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confucianisme

Confucius
Confucius

Doctrine de Confucius, transmise par le Lunyu (les « Entretiens »).

C'est sous la dynastie des Han (iie s. avant J.-C.-iiie s. après J.-C.) que le confucianisme devint la doctrine officielle de l'État. Dès lors, les fonctionnaires ne furent recrutés que parmi ceux qui en étaient instruits. Au cours des siècles suivants, cette école de pensée s'ouvrit à certaines formes de syncrétisme avec d'autres croyances. Aux iiie et ive s., elle perdit beaucoup de son influence au profit du bouddhisme.

Au xie s. apparut un mouvement auquel on donna le nom de « néoconfucianisme ». Il fut illustré notamment par des écoles qui relancèrent la spéculation sur la nature humaine et sur la place de l'homme dans la société. Par la suite, les lettrés furent tentés de restaurer la doctrine dans son orthodoxie première.

Mencius, ou la tendance idéaliste du confucianisme

La philosophie de Confucius est essentiellement une éthique. Toute sa morale est dérivée de l'idée du ren, mais Confucius laisse cette idée directrice quelque peu dans l'obscurité, sans en avoir donné une explication suffisante. Il semble que, dans sa pensée, l'intérêt pratique de l'idée l'emporte sur son intérêt théorique. Cependant, une fois le problème de la nature de l'homme posé, il est naturel que ceux qui suivent l'enseignement du Maître poussent plus loin l'investigation et essayent d'obtenir une réponse précise. Mencius, qui vient au monde un siècle après Confucius, représente la tendance idéaliste du confucianisme.

Mencius (vers 372-289 avant J.-C.), en chinois Mengzi, était originaire de l'État de Zou. Il reçoit l'enseignement d'un disciple de Zisi, petit-fils de Confucius. Il voyage dans plusieurs royaumes, essayant de faire accepter ses idées par les souverains, tels que le roi Xuan de Qi et le roi Hui de Liang. Déçu par les violents conflits entre les royaumes, il se retire et, avec ses disciples, compose les sept Livres de Mengzi.

Mencius soutient que la nature de l'homme est bonne. D'autres éléments qui ne sont ni bons ni mauvais en soi et qui peuvent aboutir au mal, s'ils ne sont pas correctement contrôlés, représentent l'aspect animal de sa vie. Aussi ne saurait-on les considérer comme faisant partie de la nature « humaine ». « Sans la pitié, l'homme n'est pas un homme. Sans la pudeur, l'homme n'est pas un homme. Et de même sans modestie ni respect et sans la connaissance du bien et du mal, l'homme ne saurait être un homme. La bonté humaine ren tire son origine de la pitié ; la justice tire son origine de la pudeur ; de même le décorum de la modestie et du respect, et la sagesse de la connaissance du bien et du mal. L'homme possède ce fond moral comme il possède les quatre membres […]. Il faut leur apprendre à les développer et à les compléter. Le résultat en sera comparable au feu qui commence à brûler ou à la source qui commence à jaillir. »

Selon Mencius, l'univers est en son essence un univers moral. Les principes moraux de l'homme sont aussi des principes métaphysiques de l'univers. Quand l'homme peut développer pleinement sa nature, il arrive à sentir qu'il n'existe plus de distinction entre lui-même et les autres, ni de distinction entre l'individu et l'univers. Mencius donne donc une description plus précise de la nature de l'homme que Confucius et il donne au confucianisme une dimension mystique.

Xunzi, ou la tendance réaliste du confucianisme

La troisième grande figure de l'école confucianiste est Xunzi. Né vers 300 avant J.-C. dans le royaume de Zhao, il se rendit, à l'âge de cinquante ans environ, dans le royaume de Qi et enseigna dans la célèbre académie de Jixia. Son nom personnel était Kuang, mais il était plus connu sous le nom de Xun Qing ou Xunzi. Mort probablement en 237 avant J.-C., il a laissé un ouvrage qui porte son nom et est composé de trente-deux chapitres.

