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Drapeau du Japon

histoire du Japon

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Japon : histoire

Multimillénaire, l'histoire du Japon est jalonnée de ruptures. Après l'intrusion plus ou moins brutale de tribus continentales au IIIe s. avant notre ère, la naissance, neuf siècles plus tard, d'un État unifié sous l'égide d'un dynastie impériale aux origines obscures, constitue la deuxième rupture. Aux alentours de l'an 1000, cet État s'effondre dans les guerres incessantes que se livrent les clans des Minamoto et des Taira ; à l'État centralisé succède la féodalité. L'affaiblissement du pouvoir shogunal plonge l'empire dans deux siècles d'anarchie sanglante (XVe s.-XVIe s. et marque la quatrième rupture. Les Tokugawa pacifient le pays et forgent un État centralisé et moderne, dans lequel se constituent de puissantes dynasties marchandes ; le pays est fermé au monde ; cette nouvelle rupture ouvre la période d'Edo (1616-1868), souvent considérée comme la « matrice du Japon moderne ». L'avènement de l'empereur Mutsuhito ouvre l'ère Meiji (1868-1912), caractérisée par un processus de modernisation économique et politique qui transforme un archipel replié sur lui-même en un empire agressif et expansionniste : guerre sino-japonaise (1894-1895), guerre russo-japonaise (1904-1905), annexion de la Corée (1910). Contraint par les Occidentaux à limiter son expansion coloniale (traité de Washington, 1921-1922), atteint par la crise économique de 1929, alors que la pression démographique devient insoutenable, le Japon connnaît une nouvelle rupture avec la montée du militarisme (1930-1945). Au lendemain de sa défaite en 1945, le Japon impérial entame sa mue en une démocratie officiellement pacifiste et transpose sur le plan économique son énergie et son appétit d'expansion.

1. Préhistoire et protohistoire

Les îles du Japon sont peuplées, dès avant le VIIIe millénaire avant notre ère, par des populations provenant probablement du continent nord-asiatique et qui étaient au stade du paléolithique supérieur (ou tout au moins mésolithique). On distingue dans la préhistoire du Japon plusieurs phases, la plus ancienne étant qualifiée de pré-Jomon ou précéramique. Lui succède une culture céramique de type particulier (à impressions de cordes, d'où son nom de Jomon), qui durera jusqu'au IIIe s. avant notre ère dans le sud du Japon, mais se continuera parfois jusqu'au Xe s. dans le Nord.

1.1. La période Jomon

Cette longue période de « mésolithique attardé », au développement assez lent, est caractérisée par des poteries à fond plat ou pointu, décorées de reliefs sur leurs bords, et par l'utilisation d'un outillage de pierre. Ces objets appartiennent à des populations clairsemées de chasseurs-ramasseurs et de pêcheurs au harpon, demeurant dans des cabanes de bois à demi enterrées, rectangulaires ou rondes. Vers le milieu de la période (Ve-IVe millénaire avant notre ère), les poteries commencent de s'orner de décors fantastiques en relief et de figures anthropomorphes. La pierre polie se substitue progressivement à la pierre taillée, sans toutefois la supplanter complètement. Vers la fin de la période, la poterie se simplifie et apparaissent des mortiers plats en pierre, servant à broyer les graines alimentaires. On peut déjà discerner des éléments de cultes du foyer. Les techniques de chasse et de pêche se perfectionnent et des filets sont utilisés pour attraper le poisson. .

   Pour en savoir plus, voir l'article Jomon.

1.2. La période Yayoi

Vers le IIIe s. avant J.-C., dans le nord du Kyushu, apparaît un nouveau peuple en provenance du sud de la Chine. Ces Yayoi (du nom d'un quartier de Tokyo où, en 1884, ont été découvertes les premières poteries : yayoishiki) apportent avec eux la technique de la culture du riz. Leur céramique, montée au tour et cuite à une température plus élevée, a des formes inspirées de la poterie des Han et de la Corée. Dans le même temps apparaissent, dans l'extrême nord des îles, des populations venues de Sibérie, apparentées aux Caucasoïdes, les Aïnous, qui se mélangent aux peuples Jomon attardés. Dans le reste des îles, les populations Jomon sont progressivement refoulées dans les montagnes par les néolithiques Yayoi, qui utilisent de nouvelles techniques : métallurgie du fer et du bronze, tissage, tour de potier, etc. Parmi les objets métalliques, on distingue des armes rituelles, des miroirs et des dotaku.  Dotaku

Les paysans Yayoi sont organisés en petites communautés ou chefferies, dont le roi est en même temps le grand prêtre. Ils construisent des maisons d'un type nouveau inspiré de celles, sur pilotis, du sud de la Chine et enterrent leurs morts dans des cistes ou des urnes. De cette époque date probablement la « mongolisation » de la population, une certaine sinisation des mœurs et une organisation religieuse et politique particulière.

   Pour en savoir plus, voir l'article Yayoi.

1.3. La période des tumulus

Vers le milieu du IIIe s. de notre ère, des groupes de cavaliers-guerriers venus de Corée pénètrent dans le Japon méridional et s'installent en maîtres. Ces familles « aristocratiques » s'imposent facilement aux paysans Yayoi et entrent en lutte contre les populations de « sauvages » réfugiées dans les montagnes et le nord des îles. Ces cavaliers-archers d'origine altaïque, bardés de fer et montés sur de grands chevaux, deviennent les chefs des communautés villageoises et les organisent en « États ». Ils se font inhumer dans des tumulus de très grandes dimensions appelés kofun, sous lesquels sont ménagées des chambres funéraires, dont certaines ont un plan en « entrée de serrure », qui semble particulier au Japon. Autour des tumulus sont rangés des cylindres de terre cuite (haniwa), parfois surmontés de représentations humaines ou animales. Ces guerriers apportent également aux paysans Yayoi de nouvelles croyances (chamanisme sibérien), des mythes et un schéma d'organisation sociale en clans. Ceux-ci, en se groupant, forment des sortes de royaumes qui ne tardent pas à entrer en lutte les uns contre les autres. Il n'y a pas alors de distinction politique entre les îles du Japon et le sud de la Corée : celle-ci ne se fera que plus tard, alors qu'à la suite des luttes internes un groupe de clans arrivera à dominer tous les autres dans les îles.

1.4. Le Kojiki et le Nihon Shoki

Le clan souverain du Yamato (région du sud de Kyoto), une fois sa position solidement établie, va prétendre à l'empire, et son roi (miyatsuko) prendra aussitôt le titre chinois d'empereur (tenno). Assez tardivement (en 712 et 720), les nouveaux empereurs, afin de légitimer leur emprise, font rédiger une « histoire » du Japon, faisant descendre leur lignée de la déesse du Soleil, Amaterasu. Les deux ouvrages ainsi rédigés à la gloire des tenno, le Kojiki et le Nihon Shoki, sont les seules sources (ou à peu près) que nous ayons pour établir une histoire du Japon avant l'arrivée du bouddhisme (venu de Corée vers 538). On y apprend qu'un empereur Jimmu, petit-fils d'Amaterasu, aurait fondé l'empire, que des guerres auraient opposé le Mimana (sud de la Corée) au Yamatai (nord de Kyushu ?), dans lesquelles se seraient illustrés l'« impératrice » Jingu et son fils Ojin. Le sud de Kyushu fut à son tour conquis sur les autochtones. Ces luttes provoquèrent un afflux considérable de Coréens au Japon, qui y apportèrent leurs mythes et croyances, ainsi que de nombreuses techniques nouvelles héritées des Chinois : tissage de la soie, écriture, poterie vernissée, architecture, doctrines confucéenne et taoïque, ainsi que des rudiments de culture chinoise. On date généralement de 538 (introduction officielle du bouddhisme coréen) le début de la période historique du Japon.

   Pour en savoir plus, voir les articles bouddhisme, Confucius, confucianisme.

2. La période d'Asuka (milieu du VIe s.-début du VIIIe s.)

538-587 : la royauté étant établie en Yamato, des ambassades commencent de s'échanger avec les cours coréenne et chinoise. Des Japonais vont étudier en Chine et des moines bouddhistes coréens s'installent à la cour, ce qui provoque une guerre civile entre les clans Soga (partisans de l'adoption du bouddhisme et de la civilisation chinoise) et Mononobe (partisans des cultes indigènes, appelés shinto, et de l'isolement politique du Yamato). Les Soga finissent par l'emporter ; ils font élever un temple de type coréen à Asuka, alors résidence temporaire de la cour.

628 : après la mort du prince Shotoku (en 622), neveu de l'impératrice Suiko (593-628), un code de lois en 17 articles est promulgué. Shotoku a fait construire de nombreux temples bouddhiques. Textes chinois, bouddhiques et confucéens, techniques, idées politiques affluent au Japon.

645 : le clan Nakatomi réussit à éliminer celui des Soga, alors tout-puissant, et établit un système de gouvernement calqué sur celui de la Chine des Tang (code de l'ère Taika), un système d'« ères », et préconise une distribution idéale des terres aux paysans, assiette d'un système d'impôts inspiré de celui alors en vigueur en Chine.

663 : défaite des troupes japonaises en Corée ; les liens politiques sont rompus avec le continent, mais de très nombreux Coréens accompagnent les Japonais dans leur retraite et s'établissent dans les îles.

672 : l'empereur Temmu fait appliquer plus strictement le code Taika et entreprend de faire rédiger un code plus complet, celui de l'ère Taiho (701).

3. La période de Nara (710-794)

Six sectes bouddhiques, installées près de Nara et de la cour d'Asuka, imposent leurs conceptions, mais le peuple n'y a point de part.  Petit lexique du Japon féodal

710 : achèvement du code de l'ère Taiho, promulguant une nouvelle distribution des terres, précisant les droits et devoirs de chacun et instituant un système militaire et social nouveau.

712 : rédaction officielle du Kojiki. La cour s'établit définitivement à Nara, abandonnant l'habitude de changer de lieu de résidence à la mort de chaque souverain. Les paysans, trop imposés, s'évadent des terres impériales pour se réfugier sur celles des seigneurs ou des monastères, ce qui affaiblit le pouvoir impérial au profit des chefs de clans et des communautés religieuses.

741 : l'empereur Shomu fait construire des temples bouddhiques dans toutes les provinces, afin de prier pour la prospérité, ce qui affaiblit financièrement les chefs de clans obligés de participer à la dépense.

743 : l'empereur permet la possession individuelle des terres nouvellement défrichées ; c'est l'origine des grands domaines féodaux. Épidémie de variole : pour apaiser les divinités, on élève un grand temple, le Todai-ji, à Nara (alors appelée Heijokyo) et on y installe une grande effigie du Bouddha en bronze, en 749.

751 : première anthologie officielle de poèmes, le Kaifuso, rédigée en chinois.

