tient sa queue laisse largement voir sa croupe. Chaque fesse présente des zones glabres où la peau est plus épaisse et cornée. Ce sont les callosités fessières. De couleur rose ou rouge vif, elles ont pour fonction de protéger les ischions (partie inférieure de l'os iliaque). C'est sur elles que l'os appuie quand l'animal est assis. On ne les observe apparemment que chez les espèces de singes qui, comme le babouin jaune, n'ont pas l'habitude de dormir allongés, mais assis.

3. Les autres espèces de babouins

La classification des babouins ne fait pas l'objet d'un consensus. Le genre Papio est classiquement divisé en cinq espèces (Papio papio, Papio anubis, Papio cynocephalus, Papio ursinus, Papio hamadryas). Pour plusieurs auteurs cependant, il n'existe qu'une espèce de babouin, Papio hamadryas, au sein de laquelle sont déterminées cinq sous-espèces ; pour d'autres encore, il convient de distinguer deux espèces : Papio hamadryas et Papio anubis. Nous suivons ici la répartition classique en cinq espèces.

Les mandrills sont représentés par deux espèces du genre Mandrillus, tandis que le gélada est la seule espèce du genre Theropithecus.

3.1. Babouin hamadryas ou hamadryas (Papio hamadryas)

Identification : de 60 à 94 cm pour 18 kg (mâles) ; de 50 à 65 cm pour 10 kg (femelles) ; face rose et fesses nues (gonflement important pendant l'œstrus) ; très grand dimorphisme sexuel ; mâles à crinière longue et argentée ; femelles gris-brun.

Répartition : régions semi-désertiques, rocheuses ; nord-est de l'Afrique, sud-est de la péninsule arabique, Érythrée, Djibouti, Éthiopie, Somalie, Arabie saoudite, Yémen.

Comportement : terrestre, harem (1 mâle pour 60 femelles environ et leurs petits) ; territoire moyen de 30 km2 ; gestation de 170 à 173 jours ; un petit par portée, sevré à 8 mois, maturité sexuelle à 5 ans. Vit en moyenne 37 ans.

Statuts, effectifs : aucune estimation précise, mais on considère que 90 % des effectifs totaux se trouvent en Éthiopie. Liste rouge des espèces menacées de l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) : préoccupation mineure.

3.2. Babouin anubis (Papio anubis)

Appelé aussi babouin olive.

Identification : de 70 à 95 cm pour 30 kg (mâles) ; de 50 à 80 cm pour 15 kg (femelles) ; trapu ; museau long, face noire ; fourrure olive sombre ; premier tiers de la queue dirigé vers le haut puis tombante ; peau fessière nue, violet brunâtre ; chez les femelles, la couleur vire au rose pendant l'œstrus.

Répartition : savanes arborées et arbustives, steppes, forêts tropicales ; l'aire de répartition représente une bande transversale au niveau du centre de l'Afrique, de la Guinée à l'ouest jusqu'à la Somalie à l'est. C'est le babouin qui a l'aire de répartition la plus vaste.

Comportement : groupes sociaux mixtes de 10 à 150 animaux ; gestation de 173 à 193 jours ; un petit par portée, sevré à 6-8 mois ; maturité sexuelle à 5 ans. Vit entre 30 et 45 ans.

Effectifs : abondants, en hausse, et ce en dépit des persécutions (piégeage, chasse et campagnes d'empoisonnement).

3.3. Babouin de Guinée (Papio papio)

Identification : de 50 à 83 cm ; fourrure brun-roux ; face noire ; favoris épais brun-jaune ; nuque et épaules couvertes de longs poils chez le mâle, formant un capuchon plus clair ; queue portée en arc de cercle ; chez la femelle, gonflements génito-anaux en période d'œstrus.

Répartition : forêts sèches, forêts-galeries, savanes arbustives et steppes ; extrême ouest de l'Afrique, du sud de la Mauritanie au sud de la Guinée (peut-être présent au nord de la Sierra Leone).

Comportement et reproduction : identiques à ceux du babouin anubis.

Effectifs, statut : quasi menacé ; effectifs inconnus, mais espèce plutôt abondante.

3.4. Babouin chacma (Papio ursinus)

Identification : de 70 à 114 cm, pour 34 kg (mâles), de 50 à 80 cm pour 17 kg (femelles) ; très long museau étroit ; face noire ; pas de favoris ; fourrure brun-gris très sombre, queue comme celle du babouin jaune.

