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le Sahara

en arabe al-Ṣahrā’

Sahara
Sahara

Le plus grand désert du monde, couvrant plus de 8 millions de km2 (recevant moins de 100 mm d'eau par an), entre l'Afrique du Nord méditerranéenne et l'Afrique subsaharienne, l'Atlantique et la mer Rouge.

De part et d'autre du tropique du Cancer, le Sahara s'étend sur une dizaine d'États : le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye, l'Égypte, le Soudan, le Tchad, le Niger, le Mali et la Mauritanie.

Au N., l'Atlas saharien marque la limite septentrionale du désert, qui atteint la mer en Libye et en Égypte. Au S., aucun accident de relief ne permet de fixer une limite bien tranchée : celle-ci est constituée par la bordure sahélienne, où apparaît le cram-cram (Cenchrus biflorus), graminée à graines piquantes typique du Sahel, qui nécessite des pluies d'été relativement régulières et forme alors un tapis continu, tandis que les touffes vertes du had (Cornulaca monacantha), qui caractérisent le désert, ont disparu. Mais la transition entre désert et steppe sahélienne est loin d’être brutale.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Le Sahara est l'exemple le plus caractéristique du désert zonal, lié à la présence à cette latitude des hautes pressions subtropicales, séparées des basses pressions équatoriales par le F.I.T. (front intertropical). C’est le balancement saisonnier de cette ceinture anticyclonale qui engendre les divers types de temps rencontrés. Les hautes pressions centrées sur le Sahara sont responsables de la sécheresse, qui peut être très intense (l’humidité relative est descendue à 2,3 % à Tamanrasset). Cette sécheresse explique l'indigence des précipitations annuelles. Les moyennes n’ont d’ailleurs aucune signification, car la variabilité interannuelle des précipitations est très grande (159 mm à Tamenghest [Tamanrasset] une année, 6,4 mm une autre). Dans le Sahara septentrional, les pluies sont le plus souvent fines ; les pluies diluviennes y sont exceptionnelles, alors qu’elles sont plus fréquentes dans le Sahara central, où elles peuvent éventrer les maisons et transformer la palmeraie en bourbier. Plus redoutées que les pluies, les tempêtes de sable peuvent provoquer des catastrophes. Elles se produisent généralement lorsqu’une dépression atlantique se rapproche de l’Afrique du Nord. L’alizé sec qui souffle du nord-est se transforme alors en vent venant du sud qui provoque une élévation de température (c’est la cheheli du Sahara du Nord, l’irifi du Sahara atlantique, le khamsin d’Égypte, le sirocco des Européens). La force de ce vent s’accroît, et un mur de sable qui peut cacher le soleil se forme à l’horizon. L'absence de nuages a pour conséquence une très forte insolation, le maximum d'ensoleillement étant enregistré à Adrar avec près de 4 000 heures par an. L’apport de chaleur solaire est maximal, et les 58 °C enregistrés à Aziziyya (Libye) le 3 septembre 1922 constituent un record mondial. En Algérie, à In-Salah, en 1941, le thermomètre n’est jamais descendu au-dessous de 48 °C pendant 45 jours de suite ; la moyenne du mois le plus chaud s’y établit à 36,8 °C. Les amplitudes des températures entre le jour et la nuit sont importantes (de 15 à 30 °C), mais, les maisons conservant la chaleur du jour, beaucoup d’oasiens dorment sur les terrasses ou sur le sable des dunes. En hiver, les moyennes de janvier s’établissent généralement entre 10 et 20 °C (12,1 °C à Timimoun, 20,9 °C à Faya, au Borkou), mais les minimums absolus inférieurs à 0 °C ne sont pas rares (2 ou 3 jours de gelée par an en moyenne à Timimoun), surtout dans les régions d’altitude élevée, où le thermomètre peut descendre à − 10 °C. D’une façon générale, l’amplitude annuelle est bien plus forte dans le Sahara du Nord (où elle peut même l’emporter sur l’amplitude diurne) que sur les marges du Sahara, où le gel est souvent inconnu. Sur la façade atlantique du Sahara, la proximité de l’océan entraîne un accroissement de l’humidité relative, une forte nébulosité, des précipitations occultes, mais les pluies ne se déclenchent pas par suite de l’existence du courant froid longeant la côte de l’Afrique (les vents humides de l’océan s’assèchent en pénétrant en été sur le continent surchauffé).