754 : le moine bouddhiste Ganjin arrive de Chine avec des élèves et de nombreux techniciens.

756 : l'impératrice douairière Komyo fonde un musée (le Shosoin), encore intact de nos jours.

770 : à la mort de l'impératrice Shotoku, le moine Dokyo, qui avait usurpé tous les pouvoirs, est chassé, et les ministres refusent désormais de laisser le trône à des femmes.

784 : l'empereur Kammu, afin de se libérer de l'emprise des moines bouddhistes de Nara, fonde une nouvelle capitale à Nagaoka, puis, dix ans plus tard, une autre à Heiankyo (Kyoto), qu'il fait édifier sur le plan en damier de la capitale des Tang, Changan (aujourd'hui Xi'an). Cette nouvelle cité, inaugurée en 794, demeurera la capitale du Japon jusqu'en 1868.

Pour en savoir plus, voir l'article Nara.

4. La période de Heian (794-1185/1192)

800-803 : le général Sakanoue no Tamuramaro refoule vers l'extrême nord les populations Jomon et Aïnous, qui se faisaient menaçantes ; sur les terres ainsi conquises viennent s'installer des colons guerriers qui s'érigent en clans.

805-806 : deux moines bouddhistes japonais reviennent de Chine, Saicho (Dengyo Daishi) et Kukai (Kobo Daishi), et en rapportent de nouvelles doctrines bouddhiques ainsi que des formes d'art nouvelles. Ils fondent de grands monastères. Une nouvelle écriture syllabique est créée pour transcrire les désinences purement japonaises et permettre aux femmes (lesquelles n'ont pas accès à la culture chinoise) d'écrire. Des académies se créent. Les nouvelles doctrines bouddhiques tentent de concilier les croyances autochtones, les concepts confucéens et taoïques avec les doctrines du bouddhisme. .

838 : le Japon tente de se libérer de l'emprise culturelle chinoise et cesse d'envoyer des ambassades, bien que les contacts individuels (moines surtout) continuent. Des réformes sont entreprises pour transformer la société et l'organiser sur des bases bouddhiques.

858 : un ministre du clan Fujiwara, ayant épousé la fille de l'empereur Saga, prend le titre de régent (kampaku). Sa famille détiendra en fait les rênes du pouvoir jusqu'au milieu du XIIe s.. Les Fujiwara instaurent une ère de paix et de développement culturel qui fera de leur période l'ère « classique » du Japon.

903 : un adversaire politique des Fujiwara, le ministre Sugawara no Michizane, est exilé et meurt à Kyushu. Le peuple le divinisera sous la forme chinoise du « dieu de la Littérature et de la Calligraphie ». Les Fujiwara et les seigneurs des grands domaines (shoen) lèvent des troupes personnelles parmi les clans de colons guerriers du Nord et de l'Est afin de faire la police et de se protéger contre le banditisme. Le Japon se morcelle en un grand nombre de « grandes propriétés », tandis que la cour, oisive, mène une vie luxueuse et pieuse.

940 : un seigneur du clan des Taira se révolte dans l'Est et ose se proclamer empereur. Les Fujiwara envoient contre lui des troupes empruntées à un autre clan guerrier de l'Est, celui des Minamoto. Les clans des Taira et des Minamoto tentent alors de supplanter les Fujiwara, commencent de se livrer à des guerres de conquête afin d'affirmer leur pouvoir, et organisent leurs provinces comme de véritables États.

Vers 1000 : les femmes de la cour écrivent des romans, et la nouvelle secte bouddhique d'Amida, prônant une sorte de piétisme populaire, diffuse le bouddhisme dans le peuple. Dans l'Est, les clans guerriers se fortifient et, à la cour, les intrigues se font de plus en plus nombreuses, visant à éliminer le clan tout-puissant des Fujiwara.

1068 : pour la première fois depuis plus d'un siècle, un empereur accède au pouvoir sans qu'il soit apparenté aux Fujiwara et tente de réaliser des réformes. Pour avoir les mains plus libres, il abdique en 1072 au profit de son fils et forme un gouvernement « parallèle », inaugurant ainsi une coutume qui se prolongera pendant plus d'un siècle. Le clan Fujiwara ne tarde pas à se diviser en factions ennemies. Ces dissensions font le jeu des chefs des clans guerriers, qui bientôt obtiendront de hautes charges à la cour, soutenus par de nombreux petits seigneurs et les grands monastères bouddhiques qui se sentent menacés dans leurs possessions. Le pays se divise de plus en plus, sous l'égide des deux clans les plus puissants militairement, les Minamoto et les Taira. Tour à tour ceux-ci prendront le parti de l'empereur contre les Fujiwara et les remplaceront aux postes clés. Mais les deux clans rivaux ne tardent pas à s'affronter pour la suprématie.

1159-1160 : le chef du clan des Taira, Kiyomori, est dépossédé par les Minamoto, qui déposent l'empereur. Les Taira attaquent et battent les Minamoto dans la ville de Kyoto.

1167 : Taira no Kiyomori devient chancelier de l'Empire, mais sa dureté lui aliène la sympathie de la population, qui se tourne vers les Minamoto.

1180 : des batailles opposent sans cesse les Taira et les Minamoto, à Kyoto et Uji. Les troubles politiques favorisent le banditisme. Des famines s'installent dans le centre et l'est de l'île de Honshu, affaiblissant principalement le clan des Taira. Dès 1183, les Minamoto attaquent ces derniers et, en 1185, détruisent la flotte Taira près de Shimonoseki, à Dan-no-Ura. Le jeune empereur Antoku est noyé dans la bataille. Le chef du clan Minamoto, Yoritomo (1147-1199) et son frère, le général Minamoto no Yoshitsune, éliminent le clan des Taira.

1189 : les Minamoto se retournent alors contre les Fujiwara et conquièrent leurs territoires du nord du Honshu.

Pour en savoir plus, voir les articles confucianisme, taoïsme.

5. La période de Kamakura (1185/1192-1333)

Après avoir confisqué « au nom de l'empereur » les terres de nombreux seigneurs qui lui étaient hostiles, Minamoto no Yoritomo a constitué un gouvernement parallèle à celui de l'empereur, mais sur des bases différentes, instaurant une société quasi féodale fondée sur les relations d'assistance et de fidélité existant entre Yoritomo lui-même, ses vassaux et les vassaux de ceux-ci. Il lève des troupes, libère quelque peu la paysannerie des règles qui la régissaient jusque-là, lui donnant les terres qu'elle cultive, mais lui conférant un statut inférieur à celui des guerriers (samouraïs). Des intendants représentent Yoritomo dans chaque État vassal, et, à partir de 1192, un représentant personnel du shogun, le tandai, est placé auprès de la cour à Kyoto. Yoritomo a imposé un kampaku de son choix à la cour et repris à son compte la politique matrimoniale instaurée par les Fujiwara au IXe s.

1192 : devenu le seigneur le plus puissant du Japon, Yoritomo se fait nommer shogun par l'empereur, qui, à Kyoto, ne possède plus aucune autorité. Yoritomo, ayant établi son bakufu à Kamakura, dicte ses ordres au pays tout entier. Le pays, ruiné, affamé, se rallie à lui. Yoritomo met fin au régime des « empereurs retirés » et règne en maître sur tout le Japon.

1195 : Minamoto no Yoritomo fait une impressionnante démonstration de force à Kyoto, mais les intrigues continuent.

1199 : à la mort de Yoritomo, un seigneur Hojo (apparenté aux Taira) prend la régence (shikken) du bakufu, avec l'aide de sa fille Masako, veuve de Yoritomo. Yoriie, fils de Yoritomo, prend le titre de shogun.

1203 : Yoriie, incapable, abdique au profit de son frère Sanetomo et est assassiné. Hojo Tokimasa est cependant obligé de démissionner de sa charge de shikken en 1205, Masako s'étant opposée à Makiko son épouse. Son fils Hojo Yoshitoki lui succède en tant que shikken.

1219 : Sanetomo ayant été assassiné, l'empereur Go-Toba déclare (en 1221) le bakufu rebelle et tente de reprendre le pouvoir. Hojo Yoshitoki bat les troupes de l'empereur à Uji et l'exile. Les shikken Hojo ont désormais tous les pouvoirs et nomment à leur gré les empereurs.

1222 : le bakufu fait faire un recensement général.

1232 : promulgation d'un nouveau code de lois en 51 articles, le Joei Shikimoku, rédigé en japonais. Il recevra par la suite, en 1243 et 1286, des additions. Ce « code national » restera en vigueur jusqu'en 1868.

1247 : à la suite de la révolte de quelques seigneurs non inféodés au bakufu et après la victoire de ce dernier, leurs domaines sont confisqués. Bien que le shogun soit désormais choisi dans la famille impériale, le véritable pouvoir demeure aux mains des shikken Hojo. Le bakufu s'aristocratise et se stabilise.

1266-1268 : Kubilay Khan, alors empereur de Chine, prétend conquérir le Japon. Le bakufu, alarmé, fait renforcer les défenses du nord de l'île de Kyushu et mobilise tous les samouraïs. En 1271, une autre ambassade chinoise (mongole) est renvoyée.

1274 : attaque du nord de Kyushu par une grande flotte mongole et coréenne (30 000 hommes) qui, inexplicablement, se retire la nuit suivante. La cour offre des prières aux divinités.

1275 : des envoyés du khan demandant la soumission du Japon à la Chine sont exécutés. Le bakufu se dote d'une flotte puissante et fait construire un long mur en pierre le long des côtes du nord de Kyushu.

1281 : deux flottes mongole et coréenne (environ 140 000 hommes) débarquent en deux points de la côte nord de Kyushu. Les Mongols sont sur le point de vaincre, lorsque, le 14 août, un typhon providentiel détruit une partie de la flotte d'invasion et force les guerriers mongols et coréens à se rembarquer en toute hâte ; ceux qui sont restés à terre sont impitoyablement massacrés par les samouraïs.

1294 : mort de Kubilay Khan. Le Japon est provisoirement sauvé de l'envahisseur chinois, mais les shikken préfèrent garder sous les armes les samouraïs afin de prévenir un retour offensif des Mongols. Ces guerriers, une fois démobilisés, se trouvent ruinés. Certains sont alors obligés, en contrevenant à la loi, de vendre des parties de leurs domaines à des marchands, qui, seuls, ont profité de la guerre en fournissant armements et vivres…

1297 : le bakufu renforce les lois interdisant la vente des fiefs. Mais les seigneurs dépossédés n'obéissent déjà plus au gouvernement de Kamakura. L'empereur les soutient dans leur révolte.

1326 : l'empereur Daigo II refuse d'abdiquer comme le lui demande le shikken, et, soutenu par les nobles, désigne son fils comme héritier.