Répartition : prairies, savanes arbustives, régions rocheuses jusqu'à 3 000 m d'altitude ; sud de l'Afrique, de la côte atlantique à l'océan Indien (deux sous-espèces).

Comportement : principalement terrestre ; groupes sociaux mixtes de 10 à 150 animaux comme les deux espèces précédentes.

Reproduction : semblable à celle du papion anubis ; gestation de 173 à 193 jours ; un petit par portée.

Effectifs : abondants et stables.

3.5. Mandrill (Mandrillus sphinx)

Identification : de 65 à 95 cm, pour 20-28 kg (mâles), de 50 à 65 cm pour 11 kg (femelles) ; museau prononcé ; crête osseuse de chaque côté du nez, soulignée par de profondes et larges rayures recouvertes par une peau bleu vif ; nez et lèvres rouges ; pénis rouge vif ; scrotum bleu ; peau nue des fesses rouge, pourpre et bleu ; gonflement léger mais perceptible de la peau, en forme de poire, dans la région génito-anale.

Répartition : forêt équatoriale et régions boisées du centre-ouest de l'Afrique (Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon, Congo).

Comportement : surtout terrestre ; harem d'environ 20 singes pour un mâle dominant, souvent réunis en bandes de 200 ; territoire d'environ 50 km2 ; un jeune par portée, sevré entre 6 et 12 mois ; maturité sexuelle vers 5 ans.

Effectifs, statut : vulnérable. Effectifs inconnus ; a connu un fort déclin.

3.6. Drill (Mandrillus leucophaeus)

Identification : de 65 à 95 cm, pour 20-28 kg (mâles), de 50 à 65 cm pour 11 kg (femelles) ; museau prononcé par deux crêtes osseuses ; face noir charbon encadrée par des anneaux de poils blancs ; fourrure marron sombre ; fesses colorées de rouge violet, de bleu et vert ; pénis rouge vif ; scrotum bleu et violet.

Répartition : parties basses des arbres, du sous-bois ; aire de répartition très restreinte : ouest et sud-ouest du Cameroun, sud-est du Nigeria et sud-ouest de l'île Bioko, en Guinée-Équatoriale (deux sous-espèces).

Comportement : harem (1 mâle pour environ 20 singes), souvent en bandes de 200. Territoire, reproduction et longévité semblables à ceux du mandrill.

Effectifs, statut : en danger ; effectifs totaux inconnus (moins de 5 000 individus sur Bioko).

3.7. Gélada (Theropithecus gelada)

Identification : de 69 à 74 cm pour 21 kg (mâles) ; de 50 à 65 cm pour 14 kg (femelles) ; crâne court ; museau rond ; fourrure brune ; paupières claires ; chez les mâles, longue crinière, plaques nues sur la gorge et poitrine cerclée de poils blancs ; chez la femelle, vésicule blanche qui gonfle durant l'œstrus.

Répartition : pâturages d'altitude entre 2 000 et 5 000 m ; dort sur les pentes escarpées ; nord-est de l'Éthiopie (trois sous-espèces).

Comportement : harems monomâles réunis en troupes de plus de 600 animaux ; territoire de 1,5 à 2,5 km2 ; un petit par portée, sevré entre 1,5 et 2 ans ; maturité sexuelle à 8 ans (mâles) et à 3,5 ans (femelles). Vit plus de 20 ans.

Effectifs : estimés à 200 000 animaux, en baisse.

4. Origine et évolution du babouin

Comme les colobes, les macaques et les entelles, le babouin appartient à la famille des cercopithécidés. Les plus anciens fossiles de cette famille de singes de l'Ancien Monde ont été mis au jour en Égypte et datent de la fin de l'oligocène (seconde partie du tertiaire), il y a environ 25 millions d'années. Toutefois, une étude parue en 2004 et fondée sur un modèle d'évolution moléculaire suggère que la lignée des cercopithécoïdes et celle des hominoïdes se seraient séparées plus tôt, il y a 29,2 à 34,5 millions d'années (à l'oligocène inférieur).

Tous les fossiles de cercopithécidés ont été trouvés dans l'Ancien Monde. Ces ancêtres des cercopithèques actuels étaient tous arboricoles, et la répartition de leurs fossiles est similaire à celle des cercopithécidés actuels. D'après des études moléculaires, la lignée des macaques et des babouins (tribu des papionines) se serait différenciée de celle des cercopithèques stricto sensu (tribu des cercopithécines) il y a environ 11,5 millions d'années. Les macaques et les babouins auraient quant à eux divergé il y a entre 7 et 8 millions d'années.