Pour Confucius, l'ordre social, la bonne entente entre les hommes s'obtiennent par la formation intérieure de chaque homme, d'une part, et par la soumission de l'individu à une certaine structure sociale et culturelle, d'autre part. Tandis que Mencius se penche sur le problème de la formation intérieure de l'homme et représente la tendance idéaliste du confucianisme, Xunzi analyse surtout les problèmes de la structure sociale et culturelle, et représente la tendance réaliste.

La théorie sur la nature humaine de Xunzi est directement opposée à celle de Mencius. Selon Xunzi : « La nature de l'homme est mauvaise : sa bonté est une culture acquise » ; « La nature est le matériau brut originel ; ce qu'on acquiert, ce sont les perfections et les raffinements conférés par l'éducation. Sans la nature, il n'y aurait rien sur quoi l'acquis puisse se greffer. Sans l'acquis, la nature ne pourrait pas devenir belle d'elle-même. »

Si l'homme est né mauvais, quelle est alors l'origine du bien ? À cette question, les réponses de Xunzi sont celles d'un utilitariste ; elles sont fondées sur l'efficacité ou la nécessité et non sur la moralité : 1 ° « Un seul individu a besoin d'être soutenu par l'ouvrage de centaines de travailleurs » ; 2 ° « Unis, les hommes ont une force supérieure ; et, ayant une force supérieure, ils deviennent puissants ; puissants, ils triomphent sur d'autres créatures. » L'existence de la morale est une condition pour rendre la vie collective possible.

Le philosophe donne aussi une explication rationnelle du sens de la musique et des cérémonies : « L'homme ne peut vivre sans joie. S'il y a de la joie, elle doit revêtir un aspect physique. Si cette incarnation n'est pas conforme au juste principe, il y aura du désordre […]. Telle est la manière selon laquelle les anciens rois établirent la musique. » Accomplir les rites funéraires est aussi un besoin sentimental et une nécessité sociale. Il faut donner libre cours à nos sentiments, mais il ne faut pas être dupe ou esclave de nos sentiments. Traiter les morts comme s'ils étaient réellement morts signifierait un manque d'affection, et les traiter comme s'ils étaient réellement en vie sous une autre forme signifierait une ignorance. Le culte des ancêtres est une manifestation de reconnaissance, de respect des vivants envers les morts et non un rite religieux.

Rationaliste, Xunzi rejette toutes les superstitions de son temps et formule une théorie objective de la connaissance. Grand érudit, il assimile la science et la pensée philosophique de son temps pour construire son système. « Les étoiles décrivent leur orbite ; le soleil et la lune luisent alternativement ; les quatre saisons se succèdent ; le yin et le yang passent par leurs grandes mutations ; le vent et la pluie sont distribués largement ; toutes les choses acquièrent leur harmonie et par là leur vie. » Telle est la vocation du monde naturel. La vocation de l'homme est d'utiliser ce que la nature lui offre et de créer sa propre culture. Les historiens s'accordent à appeler la philosophie de Xunzi une philosophie de la culture.

Le Daxue et le Zhongyong

Avant même la fin de l'époque des Royaumes combattants, certains penseurs de l'école confucianiste essaient d'élaborer une théorie métaphysique. L'essentiel de cette théorie se trouve dans deux ouvrages qui formaient à l'origine deux chapitres de l'un des six Classiques confucéens : le Liji (« Mémoire des rites »). Ce sont le Daxue (« Grande Étude ») et le Zhongyong (« Doctrine du milieu »).

Le Zhongyong constitue un ouvrage à part dès l'époque des Han ; il est attribué à Zisi, bien qu'il soit prouvé maintenant que certains passages aient été composés à une époque postérieure. Le Daxue a été extrait du Liji plus tardivement, sous la dynastie des Song. Et, dès cette époque, ces deux ouvrages forment, avec les Entretiens de Confucius et les Entretiens de Mengzi, les livres de base de l'enseignement confucéen. On appelle traditionnellement ces livres les Quatre Livres.