1331 : Daigo II est battu par les troupes du shikken et exilé dans l'île d'Oki.

1333 : grâce à la complicité d'un Minamoto dissident, Ashikaga Takauji, Daigo II s'enfuit, réunit des troupes et rentre à Kyoto. Soulèvement général des seigneurs contre le bakufu. La ville de Kamakura est prise et incendiée. Daigo II restaure le pouvoir impérial.

Pour en savoir plus, voir l'article Mongols.

6. La période Ashikaga ou de Muromachi (1333-1582)

1336 : Ashikaga Takauji , devenu le seigneur le plus puissant du Japon, se retourne contre l'empereur et établit à son tour un bakufu à Kyoto même. En 1338, il se fait nommer shogun par l'empereur qu'il a mis sur le trône. L'empereur légitime se réfugie dans les montagnes du Yamato avec ses partisans, inaugurant la période dite des « deux cours », pendant laquelle la guerre civile va ensanglanter le pays jusqu'en 1392. La lutte sera épisodique mais acharnée. La ville de Kyoto sera prise et reprise quatre fois, et chaque fois détruite. Dans les provinces, les seigneurs, espérant conquérir la suprématie, se battent, plongeant le pays dans la guerre civile.

1383 : bien qu'Ashikaga Takauji soit mort en 1358, la situation demeure la même sous ses successeurs et ceux de Daigo II. L'île de Kyushu reste acquise aux loyalistes, mais, dans le Nord, nombre de seigneurs se sont rendus indépendants.

1392 : reconquête de Kuyshu par les Ashikaga. L'empereur légitime Go-Kameyama accepte d'abdiquer, et la guerre des deux cours se termine. Mais le pays est ensanglanté et la ville de Kyoto presque totalement détruite. Sous l'autorité des shogun Ashikaga, l'organisation administrative a été refondue et le pays divisé en trois grandes régions dirigées par un kanrei (grand délégué) sous l'autorité du shogun.

1400-1401 : le shogun tente de réduire les pirates Wako, qui écumaient les côtes japonaises, coréennes et chinoises et renoue des relations amicales avec la Chine des Ming.

1419 : les Wako de l'île de Tsushima sont détruits par les Coréens.

1428 : révolte des paysans des provinces à la suite d'épidémies et de famines. Ils forment des ligues de défense contre les bandes de samouraïs-brigands.

1456 : le shogun Ashikaga Yoshimasa doit reconnaître les droits de propriété des paysans et réduire leurs dettes.

1457 : grande famine et épidémies. Le gouvernement central ne fait rien. Les grands seigneurs lèvent des barrières d'octroi qui entravent le commerce et aggravent les famines. Les paysans, à bout de ressources, s'engagent comme soldats à pied (ashigaru) dans les rangs des armées seigneuriales, et se livrent au brigandage.

1467-1477 : une nouvelle guerre civile est déclenchée entre les seigneurs au sujet de la succession du shogun Yoshimasa. 160 000 hommes s'affrontent dans la ville de Kyoto, qui est la proie des flammes. Cette guerre civile, dite de l'ère Onin, est une guerre « pour le plaisir » faite par les daimyo pour leur gloire. Elle s'étend jusque dans les provinces, où les guerriers s'affrontent sans savoir pourquoi.

1486 : grande révolte paysanne contre les excès des guerriers. Les paysans demandent le départ des troupes et veulent rentrer en possession de leurs terres.

1489 : le shogun Ashikaga Yoshihisa est assassiné et sa succession fait s'affronter les daimyo. Ceux-ci s'opposent entre eux ou au bakufu de Muromachi, rendant tout gouvernement central impossible. Des comités de paysans, de commerçants, d'artisans se créent afin de constituer des gouvernements locaux. La cour, oisive et ruinée, protégée par l'un ou l'autre des daimyo, se désintéresse de la situation. Le Japon est alors partagé de fait entre une trentaine de grands daimyo et une centaine de plus petits seigneurs qui se combattent sans répit, aidés par des bandes de paysans-guerriers n'observant aucune des lois de la chevalerie des samouraïs.

1542 : des marchands portugais échoués sur la petite île de Tanegashima (sud de Kyushu) importent les premiers mousquets. Très vite l'usage de cette arme nouvelle se répand dans tout le Japon.

1549 : François Xavier commence l'évangélisation du pays. Bateaux portugais, hollandais et espagnols accostent et font du commerce avec les Japonais des côtes.

1568 : un petit seigneur du Nord, Oda Nobunaga (1534-1582), réussit à vaincre tous ses adversaires, entre à Kyoto en vainqueur et se fait nommer shogun, ayant abattu la puissance déclinante des Ashikaga. Il organise à son profit les provinces centrales.

1574 : les sectes religieuses, qui s'étaient armées, représentent désormais une puissance avec laquelle le gouvernement doit compter. La secte Ikko (créée par le moine Shinran) se révolte et soulève les campagnes.

1576 : Oda Nobunaga se fait construire un château sur les bords du lac Biwa, prototype de tous les châteaux japonais, et le fait luxueusement décorer par les meilleurs artistes de son temps. En 1571, il a détruit les monastères rebelles du mont Hiei, près de Kyoto, et fait massacrer leurs moines. En 1574, il a attaqué et mis en fuite le dernier Ashikaga, Yoshiaki. En 1580, il abat la puissance de la secte Ikko et prend son château d'Osaka. Avec l'aide de ses généraux Tokugawa Ieyasu et Toyotomi Hideyoshi, il vient finalement à bout de tous ses adversaires et unifie le centre du Japon sous son autorité.

1582 : Oda Nobunaga, devenu dictateur des provinces centrales, est attaqué par un de ses généraux, et obligé de se suicider. Treize jours après, le félon est attaqué et tué par Toyotomi Hideyoshi, qui prend la succession de son maître.

7. L'ère des dictateurs (1582-1616)

1584 :

Hideyoshi fait élire le fils d'Oda Nobunaga comme shogun, mais garde le pouvoir. Il continue alors la guerre contre les seigneurs non encore ralliés, surtout ceux de Kyushu, et transfère le siège de son gouvernement à Osaka, où il oblige les grands daimyo à lui construire un immense château. Il fait en même temps démolir ceux des seigneurs rebelles. Il fait établir un recensement général des terres, rend les paysans propriétaires et solidaires de leurs terres et interdit le port des armes aux non-samouraïs. Il établit le principe (d'origine chinoise) de la responsabilité collective et fixe l'impôt entre 40 et 50 % de la récolte. Les daimyo sont classés selon leur revenu annuel en koku (180 litres) de riz. Le plus puissant d'entre eux, Tokugawa Ieyasu, en possède 2 500 000, les moins puissants seulement 10 000.

1585 : Hideyoshi fait frapper sa propre monnaie et favorise le développement des mines d'or et d'argent. Homme le plus riche du Japon, il subventionne la cour impériale, ordonne un grandiose programme de constructions, donne des fêtes splendides et patronne arts et lettres. Il est nommé dajo daijin (Premier ministre) par l'empereur.

1586 : Hideyoshi réunit une immense armée afin de soumettre les grands daimyo encore indépendants (sauf cependant Tokugawa Ieyasu, avec qui il est allié et qui demeure dans son fief du Kanto [région de Tokyo]).

1590 : le dernier des daimyo Hojo est vaincu en son château d'Odawara.

1592 : afin d'occuper ses guerriers, Hideyoshi les lance à la conquête de la Corée. Ses troupes entrent à Séoul. Il décide alors de s'attaquer à la Chine.

1593 : les Chinois étant venus au secours des Coréens, les Japonais perdent Séoul. Un fils naît à Hideyoshi. Le neveu de Hideyoshi, Hidetsugu, nommé son successeur, se révèle débauché et cruel.

1595-1597 : les troupes japonaises en Corée subissent revers sur revers. Hideyoshi, qui montre des signes d'aliénation mentale, contraint son neveu au suicide. En 1596, il nomme son fils (âgé de trois ans) kampaku. L'amiral coréen Li Sunshin, qui a inventé un bateau cuirassé, détruit la flotte japonaise. Hideyoshi réorganise alors sa flotte et envoie en 1597 100 000 hommes en renfort en Corée pour soutenir l'armée commandée par Konishi Yukinaga.

1598 : les Sino-Coréens refoulent les armées japonaises. Mort de Hideyoshi. Konishi traite avec les Chinois et abandonne la Corée. Tokugawa Ieyasu se pose en protecteur du jeune Hideyori, mais se voit confronté aux ambitions des autres seigneurs.

1600 : affrontement général entre les troupes fidèles à Tokugawa Ieyasu et les autres daimyo. À Sekigahara, Tokugawa Ieyasu est vainqueur. Il fait exécuter les principaux chefs des armées adverses (parmi lesquels Konishi) et prend le pouvoir.

1601 : Ieyasu confisque les mines d'or, fait battre monnaie et oblige les villes à lui céder leurs privilèges.

1603 :

Tokugawa Ieyasu établit son bakufu au centre de ses domaines, à Edo (aujourd'hui Tokyo), et s'y fait construire un château. Il monopolise le commerce de la soie et acquiert une fortune considérable. Il s'adjoint des hommes habiles : le confucéen Hayashi Razan (1583-1657), le navigateur anglais William Adams, dit Anjin (qui s'était échoué sur les côtes du Japon et que Ieyasu avait pris à son service afin qu'il créât une marine moderne), des marchands influents… Il divise ses vassaux en trois classes : les fudai, dépendant directement de lui et qui avaient combattu à ses côtés à Sekigahara, les hatamoto ou vassaux mineurs, dépendant aussi directement de lui, enfin les tozama ou « daimyo extérieurs », très surveillés et obligés de venir vivre à Edo pendant une partie de l'année. Le code de réglementation instauré par Hideyoshi est strictement appliqué.

1614-1615 : les seigneurs mécontents se regroupent autour d'Hideyori dans le château d'Osaka. Deux sièges permettent à Tokugawa Ieyasu d'abattre les rebelles. La forteresse est rasée et Hideyori contraint au suicide, ainsi que les principaux chefs des rebelles.

1616 : Ieyasu, blessé au cours du siège d'Osaka, meurt. Son fils, Tokugawa Hidetada, déjà intronisé shogun depuis 1605, lui succède. L'œuvre de Ieyasu a été immense et durable : il a unifié le pays et donné à celui-ci un gouvernement stable ; il a renoué des relations amicales avec la Chine des Qing, amélioré sa flotte de commerce et noué de fructueuses relations avec les pays du Sud-Est asiatique, et même l'Europe. Ayant tout d'abord favorablement accueilli les prêtres étrangers, il s'est vite aperçu de la collusion de ceux-ci avec les puissances militaires d'Europe, et il a interdit prosélytisme et construction d'églises, sans toutefois recourir à la persécution, comme l'avait fait Hideyoshi sur la fin de sa vie.

