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Philippe II Auguste

Philippe II Auguste
Philippe II Auguste

(Paris 1165-Mantes 1223), roi de France (1180-1223).

Surnommé « Auguste » par son biographe Rigord, pour avoir quadruplé le domaine royal, Philippe II a été le premier souverain capétien à concevoir sa fonction aux dimensions de la France. Son règne a été essentiel dans la formation de la France. Par son action, le royaume, encore peu développé à son avènement, est devenu la principale puissance européenne.

1. L’accession au trône

1.1. Un roi adolescent

Fils unique de Louis VII le Jeune et de sa troisième épouse, Adèle de Champagne, Philippe reçoit une instruction sommaire. S’il apprend à lire et à écrire en français, il ne connaît pas le latin, le temps d'étudier lui ayant manqué : son père, frappé d'hémiplégie, le fait sacrer à Reims le 1er novembre 1179, à l’âge de quatorze ans. Philippe exerce ainsi le pouvoir avant même la mort de Louis VII, qui survient le 19 septembre 1180. Entre-temps, il a épousé la nièce du comte de Flandre, Isabelle de Hainaut (28 avril 1180), en échange de l’Artois.

1.2. Première victoire contre les barons coalisés

Tout jeune roi, Philippe II se débarrasse immédiatement de la tutelle de sa mère et de ses quatre oncles champenois. Comme l’archevêché de Reims (lieu de sacre des rois de France) est entre les mains de l’un de ses oncles, Philippe II et son épouse se font couronner hâtivement à Saint-Denis.

Face à l’attitude belliqueuse du comte de Flandre, qui ne semble pas disposé à remplir ses engagements, Philippe II lance campagne contre une coalition réunissant les comtes de Flandre, de Hainaut, de Blois et de Chartres, ainsi que le duc de Bourgogne. Après cinq ans de guerre intermittente (1181-1185), les barons se résignent à reconnaître à Philippe II Auguste la possession de l'Artois, du Vermandois et de la ville d'Amiens (traité de Boves, juillet 1185), puis celle de Châtillon-sur-Seine, enlevé en 1186 au duc de Bourgogne.

2. Les débuts de la lutte contre les Plantagenêt

2.1. Victoire contre Henri II Plantagenêt

Dès lors, le souverain peut se consacrer au grand dessein de son règne : la destruction de l'Empire anglo-angevin en France, trois fois plus vaste et plus peuplé que le domaine royal. Il profite des faiblesses internes du colosse anglais, fortement implanté en France : hostilité des Bretons et des Aquitains, discordes continues entre le roi Henri II Plantagenêt et ses quatre fils, rivalités entre ces quatre derniers.

Au terme d'une guerre d'escarmouches et de pillages, Henri II Plantagenêt, vaincu et contraint à la capitulation d'Azay-le-Rideau le 4 juillet 1189, meurt à Chinon deux jours plus tard. Le principal allié de Philippe II dans ce premier combat a été l'héritier de la couronne d'Angleterre, Richard (dit Cœur de Lion), troisième fils d'Henri II.

2.2. Victoire in extremis contre Richard Ier Cœur de Lion

L’accession au trône de met à mal l’alliance passée. Et pour Philippe II, le danger anglo-angevin se précise car, à un adversaire malade et découragé succède un roi jeune et d'une éclatante bravoure. Dissimulant leur rivalité, les deux souverains s’engagent alors dans la troisième croisade (seuls rois de France et d'Angleterre à n’avoir jamais combattu sous la même bannière) ; les renforts de troupes qu'ils amènent imposent la capitulation aux défenseurs d'Acre (13 juillet 1191). Mais, alors que Richard Ier s'attarde dans des combats indécis contre Saladin, Philippe rentre en France, sous prétexte de maladie, et fomente avec Jean (dit sans Terre, le frère de Richard) la perte de son aîné.

Quand celui-ci, ayant eu vent de cette trahison, reprend la route de son royaume, il est fait prisonnier (décembre 1192) par le duc Léopold d'Autriche. Philippe II ne néglige alors ni prières ni argent, pour persuader l'empereur de prolonger cette captivité. Richard recouvre finalement la liberté et, de retour en Angleterre en mars 1194, il entreprend aussitôt de se venger. Vaincu peu après à Fréteval, puis défait à Courcelles en 1198, Philippe Auguste est sauvé in extremis par la disparition de son adversaire, tué au siège du château de Châlus, en Limousin (avril 1199).