L'auteur du Zhongyong approfondit les idées de Mencius sur la nature de l'homme. Il porte son attention sur la vie intérieure de l'homme, sur sa psychologie et sa nature ontologique. Selon cet auteur, c'est en entrant dans la profondeur de notre être que nous pouvons saisir la vérité des êtres et de la création. Pour y parvenir, il nous faut adopter une attitude qu'il nomme zhi cheng (« extrême sincérité »), car l'univers lui-même est régi par l'extrême sincérité.

« Ce que le ciel confère s'appelle la nature. Suivre sa nature s'appelle la voie. Cultiver la voie s'appelle culture spirituelle. « Seul celui qui possède l'extrême sincérité peut développer pleinement sa nature. Celui qui peut développer pleinement sa nature est capable d'aider les autres à se développer. Celui qui est capable d'aider les autres à se développer pourra aider toutes choses à se développer. Ainsi il aidera le ciel et la terre dans leur processus créateur et il formera une trinité avec le ciel et la terre ».

L'auteur du Daxue parle aussi du cheng (« sincérité ») et du perfectionnement de soi, mais sa visée est avant tout politique : « L'enseignement de [la Grande Étude]  est de manifester notre brillante vertu, d'aimer le peuple et de demeurer dans le suprême bien […]. Les Anciens, qui désiraient manifester la brillante vertu à travers le monde, établirent d'abord l'ordre en leurs propres États. Désirant mettre de l'ordre en leurs propres États, ils réglèrent d'abord leurs propres familles. Désirant régler leurs propres familles, ils cultivèrent d'abord leur propre personne. Désirant cultiver leur propre personne, ils rectifièrent d'abord leur esprit. Désirant rectifier leur esprit, ils s'efforcèrent d'abord d'être d'une sincérité absolue dans leurs pensées. Désirant une sincérité absolue dans leurs pensées, ils élargirent d'abord leur savoir. Cette extension du savoir s'obtient par l'investigation des choses. Ayant pratiqué l'investigation des choses, alors seulement leur savoir devint étendu. Leur savoir étant étendu, alors seulement leurs pensées devinrent sincères. Leurs pensées étant sincères, alors seulement leur esprit fut rectifié. Leur esprit étant rectifié, alors seulement leur personne fut cultivée. Leur personne étant cultivée, alors seulement leurs familles furent réglées. Leurs familles étant réglées, alors seulement leurs États furent bien gouvernés, et le monde put jouir de la paix. »

Dong Zhongshu

Le prince de Qin réalise l'unification de la Chine en 221 avant J.-C. et se proclame empereur Qin Shi Huangdi. Secondé par ses ministres légistes, il pratique une politique autocratique et centralisatrice, et règne par la terreur. Pour « unifier la pensée », il donne l'ordre de brûler les Classiques confucéens et d'enterrer vivants un grand nombre de lettrés. Il rêve d'un empire qui s'étendrait sur dix mille générations, mais qui ne durera finalement que quinze ans.

Les premiers empereurs des Han abandonnent la politique légiste. Certains sont plutôt taoïstes. D'autres se convertissent au bouddhisme. Mais, pour unifier la pensée, la doctrine de Confucius est choisie comme doctrine orthodoxe. Les Classiques sont la base de l'éducation officielle et la source du programme de l'examen d'État pour recruter les fonctionnaires.