8. La période d'Edo ou des Tokugawa (1616-1868)

1623-1624 :

après avoir consolidé la position du bakufu, Hidetada laisse sa charge de shogun à son fils Iemitsu. Mais celui-ci renforce les interdits relatifs aux étrangers déjà promulgués par son père en 1616 : tous les ports japonais sont fermés aux navires européens, sauf ceux de Hirado et Nagasaki. Cependant, l'activité missionnaire reprenant dans l'île de Kyushu, Iemitsu recourt à la persécution, dès 1622. En 1624, les marchands portugais quittent le pays et les Anglais ferment leur comptoir à Hirado.

1637 : grande rébellion chrétienne et paysanne à Shimabara. Le bakufu réagit violemment, massacre les chrétiens de Shimabara et interdit aux navires portugais et espagnols d'aborder au Japon.

1639 : le pays est fermé aux étrangers, sauf aux Chinois et aux Hollandais, qui ont permission de rallier une partie du port de Nagasaki, Dejima (Deshima). Les bateaux japonais doivent être munis d'une autorisation spéciale pour aller en Chine, aux îles Ryukyu, en Corée ou dans le Sud-Est asiatique. Création de grandes routes (Tokaido). Le christianisme est pourchassé.

1651 : mort de Tokugawa Iemitsu. Tentative de coup d'État avortée. De nombreux hatamoto, appauvris, vivent de brigandage.

1657 : un incendie catastrophique détruit la ville d'Edo, faisant plus de 100 000 morts. La capitale est reconstruite sur un plan nouveau. Troubles chez les tozama, qui sont rapidement remis à la raison.

1680 : sous le shogun Tokugawa Tsunayoshi, la classe de marchands commence à prendre une très grande importance. Les daimyo sont parfois obligés de leur emprunter de quoi subvenir à leurs fastueuses dépenses.

1703 : incident de la « vengeance des 47 ronin » (samouraïs ayant quitté le service de leur maître et parcourant le pays en quête d'aventures) : le shogun les condamne à se suicider, mais cet événement va défrayer la chronique et inspirer d'innombrables récits et pièces de théâtre.

1709 : Arai Hakuseki, conseiller confucéen du shogun Ienobu, complète la « Règle des maisons guerrières » instaurée par Tokugawa Ieyasu et adoucit la justice pénale. Les villes connaissent une grande prospérité et la classe des chonin (citadins) se développe.

1716 : plusieurs années de disette ont fait monter les prix et la situation économique est précaire. Le shogun Yoshimune tente des réformes agraires, fait irriguer de nouvelles terres et interdit les dépenses excessives.

1735 : Yoshimune fixe le prix du riz, mais les paysans, accablés par les impôts, se révoltent.

1764, 1765, 1773 : nouvelles et sanglantes révoltes paysannes.

1787 : le conseiller du shogun Ienari, pour rétablir la situation, chasse les fonctionnaires corrompus, assainit les finances et tente de repeupler les campagnes.

1792 : apparition de bateaux russes sur les côtes d'Hokkaido. La prospérité est revenue et les citadins jouissent d'une vie facile baptisée ukiyo (« monde flottant »).

1804 : l'amiral russe N. P. Rezanov mouille dans le port de Nagasaki et y reste pendant six mois. Il ne reçoit pas l'autorisation de se rendre à Edo.

1808 : un navire anglais menace de bombarder Nagasaki si on lui refuse l'approvisionnement en eau et en vivres.

1825 : le shogun Ienari ordonne de détruire tout navire étranger mouillant dans un port japonais.

1832-1836 : série de famines suivies de révoltes paysannes.

1844 : le gouvernement hollandais demande au bakufu de cesser sa politique d'isolement.

1845-1846 : un navire anglais est bien accueilli à Nagasaki ; deux navires de guerre américains mouillent en rade d'Edo, mais ne peuvent entreprendre de pourparlers avec le bakufu.

1853 : l'Américain Matthew Calbraith Perry vient avec quatre bateaux de guerre apporter une lettre du président des États-Unis et annonce son intention de revenir l'année suivante chercher la réponse. Le pays se divise en anti-Occidentaux et pro-Occidentaux.

1854 : retour de l'amiral Perry. Le bakufu, effrayé, consent à ouvrir deux ports, Shimoda et Hakodate, et à recevoir un consul américain. Il doit signer des accords semblables avec la Grande-Bretagne, la Russie et la Hollande.

1856 : arrivée du consul américain Harris, qui est reçu en 1857 par le shogun Iesada.

1858 : une partie du pays se soulève, indignée des accords signés par le shogun avec les « barbares ».

1860 : li Naosuke, conseiller du shogun et partisan de l'ouverture du Japon, est assassiné. Le shogun demande conseil à l'empereur, aux côtés duquel se rangent les ennemis du bakufu.

1862-1863 : après l'assassinat d'un Anglais, la flotte britannique bombarde le port de Kagoshima.

1863 : un bateau américain ayant été attaqué par les canons du port de Shimonoseki, une escadre internationale prend la ville et oblige le daimyo du Choshu à payer une forte indemnité.

1864 : les partisans de l'empereur se révoltent à Kyoto et battent les troupes envoyées par le bakufu. Le shogun Yoshinobu offre sa démission à l'empereur en 1867. Un gouvernement provisoire est mis en place. Les partisans des Tokugawa tentent de résister, mais un soulèvement populaire abat leur résistance. Mutsuhito monte sur le trône et assume le pouvoir.

1868 : Mutsuhito transfère son gouvernement à Edo, rebaptisée en Tokyo. Une ère nouvelle commence, appelée Meiji ou « Époque éclairée ».

9. L'ère Meiji (1868-1912)

1868-1874 :

l'empereur Mutsuhito procède à de profonds remaniements. Le pays est divisé administrativement en arrondissements, le peuple est organisé en nouvelles classes, enfin le droit au sabre est refusé aux samouraïs. La loi donne la propriété des terres aux paysans (1868), rétablit la liberté d'achat et de vente de celles-ci (1871), ainsi que la liberté du commerce intérieur et extérieur (1872-1873). L'impôt foncier est réformé (1872), des universités sont créées et le gouvernement est modernisé.

1874-1877 : Saigo Takamori et Eto Shimpei groupent les mécontents et se révoltent. L'armée impériale (créée en 1871) mettra trois ans à réduire les rebelles.

1885 : Mutsuhito supprime le Conseil impérial des Taira et institue un cabinet parlementaire de style occidental présidé par Ito Hirobumi.

1889 :

le 11 février, l'empereur promulgue une Constitution, mais les partisans de l'ancien régime sont encore nombreux et les assassinats politiques se succèdent. La Constitution donne des pouvoirs étendus à l'empereur, crée deux chambres législatives (diète), la Chambre des pairs, aux membres désignés par l'empereur, et la Chambre des représentants élus. Cette dernière assemblée sera réorganisée en 1900 et 1902. La justice est refondue sur des modèles français et allemands. L'armée et la marine sont modernisées, le service militaire obligatoire institué. De nombreuses lois accélèrent le processus d'occidentalisation du Japon. Des lignes de chemin de fer sont inaugurées entre les plus grandes villes, à partir de 1870. La population japonaise augmente rapidement.

1894 : à la suite d'un différend au sujet de la Corée, les forces japonaises débarquent en Chine. Elles l'emportent sur mer comme sur terre. Les Japonais envahissent Formose (Taïwan). La Chine signe le traité de Shimonoseki en 1895, qui consacre la victoire du Japon et, malgré la diplomatie occidentale, l'influence prépondérante de celui-ci en Corée.

1902 : le Japon, après avoir aidé les puissances occidentales contre la révolte des Boxeurs en Chine en 1900, conclut une alliance militaire avec l'Angleterre, alliance destinée à contenir les visées russes sur la Corée. Le tsar Nicolas II envoie 100 000 hommes en Mandchourie.

1904 : le Japon attaque la marine russe basée à Port-Arthur et débarque une armée en Corée et dans le Liaodong.

1905 : après d'âpres combats, le général russe Stoessel, qui commande Port-Arthur, est obligé de capituler. Les troupes japonaises avancent en Mandchourie. La flotte russe de la Baltique, envoyée en renfort, est détruite dans le détroit de Tsushima par les forces de l'amiral Togo. La Russie est obligée de concéder le droit de s'installer en Mandchourie et en Corée aux Japonais, et leur cède la moitié sud de l'île de Sakhaline. Ito Hirobumi est nommé résident en Corée et commence de « japoniser » ce pays. Au Japon même, où l'économie a fait un bond en avant énorme grâce aux deux guerres victorieuses, le jeu des partis s'installe au gouvernement, faisant alterner au pouvoir libéraux et conservateurs. Militaristes et libéraux s'affrontent, mais, en 1911, les militaristes finiront par l'emporter sur le cabinet temporisateur de Saionji.

Pour en savoir plus, voir les articles bataille de Tsushima, guerres sino-japonaises, guerre russo-japonaise.

10. Les suites de l'ère Meiji (1912-1927)

1912 : mort de Mutsuhito, désormais appelé Meiji tenno. Son fils, Yoshibito, âgé de 33 ans, accède au trône. Sous son règne, le jeu des partis continue. Katsura Taro (1847-1913) tentera d'imposer un pouvoir autoritaire. À sa mort, c'est l'amiral Yamamoto qui est chargé de former le nouveau gouvernement.

1914 : le Japon entre en guerre contre l'Allemagne et soutient les Alliés, de manière à avoir les mains libres en Chine.

1915 : le Japon envoie au dictateur chinois Yuan Shikai un ultimatum en 21 points. La Chine est obligée de céder, et la caste militaire triomphe.

1917 : le gouvernement provisoire russe ne reconnaît pas les accords passés avec le tsar. La Chine entre en guerre aux côtés des Alliés, ce qui met le Japon dans une situation délicate.

1918 : les Japonais pénètrent en Sibérie soviétique et s'opposent aux « rouges ». À la conférence de la paix de Versailles, le Japon obtient toutes les possessions allemandes du Pacifique au nord de l'équateur.

1919 : mort de l'ancien empereur de Corée. Les nationalistes coréens conduits par Syngman Rhee (Lee Sung-man) réclament le départ des Japonais et la liberté. La révolte est noyée dans le sang par les militaires japonais. Au Japon, les libéraux reprennent le pouvoir en alternance avec les militaristes.

1923 : un terrible tremblement de terre détruit entièrement Tokyo et Yokohama. L'empereur, de santé chancelante, a déjà nommé son fils, Hirohito régent depuis deux ans. La loi martiale est proclamée. Mouvement de retour aux traditions et à la xénophobie.

1926 : mort de l'empereur Yoshihito, dont le nom devient Taisho tenno. Son fils Hirohito lui succède et nomme son règne « ère Showa » (« La Paix lumineuse »).