3. Le conflit avec Innocent III

La situation du roi de France paraît alors d'autant plus critique qu'il a commis l'imprudence de se brouiller avec la papauté.

La reine Isabelle de Hainaut est morte en 1190, laissant un fils de trois ans, Louis (le futur Louis VIII). Philippe se remarie avec la sœur du roi Knud IV de Danemark, Ingeburge (ou Isambour, en danois Ingibjørg). Or, dès le lendemain des noces (15 août 1193), le roi manifeste pour son épouse une grande aversion. Un conseil de barons et d'évêques complaisants prononce le divorce, sous le prétexte fallacieux d'une parenté prohibée. Ainsi dégagé de tout engagement, Philippe prend pour troisième épouse une Bavaroise, Agnès de Méran.

Dès son avènement, en 1198, le pape Innocent III enjoint à Philippe Auguste de rendre à Ingeburge son rang de reine légitime ; puis, devant la résistance obstinée du roi, il lance l'interdit sur le royaume de France. Philippe Auguste doit céder, mais il ne se rend vraiment qu'en 1213 : après vingt ans de captivité, Ingeburge est enfin traitée, sinon en épouse, du moins en reine. En échange, Innocent III légitime les deux enfants d'Agnès de Méran (morte en 1201), Philippe « Hurepel » et Marie – cette concession donnant à Philippe Auguste un autre successeur au cas où le prince royal, de faible santé, disparaîtrait.

4. Le conflit avec Jean sans Terre et l'affaiblissement des Plantagenêt

4.1. La reprise des fiefs anglo-angevins

Richard Ier Cœur de Lion avait désigné pour successeur son cadet Jean (sans Terre), aux dépens de leur neveu Arthur de Bretagne. Aussi, lorsque Richard meurt en 1199, Jean reçoit-il la Couronne anglaise. Philippe Auguste, selon son système favori, retourne alors ses alliances et prend le parti d'Arthur de Bretagne. Il mène ainsi contre le nouveau roi Jean une guerre d'escarmouches, jusqu'à l’avantageuse paix du Goulet (22 mai 1200) : Jean se reconnaît vassal du roi de France, cède Évreux, une partie du Vexin normand, Issoudun, la suzeraineté de l'Auvergne et du Berry, et marie sa nièce Blanche de Castille au fils aîné de Philippe II, Louis de France (futur Louis VIII) ; en contrepartie, la Normandie et la suzeraineté de la Bretagne lui sont reconnues.

Peu après, le roi Jean enlève la fille du comte d'Angoulême, Isabelle (fiancée d’Hugues IX de Lusignan, comte de la Marche), et l'épouse, au grand scandale des Aquitains. Ceux-ci portent leur plainte devant la cour de Philippe II, qui condamne in absentia le roi d'Angleterre pour félonie le 28 avril 1202 : Jean perd ainsi tous ses droits sur ses fiefs en France (sentence à l’origine de son surnom de « sans Terre »). Jean ajoute alors à ses crimes l'assassinat d'Arthur de Bretagne (avril 1203). Il va de désastre en désastre : il perd la Normandie après la chute du Château-Gaillard (6 mars 1204), puis le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Poitou, définitivement assujetti en 1208 ; il est réduit, en France, à la possession de la Guyenne.

4.2. La bataille de Bouvines

L'offensive de Jean sans Terre

Jean sans Terre parvient cependant sans peine à former une coalition contre Philippe Auguste – dont la puissance nouvelle rompt l'équilibre des forces en Occident –, rassemblant Ferdinand (Ferrand) de Portugal, comte de Flandre, Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, et des étrangers comme le comte de Hainaut et l'empereur germanique Otton IV (excommunié depuis 1210). L'offensive débute en 1214 par le nord et par le sud. Jean sans Terre assiège La Roche-aux-Moines, près d'Angers : son armée se disperse sans combat à l'arrivée des secours commandés par Louis de France (2 juillet).