Au pliocène supérieur, en Afrique, on trouve des fossiles des genres Parapapio, Papio (le genre auquel appartiennent les babouins actuels) et Theropithecus (le genre du gélada contemporain). L'ancêtre commun à l'ensemble des babouins actuels daterait de la transition entre le pliocène et le pléistocène, il y a environ 1,8 million d'années.

Moins largement répandues que par le passé, les cinq espèces actuelles de babouins vivent dans les forêts et les savanes d'Afrique, au sud du Sahara.

5. Le babouin et l'homme

Depuis toujours, le babouin inspire à l'homme un sentiment contradictoire, de peur mêlée de fascination, ou de complicité. Dans l'Égypte ancienne, cet animal sacré, sans doute à cause de sa ressemblance avec l'homme, est peint et momifié. Aujourd'hui, les chercheurs l'utilisent comme cobaye.

5.1. Divinité populaire de l'égypte ancienne

Les babouins hamadryas étaient considérés comme sacrés dans l'Égypte ancienne. À l'époque, ce singe semble avoir été perçu sous un double aspect : d'un côté, un être éminemment intelligent, de l'autre, un monstre grimaçant.

Ainsi ce singe prêtait-il sa forme au dieu cynocéphale Thot, qui, en Grèce, est devenu Hermès. Figuré aussi par l'ibis, Thot était le patron des savants et des hommes de lettres. C'était le scribe divin qu'on trouve aux côtés de Ptah, le dieu créateur, pour immortaliser ses messages, ou aux côtés d'Anubis dont il transcrivait le verdict lorsque ce divin juge pesait les âmes des morts.

« Il est, précisent Jean Chevalier et Alain Gherbrandt dans leur Dictionnaire des symboles, à la fois artiste, ami des fleurs, des jardins et des fêtes, magicien puissant capable de lire les plus mystérieux hiéroglyphes [...] Mais en tant que dieu Baba, le “mâle d'entre les babouins”, il est querelleur, lubrique et baveux. L'agressivité du cynocéphale avait frappé les Égyptiens : après le verbe “être furieux” on inscrivait un babouin montrant les dents, crispé sur ses quatre mains, et dressant coléreusement sa queue... »

L'animal est aussi associé au culte du dieu-soleil, association due, selon Henri Maspero, historien des religions orientales, à l'habitude de ces singes « de s'assembler en une sorte de cour plénière et de jaser bruyamment ensemble un peu avant le lever et le coucher du soleil... » D'une façon générale, le comportement des peuples africains à l'égard du babouin a toujours été ambivalent : tantôt ce singe suscite l'épouvante, tantôt il est considéré comme un ami.

5.2. Craint et chassé mais pourtant pacifique

Tabou dans certaines régions d'Afrique, gibier dans d'autres, le babouin inspire la crainte. La colère du mandrill, écrit l'un des premiers naturalistes dans ses travaux, ressemble à un « ouragan des tropiques qui renverse tout sur son passage... »

Selon certains récits, l'armée d'Alexandre le Grand aurait confondu, dans le jour naissant, l'organisation quasi militaire d'une troupe de babouins avec une formation ennemie... Redoutés pour les razzias qu'ils effectuent dans les cultures, les babouins jaunes sont chassés en Zambie, au Malawi comme au Kenya. Pourtant, en détruisant les insectes, ils rendent aussi de grands services aux agriculteurs.

5.3. Un cobaye pour les laboratoires

Le babouin est souvent chassé pour sa chair, comme en Côte d'Ivoire, ou pour la graisse de ses callosités fessières, comme en Éthiopie, où cette graisse est utilisée pour lutter contre les rhumatismes. Il est en outre un cobaye idéal pour la recherche médicale, puisqu'il a une taille, un comportement et une biochimie assez proches de ceux de l'homme. En chirurgie cardiovasculaire, par exemple, il est exploité pour les essais de prothèses (vaisseaux, régulateur cardiaque et autres). On l'utilise aussi pour des greffes, des expériences d'ablation ou de stimulation de nerfs, ainsi que pour la recherche sur le cancer, les troubles du métabolisme ou ceux liés aux divers parasites et virus. D'où la multiplication des captures de babouins destinés aux laboratoires.