11. La montée du militarisme (1927-1937)

En signant les traités de Washington (1921-1922), qui entérinaient le statu quo entre les grandes puissances en Asie et dans le Pacifique et gelaient les armements navals pour dix ans, les politiciens japonais renonçaient à l'expansion coloniale. L'armée avait vu diminuer son influence de même que son budget. Mais, à la fin de l'ère Taisho, le Japon rentre dans une période de tourmente : corruption politique, poussée des « partis prolétariens », misère et violences rurales provoquées par la concentration des terres. En 1927, les militaires proposent comme solution de reprendre l'expansion coloniale (« mémoire Tanaka »). La crise économique de 1929 les convainc de passer à l'action. En novembre 1930, ils abattent le Premier ministre Hamaguchi, qui vient d'accepter la prolongation du gel des armements navals (traité de Londres). En septembre 1931, l'armée force la main du gouvernement en occupant la Mandchourie, en violation du système de Washington. Comme le monde des affaires refuse de souscrire un emprunt de défense nationale, le directeur général de Mitsui est assassiné en mars 1932 ; en mai, c'est le Premier ministre Inukai. Terrorisées, les élites civiles abandonnent de facto le pouvoir aux militaires ; la Constitution n'est pas violée. La Diète siège, et les élections se déroulent normalement. Mais l'empereur ne désigne plus que des Premiers ministres soumis aux militaires, qui forment des cabinets extraparlementaires que la Diète n'ose pas renverser. La question qui suscite de vives controverses est de savoir si l'empereur Hirohito est alors le complice actif des militaires ou leur otage.

   Les militaires imposent au Japon une organisation de type totalitaire : fusion « volontaire » de tous les partis politiques dans l'Association pour le service du trône (1940), organisation corporatiste de l'économie, encadrement de la population par les 1 120 000 tonarigumi (groupes de voisinage), endoctrinement et répression de toute dissidence par la police secrète Kempeïtaï. L'idéologie repose sur le kokutai et sa vision d'une nation organique, pure, homogène et supérieure – mais sans la volonté systématique d'éliminer les races dites « inférieures » qu'on trouve dans le nazisme. La propagande puise pêle-mêle dans la mythologie shinto, l'éthique samouraï et le confucianisme.

   L'empereur est placé au centre de tout. La survie du kokutai est indissociable de celle de sa lignée divine. La nation n'agit que par lui (il légitime le pouvoir exercé en son nom) et pour lui (tous ses sujets lui doivent dévouement jusqu'à la mort). Le tennosei (système impérial) est ainsi le principe actif du totalitarisme japonais. Mais, en même temps, son existence préserve, au cœur même du système, un espace sur lequel l'emprise totalitaire ne s'exerce pas, puisqu'un ordre impérial ne peut pas être contesté. Hirohito, quelle que soit son implication dans les agissements de l'armée, l'utilise pour protéger une « faction de la paix », qui s'organise au palais à partir de 1942, et, tout à la fin, pour mettre un terme à la guerre.

   Comme les nazis à leurs débuts, les militaires dénoncent aussi le caractère « antinational » des grands groupes capitalistes (les zaibatsu). Mais, malgré les velléités de l'armée de promouvoir de nouveaux groupes (Nissan, Hitachi), les quatre grands zaibatsu ne feront qu'accroître leur emprise sur l'économie pendant la guerre.

12. La seconde guerre sino-japonaise : 1937-1945

12.1. L'entrée en guerre

Dès 1932, les Japonais ont fait de la Mandchourie l'État fantoche du Mandchoukouo, que la SDN et la Chine refusent de reconnaître. Le Japon quitte alors la SDN, et ses troupes entrent en Chine du Nord (1933). L'armée est divisée sur la stratégie à adopter ; une opération sur Shanghai tourne court (1934). Le 6 février 1936, les généraux proches du palais (faction du Contrôle) éliminent les jeunes officiers extrémistes de la faction de la Voie Impériale. La cohésion de l'armée et ses liens avec les élites civiles sont renforcés. Le 7 juillet 1937, l'offensive générale est lancée contre la Chine.

12.2. L'offensive générale

C'est le début d'une fuite en avant. Les Japonais s'emparent des régions côtières et établissent à Nankin un gouvernement chinois à leur dévotion. Ils mènent une guerre de terreur (massacre d'au moins 200 000 civils à Nankin, en 1937). Mais Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) résiste dans l'intérieur du pays avec l'aide des communistes de Mao Zedong. Les Occidentaux, alarmés par la poussée japonaise vers leurs colonies, l'approvisionnent par la route de Birmanie. Les Japonais s'enlisent, mais la guerre en Europe et la défaite de la France (juin 1940) leur permettent d'envisager d'attaquer Jiang Jieshi par le sud. Ils se rapprochent de l'Axe (pacte tripartite de septembre 1940) et, sous la menace, obtiennent le droit de passer par l'Indochine française et d'en utiliser les ressources (riz, caoutchouc). Les États-Unis s'interposent alors et prennent des sanctions : gel des avoirs japonais, embargo sur le fer et le pétrole. Le Japon se prémunit contre une guerre sur deux fronts en signant un pacte de neutralité avec l'URSS (avril 1941). Le prince Konoe, Premier ministre, tente d'obtenir que Washington reconnaisse les acquis japonais. En octobre 1941, il est remplacé par le commandant en chef de l'armée, le général Tojo Hideki. Le 7 décembre, l'aéronavale japonaise détruit une partie de la flotte américaine du Pacifique à Pearl Harbor.

12.3. La capitulation

Après cette victoire, le Japon compte sur sa supériorité aéronavale pour s'emparer de l'Asie du Sud-Est et de ses matières premières, couper la route de Birmanie et s'établir dans les archipels au milieu du Pacifique afin de pouvoir ensuite discuter en position de force. Mais, après six mois de succès, durant lesquelles ses forces parviennent jusqu'aux portes de l'Inde et de l'Australie, il est mis en échec sur mer (îles Midway, juin 1942) et sur terre, à Guadalcanal.

   En 1943, les Américains contre-attaquent. La prise de Saipan (juillet 1944) leur permet de bombarder l'archipel qu'ils coupent de l'Asie du Sud-Est en reprenant les Philippines (octobre). Le 1er avril 1945, ils débarquent en terre japonaise, à Okinawa, et prennent l'île au terme de furieux combats (49 000 soldats américains, 110 000 soldats et 150 000 civils japonais tués), marqués par l'utilisation massive des kamikazes.

   

Le Japon est à bout de forces. Tojo a quitté le gouvernement après la perte de Saipan. Tokyo essaye de négocier une reddition sans occupation ni représailles. Il faut la bombe atomique (Hiroshima, 6 août ; Nagasaki, 9 août) et l'entrée en guerre de l'URSS (8 août) pour que l'empereur impose la capitulation aux ultras et l'annonce à la nation (15 août). Le 30 août, le général Douglas MacArthur atterrit à la tête des unités d'occupation. Hirohito, que les Américains ont préféré maintenir en place, tirera lui-même un trait sur l'idéologie militariste en dénonçant à la radio « l'idée erronée selon laquelle l'empereur est divin et le peuple japonais supérieur aux autres » (1er janvier 1946).

   Deux millions de soldats et près de 700 000 civils ont péri. Les grandes villes (sauf Kyoto) sont presque anéanties. La production industrielle est à 10 % de son niveau de 1940. Six millions de soldats et de colons sont rapatriés en désordre. Le pays est à reconstruire.

   Pour en savoir plus, voir les articles guerres sino-japonaises, Seconde Guerre mondiale.

13. La vie politique après la Seconde Guerre mondiale

13.1. Le modèle japonais

L'occupation américaine (1945-1952) commence par la purge des anciens dirigeants et par des réformes démocratiques : nouvelle Constitution, réforme agraire, établissement des libertés politiques et syndicales, nouveau Code civil. Le général Tojo Hideki et six autres accusés sont pendus comme criminels de guerre au terme du procès de Tokyo (28 décembre 1948). Mais pour faciliter l'occupation, Washington décide de garder l'empereur, tout en le dépouillant du pouvoir. La gauche japonaise prend son essor ; le socialiste Katayama Tetsu devient Premier ministre après les élections d'avril 1947, où son parti a obtenu 26 % des voix. Mais la guerre de Corée (1950-1953) pousse les Américains à réprimer la gauche : en 1949-1950, les « purges rouges » brisent les syndicats communistes. Pour consolider le camp conservateur, ils laissent amnistier les anciens députés de la période militariste. Dès la fin de l'occupation américaine, 124 d'entre eux reviennent au Parlement (élections d'octobre 1952). En novembre 1955, les conservateurs s'unissent au sein du parti libéral-démocrate (PLD), dont la cheville ouvrière est un ancien criminel de guerre, Kishi Nobusuke, aidé par la CIA. Le PLD gouvernera sans partage jusqu'en 1993. Dès décembre, Yoshida Shigeru, le « père » du nouveau Japon, Premier ministre en 1946-1947, puis, à partir d'octobre 1948, est écarté au profit de politiciens amnistiés : Hatoyama Ichiro (1955-1957), puis Kishi lui-même (1957-1960).

   Kishi est résolu à défaire autant que possible les réformes libérales léguées par les Américains. Cette politique du « cours inverse » suscite une opposition croissante de la gauche et de la société civile. La restructuration de l'industrie provoque aussi des conflits sociaux très durs (papeteries d'Oji, charbonnages de Miike), qui se terminent par la mise au pas des syndicats et la mise en place du « modèle japonais » caractérisant les relations du travail et reposant sur le syndicalisme d'entreprise et l'emploi à vie. L'agitation culmine en 1960 avec des manifestations sanglantes contre le traité de sécurité nippo-américain, signé en 1951 à San Francisco. Le terrorisme politique reparaît (assassinat du leader socialiste Asanuma). Kishi est poussé à la démission en juin. Ikeda Hayato (1960-1964) choisit la conciliation avec la gauche et engage le pays dans la « haute croissance ». Sous Sato Eisaku (1964-1972), le Japon devient la 2e puissance économique du monde libre.