Le déroulement de la bataille

Dans le même temps, Philippe Auguste concentre ses forces à Péronne, tandis que l’empereur Otton IV place les siennes à Valenciennes. Les Français font mouvement du 23 au 26 juillet sur Tournai, pour couper l'ennemi de la mer et de ses alliés anglais ; les coalisés ripostent en se portant sur la position de Mortagne, à 20 km au sud de Tournai. Menacé d'être tourné à son tour, Philippe Auguste se replie sur Lille le dimanche 27 juillet ; une partie de l'armée (les milices des communes notamment) a déjà franchi le pont de Bouvines sur la Marcq, lorsque l'on apprend que les Impériaux attaquent l'arrière-garde afin de prendre les Français de flanc. Philippe Auguste décide d'accepter la bataille sur ce plateau favorable à la cavalerie et rappelle sa tête de colonne. Ainsi se tient la bataille de Bouvines du 27 juillet 1214.

Les deux armées s'alignent d'est en ouest sur un front d'environ 2 km. Au nord, avec le soleil dans les yeux, les Impériaux : l'empereur et sa chevalerie saxonne au centre, couvert par l'infanterie des communes, à l'aile droite Renaud et Guillaume de Salisbury avec les Brabançons et les Anglais, à l'aile gauche Ferrand et le comte de Hainaut. Les Français, moins nombreux, étirent leur front ; au centre, tardivement renforcés par les milices des communes, Philippe Auguste et ses fidèles, comme Guillaume des Barres et son chapelain Guillaume le Breton (qui a laissé un vivant récit de l'action dans sa Philippide) ; à droite, le comte de Champagne et le duc de Bourgogne ; à gauche, Robert de Dreux. Avant le combat, Philippe Auguste rappelle à ses hommes qu'ils combattent un excommunié, avec le soutien de Dieu.

La mêlée, terrible choc frontal, dure de midi à la chute du jour. L'aile droite française, habilement commandée par frère Guérin, rompt les Flamands après un corps à corps de trois heures. Au centre, le roi Philippe Auguste, désarçonné, est sauvé de justesse. L’empereur Otton IV, jeté à terre et à demi étranglé par Guillaume des Barres, prend la fuite, et le reste des siens se débande. Reste la droite des coalisés, qui est écrasée à la nuit tombante dans un assaut général, et les Brabançons, massacrés jusqu'au dernier. Ferrand et Renaud restent prisonniers. Pour l'histoire militaire, on note que :
– 1 ° la manœuvre à longue distance sur les lignes de communications ennemies est de saine stratégie ;
– 2 ° sur le terrain, la contremarche et le regroupement de l'armée française sont exécutés rapidement et en bon ordre ;
– 3 ° Bouvines est avant tout une bataille de cavalerie, et l'infanterie des communes royales est loin d’avoir jouer le rôle décisif que la tradition lui prête.

Les conséquences de Bouvines

En France, l'enthousiasme général fait comprendre clairement que des temps nouveaux commencent – nous dirions aujourd'hui qu'une nation venait de naître.

En Allemagne, Otton IV perd sa couronne au profit du prétendant à l'Empire, Frédéric de Hohenstaufen, protégé du pape Innocent III.

En Angleterre, Jean sans Terre est accueilli par l'insurrection des barons et du haut clergé, qui lui imposent la Grande Charte (1215) ; devant sa résistance, appuyée par la papauté, les rebelles font appel à Louis de France, son neveu par alliance. Philippe Auguste, qui soutient en sous-main son fils, cherche à se poser en justicier : il fait courir le bruit que Jean, condamné à mort par la Cour des pairs du roi de France pour le meurtre d'Arthur de Bretagne, est déchu de ses droits au trône. Alors seulement, il laisse son fils s'engager dans l'aventure (1216). Elle prend bonne tournure lorsque Jean sans Terre meurt subitement, le 19 octobre 1216, laissant un fils de neuf ans, Henri III. Louis de France paraît dès lors mener une guerre injuste contre un vassal mineur ; excommunié, battu à Lincoln, il doit renoncer à ses prétentions en septembre 1217.

5. Philippe Auguste et la pénétration capétienne en pays de langue d'oc

Le nord de la France a reçu en priorité l'attention et les forces de Philippe Auguste, mais le souverain n'a jamais perdu de vue le Midi, où, depuis 1209, son vassal Simon de Montfort mène contre les albigeois la croisade ordonnée par le pape Innocent III.

