Le procès d'environ 500 personnes interpellées au cours des émeutes de janvier 1977 s'ouvre le 1er juin devant la Cour de sûreté de l'État, au Caire et en province. L'acte d'accusation concerne également 173 inculpés arrêtés après les manifestations, mais considérés par le gouvernement comme les véritables fauteurs de troubles.

Les émeutes du Caire auront eu, au moins, un résultat positif : les régimes arabes modérés, en particulier l'Arabie Saoudite, comprennent qu'il faut soutenir plus fermement et plus largement le régime égyptien, si on veut qu'il survive.

Réconciliations

Certes, le président Sadate s'était soucié, très tôt, de resserrer les liens de l'Égypte avec ses voisins : il s'agissait d'empêcher un possible isolement diplomatique, après la signature de l'accord de désengagement israélo-égyptien de 1975, qui avait été assez mal accueilli dans le monde arabe (Journal de l'année 1975-76). Le premier partenaire rallié est le général Nemeiry, chef de l'État soudanais, qui vient d'échapper à un coup d'État d'inspiration libyenne. Rejoignant son voisin du Nord dans sa haine de l'ennemi commun Khadafi (le « fou de Libye », dit Sadate), le Soudan signe avec l'Égypte un pacte de défense commune qui va loin : défense conjointe, garanties réciproques, échange de troupes, états-majors unifiés, le tout conclu pour vingt-cinq ans. C'est au nom de cet accord que le président égyptien, en avril 1977, propose son aide au Zaïre, pour défendre le Soudan menacé...

Les autres réconciliations suivront, à l'occasion du sommet arabe du Caire, en octobre 1976. Aidé par le roi d'Arabie Saoudite, Sadate renoue avec le président syrien Hafez el-Assad puis avec le roi Hussein de Jordanie. Le rapprochement avec la Syrie marque un tournant important de la politique proche-orientale : en mettant fin à leurs querelles sur le leadership arabe et en adoptant une attitude commune sur un possible règlement du conflit israélo-arabe, l'Égypte et la Syrie entraînent pratiquement la majorité des autres pays arabes vers la solution modérée que Sadate préconise depuis trois ans.

L'Égypte, en échange, fait une concession : elle accepte que l'OLP ait à Genève une représentation indépendante et elle relance, une fois de plus, une tentative de « commandement politique unifié » syro-égyptien. L'accord ainsi obtenu est annoncé officiellement, le 21 décembre 1976 au Caire, à l'occasion d'une visite du président Assad. Le plus difficile étant fait, la réconciliation avec la Jordanie coule de source. Elle se concrétise pendant la visite de Hussein au Caire, le 12 janvier 1977.

Aides

On peut donc penser que l'Égypte, au début de janvier, a réussi sa percée diplomatique. Il reste à rentabiliser ces diverses alliances. En juillet 1976, le président Sadate avait demandé une aide accrue aux pays pétroliers arabes : ils ne versent que 2 milliards de dollars en cinq ans, alors qu'il faudrait 10 à 12 milliards pour renflouer l'économie égyptienne en crise. Les émeutes du Caire donnent à cet appel un caractère pressant, qui est compris à Washington et surtout à Riyad : en avril, les pays du Golfe décident d'éponger les dettes égyptiennes venant à échéance en 1977, ce qui représente pour l'année 2 milliards de dollars.

Dans ce faisceau d'appuis renouvelés, une seule voix discordante : celle de la Libye. Khadafi est accusé de financer divers attentats (en août, une bombe placée dans un train fait 8 morts ; un Boeing égyptien des lignes intérieures est détourné), et les troupes égyptiennes se massent à la frontière.

Mais c'est d'Israël que viendra, le 17 mai 1977, le coup le plus sévère porté à la politique modérée du président égyptien. En donnant le pouvoir au Likoud, parti nationaliste de droite peu disposé aux compromis, les électeurs israéliens mettent dans un cruel embarras le président Sadate. Celui-ci n'avait-il pas promis, le premier, que l'année 1977 serait, au Proche-Orient, l'année de la paix ? Voyant cette perspective gravement compromise, le président égyptien entame, fin juin, un long et difficile rapprochement avec l'URSS, son ennemi d'hier et peut-être son obligatoire fournisseur d'armes de demain.