   La modernisation de la société, les dégâts de la croissance (pollution, urbanisation désordonnée) et les à-coups économiques liés aux chocs pétroliers redonnent de l'élan à la gauche. La toute-puissance du PLD s'érode : de 63,2 % des voix en 1955, il tombe à 41,9 % en 1976. Pendant une dizaine d'années (1967-1976), des fronts socialistes-communistes gouvernent la plupart des grandes villes, dont Tokyo et Osaka. Des partis centristes apparaissent : le Komeito, bras séculier de la secte bouddhiste Soka-Gakkai, et le petit parti social-démocrate (PSD). Les gouvernements PLD deviennent instables : Tanaka (1972-1974), Miki (1974-1976), Fukuda (1976-1978), Ohira (1978-1980), Suzuki (1980-1982). Cependant, les divisions de l'opposition, la stabilisation de la société et le retour d'une croissance soutenue remettent le PLD en selle. Nakasone Yasuhiro (1982-1987) applique son programme néonationaliste : renforcement de l'armée, interprétation restrictive de la Constitution, usage obligatoire de l'hymne « Kimigayo » et du drapeau national à l'école… Mais la pression des partenaires du Japon et l'évolution des mentalités remettent en cause le modèle fondé sur le protectionnisme, l'intervention de l'Administration dans l'économie et l'autoritarisme dans la vie sociale. Le PLD doit entreprendre l'ouverture du marché et la déréglementation, alors que ses électeurs les plus fidèles (paysannerie, PME et PMI) y sont opposés. Les mandats écourtés de Takeshita Noboru (1987-1989) et de Uno Sosuke (mai-août 1989) témoignent de la confusion qui s'installe dans le parti.

   En janvier 1989, la mort de Hirohito clôt l'ère Showa (la « Paix lumineuse »), et l'avènement de son fils Akihito ouvre l'ère Heisei (l'« Accomplissement de la paix »).

13.2. Les années 1990 : une décennie « perdue »

13.2.1. L'éphémère éclipse du PLD (1993-1994)

À partir de 1990, l'effondrement de la Bourse, après cinq années de spéculation, précipite le Japon dans la crise et provoque une série de scandales. L'opinion réclame une réforme politique (moralisation, décentralisation, réforme électorale) et la diminution du pouvoir de la bureaucratie. Kaifu Toshiki (1990-1992) et Miyazawa Kiichi (1992-1993) échouent à les réaliser. Le parti socialiste en profite brièvement et bat le PLD aux sénatoriales de 1989. Mais il est sclérosé par un demi-siècle d'opposition. En 1992, un premier parti néoconservateur, le Nouveau Parti du Japon (NPJ), est créé par le gouverneur (ex-PLD) de Kumamoto, Hosokawa Morihiro. Le PLD lui-même se divise : en juin 1993, 36 députés de l'aile droite menés par Ozawa Ichiro forment le parti du Renouveau (PR) ; dix autres créent le parti pionnier (PP, centre gauche). Miyazawa Kiichi dissout la Chambre basse. Aux élections de juillet, le PLD remporte encore 223 sièges et 39,5 % des voix ; mais il n'a pas de majorité. Les trois partis néoconservateurs totalisent 22,5 % des voix et 103 sièges. Les socialistes sont écrasés (15,4 % des voix et 72 sièges). Une coalition de six partis – du PS au PR – se constitue contre le PLD, avec Hosokawa Morihiro comme Premier ministre. Elle réalise une timide réforme politique, avant d'éclater, en avril 1994.

13.2.2. Le retour du PLD

Le PLD revient aux affaires en juin 1994, en s'alliant au PS et au PP dans un cabinet dirigé par le socialiste Murayama Kiichi. Cette alliance choque l'opinion et précipite le PS et le PP vers leur déclin. En janvier 1996, le PLD récupère le poste de Premier ministre au profit de Hashimoto Ryutaro. L'opposition, quant à elle, se recompose difficilement : à droite, Ozawa Ichiro réunit son parti, le parti du Renouveau, le NPJ, le Komeito et le PSD dans le Nouveau Parti du Progrès (NPP) ; au centre gauche, deux jeunes députés très populaires, Kan Naoto et Hatoyama Yukio, créent le parti démocrate du Japon (PDJ) en ralliant la plupart des députés PS et PP, et quelques néoconservateurs (septembre 1996). La confiance des Japonais, déjà très ébranlée par de nombreux scandales politico-financiers et par une série de drames où les autorités ont été gravement prises en défaut – notamment le séisme de Kobe et l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo par la secte Aum en 1995 –, est minée par l'incapacité de la classe politique à sortir le pays de la récession dans laquelle il se trouve depuis quatre ans. Les citoyens désertent les urnes (autour de 40 % d'abstention) ou protestent par un vote contestataire, notamment en élisant des gouverneurs « amateurs », qui défient le gouvernement central. Leur exaspération se manifeste par la multiplication des procès contre l'Administration et des référendums locaux dirigés contre les centrales nucléaires ou les bases américaines (1996).

   Aux législatives d'octobre 1996, le PS est réduit à l'insignifiance et le PP disparaît. Un résultat très moyen (16 % des voix, 52 sièges) stoppe l'élan du PDJ. Une performance décevante – 28 % des voix, 156 sièges – ébranle le NPP, qui éclate en 1997. Le PLD (32,8 % des voix, 239 sièges) peut à nouveau gouverner seul, mais il subit une lourde défaite aux élections sénatoriales de 1998 : Obuchi Keizo, ministre des Affaires étrangères sortant, succède à Hashimoto Ryutaro qui doit démissionner. Obuchi Keizo revient à des cabinets de coalition, dans lesquels il inclut le Komeito (reconstitué en 1997 sous l'étiquette de « Nouveau Komeito ») et diverses formations centristes issues de l'éclatement du NPP (d'abord le parti libéral, puis le nouveau parti conservateur). Ce rassemblement de centre droit contrôle solidement les deux chambres de la Diète permettant à Obuchi Keizo de faire adopter de nombreux textes controversés (élargissement de la coopération militaire avec les États-Unis, officialisation des emblèmes nationaux), d'entamer l'assainissement du secteur bancaire et de mettre en œuvre les réformes économiques, source de division au sein du PLD.

   Obuchi Keizo, victime d'une embolie cérébrale (avril 2000) est remplacé par Mori Yoshiro, qui est désigné à huis clos. L'opinion publique, choquée par ce procédé peu démocratique, l'est encore davantage par les propos de Mori Yoshiro (« Le Japon est la terre des dieux et l'empereur en est le centre ») qui rappellent une idéologie d'un autre âge. Le PLD le paye aux législatives de juin 2000, à l'issue desquelles la coalition qu'il dirige conserve la majorité absolue, mais perd 62 sièges ; en pourcentage des suffrages, le PD (25 %) talonne les libéraux-démocrates (28,5 %). Une série de scandales, ajoutés aux impairs répétés de Mori Yoshiro, ne cessent d'affaiblir l'action du gouvernement, paralysé par la division entre réformateurs et partisans du statu quo. En avril 2001, Mori Yoshiro est écarté sans ménagement par les barons du PLD.

13.3. L'instabilité gouvernementale (2000-)

13.3.1. Koizumi Junichiro (avril 2001-septembre 2006)

Lors des primaires du 24 avril 2001, le réformateur Koizumi Junichiro l'emporte sur l'ex-Premier ministre, Hashimoto Ryutaro, le candidat des barons. Fort du soutien des autres composantes de la coalition gouvernementale – le Komeito et le parti conservateur –, Koizumi Junichiro bouscule tous les conservatismes au sein de son propre parti pour mener à bien les réformes structurelles (privatisations et déréglementations) indispensables. En dépit de leur mise en œuvre tardive, il est réélu à la présidence du PLD (septembre 2003) et reconduit à la tête d'un cabinet remanié. Profitant d'une embellie économique réelle mais fragile, il dissout la Chambre basse, mais sa coalition gouvernementale et le PLD sortent affaiblis des élections législatives anticipées de novembre, au profit du Komeito qui améliore son score (34 sièges), et surtout du PDJ, dirigé par Kan Naoto, qui gagne 40 sièges. La coalition gouvernementale est à nouveau sanctionnée lors des élections sénatoriales partielles de 2004 pour sa politique néolibérale (qui ne remédie ni à la précarité de l'emploi ni aux nouvelles inégalités sociales), pour le passage en force de la réforme des retraites et pour la participation (non-combattante) des FAD à la force multinationale en Iraq.

   En août 2005, Koizumi Junichiro dissout à nouveau la Chambre basse, alors que son projet de privatisation de la poste – qui divise fortement le PLD – est rejeté par la Chambre haute. La victoire écrasante de la coalition gouvernementale aux élections législatives anticipées de septembre, bénéficiant désormais d'une majorité de plus de deux tiers, conforte Koizumi Junichiro dans sa détermination à poursuivre le démantèlement de la poste. Mais, conformément à son engagement, il se retire en septembre 2006 au terme de son mandat à la tête du PLD.

13.3.2. Abe Shinzo (septembre 2006-septembre 2007)

Abe Shinzo, porte-parole du nouveau gouvernement, devient Premier ministre après un vote sans surprise au Parlement. Présenté comme un faucon, le plus jeune Premier ministre du Japon fait de la renaissance de l'identité nationale et de la révision de la Constitution pacifiste les priorités de son mandat. Il obtient la création d'un ministère de la Défense et signe, en mars 2007, un pacte de sécurité avec l'Australie, vivement encouragé par les États-Unis. Mais c'est sans compter avec le malaise social dû à l'accroissement des inégalités sociales et au fiasco de la gestion du système des retraites. Lors des élections sénatoriales partielles de juillet 2007, la coalition gouvernementale subit une sévère défaite au profit du PDJ, dirigé, depuis 2006, par Ozawa Ichiro. Abe Shinzo, miné par une série de scandales et de démissions, démissionne en septembre 2007, un an après son arrivée au pouvoir.

13.3.3. Fukuda Yasuo (septembre 2007-septembre 2008)

Fukuda Yasuo, issu de la droite modérée du PLD, forme un gouvernement de continuité et s'engage à poursuivre les réformes dans un pays à l'économie fragilisée et affecté d'un énorme déficit public. Mais, manquant d'audace et de charisme, Fukuda Yasuo est réduit à mener une politique de « petits pas », rapidement paralysée par le blocage systématique du PDJ, majoritaire à la Chambre haute. En dépit de quelques succès diplomatiques (net réchauffement des relations sino-japonaises marqué par la visite historique du Premier ministre chinois au Japon en mai 2008 ; présidence japonaise du G8 en juillet), Fukuda Yasuo démissionne soudainement le 1er septembre 2008, un mois après avoir été contraint de nommer son ex-rival, Aso Taro, aux commandes du PLD.

13.3.4. Aso Taro (septembre 2008-septembre 2009)

Aso Taro, qui a acquis une réputation de faucon lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères de 2005 à 2007 et qui se distingue également par son nationalisme et son franc-parler, est élu Premier ministre le 24 septembre. Annonçant la fin des réformes structurelles engagées par Koizumi Junichiro entre 2001 et 2006, il privilégie les plans de relance pour faire face aux répercussions de la crise financière et économique internationale. Affecté par la chute de ses exportations dans les secteurs de l'automobile et de l'électronique et par la hausse de sa monnaie, le pays connaît en effet la récession la plus grave depuis l'après-guerre. Le sort du Premier ministre paraît scellé : épinglé par la presse et par l'opposition pour son train de vie luxueux et pour le recours par la compagnie minière de sa famille, Aso Mining (devenue Aso Cement), à l'exploitation de 300 prisonniers de guerre anglais, australiens et néerlandais entre mai et août 1945, il connaît des records d'impopularité. Du côté de l'opposition, le PDJ est également pris dans la tourmente  on président depuis 2006, Ozawa Ichiro, éclaboussé par un scandale financier en mars 2009, démissionne en mai (conservant toutefois un rôle central en se voyant confier la responsabilité de la stratégie électorale) et est remplacé par Hatoyama Yukio, son ex-bras droit.