Dévot et ennemi de l'hérésie, Philippe Auguste souhaite le succès de l'expédition, mais avec le secret espoir d'en tirer profit. Il s'impose toutefois, ici encore, une artificieuse modération ; pour ménager l'avenir, il permet à son fils Louis de France de prendre la croix en 1213, puis de paraître deux fois parmi les croisés, en 1215 et en 1219. Alors l'imprévu vient une fois de plus à son aide : Simon de Montfort s'étant fait tuer en 1218 sous les murs de Toulouse, son fils Amaury, partout vaincu, doit conclure une trêve (1222). Dès cet instant, Philippe Auguste peut prévoir la cession des droits des Montfort au roi de France ; elle sera effective en 1224, l’année suivant sa mort qui survient le 14 juillet 1223. Ainsi, après avoir atteint la mer, le domaine royal touche désormais aux Pyrénées.

Philippe Auguste a donc acquis de son vivant l'Artois, l'Amiénois, le Valois et le Vermandois, une partie du Berry, la plus grande partie de l'Auvergne, la Normandie, presque tout l'Anjou, la majeure partie du Poitou. Pour sa part, l'Empire angevin est ruiné à jamais. Il ne subsiste donc plus que quatre grands fiefs à surveiller, bien que tenus sous tutelle : la Flandre, la Bretagne, la Bourgogne et la Champagne.

6. Philippe Auguste et le gouvernement du royaume

6.1. Le roi et les féodaux

Ses succès militaires ont donné à Philippe Auguste une autorité que personne n'ose discuter : au point qu'il juge inutile, pour la première fois dans l'histoire de la dynastie capétienne, de faire sacrer de son vivant son successeur. Sans doute, il juge bon, dans ses nouveaux domaines, de multiplier les honneurs, les privilèges, les prébendes. Mais partout la petite féodalité s'empresse de se lier à lui par le procédé du pariage, contrat qui associe les fonctionnaires royaux à ceux du fief ; l'inégalité entre les contractants rend inévitable l'absorption finale. Dans les fiefs importants, le roi fait prévaloir sa volonté : en s'opposant aux mariages qui lui portent ombrage ; en supprimant, à l'occasion des successions, les vassalités intermédiaires, en soumettant les grandes baronnies au droit de « relief » (mutation). Il affirme le principe que « chacun tient du roi, le roi ne tient de personne » et en tire toutes les conséquences que lui suggère son esprit logique et légaliste : en ce sens, il est le type du roi féodal, seigneur des seigneurs, souverain « fieffeux » du royaume. C'est dire qu'il rejette absolument les prétentions de l'empereur à une suzeraineté éminente et qu'il résiste sourdement aux ingérences de la papauté dans son gouvernement. S'il doit, à plusieurs reprises, céder à Innocent III, il lui arrache aussi bien des concessions et agit plus d'une fois en souverain laïque et indépendant.

6.2. Le roi et la bourgeoisie

Pratique et méfiant (même à l'égard de son fils), Philippe Auguste favorise la bourgeoisie, dont il discerne la puissance montante. Il invite les notables des villes libres aux assemblées de barons et d'évêques ; il choisit ses conseillers parmi des gens de condition modeste et, en même temps, supprime ou laisse vacants les grands offices de sénéchal et de chancelier. C'est de lui que les « marchands de l'eau » parisiens reçoivent les privilèges qui annoncent leurs fonctions de corps municipal. Ailleurs, il protège le commerce contre les péages et accorde même sa protection aux étrangers. Par une originalité plus grande encore, il confirme ou crée de nombreuses chartes de communes ou de villes libres : il y voit le moyen d'affaiblir les seigneuries locales, de percevoir des subsides, d'organiser des points d'appui fortifiés. Les communes n'ont pas trouvé avant lui, même en Louis VI le Gros, un protecteur aussi agissant (et n'en retrouveront pas après lui).

6.3. Le roi et l'administration

Le rôle des baillis

Ordonné et impérieux, Philippe Auguste a le tempérament d'un administrateur. Il transforme la gestion rudimentaire du royaume en créant une armature de services publics hiérarchisés, contrôlés, efficaces. Avant lui, les cadres étaient formés par les prévôts, agents roturiers sans traitement, enclins à tirer les plus gros bénéfices possibles de leur office (souvent acheté aux enchères, parfois héréditaire). Au-dessus des prévôts, Philippe institue les baillis un peu avant 1190 ; ils sont choisis dans la noblesse et reçoivent des pouvoirs étendus en matière de finances, de justice et de police ; ils administrent un nombre variable de prévôtés (la prévôté de Paris est en fait un bailliage). En Anjou et en Poitou, la fonction de bailli est exercée par l'ancien agent du comte ou du duc : le sénéchal, et Philippe Auguste le choisit d'ordinaire dans la noblesse locale, pour ménager la transition.