Empire Centrafricain

Bangui. 2 610 000. 4. 2,1 %.
Économie. PIB (71) : 126. Énerg. (*74) : 57. C.E. (71) : 15 %.
Transports. (*74) : 9 100 + 3 900.
Information. (72) : 1 quotidien ; tirage global : 500. (73) : *65 000. (73) : 5 000.
Santé. (73) : 59.
Éducation. Prim. (72) : 193 866. Sec. et techn. (72) : 16 558. Sup. (73) : 380.
Institutions. État indépendant le 13 août 1960. République jusqu'au 4 décembre 1976, date à laquelle une nouvelle Constitution instaure une monarchie parlementaire sous le nom de Empire centrafricain. Empereur : Bokassa Ier (déjà chef de l'État sous la République, nommé à vie en février 1972). Premier ministre : Ange Patasse.

Le royaume devient empire

La Voix de la révolution, émettant de Bangui, annonce, le 4 décembre 1976, que le maréchal Bokassa, président à vie de la République centrafricaine, président du Conseil de la révolution, devient empereur. Prénommé Jean Bedel, l'empereur, qui s'est, en octobre précédent, officiellement converti à l'islam, adopte les prénoms de Salaheddin Ahmed (prénoms qu'il remet en cause en décembre). Tandis que le colonel Khadafi salue la conversion présidentielle comme « un événement historique », Valéry Giscard d'Estaing félicite l'empereur de son accession à cette nouvelle dignité. À la fin de décembre, le souverain transfère la cour impériale de Bangui à Beringo, son « lieu d'origine ancestrale ». Tout laisse supposer que, bien que continuant de détenir la réalité du pouvoir, l'empereur entend se placer au second plan de la scène politique, notamment pour laisser les mécontentements se cristalliser sur des tiers. En effet, les Centrafricains continuent de donner quelques signes d'impatience, comme en témoigne, en novembre, la découverte d'une tentative de coup d'État militaire. Ce sont Ange Patasse, Premier ministre, et David Dacko, ancien chef de l'État, chassé du pouvoir par Bokassa en janvier 1965, mais devenu conseiller personnel du maréchal en octobre 1976, qui, officiellement, exercent le pouvoir. Mais l'empereur Salaheddin Ahmed Bokassa, chef des armées impériales et de toutes les forces de sécurité, nomme et révoque les ministres, dissout l'Assemblée et, « détail » qui a son importance, « ne peut être démis de ses fonctions ».

Éthiopie

Addis-Abeba. 27 950 000. 23.
Économie. PIB (74) : 98. Production (74) : G 115 + A 114. Énerg. (*74) : 31. C.E. (74) : 9 %.
Transports. (*74) : 95 M pass./km, 244 M t/km. (72) : 41 000 + 12 700. (74) : 385 M pass./km.
Information. (73) : 7 quotidiens ; tirage global : 51 000. (73) : *175 000. (73) : *25 000. (73) : 26 100 fauteuils. (74) : 66 000.
Santé. (72) : 350.
Éducation. (73). Prim. : 859 831. Sec. et techn. : 190 922. Sup. : 6 474.
Institutions. Un coup d'État militaire (12 septembre 1974) abolit la monarchie et dépose l'empereur. Parlement dissous, Constitution de 1955 abrogée. Président du conseil militaire gouvernemental provisoire : lieutenant-colonel Mengistu Haïlé-Mariam, instigateur du coup d'État du 3 février 1977 au cours duquel le président Teferi Bante est tué.

De sanglants désordres secouent le pays

À Addis-Abeba, la révolution introuvable baigne dans le sang. Tandis que les membres de la junte continuent de multiplier les professions de foi socialistes, les naïfs qui avaient salué leur accession au pouvoir par un concert de louanges se font de plus en plus rares. Après le mythe de l'empire médiéval, réduit en cendres après l'éviction d'Haïlé Sélassié en septembre 1974, c'est le mythe de la révolution marxiste-léniniste qui se dissout lentement, à la lumière des massacres.

Coups d'État

D'une tentative de coup d'État à l'autre, la junte dévore ses fils, les uns après les autres. Le 10 juillet 1976 plusieurs officiers, dont le général Getachew Nadew, commandant en chef en Érythrée, sont passés par les armes pour « menées contre-révolutionnaires ». Le 23 septembre, le lieutenant-colonel Mengistu Haïlé Mariam échappe miraculeusement à la mort, après avoir été blessé à la jambe au cours d'un attentat.