   L'issue des élections législatives anticipées du 30 août amorce un virage politique historique. Une douzaine de formations sont en lice, mais la bataille se joue essentiellement entre les deux grands partis, le PLD et le PDJ. Conscients de la gravité de l'enjeu et lassés des dérives du PLD à la tête du pays depuis 54 ans, et de son incapacité à réformer, les Japonais, exprimant leur volonté de changement, portent le PDJ au pouvoir. Le taux de participation élevé (69 %) rend la défaite du PLD encore plus sévère : alors qu'il détenait 300 sièges (sur 480) à la Chambre basse, il n'en compte plus que 119. Aso Taro démissionne de la présidence du PLD et assume les fonctions de chef du gouvernement jusqu'à l'élection, le 15 septembre 2009, de Hatoyama Yukio, appelé à lui succéder au poste de Premier ministre.

13.4. Alternance historique, le PDJ au pouvoir

13.4.1. Hatoyama Yukio (septembre 2009-juin 2010)

Bien qu'il dispose d'une écrasante majorité (308 sièges sur 480), le PDJ n'est pas majoritaire à la Chambre haute et doit forger des alliances. Son président, Hatoyama Yukio, investi Premier ministre le 16 septembre 2009, constitue un gouvernement sur la base d'une coalition avec le parti social-démocrate (PSD) et le Nouveau parti du Peuple (NPP, centre droit, fondé en 2005 par des dissidents du PLD). Les objectifs du premier cabinet d'alternance en un demi-siècle sont ambitieux : briser la collusion entre le personnel politique, les milieux d'affaires et l'Administration afin de redonner la primauté aux politiques ; accorder la priorité à l'amélioration des conditions de vie des Japonais et réduire les dépenses souvent dispendieuses en travaux publics. Cependant le véritable changement, tant attendu dans un pays en crise, endetté, vieillissant et inquiet pour son avenir, n'a pas lieu. L'image du Premier ministre est d'abord ternie par une affaire de financement occulte (décembre 2009). L'influence – estimée prépondérante du véritable homme fort du parti, Ozawa Ichiro, sur ses décisions – entame une crise de confiance entre l'opinion publique et le Premier ministre taxé de manque d'autorité et dont la cote de popularité passe sous la barre des 50 % en janvier 2010, après l'annonce de la démission pour raisons de santé du ministre des Finances, Fujii Hirohisa – un élément clé du cabinet. 

   Dès son arrivée au pouvoir, Hatoyama Yukio s'était engagé à réviser en profondeur l'accord conclu en 2006 avec les États-Unis, au terme duquel la base américaine de Futenma doit être transférée avant 2014 à Henoko, dans la localité de Nago (nord-est d'Okinawa). Après des mois de tergiversations, le Premier ministre japonais renonce à ce transfert et conclue avec Barack Obama un accord pour le maintien de la base sur l'île d'Okinawa, contre l'avis de la population et des élus locaux (mai). Cette reculade lui fait perdre le soutien du PSD, qui décide de quitter la coalition. Accusé de manque de fermeté, confronté à une fronde de son parti, Hatoyama Yukio démissionne le 2 juin 2010.

13.4.2. Kan Naoto et la catastrophe du 11 mars 2011 (juin 2010-août 2011)

Kan Naoto, cofondateur du PDJ en 1998, vice-Premier ministre et ministre des Finances, est élu à la tête du PDJ puis investi Premier ministre (8 juin 2010). Dès son arrivée au pouvoir, il s'engage à faire prévaloir le politique sur la bureaucratie, à poursuivre les réformes engagées par son prédécesseur (relance économique, assainissement des dépenses publiques, consolidation fiscale) et à reconquérir les électeurs pour les élections sénatoriales de juillet 2010. Celles-ci pourtant consacrent la défaite du PDJ (qui ne recueille que 106 sièges sur 242), ainsi que celle de son partenaire de la coalition, le NPP (qui perd les 3 sièges mis en jeu) face au PLD qui obtient 51 sièges. Tout en demeurant la première force à la Chambre haute, le PDJ est désormais contraint de négocier des alliances pour faire passer ses réformes. Malgré la réélection obtenue de justesse de Kan Naoto à sa présidence (septembre 2010), le PDJ voit son unité fortement menacée par la mise en examen (janvier 2011) de son ex-président, Ozawa Ichiro, impliqué dans des affaires de financement illégal, suivie par le départ d'une de ses personnalités influente et populaire, le ministre des Affaires étrangères, Maehara Seiji. Paralysé sur le plan politique, le Japon, malgré sa puissance technologique, cède, début 2011, sa deuxième place dans l'économie mondiale à la Chine.

   La chute du gouvernement Kan semble imminente en raison de l'impasse sur le vote du budget (qui doit être adopté avant le 1er avril), lorsque, le 11 mars, un séisme de magnitude 9 suivi d'un tsunami dévastateur frappe le littoral nord-est de l'archipel, entraînant un accident nucléaire majeur dans la centrale de Fukushima-Daiichi. Incapable de gérer avec efficacité et transparence la situation et tardant à admettre la gravité de la catastrophe (plus de 20 000 morts et disparus dans le Nord-Est, le pays confronté à sa plus grave crise humanitaire depuis la guerre et plongé dans la récession), Kan Naoto perd le peu de crédit qui lui restait. S'il ne parvient pas à s'imposer face à la puissance du lobby nucléaire japonais, il répond toutefois aux attentes d'une majorité de la population en engageant le Japon vers la sortie du nucléaire (juillet) et en faisant adopter par le Parlement une loi de soutien aux énergies renouvelables, juste avant sa démission (26 août 2011).

   Pour en savoir plus, voir l'article Économie du Japon.

13.4.3. Noda Yoshihiko (août 2011-)

Noda Yoshihiko, ministre des Finances dans le cabinet sortant, vainqueur du scrutin pour la présidence du PDJ, est nommé chef du gouvernement le 30 août.

14. Relations internationales

14.1. L'héritage de la défaite

14.1.1. Le problème des forces armées

Selon l'article 9 de la Constitution mise au point par les forces d'occupation et promulguée en 1946, « le peuple japonais renonce à jamais à la guerre » et « il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes ».

   Cependant, le développement de la guerre froide en Asie et la progression des forces communistes qui prennent le pouvoir en Chine (1er octobre 1949), constitue une menace pour le Japon. La sécurité du Japon est assurée par les États-Unis (traité de sécurité signé le 8 septembre 1951), qui y gardent des bases militaires. Très tôt, néanmoins, pressé par son allié, le PLD considère que l'article 9 autorise le Japon à se défendre : des forces d'autodéfense (FAD) sont créées en 1954.

   L'opposition virulente de la gauche force le PLD à fixer à celles-ci des limitations strictes : budget militaire limité à 1 % du PNB, pas d'arme nucléaire, pas d'exportation d'armements ni d'utilisation militaire de l'espace. Mais ces limitations, qui ne procèdent que de déclarations gouvernementales, peuvent être facilement levées en droit. Par ailleurs, pour que les FAD demeurent « défensives », en accord avec la Constitution, elles sont privées de capacité de projection (porte-avions, bombardiers lourds, missiles balistiques), rendant le Japon dépendant des États-Unis pour la défense de ses communications et la dissuasion nucléaire.

   En 2000, les États-Unis avaient 21 000 hommes et 130 avions de combat basés dans l'archipel, sans compter les forces embarquées sur le VIIe flotte, qui utilise les ports japonais. À la même date, les FAD comptaient 262 000 hommes, 1 050 chars, 680 véhicules blindés, 446 hélicoptères, 378 avions et 142 bâtiments de combat, constituant ainsi les forces conventionnelles les plus puissantes et les plus modernes d'Asie. Le budget militaire du Japon est le deuxième du monde depuis la fin de la guerre froide.

    Le PLD a rompu avec l'interprétation traditionnelle de l'article 9 qui limitait leur mission à la défense du territoire de l'archipel et de ses eaux territoriales. Il soutient désormais que cet article autorise les FAD à participer aux missions de maintien de la paix de l'ONU : une loi en ce sens, la loi PKO (Peace Keeping Operation), a été votée en 1992, et des Casques bleus japonais ont été envoyés sur divers théâtres d'opérations (Cambodge, Rwanda, et en 2002 au Timor-Oriental). Un pas supplémentaire a été franchi en 1996, quand le traité de sécurité a été réexaminé pour permettre une coopération active des FAD avec les forces américaines en cas de crise régionale – mais uniquement dans un rôle de soutien logistique non combattant, et même « sans lien direct avec aucune action de combat ». Enfin, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la Diète vote une « loi antiterroriste » qui étend la possibilité d'apporter un tel soutien non combattant aux opérations d'une coalition internationale approuvée par l'ONU en n'importe quel point du globe. Pour pouvoir mener à bien de telles opérations, les forces japonaises ont commencé à se doter des capacités de projection dont elles étaient dépourvues jusqu'à présent.

14.1.2. Le contentieux matériel et moral

Le souvenir de la colonisation et des atrocités japonaises hante la mémoire collective des Asiatiques. Les dommages de guerre négociés par Tokyo avec les pays voisins dans les années 1950 – pour solde de tous comptes et à l'exclusion de tout paiement aux victimes à titre individuel – ont été peu conséquents : le Japon a payé quarante fois moins que l'Allemagne. Le PLD a toujours refusé que le gouvernement présente des excuses officielles. Beaucoup de ses responsables défendent une thèse qui impute la responsabilité de la guerre aux Occidentaux et insiste sur ses aspects positifs tels que l'élimination du colonialisme. Il a fallu l'éclipse du PLD (1993) pour qu'un Premier ministre, Hosokawa Morihiro, prononce les mots tabous de « guerre d'agression » (août 1993).

   Ainsi, la rancune toujours vivace en Asie, surtout en Chine et en Corée, entrave toute prétention du Japon au leadership régional. Par ailleurs, les insuffisances du traité de San Francisco (8 septembre 1951) entre le Japon, les États-Unis et 49 pays se font sentir : la Corée et la Chine en étant absentes et l'URSS ayant refusé de le signer, Tokyo ne fera la paix avec Séoul et Pékin respectivement qu'en 1965 et en 1978, tandis qu'en 1998, Moscou et Tokyo n'avaient toujours pas conclu d'accord officiel. De plus, le traité de San Francisco a laissé sans solution trois contentieux territoriaux avec la Russie (îles Kouriles), la Corée (île Tokto [en japonais Takeshima]) et la Chine (îles Senkaku), qui nourrissent toujours des tensions.