Pour consolider leur suprématie dans le monde de la pensée, les confucianistes résorbent les idées mohistes, taoïstes, légistes, ainsi que celles des cosmologies des anciens temps pour en faire une grande synthèse. Dong Zhongshu (179 ?-104 avant J.-C.), le grand lettré qui vit sous le règne de l'empereur Wudi des Han, est le théoricien de cette ambitieuse tentative. L'idée principale de son système peut être résumée comme suit : « L'univers est constitué de dix parties : le ciel, la terre, le yin et le yang, les cinq éléments (métal, bois, eau, feu, terre) et l'homme » ; « Le ciel, la terre et l'homme sont l'origine de toutes les choses » ; « Le ciel donne la naissance, la terre donne la nourriture et l'homme donne la perfection. » Le yin et le yang et les cinq éléments jouent le même rôle aux trois niveaux. Son explication des phénomènes de l'univers par le yin et le yang et les cinq éléments est une cosmologie presque matérialiste. Appliquée à l'homme, cette cosmologie devient une justification métaphysique de l'ordre social, de la nature humaine ainsi quei des changements dynastiques dans l'histoire. Par exemple, les cinq vertus sont corrélatives aux cinq éléments.

La bonté humaine est corrélative au bois, dans l'Est ; la justice, au métal, dans l'Ouest ; les convenances, au feu, dans le Sud ; la sagesse, à l'eau, dans le Nord ; et la bonne foi, à la terre, au centre. Comme il y a similitude de structure entre l'ordre cosmique et l'ordre humain, il y a interaction entre les phénomènes de la nature et les activités de l'homme. Aussi le souverain a-t-il besoin de régler chaque détail de sa vie pour que l'empire soit en paix et l'univers en harmonie.

Pendant que s'élabore cette théologie du confucianisme, la place de Confucius devient de plus en plus élevée, jusqu'à ce qu'il soit déclaré fils d'un dieu, l'Empereur noir, qui prononçait des oracles. Mais il existe une tendance plus rationaliste qui proteste contre « ces opinions extravagantes et étranges ». La plus importante figure en est Wang Chong [27-vers 97 après J.-C.], qui, dans son ouvrage Lunheng, se déclarant « ennemi des fictions et des mensonges », attaque vigoureusement les théories selon lesquelles une interaction existait entre le monde humain et le monde de la nature, et purge la philosophie de Confucius de ces éléments étrangers.

Le néoconfucianisme

Les iiie et ive s.  sont l'âge d'or du néotaoïsme, tandis que les dynasties Sui et Tang, qui suivent, sont celui du bouddhisme. Durant cette période, Confucius est canonisé, des temples destinés à son culte sont construits, les Classiques confucéens demeurent le fondement de l'éducation. Mais le confucianisme a perdu sa vitalité d'autrefois. Si, à l'époque des Tang, Han Yu (768-824) et Li Ao (mort vers 844), combattant les idées bouddhistes, essaient déjà de réinterpréter certains textes confucianistes, il faut attendre la dynastie des Song pour voir une renaissance du confucianisme. Une métaphysique est formulée par des philosophes qui s'inspirent des pensées taoïstes – en tant que vues cosmologiques de l'école de Yinyang, développées tout au début des Song par Zhou Dunyi (1017-1073) – et bouddhistes tout en poussant plus loin la conséquence logique.

Le néoconfucianisme se divise en deux écoles. Deux frères en sont les initiateurs. Cheng Hao (1032-1085), le frère aîné, de caractère sensible et d'esprit intuitif, fonde l'école de l'Esprit, Xin xue ; Cheng Yi (1033-1107), le cadet, d'un caractère plus austère et d'un esprit plus analytique, donne naissance à l'école des Principes, Li xue.

Zhu Xi

Zhu Xi est le plus important représentant de l'école des Principes. Son système s'impose à l'enseignement officiel et se maintient jusqu'à la chute de la dynastie mandchoue en 1911. Né en 1130 dans la province de Fujian, Zhu Xi, traditionnellement appelé Zhuzi, étudie dans sa jeunesse le taoïsme et le bouddhisme. Mais, après avoir suivi les cours du philosophe Li Tong en 1154, il devient un ardent confucianiste. Durant sa vie, il exercera de nombreuses fonctions, notamment celles de gouverneur de Nankang, dans la province de Jiangxi, et de gouverneur de Changzhou, dans la province de Fujian. Ses écrits les plus importants sont les commentaires qu'il fit sur les Classiques confucéens ainsi qu'un Recueil de paroles, qui contient l'essentiel de sa pensée. Il meurt en 1200.