Le Sahara est caractérisé par des horizons plats : plus de la moitié de la surface du désert est un reg, plaine semée ou non de cailloux laissés sur place par le vannage éolien. Le socle affleure à l’ouest, mais est couvert de sédiments principalement continentaux ailleurs. Les montagnes, rares, correspondent à des bombements à grand rayon de courbure du socle qui réapparaît alors au milieu de sa couverture sédimentaire et est souvent surmonté de reliefs d’origine volcanique qui déterminent les points culminants (cas des aiguilles et des dykes de trachytes et de phonolites au Hoggar). Le plus élevé de ces massifs est le Tibesti, dans le nord du Tchad, qui culmine à 3 415 m (Emi Koussi). Les hamadas sont une surface constituée par l’affleurement d’une couche résistante et correspondant souvent à un plateau en roche dure (calcaire pour la hamada el-Homra, en Libye, le Tademaït algérien). Les plateaux gréseux qui entourent le Hoggar portent le nom de tassilis (tassilis des Ajjer). Quant aux dunes, elles ne couvrent qu’une partie relativement modeste du Sahara (moins du cinquième). Elles sont rarement isolées (barkhanes) sauf dans le désert égyptien, mais se groupent fréquemment en massifs (ergs), formés par la réunion de cordons alignés parallèlement à la direction des vents dominants (nord-est) et séparés par des couloirs (feidj, lorsqu’ils sont creusés dans le sable ; gassi, si le plancher est un reg) qui servent de voies de passage pour les caravanes. Sur ces cordons, les dunes se rassemblent parfois en pyramides appelées ghroud (ghourd au singulier). Certaines régions sont situées au-dessous du niveau de la mer : les dépressions fermées à fond salé du sud de l’Aurès descendent jusqu’à − 31 m au chott Melrhir (le terme de chott désigne le pâturage situé au bord de ces dépressions, appelées sebkhas ; par extension, il désigne la sebkha elle-même). La dépression de Qattara, dans le nord-ouest de l’Égypte, est à − 133 m. Le Sahara est le domaine de l’aréisme et de l’endoréisme. Pourtant, les marques de l’érosion fluviale sont nombreuses, et les réseaux de vallées témoignent de l’existence de climats plus humides dans le passé. Le Nil, né hors du désert, est le seul fleuve qui réussit à le traverser. Ailleurs, l'écoulement des oueds n'est que temporaire et se perd dans des dépressions fermées (endoréisme). Lorsque ces vallées n'ont pas d'écoulement superficiel, elles ont souvent un écoulement souterrain (inféroflux) et constituent une zone de prédilection pour la végétation à la recherche d’humidité. La végétation est représentée par un petit nombre d’espèces. Les mêmes paysages végétaux, les mêmes associations sont rencontrés sur de vastes espaces. L’adaptation à la sécheresse se traduit par la taille réduite des arbres et des arbustes, qui ne possèdent que de petites feuilles ou des épines (ce qui limite l’évaporation), alors que les racines sont très développées. Les épisodes pluviaux du Quaternaire ont entraîné une invasion de la flore méditerranéenne ou de la flore tropicale suivant les cas, et une grande partie de la flore est résiduelle. Celle-ci est ailleurs très rare et adaptée à la sécheresse (taille réduite, épines, racines très développées).

Population et économie

On estime à environ 1,5 à 2 millions le nombre d'habitants au Sahara (vallée du Nil exclue), dont la moitié environ de nomades. Mais le nombre de ces derniers diminue sans cesse, au fur et à mesure que l'économie moderne pénètre le désert et que l'administration des États sahariens accroît son emprise, amenant les nomades à abandonner leur genre de vie traditionnel pour se fixer près des localités déjà occupées par les sédentaires. Cet abandon des activités pastorales peut passer par un stade intermédiaire de semi-nomadisme, mais il correspond souvent à un processus de prolétarisation, car les nomades sont mal adaptés à leur nouvelle vie : aristocrates du désert, souvent réfractaires à tout travail manuel, ils vivent aujourd'hui misérablement. Trois groupes humains vivent au Sahara : Tedas, Touareg, Maures.

L’agriculture n’est possible que s’il y a irrigation ou au moins présence d’une nappe phréatique. Aussi les zones cultivées sont-elles ponctuelles et restreintes aux oasis. C’est là que vivent les sédentaires, dans des villages (ksur, singulier ksar) aux maisons construites en briques d’argile pure (tin) ou d’un mélange d’argile et de paille (toub). Le toit est constitué par une terrasse.

Une typologie des oasis peut reposer sur les procédés d’irrigation. Certaines oasis cultivent en bour (sans irrigation), car la nappe phréatique est proche de la surface (c’est le cas des palmeraies du Fezzan, en Libye). Dans le Souf, en Algérie, on creuse des dans le sable des entonnoirs d’une quinzaine de mètres de profondeur, ce qui permet aux palmiers qu’on y place d’avoir leurs racines à l’humidité. Sur le rebord de l’Atlas, les oasis du Draa, au Maroc, s’étirent le long des rivières descendues de la montagne et sont ainsi toujours alimentée sen eau par simple dérivation (seguia). Les sources sont plus rares, mais Rhadamès, Djanet sont arrosées de cette manière. Les puits à traction animale sont très répandus dans le Mzab, et les puits à balancier se rencontrent dans tout le Sahara (Saoura, Touat…). Les oasis situées sur le pourtour du plateau de Tademaït utilisent largement les galeries souterraines (foggaras). Le palmier-dattier (Phoenix dactylifera) constitue la ressource essentielle (les oasis de l'oued Rhir, en Algérie, constituent l'une des premières zones productrices de dattes du monde), mais il est complété par la culture de céréales : blé et orge au nord, sorgho et petit mil au sud, encore que le blé soit cultivé en pleine zone sahélienne. S’ajoutent divers légumes (fèves, pois, lentilles dans le Sahara du Nord, haricots au Fezzan, pour ce qui concerne les légumes d’hiver ; courge, melon, pastèque, tomate, piment en été). On trouve aussi des plantes non alimentaires : tabac en particulier dans le Souf et le Touat. Toutes les pratiques culturales se font à la main sur des exploitations minuscules, qui sont généralement insuffisantes pour assurer la subsistance des exploitants, surtout que ceux-ci, généralement, ne sont pas propriétaires, mais métayers (khanmès) ou journaliers et doivent payer une redevance pour l’utilisation de l’eau.