   En 1998, Obuchi Keizo fait un pas en avant en présentant des excuses solennelles à la Corée du Sud, mais il les refuse peu après à la Chine. En 2000, l'approbation donnée par le ministère de l'Éducation à un manuel d'histoire, qui présente sous un jour favorable les guerres coloniales menées par le Japon entre 1875 et 1945 et qui élude ou nie les atrocités commises à cette occasion, ravive les tensions.

14.2. Le Japon dans le monde

14.2.1. La guerre froide

De 1945 à 1952, le Japon dépend totalement des États-Unis pour sa sécurité et sa reconstruction économique. Mais ceux-ci ont besoin de ce « porte-avions incoulable » pour combattre le communisme en Asie. Tokyo en profite pour leur faire tolérer ses pratiques protectionnistes et l'amnistie des politiciens purgés, mais il ne peut pas les empêcher de conserver l'administration d'Okinawa et de l'archipel des Bonin même après 1952.

   À partir de 1952, le Japon, porté par sa croissance économique, revient sur la scène internationale : accords sur les dommages de guerre avec les pays d'Asie du Sud-Est (1952-1958), rétablissement des relations diplomatiques avec l'URSS et entrée à l'ONU (1956), contacts multiformes avec Pékin (mémorandum sur le développement des échanges, 1962), accords commerciaux avec les pays européens préparant l'entrée à l'OCDE (1964), traité de paix avec la Corée (1965), tournée asiatique du Premier ministre Sato (1967). En 1968, le Japon devient la deuxième puissance économique du monde libre (voir également économie du Japon). En 1971, l'empereur Hirohito se rend en visite officielle en Europe. La relation avec les États-Unis est rééquilibrée par la renégociation (1960) du traité de sécurité, l'obtention d'un premier excédent commercial (1965) et la restitution des Bonin, puis d'Okinawa (accord de 1969).

   Mais, en 1972-1973, le président américain, Richard Nixon, se désengage du bourbier vietnamien et se rapproche de Pékin, sans consulter Tokyo. Pour réduire le déficit commercial américain, il impose au Japon et à l'Europe la fin du système de Bretton Woods et oblige Tokyo à concéder les premiers accords de limitation « volontaire » des exportations. Cette attitude brutale et le premier choc pétrolier amènent Tokyo à se démarquer un peu de Washington en reconnaissant avant lui la Chine populaire (1972) et en adoptant une ligne pro-arabe au Proche-Orient.

   Dans les années 1970, la poussée communiste à sa porte (chute du Viêt Nam en 1975) et les tensions au Proche-Orient, d'où provient son pétrole (deuxième choc pétrolier, 1979), entraînent le Japon dans une « diplomatie tous azimuts ». Celui-ci courtise les pays producteurs de pétrole les moins liés aux États-Unis (Iran, Iraq), esquisse avec Moscou des projets de mise en valeur de la Sibérie, signe avec Pékin un traité d'amitié et d'énormes contrats commerciaux (1978), et se dote d'une politique pour l'Asie du Sud-Est (doctrine Fukuda, 1977) axée sur un ambitieux programme d'aide au développement. Le Japon, bien qu'il préfère de beaucoup le cadre des relations bilatérales entre États, commence à accepter de négocier avec la Communauté européenne.

   La « deuxième guerre froide » (invasion de l'Afghanistan par l'URSS en 1979) se traduit par le renforcement des forces soviétiques en Extrême-Orient (Kouriles comprises) et de graves incidents (en 1983, plus de 200 Japonais trouvent la mort dans un Boeing sud-coréen abattu par l'URSS). Les relations se tendent aussi avec la Chine, dont les luttes politiques internes rendent la diplomatie imprévisible. En Occident, les conflits commerciaux engendrent une hostilité inquiétante envers le Japon. La mise en place du marché unique fait craindre la création d'une Europe protectionniste. Le Japon réagit en réaffirmant sa solidarité avec le camp occidental (coopération technologique militaire avec les États-Unis ; aide au Pakistan et à la Turquie, menacés par la poussée soviétique en Afghanistan). Pour calmer le jeu, il promeut la concertation tous azimuts. Il pousse à la création en 1989 de l'APEC (Asia Pacific Economic Cooperation) pour la concertation transpacifique et noue un dialogue politique avec l'Union européenne (consultations ministérielles régulières ; déclaration de La Haye, 1991). Il développe le concept de « sécurité globale », dans lequel l'aspect militaro-diplomatique est inséparable du développement économique et de la confiance mutuelle. Nakasone Yasuhiro (1982-1987) lance une grande campagne d'« internationalisation », pour mieux acclimater les Japonais au monde (apprentissage des langues, échanges de personnes, jumelages). Mais apparaît simultanément un courant néonationaliste, qui veut refaire du pays une puissance politique et militaire et qui entretient la polémique avec l'Occident.

14.2.2. À l'orée du XXIe s.I

La fin de la guerre froide (1989) détériore la relation du Japon avec les États-Unis. Ceux-ci ont désormais moins besoin de l'archipel au plan militaire et peuvent redoubler leurs pressions pour obliger le Japon à ouvrir son économie, quitte à le déstabiliser. La Chine connaît une croissance spectaculaire et réaffirme ses ambitions d'hégémonie régionale. Avec les pays émergents d'Asie, elle s'oppose aux prétentions de Washington d'imposer la démocratie et la loi du marché à la région. Pour sa part, le Japon est en crise économique et politique ; l'indigence de sa diplomatie pendant la guerre du Golfe nuit à sa crédibilité. Il esquisse un rapprochement avec Pékin (très importante aide au développement ; levée rapide des sanctions après le massacre de Tian'anmen, visite officielle de l'empereur Akihito en 1992). Mais la montée des tensions en Asie (crise nucléaire en Corée du Nord, en 1994, manœuvres militaires chinoises dans le détroit de Taïwan, en 1995-1996) le pousse à resserrer son lien militaire avec les États-Unis, en élargissant le champ d'action du traité de sécurité à toutes les crises qui pourraient survenir dans un « environnement régional » dont les limites ne sont pas précisées.

   La crise qui affaiblit les économies asiatiques en 1997, la montée en puissance de la Chine ainsi que le renforcement de « l'hyperpuissance » américaine après les attentats du 11 septembre 2001 accroissent le rôle déterminant de ce qui reste depuis 1945 pour le Japon « la relation bilatérale la plus importante du monde ».

   L'engagement nippon en Iraq (déploiement des FAD dans le Sud-Est du pays de 2004 à 2006) témoigne, par ailleurs, de la volonté d'une refonte de sa politique militaire, jusque-là exclusivement défensive, mais également d'une volonté de s'imposer comme le partenaire naturel de l'Europe en Asie.

   En dépit de la visite de Koizumi Junichiro à Pyongyang en septembre 2002, qui constitue une étape importante vers la normalisation entre le Japon et la Corée du Nord, celle-ci reste tributaire d'une série de contentieux (le sort des 11 Japonais qui auraient été enlevés par des agents nord-coréens au cours des années 1970-1980, le montant des réparations de guerre pour l'occupation de la péninsule coréenne de 1910 et 1945) mais surtout de la poursuite du programme nucléaire de nord-coréen.

   La montée en puissance de la Chine ne cesse d'inquiéter l'Archipel. En 2004, il mentionne cet autre voisin comme une préoccupation potentielle en matière de sécurité et s'associe à Washington pour soutenir Taïwan face aux menaces de Pékin. L'année 2005 connaît un regain de tension, suscité notamment par l'exploitation des ressources énergétiques en mer de Chine orientale – dont la souveraineté est contestée par Pékin – et par la candidature du Japon à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Amorcé en 2007 par Abe Shinzo, le réchauffement des relations sino-japonaises se poursuit en 2008, année marquée par la visite historique du Premier ministre chinois Wen Jiabao dans l'archipel et, sous le gouvernement d'Aso Taro, avec l'organisation à Fukuaka d'un sommet trilatéral Chine-Japon-Corée du Sud (décembre 2008).

   Arrivée au pouvoir en septembre 2009, la coalition de Hatoyama Yukio entend placer le pays dans un rapport de partenariat et non plus de dépendance vis-à-vis des États-Unis. Mais l'échec de la tentative de déplacement de la base américaine de Futenma dans l'archipel d'Okinawa contre l'avis de la population, irrite Washington et entraîne la chute du cabinet Hatoyama (juin 2010).

   Pour en savoir plus, voir l'article Japon.

Plan de l'article

Japon

1. Préhistoire et protohistoire

1.1. La période Jomon

1.2. La période Yayoi

1.3. La période des tumulus

1.4. Le Kojiki et le Nihon Shoki

2. La période d'Asuka (milieu du VIe s.-début du VIIIe s.)

3. La période de Nara (710-794)

4. La période de Heian (794-1185/1192)

5. La période de Kamakura (1185/1192-1333)

6. La période Ashikaga ou de Muromachi (1333-1582)

7. L'ère des dictateurs (1582-1616)

8. La période d'Edo ou des Tokugawa (1616-1868)

9. L'ère Meiji (1868-1912)

10. Les suites de l'ère Meiji (1912-1927)

11. La montée du militarisme (1927-1937)

12. La seconde guerre sino-japonaise : 1937-1945

12.1. L'entrée en guerre

12.2. L'offensive générale

12.3. La capitulation

13. La vie politique après la Seconde Guerre mondiale

13.1. Le modèle japonais

13.2. Les années 1990 : une décennie « perdue »

13.2.1. L'éphémère éclipse du PLD (1993-1994)

13.2.2. Le retour du PLD

13.3. L'instabilité gouvernementale (2000-)

13.3.1. Koizumi Junichiro (avril 2001-septembre 2006)

13.3.2. Abe Shinzo (septembre 2006-septembre 2007)

13.3.3. Fukuda Yasuo (septembre 2007-septembre 2008)

13.3.4. Aso Taro (septembre 2008-septembre 2009)

13.4. Alternance historique, le PDJ au pouvoir

13.4.1. Hatoyama Yukio (septembre 2009-juin 2010)

13.4.2. Kan Naoto et la catastrophe du 11 mars 2011 (juin 2010-août 2011)

13.4.3. Noda Yoshihiko (août 2011-)

14. Relations internationales

14.1. L'héritage de la défaite

14.1.1. Le problème des forces armées

14.1.2. Le contentieux matériel et moral

14.2. Le Japon dans le monde

14.2.1. La guerre froide

14.2.2. À l'orée du XXIe s.I