Comme Cheng Yi, Zhu Xi affirme que l'univers est fait de deux composants : le li et le qi. « Le li est le Dao (Tao) qui est au-dessus des formes matérielles ; et il est le principe d'après lequel toutes choses se produisent. Le qi est la matière qui est dans les formes et qui est le matériau par lequel les choses se produisent. Aussi les hommes et les êtres, à leur naissance, doivent-ils recevoir ce li pour obtenir leur propre nature et recevoir ce qi pour obtenir leur forme corporelle. » Le li et le qi sont donc très proches des idées de « forme et matière » dans la philosophie grecque.

Zhu Xi dit encore : « Toute chose tend vers un but ultime, qui est l'ultime li. Ce qui unit et embrasse les li du ciel et de la terre et de toutes les choses est le Suprême Ultime. » Le rôle du Suprême Ultime correspond à l'idée du Bien de Platon ou à l'idée de Dieu chez Aristote.

D'après Zhu Xi, le Suprême Ultime réside en tout homme et en toute chose. Comme le Suprême Ultime représente la totalité des li, nous possédons cette totalité en nous, mais, à cause de leur dépendance matérielle en qi, les li ne sont pas manifestes. Le Suprême Ultime incarné dans la matière est comme une perle cachée dans l'eau trouble. Notre tâche est de faire en sorte que cette perle devienne visible. Le moyen d'y parvenir est l'« investigation des choses ». Pour connaître le li abstrait, il faut partir des choses concrètes. Il faut faire de patientes observations sur les phénomènes de la nature, de la société et étudier les paroles des anciens sages, c'est-à-dire les Classiques. « Après de longs efforts, un beau matin, l'intelligence complète s'ouvrira. Dès lors, il y aura intelligence parfaite de toute la multitude des choses extérieures ou intérieures, subtiles ou grossières, et tout exercice de l'esprit sera empreint d'une parfaite clarté. »

Lu Jiuyuan et Wang Shouren

Si Zhu Xi contribue à systématiser la pensée de l'école des Principes, c'est grâce aux philosophes Lu Jiuyuan (1139-1192) et Wang Shouren (1472-1528) que la pensée de l'école de l'Esprit se développera.

Selon Lu Jiuyuan, pour trouver la vérité il ne s'agit pas de faire des observations et des analyses dispersées, mais de connaître, dès le premier abord, notre but. Il faut « établir le plus important ».Si l'essence de la nature de l'homme est la bonté, le ren, cette bonté est le lien métaphysique entre l'individu et l'univers. Le ren est une subtile sensibilité qui nous rend conscients d'être un avec les autres et finalement un avec l'univers. « L'univers est mon esprit, et mon esprit est l'univers. » Sans connaître ce point essentiel, toute étude perd son sens. « Les Classiques ne sont que des livres de référence. »

Wang Shouren, plus connu sous le nom de Wang Yangming, pousse les idées de cette école à son extrême conséquence. « Il n'y a rien sous le ciel qui soit extérieur à l'esprit. » Mais il ne faut pas voir en lui un philosophe de méditation. C'était un remarquable homme d'État. Son idéalisme est très différent du bouddhisme. Il dit : « Les bouddhistes s'effraient des troubles impliqués dans les relations humaines et, pour cette raison, ils s'en évadent. Ils sont forcés de s'en évader parce qu'ils y sont attachés. Nous, les confucianistes, nous sommes différents. Étant donné que la relation entre père et fils existe, nous nous y conformons avec amour. Étant donné la relation entre souverain et sujet, nous nous y conformons avec justice. Étant donné la relation entre mari et femme, nous nous y conformons avec respect. Nous n'avons pas d'attachement aux phénomènes. » Ainsi, nous pouvons dire que le confucianisme, même sous sa forme la plus idéaliste, reste « positiviste ».