C'est l'exploitation des ressources minières qui a permis une intégration véritable du Sahara dans l'économie moderne. Grâce à l'Algérie et à la Libye, le Sahara fournit près du pétrole et du gaz naturel. Grâce au Sahara occidental, il produit du phosphate et grâce à l'Aïr (Niger), il fournit de l'uranium. Le Sahara recèle du minerai de fer ; seule la Mauritanie en exploite.

HISTOIRE

La préhistoire et la protohistoire

Le Sahara a connu plusieurs périodes humides au cours du quaternaire, attestées par l'aspect du relief, les restes d'une végétation de type méditerranéen et les sites préhistoriques ornés de peintures rupestres. Au paléolithique y vécurent des chasseurs-cueilleurs dont le nombre diminua à la suite d'une phase d'assèchement. Au néolithique ancien se développa une très importante population, sans doute noire, de pêcheurs, de chasseurs, d'éleveurs et même de cultivateurs. Près de 30 000 peintures et gravures ont été recensées depuis 1874. Elles ont été regroupées en trois périodes (celle des troupeaux, celle du cheval et celle du chameau). Le reste, d'une conception symbolique, qui relève de la période dite « archaïque », serait la plus ancienne forme d'art africain.

Pour en savoir plus, voir les articles néolithique, paléolithique

L'Antiquité

La route des chars, reliant le golfe des Syrtes à la région de Gao, sur le Niger, fut établie au Ier millénaire avant J.-C. par les Libyens et les Garamantes. Elle déclina à partir du ive siècle avant J.-C. à la suite d'une phase de sécheresse qui rendit impossible l'usage du cheval. Celui-ci fut peu à peu remplacé à partir du iie siècle avant J.-C. par le dromadaire, venu d'Arabie. Le Sahara était alors traversé par des courants commerciaux qui amenaient l'or du Soudan vers la Cyrénaïque, et sans doute aussi l'ivoire, les plumes d'autruche et les esclaves. Le dromadaire permit aux grands nomades et aux Berbères d'Afrique du Nord de profiter du recul de la puissance romaine pour contrôler le désert et imposer leur loi aux sédentaires des régions bordières du Sahara. Les Berbères développèrent le commerce caravanier entre le monde méditerranéen et l'Afrique noire en utilisant les « ports sahariens » (Ghana, Aoudaghost).

L'islamisation

Après avoir imposé leur domination aux Berbères d'Afrique du Nord, les Arabes traversèrent le désert et atteignirent l'Afrique noire (viiie siècle), s'installant au Sahara par vagues successives jusqu'à l'époque contemporaine. Les populations sahariennes furent ainsi islamisées, arabisées, voire vassalisées ; seules celles qui étaient protégées par la dureté des conditions naturelles, comme les Touareg, gardèrent leurs coutumes. Le commerce caravanier s'amplifia grâce aux débouchés offerts par l'empire musulman. Les peuples arabes ou arabisés et les Berbères du désert (→ Sanhadjas, Zénètes) intervinrent au Maghreb (mouvement des Almoravides, xie-xiie siècle) et progressèrent vers le Sahel. Ils en islamisèrent peu à peu les habitants et renversèrent les empires (→ Ghana, en 1076) qui contrôlaient le commerce transsaharien, qu'ils assurèrent désormais. En 1591, les Marocains anéantirent l'Empire songhaï.

Pour en savoir plus, voir l'article Berbères,

De la colonisation à la décolonisation

Au xixe siècle commença l'exploitation du désert par les Européens. Après s'être installés au nord et sur les côtes occidentales du continent, ils cherchèrent à relier leurs différents territoires. Les Français occupèrent Laghouat (1852), Tombouctou (1893). Des colonnes venues d'Algérie, du Soudan et du Congo firent leur jonction au Tchad (1898-1900). Mais la liaison entre le Maroc et la Mauritanie ne fut réalisée qu'en 1934. Les Espagnols créèrent la colonie du Río de Oro (1884-1886). Les Italiens s'établirent en Tripolitaine et en Cyrénaïque (1911-1912). Les découvertes minières et pétrolières, la volonté des populations de recouvrer leur indépendance poussèrent à la décolonisation de la région (1951-1976).

Pour en savoir plus, voir les articles colonisation, décolonisation.