Une centralisation croissante

Baillis et sénéchaux sont nommés, rémunérés par le roi, souvent déplacés et toujours révocables : ce sont des fonctionnaires et, par surcroît de précaution, Philippe les fait inspecter par des enquêteurs choisis dans son conseil ; ces nouveaux missi dominici traitent sur place les cas litigieux et répartissent les tailles (l’impôt roturier). De toute façon, les baillis sont tenus de soumettre leurs comptes trois fois l'an à Paris. On doit voir dans ce système, qui se généralise après Philippe Auguste, le début d'un trait caractéristique des institutions françaises, la centralisation, qui se marque également par la spécialisation progressive des membres de la Curia regis dans la gestion des affaires de justice ou de finance.

6.4. Les moyens du roi : finances et armée

Une fiscalité accrue

Philippe Auguste a la main lourde en matière de finances. Ses revenus domaniaux augmentent avec l'accroissement du domaine royal, mais ils ne suffisent pas pour la grande politique : d'où une fiscalité souvent très proche de l'exaction. Le roi a l'idée de remplacer par des taxes, les corvées et l'« aide de l'ost ». Mais il pressure les Juifs ; après les avoir brutalisés et chassés en 1182, il se ravise en 1198 et leur impose des taxes quasi spoliatrices.

L'Église n’est guère moins exploitée ; Philippe Auguste doit renoncer au droit de régale (droit de jouissance du temporel des évêchés vacants), dont il a impudemment abusé, mais il use d'impôts extraordinaires incessants ; ici encore, il doit reculer et annuler en 1189 la « dîme saladine » accablante qu'il exige avant sa croisade en 1188, mais le principe du décime ecclésiastique ne tarde pas à reparaître. Malgré des relations souvent tendues, le Trésor est géré par les Templiers.

Une armée soldée

Si Philippe Auguste se montre intraitable, c’est avant tout pour entretenir une armée soldée ; il renonce autant qu'il le peut aux levées féodales, plus encombrantes qu'utiles, et Bouvines lui apprend à ne pas compter sur les milices communales en rase campagne. Il compose le gros de son armée avec des « soudoyers », chevaliers et « sergents », nobles ou non, à pied ou montés ; parfois, il les paie en terres, faute de numéraire, mais toujours à titre viager ou révocable.

Des villes fortifiées

Ayant remarqué en Orient un art des fortifications plus savant, il en fait profiter ses nombreux châteaux forts, comme ceux de Dourdan et de Gisors. Il ceinture Paris d'une muraille continue, renforcée de trente-quatre tours rondes sur la rive gauche et de trente-trois sur la rive droite ; à l'ouest, il élève l'énorme donjon du Louvre, où il dépose ses archives. Car cette monarchie nomade tend à devenir sédentaire ; le roi séjourne volontiers à Paris, dont il fait paver les rues principales et qui prend figure de capitale. En 1200, il accorde aux écoliers, organisés en universitas, le privilège de ne dépendre que des juges ecclésiastiques.

L'essor de l'art gothique

Ce règne de quarante-trois ans est aussi l’époque où l'art gothique prend son essor. Il voit s'achever la cathédrale de Laon et quasiment celle de Notre-Dame de Paris, entreprendre la reconstruction (définitive) de la cathédrale de Chartres en 1194, commencer les cathédrales de Bourges, de Rouen, de Reims et d’Amiens ; les verrières de Chartres et la Merveille du Mont-Saint-Michel datent en grande partie du règne.

7. Le personnage Philippe Auguste

Nous n'avons pas de portrait peint ou sculpté de Philippe Auguste. D'après les contemporains, il avait belle prestance, le visage avenant, coloré, et il était chauve ; certains l'appelaient « le Borgne » à cause de la taie qu'il aurait eue sur un œil. Il était pour ses intimes un bon vivant, mais, comme roi, il a souvent été cruel et toujours superstitieux, bien que doté d’un réalisme implacable.

En somme, Philippe Auguste unissait en lui des qualités qui coexistent rarement chez un chef d'État : la valeur militaire et le sens politique. Souverain figurant parmi les plus illustres Capétiens directs, moins prestigieux que son petit-fils Saint Louis, plus heureux en guerre que Philippe le Bel, il lui reste le beau privilège d'avoir été un fondateur.

Pour en savoir plus, voir les articles Capétiens, France : histoire.