Les lettrés sous la dynastie des Qing

Au début de la dynastie, Yan Yuan (1635-1704), un puissant penseur, développe une théorie de l'action. Selon lui, l'étude des Classiques n'est plus suffisante et il faut substituer un « monde de l'action » au « monde des mots » en déclin. Les lettrés de cette dynastie se rebellent contre les penseurs des Song. Ils condamnent leur tendance métaphysique : « Zhu Xi est un moine taoïste ; Lu Jiuyuan est un moine bouddhiste. » Ils accusent aussi les penseurs des Song d'avoir interprété les Classiques d'après leurs idées philosophiques. Ils se réclament de la « discipline Han », en opposition à la « discipline Song ». Ils considèrent qu'à l'époque Han, plus proche du temps de Confucius, les interprétations des lettrés devaient être plus conformes aux idées authentiques du Maître. Leurs études des Classiques sont essentiellement historiques, et philologiques. Avec le même intérêt, ils font des études sur des textes anciens non confucianistes négligés depuis des siècles. Ces travaux constituent la contribution la plus importante des lettrés des Qing. Leurs contributions philosophiques sont peut-être moins importantes ;mais, à une époque où le peuple chinois est opprimé à l'intérieur par une dynastie étrangère et à l'extérieur par les puissances occidentales, il est naturel que l'élite se préoccupe des problèmes concrets et lie ses idées philosophiques aux réformes politiques.

La plus importante figure des réformateurs est Kang Youwei (1858-1927). Influencé par la tendance théologique du confucianisme de la dynastie des Han et par certaines idées de l'Occident introduites à la fin du xixe s., ce philosophe essaie de créer une religion confucéenne. Il décrit avec audace son utopie mondiale de l'avenir, où, « les États nationaux une fois abolis, les distinctions raciales éliminées, et les traditions et les cultures harmonisées, le monde sera en paix ». Mais son programme politique pour l'immédiat est l'établissement d'une monarchie constitutionnelle tout en acceptant le gouvernement impérial mandchou comme légal. Malgré de telles concessions, la réforme politique qu'il dirige en 1898 ne dure que quelques mois. Kang doit fuir à l'étranger, et nombre de ses partisans sont exécutés.

La rupture de 1911

Après la révolution de 1911, de virulentes attaques sont lancées pendant le mouvement littéraire du 4 mai 1919 par le groupe « Nouvelle Jeunesse » contre le confucianisme. Celui-ci est identifié à l'idéologie féodale. Mais la tradition des idées confucéennes est maintenue et même encouragée par le gouvernement nationaliste. Sun Yat-sen, le fondateur de la République, peut être considéré comme un confucianiste. Si certains éléments de son célèbre livre les Trois Principes du peuple viennent des sciences politiques occidentales, ses idées sur un gouvernement au service du peuple et sur une entente universelle s'inspirent de la doctrine de Confucius.

Une réévaluation et une reconstruction de la philosophie de Confucius sont tentées, d'abord par Liang Suming , puis par Feng Youlan . Celui-ci, professeur à l'université Jinghua, écrit d'abord une importante Histoire de la philosophie chinoise, publiée en 1934, puis, dans une série de livres parus pendant la Seconde Guerre mondiale, il expose sa propre philosophie. Il se propose de continuer la tâche philosophique des penseurs des Song, et en particulier de Zhu Xi, tout en profitant de la méthode logique et analytique de la philosophie occidentale. Mais à peine a-t-il achevé son système que le communisme prend le pouvoir en 1949. L'attitude du gouvernement communiste envers le confucianisme est encore plus hostile que le groupe « Nouvelle Jeunesse ». Feng Youlan doit renier sa philosophie « réactionnaire » dans ses autocritiques publiques et entreprendre une nouvelle version de son Histoire de la philosophie chinoise, interprétée du point de vue marxiste. Le confucianisme est banni.